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S. Denis, évêque, et ses compagnons, martyrs. Mémoire facultative

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 3, 6-14

« Ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant »

6 comme il est écrit : « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »

7 Reconnaissez donc que ceux-là sont fils d’Abraham, qui sont de la foi.

8 Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations par la foi, annonça d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : « Toutes les nations seront bénies en toi. »

9 De sorte que ceux qui sont de la foi sont bénis avec le fidèle Abraham.

10 En effet tous ceux qui s’appuient sur les œuvres de la Loi sont sous la malédiction ; car il est écrit : « Maudit quiconque n’est pas constant à observer tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. »

11 Or que par la Loi nul ne soit justifié devant Dieu, cela est manifeste, puisque le « juste vivra par la foi. »

12 Or la Loi ne procède pas de la foi ; mais [elle dit] : « Celui qui accomplira ces commandements vivra en eux. »

13 Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en se faisant malédiction pour nous, — car il est écrit : « Maudit quiconque est pendu au bois », —

14 afin que la bénédiction promise à Abraham s’étendît aux nations dans le Christ Jésus, afin que nous pussions recevoir par la foi l’Esprit promis.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates est un écrit de crise. Les chapitres 1 et 2 ont rappelé son autorité d'apôtre ; au début du chapitre 3, Paul interpelle vivement ses lecteurs : c'est en accueillant la prédication dans la foi qu'ils ont reçu l'Esprit de Dieu, pas en observant la Loi de Moïse. Premier argument, tiré de leur propre expérience.

Le passage du jour enchaîne avec un second argument, scripturaire cette fois. Paul convoque la figure d'Abraham et six citations de l'Ancien Testament pour montrer que la promesse de bénédiction adressée aux nations passe par la foi. Suivront l'image du testament qu'on ne peut modifier (versets 15-18), puis l'explication du rôle provisoire de la Loi (versets 19-25).

En semaine, la première lecture de la messe suit son propre parcours continu à travers un livre, indépendamment de l'évangile : on avance ici dans la lettre aux Galates, chapitre après chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une révélation du Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé les communautés de Galatie, en Asie Mineure (Turquie actuelle), et leur écrit depuis l'extérieur.

Il argumente, en s'appuyant sur les Écritures juives que ses adversaires invoquent, pour établir que les non-Juifs n'ont pas à devenir observants de la Loi de Moïse pour appartenir au peuple de la promesse.

Les « frères » (les Galates)

Des chrétiens majoritairement issus du paganisme, convertis par la prédication de Paul. Après son départ, d'autres missionnaires chrétiens venus du judaïsme leur ont enseigné qu'il fallait aussi se faire circoncire et observer la Loi.

Ils sont les destinataires directs de la démonstration : Paul les somme de tirer eux-mêmes la conclusion du texte de la Genèse qu'il vient de citer.

Abraham

Le patriarche des origines, dans le livre de la Genèse : appelé par Dieu à quitter son pays, il reçoit la promesse d'une descendance et d'une bénédiction qui touchera toutes les familles de la terre. Juifs, chrétiens et musulmans le reconnaissent comme père dans la foi.

Il est la pièce maîtresse du raisonnement : Paul souligne qu'il a été déclaré juste par Dieu avant toute loi et toute circoncision, uniquement parce qu'il a fait confiance à la promesse.

Le Christ

Jésus de Nazareth, crucifié et ressuscité, que Paul annonce comme le Messie et le Fils de Dieu.

Il est présenté comme celui qui a pris sur lui, par sa mort sur la croix, la malédiction attachée à la transgression de la Loi, afin que la bénédiction promise à Abraham atteigne les non-Juifs.

Mots à connaître
La Loi

Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse au Sinaï et consignées dans les cinq premiers livres de la Bible : règles de pureté, alimentation, circoncision, sabbat, commandements moraux. Pour un Juif du premier siècle, l'observer est la manière normale de répondre à l'alliance de Dieu. Paul ne la dénigre pas. Ce qu'il conteste, c'est qu'elle soit le moyen d'être rendu juste devant Dieu.

Les nations

L'expression traduit un mot qui désigne, dans le vocabulaire biblique, tous les peuples autres que le peuple juif : les non-Juifs, souvent rendus par « les païens ». À quelles conditions entrent-ils dans le peuple de Dieu ? Tout l'enjeu de la lettre tient là.

Le bois du supplice

La citation vient d'une loi du Deutéronome concernant le cadavre d'un condamné exposé sur un poteau après exécution : il est dit maudit et ne doit pas rester là la nuit. Paul applique ce texte à la croix de Jésus, mode d'exécution romain infamant, pour dire que le Christ a assumé la condition du maudit.

Être rendu juste

Le vocabulaire est juridique : être reconnu en règle, acquitté, au tribunal de Dieu. Pour Paul, cette reconnaissance est un don accueilli dans la confiance, non un verdict obtenu par un bilan d'actes accomplis.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« ceux qui se réclament de la foi »

Le grec emploie une tournure très ramassée, mot à mot « ceux qui sont issus de la foi » : elle désigne les gens dont l'appartenance au peuple de Dieu repose sur la foi. D'autres traductions disent « les hommes de foi » ou « ceux qui vivent de la foi ».

« les nations »

C'est une traduction littérale d'un mot grec qui désigne les peuples non juifs ; beaucoup de bibles le rendent par « les païens », au sens de non-Juifs et non de mécréants.

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 15, 6 Ancien Testament

C'est le verset-clé que Paul cite en ouverture : Abraham fait confiance à la promesse d'une descendance alors que tout semble la démentir, et Dieu le tient pour juste. Dans le récit de la Genèse, cette parole précède à la fois l'alliance de la circoncision et le don de la Loi au Sinaï. Cette antériorité chronologique établit la priorité de la foi.

Gn 12, 3 Ancien Testament

La promesse faite à Abraham au moment de son départ comporte une bénédiction qui déborde sa seule descendance et touche toutes les familles de la terre. Paul y voit l'annonce anticipée de l'évangélisation des non-Juifs, ce qui lui permet de dire que l'Écriture elle-même avait prévu cette ouverture.

Ha 2, 4 Ancien Testament

Cette brève sentence du prophète Habacuc lie le fait de vivre et celui d'être juste par la foi ; c'est le ressort de l'argumentation. Paul la cite aussi au début de la lettre aux Romains (Rm 1, 17), signe qu'elle structure durablement sa pensée.

Rm 4, 1-25

Paul y reprend longuement la même démonstration à partir d'Abraham, mais sur un ton posé et argumenté, sans la polémique vive des Galates. Un même raisonnement change donc de couleur selon l'urgence de la situation : ici une communauté en train de basculer, là un exposé adressé à une Église que Paul ne connaît pas encore.

Clés de lecture
Deux mots qui s'opposent : bénédiction et malédiction

Tout le passage est tendu entre ces deux termes empruntés à l'Ancien Testament. Du côté d'Abraham, une bénédiction promise aux nations ; du côté de la Loi prise comme moyen d'être justifié, une malédiction qui pèse sur quiconque ne l'observe pas intégralement. Le point de bascule est la croix, où le Christ passe du côté de la malédiction pour que la bénédiction change de camp.

Une chaîne de citations

Paul ne raisonne pas à partir d'idées générales mais à partir de six textes scripturaires enchaînés, pris dans la Genèse, le Deutéronome, le Lévitique et Habacuc. Ses adversaires invoquaient l'Écriture pour exiger l'observance de la Loi : il retourne contre eux leurs propres armes.

L'argument de l'antériorité

La force de la démonstration tient à la chronologie : Abraham est déclaré juste bien avant que la Loi soit donnée à Moïse. La foi n'est donc pas une nouveauté chrétienne qui congédierait l'Ancien Testament, mais le régime le plus ancien de la relation à Dieu.

L'horizon final : l'Esprit

Le passage ne s'achève pas sur une question de règles mais sur le don de l'Esprit Saint, objet de la promesse. Retour à l'argument ouvert au début du chapitre : les Galates ont fait l'expérience de ce don sans passer par la Loi, c'est leur propre histoire qui plaide.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle une question pratique et brûlante pour les premières communautés : faut-il devenir juif pour devenir chrétien ? Sa réponse est non. Il la fonde sur l'Écriture d'Israël elle-même, dont il montre qu'elle annonçait déjà l'entrée des autres peuples dans la bénédiction d'Abraham.

La tradition catholique y lit l'un des textes fondateurs de sa compréhension du salut : l'homme est rendu juste par pure grâce, accueillie dans la foi, et non par ses propres performances. La croix y est interprétée comme un échange, le Christ assumant librement la condition du condamné pour en libérer ceux qui y étaient soumis. Cette lecture n'annule pas la valeur de la Loi ancienne, que Paul lui-même reconnaît comme sainte et pédagogique ; elle lui ôte seulement le rôle de voie d'accès au salut. Le passage appuie enfin la conviction que l'Église est, dès l'origine, destinée à tous les peuples.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ni récit ni exhortation : une argumentation serrée insérée dans une lettre. Paul y procède comme un lettré juif de son temps, alignant des citations de l'Écriture, les mettant en tension les unes avec les autres pour en tirer une conclusion.

D'où une conséquence de lecture : le passage ne se laisse pas saisir verset par verset isolément, il faut en suivre l'enchaînement. Le ton est aussi celui d'un homme en colère qui défend l'essentiel de son message. Il force le trait, et ne cherche pas l'équilibre d'un traité.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul lui-même, et son authenticité n'est pas discutée. Elle s'adresse à des communautés de Galatie, région d'Asie Mineure, dont on débat de la localisation exacte : le nord celte de la région, ou les villes du sud évangélisées lors du premier voyage missionnaire.

La date dépend de cette question et varie, selon les chercheurs, entre le début et le milieu des années 50. La situation, elle, est claire. Des prédicateurs chrétiens venus du judaïsme veulent imposer aux convertis païens la circoncision et l'observance de la Loi de Moïse, et Paul écrit pour l'empêcher.

Lectures et références
  • Dt 21, 23 — La loi sur le supplicié pendu au bois, que Paul applique à la croix du Christ.
  • Lv 18, 5 — Le principe de vie attaché à la pratique des commandements, que Paul oppose à la parole d'Habacuc.
  • Ac 15, 1-29 — L'assemblée de Jérusalem tranche la même question, celle des obligations imposées aux convertis venus du paganisme.
  • Catéchisme, § 1992 — Sur la justification accordée gratuitement par la grâce et reçue dans la foi.
  • Catéchisme, § 603 — Sur le Christ assumant la condition des pécheurs et le sens de la malédiction qu'il prend sur lui.

À retenir

Paul démontre, à partir de l'Écriture juive elle-même, qu'Abraham a été reconnu juste par sa seule confiance en Dieu, bien avant la Loi : la bénédiction promise atteint donc tous les peuples par la foi, et la croix du Christ en a levé l'obstacle.

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Psaume

Psaumes 110, 1-2 . 110, 3-4 . 110, 5-6

1 Alleluia ! ALEPH. Je veux louer Yahweh de tout mon cœur, BETH. dans la réunion des justes et dans l’assemblée.

2 Grandes sont les œuvres de Yahweh, DALETH. recherchées pour toutes les délices qu’elles procurent.

3 Son œuvre n’est que splendeur et magnificence, VAV. et sa justice subsiste à jamais.

4 il a laissé un souvenir de ses merveilles ; HETH. Yahweh est miséricordieux et compatissant.

5 Il a donné une nourriture à ceux qui le craignent ; YOD. il se souvient pour toujours de son alliance.

6 Il a manifesté à son peuple la puissance de ses œuvres, LAMED. en lui livrant l’héritage des nations.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 11, 15-26

« Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous »

15 Mais quelques-uns d’entre eux dirent : « C’est par Béelzéboul, prince des démons, qu’il chasse les démons. »

16 D’autres, pour l’éprouver, lui demandèrent un signe dans le ciel.

17 Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même, se détruit, les maisons tombent l’une sur l’autre.

18 Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume subsistera-t-il ? Car vous dites que c’est par Béelzéboul que je chasse les démons.

19 Et si, moi, je chasse les démons par Béelzéboul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.

20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous.

21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde l’entrée de sa maison, ce qu’il possède est en sûreté.

22 Mais qu’il en survienne un plus fort qui le vainque, il lui enlève toutes les armes dans lesquelles il se confiait, et il partage ses dépouilles.

23 Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi, dissipe.

24 Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos. N’en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti.

25 Et quand il arrive, il la trouve nettoyée et ornée.

26 Alors il s’en va, prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; puis ils entrent et s’y établissent : et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9) : un parcours qui mêle enseignements, controverses et guérisons. Juste avant, Jésus a appris à ses disciples la prière du Notre Père, les encourageant à demander avec confiance l'Esprit Saint.

Un exorcisme à peine mentionné ouvre le passage : Jésus a libéré un homme d'un esprit mauvais. La foule se divise. Deux réactions hostiles apparaissent, l'accusation de collusion avec le démon et la demande d'un signe spectaculaire venu du ciel ; c'est à la première que Jésus répond longuement.

La suite immédiate, non lue ici, enchaîne sur la réponse à une femme qui l'acclame, puis sur le refus de donner un autre signe que celui de Jonas. Lecture de semaine, elle suit le parcours continu de l'évangile de Luc, chapitre après chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, au centre du récit de Luc, qui guérit, enseigne et annonce la venue du règne de Dieu.

Il vient de libérer un homme d'un esprit mauvais, puis réfute point par point l'accusation portée contre lui et interprète ses exorcismes comme le signe que Dieu est à l'œuvre.

« certains » dans la foule

Des témoins anonymes de la scène ; Luc ne précise pas leur appartenance, là où Matthieu et Marc désignent des responsables religieux.

Ce sont eux, et non le récit, qui attribuent le pouvoir de Jésus au chef des démons : ils reconnaissent la réalité du fait mais en inversent l'origine.

« d'autres »

Un second groupe parmi les témoins, qui ne conteste pas mais exige une preuve supplémentaire.

Ils réclament un prodige céleste pour mettre Jésus à l'épreuve ; il ne leur répond pas ici, mais quelques versets plus loin, en parlant du signe de Jonas.

Béelzéboul (Satan)

Nom donné dans ce passage au chef des esprits mauvais, identifié à Satan, figure de l'adversaire de Dieu et de l'homme dans la Bible.

Il n'intervient pas comme personnage : il est l'enjeu du débat, présenté par Jésus comme un pouvoir organisé en « royaume », et comme l'homme fort désormais vaincu.

« vos disciples »

Les exorcistes juifs contemporains de Jésus, pratique attestée à l'époque, rattachés à ceux qui l'accusent.

Jésus les prend à témoin : si ses accusateurs admettent que leurs propres exorcistes agissent par Dieu, comment le lui refuser sans se contredire ?

Mots à connaître
Béelzéboul

Nom d'origine cananéenne, lié à une ancienne divinité (« Baal le prince » ou « Baal des mouches »), devenu dans le judaïsme un sobriquet pour le chef des esprits mauvais. L'orthographe varie selon les manuscrits et les traductions, d'où les formes Béelzébub ou Béelzéboul.

expulser un démon

Dans le monde juif et gréco-romain du premier siècle, on attribuait certaines maladies et troubles à l'emprise d'esprits mauvais, et des exorcistes professionnels intervenaient par des formules et des rites. Jésus, lui, agit par sa seule parole. Ni technique ni invocation d'un pouvoir supérieur : le récit y insiste.

le doigt de Dieu

Image biblique de l'action directe et puissante de Dieu, employée dans le récit des plaies d'Égypte et pour les tables de la Loi gravées au Sinaï. Elle évoque une intervention sans intermédiaire, par contraste avec un pouvoir délégué ou magique.

le règne de Dieu

Expression centrale de la prédication de Jésus : non pas un territoire, mais la souveraineté de Dieu qui s'établit et libère l'homme. Ici, Jésus affirme qu'elle n'est pas seulement promise pour la fin des temps : elle est déjà à l'œuvre dans ce qu'il accomplit.

les lieux arides

Le désert était couramment tenu pour le séjour des esprits mauvais, lieu sans vie ni eau. L'image situe l'esprit expulsé dans une errance stérile.

sept

Dans la Bible, sept exprime la totalité et l'achèvement. Sept esprits pires que le premier ne donnent pas un compte exact : c'est une manière de dire une emprise devenue complète.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 12, 22-30 même épisode, autre évangile

Matthieu raconte le même débat, mais attribue explicitement l'accusation aux pharisiens, un courant religieux juif attaché à l'observance exacte de la Loi. Surtout, là où Luc parle du « doigt de Dieu », Matthieu écrit « l'Esprit de Dieu ». Les deux formulations disent la même chose, Matthieu avec le vocabulaire théologique courant, Luc avec une image empruntée à l'Exode. L'écart révèle le travail de rédaction propre à chaque évangéliste.

Mc 3, 22-27 même épisode, autre évangile

Marc situe la scène très tôt dans le ministère de Jésus et fait venir les accusateurs de Jérusalem. Il donne la comparaison de l'homme fort ligoté puis dépouillé, sans la demande de signe ni la parabole de l'esprit qui revient. Luc, lui, a rassemblé plusieurs éléments en une séquence suivie.

Mt 12, 43-45 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte la même image de l'esprit impur qui revient dans une maison vide avec sept compagnons, mais il l'applique explicitement à « cette génération mauvaise ». Chez Luc, l'application reste ouverte, et l'avertissement porte plus large.

Ex 8, 15 Ancien Testament

Lors des plaies d'Égypte, les magiciens de Pharaon, incapables de reproduire le prodige de Moïse, reconnaissent qu'il y a là « le doigt de Dieu ». L'expression désigne l'action directe de Dieu qui libère son peuple d'une puissance d'oppression. En l'employant, Jésus inscrit ses exorcismes dans cette histoire de libération.

Clés de lecture
Une accusation retournée en trois temps

Jésus ne nie pas le fait de l'exorcisme ; il en discute l'origine. Il montre d'abord l'absurdité logique d'un Satan qui se combattrait lui-même, puis renvoie ses accusateurs à leurs propres exorcistes, avant de nommer la véritable source de son pouvoir.

Le point de bascule : le règne déjà là

Le verset sur le doigt de Dieu fait basculer le débat. Ce qui était une question sur la personne de Jésus devient une annonce sur le temps présent : si Dieu agit ainsi, son règne n'est pas à attendre, il a déjà rejoint ceux qui discutent. L'exorcisme cesse d'être un prodige isolé. Il devient un signe.

L'homme fort dépouillé

La comparaison suppose un vainqueur plus fort que l'occupant en place. Jésus se décrit indirectement comme celui qui désarme une puissance jusque-là assurée et redistribue ce qu'elle retenait. L'image prolonge le thème de la libération évoqué par le doigt de Dieu.

La maison vide

La dernière image avertit qu'une libération ne suffit pas si rien ne vient l'habiter : la maison balayée et rangée est précisément celle qui reste disponible. Écho à la parole intermédiaire sur ceux qui ne rassemblent pas avec Jésus : aucune neutralité ne tient dans la durée.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage est une controverse sur l'origine du pouvoir de Jésus, et sa réponse affirme quelque chose du temps présent : ce qu'il accomplit manifeste que la souveraineté de Dieu s'établit déjà, et que la puissance du mal est en train d'être désarmée.

La tradition catholique y lit, au-delà, une annonce de la victoire pascale : l'homme fort dépouillé préfigure la défaite du mal et de la mort accomplie dans la croix et la résurrection, les exorcismes de Jésus en étant les premiers signes. Le baptême chrétien a toujours comporté une renonciation au mal qui prolonge ce combat. Quant à l'image finale de la maison vide, elle a nourri une lecture morale constante : qui est libéré du mal doit être habité, par la prière et la vie nouvelle, faute de quoi la place reste offerte. Le passage sert aussi à distinguer la foi chrétienne de toute recherche du prodige pour lui-même, puisque Jésus refuse de répondre à la demande de signe spectaculaire.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une controverse. Une accusation est portée, et la réponse se construit comme une argumentation serrée : raisonnement par l'absurde, argument tiré de la pratique des adversaires eux-mêmes, puis conclusion.

S'y ajoutent deux images parlantes, celle de l'homme fort et celle de l'esprit qui revient. Des comparaisons faites pour frapper l'imagination, non des descriptions du monde invisible : on en cherche la pointe, on n'en détaille pas chaque élément.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue ce livre à Luc, compagnon de Paul, écrivain de langue grecque cultivée, qui dit lui-même au début de son ouvrage avoir enquêté auprès de témoins et mis en ordre ce qui lui a été transmis.

Il écrit probablement entre 80 et 90, pour des communautés chrétiennes majoritairement issues du monde grec, peu familières des usages juifs : d'où la simplification de certains détails locaux. Les spécialistes discutent encore de l'identité de l'auteur et de la date. L'unité de style avec les Actes des Apôtres, second tome du même ouvrage, fait en revanche l'objet d'un large accord.

Lectures et références
  • Ex 31, 18 — Les tables de la Loi écrites « du doigt de Dieu » éclairent la portée de l'expression reprise par Jésus.
  • Lc 11, 29-32 — Suite immédiate du passage, où Jésus répond enfin à ceux qui réclamaient un signe venu du ciel.
  • Lc 10, 17-20 — Au retour des soixante-douze disciples envoyés en mission, Jésus parle déjà de la chute de Satan.
  • Catéchisme, § 550 — Le Catéchisme présente les exorcismes de Jésus comme signe que le Royaume de Dieu est venu et que Satan est vaincu.
  • Catéchisme, § 2851 — Explication, à propos du Notre Père, de ce que la tradition entend par le Mauvais.

À retenir

Accusé de chasser les démons par le chef des démons, Jésus retourne l'accusation et transforme le débat en annonce : si c'est Dieu qui agit par lui, alors son règne a déjà rejoint ceux qui l'écoutent.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

Notre-Seigneur venait de promettre que l’Esprit de bonté serait donné à ceux qui prient, et il donne des preuves de cette bonté dans le miracle suivant : « Un jour Jésus chassait un démon et ce démon était muet. »

Théophile

On appelle ordinairement muet (xωφóς) , celui qui ne parle pas, et aussi celui qui n’entend pas, mais la signification propre de ce mot, est qui n’entend et ne parle pas. Celui qui est sourd de naissance, est nécessairement muet, car nous ne parlons que parce que nous avons entendu parler. Au contraire, rien n’empêche que celui qui est venu sourd par accident, ne puisse parler. Or, celui qui fut présenté au Seigneur était tout à la fois sourd et muet.

Tite de Bostra

(sur S. Matth.) L’Évangéliste dit que ce démon était muet ou sourd, parce qu’il produit en nous cette infirmité pour nous empêcher d’entendre la parole de Dieu. En effet, les démons détruisent les bonnes dispositions du coeur de l’homme, pour fermer plus facilement les oreilles de son âme : Or, Jésus-Christ est venu sur la terre pour chasser le démon, et nous faire entendre la parole de vérité, et dans ce seul homme il nous a donné comme un avant goût du salut de tous les hommes.

Bède

D’après saint Matthieu, cet homme non seulement était muet, mais encore aveugle. Notre-Seigneur fait donc trois miracles dans la guérison de cet homme, il rend la vue à un aveugle, la parole à un muet, et il délivre un possédé du démon. Ce triple miracle se renouvelle encore tous les jours dans la conversion des infidèles ; ils sont d’abord délivrés du démon, puis ils voient la lumière de la foi, et enfin leur bouche qui était muette, s’ouvre pour publier les louanges de Dieu.

44 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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