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S. Jérôme, prêtre et docteur de l'Eglise

26ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Job 9, 1-12 . 9, 14-16

« Comment l’homme pourrait-il avoir raison contre Dieu ? »

1 Alors Job prit la parole et dit :

2 Je sais bien qu’il en est ainsi : comment l’homme serait-il juste vis-à-vis de Dieu ?

3 S’il voulait contester avec lui, sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule.

4 Dieu est sage en son cœur, et puissant en force : qui lui a résisté, et est demeuré en paix ?

5 Il transporte les montagnes, sans qu’elles le sachent, il les renverse dans sa colère ;

6 il secoue la terre sur sa base, et ses colonnes sont ébranlées.

7 Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas ; il met un sceau sur les étoiles.

8 Seul, il étend les cieux, il marche sur les hauteurs de la mer.

9 Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, et les régions du ciel austral.

10 Il fait des merveilles qu’on ne peut sonder, des prodiges qu’on ne saurait compter.

11 Voici qu’il passe près de moi, et je ne le vois pas ; il s’éloigne, sans que je l’aperçoive.

12 S’il ravit une proie, qui s’y opposera, qui lui dira : « Que fais-tu ? »

14 Et moi je songerais à lui répondre, à choisir mes paroles pour discuter avec lui !

15 Aurais-je pour moi la justice, je ne répondrais pas ; j’implorerais la clémence de mon juge.

16 Même s’il se rendait à mon appel, je ne croirais pas qu’il eût écouté ma voix :

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Job s'ouvre par un récit en prose : un homme juste et prospère perd ses biens, ses enfants et sa santé, sans en comprendre la raison. Trois amis viennent le consoler, puis s'engage un long débat en poésie où chacun tente d'expliquer ce malheur.

Ce passage est le début de la réponse de Job au premier discours de Bildad (chapitre 8), qui vient de soutenir que Dieu ne peut pas fausser le droit et que le malheur sanctionne donc une faute. Job accorde le principe — personne ne peut gagner un procès contre Dieu — mais retourne l'argument : cette supériorité écrasante rend précisément tout débat impossible, et donc toute justice inaccessible à l'homme.

La suite du chapitre 9 et le chapitre 10 poursuivent cette plainte, jusqu'au souhait d'un arbitre entre Dieu et lui. Le lectionnaire enjambe le verset 13, qui évoque en termes mythologiques le monstre Rahab terrassé par Dieu, allusion difficile pour un lecteur non averti.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Job

Personnage central du livre, présenté comme un homme intègre, frappé par une série de malheurs qu'il juge immérités. Il n'est pas israélite dans le récit : le livre le situe au pays de Ouç, ce qui donne au débat une portée universelle.

Il prend la parole pour répliquer à ses amis. Il reconnaît la puissance illimitée de Dieu, mais pour en tirer une conclusion amère : cette puissance le prive de tout recours.

les amis de Job

Éliphaz, Bildad et Çophar, trois sages venus partager son deuil. Tout au long du livre, ils défendent l'idée que le malheur est toujours la sanction d'une faute, et pressent Job de reconnaître la sienne.

Ce sont eux que Job vise ici. Le discours répond directement à Bildad, qui venait d'affirmer que Dieu ne pervertit jamais le droit.

Dieu

Dans ce passage, Dieu n'intervient pas : il est celui dont Job parle, le créateur et le maître des astres, de la terre et de la mer.

Job le décrit comme un adversaire de procès inatteignable : invisible quand il passe, sans comptes à rendre, et en même temps juge devant qui l'on ne peut que demander grâce.

Mots à connaître
« avoir raison contre Dieu »

Tout le passage est construit sur un vocabulaire de tribunal : plaider, répliquer, produire des arguments, demander grâce. Job imagine un procès où Dieu serait à la fois la partie adverse et le juge, situation sans issue pour le plaignant. Ce cadre juridique structure une grande partie du livre.

les colonnes de la terre

La cosmologie du Proche-Orient ancien se représentait la terre comme une plate-forme reposant sur des piliers, sous une voûte céleste. Faire trembler ces colonnes, c'est ébranler ce qu'il y a de plus stable au monde.

apposer un sceau sur les étoiles

Un sceau de cire ou d'argile scellait un document ou une porte pour interdire qu'on l'ouvre. Dire que Dieu scelle les étoiles, c'est dire qu'il peut les empêcher de paraître, comme il peut retenir le soleil.

la Grande Ourse, Orion, les Pléiades

Groupes d'étoiles repérés et nommés dans tout le Proche-Orient ancien, qui servaient de calendrier pour l'agriculture et la navigation. Les nommer, c'est désigner ce que l'homme observe sans pouvoir y toucher.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

Les noms des constellations

Les mots hébreux désignant ces groupes d'étoiles sont d'identification incertaine, et les traductions françaises varient : on lit selon les éditions l'Ourse ou l'Aldébaran, Orion ou le Géant. L'idée reste la même : les repères célestes les plus fixes sont l'ouvrage de Dieu.

Ailleurs dans l’Écriture
Jb 38, 31-33

À la fin du livre, Dieu répond enfin à Job et l'interroge à son tour sur les Pléiades, Orion et l'Ourse — les constellations mêmes que Job énumère ici. Le rapprochement est éclairant : ce que Job avance comme preuve de l'inaccessibilité de Dieu lui sera renvoyé comme une invitation à contempler. Le livre ne répond donc pas à la question du malheur par un argument, mais par une rencontre.

Am 5, 8 Ancien Testament

Le prophète Amos mentionne lui aussi les Pléiades et Orion dans un bref hymne au créateur. Ces formules brèves célébrant Dieu comme maître des astres appartenaient au langage commun de la prière d'Israël ; Job en reprend la forme, mais la retourne en plainte.

Is 40, 22 Ancien Testament

Le prophète décrit Dieu déployant les cieux comme une tente. L'image est la même que celle employée ici par Job, mais chez Isaïe elle sert à consoler un peuple exilé, tandis que chez Job elle sert à mesurer l'écart infranchissable entre l'homme et son créateur.

Is 51, 9 Ancien Testament

Rahab, le monstre marin vaincu par Dieu, y apparaît comme figure du chaos dompté. C'est cette allusion que contient le verset 13, enjambé par le lectionnaire : un langage mythologique emprunté aux cultures voisines et mis au service de la souveraineté du Dieu d'Israël.

Clés de lecture
Job concède pour mieux objecter

La phrase d'ouverture accorde à Bildad ce qu'il affirmait : nul ne peut se justifier face à Dieu. Mais Job en tire aussitôt l'inverse de ce que son ami voulait. Si l'écart de puissance est tel, alors une éventuelle innocence ne pourra jamais être établie, et le raisonnement des amis tourne à vide.

Un hymne retourné en plainte

Le cœur du passage énumère les œuvres du créateur dans un style de louange. Le renversement se joue au moment où Job parle de lui-même : ce Dieu qui gouverne les astres passe près de lui sans qu'il puisse le voir. La grandeur devient distance, et l'hymne s'achève en constat de solitude.

Le verset enjambé

Le lectionnaire saute le verset 13, qui évoque Rahab, monstre du chaos vaincu par Dieu dans l'imagerie ancienne. Ce détail montre que le poète puise dans un langage mythologique partagé par les cultures voisines pour dire la souveraineté de Dieu, sans y adhérer comme à une croyance.

Une parole conservée telle quelle

Le livre n'atténue pas la violence de la protestation de Job, et le dernier chapitre lui donnera d'ailleurs raison contre ses amis sur un point : il a parlé de Dieu avec droiture. La tradition biblique fait ainsi place à une parole de révolte à l'intérieur même de l'Écriture.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, ce texte est le cri d'un homme qui ne renonce ni à sa foi ni à son innocence, et qui bute sur l'impossibilité d'un face-à-face équitable avec Dieu. Il ne faut pas lire ces phrases comme un énoncé de doctrine : elles sont attribuées à un personnage, dans un débat que le livre entier conduit vers un dénouement autre.

La tradition chrétienne y reconnaît une attente posée en creux. Job réclame un arbitre capable de tenir les deux bords, celui de Dieu et celui de l'homme ; le Nouveau Testament lit en Jésus-Christ l'unique médiateur qui, étant Dieu et homme, rend possible ce que Job jugeait hors d'atteinte. La plainte de Job innocent et écrasé a également été rapprochée, dans la lecture spirituelle, du silence du Christ dans sa Passion. Le livre conserve toutefois sa densité propre : il refuse de résoudre trop vite la question du malheur des justes, et cette résistance fait partie de son enseignement.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours poétique de dispute : Job répond point par point à un contradicteur, dans une joute argumentée qui occupe la plus grande partie du livre. Le poème insère en son centre un morceau d'hymne au créateur, forme habituellement destinée à la louange.

Deux conséquences pour la lecture. D'abord, ces paroles sont celles d'un personnage en pleine révolte, pas un enseignement que le livre validerait tel quel. Ensuite, l'hymne est ici détourné : la grandeur de Dieu, au lieu d'appeler l'admiration, sert à dire l'impuissance de l'homme.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur du livre de Job est inconnu. Le texte associe un récit en prose (le début et la fin) et un long corps poétique, ce qui a fait penser à une œuvre composite ou à un cadre narratif ancien repris par un poète.

La datation est débattue : la plupart des lectures situent la mise en forme du livre entre le VIe et le IVe siècle avant Jésus-Christ, c'est-à-dire après l'épreuve de l'exil à Babylone, quand la question du malheur du juste devient brûlante. Le livre s'adresse à des croyants héritiers d'une sagesse traditionnelle qui liait le bonheur à la fidélité, et que les faits contredisaient.

Lectures et références
  • Jb 8, 1-7 — Le discours de Bildad auquel Job répond directement ici.
  • Jb 42, 7 — Dieu y déclare que Job a parlé de lui correctement, à la différence de ses amis.
  • 1 Tm 2, 5 — L'affirmation d'un unique médiateur entre Dieu et les hommes éclaire la demande d'arbitre formulée par Job.
  • Catéchisme, § 164 — Le Catéchisme évoque l'obscurité de la foi éprouvée dans le mal et la souffrance, dont Job est la figure.

À retenir

Job accorde à ses amis que nul ne peut plaider contre Dieu, mais il en tire l'objection inverse : si l'écart est tel, aucune innocence humaine ne pourra jamais être reconnue.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 87, 10-11 . 87, 12-13 . 87, 14-15

10 mes yeux se consument dans la souffrance. Je t’invoque tout le jour, Yahweh, j’étends les mains vers toi.

11 Feras-tu un miracle pour les morts ; ou bien les ombres se lèveront-elles pour te louer ? — Séla.

12 Publie-t-on ta bonté dans le sépulcre, ta fidélité dans l’abîme ?

13 Tes prodiges sont-ils connus dans la région des ténèbres et ta justice dans la terre de l’oubli ?

14 Et moi, Yahweh, je crie vers toi, ma prière va au-devant de toi dès le matin.

15 Pourquoi, Yahweh, repousses-tu mon âme, me caches-tu ta face ?

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 9, 57-62

« Je te suivrai partout où tu iras »

57 Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras. »

58 Jésus lui répondit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. »

59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller auparavant ensevelir mon père. »

60 Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va annoncer le royaume de Dieu. »

61 Un autre lui dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller auparavant faire mes adieux à ceux de ma maison. »

62 Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage ouvre la longue section de Luc appelée « montée vers Jérusalem » (Lc 9, 51 – 19, 27). Quelques versets plus haut, l'évangéliste a écrit que Jésus prend résolument la route de Jérusalem, où l'attendent sa Passion et sa mort ; tout ce qui suit est raconté comme se déroulant en chemin.

Juste avant, un village de Samarie a refusé de l'accueillir précisément parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem, et Jésus a écarté la proposition de deux disciples qui voulaient une punition. Viennent alors les trois brèves rencontres de notre passage, sur la route même.

Immédiatement après, Jésus envoie soixante-douze disciples en mission devant lui, sans bagage ni provisions. Les trois dialogues font donc charnière : ils fixent les conditions du départ pour ceux qui vont être envoyés.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant de Nazareth, que Luc présente comme l'envoyé de Dieu qui parcourt les villages de Galilée avant de monter à Jérusalem.

Il répond à trois interlocuteurs par des formules brèves et déconcertantes, qui décrivent moins une règle générale que sa propre condition de voyageur sans domicile.

« un homme », « un autre », « un autre encore »

Trois personnages anonymes rencontrés en chemin ; Luc ne dit ni leur nom, ni leur métier, ni ce qu'ils décident ensuite.

Leur anonymat les rend représentatifs : chacun exprime un désir sincère de suivre Jésus, assorti d'une condition ou d'un délai que la réponse de Jésus vient déplacer.

les disciples

Le groupe, plus large que les douze apôtres, de ceux qui accompagnent Jésus et écoutent son enseignement.

Ils ne parlent pas ici, mais ils sont le public réel de ces échanges : Luc place la scène juste avant l'envoi en mission de soixante-douze d'entre eux.

Mots à connaître
le Fils de l'homme

Expression par laquelle Jésus se désigne lui-même dans les évangiles. Elle vient du livre de Daniel, où une figure « comme un fils d'homme » reçoit de Dieu un pouvoir universel, mais elle peut aussi signifier simplement « l'être humain ». Cette ambiguïté voulue permet à Jésus de parler de lui sans revendiquer directement un titre.

enterrer son père

Dans le judaïsme du premier siècle, ensevelir ses parents est un devoir religieux majeur, qui prime sur presque toutes les autres obligations. La demande du deuxième homme est donc irréprochable : elle peut viser un décès récent, ou l'attente, parfois longue, de la mort d'un père encore vivant. C'est ce qui rend la réponse de Jésus si abrupte.

le règne de Dieu

Autre traduction de « royaume de Dieu » : il ne s'agit pas d'un territoire mais de l'action de Dieu qui s'établit enfin comme roi, rétablissant la justice et la vie. C'est le cœur de la prédication de Jésus, et le contenu même du message que les envoyés auront à annoncer.

mettre la main à la charrue

Il s'agit d'un araire léger, guidé d'une main pendant que l'autre conduit l'attelage. Le laboureur qui se retourne dévie aussitôt et trace un sillon tordu. L'image dit une attention entière, non un interdit de regarder son passé.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 8, 18-22 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte les deux premiers dialogues, mais pas le troisième, et il les place bien plus tôt, en Galilée, au moment où Jésus s'apprête à traverser le lac. Il précise que le premier interlocuteur est un scribe, c'est-à-dire un spécialiste des Écritures, et que le second est déjà un disciple. Luc, lui, laisse les trois hommes anonymes et déplace la scène sur la route de Jérusalem : le même matériau sert chez lui à préparer l'envoi en mission.

1 R 19, 19-21 Ancien Testament

Le prophète Élie appelle Élisée alors qu'il laboure avec des bœufs ; Élisée demande à embrasser son père et sa mère, et Élie le lui accorde. Le vocabulaire du labour et de l'adieu aux siens, dans le troisième dialogue, renvoie très probablement à cet épisode. L'écart est frappant : ce qu'Élie concède, Jésus ne le concède pas, ce qui souligne l'urgence propre de son appel.

Lc 9, 51

Le verset qui commande toute la section : Jésus décide de monter à Jérusalem, où il sera « enlevé de ce monde ». Les trois réponses aux candidats-disciples s'éclairent par cette destination. Suivre Jésus, dans Luc, ce n'est pas adopter un mode de vie religieux, c'est prendre une route qui mène à la croix.

Clés de lecture
Trois scènes, une progression

Le premier homme s'offre spontanément, les deux autres sont appelés ou répondent à un appel. Les obstacles vont du plus matériel — où dormir — au plus intime — la famille. La difficulté ne diminue pas : elle se rapproche du cœur.

Le mot « d'abord »

Les deuxième et troisième interlocuteurs emploient tous deux un « d'abord » qui trahit une hiérarchie : une chose légitime passe avant. Les réponses de Jésus ne condamnent pas ces obligations, elles refusent qu'elles commandent l'ordre des priorités.

Une formule volontairement choquante

L'expression sur les morts qui enterrent leurs morts joue sur deux sens du mot : ceux qui sont spirituellement inertes, et les défunts. C'est un paradoxe destiné à frapper, non une dispense du deuil ; l'évangile de Luc, par ailleurs, montre Jésus bouleversé devant une veuve conduisant son fils au tombeau.

Ce que le texte ne dit pas

Luc ne rapporte la décision d'aucun des trois hommes. Le récit reste ouvert, et cette absence de conclusion est un procédé : elle renvoie la question au lecteur plutôt que de la clore par un exemple à imiter ou à blâmer.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ces trois échanges décrivent la condition du disciple itinérant à la suite d'un maître qui marche vers Jérusalem : pas de résidence assurée, pas de délai négocié, pas de retour en arrière. La tradition catholique y a toujours vu l'un des textes fondateurs de la vie consacrée, où le renoncement aux biens, à la famille et à la sécurité prend une forme institutionnelle.

Dans une lecture spirituelle plus large, le Christ sans lieu où reposer la tête est lu comme la figure du Verbe venu chez les siens sans y être reçu, jusqu'à la croix où il n'a même plus de sol sous les pieds. Le passage ne fixe donc pas un idéal réservé à quelques-uns : il dit que le baptisé reçoit sa demeure du Royaume annoncé, et non de ce qu'il possède déjà. La liberté demandée n'est pas mépris des liens familiaux, dont l'Écriture affirme partout la valeur, mais refus qu'ils deviennent le dernier mot.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce sont trois dialogues d'appel, très courts, construits sur le même schéma : une déclaration ou une demande, puis une réponse de Jésus en forme de sentence. Le genre ne vise pas à raconter une histoire complète — on ignore ce que les trois hommes ont décidé — mais à graver une parole dans la mémoire. Les images employées, les terriers, les nids, la charrue, sont des formules à effet, non des prescriptions à appliquer littéralement ; les lire comme un règlement reviendrait à en manquer la pointe.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par une tradition ancienne à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, auteur également des Actes des Apôtres ; l'identification reste discutée, mais l'unité des deux livres, elle, ne l'est pas. Il écrit vraisemblablement dans les années 80, pour des communautés de culture grecque, en s'appuyant sur des témoignages antérieurs et sur des sources écrites, comme il l'explique dans son prologue. Son destinataire déclaré, un certain Théophile, représente sans doute un lectorat instruit qui a déjà reçu un enseignement chrétien et cherche à en vérifier la solidité.

Lectures et références
  • Lc 10, 1-12 — L'envoi des soixante-douze suit immédiatement et montre à quoi servaient ces conditions de départ.
  • Lc 7, 11-17 — Jésus rendant son fils à la veuve de Naïm montre que la dureté apparente de la parole sur les morts ne traduit aucune indifférence au deuil.
  • Dn 7, 13-14 — Origine de l'expression « fils d'homme » que Jésus s'applique à lui-même.
  • Catéchisme, § 544 — Le Catéchisme souligne la pauvreté réelle de Jésus, sans lieu où reposer la tête, comme signe de la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.

À retenir

Trois candidats-disciples posent chacun une condition raisonnable, et Jésus, en route vers Jérusalem, répond à chacun que l'appel n'admet ni garantie de confort, ni délai, ni marche arrière.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Le Seigneur est plein de libéralité pour tous les hommes, cependant il ne donne point indistinctement, et au hasard, les choses célestes et divines ; il les réserve pour ceux qui en sont dignes, c’est-à-dire pour ceux qui savent préserver leur âme des souillures du péché, c’est ce que nous enseigne la parole puissante du saint Évangile : « Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit : Je vous suivrai partout où vous irez. » — Remarquons d’abord que cet homme s’approche de Jésus avec beaucoup de tiédeur, et que, par conséquent, ses prétentions sont excessives ; en effet, il ne demande pas à marcher simplement à la suite de Jésus-Christ, à l’exemple d’un grand nombre, mais il aspire ouvertement à la dignité d’apôtre, contrairement à cette parole de saint Paul : « Personne ne peut s’attribuer cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu. » (He 5.)

S. Athan

Il ose encore s’égaler à la puissance incompréhensible du Sauveur en lui disant : « Je vous suivrai, partout où vous irez. » Car si la nature humaine, dans la condition que Dieu lui a faite, peut suivre le Sauveur pour entendre sa doctrine, il lui est impossible de le suivre partout où il est ; car il est incompréhensible, et n’est circonscrit par aucun lieu.

S. Cyrille

Le Sauveur avait encore un autre motif légitime pour ne point accepter l’offre que lui faisait cet homme ; il enseignait qu’il devait auparavant porter sa croix et renoncer aux affections de la vie présente ; et son intention, en lui donnant cette leçon, n’était pas de lui faire un reproche, mais de lui inspirer des dispositions plus parfaites.

« Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, » etc.

Théophile

Cet homme avait vu le Sauveur entraîner une grande multitude à sa suite ; il s’imagina qu’elle lui payait un tribut, et qu’en s’attachant lui-même au Seigneur, il trouverait le moyen de s’enrichir.

18 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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