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28ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier)

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Isaïe 25, 6-10

« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages »

6 Et Yahweh des armées préparera, pour tous les peuples sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de vins pris sur la lie, de viandes grasses et pleines de mœlle, de vins pris sur la lie et clarifiés.

7 Et il déchirera sur cette montagne le voile qui voilait tous les peuples, et la couverture qui couvrait toutes les nations,

8 Il détruira la mort pour toujours. Le Seigneur Yahweh essuiera les larmes sur tous les visages, il ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre ; car Yahweh a parlé.

9 On dira en ce jour-là : « Voici notre Dieu ; en qui nous espérions pour être sauvés ; c’est Yahweh, en qui nous avons espéré ; livrons-nous à l’allégresse et réjouissons-nous en son salut.

10 Car la main de Yahweh reposera sur cette montagne ; mais Moab sera foulé sur place, comme est foulée la paille dans la mare à fumier.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Isaïe rassemble des oracles, c'est-à-dire des messages donnés au nom de Dieu, et ils s'étalent sur plusieurs siècles. Notre passage relève d'un ensemble à part, les chapitres 24 à 27, que les spécialistes appellent parfois « la grande apocalypse d'Isaïe » : une suite de poèmes sur le jugement de la terre entière et la victoire finale de Dieu.

Le chapitre 24, juste avant, décrit un monde dévasté, des villes en ruines, une création qui se défait. Un chant d'action de grâce ouvre le chapitre 25, puis vient notre texte : au sommet de la ruine, Dieu dresse une table. Après le verset 10a, le ton change du tout au tout et un oracle très dur vise Moab, peuple voisin et rival d'Israël. D'où l'arrêt de la liturgie au milieu du verset : garder la vision universelle sans la polémique qui la suit.

Aucun nom ne désigne le lieu de la scène. Mais « cette montagne », dans le livre d'Isaïe, c'est la colline de Sion, à Jérusalem, où se dressait le Temple.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le Seigneur de l'univers

Le Dieu d'Israël, désigné ici par un titre qui évoque sa souveraineté sur toutes les forces du monde. C'est lui qui, dans tout le livre d'Isaïe, parle par la bouche du prophète.

Il est le seul acteur du passage. C'est lui qui prépare, qui arrache le voile, qui supprime la mort, qui essuie les larmes. Tous les verbes du poème ont le même sujet.

Tous les peuples, toutes les nations

Les peuples non israélites, désignés dans la Bible par le mot souvent traduit par « les nations ». Dans la plupart des oracles qui précèdent, ils apparaissent comme adversaires ou comme objets du jugement.

Ici ils sont invités, pas jugés : le festin est préparé pour eux, et c'est sur eux que pèse le deuil que Dieu enlève. Le renversement est voulu.

Son peuple

Israël, le peuple avec lequel Dieu a conclu une alliance, humilié par la défaite et l'exil au moment où ces textes prennent forme.

Le temps d'une phrase, il est distingué des nations : son déshonneur est effacé « par toute la terre », c'est-à-dire aux yeux de tous.

Ceux qui parlent « ce jour-là »

Un « nous » anonyme, la voix de ceux qui auront traversé l'épreuve et verront l'intervention de Dieu.

Leur acclamation, rapportée au style direct dans la seconde partie du passage, forme la réponse humaine au geste de Dieu. Elle reconnaît que l'attente n'était pas vaine.

Mots à connaître
Un festin de viandes grasses et de vins décantés

La viande était rare, réservée aux jours exceptionnels ; ces précisions décrivent donc le repas le plus luxueux imaginable. Le vin « décanté » est un vin vieilli dont on a ôté la lie, signe de raffinement. L'image dit l'abondance et la joie d'un banquet royal.

Cette montagne

C'est la colline de Sion à Jérusalem, sans être nommée, là où se dressait le Temple. La Bible en fait le lieu de la présence de Dieu au milieu de son peuple, et donc le point de rencontre naturel entre Dieu et les hommes.

Le voile de deuil et le linceul

Le voile dont on se couvrait le visage en signe de deuil, et le drap qui enveloppe un mort. Même message dans les deux images : une humanité recouverte par la mort comme par un tissu. Dieu ne console pas les endeuillés, il enlève ce qui les recouvre.

La main du Seigneur reposera

La main de Dieu, dans la Bible, désigne son action et sa puissance ; quand elle « repose » sur un lieu, elle signifie une présence protectrice durable et non un geste passager. La formule clôt le poème sur une promesse de stabilité.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Le Seigneur de l'univers »

L'hébreu porte un titre divin composé du nom propre de Dieu et d'un mot signifiant « les armées » ou « les puissances ». Selon les bibles, on le rend par « le Seigneur de l'univers », « le Seigneur des armées », ou encore, dans les traductions anciennes comme celle de Crampon, par « Yahweh des armées » : il s'agit toujours du même titre.

Ailleurs dans l’Écriture
1 Co 15, 54

Paul, dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, reprend l'annonce de la disparition de la mort et l'applique à la résurrection des morts. Chez Isaïe, la portée de la formule reste ouverte : fin des malheurs mortels, ou abolition de la mort elle-même. La relecture chrétienne lui donne son sens le plus fort.

Ap 21, 4

Le livre de l'Apocalypse, dernier livre de la Bible, décrit la Jérusalem nouvelle en reprenant presque mot pour mot les larmes essuyées et la mort abolie. Ce qu'Isaïe annonce sur une montagne devient là une ville où Dieu habite avec les hommes. L'écho montre comment ce poème a nourri l'espérance chrétienne des fins dernières.

Is 2, 2-3 Ancien Testament

Au début du même livre, la montagne du Temple apparaît comme le lieu vers lequel montent toutes les nations pour y recevoir un enseignement. Notre passage prolonge cette vision. Mais ce n'est plus une doctrine qui est offerte : c'est un repas. Dans les deux textes, la montagne de Sion est le point de convergence de l'humanité.

Mt 22, 1-14

Jésus y raconte l'histoire d'un roi qui prépare les noces de son fils et fait appeler des invités qui se dérobent, puis envoie chercher tout le monde sur les chemins. L'image du festin offert à tous vient directement de la tradition prophétique dont Isaïe 25 est le sommet. Le récit évangélique y ajoute la question de la réponse des invités, absente chez Isaïe.

Clés de lecture
Un contraste voulu avec ce qui précède

Terre vidée, maisons fermées, vin qui manque : voilà le chapitre précédent. Ici, sur la même scène dévastée, Dieu fait servir le meilleur vin. Le poème ne nie pas le désastre, il le place avant, pour que la fête vienne après.

L'universalité insistante

« Tous les peuples », « toutes les nations », « tous les visages », « toute la terre » : la répétition est voulue. Le salut annoncé déborde les frontières d'Israël, ce qui surprend dans un livre par ailleurs très attentif à l'identité du peuple élu.

Du geste de Dieu à la parole des hommes

Deux temps dans le passage. D'abord ce que Dieu fait, énoncé par une série de verbes dont il est le sujet ; puis l'acclamation de ceux qui en bénéficient, introduite par « ce jour-là ». Cette seconde partie est citée au style direct : le texte met dans la bouche des sauvés les mots qu'ils diront.

L'espérance nommée comme telle

Dans l'acclamation finale, le verbe « espérer » revient deux fois, au passé. Ceux qui parlent ne se disent pas surpris : leur attente a été vérifiée. C'est la clé du poème pour une communauté qui attend depuis longtemps.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, le texte promet à un peuple humilié que Dieu aura le dernier mot sur la mort et sur la honte, et qu'il le fera en recevant toutes les nations à sa table, sur la montagne de son Temple. Cette promesse a sa densité propre : elle a soutenu l'espérance juive bien avant toute lecture chrétienne, et continue de le faire.

La tradition catholique y reconnaît une annonce de ce qui s'accomplit en Jésus Christ. Les repas qu'il partage, les paraboles de festin, et surtout l'eucharistie, repas où l'Église reçoit son corps et son sang, sont lus comme la réalisation inaugurée de ce banquet. La disparition définitive de la mort est rapportée à la résurrection du Christ et à celle qu'elle ouvre aux hommes.

L'Église y lit aussi une image de sa propre destination : une assemblée ouverte à tous les peuples, dont le dernier mot n'est pas le deuil mais la joie partagée.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un oracle, une parole proclamée au nom de Dieu, de forme poétique, qui décrit un avenir décisif introduit par l'expression « ce jour-là ».

Ni reportage ni programme datable. Le genre travaille par images fortes : le banquet, le voile arraché, les larmes essuyées. On le lit comme un poème qui promet, pas comme un calendrier des événements à venir.

Qui écrit, et pour qui

Un prophète actif à Jérusalem au VIIIe siècle avant notre ère a donné son nom au livre. Celui-ci s'est pourtant constitué par étapes, sur plusieurs siècles, par l'ajout de textes nés dans la même tradition.

Les chapitres 24 à 27 passent largement pour l'un des ensembles les plus tardifs, probablement postérieurs au retour d'exil à Babylone. La datation précise reste débattue. Aucune hypothèse ne s'impose.

Les destinataires forment une communauté juive qui a connu la destruction, la déportation et un retour décevant. À des gens qui ont tout perdu, le poème promet une fête où Dieu reçoit l'humanité entière, et non une restauration politique.

Lectures et références
  • Is 24, 7-11 — Le tableau du vin qui manque et de la fête éteinte, juste avant notre passage, dont le banquet est le renversement exact.
  • Ps 23, 5 — La table dressée par Dieu pour celui qu'il protège, autre forme biblique de l'image du repas offert.
  • Is 25, 10-12 — L'oracle contre Moab qui suit immédiatement et que le découpage liturgique laisse de côté.
  • Catéchisme, § 1403 — L'eucharistie comprise comme anticipation du banquet du Royaume.

À retenir

Au milieu d'une vision de monde dévasté, Isaïe annonce que Dieu dressera sur la montagne de Jérusalem un festin pour tous les peuples et arrachera le voile de la mort qui les recouvre.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 22, 1-2 . 22, 2-3 . 22, 4 . 22, 5 . 22, 6

1 Psaume de David. Yahweh est mon pasteur ; je ne manquerai de rien.

2 Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me mène près des eaux rafraîchissantes ;

3 il restaure mon âme. Il me conduit dans les droits sentiers, à cause de son nom.

4 Même quand je marche dans une vallée d’ombre mortelle, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent.

5 Tu dresses devant moi une table en face de mes ennemis ; tu répands l’huile sur ma tête ; ma coupe est débordante.

6 Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront, tous les jours de ma vie, et j’habiterai dans la maison de Yahweh, pour de longs jours.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

Philippiens 4, 12-14 . 4, 19-20

« Je peux tout en celui qui me donne la force »

12 Je sais vivre dans le dénuement, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et par tout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la détresse.

13 Je puis tout en celui qui me fortifie.

14 Cependant vous avez bien fait de prendre part à ma détresse.

19 Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins, selon sa richesse, avec gloire, dans le Christ Jésus.

20 À notre Dieu et Père, soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen !

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage vient de la toute fin de la lettre de Paul aux Philippiens, adressée à la communauté chrétienne de Philippes, en Grèce du Nord, et écrite depuis une prison ; Paul la termine par une longue note de remerciement, car les Philippiens lui ont fait parvenir une aide matérielle pendant sa détention.

Juste avant notre passage, Paul disait sa joie de les voir à nouveau prendre soin de lui, et affirmait avoir appris à se suffire de ce qu'il a. La lecture s'ouvre sur l'explication de cette affirmation. Puis elle saute les versets 15-18, où Paul retrace l'histoire de leurs envois d'argent dans un vocabulaire de comptabilité avant de comparer leur don à une offrande de sacrifice.

Elle reprend aux deux derniers versets. Paul y renverse la situation (c'est Dieu désormais qui pourvoira aux besoins des donateurs) et conclut par une formule de louange qui ferme la lettre. On est un dimanche du Temps ordinaire : la deuxième lecture y suit son propre parcours, avançant dans une lettre d'un dimanche à l'autre, sans lien avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile dans le monde grec et romain. Il fonde des communautés, puis les accompagne par lettres ; ces lettres sont les plus anciens écrits du Nouveau Testament.

Il parle à la première personne de son expérience des conditions de vie les plus contrastées, remercie ses correspondants pour leur aide, et attribue sa capacité à tout traverser non à sa force propre mais au Christ.

Les Philippiens

Les chrétiens de Philippes, communauté que Paul avait fondée lors d'un voyage en Macédoine. Les Actes des Apôtres racontent ces débuts, autour d'une marchande d'étoffes nommée Lydie.

Destinataires de la lettre, ils ont envoyé à Paul emprisonné un soutien matériel. Paul les loue pour cette solidarité concrète et leur annonce que Dieu, à son tour, pourvoira à ce qui leur manque.

Dieu et le Christ Jésus

Dans la prédication de Paul, Dieu est le Père qui agit par son Fils Jésus, mort et ressuscité.

Ils sont la source de la force dont Paul se dit bénéficiaire et le garant de la promesse faite aux Philippiens ; la lettre s'achève par une louange adressée à Dieu.

Mots à connaître
Philippes

Ville de Macédoine, au nord de la Grèce, érigée en colonie romaine : une partie de ses habitants étaient citoyens romains, souvent d'anciens soldats. La communauté chrétienne qui y naît est l'une des premières fondées par Paul en Europe.

Le soutien matériel aux missionnaires

Par principe, Paul travaillait de ses mains pour ne dépendre de personne. Avec les Philippiens il a fait exception : leurs envois d'argent, répétés, scellaient une association réelle à son travail d'annonce de l'Évangile. Dans les versets que la lecture enjambe, il en parle en termes de comptes et de recettes.

La formule de louange finale

Terminer par une acclamation adressée à Dieu, avec la mention des siècles et le mot Amen, est un usage hérité de la prière juive. Amen est un mot hébreu qui signifie à peu près « c'est solide, c'est vrai ». Il scelle une prière plutôt qu'il ne la conclut poliment.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Frères »

Ce mot d'appel ne figure pas à cet endroit dans la lettre de Paul : le lectionnaire l'ajoute en tête des lectures tirées des épîtres, pour signaler que l'on entre au milieu d'un texte adressé à une communauté.

« Parole du Seigneur »

C'est l'acclamation prononcée par le lecteur à la fin de la lecture pendant la messe, et non la dernière phrase du texte biblique.

Ailleurs dans l’Écriture
2 Co 12, 9-10

Dans une autre lettre, Paul développe le même paradoxe : c'est dans sa faiblesse que la puissance du Christ se déploie. Cela éclaire la phrase sur laquelle le lectionnaire a mis son titre : nulle confiance en ses propres ressources, mais une force reçue qui suppose d'abord d'être démuni.

2 Co 11, 23-28

Paul y énumère les épreuves concrètes de sa vie d'itinérant : prisons, coups, naufrages, faim, froid. Ce catalogue donne un contenu très précis à ce que recouvrent ici, en deux mots, la faim et les privations.

2 Co 8, 1-5

Paul y cite en exemple la générosité des communautés de Macédoine, dont Philippes fait partie, qui donnent au-delà de leurs moyens malgré leur propre pauvreté. Le remerciement de notre passage s'inscrit dans cette pratique du partage matériel entre Églises.

Ph 2, 25-30

Plus haut dans la même lettre, Paul parle d'Épaphrodite, l'envoyé des Philippiens qui lui a porté leur aide et qui est tombé gravement malade. C'est lui que vise la mention du don reçu, dans les versets enjambés.

Clés de lecture
Une liberté apprise, non innée

Paul ne dit pas qu'il est indifférent aux conditions matérielles : il dit qu'il a été formé, par l'expérience, à traverser l'abondance comme le manque. Le vocabulaire grec qu'il emploie ici est proche de celui des philosophes stoïciens de son temps, qui visaient l'autosuffisance du sage. La différence compte : Paul ne renvoie pas à sa propre maîtrise mais à une force reçue d'un autre.

Le point de bascule du passage

Après avoir dit son détachement, Paul ajoute aussitôt que les Philippiens ont bien fait de l'aider. Cette articulation est le cœur du passage : l'indépendance intérieure n'annule pas la valeur du geste fraternel, elle empêche seulement qu'il soit vécu comme une dette.

Le renversement final

Celui qui a reçu ne rend pas lui-même ; il annonce que Dieu pourvoira aux besoins des donateurs. L'échange cesse d'opposer deux partenaires et s'ouvre sur un troisième, ce qui désamorce la logique de la créance.

Ce que la lecture enjambe

Les versets 15-18, non lus, racontent l'histoire des envois des Philippiens dans un langage de comptabilité commerciale, puis qualifient leur don d'offrande agréable à Dieu, selon le vocabulaire des sacrifices du Temple. Les connaître aide à comprendre pourquoi Paul passe si naturellement du remerciement à la louange.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul remercie une communauté qui l'a secouru en prison et lui assure en retour la providence de Dieu. Replacée dans son contexte, l'affirmation centrale ne déclare aucune puissance personnelle : elle avoue une dépendance. Ce que Paul peut, il le peut en étant tenu par le Christ.

La tradition catholique y lit l'une des expressions les plus nettes de ce qu'elle appelle la grâce : l'action de Dieu qui rend l'homme capable de ce qu'il ne pourrait de lui-même, sans se substituer à sa liberté. Elle y voit aussi un modèle de la communion entre chrétiens, où l'aide matérielle n'est pas un à-côté de la foi mais une participation réelle à la mission. La promesse faite aux Philippiens rejoint enfin la confiance filiale que l'Évangile demande quant au nécessaire, sans la transformer en garantie de prospérité : Paul lui-même, au moment où il écrit, est en prison et a connu la faim.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une lettre réelle, écrite pour une situation précise, pas un traité. Ce passage en est la section finale, où se mêlent un remerciement pour un don reçu et une formule de louange solennelle qui clôt l'ensemble.

Remercier n'est pas simple pour Paul : il tient à dire sa gratitude sans donner l'impression de réclamer, d'où le détour par son indépendance intérieure avant la reconnaissance proprement dite. Lire ces phrases comme des maximes isolées, détachées de la relation entre un prisonnier et ceux qui l'ont secouru, en fausse le sens.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul lui-même, et personne ne le discute. Elle s'adresse aux chrétiens de Philippes, colonie romaine de Macédoine où il avait séjourné lors de ses voyages missionnaires.

Paul écrit de prison. Laquelle, on en débat : Rome, Éphèse ou Césarée, selon les hypothèses, ce qui fait varier la date entre le milieu et la fin des années 50 ou le début des années 60. Certains spécialistes pensent que le texte actuel assemble deux ou trois billets écrits à des moments différents, ce qui expliquerait les ruptures de ton ; d'autres défendent son unité.

Lectures et références
  • Ph 1, 3-5 — Dès l'ouverture de la lettre, Paul remercie Dieu pour la part que les Philippiens prennent à l'annonce de l'Évangile depuis le premier jour : notre passage en est l'écho final.
  • Ac 16, 11-15 — Récit des débuts de la communauté de Philippes, autour de Lydie, qui offre l'hospitalité à Paul.
  • 1 Tm 6, 6-8 — Une autre lettre du corpus paulinien reprend l'idée d'une vie qui se contente du nécessaire, éclairant le détachement dont parle Paul.
  • Catéchisme, § 2830 — Sur la confiance filiale par laquelle le chrétien demande à Dieu le nécessaire, sans que cela dispense du travail ni du partage.

À retenir

Paul remercie les Philippiens de l'avoir secouru en prison, mais place la source de sa force et celle de leur récompense hors de lui-même : dans le Christ et dans la générosité de Dieu.

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Évangile Forme longue

Matthieu 22, 1-14

« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce »

1 Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit :

2 « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui faisait les noces de son fils.

3 Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui avaient été invités aux noces, et ils ne voulurent pas venir.

4 Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux conviés : Voilà que j’ai préparé mon festin ; on a tué mes bœufs et mes animaux engraissés ; tout est prêt, venez aux noces.

5 Mais ils n’en tinrent pas compte, et ils s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son négoce ;

6 et les autres se saisirent des serviteurs, et après les avoir injuriés, ils les tuèrent.

7 Le roi, l’ayant appris, entra en colère ; il envoya ses armées, extermina ces meurtriers et brûla leur ville.

8 Alors il dit à ses serviteurs : le festin des noces est prêt, mais les conviés n’en étaient pas dignes.

9 Allez donc dans les carrefours, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces.

10 Ces serviteurs, s’étant répandus par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, bons ou mauvais ; et la salle des noces fut remplie de convives.

11 Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table et ayant aperçu là un homme qui n’était pas revêtu d’une robe nuptiale,

12 il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une robe de noces ? Et cet homme resta muet.

13 Alors le roi dit à ses serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures : c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

14 Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans les derniers jours de la vie publique de Jésus, à Jérusalem, peu après son entrée dans la ville et le geste de colère au Temple. Les autorités religieuses l'ont interrogé sur le droit qu'il avait d'agir ainsi (Mt 21, 23). Sa réponse : trois paraboles.

Ce passage est la dernière des trois. Après la parabole des deux fils, puis celle des vignerons qui tuent les envoyés du maître, voici celle du repas de noces. Même auditoire, même message sous trois images : ceux qui avaient la charge du peuple ont refusé l'appel de Dieu.

Juste après, les adversaires changent de méthode. Ils cessent d'écouter et viennent le piéger par des questions, à commencer par celle de l'impôt dû à l'empereur.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que ses disciples reconnaissent comme le Messie annoncé ; il enseigne ici dans l'enceinte du Temple de Jérusalem, quelques jours avant son arrestation.

Il raconte la parabole en réponse à la contestation de son autorité, et vise explicitement ceux qui l'écoutent.

les grands prêtres et les pharisiens

Les grands prêtres dirigent le Temple et son culte ; les pharisiens sont un courant religieux de laïcs attachés à l'observance minutieuse de la Loi, très influents dans le peuple. Ils ne forment pas un même groupe, mais s'opposent ensemble à Jésus dans ces chapitres.

Ce sont les destinataires directs du récit : la parabole les désigne comme les invités qui déclinent l'invitation.

le roi

Personnage de la parabole. Dans la tradition juive, l'image du roi qui donne un festin évoque Dieu lui-même.

Il prend toutes les initiatives du récit : il invite, il relance, il châtie, il élargit l'invitation, puis il inspecte la salle.

les serviteurs

Personnages de la parabole ; dans le langage biblique, « serviteurs » désigne couramment les prophètes envoyés par Dieu, puis les envoyés de Jésus.

Ils portent l'invitation, subissent les violences des premiers invités, puis vont rassembler sans trier ceux des chemins.

l'homme sans vêtement de noce

Personnage anonyme, présent uniquement dans la version de Matthieu.

Il introduit un second temps au récit : entrer dans la salle ne suffit pas, encore faut-il être accordé à la fête. Son silence vaut aveu.

Mots à connaître
les noces

Dans la Palestine ancienne, un mariage donnait lieu à un banquet de plusieurs jours, événement social de premier plan. L'usage voulait une double invitation : une première annonce, puis un rappel le jour venu pour dire que tout était prêt. Refuser à ce second appel insultait publiquement l'hôte.

le vêtement de noce

Pour un tel repas, les convives revêtaient un habit propre et festif ; se présenter autrement marquait le mépris de la fête. Le texte ne dit pas que le roi fournissait ce vêtement. L'homme est tenu pour responsable de sa tenue, et son silence le reconnaît.

les croisées des chemins

Il s'agit des sorties de la ville, là où les routes se rejoignent et où l'on croise n'importe qui. Envoyer là ses serviteurs, c'est renoncer délibérément à toute liste d'invités.

les pleurs et les grincements de dents

Formule qui revient plusieurs fois chez Matthieu pour évoquer l'exclusion définitive du salut. Langage imagé du jugement, hérité de la littérature juive de l'époque. Pas une description.

l'incendie de leur ville

Beaucoup de lecteurs y entendent une allusion à la destruction de Jérusalem par les Romains en l'an 70, catastrophe encore récente quand Matthieu écrit. L'interprétation est plausible mais discutée, et le détail reste d'abord un trait du récit.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 14, 15-24 même épisode, autre évangile

Luc raconte une histoire très proche, mais les écarts sont parlants : chez lui, c'est un simple particulier, non un roi ; les invités s'excusent poliment au lieu de tuer les serviteurs ; il n'y a ni troupes, ni ville incendiée, ni examen final des convives. Luc insiste sur les pauvres, estropiés et aveugles que l'on fait entrer. Matthieu, lui, dramatise le refus et ajoute l'épisode du vêtement. Deux intentions différentes à partir d'une même tradition, que révèlent ces choix de rédaction.

Mt 21, 33-46 même épisode, autre évangile

C'est la parabole qui précède immédiatement, adressée au même auditoire : des serviteurs envoyés sont maltraités et tués, puis le fils lui-même. Matthieu a voulu cette parenté de structure, enchaînant deux récits d'envois refusés. La parabole des noces en reprend le schéma et l'ouvre : la vigne est transmise à d'autres, la salle se remplit d'inconnus.

Is 25, 6-9 Ancien Testament

Le prophète annonce que Dieu prépare pour tous les peuples un festin de viandes grasses sur sa montagne, et qu'il détruira la mort. De là vient l'image du banquet royal comme figure du salut. L'auditoire de Jésus la connaît : parler d'un festin de noces, c'est parler du salut promis.

Clés de lecture
Deux scènes, non une seule

Le récit se brise en deux : d'abord le refus des invités et l'ouverture de l'invitation à tous, puis l'examen des convives dans la salle. Matthieu a vraisemblablement soudé deux paraboles. La première vise les adversaires de Jésus ; la seconde vise ceux qui sont déjà entrés.

« Les mauvais comme les bons »

La formule est remarquable : les serviteurs ne trient pas. L'invitation est inconditionnelle à l'entrée, mais le roi vient ensuite voir qui est là. Matthieu tient fermement les deux bouts, un appel sans condition et une exigence réelle une fois l'appel reçu.

La phrase finale

La formule sur les appelés et les élus conclut l'ensemble sans en être la morale arithmétique : elle ne calcule pas des proportions. Elle avertit que recevoir l'appel ne garantit rien de soi-même.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, Jésus répond à ceux qui contestent son autorité : l'histoire du peuple de l'alliance est celle d'invitations renouvelées et refusées, et le refus ouvre la fête à d'autres. La tradition chrétienne y a lu l'annonce de l'entrée des nations dans le salut, sans que cela annule l'élection d'Israël, que l'Église tient pour irrévocable.

La lecture spirituelle reconnaît dans le fils du roi le Christ, et dans le festin le banquet des noces de l'Agneau évoqué à la fin de l'Apocalypse, dont l'eucharistie est l'anticipation. On a compris le vêtement de noce comme la vie reçue au baptême et la charité qui la rend effective : la salle remplie d'inconnus figure une Église mêlée, où la présence ne dispense pas de la conversion.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une parabole, un récit imagé construit pour faire basculer l'auditeur : il entre dans l'histoire, puis découvre qu'elle parle de lui. Ici le récit est doublement allégorique, chaque élément renvoyant à autre chose (le roi, les serviteurs, les invités).

Ne lisons donc pas ce texte comme une description du comportement de Dieu au sens propre. Les traits excessifs, l'incendie d'une ville au milieu d'un repas, servent à frapper, non à peindre. L'enjeu est la réaction de ceux qui écoutent.

Qui écrit, et pour qui

La tradition ancienne attribue l'évangile selon Matthieu à l'un des Douze, le collecteur d'impôts appelé Matthieu ou Lévi ; les spécialistes d'aujourd'hui penchent plutôt pour un auteur de la seconde génération chrétienne. La question reste ouverte.

Entre 70 et 90, sans doute, il écrit pour des communautés de langue grecque largement issues du judaïsme, probablement en Syrie. Ces chrétiens viennent de rompre avec les autorités de leur ancienne communauté religieuse, et l'écho douloureux de cette séparation traverse ces chapitres.

Lectures et références
  • Ap 19, 7-9 — L'image des noces de l'Agneau, qui reprend celle du festin royal pour dire l'accomplissement final.
  • Mt 8, 11-12 — Chez Matthieu déjà, des gens venus d'ailleurs prennent place au festin tandis que d'autres restent dehors.
  • Catéchisme, § 546 — Le Catéchisme explique pourquoi Jésus enseigne en paraboles et ce qu'elles exigent de l'auditeur.
  • Catéchisme, § 1344 — Sur l'eucharistie comme anticipation du banquet du Royaume.

À retenir

Une parabole en deux temps : l'invitation au festin devient universelle parce qu'elle a été refusée, mais entrer dans la salle n'exempte pas d'y être accordé.

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Évangile Forme brève

Matthieu 22, 1-10

« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce »

1 Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit :

2 « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui faisait les noces de son fils.

3 Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui avaient été invités aux noces, et ils ne voulurent pas venir.

4 Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux conviés : Voilà que j’ai préparé mon festin ; on a tué mes bœufs et mes animaux engraissés ; tout est prêt, venez aux noces.

5 Mais ils n’en tinrent pas compte, et ils s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son négoce ;

6 et les autres se saisirent des serviteurs, et après les avoir injuriés, ils les tuèrent.

7 Le roi, l’ayant appris, entra en colère ; il envoya ses armées, extermina ces meurtriers et brûla leur ville.

8 Alors il dit à ses serviteurs : le festin des noces est prêt, mais les conviés n’en étaient pas dignes.

9 Allez donc dans les carrefours, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces.

10 Ces serviteurs, s’étant répandus par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, bons ou mauvais ; et la salle des noces fut remplie de convives.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Derniers jours de la vie publique de Jésus, à Jérusalem. La foule vient de l'acclamer à son entrée dans la ville, il a chassé les marchands du Temple, et les autorités religieuses lui demandent maintenant de quel droit il agit ainsi.

Il répond par trois paraboles enchaînées, adressées à ces mêmes autorités : les deux fils envoyés à la vigne, puis les vignerons qui tuent les envoyés du maître et finalement son fils, puis ce repas de noces. Le passage du jour est la troisième. Le mot qui ouvre la scène (« de nouveau ») signale d'ailleurs qu'elle prolonge les précédentes.

Le découpage s'arrête à la salle remplie. Vient aussitôt après (22, 11-14) la scène du roi qui repère un convive sans vêtement de noce et le fait jeter dehors : la liturgie peut la lire séparément.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, reconnu comme maître par ses disciples ; l'évangile selon Matthieu le présente comme le Messie annoncé par les Écritures d'Israël.

Il raconte la parabole non pas à la foule mais à ses adversaires, en réponse à leur contestation de son autorité.

les grands prêtres

Les responsables du culte au Temple de Jérusalem, issus de quelques familles sacerdotales influentes ; ils détiennent une part réelle du pouvoir religieux et social.

Ils font partie des auditeurs visés : le récit leur est destiné comme un avertissement sur leur propre refus.

les pharisiens

Un courant religieux juif, laïc pour l'essentiel, attaché à l'observance minutieuse de la Loi et à son application à la vie quotidienne. Ce ne sont pas des prêtres, et ils jouissent d'un grand respect populaire.

Second groupe d'auditeurs, ils sont dans l'évangile de Matthieu les interlocuteurs réguliers et critiques de Jésus.

le roi

Personnage de la parabole, non de l'histoire réelle. Dans les récits de ce type, la figure royale renvoie habituellement à Dieu lui-même.

Il organise le repas de noces de son fils, essuie deux refus, réagit par la violence, puis fait élargir l'invitation sans condition.

les serviteurs

Personnages de la parabole, chargés de porter les invitations.

Envoyés à trois reprises, maltraités puis tués par certains, ils évoquent la longue série des envoyés de Dieu, prophètes et messagers.

Mots à connaître
royaume des Cieux

Expression propre à l'évangile selon Matthieu, qui dit la même chose que « royaume de Dieu » ailleurs : par respect, on évite de prononcer le nom de Dieu. Ce n'est pas un lieu après la mort, mais le règne de Dieu qui s'établit.

les noces

Un mariage dans ce monde-là est une fête de plusieurs jours, et l'invitation se fait en deux temps : une première annonce, puis un rappel le jour venu pour dire que tout est prêt. Refuser au second appel, une fois les bêtes abattues, c'est donc un affront public, et un gaspillage calculé.

les bêtes grasses

Des animaux engraissés spécialement pour une occasion exceptionnelle. La mention souligne l'ampleur de la dépense et l'irréversibilité : la viande abattue ne se conserve pas.

les croisées des chemins

Les points où les routes sortant de la ville se rejoignent, lieux de passage fréquentés par les voyageurs, les marchands, les gens sans attache. Y chercher des convives signifie prendre qui se présente, sans tri social.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 14, 15-24 même épisode, autre évangile

Luc raconte une histoire très proche, avec des choix de rédaction nettement différents : chez lui, l'hôte n'est pas un roi mais un simple particulier, il ne s'agit pas de noces, et les invités déclinent par des excuses polies (un champ acheté, des bœufs à essayer, un mariage). Aucun meurtre, aucune troupe, aucune ville incendiée. Luc insiste sur les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux que l'on va chercher ; Matthieu, lui, dramatise le refus et met en scène un jugement.

Mt 21, 33-44 même épisode, autre évangile

La parabole qui précède immédiatement, celle des vignerons meurtriers, suit la même progression : des envoyés successifs, maltraités et tués, puis le fils. La lire juste avant permet de comprendre que le récit du jour en est la reprise sur un autre registre, le festin au lieu de la vigne.

Is 25, 6-8 Ancien Testament

Le prophète Isaïe annonce un festin de viandes grasses préparé par Dieu pour tous les peuples, où la mort sera détruite. De là vient l'image du banquet comme figure du salut définitif, et l'on comprend pourquoi un repas de noces peut représenter le Royaume.

Ap 19, 7-9

Le dernier livre du Nouveau Testament parle des noces de l'Agneau et déclare heureux ceux qui y sont conviés. Le rapprochement montre comment la première communauté chrétienne a lu l'image du repas nuptial : l'union définitive du Christ et de son peuple.

Clés de lecture
Trois envois, trois réactions

Le récit avance par vagues : un premier appel refusé, un second traité avec indifférence par les uns et avec violence par les autres, un troisième lancé à qui veut. La tension monte jusqu'au renversement final, où des inconnus occupent les places laissées vides.

L'indifférence autant que la violence

Deux refus coexistent au même moment : ceux qui vaquent à leurs affaires et ceux qui tuent les messagers. Le texte met sur le même plan le meurtre et la simple préférence donnée au champ ou au commerce. C'est peut-être là le point le plus mordant du récit.

Les mauvais comme les bons

La salle n'est pas remplie de gens méritants. La précision est explicite, et volontairement dérangeante. L'invitation est inconditionnelle à l'entrée, ce qui prépare la scène suivante (22, 11-14) où se pose la question de la tenue requise une fois entré.

Une parabole adressée à des auditeurs précis

Ce n'est pas une leçon générale, mais une parole qui vise ceux qui écoutent, au terme d'un affrontement sur l'autorité de Jésus. Les grands prêtres et les pharisiens sont invités à se reconnaître dans les premiers convives.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus avertit les responsables religieux de son peuple : les envoyés de Dieu se sont succédé, l'heure décisive est là, et le refus a des conséquences. Quand l'invitation s'élargit aux passants des chemins, c'est l'ouverture du salut au-delà des frontières d'Israël qui s'annonce, thème central pour la communauté de Matthieu.

La tradition chrétienne y lit aussi une figure : le fils dont on célèbre les noces est reconnu comme le Christ, et le banquet comme la communion définitive de Dieu avec l'humanité, anticipée dans l'eucharistie. La formule prononcée à la messe avant la communion, « heureux les invités au repas des noces de l'Agneau », vient de cette tradition d'images. Cette lecture spirituelle ne remplace pas le sens premier. Elle en prolonge la logique, celle d'une invitation gratuite qui attend néanmoins une réponse.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une parabole : un récit bref et fictif, bâti sur des situations ordinaires, qui éclaire par comparaison une réalité qu'on ne peut dire directement. Elle ne décrit pas Dieu trait pour trait. Faut-il en conclure que Dieu incendie des villes ? Non : chaque élément sert la pointe du récit, pas une doctrine isolée.

S'y ajoute ici la tonalité de la controverse. La parabole est une arme dans un débat, adressée à des adversaires qui en reconnaissent la cible.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue cet évangile à Matthieu, collecteur d'impôts appelé par Jésus. Les spécialistes situent sa rédaction, en grec, vers les années 80, dans une communauté de culture juive, peut-être en Syrie.

Cette communauté vit après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70, et son conflit avec les autorités juives du moment est douloureux. Beaucoup de lecteurs entendent dans la ville incendiée du récit un écho de cette catastrophe ; la question reste discutée.

Lectures et références
  • Mt 22, 11-14 — La suite immédiate, qui corrige toute lecture de l'invitation gratuite comme dispense de toute exigence.
  • Mt 8, 11 — Jésus y annonce que des gens venus d'orient et d'occident prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob.
  • Catéchisme, § 546 — Sur la parabole comme mode d'enseignement de Jésus, qui demande une décision de celui qui l'écoute.
  • Catéchisme, § 1329 — Sur l'eucharistie comprise comme anticipation du banquet des noces de l'Agneau.

À retenir

Au terme d'un affrontement avec les autorités de Jérusalem, Jésus raconte un festin dont les invités se dérobent et dont la salle se remplit d'inconnus pris sur les routes : l'invitation de Dieu ne s'impose à personne, mais elle ne reste pas sans convives.

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