Première lecture Nouveau Testament
Galates 3, 22-29
« Tous, vous êtes fils de Dieu par la foi »
22 Mais l’Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que, par la foi en Jésus-Christ, ce qui avait été promis fût donné à ceux qui croient.
23 Avant que vînt la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, en vue de la foi qui devait être révélée.
24 Ainsi la Loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi.
25 Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.
26 Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus.
27 Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.
28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus.
29 Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc « descendance » d’Abraham, héritiers selon la promesse.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates, Paul l'écrit sous le coup de la colère. Des prédicateurs passés après lui ont convaincu ces communautés d'Asie Mineure d'une chose : pour être pleinement sauvés, les croyants venus du paganisme devaient encore adopter la Loi juive et la circoncision.
Au chapitre 3, l'argumentation part de l'Écriture. Dieu avait promis à Abraham une bénédiction pour toutes les nations, et cette promesse, antérieure de plusieurs siècles à la Loi donnée à Moïse, ne peut donc pas être annulée par elle : c'est ce que Paul vient d'établir juste avant notre passage, avant de demander à quoi sert alors la Loi.
La réponse vient ici. La Loi n'avait qu'une fonction provisoire, celle d'un surveillant qui accompagne un enfant jusqu'à sa majorité. Le passage se termine sur ce qui ressemble à une formule prononcée lors des baptêmes, et le chapitre 4 reprendra l'image de l'héritier mineur devenu fils adoptif. En semaine, les lectures de la messe parcourent un livre d'un jour à l'autre, sans lien voulu avec l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif pharisien devenu disciple de Jésus après une apparition du Ressuscité, il a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur écrit des lettres, qu'on appelle aussi épîtres.
Il argumente en maître, pour démontrer que les non-juifs devenus croyants n'ont pas à passer par la Loi de Moïse pour appartenir pleinement au peuple de Dieu.
- Les Galates (« frères »)
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Communautés chrétiennes d'Asie Mineure, majoritairement issues du paganisme, fondées par Paul lors d'un séjour forcé par la maladie.
Destinataires du raisonnement : Paul leur rappelle ce qu'ils sont devenus par leur baptême, pour les détourner de se faire circoncire.
- Abraham
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Ancêtre d'Israël, à qui Dieu promet, dans le livre de la Genèse, une descendance et une bénédiction qui atteindra toutes les familles de la terre.
Il est la référence de toute l'argumentation : être son héritier ne tient pas à l'ascendance charnelle mais à la foi, et la promesse qui lui fut faite trouve son aboutissement dans le Christ.
- Le Christ
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Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Fils de Dieu mort et ressuscité.
Il n'est pas ici un personnage du récit mais le lieu où tout se joue : c'est l'union à lui, donnée dans le baptême, qui fait des croyants des fils et des héritiers.
Mots à connaître
- Le guide (le pédagogue)
Le mot grec paidagôgos ne désigne pas un enseignant. C'est un esclave de confiance chargé d'accompagner l'enfant à l'école, de le surveiller, de le corriger jusqu'à sa majorité. Fonction réelle, mais temporaire : passé un certain âge, le jeune homme n'en relève plus. L'image ne dévalorise pas la Loi, elle en situe le rôle dans le temps.
- La Loi
Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse au Sinaï et consignées dans les cinq premiers livres de la Bible. Elle régit la vie religieuse, alimentaire et sociale du peuple juif. Toute la polémique de la lettre tient à une seule question : des non-juifs devenus chrétiens doivent-ils s'y soumettre ?
- Revêtir le Christ
L'expression renvoie au vêtement. Dans le monde antique, l'habit dit la condition et l'identité de celui qui le porte, et la formule évoque probablement le geste baptismal, où le nouveau baptisé recevait un vêtement. Rien d'une imitation extérieure : une appartenance nouvelle, qui redéfinit qui l'on est.
- Juif et grec
« Grec » désigne ici tout non-juif, soit l'ensemble du monde païen de culture hellénistique. Le couple juif/grec résume la séparation religieuse la plus structurante de l'époque. Paul y ajoute deux autres clivages de la société antique, la condition sociale et la différence des sexes.
- La promesse et l'héritage
Le vocabulaire est celui du droit successoral : un héritier reçoit un bien parce qu'il appartient à une famille, non parce qu'il l'a gagné. Paul transpose. Appartenir au Christ suffit pour entrer dans l'héritage promis à Abraham, et c'est la pointe de tout le chapitre.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « guide »
Le mot grec est paidagôgos ; certaines traductions gardent le calque « pédagogue », d'autres préfèrent « surveillant » ou « précepteur ». Aucune de ces formulations ne désigne un professeur au sens moderne, mais le serviteur chargé de conduire et de surveiller l'enfant.
Ailleurs dans l’Écriture
- Rm 3, 21-26
Dans sa lettre aux Romains, écrite plus tard et avec plus de calme, Paul reprend la même thèse : l'homme est rendu juste devant Dieu par la foi, non par l'observance de la Loi. Le ton y est démonstratif et posé, quand les Galates reçoivent une argumentation pressée, presque polémique. Comparer les deux montre comment une conviction née d'une crise finit par s'exposer de façon systématique.
- 1 Co 12, 13
Paul emploie ailleurs une formule très proche : un seul baptême, un seul Esprit, et la disparition de la distinction entre juifs et Grecs, esclaves et hommes libres. Cette récurrence suggère qu'il reprend une parole déjà en usage dans les communautés au moment du baptême, plutôt qu'une phrase composée pour l'occasion.
- Gn 12, 1-3 Ancien Testament
C'est le texte fondateur auquel Paul renvoie : Dieu promet à Abraham une bénédiction destinée à toutes les familles de la terre. L'ouverture aux nations était donc inscrite dès l'origine dans le projet de Dieu, bien avant la Loi de Moïse. Sans cette scène de la Genèse, son raisonnement sur la « promesse » et l'« héritage » reste inintelligible.
- Gn 15, 6 Ancien Testament
Ce verset dit qu'Abraham crut en Dieu et que cela lui fut compté comme justice. Paul l'a cité quelques versets plus haut, dans le même chapitre. Il y voit la preuve que la foi, et non les observances, a toujours été le chemin par lequel Dieu rend juste.
Clés de lecture
- Un avant et un maintenant
Une opposition temporelle structure le passage : un temps d'enfermement et de minorité, puis la venue de la foi qui met fin au régime antérieur. Paul ne discute pas de la valeur morale de la Loi, il raisonne par étapes dans l'histoire du salut. La Loi n'est pas déclarée mauvaise. Elle est dépassée dans sa fonction de tutelle.
- Le basculement du « nous » au « vous »
Paul parle d'abord à la première personne du pluriel, s'incluant parmi les juifs placés sous la Loi, puis il s'adresse directement aux Galates à la deuxième personne. Ce changement marque le moment où l'argumentation devient proclamation. C'est précisément là qu'apparaissent la filiation, le baptême et l'unité.
- Trois séparations abolies
Religieuse, sociale, sexuelle : les trois couples cités couvrent les grandes lignes de fracture du monde antique. Aucune ne détermine plus l'appartenance au peuple de Dieu ni l'accès au salut, affirme Paul. Le texte vise l'identité devant Dieu, ce qui n'efface pas les différences de condition mais leur retire tout pouvoir de hiérarchiser les croyants.
- Héritiers sans généalogie
La conclusion renverse le présupposé des adversaires de Paul : on devient descendance d'Abraham par l'appartenance au Christ, et non par la naissance ou par un rite d'agrégation au peuple juif. L'héritage cesse d'être une affaire de lignage. Il devient affaire de don reçu.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul tranche une question précise et datée : faut-il imposer la Loi juive aux croyants venus du paganisme ? Non. Il fonde ce refus sur l'antériorité de la promesse faite à Abraham par rapport à la Loi du Sinaï, puis sur l'expérience baptismale de ses lecteurs.
La tradition catholique y puise l'une des sources de sa théologie du baptême : le sacrement ne se réduit pas à un rite d'entrée, il unit réellement au Christ et fait entrer dans la filiation divine. Elle y trouve aussi le fondement de l'unité de l'Église, où les différences d'origine, de condition et de sexe demeurent sans fonder aucune inégalité dans la dignité des baptisés. Quant à l'image du pédagogue, elle a nourri la façon catholique de comprendre le rapport entre les deux Testaments : la Loi ancienne est une préparation voulue par Dieu, non une erreur à répudier, et elle garde sa valeur propre de révélation.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce passage relève d'une démonstration argumentée, menée comme un plaidoyer : Paul enchaîne les raisons, convoque des images juridiques et familiales, relit à la lumière du Christ des textes de l'Écriture juive.
Puis le registre bascule. Les formules sur le baptême, l'unité et la disparition des anciennes séparations ont un rythme ample et répétitif, proche d'une parole liturgique. De l'argumentation on glisse vers la proclamation, d'où la solennité des dernières lignes.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul de Tarse. Cette lettre compte parmi celles que la quasi-totalité des chercheurs lui attribuent sans réserve. Elle vise des communautés de Galatie, région du centre de l'actuelle Turquie ; comme les spécialistes débattent encore de leur localisation exacte, au nord ou au sud de la province, les datations proposées varient d'environ 48 à 57 après Jésus-Christ.
La situation, elle, est claire. Après le départ de Paul, d'autres prédicateurs chrétiens d'origine juive ont persuadé ces croyants venus du paganisme qu'ils devaient adopter la circoncision et les observances de la Loi. Paul écrit pour s'y opposer, avec une vivacité inhabituelle chez lui.
Lectures et références
- Catéchisme, § 1227 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour dire que le baptisé est uni au Christ et revêtu de lui.
- Catéchisme, § 791 — La disparition des séparations entre juifs et Grecs, esclaves et hommes libres, y est lue comme loi d'unité du corps du Christ.
- Catéchisme, § 1963 — La Loi ancienne y est présentée comme une pédagogie préparant au Christ, dans le prolongement direct de l'image employée ici.
- Ga 4, 4-7 — La suite immédiate de la lettre développe la filiation adoptive et le passage de la condition d'enfant mineur à celle d'héritier.
- Rm 6, 3-4 — Paul y explique ce que signifie être baptisé dans le Christ : être associé à sa mort et à sa résurrection.
À retenir
Paul situe la Loi comme une tutelle provisoire désormais achevée. L'appartenance au peuple de la promesse ne tient plus à la naissance ni aux observances, mais à la foi et au baptême qui unissent au Christ.
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