Les zélotes
Mouvement juif hostile à la domination romaine, favorable à la révolte armée au nom de la fidélité à Dieu seul. Les évangiles ne décrivent jamais ce groupe : ils qualifient seulement un des Douze, « Simon le Zélote ».
À ne pas confondre
Zélote n'est pas synonyme de pharisien ni de sadducéen : les pharisiens sont un courant religieux attaché à l'observance de la Loi, les sadducéens un milieu sacerdotal lié au Temple, tandis que « zélote » renvoie d'abord à une position politique de refus de Rome. Ne confondez pas non plus les zélotes avec les sicaires, groupe d'assassins armés d'un poignard court actif plus tard, pendant la guerre de 66-70. Enfin, Simon le Zélote n'est pas Simon-Pierre : les évangiles connaissent aussi Simon le lépreux, Simon le pharisien et Simon de Cyrène, tous distincts. On lit parfois que le surnom « Iscariote » de Judas viendrait du mot sicaire, ce qui ferait de lui un ancien résistant armé : c'est une hypothèse discutée, que les textes n'affirment nulle part.
Qui c'est
Le mot vient du grec zêlôtês, « celui qui a du zèle », c'est-à-dire une ardeur jalouse pour la Loi de Dieu et pour l'honneur d'Israël. On désigne ainsi des Juifs du Ier siècle qui refusaient toute soumission à un pouvoir païen : pour eux, reconnaître César comme maître, c'était trahir Dieu, seul roi légitime d'Israël.
Ce refus s'explique par l'occupation. Depuis 63 av. J.-C. les Romains dominent la Judée, et en 6 ap. J.-C. elle devient province romaine avec impôt et recensement. Une partie de la population le vit comme une profanation. Des soulèvements éclatent régulièrement, jusqu'à la grande révolte de 66-70, écrasée par Rome avec la destruction du Temple de Jérusalem.
Une précision d'histoire : le « parti zélote » comme organisation structurée n'est clairement attesté qu'au moment de cette guerre de 66, donc après la vie de Jésus. Du temps de Jésus, le mot désigne plutôt un état d'esprit, une mouvance de résistance, qu'un parti constitué.
Dans les évangiles
Les évangiles ne racontent aucune scène mettant en jeu les zélotes comme groupe, et n'expliquent jamais qui ils sont. Le mot n'apparaît que comme surnom d'un apôtre : Simon, appelé le Zélote, dans les listes des Douze chez Luc (Lc 6, 15) et dans les Actes des Apôtres (Ac 1, 13).
Chez Matthieu et Marc, le même apôtre est appelé « Simon le Cananéen » (Mt 10, 4 ; Mc 3, 18). Ce mot ne veut dire ni « originaire de Cana » ni « Cananéen » : c'est la transcription d'un terme araméen qui signifie exactement « le zélé ». Les deux surnoms désignent donc la même chose. Rien d'autre n'est dit de ce Simon dans les évangiles : ni ce qu'il faisait avant, ni ce qu'il est devenu.
Le climat d'occupation, lui, affleure souvent. On interroge Jésus sur la légitimité de l'impôt payé à l'empereur, question piège précisément parce qu'elle divise (Mt 22, 15-22). Luc mentionne des Galiléens massacrés par Pilate (Lc 13, 1). Barabbas, relâché à la place de Jésus, est présenté comme emprisonné avec des émeutiers pour un meurtre commis lors d'une émeute (Mc 15, 7) — mais le texte ne le dit pas zélote. Dans les Actes, un pharisien rappelle l'échec de Judas le Galiléen, soulevé au temps du recensement (Ac 5, 37).
Ce que la tradition en retient
La tradition catholique honore Simon le Zélote parmi les Douze, fêté le 28 octobre avec l'apôtre Jude. Des récits tardifs, extérieurs aux évangiles, lui prêtent une prédication en Égypte, en Perse ou en Mésopotamie, et un martyre ; ces éléments relèvent de la légende et non des Écritures.
La réponse de Jésus sur l'impôt — rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu — a durablement servi, dans la réflexion chrétienne, à refuser de confondre l'attente du Royaume avec un projet de libération politique par les armes. Il faut noter que les évangiles ne présentent jamais Jésus comme un chef de révolte, et que l'accusation portée devant Pilate — se dire roi — vise précisément à le faire passer pour tel.
Passages à lire
- Lc 6, 15 — Seule mention du mot : Simon, appelé le Zélote, figure dans la liste des douze apôtres.
- Mc 3, 18 — Le même apôtre y est nommé « Simon le Cananéen », mot araméen qui signifie « le zélé ».
- Mt 22, 15-22 — La question de l'impôt dû à l'empereur montre à quel point l'occupation romaine divisait les esprits.
- Ac 5, 37 — Rappel du soulèvement de Judas le Galiléen au temps du recensement, exemple de la résistance armée à Rome.
- Mc 15, 7 — Barabbas est présenté comme détenu avec des émeutiers pour un meurtre commis dans une émeute, sans être dit zélote.
- Lc 13, 1 — Des Galiléens massacrés par Pilate : trace de la violence politique ordinaire en Judée occupée.
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