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27ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier)

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Isaïe 5, 1-7

« La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël »

1 Je vais chanter pour mon bien-aimé le chant de mon bien-aimé au sujet de sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile.

2 Il en remua le sol, il en ôta les pierres, il la planta de ceps exquis. Il bâtit une tour au milieu, et il y creusa aussi un pressoir. Il attendait qu’elle donnât des raisins, mais elle donna du verjus. —

3 « Et maintenant, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, jugez, je vous prie, entre moi et entre ma vigne !

4 Qu’y avait-il à faire de plus à ma vigne, que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi, ai-je attendu qu’elle donnât des raisins, et n’a-t-elle donné que du verjus ?

5 « Et maintenant, je vous ferai connaître ce que je vais faire à ma vigne : j’arracherai sa haie, et elle sera broutée ; j’abattrai sa clôture, et elle sera foulée aux pieds.

6 J’en ferai un désert ; et elle ne sera plus taillée, ni cultivée ; les ronces et les épines y croîtront, et je commanderai aux nuées de ne plus laisser tomber la pluie sur elle.  » —

7 Car la vigne de Yahweh des armées, c’est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont le plant qu’il chérissait ; il en attendait la droiture, voici du sang versé ; la justice, et voici le cri de détresse.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage ouvre une nouvelle section du livre d'Isaïe. Les quatre premiers chapitres ont alterné réquisitoires contre Jérusalem et promesses de purification ; la scène se déplace maintenant vers un décor champêtre, celui d'un vigneron et de sa plantation.

On est dans le royaume de Juda, autour de Jérusalem, dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle avant Jésus-Christ, à une époque de prospérité pour les élites et de menace militaire assyrienne à l'horizon. Le prophète s'adresse à un auditoire rassemblé, peut-être lors d'une fête des vendanges, et commence par une chanson avant de faire basculer le ton.

Ce qui suit immédiatement (versets 8 et suivants) est une série de malédictions très concrètes contre l'accaparement des terres, l'ivrognerie des puissants et la corruption des juges : le chant de la vigne sert d'ouverture et de résumé à ce réquisitoire.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le chanteur (le prophète)

Isaïe, prophète actif à Jérusalem au VIIIᵉ siècle avant notre ère, proche des milieux du Temple et de la cour royale. Un prophète n'est pas d'abord un devin : c'est un porte-parole chargé de dire au peuple ce que Dieu attend de lui.

Il se présente en chanteur qui interprète une chanson pour le compte d'un ami. Ce déguisement lui permet de capter l'écoute avant de révéler qu'il parle au nom de Dieu et que ses auditeurs sont eux-mêmes l'objet du chant.

L'ami, le bien-aimé

Personnage de la chanson, propriétaire de la vigne. Le dernier verset lève le masque : il s'agit de Dieu lui-même, désigné comme le Seigneur de l'univers.

Il a tout fait pour sa plantation et n'obtient rien. Au milieu du morceau, c'est lui qui prend la parole, se pose en partie lésée et annonce ce qu'il va faire de sa vigne.

La vigne

Élément central de la chanson, et image très courante dans la Bible pour désigner le peuple d'Israël.

Elle est l'accusée muette : soignée avec un soin exceptionnel, elle produit un fruit inutilisable. Sa stérilité qualitative est le cœur du problème.

Les habitants de Jérusalem et les hommes de Juda

L'auditoire du prophète : les habitants de la capitale et du royaume du sud, Juda, seul royaume subsistant après la division du royaume de David en deux États.

Pris à témoin, ils sont invités à arbitrer un différend qui ne les concerne apparemment pas. Le retournement final leur apprend qu'ils viennent de prononcer leur propre condamnation.

Mots à connaître
La vigne et ses aménagements

Planter une vigne en Palestine demandait d'épierrer un coteau, de le terrasser et d'attendre plusieurs années avant la première récolte : c'était un investissement lourd et durable. La tour servait à surveiller la parcelle au moment de la maturité, le pressoir était souvent taillé à même le rocher pour fouler le raisin sur place.

La clôture et le mur

Un muret de pierres sèches et une haie protégeaient la vigne du bétail errant et des animaux sauvages. Les supprimer ne détruit rien directement mais livre la plantation à tout venant : la sanction annoncée consiste à retirer une protection, non à frapper.

« Le Seigneur de l'univers »

Cette expression traduit une formule hébraïque, YHWH Sabaot, littéralement « le Seigneur des armées », qui évoque la souveraineté de Dieu sur toutes les puissances du ciel et de la terre. Elle est fréquente chez Isaïe et souligne que celui qui parle ici a les moyens de ce qu'il annonce.

« La maison d'Israël » et « les hommes de Juda »

« Maison d'Israël » désigne l'ensemble du peuple issu des douze tribus. Juda est le royaume du sud, avec Jérusalem pour capitale, subsistant après la séparation d'avec le royaume du nord. Le prophète vise donc à la fois le peuple entier et, très concrètement, ses auditeurs immédiats.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Le Seigneur de l'univers »

L'hébreu porte ici le nom propre de Dieu suivi du mot Sabaot, « les armées ». Certaines traductions anciennes rendent l'ensemble par « Yahweh des armées », ce qui peut dérouter : il s'agit du même titre.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 21, 33-43

Jésus reprend le décor exact de ce chant, la plantation, la tour, le pressoir, la clôture, pour raconter la parabole des vignerons meurtriers. Le déplacement est notable : chez Isaïe, c'est la vigne elle-même qui est en cause ; chez Matthieu, la vigne est bonne et ce sont ceux à qui elle est confiée qui sont mis en accusation. Marc et Luc rapportent la même parabole (Mc 12, 1-12 et Lc 20, 9-19).

Ps 80, 9-17 Ancien Testament

Ce psaume développe la même image : une vigne transplantée d'Égypte, longtemps protégée, dont les clôtures sont ensuite arrachées. Mais il en tire une prière de supplication et non un verdict. Lire les deux textes ensemble montre que l'image de la vigne pouvait servir aussi bien à accuser qu'à implorer.

Jr 2, 21 Ancien Testament

Le prophète Jérémie, un siècle plus tard, emploie la même comparaison : un plant de qualité devenu vigne sauvage. La reprise indique qu'on a affaire à un motif traditionnel de la prédication prophétique, repris et retravaillé d'une génération à l'autre.

Jn 15, 1-8

Dans l'évangile selon Jean, Jésus reprend l'image en se désignant lui-même comme la vraie vigne et son Père comme le vigneron. La question du fruit reste centrale, mais elle est déplacée : elle dépend désormais du lien vital entretenu avec lui.

Clés de lecture
Le basculement du chant au procès

Le morceau commence à la troisième personne, comme une histoire racontée sur un ami. Puis, sans transition, le propriétaire parle lui-même et convoque l'auditoire comme jury. Ce changement de voix est le point de bascule : ce qui était divertissement devient assignation.

Un jeu de mots intraduisible

Le verset final oppose deux couples de termes hébreux qui se ressemblent presque à s'y méprendre : mishpat, le droit, et mispah, l'effusion de sang ; tsedaqa, la justice, et tse'aqa, le cri des victimes. La proximité sonore dit l'écart moral : un seul son sépare ce qui était attendu de ce qui a poussé.

Le fruit, et non la croissance

Rien ne manque à la vigne : le sol, le plant, les travaux, les installations. Le reproche ne porte pas sur un manque de moyens mais sur la qualité de ce qui est produit. Le texte se conclut sur des réalités sociales précises, le droit et la justice, et non sur des pratiques religieuses.

Une sanction par retrait

Ce que le propriétaire annonce n'est pas un châtiment actif mais un abandon : plus de mur, plus de taille, plus de pluie. L'image suggère que le malheur à venir, l'invasion et la dévastation, consistera d'abord dans le retrait d'une protection jusqu'ici tenue pour acquise.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte est un réquisitoire prophétique adressé à Juda au VIIIᵉ siècle avant Jésus-Christ : Dieu a tout donné à son peuple par l'alliance, et ce qu'il attendait en retour, une société où le droit protège le faible, n'est pas venu. La menace annoncée sera lue plus tard comme l'annonce des invasions et de l'exil.

La tradition chrétienne y reconnaît une préparation à l'enseignement de Jésus, qui reprend délibérément ce décor pour la parabole des vignerons meurtriers : l'histoire de la vigne se prolonge alors jusqu'à l'envoi du Fils. L'évangile selon Jean franchit un pas de plus en présentant le Christ lui-même comme la vraie vigne, dont les disciples sont les sarments. Cette lecture spirituelle ne supprime pas la première : l'exigence porte toujours sur le fruit, c'est-à-dire sur des actes de justice concrets, et la mise en garde vaut pour l'Église comme elle valait pour Israël.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un piège rhétorique construit en trois temps : une chanson d'amour, un procès, puis l'explication. Le prophète emprunte le ton du chant de fête, obtient l'adhésion de son public, l'invite à juger un cas qui semble étranger, et ne révèle qu'à la fin que l'accusé est ce public même.

Lire ce texte suppose donc d'accepter de se faire prendre : l'effet dépend entièrement de la surprise finale. C'est aussi un poème, avec des images filées et des jeux de sonorités que la traduction ne peut pas toujours rendre.

Qui écrit, et pour qui

Le livre d'Isaïe porte le nom d'un prophète ayant exercé à Jérusalem entre environ 740 et 700 avant Jésus-Christ. Les spécialistes s'accordent largement pour y distinguer plusieurs couches de rédaction, échelonnées sur plusieurs siècles ; les chapitres 1 à 39, dont fait partie ce passage, contiennent le fonds le plus ancien, remontant pour une bonne part à Isaïe lui-même.

Les destinataires sont les habitants de Juda et de sa capitale, à une époque où la puissance assyrienne monte et où les inégalités sociales se creusent. Le texte, transmis en poésie hébraïque, a d'abord été prononcé oralement avant d'être recueilli par écrit.

Lectures et références
  • Is 5, 8-24 — La suite immédiate détaille en termes sociaux et juridiques ce que le chant dénonce de façon imagée.
  • Am 5, 24 — Un prophète contemporain formule la même exigence de droit et de justice comme le cœur de ce que Dieu attend.
  • Os 10, 1 — Autre emploi prophétique de l'image de la vigne pour décrire l'infidélité du peuple.
  • Catéchisme, § 755 — Le Catéchisme relit les images bibliques de la vigne comme figures de l'Église.

À retenir

Un chant de vendange tourne au procès : le prophète fait juger ses auditeurs avant de leur apprendre qu'ils sont la vigne jugée, et que ce qui manque n'est pas la ferveur mais la justice.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 79, 9-12 . 79, 13-14 . 79, 15-16 . 79, 19-20

9 Tu as arraché de l’Égypte une vigne ; tu as chassé les nations et tu l’as plantée.

10 Tu as ménagé de la place devant elle, elle a enfoncé ses racines et rempli la terre.

11 Son ombre couvrait les montagnes, et ses rameaux les cèdres de Dieu ;

12 elle étendait ses branches jusqu’à la Mer, et ses rejetons jusqu’au Fleuve.

13 Pourquoi as-tu rompu ses clôtures, en sorte que tous les passants la dévastent ?

14 Le sanglier de la forêt la dévore, et les bêtes des champs en font leur pâture.

15 Dieu des armées, reviens, regarde du haut du ciel et vois, considère cette vigne !

16 Protège ce que ta droite a planté, et le fils que tu t’es choisi !...

19 Et nous ne nous éloignerons plus de toi ; rends-nous la vie, et nous invoquerons ton nom.

20 Yahweh, Dieu des armées, rétablis-nous ; fais briller sur nous ta face, et nous serons sauvés.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

Philippiens 4, 6-9

« Mettez cela en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous »

6 Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce.

7 Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.

8 Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est de bonne renommée, s’il est quelque vertu et s’il est quelque louange, que ce soit là l’objet de vos pensées ;

9 ce que vous avez appris et reçu, ce que vous m’avez entendu dire et vu faire à moi-même, pratiquez-le, et le Dieu de paix sera avec vous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage se trouve dans les toutes dernières pages de la lettre de Paul aux chrétiens de Philippes, au moment où l'auteur enchaîne les recommandations finales avant de conclure.

Juste avant, Paul est intervenu pour réconcilier deux femmes de la communauté, Évodie et Syntyche, puis il a invité les Philippiens à la joie en rappelant que « le Seigneur est proche ». Juste après, il les remerciera pour l'aide matérielle qu'ils lui ont fait parvenir pendant sa détention, avant les salutations.

Le lectionnaire découpe ici un bloc cohérent : une exhortation à la prière confiante, une promesse de paix, puis une liste de ce qui mérite l'attention et un appel à imiter la conduite de Paul. Aux dimanches du Temps ordinaire, la deuxième lecture avance ainsi d'un dimanche à l'autre dans une même lettre, indépendamment de l'évangile du jour : toute résonance avec les autres lectures est une rencontre, non une intention.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, annonceur de l'Évangile aux non-juifs. Il fonde des communautés dans le bassin méditerranéen et leur écrit ensuite des lettres, dont celle-ci.

Il parle en père et en fondateur : il exhorte, promet, et se donne lui-même comme modèle de conduite à reproduire, ce qui suppose qu'il a vécu longuement parmi eux.

Les « frères »

Les chrétiens de Philippes, colonie romaine de Macédoine (nord de la Grèce actuelle). Communauté modeste, attachée à Paul, qui lui a envoyé de l'aide pendant son emprisonnement.

Destinataires directs de l'exhortation. Ils sont traversés par des tensions internes et par l'inquiétude liée aux difficultés de Paul et aux leurs.

Dieu

Dans la prédication de Paul, le Dieu d'Israël qui s'est fait connaître de façon décisive en Jésus Christ.

Il est à la fois celui à qui les demandes sont adressées et celui dont la paix est annoncée comme une force agissante ; la finale l'appelle « le Dieu de la paix ».

Mots à connaître
Rendre grâce

L'expression traduit un verbe grec qui signifie remercier. Dans la prière juive puis chrétienne, on ne demande pas sans commencer par reconnaître ce qui a déjà été donné ; c'est de ce mot que vient le terme « eucharistie ».

Vertu

Le mot grec aretê désigne l'excellence morale, valeur centrale de la philosophie grecque. Paul l'emploie très rarement : en le reprenant ici, il reconnaît que ce que la société environnante tient pour bon peut être assumé par les chrétiens.

Gardera vos cœurs

Le verbe grec évoque une garnison qui monte la garde autour d'une place forte. L'image parlait à Philippes, colonie peuplée d'anciens soldats romains : la paix de Dieu y est présentée comme une protection postée autour de l'intériorité.

Le cœur

Dans le langage biblique, le cœur n'est pas le siège des sentiments par opposition à la raison, mais le centre de la personne : ses décisions, sa volonté, son intelligence profonde.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 6, 25-34

Jésus y interdit lui aussi l'inquiétude, en l'argumentant par la providence du Père qui nourrit les oiseaux et habille les lys. Paul ne raisonne pas de la même manière : il ne développe pas d'images tirées de la nature, mais remplace l'inquiétude par un acte précis, la prière de demande unie à l'action de grâce. Les deux textes se rejoignent sur le fond sans dépendre l'un de l'autre.

Jn 14, 27

Dans l'évangile selon Jean, Jésus laisse aux siens une paix qui n'est pas « comme le monde la donne », et leur demande de ne pas se troubler. On retrouve le même couple : une paix d'origine divine opposée à l'agitation intérieure. Cela aide à comprendre que la paix dont parle Paul n'est pas l'absence de problèmes, mais une protection donnée.

1 Th 5, 16-18

Dans une autre lettre de Paul, la même triade revient de façon condensée : la joie, la prière constante, l'action de grâce en toute circonstance. La proximité montre qu'il s'agit d'une formule d'exhortation habituelle chez lui, transmise aux communautés qu'il fonde.

Ph 3, 17

Quelques paragraphes plus haut, Paul invitait déjà les Philippiens à prendre modèle sur lui et sur ceux qui vivent de la même manière. La finale reprend donc un thème déjà posé : la transmission ne passe pas seulement par un enseignement, mais par une manière de vivre observée.

Clés de lecture
Une substitution, non une consigne impossible

Paul ne demande pas simplement de cesser d'être inquiet, ce qui ne se commande pas. Il indique un geste qui prend la place de l'inquiétude : formuler ses demandes devant Dieu, et le faire en remerciant. L'ordre des mots compte : l'action de grâce accompagne la demande au lieu de la suivre.

Une paix qui protège plutôt qu'elle n'apaise

Le texte ne promet pas que les demandes seront exaucées telles quelles. Il promet autre chose : une paix venue de Dieu, décrite comme excédant les capacités de compréhension humaine, et qui tient garde autour de l'intériorité du croyant.

L'ouverture à ce que le monde tient pour bon

La liste de valeurs est empruntée au vocabulaire moral gréco-romain. Paul suggère ainsi que la foi ne dresse pas une morale entièrement à part : ce qui est vrai, juste et digne d'estime, d'où qu'il vienne, mérite d'être pris en considération.

De l'enseignement reçu à la conduite observée

La dernière exhortation articule quatre verbes : ce qui a été appris et reçu, mais aussi vu et entendu. Paul place sa propre manière de vivre au même rang que son enseignement, et la conclusion transforme la paix promise en présence : le Dieu de la paix lui-même.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul donne à une communauté inquiète, et lui-même prisonnier, une règle de vie tenant en peu de mots : prier plutôt que se ronger, discerner ce qui est bon, imiter ce qu'on a vu vivre. La promesse finale n'est pas un souhait poli mais une affirmation : la conduite décrite ouvre à une présence.

La tradition catholique lit dans ce passage l'une des descriptions les plus concrètes de la prière de demande : elle n'informe pas Dieu, elle place le croyant devant lui, et elle est indissociable de l'action de grâce. La paix promise y est comprise comme un don du Christ, non comme un état psychologique obtenu par effort, ce que souligne la précision « dans le Christ Jésus ».

La liste de valeurs a nourri une lecture constante : tout ce qui est authentiquement bon dans les cultures humaines peut être reconnu et assumé par la foi. Et l'appel à imiter le comportement de l'apôtre fonde l'idée que la foi se transmet aussi par des témoins dont on a vu la vie, non par des énoncés seuls.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une exhortation morale de fin de lettre : une suite de recommandations brèves, à l'impératif, que l'on trouvait couramment dans la correspondance antique et que Paul pratique à la clôture de ses lettres.

Le second temps du passage prend la forme d'une liste de valeurs dont les termes appartiennent au vocabulaire courant de la morale grecque, et non au lexique religieux juif. On ne lit donc pas ici un exposé doctrinal, mais des consignes pratiques : chaque terme vaut pour lui-même, sans qu'il faille chercher un raisonnement suivi.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, avec Timothée associé à l'adresse, à la communauté chrétienne de Philippes, ville de Macédoine dotée du statut de colonie romaine. Paul écrit depuis une prison : le lieu est discuté entre Rome, Éphèse et Césarée, ce qui fait osciller la datation entre le milieu des années 50 et le début des années 60.

L'attribution à Paul n'est guère contestée. En revanche, plusieurs spécialistes se demandent si la lettre telle que nous la lisons ne réunit pas deux ou trois billets écrits à des moments différents, à cause de ruptures de ton, notamment autour du chapitre 3 ; la question reste ouverte.

Lectures et références
  • Ph 4, 4-5 — Les versets qui précèdent immédiatement, sur la joie et la proximité du Seigneur, donnent le ton de toute la finale.
  • Ac 16, 11-15 — Le récit de l'arrivée de Paul à Philippes et de la conversion de Lydie éclaire la relation particulière qui le lie à cette communauté.
  • Catéchisme, § 2633 — Le Catéchisme y explique que toute nécessité peut devenir matière de demande dans la prière chrétienne.
  • Catéchisme, § 2648 — Sur l'action de grâce comme dimension de toute prière, y compris dans l'épreuve.

À retenir

Paul remplace l'inquiétude non par un raisonnement rassurant mais par un geste, la prière unie à l'action de grâce, dont il annonce pour fruit une paix qui monte la garde autour de l'intériorité du croyant.

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Évangile

Matthieu 21, 33-43

« Il louera la vigne à d’autres vignerons »

33 « Écoutez une autre parabole. Il y avait un père de famille qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y bâtit une tour ; et l’ayant louée à des vignerons, il partit pour un voyage.

34 Quand vint le temps des fruits, il envoya aux vignerons ses serviteurs pour recevoir le produit de sa vigne.

35 Les vignerons s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre et lapidèrent le troisième.

36 Il envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et ils les traitèrent de même.

37 Enfin il leur envoya son fils, en disant : ils respecteront mon fils.

38 Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage.

39 Et s’étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

40 Maintenant, lorsque le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »

41 Ils lui répondirent : « Il frappera sans pitié ces misérables, et louera sa vigne à d’autres vignerons, qui lui en donneront les fruits en leur temps. »

42 Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue le sommet de l’angle ? C’est le Seigneur qui a fait cela, et c’est un prodige à nos yeux.. —

43 C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté et qu’il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est à Jérusalem, dans les derniers jours de la vie de Jésus. Il vient d'entrer dans la ville acclamé par la foule, a chassé les marchands du Temple, et enseigne désormais dans l'enceinte du sanctuaire, où les autorités religieuses viennent lui demander de quel droit il agit ainsi (Mt 21, 23-27).

À cette contestation, Jésus répond par une série de trois paraboles adressées aux mêmes interlocuteurs : celle des deux fils (21, 28-32), celle des vignerons homicides que l'on lit ici, puis celle du festin de noces (22, 1-14). Le passage s'arrête juste avant la réaction des chefs, qui cherchent à l'arrêter mais renoncent par peur de la foule (21, 45-46).

Le récit est donc à lire comme une parole de rupture, prononcée à quelques jours de l'arrestation et de la mort de Jésus, et qui les annonce à mots à peine couverts.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que les évangiles présentent comme le Messie annoncé et le Fils de Dieu. Il est ici à Jérusalem, dans la semaine qui précède sa mort.

Il raconte la parabole et en tire lui-même la conclusion, en s'appuyant sur un psaume. Le fils envoyé en dernier et tué désigne discrètement son propre sort.

les grands prêtres et les anciens du peuple

Les responsables religieux et notables de Jérusalem : les grands prêtres dirigent le culte du Temple, les anciens sont les chefs de familles influentes. Ensemble, ils forment l'essentiel du conseil qui gouverne les affaires juives.

Ce sont les auditeurs directs de la parabole. Interrogés par Jésus, ils prononcent eux-mêmes la sentence contre les mauvais vignerons, sans voir d'abord qu'elle les vise.

le propriétaire du domaine

Personnage de la parabole : un maître qui aménage sa vigne avec soin, la confie à des exploitants et s'absente.

Il représente Dieu, qui a pris soin de son peuple et attend de lui des fruits. Sa patience, marquée par les envois répétés, est le ressort du récit.

les vignerons

Personnages de la parabole : des exploitants à qui la vigne est louée en échange d'une part de la récolte.

Ils figurent les responsables du peuple, qui veulent s'approprier ce qui leur était seulement confié et éliminent les envoyés du maître.

les serviteurs et le fils

Personnages de la parabole : des envoyés successifs du propriétaire, puis son héritier.

Les serviteurs évoquent les prophètes, souvent maltraités dans l'histoire d'Israël ; le fils, envoyé en dernier et mis à mort hors de la vigne, renvoie à Jésus lui-même.

Mots à connaître
la vigne aménagée (clôture, pressoir, tour de garde)

Une vigne de rapport en Palestine était protégée par un muret ou une haie contre les bêtes, équipée d'une cuve creusée dans le roc pour fouler le raisin, et surveillée depuis une tour au moment de la récolte. Cet équipement représente un investissement considérable. Le détail souligne le soin extrême du propriétaire avant son départ.

louer la vigne à des vignerons

Le propriétaire absent confiait son domaine à des exploitants qui lui versaient une part de la récolte à titre de loyer. Ce système était courant en Galilée et en Judée, souvent mal vécu par les paysans. La parabole joue sur une tension sociale réelle : les vignerons s'imaginent pouvoir devenir propriétaires.

lapidèrent

La lapidation, mise à mort par jets de pierres, était la peine prévue par la Loi pour certaines fautes graves, notamment le blasphème. Employée ici contre un simple envoyé, elle indique que les vignerons se posent en juges de celui qui vient au nom du maître.

la pierre d'angle

Dans la construction ancienne, il s'agit de la pierre maîtresse qui assure la liaison et la solidité de l'édifice, choisie avec soin parmi les blocs disponibles. Une pierre écartée par les maçons puis promue à cette place est un renversement spectaculaire. L'image dit que celui qui est rejeté devient le point d'appui de tout.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« une nation »

Le mot grec ethnos désigne un peuple, un groupe humain, sans référence à l'État moderne. Plusieurs bibles traduisent « un peuple » pour éviter le contresens.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 12, 1-12 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même parabole, mais sans la conclusion sur le royaume donné à une autre nation. Chez lui, c'est Jésus qui répond à sa propre question, alors que Matthieu fait prononcer la sentence par les auditeurs eux-mêmes : ils se condamnent de leur bouche. Marc parle aussi d'un « fils bien-aimé », expression qui rapproche explicitement la parabole du baptême et de la transfiguration.

Lc 20, 9-19 même épisode, autre évangile

Luc adresse la parabole au peuple plutôt qu'aux seuls chefs, et fait réagir les auditeurs par un cri d'effroi devant la sentence annoncée. Il allège aussi la description de la vigne. Ces déplacements montrent que chaque évangéliste adapte le même récit à son propos.

Is 5, 1-7 Ancien Testament

Le prophète Isaïe chante une vigne plantée et soignée avec amour, qui ne donne que de mauvais raisins ; il conclut en disant que cette vigne est la maison d'Israël. Les détails de l'aménagement repris par Jésus viennent de là : ses auditeurs, familiers des Écritures, reconnaissent immédiatement l'image. Mais Jésus déplace l'accusation : ce n'est plus la vigne qui est en cause, ce sont ceux à qui elle est confiée.

Ps 118, 22-23 Ancien Testament

Le psaume évoque une pierre écartée par les constructeurs et finalement placée à l'angle de l'édifice. Jésus l'applique à la situation qu'il vient de décrire : le rejet n'aura pas le dernier mot. Cette citation est devenue l'une des clés de lecture de la résurrection dans la prédication chrétienne des origines.

Clés de lecture
Une accusation que les auditeurs prononcent eux-mêmes

Jésus interrompt son récit par une question et laisse ses interlocuteurs conclure. Ce sont donc les grands prêtres et les anciens qui énoncent le châtiment des vignerons, avant de comprendre qu'ils ont parlé contre eux-mêmes. Le procédé rappelle la manière dont le prophète Natan avait piégé le roi David (2 S 12).

La patience du maître comme fil du récit

Les envois se succèdent, d'abord des serviteurs, puis d'autres plus nombreux, enfin le fils. Cette progression met en scène une histoire longue, celle des prophètes envoyés à Israël et maltraités. L'accent ne porte pas d'abord sur la faute des vignerons mais sur l'obstination du propriétaire à revenir vers eux.

Un déplacement par rapport à Isaïe

Chez Isaïe, la vigne elle-même est stérile et c'est elle qui est menacée de destruction. Ici, la vigne reste bonne et produit : ce sont les locataires qui sont remplacés. La sanction annoncée ne vise donc pas le peuple comme tel, mais ceux qui en avaient la charge.

Le fils tué « hors de la vigne »

La précision du lieu n'est pas décorative : elle anticipe la mort de Jésus exécuté hors des murs de Jérusalem. La parabole prend ainsi la forme d'une annonce voilée de la Passion, adressée à ceux-là mêmes qui vont y prendre part.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus adresse un avertissement aux responsables religieux de Jérusalem : la charge d'un peuple n'est pas une propriété, et la place qu'ils occupent leur sera retirée au profit de ceux qui donneront les fruits attendus. Le terme rendu ici par « nation » désigne un peuple qui n'est pas défini par l'appartenance ethnique mais par la fécondité de sa réponse.

La tradition chrétienne y lit ensuite le mystère pascal : le fils mis à mort est le Christ, et la pierre écartée devenue pierre d'angle est la résurrection. L'Église se comprend comme la communauté appelée à faire fructifier la vigne, sans jamais pouvoir se l'approprier : le passage vaut donc aussi comme avertissement pour ses propres responsables. Il faut noter que la lecture catholique exclut d'y voir un rejet définitif d'Israël : la vigne demeure, et l'apôtre Paul affirme que les dons de Dieu à son peuple sont sans repentance (Rm 11, 29).

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une parabole, c'est-à-dire un récit imagé emprunté à la vie ordinaire et destiné à faire découvrir quelque chose à l'auditeur plutôt qu'à lui asséner une thèse.

Celle-ci relève plus précisément de la parabole-procès : Jésus fait juger une situation fictive par ses adversaires avant de leur révéler qu'ils viennent de se juger eux-mêmes. Elle est aussi allégorique, chaque élément renvoyant à une réalité précise, ce qui n'est pas le cas de toutes les paraboles.

On la lit donc comme un avertissement adressé à des responsables, non comme une chronique historique.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Matthieu est attribué par la tradition à l'un des Douze, le collecteur d'impôts appelé aussi Lévi ; les historiens discutent cette attribution et situent la rédaction, en grec, vers les années 80.

Il s'adresse à une communauté largement issue du judaïsme, qui connaît bien les Écritures d'Israël et qui vit la séparation douloureuse d'avec les autorités de la synagogue après la destruction du Temple en 70.

Cela explique l'insistance de ce passage sur les citations bibliques et sur la question de savoir à qui revient désormais la charge de faire fructifier l'héritage reçu.

Lectures et références
  • 2 S 12, 1-7 — Le prophète Natan fait juger David par une parabole avant de lui révéler qu'il s'agit de lui : même procédé que celui employé ici.
  • Rm 11, 28-29 — Paul écarte l'idée que Dieu aurait rompu son alliance avec Israël, ce qui borne l'interprétation de la sentence finale.
  • He 13, 12 — Le fils tué hors de la vigne fait écho à Jésus mis à mort hors des portes de la ville.
  • Catéchisme, § 755 — Le Catéchisme développe l'image de l'Église comme vigne et bercail du Christ.

À retenir

Interrogés sur le sort de vignerons qui ont tué l'héritier, les chefs religieux prononcent sans le savoir leur propre sentence : la vigne n'est pas retirée, elle change de gérants.

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