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de la férie

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 3, 22-29

« Tous, vous êtes fils de Dieu par la foi »

22 Mais l’Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que, par la foi en Jésus-Christ, ce qui avait été promis fût donné à ceux qui croient.

23 Avant que vînt la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, en vue de la foi qui devait être révélée.

24 Ainsi la Loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi.

25 Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.

26 Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus.

27 Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.

28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus.

29 Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc « descendance » d’Abraham, héritiers selon la promesse.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates, Paul l'écrit sous le coup de la colère. Des prédicateurs passés après lui ont convaincu ces communautés d'Asie Mineure d'une chose : pour être pleinement sauvés, les croyants venus du paganisme devaient encore adopter la Loi juive et la circoncision.

Au chapitre 3, l'argumentation part de l'Écriture. Dieu avait promis à Abraham une bénédiction pour toutes les nations, et cette promesse, antérieure de plusieurs siècles à la Loi donnée à Moïse, ne peut donc pas être annulée par elle : c'est ce que Paul vient d'établir juste avant notre passage, avant de demander à quoi sert alors la Loi.

La réponse vient ici. La Loi n'avait qu'une fonction provisoire, celle d'un surveillant qui accompagne un enfant jusqu'à sa majorité. Le passage se termine sur ce qui ressemble à une formule prononcée lors des baptêmes, et le chapitre 4 reprendra l'image de l'héritier mineur devenu fils adoptif. En semaine, les lectures de la messe parcourent un livre d'un jour à l'autre, sans lien voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu disciple de Jésus après une apparition du Ressuscité, il a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur écrit des lettres, qu'on appelle aussi épîtres.

Il argumente en maître, pour démontrer que les non-juifs devenus croyants n'ont pas à passer par la Loi de Moïse pour appartenir pleinement au peuple de Dieu.

Les Galates (« frères »)

Communautés chrétiennes d'Asie Mineure, majoritairement issues du paganisme, fondées par Paul lors d'un séjour forcé par la maladie.

Destinataires du raisonnement : Paul leur rappelle ce qu'ils sont devenus par leur baptême, pour les détourner de se faire circoncire.

Abraham

Ancêtre d'Israël, à qui Dieu promet, dans le livre de la Genèse, une descendance et une bénédiction qui atteindra toutes les familles de la terre.

Il est la référence de toute l'argumentation : être son héritier ne tient pas à l'ascendance charnelle mais à la foi, et la promesse qui lui fut faite trouve son aboutissement dans le Christ.

Le Christ

Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Fils de Dieu mort et ressuscité.

Il n'est pas ici un personnage du récit mais le lieu où tout se joue : c'est l'union à lui, donnée dans le baptême, qui fait des croyants des fils et des héritiers.

Mots à connaître
Le guide (le pédagogue)

Le mot grec paidagôgos ne désigne pas un enseignant. C'est un esclave de confiance chargé d'accompagner l'enfant à l'école, de le surveiller, de le corriger jusqu'à sa majorité. Fonction réelle, mais temporaire : passé un certain âge, le jeune homme n'en relève plus. L'image ne dévalorise pas la Loi, elle en situe le rôle dans le temps.

La Loi

Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse au Sinaï et consignées dans les cinq premiers livres de la Bible. Elle régit la vie religieuse, alimentaire et sociale du peuple juif. Toute la polémique de la lettre tient à une seule question : des non-juifs devenus chrétiens doivent-ils s'y soumettre ?

Revêtir le Christ

L'expression renvoie au vêtement. Dans le monde antique, l'habit dit la condition et l'identité de celui qui le porte, et la formule évoque probablement le geste baptismal, où le nouveau baptisé recevait un vêtement. Rien d'une imitation extérieure : une appartenance nouvelle, qui redéfinit qui l'on est.

Juif et grec

« Grec » désigne ici tout non-juif, soit l'ensemble du monde païen de culture hellénistique. Le couple juif/grec résume la séparation religieuse la plus structurante de l'époque. Paul y ajoute deux autres clivages de la société antique, la condition sociale et la différence des sexes.

La promesse et l'héritage

Le vocabulaire est celui du droit successoral : un héritier reçoit un bien parce qu'il appartient à une famille, non parce qu'il l'a gagné. Paul transpose. Appartenir au Christ suffit pour entrer dans l'héritage promis à Abraham, et c'est la pointe de tout le chapitre.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« guide »

Le mot grec est paidagôgos ; certaines traductions gardent le calque « pédagogue », d'autres préfèrent « surveillant » ou « précepteur ». Aucune de ces formulations ne désigne un professeur au sens moderne, mais le serviteur chargé de conduire et de surveiller l'enfant.

Ailleurs dans l’Écriture
Rm 3, 21-26

Dans sa lettre aux Romains, écrite plus tard et avec plus de calme, Paul reprend la même thèse : l'homme est rendu juste devant Dieu par la foi, non par l'observance de la Loi. Le ton y est démonstratif et posé, quand les Galates reçoivent une argumentation pressée, presque polémique. Comparer les deux montre comment une conviction née d'une crise finit par s'exposer de façon systématique.

1 Co 12, 13

Paul emploie ailleurs une formule très proche : un seul baptême, un seul Esprit, et la disparition de la distinction entre juifs et Grecs, esclaves et hommes libres. Cette récurrence suggère qu'il reprend une parole déjà en usage dans les communautés au moment du baptême, plutôt qu'une phrase composée pour l'occasion.

Gn 12, 1-3 Ancien Testament

C'est le texte fondateur auquel Paul renvoie : Dieu promet à Abraham une bénédiction destinée à toutes les familles de la terre. L'ouverture aux nations était donc inscrite dès l'origine dans le projet de Dieu, bien avant la Loi de Moïse. Sans cette scène de la Genèse, son raisonnement sur la « promesse » et l'« héritage » reste inintelligible.

Gn 15, 6 Ancien Testament

Ce verset dit qu'Abraham crut en Dieu et que cela lui fut compté comme justice. Paul l'a cité quelques versets plus haut, dans le même chapitre. Il y voit la preuve que la foi, et non les observances, a toujours été le chemin par lequel Dieu rend juste.

Clés de lecture
Un avant et un maintenant

Une opposition temporelle structure le passage : un temps d'enfermement et de minorité, puis la venue de la foi qui met fin au régime antérieur. Paul ne discute pas de la valeur morale de la Loi, il raisonne par étapes dans l'histoire du salut. La Loi n'est pas déclarée mauvaise. Elle est dépassée dans sa fonction de tutelle.

Le basculement du « nous » au « vous »

Paul parle d'abord à la première personne du pluriel, s'incluant parmi les juifs placés sous la Loi, puis il s'adresse directement aux Galates à la deuxième personne. Ce changement marque le moment où l'argumentation devient proclamation. C'est précisément là qu'apparaissent la filiation, le baptême et l'unité.

Trois séparations abolies

Religieuse, sociale, sexuelle : les trois couples cités couvrent les grandes lignes de fracture du monde antique. Aucune ne détermine plus l'appartenance au peuple de Dieu ni l'accès au salut, affirme Paul. Le texte vise l'identité devant Dieu, ce qui n'efface pas les différences de condition mais leur retire tout pouvoir de hiérarchiser les croyants.

Héritiers sans généalogie

La conclusion renverse le présupposé des adversaires de Paul : on devient descendance d'Abraham par l'appartenance au Christ, et non par la naissance ou par un rite d'agrégation au peuple juif. L'héritage cesse d'être une affaire de lignage. Il devient affaire de don reçu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul tranche une question précise et datée : faut-il imposer la Loi juive aux croyants venus du paganisme ? Non. Il fonde ce refus sur l'antériorité de la promesse faite à Abraham par rapport à la Loi du Sinaï, puis sur l'expérience baptismale de ses lecteurs.

La tradition catholique y puise l'une des sources de sa théologie du baptême : le sacrement ne se réduit pas à un rite d'entrée, il unit réellement au Christ et fait entrer dans la filiation divine. Elle y trouve aussi le fondement de l'unité de l'Église, où les différences d'origine, de condition et de sexe demeurent sans fonder aucune inégalité dans la dignité des baptisés. Quant à l'image du pédagogue, elle a nourri la façon catholique de comprendre le rapport entre les deux Testaments : la Loi ancienne est une préparation voulue par Dieu, non une erreur à répudier, et elle garde sa valeur propre de révélation.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce passage relève d'une démonstration argumentée, menée comme un plaidoyer : Paul enchaîne les raisons, convoque des images juridiques et familiales, relit à la lumière du Christ des textes de l'Écriture juive.

Puis le registre bascule. Les formules sur le baptême, l'unité et la disparition des anciennes séparations ont un rythme ample et répétitif, proche d'une parole liturgique. De l'argumentation on glisse vers la proclamation, d'où la solennité des dernières lignes.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse. Cette lettre compte parmi celles que la quasi-totalité des chercheurs lui attribuent sans réserve. Elle vise des communautés de Galatie, région du centre de l'actuelle Turquie ; comme les spécialistes débattent encore de leur localisation exacte, au nord ou au sud de la province, les datations proposées varient d'environ 48 à 57 après Jésus-Christ.

La situation, elle, est claire. Après le départ de Paul, d'autres prédicateurs chrétiens d'origine juive ont persuadé ces croyants venus du paganisme qu'ils devaient adopter la circoncision et les observances de la Loi. Paul écrit pour s'y opposer, avec une vivacité inhabituelle chez lui.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1227 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour dire que le baptisé est uni au Christ et revêtu de lui.
  • Catéchisme, § 791 — La disparition des séparations entre juifs et Grecs, esclaves et hommes libres, y est lue comme loi d'unité du corps du Christ.
  • Catéchisme, § 1963 — La Loi ancienne y est présentée comme une pédagogie préparant au Christ, dans le prolongement direct de l'image employée ici.
  • Ga 4, 4-7 — La suite immédiate de la lettre développe la filiation adoptive et le passage de la condition d'enfant mineur à celle d'héritier.
  • Rm 6, 3-4 — Paul y explique ce que signifie être baptisé dans le Christ : être associé à sa mort et à sa résurrection.

À retenir

Paul situe la Loi comme une tutelle provisoire désormais achevée. L'appartenance au peuple de la promesse ne tient plus à la naissance ni aux observances, mais à la foi et au baptême qui unissent au Christ.

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Psaume

Psaumes 104, 2-3 . 104, 4-5 . 104, 6-7

2 Chantez-le, célébrez-le ! Proclamez toutes ses merveilles.

3 Glorifiez-vous de son saint nom ; joyeux soit le cœur de ceux qui cherchent Yahweh !

4 Cherchez Yahweh et sa force, ne cessez pas de chercher sa face.

5 Souvenez-vous des merveilles qu’il a opérées, de ses prodiges et des jugements sortis de sa bouche,

6 race d’Abraham, son serviteur, enfants de Jacob, ses élus.

7 Lui, Yahweh, est notre Dieu ; ses jugements atteignent toute la terre.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 11, 27-28

« Heureuse la mère qui t’a porté en elle ! – Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu ! »

27 Comme il parlait ainsi, une femme élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : « Heureux le sein qui t’as porté, et les mamelles que tu as sucées ! »

28 Jésus répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au cœur de la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9), un voyage ponctué d'enseignements, de controverses et de rencontres, et juste avant notre passage Jésus vient de délivrer un homme muet avant d'être accusé par certains de chasser les démons grâce au prince des démons. Il a répondu longuement. Puis il a évoqué le sort de celui qui, une fois purifié, laisse sa maison intérieure vide. C'est pendant qu'il parle encore qu'une femme l'interrompt depuis la foule.

Aussitôt après, Luc enchaîne sur le refus de donner un signe et l'évocation de Jonas. Le passage retenu par la liturgie tient donc en deux versets, mais il forme une unité complète : une exclamation, une réplique.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, au centre du récit de Luc ; il enseigne, guérit et affronte des contradicteurs tout au long de sa route vers Jérusalem.

Il reçoit un compliment adressé à sa mère et en déplace aussitôt la portée : ce n'est pas le lien du sang qui rend heureux, mais l'accueil de la parole de Dieu.

la femme de la foule

Une anonyme, sans autre identité que sa voix. Luc aime donner la parole à des figures de ce genre, qui expriment la réaction spontanée des gens ordinaires.

Elle exprime une admiration très concrète, selon une formule orientale courante : louer un homme en félicitant celle qui l'a mis au monde. Elle lance ainsi, sans le savoir, la question du vrai bonheur.

la foule

Groupe mouvant qui suit Jésus, mêlant curieux, malades, sympathisants et adversaires. Dans ce chapitre, elle est partagée entre l'enthousiasme et le soupçon.

Elle forme le cadre de la scène : c'est une parole jaillie de la masse, non celle d'un disciple instruit, qui provoque la réponse de Jésus.

Mots à connaître
« Heureux… » (la forme de la béatitude)

La tournure « heureux celui qui… » est une forme littéraire fréquente dans la Bible, notamment dans les psaumes et chez les prophètes. Elle ne décrit pas un sentiment agréable. Elle déclare où se trouve la véritable réussite d'une vie aux yeux de Dieu.

Féliciter une mère pour louer son fils

Dans le monde sémitique, complimenter un homme en bénissant celle qui l'a porté était une formule d'éloge courante, presque un proverbe. L'exclamation de la femme n'a donc rien d'incongru : c'est la manière normale d'exprimer son admiration.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Heureux plutôt »

Le petit mot grec traduit par « plutôt » n'est pas une négation : il signifie « bien plutôt », « disons mieux ». Jésus ne dément pas la femme, il surenchérit en déplaçant le motif du bonheur.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 8, 19-21 même épisode, autre évangile

Dans le même évangile, la mère et les frères de Jésus cherchent à le voir, et il déclare que sa famille est faite de ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. Le critère est identique à celui de notre passage. Luc, qui a rapporté la naissance de Jésus avec une grande attention à Marie, ne dévalorise pas la maternité : il en déplace le fondement vers la foi.

Mc 3, 31-35 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même scène de la vraie famille de Jésus, mais il la place juste après une remarque sur les proches de Jésus qui le jugent hors de sens, ce qui durcit nettement le ton. Luc adoucit ce contexte. L'épisode de la femme dans la foule, lui, n'apparaît que chez Luc : un choix de rédaction propre à son évangile.

Lc 1, 45

Au début de l'évangile, Élisabeth salue Marie non d'abord comme mère, mais comme celle qui a cru à l'accomplissement de la parole du Seigneur. La réplique de Jésus rejoint exactement cette béatitude-là. Luc construit ainsi une cohérence entre l'enfance et la vie publique.

Jc 1, 22

La lettre de Jacques insiste sur la nécessité de mettre la parole en pratique et non seulement de l'écouter. Le verbe employé par Jésus, garder, observer, va dans le même sens : l'écoute dont il parle n'est pas une réception passive.

Clés de lecture
Un déplacement, non un refus

Jésus ne contredit pas la femme et ne rejette pas sa mère. Le mot qu'il emploie en tête de sa réponse signifie en grec « bien plutôt », « disons mieux » : il reprend la béatitude pour l'élargir et en indiquer le vrai fondement.

Écouter et garder

Deux verbes sont associés, et le second est décisif : garder signifie retenir, observer, faire passer dans la vie. L'enseignement ne porte pas sur une écoute distraite mais sur une fidélité durable à ce qui a été entendu.

Un bonheur ouvert à tous

La femme désigne une personne unique et irremplaçable ; Jésus répond au pluriel, en termes de condition et non de privilège. Le bonheur qu'il annonce n'est pas réservé à sa parenté. Quiconque accueille la parole de Dieu y a accès.

La place dans le chapitre

Juste avant, Jésus a parlé d'une maison vidée du mal mais laissée inoccupée. Sa réponse à la femme indique ce qui doit l'habiter : la parole de Dieu reçue et gardée. L'interruption, loin d'être une digression, prolonge le propos.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus corrige une admiration trop extérieure : la vraie béatitude ne tient pas à un lien de chair, fût-il le plus noble, mais à l'accueil obéissant de la parole de Dieu. Le principe revient sans cesse chez Luc, qui définit la famille de Jésus par la foi.

La tradition catholique a toujours refusé d'y voir une mise à distance de Marie. Elle y lit au contraire son éloge le plus profond : Luc la présente dès les premiers chapitres comme celle qui consent à la parole reçue et qui médite les événements en les gardant en son cœur. Elle est donc la première à vérifier la béatitude que Jésus énonce ici, et c'est à ce titre, plus encore qu'à celui de la maternité biologique, qu'elle est tenue pour bienheureuse.

Pour la vie chrétienne, le verset fonde la place centrale de l'écoute de l'Écriture. Entendre ne suffit pas : il s'agit de garder, c'est-à-dire de laisser la parole façonner une existence.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une forme brève très répandue dans l'Antiquité : une courte scène dont tout l'intérêt tient à la réplique finale d'un maître. Une phrase lancée, une réponse qui la corrige ou la déplace, et le récit s'arrête là. Lire ce type de texte, c'est se concentrer sur l'écart entre ce qui est dit et ce qui est répondu. L'enseignement loge dans ce décalage.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est attribué par une tradition ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, qui n'a pas connu Jésus directement et qui s'appuie, comme il l'annonce dans son prologue, sur des témoins et des récits antérieurs. Il écrit vraisemblablement entre 80 et 90, pour des communautés de culture grecque, largement issues du paganisme.

Son grec est soigné. Son attention aux femmes, aux pauvres et aux étrangers ne se dément jamais, et plusieurs épisodes, dont celui-ci, ne figurent que chez lui. La date précise et le lieu de rédaction restent discutés.

Lectures et références
  • Lc 1, 38 — Marie donne son consentement à la parole qui lui est adressée, ce que la réponse de Jésus désigne comme la source du vrai bonheur.
  • Lc 2, 19 — Luc note que Marie garde les événements en les méditant, employant déjà le registre du « garder » repris ici.
  • Lc 1, 48 — Marie elle-même annonce que toutes les générations la diront bienheureuse, ce qui éclaire le rapport entre l'exclamation de la femme et la réponse de Jésus.
  • Catéchisme, § 148 — Le Catéchisme présente Marie comme celle qui réalise de la façon la plus parfaite l'obéissance de la foi.

À retenir

À une femme qui félicite sa mère, Jésus répond en élargissant la béatitude à quiconque écoute la parole de Dieu et la met en pratique, ce qui, aux yeux de Luc, caractérise Marie au premier chef.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr .) Notre-Seigneur fait voir ensuite comment le peuple juif en est venu à se faire de semblables idées sur le Christ : « Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, » etc. Dans saint Matthieu, le Sauveur applique aux Juifs cette comparaison en termes exprès « C’est ce qui arrivera à cette génération criminelle , » ( Mt 12, 45.) En effet, lorsqu’ils vivaient en Égypte, en se conformant aux usages des Egyptiens, ils étaient la demeure de l’esprit mauvais, il en fut chassé lorsqu’ils immolèrent l’agneau qui était la figure du Christ, et qu’ils marquèrent leurs portes de son sang pour échapper à l’ange exterminateur. (Ex 12)

S. Ambr

Dans ce seul homme, se trouve donc figuré tout le peuple juif qui avait été délivré de l’esprit mauvais par la loi. Cependant comme les coeurs des Gentils, arides d’abord, mais pénétrés ensuite de la rosée de l’Esprit saint par le baptême, ne pouvaient offrir au démon un lieu de repos, parce qu’ils croyaient en Jésus-Christ, et que Jésus-Christ est une flamme dévorante pour les esprits impurs, il revint vers le peuple juif : « Et comme il n’en trouve point, il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. »

Origène

(Ch. des Pèr. gr.) C’est-à-dire : Je retournerai vers les enfants d’Israël qui n’ont en eux rien de divin, qui sont comme déserts, et m’offrent un endroit où je puis habiter. « Et lorsqu’il y est rentré, il la trouve nettoyée et parée. »

S. Ambr

Mais sous cette pureté extérieure et apparente, l’intérieur n’en demeurait que plus souillé ; car elle ne pouvait ni se purifier de ces souillures, ni éteindre le feu des passions dans les eaux de la fontaine sacrée ; aussi l’esprit impur s’empressait-il de rentrer dans cette maison, avec sept esprits plus mauvais que lui : « Alors il s’en va prendre sept esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils en font leur demeure. » Juste punition du crime que ce peuple sacrilège avait commis en violant la semaine de la loi, et le mystère du huitième jour. Ainsi de même que la grâce se répand avec abondance sur nous par les sept dons de l’Esprit saint, toute la malice des démons s’empare aussi de ce peuple par ces sept esprits impurs ; car le nombre sept, dans l’Écriture, exprime ordinairement l’universalité.

8 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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