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Solennité

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

1 Rois 8, 22-23 . 8, 27-30

« Que tes yeux soient ouverts sur cette Maison »

22 Salomon se plaça devant l’autel de Yahweh, en face de toute l’assemblée d’Israël, et, étendant ses mains vers le ciel,

23 il dit : « Yahweh, Dieu d’Israël, il n’y a pas de Dieu semblable à vous, ni en haut dans les cieux, ni en bas sur la terre : à vous, qui gardez l’alliance et la miséricorde envers vos serviteurs qui marchent de tout leur cœur en votre présence ;

27 « Mais est-il vrai que Dieu habite sur la terre ? Voici que le ciel et le ciel des cieux ne peuvent vous contenir : combien moins cette maison que j’ai bâtie !

28 Cependant soyez attentif, Yahweh, mon Dieu, à la prière de votre serviteur et à sa supplication, en écoutant le cri joyeux et la prière que votre serviteur prononce devant vous aujourd’hui,

29 en tenant vos yeux ouverts nuit et jour sur cette maison, sur le lieu dont vous avez dit : Là sera mon nom, en écoutant la prière que votre serviteur fait en ce lieu.

30 Ecoutez la supplication de votre serviteur et de votre peuple d’Israël, lorsqu’ils prieront en ce lieu ; écoutez du lieu de votre demeure, du ciel, écoutez et pardonnez.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes vers le Xe siècle avant Jésus-Christ, au moment le plus solennel du règne de Salomon, fils et successeur de David. Les chapitres précédents ont raconté la construction, pendant sept ans, du Temple de Jérusalem ; juste avant notre passage, l'arche d'Alliance — le coffre qui contenait les tables de la Loi et accompagnait Israël depuis le désert — vient d'être transportée dans le sanctuaire, qu'une nuée a rempli, signe de la présence divine.

Salomon s'est alors tourné vers le peuple pour bénir Dieu, puis il se place devant l'autel et commence la longue prière de dédicace qui occupe tout le chapitre 8. La lecture en retient l'ouverture et le cœur ; elle enjambe trois versets (24-26) où le roi rappelle la promesse faite à son père David et demande à Dieu de la tenir. Après ce que nous lisons viendra une série de demandes précises (en cas de guerre, de sécheresse, de famine, d'exil), puis la bénédiction finale et d'immenses sacrifices.

S'agissant d'une solennité, les lectures du jour ont été choisies ensemble pour la fête célébrée, et non selon le parcours ordinaire du lectionnaire.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Salomon

Fils de David et roi d'Israël, connu pour sa sagesse légendaire ; c'est lui qui bâtit à Jérusalem le premier Temple, que son père avait seulement projeté.

Il agit ici en médiateur : debout devant l'autel, au nom de tout le peuple, il inaugure le sanctuaire non par un discours de gloire mais par une prière de supplication.

l'assemblée d'Israël

Le peuple rassemblé, convoqué pour l'événement ; en hébreu, le mot désignant cette assemblée cultuelle est celui que le grec traduira plus tard par ekklèsia, d'où vient notre mot « Église ».

Elle se tient en face du roi et constitue le témoin de la prière ; Salomon demande expressément que Dieu écoute aussi ce peuple lorsqu'il priera en ce lieu.

le Seigneur, Dieu d'Israël

Le Dieu unique qui, selon le récit biblique, a fait sortir Israël d'Égypte et conclu avec lui une Alliance assortie d'une Loi.

Il est celui à qui la prière s'adresse. Le texte le présente comme incomparable et comme fidèle à sa parole, mais aussi comme impossible à enfermer dans un édifice.

Mots à connaître
le Temple

Édifice construit à Jérusalem pour abriter l'arche d'Alliance et le culte sacrificiel. Il n'était pas une salle de réunion comme une église : le peuple se tenait dans les parvis extérieurs, et seuls les prêtres entraient dans le bâtiment. Il sera détruit en 587 avant Jésus-Christ, reconstruit, puis détruit de nouveau en 70 après Jésus-Christ.

l'autel

Il s'agit de l'autel des sacrifices, dressé à l'air libre dans le parvis, devant l'entrée du sanctuaire. C'est là qu'étaient offerts les animaux et les offrandes végétales. Salomon se place devant lui, donc à la vue de tous.

les mains étendues vers le ciel

Posture habituelle de la prière dans tout le Proche-Orient ancien : on se tenait debout, paumes ouvertes vers le haut. Elle exprime la demande et l'attente, non la soumission. Le prêtre catholique garde ce geste à l'autel.

l'Alliance

Terme central de la Bible : un lien stable que Dieu établit avec un peuple, comportant une promesse de sa part et des engagements de la part de l'homme. Le modèle en est le pacte conclu au Sinaï après la sortie d'Égypte. Dire que Dieu « garde » son Alliance, c'est affirmer sa fidélité à sa propre parole.

le nom

Dans la mentalité biblique, le nom n'est pas une étiquette mais quelque chose de la personne elle-même. Dire que le Nom de Dieu réside au Temple permet d'affirmer une présence réelle sans prétendre que Dieu y serait enfermé. C'est une précaution de langage délibérée.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« cette Maison »

L'hébreu emploie un mot ordinaire signifiant « maison » pour désigner le Temple. Les traductions françaises hésitent entre « maison », avec ou sans majuscule, et « Temple » ; il s'agit du même édifice.

Ailleurs dans l’Écriture
2 Ch 6, 12-21

Les livres des Chroniques, écrits bien plus tard, racontent la même scène en reprenant presque mot pour mot cette prière. Ils ajoutent un détail de mise en scène : Salomon monte sur une estrade de bronze dressée au milieu du parvis, et il s'agenouille. L'écart montre comment une même tradition est relue et mise en valeur par une époque ultérieure, plus attentive au décorum liturgique.

Dt 12, 5. 11 Ancien Testament

Le Deutéronome annonce que Dieu choisira un lieu unique « pour y faire habiter son nom ». Notre passage reprend cette formule exacte : ce n'est pas Dieu lui-même qui habite le Temple, mais son Nom, c'est-à-dire sa présence rendue accessible. Cette nuance est la clé théologique du chapitre.

2 S 7, 12-13 Ancien Testament

Le prophète Natan avait annoncé à David que ce serait son fils, et non lui, qui bâtirait une maison au Seigneur. Ce sont précisément ces versets que rappellent les trois versets enjambés par la lecture (1 R 8, 24-26). La prière de Salomon se comprend donc comme l'accomplissement revendiqué d'une promesse ancienne.

Ac 7, 48-49

Dans son discours avant d'être mis à mort, Étienne affirme que le Très-Haut n'habite pas dans des demeures construites par les hommes, en citant le prophète Isaïe. L'intuition est déjà celle de Salomon : le premier christianisme ne la invente pas, il la radicalise à partir de l'Ancien Testament lui-même.

Clés de lecture
Une objection au cœur de la prière

Le mouvement du texte est surprenant : à peine le sanctuaire achevé, le roi met en doute l'idée même qu'un bâtiment puisse loger Dieu. L'argument procède par gradation : si l'immensité du ciel n'y suffit pas, à plus forte raison un édifice de pierre. La dédicace comporte ainsi sa propre critique du risque religieux de confisquer Dieu.

Le Nom, et non la personne

La solution tenue par le texte est subtile : Dieu habite aux cieux, mais son Nom est au Temple. Le sanctuaire n'est donc pas la résidence de Dieu, c'est le point de rencontre qu'il a lui-même désigné, l'endroit vers lequel on se tourne et où l'on est sûr d'être entendu.

Un vocabulaire de l'écoute

Les verbes qui reviennent ne décrivent pas des sacrifices mais une relation : écouter, être attentif, avoir les yeux ouverts, pardonner. Pour un livre écrit à l'époque où le Temple est en ruines, cela signifie que l'essentiel du culte — la prière adressée et reçue — demeure possible.

Les versets enjambés

La lecture laisse de côté 1 R 8, 24-26, où Salomon rappelle la promesse faite à David concernant sa descendance. Le passage retenu met ainsi l'accent sur le Temple plutôt que sur la dynastie royale.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte fonde une théologie du lieu saint qui tient les deux bouts : Dieu dépasse infiniment tout sanctuaire, et pourtant il consent à se rendre joignable en un lieu précis, par pure initiative de sa part. Le Temple n'y est pas un instrument de pouvoir religieux, mais un lieu d'écoute et de pardon.

La tradition chrétienne y lit une préparation de ce qu'elle confesse du Christ : en lui, selon l'Évangile de Jean, c'est un corps d'homme qui devient le vrai sanctuaire, et la rencontre entre Dieu et les hommes ne dépend plus d'un édifice. Par extension, le Nouveau Testament appelle « temple » la communauté des croyants et chaque baptisé.

C'est pourquoi ce passage est retenu lorsqu'on célèbre la dédicace d'une église : les murs consacrés signifient quelque chose de réel, mais ce qu'ils signifient les dépasse. Le bâtiment reste au service de l'assemblée qui s'y rassemble, et la prière qu'on y fait est reçue ailleurs, « dans les cieux ».

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une prière de dédicace, c'est-à-dire d'un discours liturgique prononcé lors de l'inauguration d'un sanctuaire, inséré dans un récit historique. Dans la Bible, ces grands discours placés dans la bouche d'un personnage sont aussi une manière pour l'auteur d'exposer sa propre théologie à un moment charnière du récit.

On n'y cherchera donc pas un procès-verbal de cérémonie, mais une réflexion construite : d'abord la louange du Dieu incomparable, puis une objection posée par le priant lui-même, enfin la demande. Lire ce texte, c'est suivre un raisonnement autant qu'écouter une prière.

Qui écrit, et pour qui

Les deux livres des Rois forment une seule œuvre, coupée en deux pour des raisons matérielles de longueur de rouleau. Ils appartiennent à un vaste ensemble historique allant de Josué à 2 Rois, dont les spécialistes pensent majoritairement qu'il a été composé à partir d'archives et de traditions anciennes, puis mis en forme autour du VIe siècle avant Jésus-Christ.

L'auteur est anonyme ; la tradition juive l'a parfois rattaché au prophète Jérémie, mais rien ne permet de le vérifier. Les premiers destinataires sont vraisemblablement des Israélites marqués par la catastrophe de 587 : Jérusalem prise, le Temple détruit, une partie du peuple déportée à Babylone.

Cela éclaire l'insistance du texte : pour des gens privés de sanctuaire, il importe d'entendre que Dieu réside aux cieux et qu'il peut écouter une prière tournée vers un lieu, même de loin.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2580 — Le Catéchisme commente directement la prière de dédicace de Salomon comme modèle de la prière du peuple de Dieu au Temple.
  • Catéchisme, § 1197 — Il articule le Temple de Jérusalem, le Christ vrai Temple et les chrétiens devenus pierres vivantes.
  • Jn 2, 19-21 — Jésus désigne son propre corps comme le sanctuaire à relever, ce qui prolonge l'intuition de Salomon sur un Dieu non enfermé.
  • 1 Co 3, 16 — Paul applique à la communauté chrétienne le vocabulaire du temple de Dieu.
  • 1 R 8, 46-53 — La suite immédiate de la prière envisage le cas d'un peuple déporté priant en direction de Jérusalem, ce qui révèle l'horizon du livre.

À retenir

Le jour même où il inaugure le Temple, Salomon affirme qu'aucun édifice ne peut contenir Dieu : le sanctuaire n'est pas sa demeure, mais le lieu qu'il a choisi pour écouter et pardonner.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 83, 3 . 83, 4 . 83, 5-6 . 83, 8 . 83, 11

3 Mon âme s’épuise en soupirant après les parvis de Yahweh ; mon cœur et ma chair tressaillent vers le Dieu vivant.

4 Le passereau même trouve une demeure, et l’hirondelle un nid où elle repose ses petits : Tes autels, Yahweh des armées, mon roi et mon Dieu !

5 Heureux ceux qui habitent ta maison ! Ils peuvent te louer encore. — Séla.

6 Heureux les hommes qui ont en toi leur force ; ils ne pensent qu’aux saintes montées.

8 Pendant la marche s’accroît la vigueur, et ils paraissent devant Dieu à Sion :

11 Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ; je préfère me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter sous les tentes des méchants.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

1 Pierre 2, 4-9

« Comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle »

4 Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée des hommes, il est vrai, mais choisie et précieuse devant Dieu ;

5 et, vous-mêmes comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l’édifice, pour former un temple spirituel, un sacerdoce saint, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus-Christ.

6 Car il est dit dans l’Écriture : « Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu. »

7 À vous donc l’honneur, vous qui croyez ; mais pour les incrédules, « la pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, c’est elle qui est devenue une pierre d’angle,

8 une pierre d’achoppement et un rocher de scandale » : eux qui vont se heurter contre la parole parce qu’ils n’ont pas obéi ; aussi bien, c’est à cela qu’ils sont destinés.

9 Mais vous, vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que [Dieu] s’est acquis afin que vous annonciez les perfections de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ;

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La première lettre de Pierre s'ouvre sur une longue méditation du baptême : ceux qui la reçoivent viennent d'être « régénérés », arrachés à leur ancienne vie païenne, et l'auteur les invite à désirer la nourriture qui fait grandir (1, 3 – 2, 3).

Le passage retenu ici forme la charnière de la lettre : avant de donner des conseils très concrets sur la conduite à tenir dans une société hostile (à partir de 2, 11 : vie sociale, travail, famille, épreuves), l'auteur dit d'abord à ses lecteurs qui ils sont désormais. Il le fait par une double image empruntée à l'Ancien Testament : celle d'un édifice qui s'élève à partir d'une pierre, et celle d'un peuple mis à part.

Le découpage s'arrête au verset 9 ; le verset suivant, qui prolonge la même idée, rappelle que ces croyants n'étaient autrefois « pas un peuple ». Les lectures d'une solennité étant choisies pour la fête elle-même, ce texte est retenu chaque fois que l'on célèbre ce qu'est l'Église comme édifice spirituel et peuple sacerdotal.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
L'auteur de la lettre

La lettre se présente comme écrite par Pierre, le pêcheur de Galilée que Jésus a placé à la tête des Douze et dont le nom signifie précisément « pierre ».

Il s'adresse à des baptisés qu'il encourage, en leur expliquant leur nouvelle identité avant de leur dire comment vivre au milieu de voisins qui les rejettent.

« Frères » (les destinataires)

Des chrétiens de plusieurs provinces d'Asie Mineure (actuelle Turquie), majoritairement d'origine païenne, récemment baptisés et socialement marginalisés.

Ils sont le sujet principal du passage : de pierres éparses ils deviennent un édifice, et de gens sans statut ils reçoivent les titres d'honneur autrefois donnés à Israël.

Le Seigneur Jésus, « pierre vivante »

Le Christ, mort et ressuscité, dont la lettre fait constamment le modèle de ceux qui souffrent injustement.

Il est présenté comme la pierre que les bâtisseurs ont écartée et que Dieu a choisie : son rejet par les hommes et son élection par Dieu commandent tout le passage.

Ceux qui refusent de croire

Non pas un peuple désigné, mais ceux qui, dans l'entourage des destinataires, se détournent de l'annonce chrétienne.

Ils servent de contraste : la même pierre qui soutient l'édifice devient pour eux un obstacle sur lequel on bute.

Mots à connaître
Pierre angulaire / pierre d'angle

Dans la construction antique, c'est le bloc soigneusement taillé placé à l'angle ou à la base d'un mur, qui aligne et maintient tout le reste. Une pierre jugée défectueuse était écartée du chantier. L'image suppose donc un renversement : ce qui a été mis au rebut se révèle porter l'édifice.

Sion

Nom de la colline de Jérusalem où se dressaient le palais royal et le Temple, employé par extension pour la ville sainte elle-même. Dire que Dieu y pose une pierre, c'est parler du lieu où il se rend présent à son peuple.

Sacerdoce et sacrifices spirituels

Dans le judaïsme du temps, seuls des prêtres, dans le Temple de Jérusalem, offraient des sacrifices d'animaux et de produits de la terre. Le texte déplace ce vocabulaire : la communauté entière devient le lieu du culte, et l'offrande est l'existence même des croyants. C'est la racine de ce que la théologie appellera le sacerdoce commun des baptisés.

Des ténèbres à la lumière

Formule traditionnelle pour décrire le passage de l'ignorance de Dieu à la foi. Appliquée à des convertis venus du paganisme, elle évoque concrètement l'abandon des cultes antérieurs, et elle a très tôt été associée au rite du baptême.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« achoppement », « ils achoppent »

Verbe vieilli qui signifie buter, trébucher sur un obstacle ; certaines traductions parlent de « pierre qui fait tomber » ou de « pierre d'obstacle ».

Ailleurs dans l’Écriture
Ps 118, 22 Ancien Testament

Ce verset d'un psaume d'action de grâce chante une pierre écartée par les maçons et finalement placée à l'angle de l'édifice. Dans l'Ancien Testament, elle évoque le roi ou le peuple humilié puis relevé. Les premiers chrétiens y ont lu le passage de la croix à la résurrection, et la lettre s'en sert ici comme preuve scripturaire.

Is 28, 16 Ancien Testament

Le prophète annonce que Dieu pose dans Jérusalem une pierre de fondation sûre, et que celui qui s'y fie ne sera pas déçu. La lettre reprend cette promesse en l'appliquant au Christ, et transforme ainsi l'image d'un sanctuaire de pierre en celle d'une communauté vivante.

Ex 19, 6 Ancien Testament

Au Sinaï, Dieu dit à Israël qu'il sera pour lui un royaume de prêtres et une nation sainte. Les titres accumulés à la fin du passage viennent de là, avec des expressions proches d'Isaïe 43. Le point décisif est qu'ils sont désormais donnés à des croyants venus du paganisme : la vocation d'Israël n'est pas annulée mais élargie.

Ep 2, 20-22

Une autre lettre du Nouveau Testament développe la même image de la construction, mais autrement : les apôtres et les prophètes y forment les fondations et le Christ la pierre d'angle. La comparaison montre qu'il s'agit d'une métaphore travaillée par plusieurs auteurs chrétiens, chacun y mettant son accent.

Clés de lecture
Une seule image, deux effets opposés

La pierre est le mot qui structure tout le passage. Pour ceux qui croient, elle est fondation et support ; pour ceux qui se détournent, elle devient l'obstacle sur lequel on bute. Ce n'est pas la pierre qui change, c'est la position que l'on prend devant elle.

Du Christ aux croyants

L'auteur applique d'abord l'image au Christ, puis la transfère immédiatement à ses lecteurs : eux aussi sont dits pierres vivantes. Toute la logique du passage tient dans ce glissement : ce qui est arrivé au Christ — rejeté par les hommes, choisi par Dieu — définit désormais la condition de ceux qui lui sont unis.

Des titres d'Israël donnés à des païens convertis

La fin du passage accumule quatre appellations empruntées à l'Exode et à Isaïe, qui désignaient le peuple de l'Alliance. Les recevoir n'est pas un privilège clos sur lui-même : le texte les ordonne aussitôt à une mission, annoncer publiquement ce que Dieu a fait.

Un réconfort pour des gens méprisés

Les destinataires sont socialement déconsidérés. Leur dire que la pierre rejetée est celle que Dieu a choisie donne un sens à leur propre mise à l'écart, sans la nier ni la glorifier.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur explique à des baptisés d'Asie Mineure pourquoi leur marginalité ne contredit pas leur élection, en relisant pour eux trois textes prophétiques sur la pierre et les titres donnés à Israël au Sinaï.

La tradition catholique y lit l'un des fondements de sa compréhension de l'Église : non pas d'abord une institution de pierres, mais un édifice fait de personnes, dont le Christ ressuscité est la pierre maîtresse. De là vient aussi la doctrine du sacerdoce commun des fidèles : tout baptisé participe au sacerdoce du Christ en offrant sa vie, ce qui n'efface pas le ministère ordonné mais le situe au service de ce peuple sacerdotal. La liturgie de la dédicace d'une église s'appuie volontiers sur ce texte, parce qu'il empêche de confondre le bâtiment avec ce qu'il abrite. Enfin, le passage des ténèbres à la lumière, lu spirituellement, désigne le baptême et, au-delà, l'achèvement promis à ceux qui le reçoivent.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est pas un récit mais une exhortation baptismale : l'auteur rappelle à des nouveaux croyants ce que le baptême a fait d'eux, avant d'en tirer des conséquences pratiques. Le texte procède par images (une construction, un peuple) et par montage de citations de l'Ancien Testament, technique habituelle dans la prédication juive et chrétienne du premier siècle. Le ton très rythmé, presque chanté, fait penser à une catéchèse déjà mise en forme pour être retenue par cœur.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se donne pour écrite par Pierre depuis « Babylone », nom codé qui désigne très probablement Rome. Elle s'adresse à des chrétiens dispersés dans cinq provinces d'Asie Mineure, décrits comme des étrangers en résidence : ils subissent moqueries et suspicion de la part de leur entourage.

La date et l'auteur réel sont débattus : la qualité du grec et la situation décrite font penser à certains qu'un disciple a rédigé le texte au nom de Pierre, pratique admise dans l'Antiquité, tandis que d'autres maintiennent une rédaction par Pierre avec l'aide d'un secrétaire. L'Église reçoit ce livre comme Écriture inspirée indépendamment de la solution retenue.

Lectures et références
  • Ac 4, 11 — Pierre, devant les autorités de Jérusalem, applique déjà au Christ l'image de la pierre rejetée devenue pierre d'angle.
  • Mc 12, 10-11 — Jésus lui-même conclut la parabole des vignerons homicides par la citation du psaume sur la pierre écartée.
  • Ap 1, 6 — Autre texte du Nouveau Testament qui applique aux croyants le titre sacerdotal donné à Israël.
  • Catéchisme, § 1268 — Le Catéchisme cite ce passage pour expliquer que les baptisés forment un sacerdoce saint.
  • Catéchisme, § 756 — Présente l'image de l'Église comme construction dont le Christ est la pierre d'angle.

À retenir

La même pierre que les bâtisseurs avaient écartée soutient désormais l'édifice : ce renversement vaut pour le Christ et, par contrecoup, pour les croyants méprisés à qui cette lettre s'adresse.

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Évangile

Matthieu 16, 13-19

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église »

13 Jésus étant venu dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : « Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme ? »

14 Ils lui répondirent : « Les uns disent que tu es Jean-Baptiste, d’autres Élie, d’autres Jérémie ou quelqu’un des prophètes. —

15 Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? »

16 Simon Pierre, prenant la parole, dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

17 Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.

18 Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle.

19 Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »

L’analyse de cette lecture n’a pas encore été produite.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

Après avoir inspiré à ses disciples un profond éloignement pour la doctrine des pharisiens, Notre-Seigneur choisit ce moment favorable pour jeter dans leurs âmes les fondements profonds de la doctrine évangélique, et pour donner à son enseignement plus de solennité, l’Évangéliste nous désigne l’endroit où elle se passa : « Or, Jésus vint dans les environs de Césarée de Philippe. » Il ne dit pas simplement Césarée, mais Césarée de Philippe ; car il y a une autre ville de Césarée, celle de Straton. Ce n’est point dans celle-là, mais dans la première, que Jésus fait cette question à ses disciples ; il les emmène loin des Juifs, afin que, sans crainte aucune, ils disent librement ce qu’ils ont dans le cœur.

Raban

Ce Philippe était frère d’Hérode, il était tétrarque de l’Iturée et de la Trachonitide. Il avait appelé Césarée, en l’honneur de Tibère, la ville qui est maintenant connue sous le nom de Panéas.

La glose

Le Sauveur veut confirmer ses disciples dans la foi, il commence donc par éloigner de leur esprit les opinions et les erreurs que d’autres pouvaient y avoir jetées. « Et il interrogea ses disciples en leur demandant : Que disent les hommes qu’est le Fils de l’homme ? »

Origène

En interrogeant ainsi ses disciples, il veut nous ap­prendre par leurs réponses qu’il y avait alors sur le Christ diverses opinions parmi les Juifs, et aussi nous faire rechercher nous-mêmes l’opinion que les hommes peuvent avoir de nous. S’ils en disent du mal, nous devons cesser d’y donner occasion, et s’ils en disent du bien, nous devons redoubler nos efforts pour mériter leur approba­tion. Les disciples des évêques doivent apprendre aussi, à l’exemple des Apôtres, à informer leurs supérieurs de ce qu’ils entendent dire au dehors sur leur personne.

44 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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