Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 4, 32 – 5, 8
« Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés »
32 Soyez bons les uns envers les autres, miséricordieux, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
1 Soyez donc des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés ;
2 et marchez dans la charité, à l’exemple du Christ, qui nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une oblation et un sacrifice d’agréable odeur.
3 Qu’on n’entende même pas dire qu’il y ait parmi vous de fornication, d’impureté de quelque sorte, de convoitise, ainsi qu’il convient à des saints.
4 Pas de paroles déshonnêtes, ni de bouffonneries, ni de plaisanteries grossières, toutes choses qui sont malséantes ; mais plutôt des actions de grâces.
5 Car, sachez-le bien, aucun impudique, aucun impur, aucun homme cupide (lequel est un idolâtre), n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu.
6 Que personne ne vous abuse par de vains discours ; car c’est à cause de ces vices que la colère de Dieu vient sur les fils de l’incrédulité.
7 N’ayez donc aucune part avec eux.
8 Autrefois vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur : marchez comme des enfants de lumière.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Éphésiens se partage en deux moitiés : une longue méditation sur le plan de Dieu qui rassemble juifs et païens dans le Christ (chapitres 1 à 3), puis une série de consignes pratiques qui en tirent les conséquences (chapitres 4 à 6). Ce passage se trouve juste à la charnière de cette seconde partie.
Ce qui précède immédiatement : l'auteur a demandé à ses lecteurs de quitter leur ancienne manière de vivre, celle des païens, comme on se défait d'un vieux vêtement, et il a énuméré ce qui détruit une communauté — mensonge, colère, vol, paroles blessantes. Notre texte reprend ce fil par le versant positif, puis enchaîne sur une série d'avertissements. Ce qui suit développera l'image de la lumière et conduira aux consignes sur la vie familiale.
En semaine, le lectionnaire parcourt un livre en continu, un morceau par jour : ce découpage suit simplement l'avancée dans la lettre et ne forme pas un couple voulu avec l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul (« Frères »)
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Juif pharisien devenu disciple de Jésus après une rencontre bouleversante sur la route de Damas, Paul a fondé des communautés dans tout le bassin méditerranéen et leur a écrit des lettres, lues ensuite dans les assemblées chrétiennes.
Il s'adresse ici en maître et en pasteur à des baptisés, pour leur dire quelle conduite découle de ce qu'ils sont devenus. L'appellation « frères » est ajoutée par le lectionnaire au début de chaque extrait de lettre.
- Les destinataires
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Des chrétiens venus pour la plupart du paganisme, vivant dans des cités grecques où les pratiques que le texte dénonce étaient courantes et parfois liées aux cultes locaux.
Ils sont désignés comme des enfants bien-aimés de Dieu : tout le passage déduit une manière de vivre de cette identité reçue, et non d'une règle extérieure.
- Le Christ
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Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Fils de Dieu mort et ressuscité.
Il est présenté comme la mesure de l'amour demandé : sa mort est décrite comme un don volontaire de lui-même, en langage de sacrifice.
- « Ceux qui désobéissent »
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Expression de l'auteur pour désigner ceux qui refusent l'appel de Dieu et persistent dans les conduites qu'il vient d'énumérer.
Ils servent de contraste : la communauté est invitée à ne pas se laisser entraîner par leurs discours.
Mots à connaître
- Parfum d'agréable odeur
Formule empruntée aux rituels du Temple de Jérusalem, où la fumée d'une offrande brûlée signifiait que Dieu l'agréait. Appliquée à la mort du Christ, elle la désigne comme une offrande acceptée, et non comme un malheur subi.
- La cupidité comme idolâtrie
L'idolâtrie, dans la Bible, c'est adorer autre chose que Dieu. Assimiler la soif de posséder à un culte rendu à une fausse divinité n'est pas une exagération rhétorique : l'auteur pointe ce qui occupe réellement la place centrale dans une vie.
- Héritage dans le royaume
L'héritage désigne dans la Bible la part reçue de Dieu, d'abord la terre promise à Israël, puis la vie avec Dieu elle-même. Dire que certaines conduites excluent de cet héritage, c'est affirmer qu'elles sont incompatibles avec la vie que Dieu donne.
- Actions de grâce
Le mot grec correspondant, eucharistia, signifie remerciement. Il est opposé ici aux propos vulgaires : la parole chrétienne est caractérisée par la reconnaissance envers Dieu, et ce terme a fini par désigner la célébration chrétienne elle-même.
- Ténèbres et lumière
Ce couple d'images était couramment employé pour dire le passage d'un monde à l'autre. Le texte ne dit pas que les lecteurs étaient dans les ténèbres, mais qu'ils étaient ténèbres : il s'agit d'un changement d'identité, lié au baptême.
Ailleurs dans l’Écriture
- Col 3, 12-13
La lettre aux Colossiens contient une exhortation presque mot pour mot semblable sur la tendresse et le pardon mutuel fondé sur le pardon reçu. Les deux lettres sont si proches dans leur vocabulaire que beaucoup y voient un même milieu de rédaction, l'une reprenant et développant l'autre. Comparer les deux fait apparaître ce qui est propre à Éphésiens : l'insistance sur l'imitation de Dieu et le thème de la lumière.
- Lv 1, 9 Ancien Testament
L'expression « parfum d'agréable odeur » vient du vocabulaire des sacrifices d'Israël, où la fumée de l'offrande monte vers Dieu comme un signe qu'elle est reçue. En l'appliquant à la mort de Jésus, l'auteur dit que le don de sa vie tient lieu désormais de tout sacrifice. Le lecteur qui ignore cet arrière-plan entend une image poétique là où il s'agit d'un terme technique du culte.
- 1 Th 5, 5
Paul y appelle déjà les chrétiens « fils de la lumière » et les oppose à la nuit. Le rapprochement montre que l'opposition ténèbres/lumière n'est pas une métaphore isolée mais un langage courant pour dire le changement opéré par le baptême.
- Mt 6, 14-15
Dans le sermon sur la montagne, Jésus lie explicitement le pardon reçu de Dieu et le pardon accordé aux autres. L'exhortation d'Éphésiens repose sur la même logique, mais en inversant l'ordre : c'est le pardon déjà reçu qui rend capable de pardonner.
Clés de lecture
- Le don précède l'ordre
Chaque consigne s'appuie sur quelque chose de déjà accompli : pardonnez parce que vous avez été pardonnés, aimez parce que vous avez été aimés, vivez en enfants de lumière parce que vous l'êtes devenus. La morale n'est pas ici une condition à remplir pour être aimé de Dieu, mais la conséquence d'un don reçu.
- Imiter Dieu, une formule inattendue
L'idée d'imiter Dieu était familière à la philosophie grecque, mais elle reçoit ici un contenu précis : ce qu'il s'agit d'imiter, c'est le pardon et le don de soi du Christ. L'expression « enfants bien-aimés » fournit la raison de cette imitation — un enfant ressemble à son père.
- La parole, terrain de la conversion
Le passage s'intéresse beaucoup à ce qui se dit : propos déplacés, discours trompeurs, actions de grâce. Pour l'auteur, la qualité d'une communauté se mesure à sa manière de parler autant qu'à ses actes.
- Autrefois / maintenant
Les dernières lignes articulent le texte autour d'un avant et d'un après. Ce schéma, fréquent dans les écrits pauliniens, situe le baptême comme la frontière entre les deux, et transforme l'exhortation en invitation à devenir ce qu'on est déjà.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, l'auteur règle la vie concrète de communautés récemment converties, dans des villes où les conduites qu'il écarte faisaient partie du paysage ordinaire. Son argument n'est pas moralisant : il déduit la conduite de l'identité reçue au baptême.
La tradition catholique lit dans ce texte deux choses principales. D'abord une des formulations les plus denses du mystère pascal : la mort du Christ y est dite don libre et offrande agréée, ce que la liturgie eucharistique reprend chaque jour. Ensuite une description de la vie baptismale : le passage des ténèbres à la lumière a nourri très tôt le rituel du baptême, où le nouveau baptisé reçoit un cierge allumé. L'appel à imiter Dieu n'est pas compris comme un effort de perfection par ses propres forces, mais comme la mise en œuvre d'une ressemblance filiale déjà donnée.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une exhortation morale, ce que l'on appelle une parénèse : non pas un raisonnement, mais une suite de consignes adressées à des gens déjà convaincus. On y trouve un procédé répandu dans l'Antiquité, la liste de vices, qui énumère des conduites typiques sans prétendre dresser un inventaire complet.
Lire ces lignes comme un code pénal serait les fausser : elles décrivent par contraste un style de vie, en opposant ce qui convient à ce qui ne convient pas à des gens devenus enfants de Dieu.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier, à l'Église d'Éphèse, grande cité portuaire d'Asie Mineure (aujourd'hui en Turquie). Sa paternité est discutée : le style, très ample, et plusieurs thèmes diffèrent des lettres dont l'origine paulinienne ne fait pas débat, si bien qu'une partie des spécialistes y voit l'œuvre d'un disciple écrivant dans l'esprit du maître, vers les années 80-90 ; l'Église lit le texte comme pleinement apostolique dans les deux cas.
Les mots « à Éphèse » manquent dans plusieurs manuscrits anciens : il s'agissait peut-être d'une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'une même région.
Lectures et références
- Catéchisme, § 1694 — Le Catéchisme s'appuie sur l'appel à imiter Dieu pour décrire la vie nouvelle du baptisé.
- Ga 2, 20 — Paul y exprime de façon personnelle la même idée : le Fils de Dieu s'est livré pour lui.
- Jn 8, 12 — Jésus s'y désigne comme la lumière du monde, arrière-plan de l'appel à vivre en enfants de lumière.
- Ep 4, 22-24 — Les versets qui précèdent immédiatement, sur le vieil homme et l'homme nouveau, donnent la logique du passage.
À retenir
Le texte ne commande pas d'abord une morale : il déduit une manière de vivre d'un don déjà reçu, le pardon de Dieu et l'amour du Christ livré pour les siens.
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