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de la férie

26ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Job 42, 1-3 . 42, 5-6 . 42, 12-17

« Maintenant mes yeux t’ont vu. C’est pourquoi je me rétracte »

1 Job répondit à Yahweh et dit :

2 Je sais que tu peux tout, et que pour toi aucun dessein n’est trop difficile.

3 « Quel est celui qui obscurcit le plan divin, sans savoir ? » Oui, j’ai parlé sans intelligence de merveilles qui me dépassent et que j’ignore.

5 Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu.

6 C’est pourquoi je me condamne et me repens, sur la poussière et sur la cendre.

12 Et Yahweh bénit les derniers temps de Job plus encore que les premiers, et il posséda quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.

13 Il eut sept fils et trois filles ;

14 il nomma la première Jémima, la deuxième Ketsia et la troisième Kéren-Hapouk.

15 On ne trouvait pas dans toute la terre d’aussi belles femmes que les filles de Job, et leur père leur donna une part d’héritage parmi leurs frères.

16 Job vécut après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération.

17 Et Job mourut vieux et rassasié de jours.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Job s'achève ici. Après le prologue en prose — Job, homme juste et prospère, perd ses biens, ses enfants et sa santé sans comprendre pourquoi — viennent de longs dialogues en poésie où trois amis lui soutiennent que le malheur est toujours la punition d'une faute, et où Job, se sachant innocent, refuse cette explication et interpelle Dieu.

Aux chapitres 38 à 41, Dieu répond enfin, du sein de la tempête, non par une explication mais par une immense suite de questions sur la création : le monde dépasse ce que Job peut embrasser. Le passage du jour est la réponse de Job à ce discours, puis l'épilogue en prose qui referme le livre.

La lecture saute deux ensembles : le verset 4, où Job reprend les mots par lesquels Dieu l'avait défié, et les versets 7 à 11, où Dieu désavoue les trois amis et où Job intercède pour eux. Ce saut fait passer directement du repentir de Job à sa restauration, en laissant de côté l'épisode qui dit que c'est Job, et non ses amis, qui a parlé correctement de Dieu.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Job

Personnage central du livre qui porte son nom : un homme présenté comme parfaitement juste, frappé par le malheur sans l'avoir mérité, et qui passe tout le livre à réclamer des comptes à Dieu plutôt qu'à se résigner.

Il répond au discours de Dieu : il reconnaît avoir parlé de ce qui le dépassait et revient sur ses paroles. Dans l'épilogue, il reçoit de nouveaux biens, de nouveaux enfants, et meurt très âgé.

Le Seigneur

Le Dieu d'Israël, que le livre de Job met en scène comme créateur dont les desseins excèdent la compréhension humaine. Il vient de parler à Job depuis la tempête sans répondre directement à sa question sur la souffrance.

Il est celui à qui Job s'adresse, et celui qui, dans l'épilogue, rétablit et multiplie ce que Job avait perdu.

Les filles de Job

Trois filles nées après l'épreuve, nommées individuellement alors que les sept fils ne le sont pas — inversion remarquable des usages narratifs de l'Ancien Testament.

Leur beauté et surtout leur part d'héritage, reçue à égalité avec leurs frères, signalent que la restauration de Job dépasse le simple retour à l'état antérieur.

Mots à connaître
La poussière et la cendre

S'asseoir sur la cendre, se couvrir de poussière, sont en Orient ancien les gestes visibles du deuil et du repentir. Job était déjà assis sur la cendre depuis le début de son épreuve. La formule dit donc à la fois son état physique et son attitude intérieure.

Les troupeaux comme mesure de richesse

Moutons, chameaux, bœufs et ânesses constituent la fortune d'un chef de clan semi-nomade : ils fournissent la laine, le lait, le transport et le travail de labour. Les chiffres donnés sont symboliques plutôt que comptables ; ils doublent exactement ceux du début du livre.

La part d'héritage donnée aux filles

Dans le droit israélite courant, l'héritage passait normalement aux fils, les filles n'héritant qu'en l'absence de frères. Que Job dote ses filles à égalité avec leurs frères est donc un trait volontairement inhabituel, qui souligne la générosité débordante de la fin du livre.

Les noms des filles

Les noms hébreux signifient approximativement « tourterelle », « parfum de cinnamome » et « corne de fard à paupières ». Ce sont des noms de beauté et de senteur, à l'opposé du monde de cendre et de plaies du reste du livre.

Ailleurs dans l’Écriture
Jb 1, 1-3

L'ouverture du livre décrit la prospérité initiale de Job avec le même type d'inventaire chiffré de troupeaux et le même nombre d'enfants, sept fils et trois filles. L'épilogue reprend volontairement cette liste en doublant les chiffres des troupeaux. Le lecteur est invité à comparer les deux tableaux : le livre se referme sur l'image qu'il avait ouverte, mais amplifiée.

Jb 38, 1-4

C'est le discours auquel Job répond ici. Dieu y interpelle Job en lui demandant qui prétend obscurcir son dessein par des propos sans science, et où il se trouvait quand la terre fut fondée. La réponse de Job reprend presque mot pour mot cette interpellation : il fait sienne la question qui lui était adressée.

Jb 42, 7-8

Ces versets, enjambés par la lecture, contiennent le jugement de Dieu sur les trois amis : ils n'ont pas parlé de lui correctement, contrairement à Job. Sans eux, on pourrait croire que Job est simplement remis à sa place. Avec eux, le livre affirme que la révolte de Job valait mieux que les explications pieuses de ses amis.

Gn 25, 8 Ancien Testament

La formule qui clôt la vie de Job — mourir vieux et rassasié de jours — est celle qui décrit la mort d'Abraham. Elle marque une existence menée à son terme plein, sans amertume. Elle range Job parmi les grandes figures patriarcales, ce qui correspond au cadre volontairement archaïque et non israélite du livre.

Clés de lecture
Job ne reçoit pas d'explication

Dieu n'a pas dit à Job pourquoi il souffrait, et Job ne le demande plus. Ce que le livre met en scène n'est pas la résolution de l'énigme mais son déplacement : Job passe d'un savoir sur Dieu à une rencontre avec lui. La distinction entre ouï-dire et vision, au verset 5, est le pivot du passage.

Un repentir qui n'est pas un aveu de faute

Job ne reconnaît pas avoir mérité son malheur — le livre affirme le contraire d'un bout à l'autre. Il revient sur la manière dont il a parlé de choses qui le dépassaient. L'hébreu du verset 6 est d'ailleurs difficile et se traduit de plusieurs façons, certaines comprenant que Job se console plutôt qu'il ne se méprise.

Une fin qui laisse une question ouverte

L'épilogue rend à Job plus qu'il n'avait perdu, mais les enfants morts au premier chapitre ne reviennent pas : de nouveaux naissent. Beaucoup de lecteurs voient là une limite volontaire du récit, qui restaure sans effacer. La question de la souffrance du juste n'est pas close par le livre ; elle est portée jusqu'au bout.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le livre s'achève sur un déplacement : la question du pourquoi de la souffrance reste sans réponse théorique, et ce qui est donné à Job, c'est la présence même de Dieu. Le passage enjambé par la lecture ajoute que Job, qui s'est plaint et révolté, a mieux parlé de Dieu que ses amis qui le défendaient par des raisonnements : la tradition catholique y voit une mise en garde contre les explications trop rapides du malheur d'autrui.

Dans la lecture chrétienne, Job est traditionnellement compris comme une figure qui prépare le Christ : le juste frappé sans avoir péché, dont la plainte est entendue et dont la fin est une restauration. Le Nouveau Testament ne cite pas Job comme prophétie, mais l'épître de Jacques le donne en exemple de constance. Le catholicisme tient que le mystère de la souffrance innocente n'est pas expliqué mais assumé dans la croix et ouvert par la résurrection : la prospérité rendue à Job y est lue comme une anticipation encore terrestre d'une restauration plus vaste.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux genres se succèdent ici. Les premiers versets sont de la poésie hébraïque : Job répond à Dieu en vers brefs, construits par parallélisme, où la seconde ligne reprend et infléchit la première.

À partir du verset 12, on passe à la prose d'un épilogue de conte, avec ses chiffres ronds et sa formule de clôture. Ce changement de registre compte : l'épilogue ne prétend pas être une chronique, il referme une fiction sapientielle — un récit construit pour faire réfléchir sur une question, ici la souffrance du juste — et ne doit pas être lu comme la promesse que tout malheur sera compensé de la sorte.

Qui écrit, et pour qui

Le livre de Job est anonyme. On le situe généralement, faute de mieux, entre le VIe et le IVe siècle avant Jésus-Christ, dans un milieu de sages israélites, mais la datation reste discutée.

Sa composition est elle-même débattue : un récit en prose encadre un vaste ensemble poétique, et beaucoup pensent que l'auteur du poème a repris un conte populaire plus ancien sur un juste éprouvé. Cela explique la différence de ton entre l'épilogue d'aujourd'hui, très sobre et narratif, et les chapitres poétiques qui précèdent.

Le livre s'adresse à des croyants confrontés à une difficulté concrète : la doctrine reçue selon laquelle Dieu récompense le juste et punit le méchant se heurte à l'expérience du malheur innocent.

Lectures et références
  • Jc 5, 11 — Le Nouveau Testament renvoie explicitement à la constance de Job et à la manière dont le Seigneur mène les choses à leur terme.
  • Ez 14, 14 — Job y est nommé à côté de Noé et de Daniel comme l'une des grandes figures de justice, signe de la notoriété ancienne du personnage.
  • Catéchisme, § 164 — Le Catéchisme évoque l'obscurité dans laquelle la foi avance et le témoignage du mal et de la souffrance, dont Job est le lieu par excellence.
  • Catéchisme, § 324 — Il rappelle que Dieu ne permet le mal qu'en vue d'un bien plus grand, sans que ce bien soit toujours perceptible dans cette vie.

À retenir

Le livre de Job se referme non sur une explication de la souffrance, mais sur le passage d'un Dieu connu par ouï-dire à un Dieu rencontré — puis sur une restauration qui donne davantage sans effacer ce qui a été perdu.

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Psaume

Psaumes 118, 66 . 118, 71 . 118, 75 . 118, 91 . 118, 125 . 118, 130

66 Enseigne-moi le sens droit et l’intelligence, car j’ai foi en tes commandements.

71 Il m’est bon d’avoir été humilié, afin que j’apprenne tes préceptes.

75 Je sais, Yahweh, que tes jugements sont justes ; c’est dans ta fidélité que tu m’as humilié.

91 C’est d’après tes lois que tout subsiste jusqu’à ce jour, car tout obéit à tes ordres.

125 Je suis ton serviteur : donne-moi l’intelligence, pour que je connaisse tes enseignements.

130 La révélation de tes paroles illumine, elle donne l’intelligence aux simples.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 10, 17-24

« Réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux »

17 Les soixante-douze revinrent avec joie, disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom. »

18 Il leur répondit : « Je contemplais Satan tombant du ciel comme la foudre.

19 Voilà que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la puissance de l’ennemi, et elle ne pourra vous nuire en rien.

20 Seulement ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. »

21 Au même moment, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint, et il dit : « Je te bénis, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, et les as révélées aux petits enfants. Oui, [je te bénis], ô Père, de ce qu’il t’a plu ainsi.

22 Toutes choses m’ont été données par mon Père ; et personne ne sait ce qu’est le Fils, si ce n’est le Père, et ce qu’est le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. »

23 Et se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

24 Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans la grande section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9) : Jésus a quitté la Galilée et marche vers la ville où il sera livré.

Juste avant, il a envoyé devant lui soixante-douze disciples, deux par deux, dans les villages qu'il devait traverser, avec des consignes précises : ne rien emporter, annoncer la paix, guérir les malades, dire que le Règne de Dieu est tout proche. Il a aussi reproché leur indifférence aux villes du lac qui l'avaient vu à l'œuvre. Notre passage est le retour de mission : les envoyés reviennent et font leur rapport.

Aussitôt après viendront la question d'un docteur de la Loi et la parabole du bon Samaritain. Le découpage liturgique isole donc un bloc cohérent : le bilan de la mission, puis la prière de Jésus qui en donne le sens.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Les 72 disciples

Un groupe plus large que les douze apôtres : des hommes que Jésus s'est adjoints et qu'il a envoyés en éclaireurs dans les localités de son itinéraire. « Disciple » désigne celui qui suit et apprend ; « apôtre », celui qui est envoyé avec une charge officielle.

Ils reviennent joyeux de leur tournée et rapportent que les esprits mauvais ont cédé devant eux. Leur enthousiasme est le point de départ de tout le passage : Jésus le confirme, puis le redresse.

Jésus

Le maître itinérant que Luc présente comme celui qui apporte le Règne de Dieu ; il est ici en route vers Jérusalem.

Il interprète le succès de ses envoyés comme la défaite de Satan, déplace le motif de leur joie, puis se tourne vers son Père dans une prière de louange où il dit sa relation unique avec lui.

Satan, appelé aussi l'Ennemi

Dans la Bible, le nom désigne l'adversaire, l'accusateur : la puissance de mal qui s'oppose au dessein de Dieu. Les « démons » ou « esprits » sont compris comme relevant de son pouvoir.

Il n'intervient pas, il est évoqué : Jésus décrit sa chute comme un événement déjà survenu, dont les exorcismes des disciples sont le signe visible.

Le Père

C'est le nom par lequel Jésus s'adresse à Dieu tout au long des évangiles ; Luc y insiste particulièrement dans les moments de prière.

Il est celui que Jésus loue pour son choix : avoir fait connaître son dessein aux petits plutôt qu'aux savants. Jésus affirme entre lui et le Père une connaissance mutuelle exclusive.

Les sages et les savants, les tout-petits

Deux groupes typés, non des personnes identifiées : d'un côté ceux qui détiennent le savoir religieux et l'autorité qu'il donne, de l'autre ceux qui n'ont ni titre ni compétence.

Ils servent de contraste dans la prière de Jésus : la révélation ne suit pas la hiérarchie des compétences humaines.

Mots à connaître
Les 72

Les manuscrits anciens hésitent entre soixante-dix et soixante-douze, d'où les différences entre les bibles. Le chiffre évoque probablement les nations du monde selon la liste de la Genèse, ou encore les soixante-dix anciens qui assistaient Moïse. Il suggère une mission largement ouverte, au-delà du cercle des Douze.

« En ton nom »

Dans le langage biblique, le nom porte la personne elle-même. Agir au nom de quelqu'un, c'est agir avec son autorité et sa force, non réciter une formule magique. Les disciples attribuent donc à Jésus ce qu'ils ont obtenu.

Les démons, les esprits

Le monde antique attribuait à des puissances mauvaises certains troubles physiques et psychiques. Les récits d'exorcisme des évangiles se situent dans cette représentation ; ce qui importe pour le texte n'est pas une théorie sur ces puissances, mais l'affirmation qu'elles ne tiennent pas devant Jésus.

Des noms inscrits dans les cieux

L'image vient de l'Ancien Testament, qui parle d'un livre où Dieu tient le registre des siens : Moïse demande à en être effacé plutôt que de voir son peuple perdu, et le livre de Daniel évoque ceux qui s'y trouvent inscrits. Être inscrit signifie appartenir au peuple que Dieu reconnaît comme sien.

Serpents et scorpions

Animaux dangereux et familiers du Proche-Orient, devenus dans la Bible des images des forces hostiles rencontrées sur la route. L'expression relève du langage imagé de la protection divine, non d'une consigne pratique.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« les 72 »

Les manuscrits grecs les plus anciens se partagent entre soixante-dix et soixante-douze ; selon la tradition manuscrite suivie, les bibles françaises donnent l'un ou l'autre chiffre, sans que le sens du récit en soit modifié.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 11, 25-27 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte presque mot pour mot la même prière de Jésus, mais dans un tout autre cadre : après les reproches aux villes du lac, et non après un retour de mission. Il y ajoute aussitôt l'invitation à venir à Jésus pour trouver le repos, que Luc n'a pas. Le même texte sert donc à deux constructions différentes, ce qui montre comment chaque évangéliste organise librement des paroles reçues.

Mt 13, 16-17 même épisode, autre évangile

La béatitude sur les yeux qui voient se trouve chez Matthieu au milieu du discours en paraboles, pour expliquer pourquoi les disciples comprennent et la foule non. Matthieu parle de « prophètes et justes » là où Luc a « prophètes et rois ». Chez Luc, la parole conclut le retour de mission et vaut comme privilège de la génération qui rencontre Jésus.

Ps 91, 13 Ancien Testament

Ce psaume promet à celui qui se confie en Dieu de marcher sur le lion et le serpent sans être atteint. L'image des serpents et des scorpions foulés aux pieds vient de cette tradition ; le Deutéronome associe ces mêmes bêtes aux dangers du désert. Jésus reprend une promesse de protection déjà formulée et l'applique à la mission de ses envoyés.

Is 14, 12 Ancien Testament

Isaïe chante la chute de l'astre brillant tombé du ciel : il s'agit d'abord du roi de Babylone, décrit dans un poème de dérision. La tradition juive puis chrétienne a relu cette image comme celle de la chute de l'adversaire de Dieu. La phrase de Jésus sur Satan s'inscrit dans cette manière de parler.

Clés de lecture
Une joie déplacée, non refusée

Jésus ne conteste pas le succès des envoyés : il le confirme même en parlant de la chute de l'adversaire. Mais il en détache le motif de leur joie. Ce qui compte n'est pas la puissance exercée, c'est la relation à Dieu reçue, exprimée par l'image des noms inscrits.

Une inversion des compétences

La prière de louange oppose ceux qui savent et ceux qui ne sont rien. Elle ne déclare pas le savoir mauvais : elle constate que l'accès au dessein de Dieu ne s'obtient pas comme un diplôme. Les soixante-douze, envoyés sans bagage ni titre, viennent d'en faire l'expérience.

La connaissance réciproque du Père et du Fils

Le cœur du passage est une affirmation très forte de Jésus sur lui-même : seul le Père sait qui est le Fils, seul le Fils sait qui est le Père. Cette formulation, rare chez Luc et Matthieu, ressemble beaucoup au langage de l'évangile de Jean. Elle fait de Jésus non un informateur sur Dieu, mais le seul passage vers lui.

Le privilège du temps présent

La béatitude finale, dite à part aux disciples, situe le moment : prophètes et rois d'autrefois ont attendu ce que ces hommes ordinaires ont maintenant sous les yeux. Luc inscrit ainsi la scène dans une longue histoire d'attente qui trouve là son terme.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc montre que la mission confiée par Jésus est efficace et qu'elle manifeste le recul du mal, mais il en redresse aussitôt l'interprétation : le vrai motif de joie est d'être connu et accueilli de Dieu, pas d'avoir réussi.

La tradition catholique lit dans la prière de Jésus l'une des indications les plus nettes des évangiles sur sa relation au Père : une connaissance mutuelle qui n'est pas de l'ordre de l'information mais de l'identité, et dont dépend toute connaissance de Dieu par les hommes. La mention de l'Esprit Saint qui suscite cette joie fait de la scène un lieu où l'on entrevoit les trois : le Père loué, le Fils qui loue, l'Esprit qui l'y porte.

De là découlent deux lectures classiques : toute mission chrétienne est reçue, non conquise ; et l'accès à Dieu passe par une révélation donnée, ce qui explique l'attention constante de l'Église aux « tout-petits » plutôt qu'aux puissants.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage assemble trois formes brèves. D'abord un récit de retour de mission : un rapport, puis la réponse du maître, procédé classique pour faire dire à un épisode sa signification.

Vient ensuite une prière de louange, que la tradition appelle l'hymne de jubilation : Jésus ne s'adresse plus aux disciples mais à Dieu, et les auditeurs sont pris à témoin. Enfin une béatitude, c'est-à-dire une déclaration de bonheur (« heureux ceux qui… »), forme fréquente dans la Bible pour désigner qui se trouve en situation favorable devant Dieu.

Lire ainsi évite un contresens : ces paroles ne sont pas un enseignement doctrinal construit, mais des formules denses, faites pour être retenues.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de Paul, présenté comme un auteur de culture grecque écrivant pour des chrétiens venus du monde païen plutôt que du judaïsme.

Il compose vraisemblablement dans les années 80, à partir de sources antérieures dont l'évangile de Marc et un recueil de paroles de Jésus qu'il partage avec Matthieu ; la prière de louange de ce passage appartient à ce fonds commun. Date et lieu de rédaction restent discutés.

Son livre a une suite, les Actes des Apôtres, qui raconte la mission des premiers chrétiens : l'envoi des soixante-douze en est comme une répétition anticipée.

Lectures et références
  • Lc 10, 1-12 — L'envoi des soixante-douze, dont ce passage est le retour, avec les consignes précises données au départ.
  • Ex 32, 32 — Moïse demande à être effacé du livre de Dieu : la source de l'image des noms inscrits.
  • Dn 12, 1 — L'annonce du salut pour ceux qui se trouvent inscrits dans le livre.
  • Jn 10, 15 — Jean formule de manière très proche la connaissance réciproque du Père et du Fils.
  • Catéchisme, § 240 — Le Catéchisme commente cette parole sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils pour dire l'identité du Fils.

À retenir

Jésus confirme à ses envoyés que le mal recule devant eux, mais déplace leur joie : ce qui compte n'est pas le pouvoir exercé, c'est d'être connu de Dieu, et cette connaissance vient du Père par le Fils.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Nous avons vu plus haut que le Seigneur envoya ses disciples revêtus de la grâce du Saint-Esprit, et que, devenus ministres de la prédication, ils reçurent en même temps tout pouvoir sur les esprits immondes ; nous les voyons revenir maintenant en proclamant la puissance de celui qui les a ainsi honorés : « Or, les soixante-douze disciples revinrent avec joie, en disant : Seigneur, les démons eux-mêmes nous sont soumis, » etc. Ils semblent se réjouir bien plus de ce qu’ils ont opéré des miracles, que d’avoir été les ministres de la prédication. Et cependant ils devaient bien plutôt mettre leur joie dans ceux qu’ils avaient gagnés à l’Évangile, à l’exemple de saint Paul, qui disait à ceux qui avaient été appelés à la foi par ses prédications : « Vous êtes ma joie et ma couronne. » (Ph 4.)

S. Grég

(Moral. , 23, 4.) Le Sauveur se hâte de réprimer ce mouvement d’orgueil dans le coeur de ses disciples, et il leur rappelle la chute trop justement méritée du maître de l’orgueil, pour leur apprendre, par le prince de l’orgueil, combien ce vice était redoutable : « Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair, » etc.

S. Basile

(hom., Dieu n’est pas l’auteur du mal.) Le démon est appelé Satan, parce qu’il est opposé au bien (c’est le sens du mot hébreu) ; il est aussi appelé diable, parce qu’il nous aide à commettre le mal, et qu’il devient notre accusateur. Sa nature est immatérielle, et il fait son séjour dans les airs.

Bède

Il ne dit pas : Je le vois maintenant ; mais : « Je le voyais précédemment, » au moment même de sa chute. Il le compare à l’éclair, pour signifier la rapidité avec laquelle il a été précipité du haut du ciel au fond des abîmes, ou pour exprimer que depuis sa chute, il se transforme encore en ange de lumière (2 Co 11, 4.)

46 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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