Première lecture Nouveau Testament
Galates 3, 1-5
« L’Esprit Saint, l’avez-vous reçu pour avoir pratiqué la Loi, ou pour avoir écouté le message de la foi ? »
1 Ô Galates insensés ! qui vous a fascinés, vous aux yeux de qui a été tracée l’image de Jésus-Christ crucifié.
2 Voici seulement ce que je voudrais savoir de vous : Est-ce par les œuvres de la Loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la soumission de la foi ?
3 Avez-vous si peu de sens, qu’après avoir commencé par l’esprit, vous finissiez par la chair ?
4 Avez-vous fait une telle expérience en vain ? si toutefois c’est en vain.
5 Celui qui vous confère l’Esprit et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il donc par les œuvres de la Loi, ou par la soumission de la foi ?
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates est un texte de crise. Dans les deux premiers chapitres, Paul a raconté son propre parcours (sa vocation, ses rencontres avec les responsables de Jérusalem, son affrontement avec Pierre à Antioche) pour établir que l'Évangile qu'il annonce ne vient d'aucune autorité humaine. Cette partie s'achève sur une affirmation centrale : personne n'est rendu juste devant Dieu en observant la Loi de Moïse, mais par la foi au Christ (2, 15-21).
La démonstration commence ici. Avant de puiser dans l'Écriture, Paul en appelle à ce que les Galates ont vécu eux-mêmes au moment de leur conversion. Une suite de questions serrées, sans réponse formulée. Pour l'auteur, elle va de soi.
Juste après viendra l'exemple d'Abraham, tenu pour juste à cause de sa foi bien avant que la Loi n'existe. En semaine, la première lecture suit son propre parcours continu à travers un livre, indépendamment de l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé lui-même les communautés auxquelles il écrit.
Il interpelle ses destinataires avec une vivacité inhabituelle, sans les ménagements d'usage, parce qu'il estime que l'essentiel de l'Évangile est en jeu.
- les Galates
-
Des habitants d'Asie Mineure (actuelle Turquie), venus du paganisme, devenus chrétiens par la prédication de Paul. La localisation exacte de ces communautés est discutée.
Destinataires du reproche : ils se laissent convaincre que la foi au Christ ne suffirait pas et qu'il faudrait y ajouter l'observance de la Loi juive.
- ceux qui les ont troublés
-
Des prédicateurs chrétiens venus après Paul, favorables à l'adoption des pratiques juives — circoncision notamment — par les convertis venus du paganisme. Paul ne les nomme jamais.
Ils ne sont pas nommés ici. La question initiale sur l'envoûtement les désigne pourtant comme responsables du revirement.
- l'Esprit Saint
-
Dans le vocabulaire de Paul, la présence agissante de Dieu donnée aux croyants, manifestée par des transformations de vie et des phénomènes extraordinaires.
Il est ici la pièce à conviction : les Galates l'ont reçu, et Paul leur demande de se rappeler à quelle occasion.
Mots à connaître
- pratiquer la Loi
La Loi désigne la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse : circoncision, règles alimentaires, calendrier des fêtes, observance du sabbat. Aux Galates, on ne pose pas la question de la morale en général. On leur demande si des croyants venus du paganisme doivent adopter ces observances pour être pleinement membres du peuple de Dieu.
- ensorcelés
Le verbe grec employé évoque le mauvais œil, ce regard malveillant dont on craignait couramment, dans l'Antiquité méditerranéenne, qu'il ne porte malheur. Paul ne croit évidemment pas à une magie. L'image dit simplement que le revirement des Galates lui paraît inexplicable.
- la chair
Chez Paul, ce mot ne désigne pas le corps au sens péjoratif, mais l'homme livré à ses seules forces, sans l'action de Dieu. L'opposition Esprit / chair recouvre ici celle entre ce que Dieu donne gratuitement et ce que l'on prétendrait obtenir par sa propre performance religieuse.
- des miracles parmi vous
Paul suppose que des faits extraordinaires accompagnent encore la vie de ces communautés, et il s'appuie dessus comme sur un fait admis de part et d'autre. Les Actes des Apôtres rapportent de tels signes lors de l'évangélisation de cette région.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- finir par la chair
Rendu littéralement du grec, le mot sarx désigne ici non le corps mais l'homme réduit à ses propres ressources ; certaines traductions modernes disent « par vos seules forces ».
- Galates stupides
L'adjectif grec signifie plutôt « qui ne réfléchissent pas » ; d'autres traductions portent « insensés » ou « sans intelligence ». Il s'agit d'un procédé d'éloquence, non d'une insulte sur leurs capacités.
Ailleurs dans l’Écriture
- Ga 2, 16
Quelques versets plus haut, Paul a énoncé en termes doctrinaux ce qu'il reprend ici sous forme de questions. Le passage du jour ne démontre rien de nouveau : il fait appel au souvenir et à l'expérience, là où le chapitre 2 argumentait.
- Gn 15, 6 Ancien Testament
Paul cite ce verset immédiatement après notre passage : Abraham crut à la promesse de Dieu, et cette foi lui fut comptée comme justice. L'argument devient alors scripturaire, car dans l'histoire biblique elle-même, la foi précède la Loi de plusieurs siècles.
- Rm 3, 21-28
Dans la lettre aux Romains, écrite plus tard et plus posément, Paul reprend la même thèse sans polémique et l'expose de façon ordonnée. La comparaison fait mesurer combien le ton des Galates tient à l'urgence d'une situation précise.
- Ac 10, 44-46
Les Actes des Apôtres racontent que l'Esprit Saint est descendu sur des païens pendant que Pierre leur parlait, avant toute observance juive. Le récit de Luc illustre exactement le type d'événement auquel Paul renvoie ses lecteurs.
Clés de lecture
- Un argument tiré de l'expérience
Paul ne cite pas l'Écriture d'emblée : il renvoie les Galates à leur propre histoire, puisqu'ils ont reçu l'Esprit avant toute observance de la Loi, par la seule écoute de la prédication. L'argument scripturaire viendra ensuite, avec Abraham.
- La même question posée deux fois
Le passage s'ouvre et se referme sur une alternative identique, formulée presque dans les mêmes termes aux versets 2 et 5. La reprise encadre l'ensemble : tout le raisonnement tient dans ce seul choix.
- Commencer et finir
Au verset 3, Paul oppose le point de départ et le point d'arrivée d'un même itinéraire : ce qui a commencé par un don de Dieu ne peut s'achever dans l'effort humain. L'absurdité qu'il souligne est celle d'un mouvement qui reviendrait en arrière.
- Le crucifié mis sous les yeux
Le premier verset emploie une image empruntée à l'affichage public : la prédication de Paul a placé devant eux le Christ en croix comme sur un tableau. Et ce tableau, selon lui, les Galates ont cessé de le regarder.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul tranche une question d'organisation ecclésiale brûlante dans les années 50 : faut-il devenir juif pour être pleinement chrétien ? Il répond non. Et il appuie ce non sur un fait constatable, le don de l'Esprit reçu par des païens qui n'observaient pas la Loi.
La tradition catholique y lit l'un des fondements de sa doctrine de la grâce : le salut est un don gratuit de Dieu, reçu dans la foi, et non un salaire mérité en accomplissant des prescriptions. Répondant aux controverses du XVIe siècle, le concile de Trente a précisé que cette gratuité première n'annule pas la nécessité d'une vie transformée : la foi qui justifie agit par la charité, comme Paul le dira lui-même plus loin dans cette lettre.
L'opposition ne sépare donc pas la foi de l'agir moral. Elle sépare deux manières de se tenir devant Dieu : en créditeur ou en bénéficiaire.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce n'est pas un traité, mais une lettre réelle, adressée à des communautés précises prises dans une crise précise. Le procédé vient de l'éloquence ancienne : une apostrophe véhémente, puis une rafale de questions dont la réponse est supposée connue.
Qui lirait ces versets comme un raisonnement froid les manquerait. Paul cherche moins à démontrer qu'à provoquer un sursaut de mémoire. Au début de cette lettre, l'action de grâce habituelle chez lui manque, et cette absence dit la gravité du moment.
Qui écrit, et pour qui
Personne ne discute l'authenticité paulinienne de cette lettre : Paul en est l'auteur, et le ton personnel du texte le confirme. Elle s'adresse aux communautés de « Galatie », mais les spécialistes hésitent entre deux hypothèses. Soit des populations d'origine celte installées au centre de l'Anatolie, soit les villes du sud de la province romaine du même nom, évangélisées lors du premier voyage missionnaire.
La datation dépend de cette incertitude : vers 48-50, ou plutôt vers 54-57. La situation, elle, est claire. Des prédicateurs sont passés après Paul et ont convaincu une partie des convertis d'adopter les observances juives.
Lectures et références
- Catéchisme, § 1996 — Le Catéchisme définit la grâce comme faveur et secours gratuit, ce qui est précisément l'enjeu des questions de Paul.
- Catéchisme, § 1992 — Sur la justification reçue par la foi et non obtenue par les seules forces humaines.
- Ga 5, 6 — Paul y précise que ce qui compte est la foi agissant par la charité, ce qui empêche de lire le passage du jour comme un congé donné à l'agir moral.
- Ga 4, 13-15 — Paul y rappelle les circonstances de sa première prédication en Galatie, l'événement auquel il renvoie ici ses lecteurs.
- Ac 15, 1-29 — L'assemblée de Jérusalem traite la même question : ne pas imposer aux convertis venus du paganisme l'ensemble des observances juives.
À retenir
Pour convaincre les Galates que la foi au Christ suffit, Paul ne leur oppose pas d'abord un raisonnement mais un souvenir : ils ont reçu l'Esprit en écoutant l'Évangile, avant toute observance de la Loi.
Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.
Échanges
Aucun échange sur ce passage pour l’instant.
Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.
C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.
Créer un compteLire le site, lui, ne demande rien.