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Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 2, 1-2 . 2, 7-14

« Ils ont reconnu la grâce qui m’a été donnée »

1 Ensuite, quatorze ans plus tard, je montai à nouveau à Jérusalem avec Barnabé ayant aussi pris Tite avec moi.

2 Ce fut d’après une révélation que j’y montai, et je leur exposai l’Évangile que je prêche parmi les Gentils ; [je] l’exposai en particulier à ceux qui étaient les plus considérés, de peur de courir ou d’avoir couru en vain.

7 Au contraire, voyant que l’Évangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis,

8 — car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’apôtre des Gentils, —

9 et ayant reconnu la grâce qui m’avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, [en signe] de communion, pour aller, nous aux païens, eux aux circoncis.

10 Seulement nous devions nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu bien soin de faire.

11 Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était digne de blâme.

12 En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il mangeait avec les païens ; mais après leur arrivée, il s’esquiva, et se tint à l’écart, par crainte des partisans de la circoncision.

13 Avec lui, les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabé lui-même s’y laissa entraîner.

14 Pour moi, voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas en présence de tous : « Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non à la manière des Juifs, comment peux-tu forcer les Gentils à judaïser ? »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates s'ouvre par une longue section où Paul raconte son propre parcours pour défendre la légitimité de sa prédication, sa vocation, puis un premier séjour à Jérusalem trois ans après sa conversion, où il n'avait rencontré que Pierre et Jacques (Ga 1, 11-24), avant d'en venir au passage du jour : un second voyage à Jérusalem, beaucoup plus tard, pour soumettre aux responsables de l'Église mère l'Évangile qu'il annonce aux non-Juifs. La lecture saute les versets 3 à 6. On y apprend que son compagnon Tite, non juif, n'a pas été contraint à la circoncision, malgré la pression de ce que Paul appelle des « faux frères ».

Vient ensuite un second épisode, à Antioche cette fois : l'altercation publique avec Pierre autour des repas pris en commun. La suite immédiate (Ga 2, 15-21) tirera de cette scène l'argument central de la lettre. On n'est pas rendu juste devant Dieu par l'observance de la Loi, mais par la foi au Christ.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien d'abord hostile aux disciples de Jésus, devenu après une révélation du Christ missionnaire auprès des populations non juives. Il est l'auteur de cette lettre, qu'il écrit à la première personne.

Il raconte lui-même les faits, pour établir devant les Galates que sa prédication a été reconnue à Jérusalem et qu'il n'a reçu sa mission d'aucune autorité humaine.

Barnabé

Chrétien d'origine juive, de Chypre, membre influent de la communauté d'Antioche ; c'est lui qui, selon les Actes des Apôtres, avait introduit Paul auprès des disciples de Jérusalem et l'avait associé à sa mission.

Compagnon de Paul à Jérusalem, il est aussi, dans la seconde scène, entraîné dans le retrait des chrétiens d'origine juive, ce que Paul souligne comme une aggravation.

Tite

Collaborateur de Paul, non juif de naissance. Son cas est un test concret : fallait-il le circoncire pour qu'il soit pleinement chrétien ?

Il est mentionné comme compagnon de voyage ; son sort est réglé dans les versets que la lecture enjambe, où Paul affirme qu'on ne l'a pas obligé à se faire circoncire.

Pierre

Simon, surnommé Pierre par Jésus et appelé aussi Céphas (le même mot en araméen), est le premier des Douze, le groupe des disciples les plus proches que Jésus a envoyés en mission.

Reconnu par Paul comme chargé de l'annonce aux Juifs, il est aussi celui que Paul affirme avoir repris publiquement à Antioche pour avoir cessé de partager la table des croyants non juifs.

Jacques et Jean

Jacques dirige la communauté chrétienne de Jérusalem ; Jean est l'un des Douze. Avec Pierre, ils forment le trio que Paul désigne par l'image des colonnes.

Ils représentent l'autorité de l'Église de Jérusalem et scellent avec Paul et Barnabé un accord de partage des champs de mission.

Les fidèles d'origine juive et d'origine païenne

Les premières communautés chrétiennes réunissent des Juifs devenus disciples de Jésus et des non-Juifs (les « nations », ou païens) venus à la foi sans passer par la Loi de Moïse.

Leur coexistence à table, à Antioche, est l'enjeu concret du conflit : la communion se rompt si l'on reconstitue deux groupes séparés.

Mots à connaître
Circoncis / incirconcis

La circoncision est le signe gravé dans le corps de l'appartenance au peuple d'Israël, reçu d'Abraham. Dire « les circoncis » et « les incirconcis », c'est dire « les Juifs » et « les autres peuples ». Toute la crise porte sur ce point : fallait-il devenir juif pour devenir chrétien ?

Les nations / les païens

Le mot grec traduit par « nations » désigne tous les peuples autres qu'Israël, sans nuance méprisante à l'origine. On le rend aussi par « païens », au sens de non-juifs.

Les colonnes

Image empruntée à l'architecture du Temple : les colonnes portent l'édifice. Appliquée à Jacques, Pierre et Jean, elle désigne ceux qui font autorité dans l'Église de Jérusalem, considérée comme la communauté mère.

Tendre la main en signe de communion

Le geste est codifié. Se donner la main droite scellait un accord et une reconnaissance mutuelle dans le monde antique : pas une marque d'affection, l'équivalent d'une signature.

Antioche

Grande ville de Syrie, l'une des plus peuplées de l'Empire romain. Sa communauté chrétienne, mixte, fut la base de départ des missions de Paul et Barnabé ; c'est là, selon les Actes, que les disciples reçurent le nom de chrétiens.

Prendre ses repas ensemble

Les règles juives sur les aliments permis et sur la pureté rendaient délicat le repas partagé avec des non-Juifs. Dans les premières communautés, manger ensemble était aussi le cadre du repas du Seigneur, et se retirer de la table revenait à rompre l'unité de l'Église.

Ailleurs dans l’Écriture
Ac 15, 1-29

Les Actes des Apôtres racontent une assemblée à Jérusalem sur la même question : faut-il imposer la circoncision aux croyants venus du paganisme ? Le récit y est officiel et collégial, avec des discours et une lettre de décision, là où Paul décrit une rencontre privée vue de son point de vue. L'identification des deux épisodes est discutée entre spécialistes : certains y voient le même événement raconté autrement, d'autres deux moments distincts. Sur le résultat, au moins, les deux textes convergent. Les non-Juifs ne sont pas astreints à la Loi de Moïse.

Ac 10, 1-48

Pierre y entre chez un officier romain non juif, Corneille, et partage sa maison après une vision qui lui révèle qu'il ne doit déclarer impur aucun homme. Pierre avait donc lui-même ouvert la voie à la communion de table avec les non-Juifs, ce qui rend plus parlant le reproche que Paul lui adresse à Antioche.

1 Co 16, 1-4

Paul y organise concrètement une collecte d'argent au profit des croyants de Jérusalem. La demande rapportée ici de se souvenir des pauvres s'en trouve éclairée : pas une recommandation vague, mais un engagement financier que Paul a mené dans plusieurs de ses communautés.

Ga 2, 16

Immédiatement après la scène d'Antioche, Paul énonce la thèse que l'épisode illustre : l'homme n'est pas rendu juste par la pratique de la Loi, mais par la foi en Jésus Christ. Le récit n'est donc pas une anecdote. Il sert de preuve à l'argument qui suit.

Clés de lecture
Deux scènes, un seul argument

Le passage juxtapose un accord obtenu à Jérusalem et un conflit survenu à Antioche. Le second épisode montre que l'accord de principe ne réglait pas tout : il restait à en tirer les conséquences pratiques, à table. Paul raconte l'un pour pouvoir raconter l'autre.

Ce que la lecture enjambe

Les versets 3 à 6, non lus, racontent que Tite, non juif, n'a pas été contraint à la circoncision, et dénoncent l'intrusion de ce que Paul appelle de faux frères. Ce détail est le précédent concret sur lequel repose tout le reste. Le connaître aide à comprendre pourquoi Paul juge si grave le retrait de Pierre.

Un partage, non une division de l'Église

La répartition entre mission auprès des Juifs et mission auprès des nations n'institue pas deux christianismes. Le geste de la main tendue signifie au contraire que les deux missions relèvent du même Évangile ; la demande concernant les pauvres de Jérusalem maintient un lien tangible entre les communautés.

Un reproche de comportement, non de doctrine

Selon le récit de Paul, Pierre ne défend pas une autre doctrine : il agit, par crainte, contrairement à ce qu'il croit. C'est l'écart entre la conviction et la conduite que Paul désigne, et qu'il nomme durement une attitude de façade.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte compte parmi les documents les plus anciens sur la façon dont l'Église naissante a tranché sa première grande crise : l'accès des non-Juifs au salut ne passe pas par l'adoption de la Loi de Moïse. L'accord de Jérusalem et l'incident d'Antioche montrent une Église où la vérité de l'Évangile se cherche dans la discussion, parfois le conflit, sans que l'unité soit rompue.

La tradition catholique y lit que l'autorité reconnue à Pierre ne le rend pas impeccable dans sa conduite, et que la correction fraternelle, même publique, peut s'exercer à son égard. La distinction entre la faute personnelle et la charge reçue est ici posée très tôt. Elle y voit aussi l'enracinement d'une conviction : c'est la grâce du Christ, reçue dans la foi, qui fait entrer dans le peuple de Dieu, et non l'appartenance ethnique ou l'observance rituelle. Quant au partage des missions, il est lu comme la figure d'une Église diverse dans ses formes et une dans sa communion, attestée par un geste concret, la main tendue, et par le souci commun des pauvres.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit autobiographique inséré dans une lettre d'argumentation. Paul ne raconte pas pour informer, mais pour prouver quelque chose : la légitimité de son Évangile et l'inconséquence de ceux qui veulent imposer la Loi aux non-Juifs.

À lire donc comme un plaidoyer, écrit du point de vue d'une partie en cause. Paul rapporte ce qu'il a dit et fait, nous n'avons pas la version de Pierre. Rien n'est retiré à la valeur historique du témoignage, mais son ton tranchant s'explique.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul. Cette lettre fait partie de celles que la quasi-totalité des chercheurs lui attribuent sans réserve, et il écrit à des communautés qu'il a fondées en Galatie, en Asie Mineure (actuelle Turquie), composées surtout de personnes venues du paganisme.

Le motif est urgent : des prédicateurs sont passés après lui pour exiger de ces croyants la circoncision et l'observance de la Loi juive. Paul réagit avec une vivacité inhabituelle, sans les compliments d'usage.

La date dépend de la région visée, Galatie du sud ou du nord : on propose selon les cas la fin des années 40 ou le milieu des années 50. La question reste ouverte.

Lectures et références
  • Ga 1, 18-19 — Le premier séjour de Paul à Jérusalem, auquel celui du passage fait suite après quatorze ans.
  • Ac 11, 25-26 — Présente la communauté mixte d'Antioche où Paul et Barnabé travaillent ensemble, cadre du conflit rapporté ici.
  • Rm 15, 25-27 — Montre l'importance que Paul a durablement accordée à la collecte pour les pauvres de Jérusalem.
  • Catéchisme, § 880 — Rappelle que le Christ a constitué les Douze en collège, avec Pierre à leur tête, arrière-plan de la reconnaissance mutuelle décrite dans le passage.

À retenir

Paul raconte comment son Évangile destiné aux non-Juifs fut reconnu à Jérusalem, puis comment il dut rappeler à Pierre, à Antioche, que cette reconnaissance engageait jusqu'à la table partagée.

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Psaume

Psaumes 116, 1 . 116, 2

1 Nations, louez toutes Yahweh ; peuples, célébrez-le tous !

2 Car sa bonté pour nous est grande, et la vérité de Yahweh subsiste à jamais. Alleluia !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 11, 1-4

« Seigneur, apprends-nous à prier »

1 Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. »

2 Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne arrive.

3 Donnes-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre subsistance,

4 et remets-nous nos offenses, car nous remettons nous-mêmes à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous induis pas en tentation. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9 et court jusqu'à l'entrée dans la ville). Jésus enseigne en chemin, de village en village, et la prière revient sans cesse comme un fil.

Juste avant, Luc a rapporté l'accueil de Jésus chez deux sœurs, Marthe et Marie, où l'écoute de la parole est présentée comme « la meilleure part ». Le passage d'aujourd'hui enchaîne directement : Jésus lui-même est en prière, et c'est ce spectacle qui provoque la demande d'un disciple.

Juste après viennent une petite histoire d'ami réveillé en pleine nuit et l'invitation à demander avec insistance, qui s'achève sur la promesse du don de l'Esprit Saint. Le découpage liturgique isole donc le cœur de l'enseignement, la prière que Jésus donne, en laissant de côté les encouragements à la persévérance qui la commentent. En semaine, l'évangile est lu de façon continue, chapitre après chapitre : on avance simplement dans Luc.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique. Cet évangile le montre plus souvent qu'aucun autre en train de prier, seul, avant les moments décisifs.

Il prie d'abord, puis, à la demande d'un disciple, il livre une formule courte que ses compagnons pourront redire. Il ne décrit pas la prière : il la donne.

un de ses disciples

Les disciples sont le groupe de ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; ils sont plus nombreux que les douze apôtres. Celui-ci reste anonyme.

Il parle au nom du groupe et formule la demande qui déclenche tout le passage. Sa requête suppose qu'un maître donne à ses élèves une prière qui les identifie.

Jean le Baptiste

Prophète et prédicateur de conversion, cousin de Jésus selon le début de l'évangile de Luc ; il baptisait dans le Jourdain et avait autour de lui un cercle de disciples.

Il n'est pas présent : le disciple le cite en exemple. Son école avait ses pratiques propres, jeûnes et prières, et c'est cet usage qui sert de point de comparaison.

Mots à connaître
apprendre une prière à ses disciples

Dans le judaïsme du temps, un maître reconnu transmettait à son cercle une prière brève qui résumait son enseignement et marquait l'appartenance au groupe. Demander une telle prière, ce n'est pas avouer qu'on ne sait pas prier : c'est demander la formule qui identifie les disciples de Jésus.

le nom de Dieu

Dans la Bible, le nom n'est pas une étiquette mais la personne même en tant qu'elle se fait connaître. Par respect, les juifs évitaient de prononcer le nom divin révélé à Moïse. Souhaiter qu'il soit sanctifié, c'est souhaiter que Dieu soit reconnu pour ce qu'il est.

le règne

Il ne s'agit pas d'un territoire mais de l'action de Dieu qui vient établir sa justice et sa paix. C'est le thème central de la prédication de Jésus : un règne déjà à l'œuvre dans ce qu'il accomplit, et encore attendu dans sa plénitude.

le pain de chaque jour

Le mot grec employé ici est si rare qu'on discute encore de son sens exact : le pain nécessaire à la subsistance, celui du jour qui vient, ou le pain essentiel. Les traductions choisissent des nuances différentes, et la demande garde cette épaisseur.

la tentation

Le terme grec désigne l'épreuve qui met la fidélité à l'essai, plus que la simple envie de mal faire. La demande porte sur l'heure où l'on risque de lâcher prise, non sur les hésitations quotidiennes.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« ne nous laisse pas entrer en tentation »

C'est la formule liturgique française adoptée en 2013 ; les traductions antérieures disaient « ne nous soumets pas à la tentation », ce que beaucoup comprenaient à tort comme si Dieu tentait. Le grec demande à être préservé de l'heure de l'épreuve.

« Il arriva que… »

Tournure de récit héritée de l'hébreu, fréquente chez Luc, qui sert simplement à introduire un épisode ; les bibles récentes la rendent souvent par « un jour » ou la suppriment.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 6, 9-13 même épisode, autre évangile

Matthieu place la même prière au milieu du Sermon sur la montagne, non à la demande d'un disciple mais dans un enseignement sur la manière de prier sans ostentation. Sa version est plus longue : l'invocation y est développée, et deux demandes supplémentaires apparaissent, sur la volonté de Dieu et sur la délivrance du Mal. Les écarts ne sont pas des contradictions mais deux mises en forme d'une même prière, probablement telle que deux communautés la récitaient. C'est la forme de Matthieu que la liturgie a retenue.

Lc 22, 40

Au mont des Oliviers, juste avant son arrestation, Jésus demande à ses disciples de prier pour ne pas entrer en tentation. L'expression est presque identique à la dernière demande de notre passage. Luc éclaire ainsi ce qu'il entend par tentation : moins une sollicitation morale ordinaire que l'épreuve décisive où la fidélité risque de céder.

Lc 5, 33

Plus tôt dans l'évangile, des interlocuteurs reprochent aux disciples de Jésus de ne pas jeûner ni prier comme ceux de Jean. Le rapprochement montre que la demande du disciple, au chapitre 11, répond à une attente ancienne : que le groupe de Jésus ait, lui aussi, sa prière propre.

Ez 36, 23 Ancien Testament

Dieu y annonce qu'il sanctifiera lui-même son grand nom profané parmi les nations. La demande que le nom de Dieu soit sanctifié ne signifie donc pas que les priants rendraient Dieu saint : ils demandent que Dieu manifeste lui-même sa sainteté et se fasse reconnaître.

Clés de lecture
C'est la prière de Jésus qui déclenche la demande

Luc ne fait pas commencer la scène par une question théorique mais par un fait : le disciple voit Jésus prier. La requête naît de ce qu'il observe. Chez Luc, Jésus prie avant chaque étape décisive de sa mission, et cette insistance est une marque propre de son évangile.

Deux mouvements dans la prière

Les premières demandes concernent Dieu — son nom, son règne — et les suivantes ceux qui prient : le pain, le pardon, l'épreuve. L'ordre n'est pas indifférent : ce qui regarde Dieu vient d'abord, et le reste s'y rattache.

Le lien entre le pardon reçu et le pardon donné

La demande de pardon est la seule à comporter une justification, qui renvoie à la pratique de ceux qui prient. Le texte n'en fait pas une monnaie d'échange : il pose que celui qui demande d'être remis de ses dettes ne peut pas, dans le même souffle, retenir celles des autres.

Une invocation très directe

S'adresser à Dieu comme à un père n'est pas inconnu de l'Ancien Testament, mais la brièveté de l'appel, sans titre ni développement, frappe. Elle donne le ton de toute la prière : une familiarité confiante plutôt qu'une supplique de cour.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte la formule de prière que Jésus a transmise à ses disciples, dans sa version la plus brève. La tradition catholique l'appelle l'oraison dominicale, c'est-à-dire la prière du Seigneur, et y voit le résumé de tout l'Évangile : ce que Jésus enseigne sur Dieu, sur l'attente de son règne et sur le pardon tient dans ces quelques lignes.

La lecture spirituelle y ajoute deux accents. Le nom de Père n'est pas une image : il exprime que les baptisés sont associés à la relation propre du Fils avec Dieu, et c'est pourquoi cette prière est enseignée aux catéchumènes avant le baptême. Quant au pain demandé chaque jour, la tradition y a reconnu aussi, sans quitter le sens premier de la nourriture nécessaire, une référence à l'eucharistie. Ce texte est retenu ce jour-là parce que la lecture de Luc avance de jour en jour ; il rencontre cependant bien la mémoire de la Vierge du Rosaire, prière faite elle aussi de formules répétées.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un bref récit d'enseignement qui sert d'écrin à une formule de prière. Le cadre narratif — Jésus prie, on l'interroge, il répond — est volontairement dépouillé : ni lieu nommé, ni date, pour que la parole vaille en toute circonstance.

La prière elle-même est un texte liturgique, fait pour être récité par un groupe : d'où sa brièveté, son rythme et ses demandes au pluriel. On la lit donc comme une formule à redire, non comme un discours à analyser phrase par phrase.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par une tradition ancienne à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, auteur également des Actes des Apôtres. Son grec soigné et son souci d'expliquer les usages juifs suggèrent qu'il écrit pour des lecteurs de culture grecque, hors de Palestine.

La date est débattue : la plupart des spécialistes proposent les années 80, certains une période plus ancienne. Luc dit lui-même, dans son prologue, avoir enquêté auprès de témoins pour offrir un récit ordonné.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2759 — Le Catéchisme part précisément de cette scène de Luc pour introduire son commentaire du Notre Père.
  • Catéchisme, § 2846 — Explique le sens de la dernière demande et la difficulté de la formule sur la tentation.
  • Lc 11, 13 — Quelques versets plus loin, Luc précise que le Père donne l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent, ce qui oriente toute la prière.
  • Rm 8, 15 — Paul relie l'audace d'appeler Dieu « Père » à l'Esprit reçu par les croyants.

À retenir

Voyant Jésus prier, un disciple lui demande une prière pour le groupe : Luc donne alors la forme la plus brève du Notre Père, tournée d'abord vers le nom et le règne de Dieu, puis vers le pain, le pardon et l'épreuve.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Après avoir raconté l’histoire des deux soeurs, qui ont comme personnifié en elles les deux vies de l’Église, l’Évangéliste nous représente, en suivant un ordre admirable, Notre-Seigneur en prière et enseignant à ses disciples à prier, parce qu’en effet la prière dont il donne les précieux enseignements, renferme le mystère de ces deux vies, et que la perfection de chacune d’elles s’obtient, non par nos propres forces, mais par la prière : « Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, » etc.

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr.) Mais pourquoi prier, puisqu’il est la source de tout bien qu’il possède dans sa plénitude, et qu’il n’a besoin de rien ? Nous répondons qu’une des conséquences de l’incarnation pour le Sauveur était de se conformer aux actions de la vie humaine, alors qu’il le jugeait convenable ; si, en effet, il se soumet à la nécessité du boire et du manger, quel inconvénient qu’il se livre à la prière, pour nous apprendre à ne pas négliger ce devoir, et à persévérer avec ferveur dans l’exercice de la prière ?

Tite de Bostra

(sur S. Matth.) Les disciples à qui Notre-Seigneur avait donné les règles d’une vie toute nouvelle, lui demandent aussi une nouvelle formule de prière, bien que l’Ancien Testament en contint un grand nombre : « Et dès qu’il eut cessé de prier, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, de peur que nous n’offensions Dieu en lui demandant une chose pour une autre, ou en ne le priant pas avec les dispositions convenables. »

Origène

(Ch. des Pèr. gr.) Pour déterminer le Sauveur à leur tracer les règles de la prière, le disciple de Jésus ajoute : « Comme Jean l’a appris à ses disciples, » Jean, dont vous nous avez dit, « qu’il était le plus grand de tous les enfants des femmes. » Vous nous faites un précepte de vous demander les biens éternels et ineffables, mais qui nous donnera de les connaître, si ce n’est vous notre Dieu et notre Sauveur ?

32 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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