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Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, vierge

26ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Job 19, 21-27

« Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant »

21 Ayez pitié, ayez pitié de moi, vous du moins, mes amis, car la main de Dieu m’a frappé !

22 Pourquoi me poursuivez-vous, comme Dieu me poursuit ? Pourquoi êtes-vous insatiables de ma chair ?

23 Oh ! Qui me donnera que mes paroles soient écrites ! Qui me donnera qu’elles soient consignées dans un livre,

24 qu’avec un burin de fer et du plomb, elles soient pour toujours gravées dans le roc !

25 Je sais que mon vengeur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la poussière.

26 Alors de ce squelette, revêtu de sa peau, de ma chair je verrai Dieu.

27 Moi-même je le verrai ; mes yeux le verront, et non un autre ; mes reins se consument d’attente au-dedans de moi.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Job raconte le malheur d'un homme juste qui perd ses biens, ses enfants et sa santé. Trois amis viennent le consoler, puis engagent avec lui de longs dialogues : pour eux, un tel malheur ne peut s'expliquer que par une faute cachée ; Job, lui, refuse d'avouer un péché qu'il n'a pas commis et somme Dieu de s'expliquer.

Le chapitre 19 est la réponse de Job à Bildad, l'un des trois amis, au deuxième tour de leurs échanges. Juste avant ce passage, Job vient de décrire son isolement total : sa femme, ses proches, ses serviteurs, les enfants du village le fuient. C'est de ce fond d'abandon que jaillit l'appel à la pitié, puis le désir que ses paroles soient gravées dans la pierre, puis l'affirmation soudaine sur son défenseur vivant.

Après ce sommet, le dialogue reprend son cours : Sophar répliquera au chapitre 20, et les débats se poursuivront jusqu'à ce que Dieu réponde lui-même dans la tempête (chapitres 38 à 41). En semaine, la première lecture parcourt un livre en continu sur plusieurs jours : la liturgie découpe ici le point culminant des plaintes de Job.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Job

Personnage central du livre : un homme présenté comme droit et prospère, frappé de malheurs successifs sans avoir fauté. Il n'est pas israélite dans le récit, ce qui donne à son cas une portée universelle.

Il parle seul dans tout le passage : il supplie ses amis de cesser de l'accabler, souhaite que sa protestation d'innocence soit gravée pour toujours, puis déclare sa certitude qu'un défenseur vivant le fera reconnaître juste.

les amis de Job

Éliphaz, Bildad et Sophar, venus d'abord partager son deuil en silence, puis devenus ses contradicteurs. Ils défendent une conviction courante : le malheur est le salaire d'une faute.

Ils sont ici les destinataires de l'appel de Job. Celui-ci leur reproche de le traquer comme s'ils prenaient le relais de Dieu, au lieu de le soutenir.

Dieu

Dans les dialogues du livre, Dieu est celui dont Job se plaint et celui auprès de qui il porte plainte : l'adversaire apparent et le seul recours possible.

Job le désigne comme l'auteur de son épreuve, mais c'est aussi vers lui que se tourne son espérance d'être un jour vu face à face et rétabli dans son droit.

Mots à connaître
rédempteur

Traduction du mot hébreu go'el, qui désigne dans la loi d'Israël le parent proche chargé de défendre les droits d'un membre de sa famille : racheter sa terre, le sortir de l'esclavage, réclamer justice pour son sang versé. Job, privé de tout soutien humain, réclame un tel défenseur. Le mot français « rédempteur » vient du latin et signifie littéralement « celui qui rachète ».

stèle, ciseau de fer et plomb

Dans le Proche-Orient ancien, les inscriptions destinées à durer étaient gravées dans la pierre au burin, et l'on coulait parfois du plomb dans les creux des lettres pour les rendre lisibles de loin. Job souhaite que sa protestation d'innocence bénéficie de ce traitement réservé aux documents officiels. C'est une manière de dire qu'il veut un témoignage qui lui survive.

la main de Dieu

Expression courante dans la Bible hébraïque pour désigner l'action puissante de Dieu, favorable ou redoutable selon les contextes. Ici, Job attribue directement son malheur à cette action, sans chercher de cause seconde.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« rédempteur »

Le mot rend l'hébreu go'el, terme juridique désignant le parent chargé de défendre les droits d'un proche ; certaines bibles traduisent « défenseur », « vengeur » ou « celui qui me rachètera ».

les versets sur la chair et la vision de Dieu

Le texte hébreu est ici très abîmé : selon les bibles, on lit que Job verra Dieu « de sa chair », « du fond de sa chair » ou au contraire « privé de sa chair ». Ces écarts ne sont pas des libertés de traducteur mais le reflet d'une incertitude réelle sur le texte d'origine.

Ailleurs dans l’Écriture
Lv 25, 25 Ancien Testament

Le mot hébreu traduit par « rédempteur » est go'el : le parent le plus proche, tenu de racheter la terre d'un membre de la famille tombé dans la misère, de le racheter lui-même s'il est vendu comme esclave, ou de venger son sang. Le terme appartient d'abord au droit familial, non au vocabulaire religieux. Job réclame donc quelqu'un qui prenne son dossier en main et rétablisse son droit.

Is 41, 14

Chez le prophète Isaïe, c'est Dieu lui-même qui est appelé le go'el d'Israël, celui qui rachète son peuple de l'exil. Cet emploi montre comment un terme du droit de famille devient un nom de Dieu. Il éclaire l'ambiguïté volontaire du passage de Job : le défenseur attendu pourrait bien être celui-là même dont il se plaint.

Jb 42, 5

À la fin du livre, après que Dieu a parlé, Job déclare qu'il ne connaissait Dieu que par ouï-dire et que désormais son œil l'a vu. Le vœu formulé au chapitre 19 — voir Dieu de ses propres yeux — trouve là un accomplissement, mais dans cette vie et non au-delà de la mort. Cela invite à ne pas durcir trop vite la lecture du passage.

1 Co 15, 20-22

Dans cette lettre, Paul expose la résurrection du Christ comme prémices de celle des morts. La tradition chrétienne a relu la déclaration de Job à cette lumière, alors que le livre lui-même n'articule pas encore d'espérance claire d'une résurrection. Le rapprochement est une relecture, non le sens premier du texte hébreu.

Clés de lecture
Un cri, non un credo

L'affirmation sur le défenseur vivant n'intervient pas au terme d'un raisonnement apaisé : elle surgit au creux d'une plainte contre les amis et contre Dieu. Le passage garde jusqu'au bout cette tension entre l'accusation portée contre Dieu et la confiance placée en lui. C'est cette tension, et non sa résolution, qui fait la force du texte.

Un texte hébreu parmi les plus difficiles

Les versets 25 à 27 sont abîmés dans les manuscrits et leur traduction varie considérablement d'une bible à l'autre. On hésite notamment entre « de ma chair » et « privé de ma chair », c'est-à-dire entre une vision de Dieu obtenue dans cette vie et une vision après la mort. L'exégèse catholique n'impose pas de trancher : les deux lectures sont défendues.

Voir Dieu de ses propres yeux

Le désir insistant que Job exprime n'est pas d'abord d'être guéri, mais d'être enfin en face de Dieu et reconnu par lui. Le mouvement du livre entier conduit à cette rencontre, qui aura lieu au chapitre 38 quand Dieu répondra lui-même. Le malheur reste inexpliqué ; c'est la relation qui est rétablie.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Job réclame un défenseur qui fasse éclater son innocence, et il affirme qu'il l'aura, quoi qu'il advienne de son corps. Le livre ne développe pas encore une doctrine de la résurrection : cette espérance n'apparaît clairement qu'en des textes plus tardifs de l'Ancien Testament, et c'est le Nouveau Testament qui la fonde sur la résurrection du Christ.

La tradition chrétienne a néanmoins lu très tôt ce passage à la lumière de Pâques, et l'Église l'emploie dans la liturgie des funérailles : le défenseur attendu par Job reçoit un visage en Jésus-Christ, à la fois celui qui rachète et celui qui se lève le dernier jour. Cette lecture est spirituelle : elle ne remplace pas le sens premier, elle y discerne une attente que la foi chrétienne voit comblée. Elle donne aussi à la figure de Job sa place dans l'histoire du salut : celle d'un juste souffrant qui maintient sa confiance sans comprendre.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours poétique inséré dans un dialogue argumenté : une plainte adressée à des hommes qui vire en profession de confiance. Le texte relève de ce qu'on appelle la littérature de sagesse, qui interroge le sens de l'existence plutôt qu'elle ne raconte l'histoire d'un peuple.

Conséquence pour la lecture : les paroles sont celles d'un personnage en pleine détresse, pas un exposé doctrinal. Elles progressent par images fortes et par contrastes abrupts, et leur logique est celle du cri, non de la démonstration.

Qui écrit, et pour qui

Le livre de Job est anonyme. Sa rédaction est généralement située entre le VIe et le IVe siècle avant Jésus-Christ, mais la datation reste débattue : la figure de Job appartient à une tradition ancienne, tandis que la langue et la construction des dialogues renvoient à une époque plus tardive.

L'auteur écrit pour des croyants confrontés à une contradiction : la doctrine reçue promet le bonheur au juste et le malheur au coupable, et l'expérience la dément. Le livre ne résout pas le problème par un raisonnement, il le met en scène jusqu'au bout.

Lectures et références
  • Rt 4, 1-6 — Le livre de Ruth montre concrètement comment fonctionne le rôle de parent-racheteur auquel Job fait appel.
  • Jn 11, 25 — Jésus se présente lui-même comme la résurrection et la vie, ce que la tradition chrétienne relie à l'attente formulée par Job.
  • Catéchisme, § 992 — Le Catéchisme expose comment l'espérance de la résurrection des morts s'est révélée progressivement dans l'Ancien Testament.
  • Catéchisme, § 1038 — Sur la résurrection de tous les morts au dernier jour, horizon dans lequel l'Église relit cette page.

À retenir

Au plus bas de son malheur, Job réclame un défenseur capable de rétablir son droit et affirme qu'il verra Dieu de ses propres yeux : une confiance arrachée au désespoir, que la tradition chrétienne relira à la lumière de la résurrection du Christ.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 26, 7-8 . 26, 8 . 26, 9 . 26, 13-14

7 Yahweh, écoute ma voix, je t’invoque ; aie pitié de moi et exauce-moi !

8 Mon cœur dit de ta part : « Cherchez ma face « ; je cherche ta face, Yahweh.

9 Ne me cache pas ta face, ne repousse pas avec colère ton serviteur ; tu es mon secours, ne me délaisse pas, et ne m’abandonne pas, Dieu de mon salut !

13 Ah ! si je ne croyais pas voir la bonté de Yahweh, dans la terre des vivants...

14 Espère en Yahweh ! Aie courage et que ton cœur soit ferme ! Espère en Yahweh !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 10, 1-12

« Votre paix ira reposer sur lui »

1 Après cela, le Seigneur en désigna encore soixante-douze autres, et les envoya devant lui, deux à deux, dans toutes les villes et tous les lieux où lui-même devait aller.

2 Il leur dit : « La moisson est grande, mais les ouvriers sont en petit nombre. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.

3 Partez : voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

4 Ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers, et ne saluez personne en chemin.

5 Dans quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Paix à cette maison !

6 Et s’il s’y trouve un enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous.

7 Demeurez dans la même maison, mangeant et buvant de ce qu’il y aura chez eux ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas d’une maison dans une autre.

8 Dans quelque ville que vous entriez, si l’on vous reçoit, mangez ce qu’on vous présentera ;

9 guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche de vous.

10 Mais dans quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous reçoit pas, allez sur les places publiques et dites :

11 La poussière même de votre ville, qui s’est attachée à nous, nous l’essuyons contre vous ; sachez cependant ceci, c’est que le royaume de Dieu est proche.

12 Je vous le dis, il y aura, en ce jour-là, moins de rigueur pour Sodome que pour cette ville.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage appartient à la grande section de Luc qui commence en 9, 51, quand Jésus décide résolument de monter à Jérusalem. Tout ce qui suit est mis sous le signe de ce voyage : les envoyés sont dépêchés « en avant de lui », sur la route qu'il empruntera lui-même.

Juste avant, Luc a raconté l'envoi des Douze (9, 1-6), le refus d'un village samaritain de recevoir Jésus (9, 52-56) et trois brèves rencontres avec des candidats à la suite (9, 57-62), où la radicalité exigée est déjà annoncée. Ce nouvel envoi, beaucoup plus large, élargit la mission au-delà du cercle des Douze.

Aussitôt après ce discours viennent les reproches adressés aux villes de Galilée qui n'ont pas cru (10, 13-16), puis le retour joyeux des envoyés (10, 17-20). La liturgie s'arrête avant ces reproches, ce qui laisse au texte sa tonalité d'envoi. Pour la fête de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, carmélite morte en 1897 et proclamée patronne des missions, ce passage fait partie des textes proposés : sur une fête, les lectures sont choisies en fonction de la célébration.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
le Seigneur

Jésus, que Luc désigne souvent par ce titre dans la partie narrative de son évangile, façon de signaler au lecteur chrétien qui est celui dont il raconte les actes.

Il prend l'initiative de l'envoi, fixe les consignes et définit le contenu du message à porter ; les envoyés ne parlent pas en leur nom.

les 72 (ou 70) disciples

Un groupe plus large que les Douze. Chez Luc, « disciple » désigne toute personne qui suit Jésus et reçoit son enseignement, hommes et femmes, tandis que les Douze forment un cercle restreint choisi pour une fonction particulière.

Envoyés par deux, ils précèdent Jésus dans les localités où il passera : leur mission est une préparation de sa venue, non un remplacement.

« l'ami de la paix »

Littéralement, en hébreu comme en grec biblique, un « fils de la paix » : celui dont la disposition intérieure le rend apte à recevoir le salut offert.

Il représente l'hôte qui accueille les envoyés ; sur lui la paix annoncée prend effet, alors qu'elle reste sans prise sur qui refuse.

les villes qui refusent

Les localités traversées par les envoyés et qui ne leur ouvrent pas leurs portes ; refuser l'hôte, dans cette culture, équivaut à refuser celui qui l'envoie.

Elles reçoivent un geste de rupture et un avertissement ; le message du règne de Dieu leur est malgré tout annoncé.

Mots à connaître
envoyés deux par deux

Dans le droit biblique, une parole n'est établie que par deux témoins au moins (Dt 19, 15). Envoyer par paires garantit la crédibilité de l'annonce et protège les messagers sur des routes peu sûres.

la moisson

Image agricole familière en Palestine, où la récolte devait se faire vite et exigeait beaucoup de bras. Dans les textes prophétiques, elle sert aussi à évoquer le moment décisif où Dieu rassemble les siens. Les deux résonances jouent ensemble ici.

ni bourse, ni sac, ni sandales

L'équipement normal du voyageur : de quoi porter la monnaie, les provisions, et des semelles pour la route. Y renoncer rend l'envoyé entièrement dépendant de ceux qu'il rencontre, et le distingue des prédicateurs itinérants qui vivaient de quêtes.

ne saluer personne en chemin

Les salutations orientales étaient longues et engageantes : elles pouvaient occuper une bonne part de la journée. La consigne ne prescrit pas l'impolitesse mais l'urgence, comme dans certains récits de l'Ancien Testament où un messager ne doit pas se laisser retarder.

« Paix à cette maison »

Le mot hébreu shalom ne signifie pas seulement l'absence de conflit, mais la plénitude de vie, de santé et de relation juste avec Dieu. La salutation n'est pas une formule de politesse : elle est présentée comme un don réel, qui prend ou ne prend pas.

secouer la poussière de ses pieds

Geste attesté chez les Juifs revenant de territoire païen : on se débarrassait de la terre étrangère pour ne rien en ramener. Appliqué à une ville juive qui refuse, il équivaut à constater une rupture, publiquement et sans violence. Les Actes montrent Paul et Barnabé le faire (Ac 13, 51).

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« 72 »

Les manuscrits grecs anciens se partagent entre soixante-dix et soixante-douze ; certaines bibles françaises impriment l'un, d'autres l'autre, parfois avec une note. Aucun des deux chiffres n'est une erreur de traduction.

« un ami de la paix »

Le grec porte littéralement « un fils de la paix », tournure sémitique qui désigne celui dont la nature ou la disposition correspond à ce qui est nommé. Les traductions modernes rendent soit littéralement, soit par une formule comme « un homme de paix ».

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 9, 37-38 même épisode, autre évangile

Matthieu place l'image de la moisson abondante et des ouvriers peu nombreux juste avant l'appel des Douze, comme motif de leur institution. Luc la reprend pour ouvrir l'envoi du groupe élargi. Le même mot sert donc, chez l'un, à fonder un ministère structuré, chez l'autre, à élargir le nombre des envoyés.

Mt 10, 7-16 même épisode, autre évangile

Matthieu rassemble en un seul long discours des consignes que Luc répartit en deux envois. Il précise que la mission ne doit pas aller vers les païens ni les Samaritains, limitation absente ici. Luc, qui écrit pour des communautés en grande partie non juives, supprime cette restriction : l'envoi des 72 a chez lui une saveur universelle.

Mc 6, 7-11 même épisode, autre évangile

Marc raconte l'envoi des Douze, deux par deux, avec des consignes proches mais plus souples : il autorise le bâton et les sandales, que Luc écarte. Ces écarts ne sont pas des contradictions à excuser, mais des choix de rédaction : Luc durcit le dénuement pour souligner que l'envoyé ne compte que sur l'hospitalité reçue.

Gn 19, 24-25 Ancien Testament

Sodome est, dans la Genèse, la ville détruite pour sa violence et son refus d'accueillir les hôtes de passage. La mentionner ici n'est pas un détail : c'est exactement le péché d'inhospitalité qui sert de point de comparaison. Refuser les envoyés de Jésus est présenté comme plus grave encore, parce que ce qui est offert est plus grand.

Clés de lecture
Un nombre qui compte

Les manuscrits anciens hésitent entre soixante-dix et soixante-douze. Les deux chiffres ont une résonance biblique : les soixante-dix anciens qui partagent l'esprit de Moïse (Nb 11), et le dénombrement des nations de la terre dans la Genèse, qui donne soixante-dix ou soixante-douze selon les versions. L'envoi déborde ainsi le cadre du seul peuple d'Israël.

Les envoyés précèdent, ils ne remplacent pas

Le texte précise qu'ils vont là où Jésus doit venir lui-même. Leur rôle est de préparer une rencontre, non de la tenir lieu. Cela éclaire la suite du voyage vers Jérusalem, dont ils ouvrent la route.

Accueil et refus, structure du discours

Après les consignes de départ, le discours se déploie en deux volets symétriques : ce qu'il faut faire là où l'on est reçu, ce qu'il faut faire là où on ne l'est pas. Le point de bascule est l'hospitalité. Mais dans les deux cas la même annonce est faite : la proximité du règne de Dieu n'est pas retirée à ceux qui refusent.

Des agneaux au milieu des loups

L'image dit que la vulnérabilité fait partie de la méthode, elle n'est pas un accident. Sans argent, sans provisions, sans protection, l'envoyé n'a d'autre appui que la parole qu'il porte et l'hospitalité qu'il reçoit.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc décrit une mission itinérante en Galilée et sur la route de Jérusalem, avec ses règles concrètes : sobriété, stabilité dans la maison qui accueille, guérisons, annonce du règne de Dieu. La mention du salaire de l'ouvrier fonde le droit du missionnaire à recevoir sa subsistance de ceux qu'il sert, principe que Paul discutera longuement dans ses lettres.

La tradition catholique lit dans cet envoi élargi la figure de toute mission de l'Église, au-delà du ministère des Douze : le nombre symbolique des nations y est perçu comme l'annonce d'une prédication destinée à l'humanité entière. La paix offerte est comprise comme le don pascal du Christ, qui n'est jamais imposé et demeure suspendu à un accueil libre. Le geste de la poussière, enfin, n'est pas une malédiction mais le constat d'un refus laissé au jugement de Dieu, et non à celui des messagers.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours de mission : un bref cadre narratif (l'envoi) suivi d'une série de consignes pratiques et d'une parole d'avertissement. Ce genre ne vise pas à décrire un épisode pittoresque mais à fixer une règle de conduite, reprise et méditée dans les communautés chrétiennes qui vivaient de l'hospitalité.

Les consignes sont donc à lire comme des signes autant que comme des mesures pratiques : le dénuement, la salutation de paix, le geste de la poussière disent quelque chose de la nature du message avant d'organiser un déplacement.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, présenté comme un homme de culture grecque écrivant pour des chrétiens venus en majorité du monde païen. Il est le seul évangéliste à donner une suite à son livre, les Actes des Apôtres, qui raconte l'expansion de la mission après Pâques.

La rédaction est généralement située dans les années 80, sans certitude ; l'identification précise de l'auteur reste débattue parmi les spécialistes. Le lien entre les deux volumes éclaire notre passage : l'envoi des 72 anticipe la mission des communautés que les Actes décriront.

Lectures et références
  • Nb 11, 16-17 — Les soixante-dix anciens qui reçoivent part à l'esprit donné à Moïse, arrière-plan probable du nombre des envoyés.
  • Dt 19, 15 — La règle des deux témoins éclaire l'envoi par paires.
  • Ac 13, 51 — Paul et Barnabé accomplissent le geste de secouer la poussière, montrant que la consigne a été comprise comme une règle de mission.
  • 1 Co 9, 14 — Paul rappelle que celui qui annonce l'Évangile a le droit d'en vivre, écho direct à la parole sur le salaire de l'ouvrier.

À retenir

Jésus élargit la mission bien au-delà des Douze et l'envoie sans moyens, précéder sa propre venue : la paix qu'ils annoncent est un don réel, mais qui ne prend que là où on l'accueille.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Dieu avait annoncé clairement par les prophètes, que la prédication de l’Évangile s’étendrait non seulement au peuple d’Israël, mais à toutes les autres nations ; et c’est pourquoi Jésus-Christ, après avoir choisi les douze apôtres, institua soixante-douze disciples : « Après cela, le Seigneur choisit encore soixante-douze autres disciples, » etc.

Bède

Ce choix des soixante-douze disciples est providentiel, parce que l’Évangile devait être prêché dans le monde à autant de nations ; les douze apôtres avaient été choisis pour les douze tribus d’Israël, et ceux-ci sont destinés à enseigner les nations étrangères.

S. Augustin

(Quest. évang. , 2, 44.) De même que la lumière parcourt et éclaire tout l’univers dans l’espace de vingt-quatre heures, ainsi la fonction mystérieuse d’éclairer tous les hommes par la prédication du mystère de la Trinité, est confiée à soixante-douze disciples ; car trois fois vingt-quatre font soixante-douze.

Bède

C’est un fait hors de doute que les douze apôtres représentent l’ordre des évêques, de même que les soixante-douze disciples représentent ceux à qui l’Écriture donne le nom d’anciens (c’est-à-dire les prêtres du second ordre.) Cependant, dans les premiers temps de l’Église, on donnait indifféremment aux uns comme aux autres, le nom d’anciens et d’évêques , dont l’un signifie la maturité de la sagesse, et l’autre la sollicitude de la charge pastorale.

48 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

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