Première lecture Ancien Testament
Isaïe 25, 6-10
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages »
6 Et Yahweh des armées préparera, pour tous les peuples sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de vins pris sur la lie, de viandes grasses et pleines de mœlle, de vins pris sur la lie et clarifiés.
7 Et il déchirera sur cette montagne le voile qui voilait tous les peuples, et la couverture qui couvrait toutes les nations,
8 Il détruira la mort pour toujours. Le Seigneur Yahweh essuiera les larmes sur tous les visages, il ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre ; car Yahweh a parlé.
9 On dira en ce jour-là : « Voici notre Dieu ; en qui nous espérions pour être sauvés ; c’est Yahweh, en qui nous avons espéré ; livrons-nous à l’allégresse et réjouissons-nous en son salut.
10 Car la main de Yahweh reposera sur cette montagne ; mais Moab sera foulé sur place, comme est foulée la paille dans la mare à fumier.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Isaïe rassemble des oracles, c'est-à-dire des messages donnés au nom de Dieu, et ils s'étalent sur plusieurs siècles. Notre passage relève d'un ensemble à part, les chapitres 24 à 27, que les spécialistes appellent parfois « la grande apocalypse d'Isaïe » : une suite de poèmes sur le jugement de la terre entière et la victoire finale de Dieu.
Le chapitre 24, juste avant, décrit un monde dévasté, des villes en ruines, une création qui se défait. Un chant d'action de grâce ouvre le chapitre 25, puis vient notre texte : au sommet de la ruine, Dieu dresse une table. Après le verset 10a, le ton change du tout au tout et un oracle très dur vise Moab, peuple voisin et rival d'Israël. D'où l'arrêt de la liturgie au milieu du verset : garder la vision universelle sans la polémique qui la suit.
Aucun nom ne désigne le lieu de la scène. Mais « cette montagne », dans le livre d'Isaïe, c'est la colline de Sion, à Jérusalem, où se dressait le Temple.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Le Seigneur de l'univers
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Le Dieu d'Israël, désigné ici par un titre qui évoque sa souveraineté sur toutes les forces du monde. C'est lui qui, dans tout le livre d'Isaïe, parle par la bouche du prophète.
Il est le seul acteur du passage. C'est lui qui prépare, qui arrache le voile, qui supprime la mort, qui essuie les larmes. Tous les verbes du poème ont le même sujet.
- Tous les peuples, toutes les nations
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Les peuples non israélites, désignés dans la Bible par le mot souvent traduit par « les nations ». Dans la plupart des oracles qui précèdent, ils apparaissent comme adversaires ou comme objets du jugement.
Ici ils sont invités, pas jugés : le festin est préparé pour eux, et c'est sur eux que pèse le deuil que Dieu enlève. Le renversement est voulu.
- Son peuple
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Israël, le peuple avec lequel Dieu a conclu une alliance, humilié par la défaite et l'exil au moment où ces textes prennent forme.
Le temps d'une phrase, il est distingué des nations : son déshonneur est effacé « par toute la terre », c'est-à-dire aux yeux de tous.
- Ceux qui parlent « ce jour-là »
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Un « nous » anonyme, la voix de ceux qui auront traversé l'épreuve et verront l'intervention de Dieu.
Leur acclamation, rapportée au style direct dans la seconde partie du passage, forme la réponse humaine au geste de Dieu. Elle reconnaît que l'attente n'était pas vaine.
Mots à connaître
- Un festin de viandes grasses et de vins décantés
La viande était rare, réservée aux jours exceptionnels ; ces précisions décrivent donc le repas le plus luxueux imaginable. Le vin « décanté » est un vin vieilli dont on a ôté la lie, signe de raffinement. L'image dit l'abondance et la joie d'un banquet royal.
- Cette montagne
C'est la colline de Sion à Jérusalem, sans être nommée, là où se dressait le Temple. La Bible en fait le lieu de la présence de Dieu au milieu de son peuple, et donc le point de rencontre naturel entre Dieu et les hommes.
- Le voile de deuil et le linceul
Le voile dont on se couvrait le visage en signe de deuil, et le drap qui enveloppe un mort. Même message dans les deux images : une humanité recouverte par la mort comme par un tissu. Dieu ne console pas les endeuillés, il enlève ce qui les recouvre.
- La main du Seigneur reposera
La main de Dieu, dans la Bible, désigne son action et sa puissance ; quand elle « repose » sur un lieu, elle signifie une présence protectrice durable et non un geste passager. La formule clôt le poème sur une promesse de stabilité.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « Le Seigneur de l'univers »
L'hébreu porte un titre divin composé du nom propre de Dieu et d'un mot signifiant « les armées » ou « les puissances ». Selon les bibles, on le rend par « le Seigneur de l'univers », « le Seigneur des armées », ou encore, dans les traductions anciennes comme celle de Crampon, par « Yahweh des armées » : il s'agit toujours du même titre.
Ailleurs dans l’Écriture
- 1 Co 15, 54
Paul, dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, reprend l'annonce de la disparition de la mort et l'applique à la résurrection des morts. Chez Isaïe, la portée de la formule reste ouverte : fin des malheurs mortels, ou abolition de la mort elle-même. La relecture chrétienne lui donne son sens le plus fort.
- Ap 21, 4
Le livre de l'Apocalypse, dernier livre de la Bible, décrit la Jérusalem nouvelle en reprenant presque mot pour mot les larmes essuyées et la mort abolie. Ce qu'Isaïe annonce sur une montagne devient là une ville où Dieu habite avec les hommes. L'écho montre comment ce poème a nourri l'espérance chrétienne des fins dernières.
- Is 2, 2-3 Ancien Testament
Au début du même livre, la montagne du Temple apparaît comme le lieu vers lequel montent toutes les nations pour y recevoir un enseignement. Notre passage prolonge cette vision. Mais ce n'est plus une doctrine qui est offerte : c'est un repas. Dans les deux textes, la montagne de Sion est le point de convergence de l'humanité.
- Mt 22, 1-14
Jésus y raconte l'histoire d'un roi qui prépare les noces de son fils et fait appeler des invités qui se dérobent, puis envoie chercher tout le monde sur les chemins. L'image du festin offert à tous vient directement de la tradition prophétique dont Isaïe 25 est le sommet. Le récit évangélique y ajoute la question de la réponse des invités, absente chez Isaïe.
Clés de lecture
- Un contraste voulu avec ce qui précède
Terre vidée, maisons fermées, vin qui manque : voilà le chapitre précédent. Ici, sur la même scène dévastée, Dieu fait servir le meilleur vin. Le poème ne nie pas le désastre, il le place avant, pour que la fête vienne après.
- L'universalité insistante
« Tous les peuples », « toutes les nations », « tous les visages », « toute la terre » : la répétition est voulue. Le salut annoncé déborde les frontières d'Israël, ce qui surprend dans un livre par ailleurs très attentif à l'identité du peuple élu.
- Du geste de Dieu à la parole des hommes
Deux temps dans le passage. D'abord ce que Dieu fait, énoncé par une série de verbes dont il est le sujet ; puis l'acclamation de ceux qui en bénéficient, introduite par « ce jour-là ». Cette seconde partie est citée au style direct : le texte met dans la bouche des sauvés les mots qu'ils diront.
- L'espérance nommée comme telle
Dans l'acclamation finale, le verbe « espérer » revient deux fois, au passé. Ceux qui parlent ne se disent pas surpris : leur attente a été vérifiée. C'est la clé du poème pour une communauté qui attend depuis longtemps.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens premier, le texte promet à un peuple humilié que Dieu aura le dernier mot sur la mort et sur la honte, et qu'il le fera en recevant toutes les nations à sa table, sur la montagne de son Temple. Cette promesse a sa densité propre : elle a soutenu l'espérance juive bien avant toute lecture chrétienne, et continue de le faire.
La tradition catholique y reconnaît une annonce de ce qui s'accomplit en Jésus Christ. Les repas qu'il partage, les paraboles de festin, et surtout l'eucharistie, repas où l'Église reçoit son corps et son sang, sont lus comme la réalisation inaugurée de ce banquet. La disparition définitive de la mort est rapportée à la résurrection du Christ et à celle qu'elle ouvre aux hommes.
L'Église y lit aussi une image de sa propre destination : une assemblée ouverte à tous les peuples, dont le dernier mot n'est pas le deuil mais la joie partagée.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est un oracle, une parole proclamée au nom de Dieu, de forme poétique, qui décrit un avenir décisif introduit par l'expression « ce jour-là ».
Ni reportage ni programme datable. Le genre travaille par images fortes : le banquet, le voile arraché, les larmes essuyées. On le lit comme un poème qui promet, pas comme un calendrier des événements à venir.
Qui écrit, et pour qui
Un prophète actif à Jérusalem au VIIIe siècle avant notre ère a donné son nom au livre. Celui-ci s'est pourtant constitué par étapes, sur plusieurs siècles, par l'ajout de textes nés dans la même tradition.
Les chapitres 24 à 27 passent largement pour l'un des ensembles les plus tardifs, probablement postérieurs au retour d'exil à Babylone. La datation précise reste débattue. Aucune hypothèse ne s'impose.
Les destinataires forment une communauté juive qui a connu la destruction, la déportation et un retour décevant. À des gens qui ont tout perdu, le poème promet une fête où Dieu reçoit l'humanité entière, et non une restauration politique.
Lectures et références
- Is 24, 7-11 — Le tableau du vin qui manque et de la fête éteinte, juste avant notre passage, dont le banquet est le renversement exact.
- Ps 23, 5 — La table dressée par Dieu pour celui qu'il protège, autre forme biblique de l'image du repas offert.
- Is 25, 10-12 — L'oracle contre Moab qui suit immédiatement et que le découpage liturgique laisse de côté.
- Catéchisme, § 1403 — L'eucharistie comprise comme anticipation du banquet du Royaume.
À retenir
Au milieu d'une vision de monde dévasté, Isaïe annonce que Dieu dressera sur la montagne de Jérusalem un festin pour tous les peuples et arrachera le voile de la mort qui les recouvre.
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