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Ss Anges Gardiens

26ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Job 38, 1 . 38, 12-21 . 40, 3-5

« As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin ? Es-tu parvenu jusqu’aux sources de la mer ? »

1 Alors Yahweh répondit à Job du sein de la tempête, et dit :

12 As-tu, depuis que tu existes, commandé au matin ? As-tu indiqué sa place à l’aurore,

13 pour qu’elle saisisse les extrémités de la terre et qu’elle en secoue les méchants ;

14 pour que la terre prenne forme, comme l’argile sous le cachet, et qu’elle se montre parée comme d’un vêtement ;

15 pour que les malfaiteurs soient privés de leur lumière, et que le bras levé pour le crime soit brisé ?

16 Es-tu descendu jusqu’aux sources de la mer, t’es-tu promené dans les profondeurs de l’abîme ?

17 Les portes de la mort se sont-elles ouvertes devant toi, as-tu vu les portes du sombre séjour ?

18 As-tu embrassé l’étendue de la terre ? Parle, si tu sais toutes ces choses.

19 Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière, et où se trouve la demeure des ténèbres ?

20 Tu pourrais les saisir en leur domaine, tu connais les sentiers de leur séjour !...

21 Tu le sais sans doute, puisque tu étais né avant elles ; le nombre de tes jours est si grand !...

3 Job répondit à Yahweh, en disant :

4 Chétif que je suis, que te répondrai-je ? Je mets la main sur ma bouche.

5 J’ai parlé une fois, je ne répliquerai pas ; deux fois, je n’ajouterai rien.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Job raconte l'épreuve d'un homme juste qui perd ses biens, ses enfants et sa santé. Pendant une trentaine de chapitres, trois amis venus le consoler lui soutiennent que son malheur doit être la punition d'une faute, tandis que Job proteste de son innocence et somme Dieu de s'expliquer. Un quatrième interlocuteur, Élihu, prend ensuite longuement la parole (chapitres 32 à 37) sans convaincre davantage.

La lecture du jour ouvre le dénouement : à partir du chapitre 38, Dieu répond enfin, mais d'une manière inattendue, par une longue suite de questions sur les merveilles du monde créé. Le lectionnaire retient le premier verset, puis un extrait de cette enquête cosmique (l'aurore, les profondeurs de la mer, les portes de la mort, la lumière et les ténèbres), et il saute le début du discours (38, 2-11) ainsi que toute la suite (38, 22 – 40, 2), où Dieu passe en revue la neige, les astres, les animaux sauvages.

Le montage se termine par la première réaction de Job (40, 3-5) : quelques mots seulement. Le livre se poursuivra par un second discours divin, puis par la réponse définitive de Job au chapitre 42. En semaine, la première lecture suit son propre parcours suivi dans un livre, indépendamment de l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le Seigneur

Le Dieu d'Israël, que le livre de Job désigne le plus souvent par des titres de puissance créatrice. Il était resté silencieux depuis le début du débat.

Il prend la parole du sein de la tempête et interroge Job sur les origines et les frontières du monde, sans répondre directement à la question du malheur des justes.

Job

Personnage central du livre : un homme droit, non israélite, frappé par le malheur, qui a refusé aussi bien de maudire Dieu que de s'avouer coupable d'une faute qu'il n'a pas commise.

D'accusateur réclamant un procès, il devient celui que l'on interroge. Sa réponse, très brève, est un geste de silence plutôt qu'un aveu de culpabilité.

Les méchants

Dans le vocabulaire des livres de sagesse, ceux qui agissent par violence et injustice, souvent impunis aux yeux des victimes.

Ils apparaissent dans l'image de l'aurore qui secoue la terre : la lumière du matin déloge ceux qui profitaient de la nuit, façon de dire que l'ordre du monde n'est pas livré à la violence.

Mots à connaître
La tempête

Dans la Bible, l'orage, le vent violent et le feu accompagnent souvent les manifestations de Dieu, comme au Sinaï. Ce décor signale que la parole qui vient n'est pas une opinion parmi d'autres, et qu'elle reste redoutable pour celui qui la reçoit.

L'argile sous le sceau

Dans l'Antiquité, on imprimait un cachet gravé sur une plaque ou une bulle d'argile molle pour authentifier un document. L'image compare la terre éclairée par le matin à l'argile qui prend soudain son relief : ce qui était informe dans la nuit devient net.

Les sources de la mer et l'abîme

La cosmologie ancienne imaginait sous la terre une masse d'eaux primordiales d'où sortaient sources et fleuves. Personne n'y descend : ces profondeurs représentent la part du monde que l'homme ne peut ni visiter ni contrôler.

Les portes de la mort

Le séjour des morts, le shéol, était figuré comme une cité fermée dont on ne revient pas. Demander à Job s'il en a vu les portes revient à lui demander s'il a franchi la frontière la plus infranchissable de la condition humaine.

Mettre la main sur sa bouche

Geste conventionnel du silence respectueux devant plus grand que soi, attesté ailleurs dans la Bible et dans l'iconographie ancienne. Job ne s'accuse pas : il renonce à poursuivre sa plaidoirie.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« les portes de l'ombre de mort »

L'expression traduit mot à mot un terme hébreu qui évoque une obscurité extrême ; les bibles d'aujourd'hui rendent souvent par « l'ombre épaisse » ou « les ténèbres profondes ».

« Moi qui suis si peu de chose »

Le mot hébreu signifie littéralement « léger, sans poids » ; d'autres traductions écrivent « je suis trop petit » ou « je ne fais pas le poids ».

Ailleurs dans l’Écriture
Jb 42, 1-6

C'est la seconde et dernière réponse de Job, après un nouveau discours divin. Elle est plus développée que celle du chapitre 40 : Job y reconnaît avoir parlé de ce qu'il ignorait et déclare désormais voir Dieu, alors qu'il ne le connaissait que par ouï-dire. Lire les deux réponses ensemble montre que le silence de la lecture d'aujourd'hui est une étape, non le mot de la fin.

Gn 1, 1-5 Ancien Testament

Le récit des origines montre Dieu séparant la lumière des ténèbres et fixant leurs places. Les questions posées à Job supposent ce même ordonnancement, mais renversent la perspective : au lieu de raconter la création, elles demandent à l'homme s'il en connaît les ressorts. L'effet est de rappeler que Job est dans le monde, non à son origine.

Ps 104 Ancien Testament

Ce psaume parcourt lui aussi la création, des eaux d'en haut aux animaux sauvages, mais sur le mode de l'émerveillement et de la louange. Job reçoit la même matière sous forme d'interrogatoire. Le rapprochement fait entendre que contempler l'ordre du monde peut ouvrir à la louange comme humilier une prétention.

Mc 4, 35-41

Dans l'évangile de Marc, Jésus endormi dans la barque se lève et fait taire la tempête, et les disciples se demandent qui il est pour que la mer lui obéisse. La maîtrise des eaux et du vent, que Job s'entend reprocher de ne pas posséder, est précisément ce que les premiers chrétiens reconnaissent à l'œuvre en Jésus.

Clés de lecture
Dieu répond, mais pas à la question posée

Job réclamait un procès et une explication de son malheur ; il reçoit une visite et un interrogatoire sur l'aurore et l'abîme. Le texte déplace le terrain plutôt qu'il ne résout l'énigme : la souffrance de l'innocent n'est ni justifiée ni expliquée. Ce silence sur le « pourquoi » est délibéré et constitue l'une des audaces du livre.

Le renversement des rôles

Pendant tout le débat, Job était le demandeur et Dieu l'accusé absent. Ici, c'est Dieu qui somme Job de raconter ce qu'il sait. Le point de bascule tient dans cette inversion : celui qui exigeait des comptes se découvre questionné, et la question porte sur ce qu'il ne peut ni voir ni atteindre.

Une réponse en deux mots

La réplique de Job est d'une brièveté frappante après des chapitres de protestations véhémentes. Il ne confesse pas de faute et ne se rétracte pas sur son innocence : il déclare arrêter de parler. Le livre suggère ainsi que la rencontre a fait plus que l'argumentation.

Ce que le lectionnaire enjambe

Les versets sautés (38, 2-11 puis 38, 22 – 40, 2) contiennent la première interpellation de Dieu, la fondation de la terre, la limite assignée à la mer, puis un vaste inventaire des astres et des bêtes sauvages. L'extrait retenu garde l'ossature de cette enquête : aurore, eaux profondes, mort, lumière et ténèbres.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, ce texte enseigne la juste place de la créature : l'homme ne dispose pas du point de vue d'où le gouvernement du monde serait entièrement lisible. La tradition catholique y a vu une des expressions les plus fortes du fait que les voies de la providence échappent largement au regard humain, sans pour autant que Dieu soit indifférent : il vient, il parle, il s'adresse à Job par son nom.

Dans la lecture chrétienne, ce discours est aussi une attente. Le livre laisse ouverte la question du juste souffrant ; les évangiles présentent la Passion et la résurrection de Jésus comme la réponse de Dieu donnée non en paroles mais en actes, un innocent partageant jusqu'au bout la condition de Job. Que le Christ commande aux eaux et franchisse les portes de la mort se lit alors comme l'accomplissement de ce que le texte réservait à Dieu seul. La brièveté du silence de Job devient, dans cette perspective, le début d'une écoute plutôt qu'une capitulation.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours de Dieu en poésie, bâti presque entièrement sur des questions qui n'attendent pas de réponse : ce procédé, courant dans la sagesse ancienne du Proche-Orient, énumère les domaines du réel pour en marquer l'étendue et les limites du savoir humain.

La scène emprunte aussi au récit de manifestation divine, avec la tempête comme décor. Lire ce texte comme un traité sur la nature serait un contresens : les images de l'aurore, de l'abîme ou du sceau sur l'argile servent un argument, pas une description du monde.

Qui écrit, et pour qui

Le livre de Job est anonyme. Il est l'œuvre d'un sage israélite cultivé, qui a encadré un long poème de dialogues par un récit en prose (le prologue du ciel et de l'épreuve, l'épilogue de la restauration).

La datation est discutée : la plupart des spécialistes situent sa mise en forme après l'exil à Babylone, entre le VIᵉ et le IVᵉ siècle avant notre ère, une époque où la question de la souffrance de l'innocent devient brûlante. Le héros n'est pas israélite et l'histoire est située dans un ailleurs indéterminé : le livre s'adresse à quiconque bute sur l'injustice du malheur, et discute frontalement l'idée reçue selon laquelle tout malheur sanctionne une faute.

Lectures et références
  • Jb 31, 35 — Job y réclamait expressément que le Tout-Puissant lui réponde : le discours de la tempête exauce cette demande d'une manière imprévue.
  • Ex 19, 16-19 — La manifestation de Dieu au Sinaï, dans le tonnerre et la nuée, fournit l'arrière-plan du décor de tempête.
  • Rm 11, 33-36 — Paul y célèbre la profondeur insondable des desseins de Dieu, dans une ligne très proche de l'interrogatoire adressé à Job.
  • Catéchisme, § 314 — Le Catéchisme y rappelle que les chemins de la providence divine demeurent souvent inconnus des hommes.

À retenir

À Job qui réclamait des comptes sur son malheur, Dieu ne fournit pas d'explication : il le conduit aux frontières du monde qu'il ne maîtrise pas, et Job cesse de plaider.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 138, 1-3 . 138, 7-8 . 138, 9-10 . 138, 13-14

1 Au maître de chant. Psaume de David. Yahweh, tu me sondes et tu me connais,

2 tu sais quand je suis assis ou levé, tu découvres ma pensée de loin.

3 Tu m’observes quand je suis en marche ou couché, et toutes mes voies te sont familières.

7 Où aller loin de ton esprit, où fuir loin de ta face ?

8 Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche dans le schéol, te voilà !

9 Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter aux confins de la mer,

10 là encore ta main me conduira, et ta droite me saisira.

13 C’est toi qui as formé mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

14 Je te loue d’avoir fait de moi une créature si merveilleuse ; tes œuvres sont admirables, et mon âme se plaît à le reconnaître.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Matthieu 18, 1-5 . 18, 10

« Leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux »

1 En ce moment-là, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? »

2 Jésus, faisant venir un petit enfant, le plaça au milieu d’eux

3 et leur dit : « Je vous le dis, en vérité, si vous ne vous changez de façon à devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.

4 Celui donc qui se fera humble comme ce petit enfant, est le plus grand dans le royaume des cieux.

5 Et celui qui reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il reçoit.

10 « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le chapitre 18 de Matthieu forme l'un des cinq grands discours autour desquels cet évangile est bâti : celui qu'on appelle le discours communautaire, consacré aux relations à l'intérieur du groupe des disciples. Juste avant, Jésus a été transfiguré sur la montagne, il a annoncé une deuxième fois sa mort et sa résurrection, et il vient de rentrer à Capharnaüm, en Galilée, où s'est posée la question de l'impôt du Temple.

C'est là que les disciples posent la question du rang, qui ouvre notre passage. La suite du chapitre développe ce qui s'y amorce : la parabole de la brebis perdue, la correction fraternelle, puis le pardon sans limite demandé à Pierre.

La lecture du jour enjambe les versets 6 à 9, avertissements très durs contre celui qui fait tomber un petit ou contre ce qui, en soi-même, conduit à la chute. Le verset 10, retenu ici, mentionne les anges de ces petits : c'est le texte biblique qui fonde la fête des saints Anges gardiens, et pour une fête les lectures sont choisies à dessein.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Les disciples

Ceux qui suivent Jésus et reçoivent son enseignement ; le mot est plus large que « les Douze », même si, dans ce chapitre, il désigne le groupe proche.

Ils posent la question du rang et du classement dans le Royaume, question qui révèle une conception de la grandeur que Jésus va retourner.

Jésus

Le maître itinérant de Galilée, que Matthieu présente comme le Messie et le Fils de Dieu.

Il ne répond pas en désignant quelqu'un : il place un enfant au centre et déplace la question, du classement vers la condition d'entrée dans le Royaume.

Le petit enfant

Un enfant anonyme, sans parole ni action dans la scène. Dans le monde antique, l'enfant n'a ni statut juridique, ni prestige, ni autorité.

Il sert de signe visible : non pas modèle d'innocence, mais figure de celui qui ne compte pas et ne peut rien revendiquer.

« Ces petits »

Expression propre au vocabulaire de Matthieu, qui désigne les membres les plus fragiles ou les plus insignifiants de la communauté des croyants, au-delà des enfants au sens strict.

Ils sont l'objet de l'avertissement final : le mépris à leur égard est présenté comme une faute grave, parce que Dieu lui-même leur est attentif.

Leurs anges

Dans la Bible, les anges sont des serviteurs de Dieu, messagers et gardiens, distincts des hommes.

Ils sont évoqués comme se tenant en permanence devant Dieu : l'image dit la valeur que Dieu accorde aux plus petits.

Mots à connaître
Royaume des Cieux

Expression caractéristique de Matthieu, là où Marc et Luc disent « royaume de Dieu ». Par respect, les juifs évitaient de prononcer le nom de Dieu et le remplaçaient par un substitut comme « les Cieux ». Il ne s'agit donc pas d'un lieu situé en altitude, mais du règne de Dieu qui s'établit.

Amen

Mot hébreu signifiant « c'est solide, c'est sûr ». Normalement placé à la fin d'une prière pour l'approuver, Jésus l'emploie en tête de ses paroles, ce qui est inhabituel et donne à la déclaration un poids particulier.

Un petit enfant

Dans la société du temps, l'enfant est entièrement dépendant, sans droits propres ni considération sociale. Le geste de Jésus ne valorise pas une prétendue pureté enfantine, mais l'absence de statut et de pouvoir.

Voir la face de mon Père

Dans l'usage antique, seuls les serviteurs les plus proches d'un roi peuvent « voir sa face », c'est-à-dire se tenir devant lui à tout moment. Appliquée aux anges des petits, l'image signifie que ces derniers disposent auprès de Dieu d'un accès permanent.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 9, 33-37 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, mais la dispute sur le plus grand a lieu en chemin et les disciples se taisent, honteux, quand Jésus les interroge. Jésus y énonce d'abord une règle, être le dernier et le serviteur de tous, avant de prendre l'enfant et de l'embrasser. Matthieu supprime la gêne des disciples et fait de la question une demande d'enseignement, ce qui oriente tout le chapitre vers l'instruction de la communauté.

Lc 9, 46-48 même épisode, autre évangile

Luc note que Jésus perçoit la pensée de leur cœur, ce que les deux autres ne disent pas, et place l'enfant à côté de lui plutôt qu'au milieu du groupe. Il conclut par une formule de renversement : le plus petit d'entre eux est celui qui est grand. Ces écarts ne se contredisent pas ; ils montrent comment chaque évangéliste accentue un aspect de la même scène.

Mt 19, 13-15

Plus loin dans le même évangile, on amène des enfants à Jésus et les disciples écartent les gens ; Jésus déclare que le Royaume appartient à ceux qui leur ressemblent. Le rapprochement confirme que, chez Matthieu, l'enfant figure la condition de celui qui reçoit tout sans pouvoir l'exiger.

Tb 12, 15 Ancien Testament

Dans le livre de Tobie, l'ange Raphaël se présente comme l'un de ceux qui se tiennent devant la gloire du Seigneur. C'est le même langage de cour royale que celui du verset 10 : voir la face du roi, c'est y avoir accès librement. L'image suggère que les plus petits ont auprès de Dieu un accès permanent.

Clés de lecture
Une question déplacée, non résolue

Les disciples demandent un classement à l'intérieur du Royaume. Jésus répond d'abord sur la condition pour y entrer, puis seulement il reprend leur mot « le plus grand » pour le retourner. La hiérarchie n'est pas abolie, elle est inversée : la grandeur consiste à se faire petit.

« Changer » : un retournement, pas un attendrissement

Le verbe employé évoque un demi-tour, une conversion de direction. Il ne s'agit pas de retrouver une naïveté enfantine mais de renoncer à la logique du rang. Le passage lie ce retournement à l'entrée même dans le Royaume.

Accueillir l'enfant, accueillir le Christ

Le verset 5 opère une identification : celui qui accueille un petit accueille Jésus lui-même. Ce déplacement prépare la grande scène du jugement, plus loin dans Matthieu, où le Christ se dit atteint dans les plus petits.

Ce que le saut de lecture laisse de côté

Entre les deux parties retenues, les versets 6 à 9 avertissent avec une extrême dureté contre celui qui fait chuter un petit. L'avertissement du verset 10 contre le mépris se comprend mieux dans cette continuité : négliger les petits n'est pas une négligence mineure.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage instruit une communauté tentée par les questions de préséance : la grandeur évangélique se mesure à l'abaissement, et la place faite aux plus insignifiants est le test de l'accueil fait au Christ.

La tradition catholique y voit aussi le fondement scripturaire de la protection angélique : le verset 10 est le texte que l'Église cite pour dire que chaque personne est accompagnée par un ange gardien, thème repris dans les psaumes et dans les récits de l'Ancien Testament. Cette lecture ne détourne pas le verset de son sens premier, elle en tire la conséquence : si Dieu attache à chaque petit une telle attention, nul n'est perdu de vue.

Spirituellement, la figure de l'enfant est lue comme celle du Christ lui-même, qui s'est abaissé jusqu'à la croix, et comme celle du baptisé qui reçoit la vie de Dieu sans pouvoir l'acquérir.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un récit d'enseignement avec geste symbolique : une question est posée, Jésus y répond par une action, placer un enfant au milieu, puis par des paroles qui commentent le geste. Ce type de scène est fréquent chez les prophètes d'Israël, où un acte visible porte le message autant que la parole.

Le verset 10, lui, est un avertissement solennel, appuyé sur une image empruntée au protocole des cours royales. Le lire comme une description du monde invisible serait forcer le texte : il affirme d'abord la valeur des petits aux yeux de Dieu.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition ancienne à Matthieu, collecteur d'impôts devenu disciple ; la recherche moderne discute cette attribution, le texte étant écrit en grec et travaillant des sources antérieures. On le date généralement des années 80, sans certitude.

Il s'adresse à des communautés de culture juive devenues chrétiennes, qui doivent à la fois se situer par rapport à leurs racines et organiser leur vie commune. Le chapitre 18 porte la trace de ces questions concrètes : qui compte, comment traiter les faibles, comment se reprendre et se pardonner.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 336 — Le Catéchisme rattache à ce verset la conviction que la vie humaine est entourée depuis son commencement de la protection des anges.
  • Catéchisme, § 526 — Sur le sens de « devenir comme des enfants » : l'abaissement comme condition d'entrée dans le Royaume.
  • Mt 25, 40 — L'identification du Christ aux plus petits, annoncée ici par l'accueil de l'enfant, y est développée dans la scène du jugement.
  • Ps 91, 11 — Ce verset sur les anges chargés de garder l'homme sur ses chemins est traditionnellement associé à la fête des Anges gardiens.
  • Ex 23, 20 — Dieu annonce l'envoi d'un ange pour garder son peuple en chemin : première grande figure biblique de l'ange protecteur.

À retenir

À une question de classement, Jésus répond par un enfant placé au centre : dans le Royaume, la grandeur consiste à n'avoir aucun rang, et Dieu tient les plus petits sous un regard constant.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Jérôme

Les disciples, voyant que le même impôt avait été payé également pour Pierre et pour le Sauveur, en conclurent que Pierre était placé au-dessus de tous les autres Apôtres.

S. Chrys

(homélie 58.) Cette pensée leur inspira un sentiment tout naturel et tout humain, que l’Évangéliste nous exprime en ces termes : « En ce même temps, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : Qui pensez-vous qui soit le plus grand dans le royaume des cieux ? » Ils rougissent d’avouer le sentiment de jalousie qui les domine ; ils ne demandent pas ouvertement : Pourquoi avez-vous honoré Pierre plus que nous ? mais ils lui font cette question en général : « Quel est le plus grand ? » Lorsqu’ils avaient vu ces marques d’honneur accordées à trois d’entre eux dans la transfiguration, ils n’éprouvèrent rien de semblable ; mais ils furent péniblement affectés quand cet honneur sembla se concentrer sur un seul. Remarquez cependant qu’ils ne demandent rien des choses de la terre et qu’ils étouffèrent ensuite ce sentiment de jalousie, tandis que pour nous, nous ne pouvons même nous élever jusqu’à leurs défauts, car nous ne cherchons pas à savoir quel est le plus grand dans le royaume des cieux, mais quel est plus grand dans les royaumes de la terre.

Origène

(Traité 5 sur S. Matth.) Nous devons imiter la conduite des disciples toutes les fois qu’il s’élève en nous quelques doutes que nous ne pouvons résoudre. Il nous faut venir d’un commun accord trouver Jésus, qui a la puissance d’éclairer le cœur des hommes et de leur faire comprendre la solution de toutes les difficultés ; interrogeons aussi un des docteurs qui sont à la tête des églises. Les disciples, en faisant cette question, savaient bien que les saints ne sont pas égaux dans le royaume du ciel, mais ils désiraient savoir par quel moyen on parvenait à être le plus grand et comment on arrivait à être le plus petit. Ou bien encore, d’après ce que Notre-Seigneur leur avait dit précédemment, ils savaient quel était le plus petit et quel était le plus grand ; mais ils ignoraient quel était le premier dans le nombre de ceux qui passaient pour grands.

S. Jérôme

Jésus, voyant leurs pensées, voulut guérir ce désir de vaine gloire en leur proposant un combat tout d’humilité : « Et ayant appelé un petit enfant. »

53 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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