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Solennité

Ces lectures sont préparées à l'avance : elles seront celles du dimanche 1er novembre 2026.

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Apocalypse 7, 2-4 . 7, 9-14

« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues »

2 Et je vis un autre ange qui montait du côté où le soleil se lève, tenant le sceau du Dieu vivant, et il cria d’une voix forte aux quatre anges à qui il avait été donné de nuire à la terre et à la mer,

3 en ces termes : « Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau, sur le front, les serviteurs de notre Dieu. »

4 Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau, cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des enfants d’Israël :

9 Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils étaient debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches et tenant des palmes à la main.

10 Et ils criaient d’une voix forte, disant : « Le salut vient de notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’Agneau ! »

11 Et tous les anges se tenaient autour du trône, autour des vieillards et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent sur leurs faces devant le trône,

12 en disant : « Amen ! La louange, la gloire, la sagesse, l’action de grâces, l’honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! »

13 Alors un des vieillards, prenant la parole me dit : « Ceux que tu vois revêtus de ces robes blanches, qui sont-ils, et d’où sont-ils venus ? »

14 Je lui dis : « Mon Seigneur, vous le savez. » Et il me dit : « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de l'Apocalypse est une longue vision organisée en séries de sept. Juste avant ce passage, l'Agneau a ouvert six des sept sceaux d'un livre scellé : catastrophes cosmiques, effroi des puissants, et une question laissée en suspens à la fin du chapitre 6 — qui pourra tenir debout ?

Le chapitre 7 est une pause, une sorte d'intermède, qui répond à cette question avant l'ouverture du septième sceau au chapitre 8. Il se compose de deux tableaux : d'abord la terre, où des serviteurs de Dieu reçoivent une marque protectrice ; puis le ciel, où une foule innombrable est déjà dans la gloire.

La lecture retient ces deux tableaux mais saute les versets 5 à 8, qui énumèrent une à une les douze tribus d'Israël avec douze mille marqués pour chacune : une longue liste répétitive, dont la lecture retient seulement le total. Le passage est proclamé pour la solennité de la Toussaint, où il est choisi à dessein pour la fête.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jean

Celui qui parle à la première personne tout au long du livre et se présente comme un témoin exilé sur l'île de Patmos, en mer Égée. Il écrit à sept communautés chrétiennes d'Asie Mineure, l'actuelle Turquie.

Il ne raconte pas ici un événement passé mais ce qu'il voit et entend dans une vision ; il est aussi interrogé par un des Anciens, qui l'amène à recevoir l'explication plutôt qu'à la deviner.

L'ange venu de l'orient

Un messager céleste, parmi les très nombreux qui peuplent ce livre. L'orient, le côté du soleil levant, est traditionnellement associé dans la Bible à la venue du salut.

Il porte le sceau de Dieu et fait suspendre l'action destructrice des quatre anges, le temps que les serviteurs de Dieu soient marqués : la protection précède l'épreuve.

Les cent quarante-quatre mille

Un groupe marqué au front, décrit comme issu des tribus d'Israël. Le nombre est construit symboliquement : douze, nombre des tribus, multiplié par lui-même et par mille.

Ils représentent le peuple de Dieu rassemblé dans sa totalité, encore sur terre et exposé aux épreuves, mais scellé comme appartenant à Dieu.

La foule immense

Un rassemblement que personne ne peut compter, venu de toutes les nations : c'est l'humanité entière, et non plus seulement Israël.

Elle forme le second tableau, au ciel. Un Ancien révèle à Jean son identité : ce sont ceux qui ont traversé la grande épreuve et qui appartiennent désormais à l'Agneau.

L'Agneau

Figure centrale de l'Apocalypse, qui désigne le Christ mis à mort et vivant. L'image vient de l'agneau pascal et de l'agneau du sacrifice.

Il partage le trône de Dieu et reçoit la même acclamation que lui ; son sang est ce qui rend blanches les robes de la foule.

Les Anciens et les quatre Vivants

Vingt-quatre Anciens siégeant autour du trône et quatre êtres vivants, introduits au chapitre 4. Ils constituent la cour céleste qui entoure Dieu.

Ils encadrent la scène de louange ; l'un des Anciens joue le rôle d'interprète, procédé habituel dans ce genre de visions.

Mots à connaître
Le sceau

Dans l'Antiquité, on scellait une marchandise, un document ou un esclave pour indiquer à qui ils appartenaient et les protéger. Marquer le front est donc un geste de propriété et de sauvegarde, non une punition. L'image deviendra, dans la tradition chrétienne, une manière de parler du baptême.

Cent quarante-quatre mille

Le chiffre résulte de douze multiplié par douze, puis par mille : il évoque la plénitude des douze tribus d'Israël portée à une échelle immense. Il n'indique pas une quantité limitée de sauvés. Dans le même chapitre, ce groupe est aussitôt suivi d'une foule explicitement incomptable.

Les robes blanches

Le vêtement blanc marque dans ce livre la condition de ceux qui ont traversé l'épreuve et sont admis auprès de Dieu. Dire qu'il est blanchi par du sang est un paradoxe volontaire : la purification vient de la mort du Christ, non de l'effort des porteurs.

Les palmes

Les branches de palmier servaient à acclamer un vainqueur ou un souverain lors de son entrée dans une ville, et intervenaient dans la fête juive des Tentes. Leur présence transforme la scène en cortège de triomphe.

La grande épreuve

L'expression désigne la période de persécution et de pression que traversent les communautés chrétiennes, comprise comme une crise décisive de l'histoire. Elle ne vise pas un malheur individuel mais une épreuve collective de la foi.

Les quatre anges et les quatre vents

Les quatre points cardinaux représentent la terre entière ; des anges placés à ses quatre coins retiennent des forces destructrices. L'image dit que rien n'échappe au contrôle de Dieu, pas même ce qui menace.

Ailleurs dans l’Écriture
Ez 9, 4-6 Ancien Testament

Le prophète Ézéchiel voit un homme vêtu de lin marquer au front les habitants de Jérusalem qui gémissent sur les abominations commises, afin qu'ils soient épargnés au moment du châtiment. L'Apocalypse reprend exactement ce geste. Le lecteur comprend ainsi que le sceau n'est pas une récompense mais un signe d'appartenance et de préservation.

Ap 14, 1-5

Plus loin dans le même livre, les cent quarante-quatre mille réapparaissent, cette fois avec l'Agneau sur la montagne de Sion, portant son nom inscrit sur le front. Ce retour confirme que le chiffre désigne un groupe symbolique et non une liste close. Les deux passages s'éclairent l'un l'autre sur la signification de la marque.

Dn 7, 9-10 Ancien Testament

Dans le livre de Daniel, un trône est dressé et des myriades innombrables se tiennent devant celui qui y siège. L'Apocalypse hérite de ce décor et de ce vocabulaire. La différence tient à la place donnée à l'Agneau, associé au trône et à l'acclamation adressée à Dieu.

Jn 1, 29

Dans l'évangile selon Jean, Jean Baptiste désigne Jésus comme l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. L'Apocalypse suppose cette lecture : si le sang de l'Agneau peut blanchir des vêtements, c'est que sa mort est comprise comme libération du péché. Le rapprochement explique une image autrement déconcertante.

Clés de lecture
Une réponse à une question

La fin du chapitre précédent laissait ouverte la question de savoir qui pourra se tenir debout au jour de la colère. Le chapitre 7 y répond en deux temps, par deux visions successives. Toute la scène se comprend comme une réponse, ce qui explique sa position d'intermède.

Deux tableaux, un seul peuple

Le premier groupe est compté et tiré des tribus d'Israël ; le second est incomptable et vient de toutes les nations. Les deux ne s'opposent pas : le même peuple de Dieu est montré d'abord sur terre, scellé pour l'épreuve, puis au ciel, dans la victoire.

Le saut des versets 5 à 8

La liste des douze tribus, avec son refrain répété douze fois, a pour effet d'insister sur la complétude du compte. La lecture liturgique en retient le résultat sans l'énumération, mais savoir que cette liste existe aide à comprendre que le chiffre est une construction symbolique.

Le procédé de l'interprète

Jean ne devine pas le sens de ce qu'il voit : un Ancien l'interroge, Jean renvoie la question, et la réponse lui est donnée. Ce dialogue est un procédé classique des visions bibliques, qui souligne que le sens vient d'en haut et n'est pas déduit par le voyant.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte adresse une consolation à des chrétiens éprouvés : leur appartenance à Dieu est déjà scellée, et la multitude de ceux qui ont tenu bon est sans nombre. L'acclamation attribue le salut à Dieu et à l'Agneau, c'est-à-dire qu'il est reçu et non conquis.

La tradition catholique lit dans le sceau au front une figure du baptême, qui marque le croyant comme appartenant au Christ, et voit dans la foule innombrable l'image de l'Église accomplie, rassemblée de toutes les nations. C'est pourquoi ce passage est proclamé pour la Toussaint : la fête célèbre non seulement les saints inscrits au calendrier, mais la multitude anonyme que nul ne peut dénombrer.

La mention du sang de l'Agneau rattache cette gloire à la mort et à la résurrection du Christ : les robes blanches ne sont pas le résultat d'un mérite propre, mais d'une purification reçue.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une apocalypse, c'est-à-dire un récit de vision symbolique, genre répandu dans le judaïsme des siècles entourant l'ère chrétienne. Les nombres, les couleurs et les personnages y fonctionnent comme un code partagé : douze renvoie au peuple de Dieu, mille à une multitude, le blanc à la victoire et à la pureté.

Lire ce texte comme une prédiction chiffrée d'événements datables est donc un contresens. Il s'agit d'un langage d'images destiné à faire voir le sens d'une situation présente et son issue.

Qui écrit, et pour qui

Le livre se présente comme l'œuvre d'un certain Jean, relégué sur l'île de Patmos à cause de son témoignage, et s'adresse à sept Églises d'Asie Mineure. La tradition ancienne l'a identifié à l'apôtre Jean ; les spécialistes modernes discutent cette identification, car la langue et le style diffèrent sensiblement de l'évangile portant le même nom, et plusieurs tiennent l'auteur pour un prophète chrétien distinct.

La rédaction est généralement située vers la fin du premier siècle, sous l'empereur Domitien, dans un contexte de pressions et de persécutions locales contre les chrétiens. Le livre vise à soutenir des communautés éprouvées en leur montrant l'issue de l'histoire.

Lectures et références
  • Ap 6, 17 — La question laissée ouverte à la fin du chapitre précédent, à laquelle cette vision répond.
  • Ap 21, 3-4 — La fin du livre reprend et achève la promesse faite ici à ceux qui sortent de l'épreuve.
  • Catéchisme, § 1216 — Le Catéchisme explique le lien traditionnel entre le baptême, l'illumination et le vêtement blanc.
  • Catéchisme, § 1026 — Sur la communion des saints rassemblés auprès du Christ, horizon de la solennité de la Toussaint.

À retenir

Placée entre le sixième et le septième sceau, cette vision répond à la question de savoir qui tiendra debout : un peuple scellé et compté sur terre, une foule innombrable de toutes nations dans la gloire, l'un et l'autre désignant le même peuple de Dieu.

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Psaume

Psaumes 23, 1-2 . 23, 3-4 . 23, 5-6

1 Psaume de David. A Yahweh est la terre et ce qu’elle renferme, le monde et tous ceux qui l’habitent.

2 Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers, qui l’a affermie sur les fleuves.

3 Qui montera à la montagne de Yahweh ? qui se tiendra dans son lieu saint ? —

4 Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur ; celui qui ne livre pas son âme au mensonge, et qui ne jure pas pour tromper.

5 Il obtiendra la bénédiction de Yahweh, la justice du Dieu de son salut.

6 Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob. — Séla.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Deuxième lecture Nouveau Testament

1 Jean 3, 1-3

« Nous verrons Dieu tel qu’il est »

1 Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons [en effet] ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

2 Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons [un jour] n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons qu’au temps de cette manifestation, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

3 Quiconque a cette espérance en lui, se rend pur, comme lui-même est pur.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage appartient à la Première lettre de Jean, un écrit bref qui n'est pas vraiment une lettre adressée à une ville précise, mais une exhortation circulaire à des communautés chrétiennes ébranlées par le départ de membres qui contestaient la foi commune.

Juste avant, l'auteur vient d'inviter ses lecteurs à « demeurer » dans le Christ pour n'avoir pas à rougir le jour où il se manifestera, et il rappelle que celui qui agit avec justice est né de Dieu. Notre passage développe cette naissance : être né de Dieu, c'est être enfant de Dieu, dès maintenant et plus encore demain. Immédiatement après, le ton change et l'auteur traite longuement du péché et de l'incompatibilité entre le péché et cette filiation.

Le découpage liturgique isole donc trois versets qui forment une petite unité complète : un don reçu, un avenir encore caché, une conséquence pour la vie présente. Dans une solennité, les lectures sont choisies pour la fête elle-même : ces versets sur la vision de Dieu « tel qu'il est » sont ceux que le lectionnaire romain retient pour la fête de tous les saints, c'est-à-dire de ceux qui sont parvenus à cette vision.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
L'auteur de la lettre

La tradition chrétienne l'identifie à Jean, l'un des douze compagnons les plus proches de Jésus, à qui elle attribue aussi le quatrième évangile. L'écrit lui-même ne donne pas de nom : son auteur parle en témoin et en père spirituel.

Il s'adresse à ses lecteurs avec une familiarité insistante et leur fait contempler ce qu'ils sont déjà devenus, avant d'en tirer une conséquence pratique.

« Bien-aimés »

Les destinataires : des communautés chrétiennes, sans doute d'Asie Mineure (l'actuelle Turquie occidentale), secouées par une rupture interne. L'appellation est une adresse d'affection courante dans les lettres chrétiennes anciennes.

Ils sont ceux à qui l'on rappelle leur identité présente et leur avenir, à un moment où leur foi est contestée de l'intérieur comme de l'extérieur.

Le Père

Dieu, désigné par le terme que Jésus emploie dans les évangiles. Chez Jean, la relation de Jésus à son Père est la clé de tout.

Il est l'unique initiateur : la filiation des croyants n'est pas une conquête mais un don gratuit de sa part.

« Le monde »

Dans le vocabulaire johannique, ce mot ne désigne pas la création ni l'humanité en général, mais l'humanité en tant qu'elle refuse de reconnaître Dieu. C'est un terme de situation, pas une condamnation des personnes.

Il sert ici à expliquer l'incompréhension dont les croyants font l'objet : elle prolonge celle qui a visé le Christ lui-même.

Ailleurs dans l’Écriture
Jn 1, 12

Le prologue de l'évangile selon Jean emploie la même expression : à ceux qui accueillent le Verbe, il est donné de devenir enfants de Dieu. La lettre reprend donc un thème central du même milieu, mais en déplace l'accent : l'évangile parle du don reçu, la lettre contemple ce que ce don deviendra.

1 Co 13, 12

Paul y oppose la connaissance présente, indirecte et partielle, à la vision « face à face » promise. L'intuition est la même que dans ce passage : le régime actuel de la foi est provisoire. Les deux auteurs, par des images différentes, disent que l'essentiel n'est pas encore visible.

Col 3, 3-4

La lettre aux Colossiens affirme que la vie du croyant est pour l'instant cachée, et qu'elle apparaîtra lorsque le Christ se manifestera. La structure est identique à celle de notre passage : une réalité déjà acquise, mais encore invisible, et une manifestation à venir qui la révélera.

Ex 33, 20 Ancien Testament

Dans l'Exode, il est dit à Moïse qu'aucun homme ne peut voir Dieu et rester en vie : la vision directe de Dieu est l'impossible même. Mesurée à cet arrière-plan, la promesse de la lettre est considérable, puisqu'elle annonce précisément ce que l'Ancien Testament déclarait hors de portée.

Clés de lecture
Un don, pas un titre honorifique

L'auteur ne dit pas que les croyants sont traités comme des enfants de Dieu, mais qu'ils le sont réellement, et il tient à le préciser. La filiation n'est donc pas une image pieuse : elle désigne un changement effectif opéré par Dieu, dont le baptême est le signe.

Déjà, et pas encore

Le passage tient ensemble deux affirmations qu'on pourrait croire contradictoires : la condition d'enfant de Dieu est acquise dès maintenant, et pourtant ce qu'elle produira reste invisible. C'est l'articulation centrale du texte, et le ressort de toute l'espérance chrétienne.

Ressemblance et vision

Le lien établi au verset 2 va dans un sens précis : c'est parce qu'ils verront Dieu tel qu'il est que les croyants lui seront semblables. La transformation vient du regard, non l'inverse ; voir Dieu, c'est être changé par lui.

L'incompréhension du monde

L'auteur explique l'hostilité ou l'indifférence que rencontrent ses lecteurs non par leurs défauts, mais par le fait que ce qu'ils sont devenus n'est pas perceptible à qui ignore Dieu. L'argument console sans flatter : il ne promet pas la reconnaissance, il en explique l'absence.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur rappelle à des chrétiens menacés de découragement qu'ils ont reçu de Dieu une condition nouvelle, que cette condition n'est pas encore visible, et que l'attente de sa manifestation engage dès maintenant une manière de vivre droite.

La tradition catholique y lit l'un des énoncés les plus denses sur deux points. D'abord la filiation adoptive : par le baptême, l'homme n'est pas seulement pardonné, il est introduit dans la relation que le Fils a avec le Père. Ensuite la vision béatifique, nom donné au terme de l'espérance chrétienne : voir Dieu tel qu'il est, et en être rendu semblable à lui. C'est précisément ce qui est célébré dans la fête de tous les saints, dont la sainteté n'est rien d'autre que l'achèvement de ce que tout baptisé a reçu en germe.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une exhortation, un texte qui ne raconte rien et n'argumente pas comme une démonstration : il rappelle à des croyants ce qu'ils savent déjà pour les y affermir.

Le style est celui d'une méditation rythmée, avec des reprises de mots et des formules brèves. On ne le lit donc pas comme un exposé de doctrine à déplier, mais comme une parole qui revient sur elle-même : le mouvement compte autant que le contenu.

La dernière phrase introduit une conséquence morale, ce qui est la manière habituelle de cette lettre : la pensée débouche toujours sur une façon de vivre.

Qui écrit, et pour qui

La Première lettre de Jean est un écrit anonyme que la tradition attribue à Jean, l'apôtre auquel elle rapporte aussi le quatrième évangile ; les spécialistes parlent plus prudemment d'un auteur appartenant au même milieu et formé à la même langue, tant le vocabulaire et les tournures sont proches de cet évangile.

On la date généralement de la fin du premier siècle, et on la situe dans les communautés d'Asie Mineure. Son horizon concret est une crise : des membres ont quitté le groupe en soutenant une compréhension différente du Christ, et l'auteur écrit pour raffermir ceux qui restent.

Le texte n'a ni adresse ni salutation : c'est moins une lettre au sens ordinaire qu'une exhortation destinée à circuler.

À retenir

Le texte tient ensemble un présent déjà acquis, la condition d'enfant de Dieu, et un avenir encore caché, la vision de Dieu qui rendra semblable à lui.

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Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

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Évangile

Matthieu 5, 1-12

« Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

1 Jésus, voyant cette foule, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui.

2 Alors, ouvrant sa bouche, il se mit à les enseigner, en disant :

3 « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

4 Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre !

5 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !

7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !

8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !

10 Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !

11 Heureux êtes-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

12 Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux : c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage ouvre le grand discours de Jésus appelé Sermon sur la montagne (Matthieu 5 à 7), le premier des cinq grands ensembles d'enseignement que Matthieu a composés.

Juste avant, Jésus a été baptisé, éprouvé au désert, puis il a commencé à annoncer en Galilée que le règne de Dieu est tout proche ; il a appelé ses premiers disciples et des foules venues de toute la région ont afflué vers lui. C'est en les voyant qu'il monte sur la hauteur et prend la position du maître.

Aussitôt après les béatitudes viennent les images du sel et de la lumière, puis la série des « vous avez appris… et moi je vous dis ». Les béatitudes servent donc de portique : elles décrivent qui sont les bénéficiaires du Royaume avant que soit détaillée la manière de vivre qui en découle. La liturgie retient ce texte pour la solennité de la Toussaint, fête de tous les saints, parce qu'il dresse le portrait de ceux que Dieu déclare heureux.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que les évangiles présentent comme le Messie attendu d'Israël et le Fils de Dieu. Matthieu le montre volontiers comme celui qui enseigne avec autorité.

Il prend l'initiative : il monte, s'assoit, et prononce une parole solennelle qui déclare heureux des états de vie que le sens commun juge malheureux.

les disciples

Ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; le mot est plus large que « les Douze », ce groupe restreint que Matthieu ne constituera formellement que plus loin dans son récit.

Ils s'approchent et forment le cercle immédiat des auditeurs : le discours leur est adressé en premier, ce que marque le passage au « vous » dans les dernières lignes.

les foules

Les gens du peuple venus de Galilée et des régions voisines, attirés par les guérisons et la prédication de Jésus.

Leur présence déclenche la scène et elles restent à l'arrière-plan : à la fin du discours, Matthieu notera qu'elles étaient frappées de son enseignement.

Mots à connaître
la montagne

Matthieu ne nomme aucun sommet précis ; la hauteur est ici un lieu chargé de sens. Elle rappelle le Sinaï, où Moïse reçut la Loi, et suggère que Jésus donne un enseignement d'une autorité comparable.

il s'assit

Dans le judaïsme du temps, le maître enseignait assis, ses auditeurs debout ou assis autour de lui. S'asseoir n'est pas se reposer : c'est prendre officiellement la position de celui qui enseigne.

le royaume des Cieux

Expression propre à Matthieu, qui dit « Cieux » par respect pour éviter de prononcer le nom de Dieu ; les autres évangiles disent « royaume de Dieu ». Il ne s'agit pas d'un territoire ni seulement de l'au-delà, mais du règne de Dieu qui s'établit sur le monde et sur les cœurs.

la justice

Le mot ne désigne pas d'abord l'équité des tribunaux. Chez Matthieu, il signifie la conduite droite voulue par Dieu, la fidélité à sa volonté. Avoir faim et soif de cette justice, c'est la désirer comme on désire manger.

la miséricorde

Derrière le mot français se tient l'hébreu hesed, qui joint la tendresse, la fidélité et la bonté agissante envers celui qui est dans le besoin. C'est l'attitude que l'Ancien Testament attribue d'abord à Dieu lui-même.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« pauvres de cœur »

L'expression grecque dit littéralement « pauvres par l'esprit » ; certaines bibles traduisent « pauvres en esprit », d'autres « pauvres de cœur ». Il ne s'agit pas d'une pauvreté intellectuelle, mais d'une attitude intérieure de dépouillement et de dépendance à l'égard de Dieu.

« ouvrant la bouche »

Tournure calquée sur l'hébreu, qui annonce une parole solennelle et importante ; elle n'est pas une description pittoresque mais un signal littéraire.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 6, 20-26 même épisode, autre évangile

Luc rapporte un discours semblable, mais prononcé dans la plaine et beaucoup plus bref. Il ne retient que quatre béatitudes, formulées à la deuxième personne (« heureux, vous les pauvres »), et leur fait répondre quatre avertissements adressés aux riches et aux repus. Là où Luc insiste sur des situations sociales concrètes, Matthieu élargit par des précisions intérieures comme la pauvreté « de cœur » ou la faim de justice. Deux mises en forme d'un même enseignement, selon les besoins de communautés différentes.

Is 61, 1-3 Ancien Testament

Le prophète annonce une bonne nouvelle pour les pauvres et une consolation pour ceux qui mènent le deuil. Les deux premières béatitudes reprennent ce vocabulaire de très près. Le lecteur juif entendait donc dans ces paroles l'accomplissement d'une promesse ancienne, non une nouveauté sans racines.

Ps 37, 11 Ancien Testament

Ce psaume promet aux humbles la possession du pays. La béatitude des doux en reprend presque les termes. Mais ce qui désignait la terre d'Israël s'ouvre ici à une espérance plus vaste, accordée au « royaume des Cieux ».

Ps 24, 3-4 Ancien Testament

Le psaume demande qui peut gravir la montagne du Seigneur et répond : celui qui a le cœur pur et les mains innocentes. La béatitude des cœurs purs prolonge cette tradition, en promettant non plus l'accès au Temple mais la vision de Dieu lui-même.

Clés de lecture
Une construction en deux temps

Chaque béatitude associe une déclaration de bonheur et un motif introduit par « car ». La première et la huitième se terminent de la même façon, par la mention du royaume des Cieux : cette reprise encadre l'ensemble et signale qu'on a affaire à une série composée, non à une accumulation.

Le passage du « ils » au « vous »

Les huit premières formules parlent à la troisième personne, comme un portrait général. Les dernières lignes s'adressent directement aux auditeurs et évoquent l'insulte et la persécution subies à cause de Jésus. Le discours cesse alors d'être un tableau pour devenir une parole personnelle, qui lie le sort des disciples à celui de leur maître.

Un renversement, non une consolation

Le texte ne dit pas que la pauvreté ou les larmes seraient bonnes en elles-mêmes. Il annonce que ceux qui les subissent sont du côté où Dieu agit, et que leur situation sera retournée. Le bonheur proclamé repose entièrement sur ce que Dieu fera, non sur une qualité des intéressés.

Jésus et Moïse

La montagne, la posture du maître, la solennité de l'ouverture : tout rapproche la scène du don de la Loi au Sinaï. Matthieu suggère ainsi que Jésus ne se contente pas de commenter la Loi, il parle avec l'autorité de celui qui l'a donnée.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus décrit qui sont les héritiers du règne de Dieu qu'il vient annoncer, et il retourne les critères habituels du bonheur. La tradition catholique voit dans les béatitudes le cœur de sa prédication et le portrait de sa propre existence : pauvre, doux, artisan de paix, persécuté pour la justice. Les lire, c'est donc d'abord regarder le Christ avant de regarder une morale.

La lecture spirituelle y discerne aussi la vocation de tout chrétien et l'horizon ultime de son espérance : voir Dieu, être appelé fils de Dieu, recevoir la terre promise. C'est pourquoi ce texte est proclamé à la Toussaint, fête de tous les saints, y compris les innombrables inconnus : les béatitudes dessinent le chemin par lequel ils sont passés et le bonheur dans lequel l'Église les croit entrés.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une série de macarismes, un genre bien attesté dans les psaumes et les livres de sagesse d'Israël : une déclaration solennelle qui proclame heureux celui qui se trouve dans telle situation ou agit de telle manière.

Ce n'est donc ni une loi, ni une liste de conditions à remplir pour mériter quelque chose. C'est un constat prophétique qui renverse les évidences : Dieu voit du bonheur là où l'on voit du malheur. Les verbes au futur (« ils seront consolés », « ils verront ») indiquent un accomplissement encore à venir, déjà engagé.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Matthieu, collecteur d'impôts appelé par Jésus. Les spécialistes situent sa rédaction, en grec, vers les années 80, sans trancher définitivement la question de l'auteur.

Il s'adresse à une communauté largement issue du judaïsme, qui connaît les Écritures et se demande comment la foi en Jésus s'articule à la Loi de Moïse. D'où l'insistance constante sur l'accomplissement des promesses et sur une justice qui ne supprime pas la Loi mais la conduit à son terme.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1716 — Le Catéchisme présente les béatitudes comme le cœur de la prédication de Jésus et la reprise des promesses faites à Israël.
  • Catéchisme, § 2546 — Explication de la pauvreté de cœur comme abandon confiant et détachement, condition d'entrée dans le Royaume.
  • Mt 4, 23-25 — Les versets qui précèdent immédiatement, où affluent les foules qui motivent la montée sur la hauteur.
  • Mt 7, 28-29 — La conclusion du discours, où les foules sont frappées parce que Jésus enseigne avec autorité.
  • Ap 7, 9-14 — La vision de la foule immense des sauvés, lue elle aussi à la Toussaint, qui éclaire l'horizon des promesses des béatitudes.

À retenir

Avant de prescrire une conduite, Jésus déclare heureux ceux que le monde juge malheureux, parce que c'est chez eux que le règne de Dieu commence.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(sur S. Matth.) Tout artisan, quelle que soit sa profession, voit avec joie ce qui lui donne l’occasion d’exercer son art. Ainsi le charpentier, à la vue d’un arbre de bonne qualité, désire 1e couper pour l’employer à ses travaux ; de même le prêtre, en voyant une assemblée nombreuse, se réjouit dans son âme, et il est heureux de pouvoir lui enseigner des vérités utiles. C’est ainsi que le spectacle de cette grande multitude de peuple donna lieu au Seigneur de lui adresser ses divins enseignements : « Jésus voyant cette foule, monta sur la montagne. »

S. Augustin

(de l’acc. des Ev. , 1, 19.) On peut dire aussi qu’il voulut éviter cette grande multitude et qu’il se retira sur cette montagne pour s’entretenir avec ses seuls disciples.

S. Chrys

(hom. 5 sur S. Matth.) Il s’asseoit non au milieu des villes et des places publiques, mais sur une montagne et dans la solitude, et il nous apprend ainsi à ne rien faire par ostentation et à fuir les réunions tumultueuses, surtout lorsque nous devons traiter de choses d’une haute importance.

S. Rémi

Nous voyons dans l’Évangile que Notre-Seigneur avait trois lieux particuliers de retraite, la barque, la montagne et le désert, et qu’il se retirait dans l’une ou l’autre de ces retraites, lorsqu’il était accablé par la foule.

99 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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