Première lecture Nouveau Testament
Galates 3, 6-14
« Ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant »
6 comme il est écrit : « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »
7 Reconnaissez donc que ceux-là sont fils d’Abraham, qui sont de la foi.
8 Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations par la foi, annonça d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : « Toutes les nations seront bénies en toi. »
9 De sorte que ceux qui sont de la foi sont bénis avec le fidèle Abraham.
10 En effet tous ceux qui s’appuient sur les œuvres de la Loi sont sous la malédiction ; car il est écrit : « Maudit quiconque n’est pas constant à observer tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. »
11 Or que par la Loi nul ne soit justifié devant Dieu, cela est manifeste, puisque le « juste vivra par la foi. »
12 Or la Loi ne procède pas de la foi ; mais [elle dit] : « Celui qui accomplira ces commandements vivra en eux. »
13 Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en se faisant malédiction pour nous, — car il est écrit : « Maudit quiconque est pendu au bois », —
14 afin que la bénédiction promise à Abraham s’étendît aux nations dans le Christ Jésus, afin que nous pussions recevoir par la foi l’Esprit promis.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates est un écrit de crise. Les chapitres 1 et 2 ont rappelé son autorité d'apôtre ; au début du chapitre 3, Paul interpelle vivement ses lecteurs : c'est en accueillant la prédication dans la foi qu'ils ont reçu l'Esprit de Dieu, pas en observant la Loi de Moïse. Premier argument, tiré de leur propre expérience.
Le passage du jour enchaîne avec un second argument, scripturaire cette fois. Paul convoque la figure d'Abraham et six citations de l'Ancien Testament pour montrer que la promesse de bénédiction adressée aux nations passe par la foi. Suivront l'image du testament qu'on ne peut modifier (versets 15-18), puis l'explication du rôle provisoire de la Loi (versets 19-25).
En semaine, la première lecture de la messe suit son propre parcours continu à travers un livre, indépendamment de l'évangile : on avance ici dans la lettre aux Galates, chapitre après chapitre.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif pharisien devenu, après une révélation du Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé les communautés de Galatie, en Asie Mineure (Turquie actuelle), et leur écrit depuis l'extérieur.
Il argumente, en s'appuyant sur les Écritures juives que ses adversaires invoquent, pour établir que les non-Juifs n'ont pas à devenir observants de la Loi de Moïse pour appartenir au peuple de la promesse.
- Les « frères » (les Galates)
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Des chrétiens majoritairement issus du paganisme, convertis par la prédication de Paul. Après son départ, d'autres missionnaires chrétiens venus du judaïsme leur ont enseigné qu'il fallait aussi se faire circoncire et observer la Loi.
Ils sont les destinataires directs de la démonstration : Paul les somme de tirer eux-mêmes la conclusion du texte de la Genèse qu'il vient de citer.
- Abraham
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Le patriarche des origines, dans le livre de la Genèse : appelé par Dieu à quitter son pays, il reçoit la promesse d'une descendance et d'une bénédiction qui touchera toutes les familles de la terre. Juifs, chrétiens et musulmans le reconnaissent comme père dans la foi.
Il est la pièce maîtresse du raisonnement : Paul souligne qu'il a été déclaré juste par Dieu avant toute loi et toute circoncision, uniquement parce qu'il a fait confiance à la promesse.
- Le Christ
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Jésus de Nazareth, crucifié et ressuscité, que Paul annonce comme le Messie et le Fils de Dieu.
Il est présenté comme celui qui a pris sur lui, par sa mort sur la croix, la malédiction attachée à la transgression de la Loi, afin que la bénédiction promise à Abraham atteigne les non-Juifs.
Mots à connaître
- La Loi
Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse au Sinaï et consignées dans les cinq premiers livres de la Bible : règles de pureté, alimentation, circoncision, sabbat, commandements moraux. Pour un Juif du premier siècle, l'observer est la manière normale de répondre à l'alliance de Dieu. Paul ne la dénigre pas. Ce qu'il conteste, c'est qu'elle soit le moyen d'être rendu juste devant Dieu.
- Les nations
L'expression traduit un mot qui désigne, dans le vocabulaire biblique, tous les peuples autres que le peuple juif : les non-Juifs, souvent rendus par « les païens ». À quelles conditions entrent-ils dans le peuple de Dieu ? Tout l'enjeu de la lettre tient là.
- Le bois du supplice
La citation vient d'une loi du Deutéronome concernant le cadavre d'un condamné exposé sur un poteau après exécution : il est dit maudit et ne doit pas rester là la nuit. Paul applique ce texte à la croix de Jésus, mode d'exécution romain infamant, pour dire que le Christ a assumé la condition du maudit.
- Être rendu juste
Le vocabulaire est juridique : être reconnu en règle, acquitté, au tribunal de Dieu. Pour Paul, cette reconnaissance est un don accueilli dans la confiance, non un verdict obtenu par un bilan d'actes accomplis.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « ceux qui se réclament de la foi »
Le grec emploie une tournure très ramassée, mot à mot « ceux qui sont issus de la foi » : elle désigne les gens dont l'appartenance au peuple de Dieu repose sur la foi. D'autres traductions disent « les hommes de foi » ou « ceux qui vivent de la foi ».
- « les nations »
C'est une traduction littérale d'un mot grec qui désigne les peuples non juifs ; beaucoup de bibles le rendent par « les païens », au sens de non-Juifs et non de mécréants.
Ailleurs dans l’Écriture
- Gn 15, 6 Ancien Testament
C'est le verset-clé que Paul cite en ouverture : Abraham fait confiance à la promesse d'une descendance alors que tout semble la démentir, et Dieu le tient pour juste. Dans le récit de la Genèse, cette parole précède à la fois l'alliance de la circoncision et le don de la Loi au Sinaï. Cette antériorité chronologique établit la priorité de la foi.
- Gn 12, 3 Ancien Testament
La promesse faite à Abraham au moment de son départ comporte une bénédiction qui déborde sa seule descendance et touche toutes les familles de la terre. Paul y voit l'annonce anticipée de l'évangélisation des non-Juifs, ce qui lui permet de dire que l'Écriture elle-même avait prévu cette ouverture.
- Ha 2, 4 Ancien Testament
Cette brève sentence du prophète Habacuc lie le fait de vivre et celui d'être juste par la foi ; c'est le ressort de l'argumentation. Paul la cite aussi au début de la lettre aux Romains (Rm 1, 17), signe qu'elle structure durablement sa pensée.
- Rm 4, 1-25
Paul y reprend longuement la même démonstration à partir d'Abraham, mais sur un ton posé et argumenté, sans la polémique vive des Galates. Un même raisonnement change donc de couleur selon l'urgence de la situation : ici une communauté en train de basculer, là un exposé adressé à une Église que Paul ne connaît pas encore.
Clés de lecture
- Deux mots qui s'opposent : bénédiction et malédiction
Tout le passage est tendu entre ces deux termes empruntés à l'Ancien Testament. Du côté d'Abraham, une bénédiction promise aux nations ; du côté de la Loi prise comme moyen d'être justifié, une malédiction qui pèse sur quiconque ne l'observe pas intégralement. Le point de bascule est la croix, où le Christ passe du côté de la malédiction pour que la bénédiction change de camp.
- Une chaîne de citations
Paul ne raisonne pas à partir d'idées générales mais à partir de six textes scripturaires enchaînés, pris dans la Genèse, le Deutéronome, le Lévitique et Habacuc. Ses adversaires invoquaient l'Écriture pour exiger l'observance de la Loi : il retourne contre eux leurs propres armes.
- L'argument de l'antériorité
La force de la démonstration tient à la chronologie : Abraham est déclaré juste bien avant que la Loi soit donnée à Moïse. La foi n'est donc pas une nouveauté chrétienne qui congédierait l'Ancien Testament, mais le régime le plus ancien de la relation à Dieu.
- L'horizon final : l'Esprit
Le passage ne s'achève pas sur une question de règles mais sur le don de l'Esprit Saint, objet de la promesse. Retour à l'argument ouvert au début du chapitre : les Galates ont fait l'expérience de ce don sans passer par la Loi, c'est leur propre histoire qui plaide.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle une question pratique et brûlante pour les premières communautés : faut-il devenir juif pour devenir chrétien ? Sa réponse est non. Il la fonde sur l'Écriture d'Israël elle-même, dont il montre qu'elle annonçait déjà l'entrée des autres peuples dans la bénédiction d'Abraham.
La tradition catholique y lit l'un des textes fondateurs de sa compréhension du salut : l'homme est rendu juste par pure grâce, accueillie dans la foi, et non par ses propres performances. La croix y est interprétée comme un échange, le Christ assumant librement la condition du condamné pour en libérer ceux qui y étaient soumis. Cette lecture n'annule pas la valeur de la Loi ancienne, que Paul lui-même reconnaît comme sainte et pédagogique ; elle lui ôte seulement le rôle de voie d'accès au salut. Le passage appuie enfin la conviction que l'Église est, dès l'origine, destinée à tous les peuples.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ni récit ni exhortation : une argumentation serrée insérée dans une lettre. Paul y procède comme un lettré juif de son temps, alignant des citations de l'Écriture, les mettant en tension les unes avec les autres pour en tirer une conclusion.
D'où une conséquence de lecture : le passage ne se laisse pas saisir verset par verset isolément, il faut en suivre l'enchaînement. Le ton est aussi celui d'un homme en colère qui défend l'essentiel de son message. Il force le trait, et ne cherche pas l'équilibre d'un traité.
Qui écrit, et pour qui
La lettre est de Paul lui-même, et son authenticité n'est pas discutée. Elle s'adresse à des communautés de Galatie, région d'Asie Mineure, dont on débat de la localisation exacte : le nord celte de la région, ou les villes du sud évangélisées lors du premier voyage missionnaire.
La date dépend de cette question et varie, selon les chercheurs, entre le début et le milieu des années 50. La situation, elle, est claire. Des prédicateurs chrétiens venus du judaïsme veulent imposer aux convertis païens la circoncision et l'observance de la Loi de Moïse, et Paul écrit pour l'empêcher.
Lectures et références
- Dt 21, 23 — La loi sur le supplicié pendu au bois, que Paul applique à la croix du Christ.
- Lv 18, 5 — Le principe de vie attaché à la pratique des commandements, que Paul oppose à la parole d'Habacuc.
- Ac 15, 1-29 — L'assemblée de Jérusalem tranche la même question, celle des obligations imposées aux convertis venus du paganisme.
- Catéchisme, § 1992 — Sur la justification accordée gratuitement par la grâce et reçue dans la foi.
- Catéchisme, § 603 — Sur le Christ assumant la condition des pécheurs et le sens de la malédiction qu'il prend sur lui.
À retenir
Paul démontre, à partir de l'Écriture juive elle-même, qu'Abraham a été reconnu juste par sa seule confiance en Dieu, bien avant la Loi : la bénédiction promise atteint donc tous les peuples par la foi, et la croix du Christ en a levé l'obstacle.
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