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29ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine I du Psautier)

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Isaïe 45, 1 . 45, 4-6

« J’ai pris Cyrus par la main pour lui soumettre les nations »

1 Ainsi parle Yahweh à son oint, à Cyrus, que j’ai pris par la main droite pour terrasser devant lui les nations, et pour délier la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les portes, afin que les entrées ne lui soient pas fermées :

4 A cause de Jacob, mon serviteur, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom ; je t’ai désigné quand tu ne me connaissais pas.

5 Je suis Yahweh, et il n’y en a pas d’autre ; hors moi, il n’y a pas de Dieu ! Je t’ai ceint quand tu ne me connaissais pas,

6 afin que l’on sache, du levant au couchant, qu’il n’y a rien en dehors de moi ! Je suis Yahweh, et il n’y en a pas d’autre ;

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le chapitre 45 appartient à la grande section d'Isaïe qui s'ouvre au chapitre 40, une suite de poèmes de consolation adressés aux Judéens déportés à Babylone après la destruction de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. Depuis le chapitre 44, un nom revient : Cyrus, le roi perse dont les victoires foudroyantes font trembler l'Orient et qui prendra Babylone en 539.

Juste avant notre passage, Dieu a été présenté comme celui qui crée, qui déjoue les devins et qui a désigné Cyrus comme son berger. Notre texte est l'oracle adressé directement à ce roi étranger ; la suite du chapitre poursuivra en affirmant que Dieu forme la lumière et les ténèbres, et invitera toute la terre à se tourner vers lui.

Le lectionnaire enjambe les versets 2 et 3, qui décrivent en images guerrières la marche de Dieu devant Cyrus, portes de bronze brisées et trésors cachés livrés. Ne sont retenus que l'adresse initiale et le cœur de l'oracle : pourquoi Dieu agit ainsi, et ce qu'il veut faire savoir au monde entier.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le Seigneur

Le Dieu d'Israël, désigné dans l'hébreu par son nom propre, que les traductions rendent par « le Seigneur ». Dans cette partie d'Isaïe, il se présente constamment comme créateur du monde et maître de l'histoire des peuples.

Il est l'unique locuteur du passage : il parle à Cyrus, explique son choix et le motive, et conclut par une affirmation de son unicité répétée comme un refrain.

Cyrus

Cyrus II, roi des Perses, personnage historique bien connu : il s'empare de Babylone en 539 avant Jésus-Christ et autorise ensuite les peuples déportés, dont les Judéens, à rentrer chez eux et à rebâtir leurs sanctuaires.

Il est l'interlocuteur de l'oracle, mais ne répond pas. Le texte insiste par deux fois sur le fait qu'il ignore le Dieu qui l'appelle : il est l'instrument d'un dessein qui le dépasse.

Jacob, Israël

Deux noms pour le même peuple : Jacob est l'ancêtre dont les douze fils donnent leur nom aux tribus, et Israël le nom que Dieu lui donne. Ici, il s'agit des exilés de Juda.

Ils n'interviennent pas, mais ils sont la raison du choix de Cyrus : c'est à cause d'eux que le roi perse est pris par la main.

Les nations et les rois

Les peuples et les souverains du Proche-Orient ancien, que les conquêtes perses soumettent les uns après les autres.

Ils figurent la résistance politique que Dieu lui-même désarme ; leur chute montre que l'histoire des empires n'échappe pas à son dessein.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« messie »

Le mot hébreu signifie simplement « celui qui a reçu l'onction d'huile ». Beaucoup de traductions écrivent ici « son oint » plutôt que « son messie », pour éviter que le lecteur n'y entende d'emblée le Messie attendu.

Ailleurs dans l’Écriture
Is 44, 28 Ancien Testament

Quelques lignes plus haut, Cyrus est appelé « mon berger », titre habituellement réservé aux rois d'Israël. Notre passage franchit un pas de plus en lui donnant le titre d'oint. Lire les deux ensemble montre que la provocation est délibérée et construite.

Esd 1, 1-4 Ancien Testament

Le livre d'Esdras rapporte l'édit par lequel Cyrus autorise les Judéens à rentrer et à rebâtir le Temple de Jérusalem. L'oracle d'Isaïe annonce ce que ce récit raconte comme accompli. Le rapprochement donne au texte son ancrage historique concret.

Dt 4, 39 Ancien Testament

Le Deutéronome formule la même conviction : le Seigneur est Dieu, et il n'y en a pas d'autre. Isaïe la reprend en situation d'exil, face aux divinités triomphantes de Babylone, et en tire une conséquence nouvelle : ce Dieu unique peut donc se servir d'un roi païen.

Mt 22, 15-21

Dans l'année A du cycle liturgique, ce texte est lu le même dimanche que la scène où Jésus est interrogé sur l'impôt dû à l'empereur. Les deux passages posent la même question sous des formes opposées : quelle place le pouvoir politique occupe-t-il dans le dessein de Dieu ?

Clés de lecture
Un titre scandaleux donné à un païen

Le mot rendu par « messie » signifie en hébreu oint, c'est-à-dire marqué d'une onction d'huile : en Israël, ce geste consacrait les rois et les prêtres. L'appliquer à un conquérant étranger qui ignore le Dieu d'Israël est une audace inouïe du prophète. Elle affirme que Dieu peut choisir qui il veut, y compris hors de son peuple.

« Alors que tu ne me connaissais pas »

La formule revient deux fois, et c'est le ressort du passage. Cyrus agit pour ses propres raisons politiques ; il n'en reste pas moins, sans le savoir, l'exécutant d'un dessein. Le texte maintient ensemble la liberté réelle du roi et l'initiative de Dieu, sans réduire l'une à l'autre.

Israël, motif ; le monde entier, horizon

Dieu explique son choix par le sort de son peuple, mais la finalité annoncée déborde largement : il s'agit que l'on sache, d'un bout à l'autre de la terre, qu'il n'y a pas d'autre Dieu. Le salut d'Israël n'est pas une faveur refermée sur elle-même, il a valeur de signe pour tous.

Les versets enjambés

Les versets 2 et 3, que la lecture passe, prolongent les images de conquête et se concluent sur une phrase importante : tout cela arrive pour que Cyrus apprenne qui l'appelle par son nom. Le saut du lectionnaire resserre le texte sur l'affirmation centrale de l'unicité de Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce passage est une relecture croyante de l'actualité politique de 540 avant Jésus-Christ : la montée en puissance des Perses, que les exilés pouvaient prendre pour un simple remaniement d'empires, est interprétée comme l'œuvre du Dieu d'Israël. C'est l'une des formulations les plus nettes du monothéisme biblique, et elle ne surgit pas dans la victoire mais dans la défaite.

La tradition chrétienne y lit une leçon sur la providence : Dieu conduit l'histoire à travers des causes humaines libres, y compris par des hommes qui ne le connaissent pas. Elle y voit aussi une préparation lointaine à la figure du Messie, le titre donné ici à Cyrus trouvant pour les chrétiens son accomplissement en Jésus, l'Oint de Dieu — en gardant la différence : Cyrus est un instrument de passage, le Christ est le Sauveur en personne.

Enfin, l'ouverture universelle du texte, l'orient et l'occident convoqués, est lue comme l'annonce que la connaissance du Dieu unique est destinée à tous les peuples.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un oracle royal, c'est-à-dire d'une parole que le prophète prononce au nom de Dieu et qui s'adresse directement à un souverain, selon un modèle bien attesté dans tout le Proche-Orient ancien : la divinité prend le roi par la main, lui ouvre les portes des villes, lui livre les nations.

Isaïe emprunte ce langage de cour pour le retourner : le roi investi n'est pas israélite et ne connaît pas celui qui l'investit. Il ne faut donc pas lire ces images comme un reportage militaire, mais comme une interprétation théologique d'événements politiques en train de se produire.

Qui écrit, et pour qui

Le livre d'Isaïe porte le nom d'un prophète qui a exercé son ministère à Jérusalem au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Mais les chapitres 40 à 55, auxquels appartient notre passage, supposent une situation beaucoup plus tardive : Jérusalem est détruite, le peuple est déporté, et Cyrus est déjà sur la scène.

Les spécialistes y reconnaissent très majoritairement l'œuvre d'un prophète anonyme actif parmi les exilés vers 545-538 avant Jésus-Christ, héritier de la tradition d'Isaïe et rattaché à son livre. On l'appelle parfois le « second Isaïe ».

Ses destinataires sont des déportés découragés, tentés de croire que les dieux de Babylone ont vaincu le leur. Tout l'enjeu de ces chapitres est de leur montrer le contraire.

Lectures et références
  • 1 S 16, 13 — L'onction de David par Samuel montre ce que le mot « oint » signifiait normalement en Israël, et mesure l'audace de son application à Cyrus.
  • Is 40, 1-2 — L'ouverture de la section à laquelle appartient le passage donne le ton de consolation adressée aux exilés.
  • Catéchisme, § 200 — Sur l'affirmation de l'unicité de Dieu dans la foi d'Israël.
  • Catéchisme, § 306 — Sur la manière dont Dieu associe des causes libres à l'accomplissement de son dessein.

À retenir

Un roi païen qui ignore le Dieu d'Israël reçoit le titre d'oint du Seigneur : le prophète affirme ainsi, en plein exil, que le Dieu unique conduit l'histoire des empires pour que tous les peuples le reconnaissent.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 95, 1 . 95, 3 . 95, 4-5 . 95, 7-8 . 95, 9-10

1 Chantez à Yahweh un cantique nouveau ! Chantez à Yahweh, vous habitants de toute la terre !

3 Racontez sa gloire parmi les nations, ses merveilles parmi tous les peuples.

4 Car Yahweh est grand et digne de toute louange, il est redoutable par dessus tous les dieux,

5 car tous les dieux des peuples sont néant. Mais Yahweh a fait les cieux.

7 Rendez à Yahweh, famille des peuples, rendez à Yahweh gloire et puissance !

8 Rendez à Yahweh la gloire due à son nom ! Apportez l’offrande et venez dans ses parvis.

9 Prosternez-vous devant Yahweh avec l’ornement sacré ; tremblez devant lui, vous, habitants de toute la terre !

10 Dites parmi les nations : « Yahweh est roi ; aussi le monde sera stable et ne chancellera pas ; il jugera les peuples avec droiture. »

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

1 Thessaloniciens 1, 1-5

« Nous nous souvenons de votre foi, de votre charité, de votre espérance »

1 Paul, Sylvain et Timothée à l’Église des Thessaloniciens, [réunie] en Dieu le Père et en Jésus-Christ le Seigneur :

2 à vous, grâce et paix. Nous rendons à Dieu pour vous tous de continuelles actions de grâces, en faisant mémoire de vous dans nos prières,

3 en rappelant sans cesse devant notre Dieu et Père, les œuvres de votre foi, les sacrifices de votre charité et la constance de votre espérance en Jésus-Christ,

4 sachant, frères bien-aimés de Dieu, comment vous avez été élus ;

5 car notre prédication de l’Évangile ne vous a pas été faite en parole seulement, mais elle a été accompagnée de miracles, [de l’effusion] de l’Esprit-Saint et d’une pleine persuasion ; vous savez aussi quels nous avons été parmi vous pour votre salut.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage est l'ouverture d'une lettre de Paul, c'est-à-dire d'un courrier réel adressé à une communauté précise : les chrétiens de Thessalonique, grande ville portuaire de Macédoine (nord de la Grèce actuelle). Paul y avait annoncé l'Évangile quelques mois plus tôt, lors d'un séjour écourté par l'hostilité d'une partie de la ville, avant de devoir partir précipitamment (le livre des Actes des Apôtres raconte l'épisode).

Inquiet du sort de ce groupe encore tout neuf, Paul envoie Timothée prendre des nouvelles ; le rapport est bon, et c'est de cette joie que naît la lettre. On lit ici les toutes premières lignes : l'adresse, la salutation, puis la prière de remerciement par laquelle Paul ouvre habituellement ses courriers. La suite développera les souvenirs communs, puis des conseils de vie et un enseignement sur la mort et le retour du Christ.

À la messe du dimanche, cette deuxième lecture inaugure un parcours suivi de la lettre, repris de dimanche en dimanche : elle avance selon son propre fil, indépendamment de l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien d'abord hostile aux disciples de Jésus, devenu après une expérience bouleversante sur la route de Damas l'un des principaux missionnaires du christianisme naissant, et l'auteur de plusieurs lettres conservées dans le Nouveau Testament.

Il signe la lettre en tête, selon l'usage antique, et formule la prière de remerciement qui occupe toute la fin du passage.

Silvain

Compagnon de mission de Paul, appelé Silas dans le livre des Actes des Apôtres ; il faisait partie des hommes de confiance de la communauté de Jérusalem.

Co-expéditeur de la lettre : il était présent à la fondation de la communauté de Thessalonique, ce qui donne du poids au souvenir évoqué.

Timothée

Jeune collaborateur de Paul, né d'une mère juive et d'un père grec, associé à plusieurs de ses lettres et chargé de missions délicates auprès des communautés.

Second co-expéditeur ; c'est lui qui était revenu de Thessalonique avec des nouvelles rassurantes, à l'origine de la rédaction.

l'Église de Thessalonique

Un groupe de croyants, en majorité d'anciens païens, réunis depuis peu dans une ville cosmopolite de l'Empire romain. Le mot « Église » ne désigne pas ici un bâtiment ni une institution mondiale, mais cette assemblée locale.

Destinataire de la lettre ; Paul la décrit comme choisie par Dieu et marquée par une foi qui se traduit en actes.

Mots à connaître
Thessalonique

Capitale de la province romaine de Macédoine, port actif situé sur la grande route militaire qui traversait les Balkans d'ouest en est. Une ville de passage, commerçante et cosmopolite, où une nouvelle doctrine pouvait se répandre vite — et susciter vite des remous.

Église

Le mot grec traduit ici désigne d'abord une assemblée convoquée, comme on convoquait les citoyens d'une cité grecque. Appliqué aux croyants, il souligne qu'ils ne se sont pas réunis d'eux-mêmes : ils ont été appelés.

la grâce et la paix

Les lettres grecques ordinaires ouvraient par un simple mot de salut. Paul y substitue une formule qui combine un terme grec retravaillé, la grâce (le don gratuit de Dieu), et le salut juif traditionnel, shalom, la paix comme plénitude de vie.

rendre grâce

L'expression signifie remercier, et non « faire grâce » ou pardonner. Il s'agit d'une prière de remerciement adressée à Dieu, forme de prière très courante dans le judaïsme du temps.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

charité

Le mot traduit le grec agapè, qui désigne l'amour gratuit et donné. En français courant, « charité » évoque aujourd'hui l'aumône ; beaucoup de bibles récentes rendent le terme par « amour » pour éviter le malentendu.

Ailleurs dans l’Écriture
Ac 17, 1-9

Le livre des Actes des Apôtres raconte la fondation de cette communauté : prédication de Paul pendant quelques semaines, adhésion de Juifs et surtout de Grecs, puis émeute qui l'oblige à quitter la ville de nuit. Ce récit, écrit plus tard et de main différente, éclaire l'affection inquiète que trahit la lettre. Les deux textes ne se recoupent pas mot pour mot : la lettre est le document le plus proche des événements.

1 Co 13, 13

On retrouve chez Paul le même trio foi, espérance, charité, mais dans un autre ordre et avec une autre pointe : là, c'est la supériorité de la charité qui est affirmée. Ici, chaque terme est accroché à une action concrète. La comparaison montre une formule familière à Paul, qu'il module selon ce qu'il veut dire.

2 Th 1, 3

La seconde lettre adressée aux Thessaloniciens s'ouvre aussi par une action de grâce saluant la croissance de leur foi et de leur amour mutuel. Le rapprochement fait apparaître une manière de faire : Paul commence par reconnaître ce qui va bien avant de corriger ce qui ne va pas.

Clés de lecture
Trois mots attachés à trois actions

Le passage ne se contente pas d'aligner foi, charité et espérance : chacune est liée à quelque chose qui se fait et se voit. La foi travaille, l'amour coûte de la peine, l'espérance tient dans la durée. Paul ne loue donc pas des sentiments intérieurs mais une conduite vérifiable.

L'initiative vient de Dieu

Au verset 4, Paul affirme que ces chrétiens ont été choisis. Dans sa pensée, la réponse humaine est réelle mais seconde : elle répond à un appel reçu. Cette idée de choix, appliquée dans l'Ancien Testament au peuple d'Israël, est ici étendue à d'anciens païens de Macédoine.

Une parole qui a eu de l'effet

La fin du passage oppose deux manières de recevoir une annonce : des mots qui passent, ou une parole qui change réellement une existence. Paul attribue la différence à l'action de l'Esprit Saint, et non à son propre talent d'orateur.

Une lettre à trois signatures

Paul n'écrit pas seul : il associe deux compagnons qui ont vécu avec lui la fondation de cette communauté. Le « nous » qui court dans tout le passage n'est pas une majesté de style, il désigne une équipe missionnaire.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ces lignes sont le remerciement d'un fondateur rassuré : une communauté née dans la difficulté a tenu bon, et Paul y lit l'œuvre de Dieu plus que la sienne.

La tradition catholique a reconnu dans le trio foi, espérance, charité ce qu'elle appelle les vertus théologales : trois dispositions reçues de Dieu qui orientent toute la vie chrétienne vers lui. Le passage en donne une présentation concrète, inséparable de l'agir quotidien. Il fournit aussi l'un des plus anciens témoignages sur ce qu'est une communauté chrétienne : une assemblée convoquée par Dieu, tenue ensemble par une parole qu'elle n'a pas produite. Enfin, la mention conjointe du Père, du Seigneur Jésus Christ et de l'Esprit Saint, sans aucune élaboration doctrinale, montre que l'expérience trinitaire précède chez les chrétiens sa formulation théologique.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une lettre réelle, non un traité : elle suit les conventions épistolaires de l'Antiquité gréco-romaine, qui veulent qu'on nomme d'abord l'expéditeur, puis le destinataire, puis une salutation.

Vient ensuite l'action de grâce, remerciement adressé à Dieu que Paul place presque toujours en ouverture et qui annonce les thèmes du reste du courrier. Lire ces lignes comme un protocole vide serait une erreur : Paul transforme chaque élément convenu en déclaration de foi.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme envoyée par Paul, avec Silvain et Timothée, à la communauté chrétienne de Thessalonique ; l'attribution à Paul n'est pratiquement pas contestée. Elle a probablement été écrite depuis Corinthe vers les années 50-51, soit une vingtaine d'années seulement après la mort de Jésus, ce qui en fait, pour la plupart des spécialistes, le plus ancien écrit conservé du Nouveau Testament — avant même la rédaction des évangiles.

Les destinataires sont pour l'essentiel d'anciens païens récemment convertis, vivant dans une ville grecque sous administration romaine, et confrontés à l'incompréhension de leur entourage. Paul écrit à distance, privé de la possibilité de revenir, pour soutenir un groupe fragile.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1813 — Présentation de la foi, de l'espérance et de la charité comme vertus théologales, à partir notamment de ce vocabulaire paulinien.
  • Catéchisme, § 751 — Explique le sens du mot « Église » comme assemblée convoquée, éclairant l'adresse de la lettre.
  • Ac 16, 1-3 — Présente Timothée et son association à la mission de Paul.
  • Ac 15, 22 — Mentionne Silas, le Silvain co-signataire, comme homme de confiance de la communauté de Jérusalem.
  • 1 Co 1, 3 — Autre exemple de la salutation « grâce et paix » propre aux lettres de Paul.

À retenir

Dans l'ouverture de la plus ancienne lettre de Paul qui nous soit parvenue, foi, charité et espérance ne sont pas des sentiments mais trois choses qui se font, et Paul les attribue à l'initiative de Dieu plutôt qu'au mérite de ses auditeurs.

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Évangile

Matthieu 22, 15-21

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »

15 Alors les Pharisiens s’étant retirés, se concertèrent pour surprendre Jésus dans ses paroles.

16 Et ils lui envoyèrent quelques-uns de leurs disciples, avec des Hérodiens, lui dire : « Maître, nous savons que vous êtes vrai, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans souci de personne ; car vous ne regardez pas à l’apparence des hommes.

17 Dites-nous donc ce qu’il vous semble : Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ? »

18 Jésus, connaissant leur malice, leur dit : « Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ?

19 Montrez-moi la monnaie du tribut. » Ils lui présentèrent un denier.

20 Et Jésus leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ?

21 — De César, » lui dirent-ils. Alors Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est à Jérusalem, dans les derniers jours avant la Passion. Jésus est entré dans la ville acclamé par la foule, a chassé les marchands du Temple, et affronte depuis lors les autorités religieuses qui contestent son autorité ; il vient de leur adresser trois paraboles sévères, dont celle du festin de noces, qui les visaient directement.

Ce passage ouvre une série de quatre joutes verbales dans l'enceinte du Temple : la question de l'impôt, puis celle de la résurrection posée par les sadducéens, celle du plus grand commandement, et enfin une question que Jésus retourne à ses interlocuteurs sur l'identité du Messie.

Le découpage liturgique s'arrête sur la formule finale et laisse de côté la note de Matthieu sur la stupeur des envoyés, qui s'éloignent sans réplique (verset 22).

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
les pharisiens

Un mouvement religieux juif, laïc et très populaire, attaché à l'observance minutieuse de la Loi de Moïse et des traditions qui l'interprètent. Ce ne sont ni des prêtres ni des fonctionnaires : leur autorité vient de leur réputation de piété et de science.

Ils ne viennent pas eux-mêmes : ils préparent le piège et délèguent. Matthieu indique d'emblée que la question est un guet-apens, non une recherche sincère.

leurs disciples

Des élèves des maîtres pharisiens, encore en formation. Le mot « disciple » désigne celui qui suit l'enseignement d'un maître, dans toute école juive de l'époque, et pas seulement ceux qui suivent Jésus.

Ils posent la question au nom de leurs maîtres, précédée d'un compliment appuyé sur la droiture de Jésus, qui sert à l'enfermer : impossible de se dérober sans se contredire.

les partisans d'Hérode

Appelés aussi « hérodiens », ce sont les soutiens de la dynastie d'Hérode, qui tient son pouvoir de Rome. Politiquement, ils s'accommodent de l'occupation romaine, ce qui les oppose d'ordinaire aux milieux pharisiens.

Leur présence rend le piège parfait : quelle que soit la réponse, un des deux camps pourra l'exploiter, soit comme une trahison du peuple, soit comme un appel à la révolte.

Jésus

Il enseigne depuis plusieurs jours dans le Temple, où les autorités cherchent un motif de le faire arrêter sans provoquer d'émeute.

Il démasque l'intention avant de répondre, puis déplace la question : au lieu de trancher sur la légitimité de l'impôt, il interroge ses interlocuteurs sur la pièce qu'ils portent sur eux.

César

Non pas un nom propre ici, mais le titre de l'empereur romain. À cette date, il s'agit de Tibère, successeur d'Auguste, qui règne de 14 à 37.

Il est l'absent dont l'effigie est pourtant présente dans la main des interlocuteurs : la pièce suffit à répondre à leur place.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 12, 13-17 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même scène, presque mot pour mot, mais place l'épisode dans un enchaînement où les adversaires sont envoyés explicitement pour prendre Jésus « à ses propres paroles ». Il note que Jésus perçoit leur hypocrisie et demande qu'on lui apporte la pièce, sans la posséder lui-même. L'accord étroit des deux récits suggère que Matthieu suit ici une tradition déjà fixée.

Lc 20, 20-26 même épisode, autre évangile

Luc explicite l'enjeu politique : les envoyés se font passer pour des gens honnêtes afin de livrer Jésus à l'autorité du gouverneur romain. Il ne mentionne pas les partisans d'Hérode. Cette insistance prépare le procès, où Luc rapportera précisément l'accusation d'empêcher de payer l'impôt (Lc 23, 2), accusation que le récit a d'avance montrée fausse.

Gn 1, 26-27 Ancien Testament

La question porte sur l'effigie frappée sur la pièce. Le premier chapitre de la Genèse dit que l'être humain est fait à l'image de Dieu. Beaucoup de lecteurs entendent là le ressort de la réponse : la monnaie porte l'empreinte de l'empereur, l'homme porte celle de Dieu, et c'est donc lui-même qu'il doit rendre à Dieu.

Rm 13, 1-7

Paul demande aux chrétiens de Rome de payer l'impôt et de respecter les autorités civiles, qu'il rattache à un ordre voulu par Dieu. Le rapprochement montre comment la première génération chrétienne a compris la parole de Jésus : non comme une indifférence au politique, mais comme une obéissance relative, qui ne confère à l'État aucun caractère sacré.

Clés de lecture
Un piège à deux mâchoires

L'impôt direct versé à Rome était détesté comme le signe de l'occupation ; certains le jugeaient religieusement inacceptable. Répondre oui, c'était se discréditer devant le peuple ; répondre non, c'était fournir de quoi dénoncer Jésus aux Romains comme agitateur.

La pièce qu'ils portent sur eux

Jésus ne produit pas la monnaie : il la fait apporter. Ses interlocuteurs manipulent donc déjà, dans l'enceinte du Temple, une pièce frappée à l'effigie de l'empereur. Leur question perd ainsi sa pureté affichée avant même la réponse.

Deux verbes, un seul déplacement

Le mot employé pour la réponse ne signifie pas « donner » mais rendre : restituer à quelqu'un ce qui lui revient. La formule ne met pas César et Dieu sur le même plan ; elle invite chacun à identifier ce qui porte l'empreinte de qui.

Une parole ouverte

Jésus ne dit pas ce qui appartient à Dieu : il laisse la seconde moitié de la phrase sans contenu explicite. Ce silence est le ressort du texte, et c'est lui qui a rendu cette parole inépuisable dans l'histoire chrétienne.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus échappe au piège sans se ranger ni du côté des collaborateurs ni du côté des insurgés : il reconnaît une légitimité limitée à l'autorité civile tout en refusant de lui accorder ce qui revient à Dieu seul.

La tradition catholique a vu dans cette réponse la racine de la distinction entre l'ordre politique et l'ordre religieux : l'État a des droits réels, mais relatifs, et l'obéissance civile cesse lorsqu'elle exigerait ce qui n'appartient qu'à Dieu. La doctrine sociale de l'Église en tire à la fois le devoir de participer à la vie commune, impôt compris, et le droit de résister aux ordres injustes.

Une lecture spirituelle ancienne s'appuie sur le mot effigie : si la monnaie porte l'image de l'empereur, l'homme porte l'image de Dieu, et c'est donc lui-même, tout entier, qu'il a à rendre à celui dont il porte l'empreinte.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de controverse : un adversaire pose une question-piège, le maître répond par un retournement, et la discussion se clôt sur une formule mémorable.

Ce genre n'a pas pour but de livrer un traité : il met en scène une joute où la victoire tient à un déplacement de la question. Lire ce passage comme une doctrine complète des rapports entre l'Église et l'État serait donc lui demander plus qu'il ne dit ; la formule finale est un principe, non un mode d'emploi.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon saint Matthieu est, depuis les premiers siècles, attribué à l'apôtre Matthieu, le collecteur d'impôts appelé par Jésus ; les spécialistes discutent cette attribution, l'ouvrage se présentant comme une composition grecque qui reprend largement l'évangile de Marc.

Il a vraisemblablement été rédigé vers les années 80, pour des communautés chrétiennes d'origine juive, sans doute en Syrie, à un moment où ces communautés se séparent douloureusement des autorités pharisiennes qui réorganisent le judaïsme après la destruction du Temple en 70.

Cela explique la vivacité des polémiques contre les pharisiens dans ce livre : elles reflètent aussi un conflit contemporain de l'auteur, et non seulement la scène d'origine.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2242 — Formule le devoir d'obéissance civile et ses limites, en s'appuyant explicitement sur cette parole.
  • Catéchisme, § 2240 — Rappelle que le paiement de l'impôt et la participation à la vie publique font partie des devoirs du chrétien.
  • Mt 17, 24-27 — Déjà chez Matthieu, un épisode sur une taxe, celle du Temple, où Jésus adopte une attitude libre plutôt que doctrinaire.
  • Ac 5, 29 — Les apôtres opposent l'obéissance à Dieu à celle des autorités lorsque les deux se contredisent.

À retenir

Pris au piège entre collaboration et révolte, Jésus retourne la question en faisant produire la pièce : l'autorité civile a ses droits, mais l'homme, qui porte l'image de Dieu, se doit à Dieu lui-même.

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