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de la férie

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 3, 1-5

« L’Esprit Saint, l’avez-vous reçu pour avoir pratiqué la Loi, ou pour avoir écouté le message de la foi ? »

1 Ô Galates insensés ! qui vous a fascinés, vous aux yeux de qui a été tracée l’image de Jésus-Christ crucifié.

2 Voici seulement ce que je voudrais savoir de vous : Est-ce par les œuvres de la Loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la soumission de la foi ?

3 Avez-vous si peu de sens, qu’après avoir commencé par l’esprit, vous finissiez par la chair ?

4 Avez-vous fait une telle expérience en vain ? si toutefois c’est en vain.

5 Celui qui vous confère l’Esprit et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il donc par les œuvres de la Loi, ou par la soumission de la foi ?

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates est un texte de crise. Dans les deux premiers chapitres, Paul a raconté son propre parcours (sa vocation, ses rencontres avec les responsables de Jérusalem, son affrontement avec Pierre à Antioche) pour établir que l'Évangile qu'il annonce ne vient d'aucune autorité humaine. Cette partie s'achève sur une affirmation centrale : personne n'est rendu juste devant Dieu en observant la Loi de Moïse, mais par la foi au Christ (2, 15-21).

La démonstration commence ici. Avant de puiser dans l'Écriture, Paul en appelle à ce que les Galates ont vécu eux-mêmes au moment de leur conversion. Une suite de questions serrées, sans réponse formulée. Pour l'auteur, elle va de soi.

Juste après viendra l'exemple d'Abraham, tenu pour juste à cause de sa foi bien avant que la Loi n'existe. En semaine, la première lecture suit son propre parcours continu à travers un livre, indépendamment de l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il a fondé lui-même les communautés auxquelles il écrit.

Il interpelle ses destinataires avec une vivacité inhabituelle, sans les ménagements d'usage, parce qu'il estime que l'essentiel de l'Évangile est en jeu.

les Galates

Des habitants d'Asie Mineure (actuelle Turquie), venus du paganisme, devenus chrétiens par la prédication de Paul. La localisation exacte de ces communautés est discutée.

Destinataires du reproche : ils se laissent convaincre que la foi au Christ ne suffirait pas et qu'il faudrait y ajouter l'observance de la Loi juive.

ceux qui les ont troublés

Des prédicateurs chrétiens venus après Paul, favorables à l'adoption des pratiques juives — circoncision notamment — par les convertis venus du paganisme. Paul ne les nomme jamais.

Ils ne sont pas nommés ici. La question initiale sur l'envoûtement les désigne pourtant comme responsables du revirement.

l'Esprit Saint

Dans le vocabulaire de Paul, la présence agissante de Dieu donnée aux croyants, manifestée par des transformations de vie et des phénomènes extraordinaires.

Il est ici la pièce à conviction : les Galates l'ont reçu, et Paul leur demande de se rappeler à quelle occasion.

Mots à connaître
pratiquer la Loi

La Loi désigne la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Moïse : circoncision, règles alimentaires, calendrier des fêtes, observance du sabbat. Aux Galates, on ne pose pas la question de la morale en général. On leur demande si des croyants venus du paganisme doivent adopter ces observances pour être pleinement membres du peuple de Dieu.

ensorcelés

Le verbe grec employé évoque le mauvais œil, ce regard malveillant dont on craignait couramment, dans l'Antiquité méditerranéenne, qu'il ne porte malheur. Paul ne croit évidemment pas à une magie. L'image dit simplement que le revirement des Galates lui paraît inexplicable.

la chair

Chez Paul, ce mot ne désigne pas le corps au sens péjoratif, mais l'homme livré à ses seules forces, sans l'action de Dieu. L'opposition Esprit / chair recouvre ici celle entre ce que Dieu donne gratuitement et ce que l'on prétendrait obtenir par sa propre performance religieuse.

des miracles parmi vous

Paul suppose que des faits extraordinaires accompagnent encore la vie de ces communautés, et il s'appuie dessus comme sur un fait admis de part et d'autre. Les Actes des Apôtres rapportent de tels signes lors de l'évangélisation de cette région.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

finir par la chair

Rendu littéralement du grec, le mot sarx désigne ici non le corps mais l'homme réduit à ses propres ressources ; certaines traductions modernes disent « par vos seules forces ».

Galates stupides

L'adjectif grec signifie plutôt « qui ne réfléchissent pas » ; d'autres traductions portent « insensés » ou « sans intelligence ». Il s'agit d'un procédé d'éloquence, non d'une insulte sur leurs capacités.

Ailleurs dans l’Écriture
Ga 2, 16

Quelques versets plus haut, Paul a énoncé en termes doctrinaux ce qu'il reprend ici sous forme de questions. Le passage du jour ne démontre rien de nouveau : il fait appel au souvenir et à l'expérience, là où le chapitre 2 argumentait.

Gn 15, 6 Ancien Testament

Paul cite ce verset immédiatement après notre passage : Abraham crut à la promesse de Dieu, et cette foi lui fut comptée comme justice. L'argument devient alors scripturaire, car dans l'histoire biblique elle-même, la foi précède la Loi de plusieurs siècles.

Rm 3, 21-28

Dans la lettre aux Romains, écrite plus tard et plus posément, Paul reprend la même thèse sans polémique et l'expose de façon ordonnée. La comparaison fait mesurer combien le ton des Galates tient à l'urgence d'une situation précise.

Ac 10, 44-46

Les Actes des Apôtres racontent que l'Esprit Saint est descendu sur des païens pendant que Pierre leur parlait, avant toute observance juive. Le récit de Luc illustre exactement le type d'événement auquel Paul renvoie ses lecteurs.

Clés de lecture
Un argument tiré de l'expérience

Paul ne cite pas l'Écriture d'emblée : il renvoie les Galates à leur propre histoire, puisqu'ils ont reçu l'Esprit avant toute observance de la Loi, par la seule écoute de la prédication. L'argument scripturaire viendra ensuite, avec Abraham.

La même question posée deux fois

Le passage s'ouvre et se referme sur une alternative identique, formulée presque dans les mêmes termes aux versets 2 et 5. La reprise encadre l'ensemble : tout le raisonnement tient dans ce seul choix.

Commencer et finir

Au verset 3, Paul oppose le point de départ et le point d'arrivée d'un même itinéraire : ce qui a commencé par un don de Dieu ne peut s'achever dans l'effort humain. L'absurdité qu'il souligne est celle d'un mouvement qui reviendrait en arrière.

Le crucifié mis sous les yeux

Le premier verset emploie une image empruntée à l'affichage public : la prédication de Paul a placé devant eux le Christ en croix comme sur un tableau. Et ce tableau, selon lui, les Galates ont cessé de le regarder.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul tranche une question d'organisation ecclésiale brûlante dans les années 50 : faut-il devenir juif pour être pleinement chrétien ? Il répond non. Et il appuie ce non sur un fait constatable, le don de l'Esprit reçu par des païens qui n'observaient pas la Loi.

La tradition catholique y lit l'un des fondements de sa doctrine de la grâce : le salut est un don gratuit de Dieu, reçu dans la foi, et non un salaire mérité en accomplissant des prescriptions. Répondant aux controverses du XVIe siècle, le concile de Trente a précisé que cette gratuité première n'annule pas la nécessité d'une vie transformée : la foi qui justifie agit par la charité, comme Paul le dira lui-même plus loin dans cette lettre.

L'opposition ne sépare donc pas la foi de l'agir moral. Elle sépare deux manières de se tenir devant Dieu : en créditeur ou en bénéficiaire.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est pas un traité, mais une lettre réelle, adressée à des communautés précises prises dans une crise précise. Le procédé vient de l'éloquence ancienne : une apostrophe véhémente, puis une rafale de questions dont la réponse est supposée connue.

Qui lirait ces versets comme un raisonnement froid les manquerait. Paul cherche moins à démontrer qu'à provoquer un sursaut de mémoire. Au début de cette lettre, l'action de grâce habituelle chez lui manque, et cette absence dit la gravité du moment.

Qui écrit, et pour qui

Personne ne discute l'authenticité paulinienne de cette lettre : Paul en est l'auteur, et le ton personnel du texte le confirme. Elle s'adresse aux communautés de « Galatie », mais les spécialistes hésitent entre deux hypothèses. Soit des populations d'origine celte installées au centre de l'Anatolie, soit les villes du sud de la province romaine du même nom, évangélisées lors du premier voyage missionnaire.

La datation dépend de cette incertitude : vers 48-50, ou plutôt vers 54-57. La situation, elle, est claire. Des prédicateurs sont passés après Paul et ont convaincu une partie des convertis d'adopter les observances juives.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1996 — Le Catéchisme définit la grâce comme faveur et secours gratuit, ce qui est précisément l'enjeu des questions de Paul.
  • Catéchisme, § 1992 — Sur la justification reçue par la foi et non obtenue par les seules forces humaines.
  • Ga 5, 6 — Paul y précise que ce qui compte est la foi agissant par la charité, ce qui empêche de lire le passage du jour comme un congé donné à l'agir moral.
  • Ga 4, 13-15 — Paul y rappelle les circonstances de sa première prédication en Galatie, l'événement auquel il renvoie ici ses lecteurs.
  • Ac 15, 1-29 — L'assemblée de Jérusalem traite la même question : ne pas imposer aux convertis venus du paganisme l'ensemble des observances juives.

À retenir

Pour convaincre les Galates que la foi au Christ suffit, Paul ne leur oppose pas d'abord un raisonnement mais un souvenir : ils ont reçu l'Esprit en écoutant l'Évangile, avant toute observance de la Loi.

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Échanges

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Cantique

Luc 1, 69-70 . 1, 71-72 . 1, 73-75

69 Et qu’il a suscité une Force pour nous sauver, Dans la maison de David, son serviteur,

70 (Ainsi qu’il l’a promis par la bouche de ses saints, De ses prophètes, dès les temps anciens).

71 Pour nous sauver de nos ennemis Et du pouvoir de tous ceux qui nous haïssent.

72 Afin d’exercer sa miséricorde envers nos pères. Et de se souvenir de son pacte saint ;

73 Selon le serment qu’il fit à Abraham, notre père, De nous accorder que,

74 sans crainte, Affranchis du pouvoir de nos ennemis, Nous le servions,

75 avec une sainteté et une justice Dignes de ses regards, tous les jours de notre vie.

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Évangile

Luc 11, 5-13

« Demandez, on vous donnera »

5 Il leur dit encore : « Si quelqu’un de vous, ayant un ami, va le trouver au milieu de la nuit, disant : Mon ami, prête-moi trois pains,

6 car un de mes ami qui voyage est arrivé chez moi, et je n’ai rien à lui offrir ;

7 et que de l’intérieur de la maison, l’autre réponde : Ne m’importune pas ; la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne puis me lever pour te rien donner :

8 je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui donner, parce qu’il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité, et lui donnera autant de pains qu’il en a besoin.

9 Et moi je vous dis : Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira.

10 Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve, et l’on ouvrira à celui qui frappe.

11 Quel est parmi vous le père qui, si son fils lui demande du pain, lui donne une pierre ? ou, si c’est un poisson, lui donnera-t-il, au lieu de poisson, un serpent ?

12 ou, s’il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ?

13 Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ? »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est dans la longue section où Luc fait marcher Jésus vers Jérusalem (à partir du chapitre 9), montée qui s'achèvera par sa Passion. Juste avant notre passage, un disciple a demandé à Jésus de leur apprendre à prier. Jésus a livré la prière que les chrétiens appellent le Notre Père, sous la forme brève que donne Luc.

Ce qui suit immédiatement n'est plus un enseignement sur la prière : Jésus chasse un démon, puis doit répondre à l'accusation d'agir par la puissance de Béelzéboul. Le passage d'aujourd'hui prolonge et commente le Notre Père. Après avoir dit quoi demander, Jésus dit comment et pourquoi demander.

La liturgie de semaine suit l'évangile de Luc en continu. Ce découpage isole simplement le bloc d'enseignement sur la prière confiante, qui prolonge la prière enseignée la veille.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que les évangiles présentent comme le Fils envoyé par Dieu ; il est ici en route vers Jérusalem avec son groupe.

Il enseigne par une petite histoire inventée, puis par une série de formules qui s'achève sur un raisonnement comparant la bonté de Dieu à celle des pères humains.

Les disciples

Ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; le groupe est plus large que les douze apôtres et comprend des hommes et des femmes.

Ils sont les auditeurs directs. C'est l'un d'eux qui vient de demander à Jésus d'apprendre à prier, et cet enseignement répond encore à cette demande.

L'homme qui réveille son ami

Personnage fictif de la petite histoire racontée par Jésus, pas une personne réelle.

Il incarne la demande insistante, poussée jusqu'à l'indiscrétion ; il obtient non par sa politesse mais par son obstination.

Le père de famille

Figure prise dans l'expérience ordinaire des auditeurs, père humain quelconque.

Il sert de point de comparaison : si un père humain, imparfait, ne trompe pas son enfant, à plus forte raison Dieu ne trompe pas celui qui le prie.

Mots à connaître
Les trois pains demandés la nuit

On cuisait le pain chaque jour, en quantité juste nécessaire, sans réserve. Recevoir un visiteur sans rien à lui offrir était, dans cette culture, un manquement grave au devoir d'hospitalité, qui engageait l'honneur de tout le village.

La porte fermée et les enfants couchés

La maison villageoise typique comptait une pièce unique où toute la famille dormait ensemble sur une natte surélevée. Une barre lourde bloquait la porte, et on ne la retirait pas sans réveiller tout le monde. Le refus du voisin n'est donc pas de la mauvaise volonté, mais une vraie difficulté.

Le serpent et le scorpion

Les deux comparaisons jouent sur des ressemblances de forme : certains poissons ressemblent à un serpent, et un scorpion replié sur lui-même évoque un œuf pâle. L'image est celle d'un père qui tromperait son enfant en lui donnant quelque chose de dangereux sous une apparence familière.

L'Esprit Saint

Dans la Bible, le mot désigne le souffle de Dieu agissant dans l'histoire et dans les personnes ; la foi chrétienne y reconnaît Dieu lui-même, troisième personne de la Trinité. Luc en fait le don par excellence. C'est lui qui, dans les Actes des Apôtres, sera répandu sur les premiers chrétiens.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« le sans-gêne de cet ami »

Le mot grec, anaideia, signifie littéralement l'absence de honte, l'effronterie. Les traductions hésitent entre « importunité », « insistance » et « sans-gêne », et les spécialistes discutent encore si le terme désigne l'audace du demandeur ou le souci du dormeur de ne pas perdre la face devant le village.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 7, 7-11 même épisode, autre évangile

Matthieu a les mêmes formules (demander, chercher, frapper) et la même comparaison avec le père. Mais il les place dans le Sermon sur la montagne, sans la petite histoire de l'ami réveillé la nuit, qui n'apparaît que chez Luc. La conclusion, surtout, diffère : chez Matthieu, le Père donne « de bonnes choses », chez Luc il donne l'Esprit Saint. Luc oriente ainsi tout l'enseignement vers le don que Dieu fait de lui-même, ce qui prépare la suite de son œuvre, le livre des Actes des Apôtres.

Lc 18, 1-8

Plus loin, Luc raconte une autre histoire bâtie de la même façon : une veuve obtient d'un juge sans scrupule par sa seule ténacité. Le raisonnement est identique. Si un homme peu recommandable finit par céder, combien plus Dieu, qui est bon. Ces deux récits montrent que Luc revient régulièrement sur la prière persévérante.

Lc 11, 1-4

Les versets qui précèdent immédiatement donnent la prière du Notre Père chez Luc, plus courte que chez Matthieu. Notre passage en est le prolongement direct : il ne s'agit plus du contenu de la prière mais de l'attitude de celui qui prie.

Clés de lecture
Un raisonnement par contraste, non par ressemblance

Le voisin dérangé n'est pas une image de Dieu. Il est tout le contraire. L'histoire fonctionne comme un argument : si même un homme agacé finit par ouvrir, alors Dieu, qui n'est ni endormi ni ennuyé, est infiniment plus accessible. Lire le voisin comme un portrait de Dieu inverse le sens du texte.

Trois verbes qui montent en intensité

Demander, chercher, frapper : la série décrit une insistance qui s'accentue, et chaque verbe reçoit sa réponse. Les trois promesses sont aussitôt reprises, sous une forme légèrement différente, pour graver la formule dans la mémoire des auditeurs.

La réponse n'est pas toujours l'objet demandé

La fin du passage déplace l'objet de la prière : ce que le Père donne à coup sûr, selon Luc, c'est l'Esprit Saint. La comparaison du serpent et du scorpion a préparé ce déplacement. Un bon père ne donne pas tout ce qu'on lui réclame, il donne ce qui est bon.

Une parole dite à des pécheurs

Jésus qualifie ses auditeurs de mauvais sans adoucir le mot, tout en reconnaissant qu'ils savent faire du bien à leurs enfants. L'argument y gagne : la bonté humaine, même mêlée, suffit à prouver par contraste celle de Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus enseigne à ses disciples la confiance dans la prière, en s'appuyant sur une évidence de la vie ordinaire : la bonté d'un père humain. Le passage complète le Notre Père qui le précède et en fonde la pratique quotidienne.

La tradition catholique y lit, au-delà de la lettre, l'une des sources de sa doctrine de la prière de demande : persévérer ne sert pas à fléchir un Dieu réticent, mais à creuser dans celui qui prie le désir de recevoir. La conclusion sur l'Esprit Saint fait de ce texte une annonce de la Pentecôte et du don de Dieu lui-même à l'Église. Le Catéchisme range cette parabole parmi les grands enseignements de Jésus sur la prière, avec celle de la veuve et du juge. C'est aussi pourquoi la tradition n'y voit pas la promesse d'obtenir n'importe quoi : la prière chrétienne est jugée exaucée quand elle reçoit l'Esprit, qui ajuste la demande à ce qui est réellement bon.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage combine deux formes. D'abord une parabole, courte histoire fictive prise dans la vie quotidienne, qui ne décrit pas Dieu point par point mais fonctionne par contraste : si cela se passe ainsi entre voisins, à plus forte raison avec Dieu.

Viennent ensuite des sentences brèves, faites pour être retenues par cœur, et un raisonnement qui va du moins au plus, procédé courant chez les maîtres juifs de l'époque. Ces phrases ne sont pas une promesse mécanique. Elles démontrent que Dieu est fiable.

Qui écrit, et pour qui

La tradition chrétienne ancienne attribue le troisième évangile à Luc, compagnon de l'apôtre Paul. On lui attribue aussi les Actes des Apôtres, suite du même ouvrage. L'auteur se présente lui-même comme un enquêteur qui a recueilli les témoignages pour un destinataire nommé Théophile.

On situe généralement la rédaction dans les années 80, pour des communautés de culture grecque, largement issues du paganisme et non du judaïsme ; la date précise et le lieu restent discutés. D'où l'attention de Luc aux figures humbles, à la miséricorde, et à la prière, thème sur lequel il revient plus souvent que les autres évangélistes.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2613 — Le Catéchisme commente précisément cette parabole de l'ami importun comme un enseignement majeur de Jésus sur la prière.
  • Jc 4, 3 — La lettre de Jacques explique pourquoi certaines demandes ne sont pas exaucées : on demande mal, pour satisfaire ses passions.
  • Rm 8, 26 — Paul affirme que l'Esprit vient au secours de ceux qui ne savent pas ce qu'il faut demander, ce qui éclaire la conclusion de Luc.
  • Ac 2, 1-4 — Dans la suite de son œuvre, Luc raconte le don de l'Esprit Saint promis ici.

À retenir

Jésus ne promet pas que toute demande sera satisfaite telle quelle. Il promet que Dieu, à l'inverse du voisin dérangé, finit toujours par donner le meilleur : son propre Esprit.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

(Chaîne des Pères grecs.) Notre-Seigneur, sur la demande des Apôtres, leur avait enseigné comment il faut prier ; mais ceux qui avaient reçu ces salutaires enseignements, tout en priant selon la forme qu’il avait prescrite, pouvaient le faire avec négligence et avec tiédeur ; ou bien en voyant leur première ou leur seconde demande sans effet, abandonner complètement l’exercice de la prière. C’est pour les préserver de ce malheur qu’il leur montre, au moyen d’une parabole, que le découragement dans la prière est dangereux, et qu’il est on ne peut plus utile d’y persévérer avec patience : « Il leur dit encore : Si l’un de vous a un ami, » etc.

Théophile

Cet ami, c’est Dieu, qui aime tous les hommes, et qui veut sincèrement que tous soient sauvés (1 Tm 2, 4 ; 2 P 3, 9).

S. Ambr

Qui d’ailleurs est plus notre ami que celui qui a livré son corps pour notre salut ? Le Seigneur nous donne encore ici un autre précepte, c’est que notre prière doit être continuelle, et que nous devons prier le jour comme la nuit : « Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit. » C’est ce que faisait David, quand il disait : « Je me levais au milieu de la nuit pour chanter vos louanges , » (Ps 118) car il ne craignait pas de réveiller de son sommeil celui qu’il savait avoir toujours les yeux ouverts sur son peuple. Or, si ce saint roi, tout occupé de l’administration de son royaume, redisait sept fois le jour les louanges du Seigneur (Ps 118), que ne devons-nous pas faire nous-mêmes ? Notre prière ne doit-elle pas être d’autant plus fréquente, que la fragilité de notre chair et de notre esprit nous entraîne dans un plus grand nombre de fautes ? Et si vous avez un véritable amour pour le Seigneur votre Dieu, vous pouvez obtenir, non seulement pour vous-mêmes, mais pour les autres. Voyez, en effet, la suite « Et que cet ami lui dise : Mon ami, prêtez-moi trois pains, » etc.

S. Augustin

(serm. 29 sur les par. du Seign.) Quels sont ces trois pains, sinon l’aliment céleste que nous offrent les divins mystères ? Or, il peut se faire qu’on ne puisse satisfaire à la demande d’un ami, et on reconnaît alors qu’on n’a pas ce qu’on devrait lui donner. Ainsi, un ami vous arrive de voyage, c’est-à-dire, de la vie du monde, où tous les hommes passent comme des voyageurs, où ils n’ont ni véritable propriété ni demeure permanente, mais où tout homme s’entend dire : Passez, faites place à celui qui doit vous succéder. Ou encore, cet ami vous arrive fatigué d’un mauvais voyage, c’est-à-dire, d’une vie coupable, il n’a pas trouvé la vérité qu’il eût été si heureux d’entendre et de recevoir ; il vient donc à vous, qui êtes chrétien, et il vous dit : Veuillez m’instruire. Or, peut-être vous demande-t-il ce que vous ignorez dans la simplicité de votre foi, vous ne pouvez donc apaiser la faim qui le tourmente, et vous êtes obligé de recourir aux livres du Seigneur, car, peut-être, ce qu’il vous demande se trouve dans les saints Livres, mais enveloppé d’obscurité. Vous ne pouvez interroger Paul, ni Pierre, ni aucun prophète, car toute cette famille repose avec son maître. Cependant l’ignorance du monde est profonde, c’est le milieu de la nuit ; votre ami, pressé par la faim, insiste auprès de vous, la foi dans sa simplicité ne lui suffit pas, faudra-t-il l’abandonner ? Allez donc trouver le Seigneur lui-même, avec lequel toute sa famille se repose, et frappez à la porte par vos prières : « De l’intérieur de la maison il vous répondra : Ne m’importunez pas. » Mais s’il tarde à vous donner, c’est pour vous faire désirer plus vivement ce qu’il diffère de vous accorder, et vous rendre ses dons plus précieux.

26 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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