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Fête

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament Forme brève

Daniel 7, 9-10 . 7, 13-14

« Des millions d’êtres le servaient »

9 Je regardais, jusqu’au moment où des trônes furent placés, et où un vieillard s’assit. Son vêtement était blanc comme de la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure. Son trône était des flammes de feu ; les roues, un feu ardent.

10 Un fleuve de feu coulait, sortant de devant lui ; mille milliers le servaient, et une myriade de myriades se tenaient debout devant lui. Le Juge s’assit, et des livres furent ouverts.

13 Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées vint comme un Fils d’homme ; il s’avança jusqu’au vieillard, et on le fit approcher devant lui.

14 Et il lui fut donné domination, gloire et règne, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Daniel se partage en deux. Six chapitres de récits d'abord, autour d'un jeune Juif déporté à Babylone et de sa fidélité au milieu d'une cour païenne ; puis, à partir du chapitre 7, des visions qu'il reçoit et qu'on lui explique. Notre passage ouvre cette seconde partie.

Juste avant, Daniel a vu quatre bêtes monstrueuses sortir de la mer, figures de quatre empires successifs, la quatrième étant la plus violente. La scène lue ici bascule brusquement du chaos de la mer à une salle de tribunal céleste : on juge ces empires. La lecture saute les versets 11-12, où sont racontées la condamnation de la dernière bête et la fin du pouvoir des autres. Le lecteur passe donc directement du tribunal qui s'installe à la figure humaine qui reçoit la royauté.

Après le verset 14, Daniel, bouleversé, demande l'explication de sa vision : le royaume, lui répond-on, sera donné au peuple des fidèles du Très-Haut. Le texte est proposé pour une fête, où les lectures sont choisies en fonction de la célébration ; la liturgie du jour offre d'ailleurs une autre lecture au choix.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Daniel

Personnage central du livre qui porte son nom : un Juif déporté à Babylone au VIᵉ siècle avant notre ère, présenté comme sage et interprète de songes.

Ici il n'agit pas : il est le témoin qui raconte à la première personne ce qu'il voit pendant la nuit. Son regard structure tout le passage.

le Vieillard

Littéralement « l'Ancien des jours » : une manière imagée de désigner Dieu lui-même, dont l'ancienneté dit l'autorité et la permanence face à des empires éphémères.

Il siège comme juge suprême, entouré de sa cour. C'est de lui que vient tout pouvoir dans cette scène.

« comme un Fils d'homme »

Une figure d'apparence humaine, décrite par comparaison, qui contraste avec les quatre bêtes du début du chapitre. Son identité n'est pas nommée dans le texte.

Il vient de la région du ciel, s'avance vers le Vieillard et reçoit de lui une royauté universelle et sans fin. Il ne conquiert rien. Tout lui est donné.

la cour céleste

Les innombrables serviteurs qui entourent le trône de Dieu, un décor habituel des visions bibliques de la royauté divine.

Leur nombre écrasant et les livres ouverts installent l'atmosphère d'un procès solennel où les comptes des puissances de la terre sont examinés.

Mots à connaître
Les livres ouverts

Dans le monde antique, les rois tenaient des archives où étaient consignés les actes de leurs sujets. Transposée au ciel, l'image signifie que rien n'est oublié et que le jugement se fonde sur des faits, non sur l'arbitraire.

Les nuées du ciel

Dans la Bible, la nuée accompagne régulièrement les manifestations de Dieu, comme au Sinaï. Dire qu'une figure vient « avec les nuées » la situe du côté du ciel, non de la terre. C'est un indice d'origine divine, pas un détail météorologique.

Fils d'homme

Dans les langues sémitiques, « fils d'homme » signifie d'abord « un être humain ». L'expression, ici, reste prudente et comparative : la figure a l'aspect d'un homme, par contraste avec les bêtes vues juste avant, sans que son identité soit précisée.

Myriades

Une myriade désigne dix mille. L'accumulation « des myriades de myriades » n'est pas un chiffre à calculer : c'est une manière d'exprimer l'innombrable.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« un Vieillard »

L'araméen dit « un Ancien des jours ». Beaucoup de bibles conservent cette expression, moins naturelle mais plus parlante : l'âge y signifie l'autorité et l'antériorité de Dieu sur toute histoire.

« comme un Fils d'homme »

Tournure calquée sur l'original, qui signifie « quelqu'un qui ressemblait à un être humain ». Les traductions modernes rendent parfois « comme un fils d'homme », parfois « une sorte d'homme » ; la majuscule est un choix d'interprétation chrétienne, absente du texte ancien.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 14, 61-62

Interrogé par le grand prêtre lors de son procès, Jésus répond en reprenant les mots mêmes de cette vision : le Fils de l'homme siégeant et venant avec les nuées. C'est cette reprise qui provoque l'accusation de blasphème. Le texte de Daniel devient, dans les évangiles, la clé du titre que Jésus s'applique le plus souvent.

Mc 13, 26

Dans son discours sur la fin des temps, Jésus annonce la venue du Fils de l'homme dans les nuées avec puissance et gloire. Le vocabulaire vient directement de Daniel 7, mais orienté vers un avenir : ce que Daniel voit comme une intronisation céleste devient l'attente d'une manifestation.

Ap 1, 13-14

L'Apocalypse décrit le Christ ressuscité avec des traits emprumtés aux deux figures de notre passage : il ressemble à un fils d'homme, mais ses cheveux sont blancs comme la laine, attribut du Vieillard. Cette fusion dit l'égalité du Christ avec Dieu.

Ez 1, 26-28 Ancien Testament

Le prophète Ézéchiel, également en exil à Babylone, décrit un trône porté par des roues et environné de feu, avec au-dessus une apparence humaine. Daniel 7 puise dans ce répertoire d'images. Le feu, les roues, le trône ne décrivent aucune matière : ils forment un langage codé de la sainteté divine.

Clés de lecture
Des bêtes à une figure humaine

Le chapitre s'ouvre sur des monstres surgis de la mer, symbole de chaos, et se referme sur une figure d'allure humaine venue du ciel. Tout le sens tient dans ce contraste : la violence animale des empires est remplacée par un pouvoir à visage d'homme.

Une royauté reçue, non conquise

Le point de bascule est au verset 14 : le pouvoir est donné. Là où les empires s'emparent de la domination par la force, cette figure la reçoit des mains du juge. Et la différence de mode fonde la différence de durée : ce royaume ne sera pas détruit.

Le saut des versets 11-12

La lecture laisse de côté la condamnation de la bête et la destitution des autres empires. La scène s'en trouve resserrée sur ses deux pôles, le trône de Dieu et la figure qui s'en approche, et la part de jugement destructeur s'atténue.

Une figure individuelle ou un peuple ?

Plus loin dans le chapitre, l'explication donnée à Daniel attribue le royaume au peuple des fidèles du Très-Haut. Les lectures juives anciennes ont donc hésité entre une figure personnelle et une représentation collective d'Israël. Les deux dimensions sont dans le texte.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte annonce à des croyants persécutés que les empires seront jugés et qu'une royauté d'un autre ordre, durable et universelle, est déjà décidée dans le ciel. Celui qui la reçoit n'est pas nommé.

La tradition chrétienne lit cette figure comme une annonce du Christ, et la raison se trouve dans les évangiles eux-mêmes : Jésus s'est désigné comme le Fils de l'homme et a repris explicitement cette vision devant ses juges. L'Église y reconnaît sa condition humaine véritable, sa glorification après la Passion, son rôle de juge des vivants et des morts, et le caractère universel de sa royauté, qui déborde toute frontière de peuple et de langue. Le sens premier n'est pas annulé pour autant : cette lecture y discerne un accomplissement, sans effacer la portée politique et consolatrice que le texte avait pour ses premiers lecteurs.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une vision apocalyptique : un récit de révélation reçue en songe, écrit dans un langage d'images codées, destiné à des croyants persécutés. Les bêtes, les trônes de feu, les myriades de serviteurs ne décrivent rien au pied de la lettre. Ce sont des symboles de puissance, de jugement, de sainteté.

Lire un tel texte suppose de chercher ce que signifie chaque image, non de reconstituer une scène. Le message de fond ne varie pas : les pouvoirs qui écrasent le juste ont un terme, car le jugement appartient à Dieu.

Qui écrit, et pour qui

Le livre se présente comme le témoignage de Daniel à l'époque de l'exil à Babylone, au VIᵉ siècle avant notre ère. La plupart des spécialistes, catholiques compris, le datent de bien plus tard, vers 165 avant notre ère, pendant la persécution du roi grec Antiochus IV qui interdisait la pratique du judaïsme : les empires successifs évoqués au chapitre 7 culmineraient dans ce règne. Sous le couvert d'une époque passée, le livre écrirait alors un message de résistance pour des croyants persécutés.

Particularité : Daniel est écrit en deux langues, l'hébreu et l'araméen ; le chapitre 7 appartient à la section araméenne. Les catholiques reçoivent aussi quelques parties du livre que les bibles juives et protestantes ne comptent pas parmi les Écritures.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 664 — Le Catéchisme lit l'élévation du Christ à la droite du Père comme l'accomplissement de la vision de Daniel sur le Fils de l'homme.
  • Jn 5, 27 — Jésus déclare avoir reçu le pouvoir de juger parce qu'il est Fils de l'homme, ce qui rejoint directement la scène du tribunal céleste.
  • Dn 7, 27 — Dans l'explication donnée à Daniel, la royauté est attribuée au peuple des fidèles du Très-Haut, ce qui élargit la portée du verset 14.
  • Ac 7, 55-56 — Étienne, au moment de sa mort, dit voir le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu : première reprise chrétienne de la vision après les évangiles.

À retenir

Face aux empires violents figurés par des bêtes, Daniel voit une royauté universelle et sans fin remise par Dieu à une figure d'homme venue du ciel. Jésus s'appliquera ce texte à lui-même en se nommant Fils de l'homme.

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Échanges

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Première lecture Nouveau Testament Forme longue

Apocalypse 12, 7-12

« Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon »

7 Et il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le dragon ; et le dragon et ses anges combattaient ;

8 mais ils ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le ciel.

9 Et il fût précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fût précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.

10 Et j’entendis dans le ciel une voix forte qui disait : « Maintenant le salut, la puissance et l’empire sont à notre Dieu, et l’autorité à son Christ ; car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accuse jour et nuit devant notre Dieu.

11 Eux aussi l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole à laquelle ils ont rendu témoignage, et ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir.

12 C’est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y demeurez ! Malheur à la terre et à la mer ! car le diable est descendu vers vous, avec une grande fureur, sachant qu’il ne lui reste que peu de temps. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de l'Apocalypse est une longue vision donnée à un voyant nommé Jean. Après une série de fléaux annoncés par sept trompettes, le chapitre 12 ouvre une seconde partie : une femme enceinte, couronnée d'étoiles, est menacée par un dragon qui guette son enfant ; l'enfant est enlevé auprès de Dieu, la femme s'enfuit au désert.

Notre passage vient immédiatement après cette scène : il en donne pour ainsi dire l'envers céleste, un combat qui se livre non sur la terre mais dans le ciel, et qui s'achève par l'expulsion du dragon. Aussitôt après, le récit reprend : rejeté en bas, le dragon poursuit la femme, puis suscite les deux bêtes du chapitre 13.

La liturgie s'arrête au milieu du verset 12, sur l'appel à la joie adressé au ciel, et laisse de côté la suite, qui annonce au contraire le malheur de la terre où le diable est descendu. Le passage est retenu pour la fête des archanges, le 29 septembre, parce qu'il met en scène Michel.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Michel

Un ange nommé dans le livre de Daniel comme le protecteur du peuple de Dieu ; la tradition juive puis chrétienne en fait un archange, c'est-à-dire un ange d'un rang supérieur. Son nom hébreu signifie « Qui est comme Dieu ? ».

Il conduit les anges fidèles dans le combat contre le dragon. Il n'est pas présenté comme le vainqueur au sens propre : la victoire est attribuée plus loin au sang de l'Agneau.

le Dragon

Figure monstrueuse apparue au chapitre précédent, guettant l'enfant de la femme. Le texte l'identifie lui-même par une série de noms : le serpent des origines, le Diable, Satan.

Il mène ses propres anges au combat, perd, et se voit chassé du ciel. Il est désigné comme celui qui accuse les croyants devant Dieu, un rôle judiciaire plus que tentateur.

la voix forte dans le ciel

Un porte-parole anonyme, procédé fréquent dans ce livre : la voix commente la vision et en donne le sens.

Elle proclame un hymne qui interprète le combat : ce qui vient d'arriver manifeste le règne de Dieu et le pouvoir de son Christ.

« nos frères »

Les croyants persécutés auxquels le livre s'adresse, communautés chrétiennes d'Asie mineure à la fin du premier siècle.

L'hymne les désigne comme les véritables vainqueurs du dragon, non par la force mais parce qu'ils ont tenu leur témoignage au prix de leur vie.

Mots à connaître
le ciel

Dans ce livre, le ciel n'est pas un lieu géographique mais l'espace de la décision divine, une sorte de cour de justice. Que l'accusateur en soit chassé signifie qu'il n'a plus accès à ce tribunal : sa plainte contre les croyants n'est plus recevable.

l'Agneau

C'est, dans toute l'Apocalypse, le nom donné au Christ ressuscité, présenté comme un agneau égorgé et pourtant debout. L'image renvoie à l'agneau de la Pâque juive et au sacrifice ; son sang désigne sa mort librement acceptée.

témoins

Le mot grec employé ici, martys, signifie « témoin » ; il donnera en français le mot « martyr ». Le passage joue sur les deux sens : ceux qui ont rendu témoignage l'ont fait jusqu'à la mort.

Satan, Diable

« Satan » vient d'un mot hébreu qui veut dire l'adversaire ou l'accusateur au tribunal ; « diable » traduit un mot grec signifiant celui qui divise ou calomnie. Les deux noms disent la même fonction : porter accusation.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« détachés de leur propre vie »

La formule rend une tournure grecque qui dit mot à mot qu'ils n'ont pas aimé leur vie au point de reculer devant la mort. Il ne s'agit pas d'un mépris de l'existence, mais du refus de sauver sa peau au prix du témoignage.

Ailleurs dans l’Écriture
Dn 12, 1 Ancien Testament

Dans le livre de Daniel, Michel est le prince qui se tient debout pour défendre le peuple, au temps de la détresse finale. L'Apocalypse reprend ce personnage et ce rôle de défenseur, mais déplace le combat : il ne s'agit plus d'une lutte entre nations, mais de l'expulsion de l'accusateur hors du ciel.

Za 3, 1-2 Ancien Testament

Le prophète Zacharie voit « le satan » — le mot est d'abord un titre, « l'accusateur » — se tenir à la droite du grand prêtre pour l'accuser, et Dieu le rabroue. Cela éclaire le rôle judiciaire que l'Apocalypse prête au dragon : avant d'être un tentateur, il est celui qui porte plainte contre les fidèles devant Dieu.

Gn 3, 1-15 Ancien Testament

En appelant le dragon « le serpent des origines », le texte renvoie explicitement au récit du jardin d'Éden. C'est une clé de lecture : l'Apocalypse identifie l'adversaire de la fin à celui du commencement, et suggère que l'histoire du salut se referme là où elle s'était ouverte.

Lc 10, 18

Au retour des disciples envoyés en mission, Jésus déclare qu'il voyait Satan tomber du ciel comme l'éclair. Le même motif de la chute y est rattaché non à un combat cosmique mais à la prédication de l'Évangile. Les deux textes se rejoignent pour situer la défaite du diable dans le ministère du Christ et de ses envoyés.

Clés de lecture
Une victoire déjà remportée ailleurs

Le récit raconte un combat d'anges, mais l'hymne qui suit en donne une tout autre explication : si le dragon est vaincu, c'est par le sang de l'Agneau et par le témoignage des croyants. Le combat céleste n'est donc pas la cause de la victoire, il en est la manifestation.

Le « maintenant » de l'hymne

La voix céleste emploie un présent : le salut et le règne de Dieu sont proclamés comme acquis, alors même que les destinataires du livre subissent la persécution. C'est le ressort de tout l'écrit : donner à voir l'issue pour rendre le présent tenable.

Ce que la liturgie laisse de côté

La lecture s'arrête sur l'invitation à la joie adressée au ciel. La suite immédiate du verset annonce le malheur de la terre, où le diable descend avec une grande fureur, sachant son temps compté. L'omission adoucit la tonalité du passage : il vaut la peine de le savoir.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte console des chrétiens persécutés : l'accusateur a perdu sa cause, et ceux qui meurent pour leur foi ne sont pas des vaincus mais les vainqueurs.

La tradition catholique y lit d'abord une affirmation sur le Christ : c'est sa mort et sa résurrection qui privent le mal de tout pouvoir d'accusation définitive sur l'homme. Elle reconnaît aussi dans ce combat l'écho de la chute des anges rebelles, sans que le texte en fournisse un récit historique.

Michel, pour sa part, y reçoit la figure du défenseur du peuple de Dieu : c'est à ce titre que l'Église le fête avec Gabriel et Raphaël. Cette lecture ne fait pas de lui un rival du Christ, puisque le texte lui-même attribue la victoire à l'Agneau.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une vision apocalyptique, genre juif né dans les périodes de crise : une révélation en images codées sur le dénouement de l'histoire. Les figures y sont symboliques — le dragon, les anges, le ciel comme lieu du jugement — et ne décrivent pas une scène observable.

La deuxième moitié du passage change de registre : c'est un hymne, un chant qui interrompt le récit pour en donner l'interprétation. Lire ce texte, c'est donc d'abord déchiffrer des symboles, non reconstituer un événement.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur se présente sous le nom de Jean, exilé dans l'île de Patmos, au large de l'actuelle Turquie. La tradition chrétienne l'a longtemps identifié à l'apôtre Jean et à l'auteur du quatrième évangile ; les spécialistes discutent aujourd'hui cette identification, sans qu'une réponse s'impose.

Le livre s'adresse à sept communautés chrétiennes d'Asie mineure, vraisemblablement à la fin du premier siècle, dans un contexte de pression sociale et de persécutions locales liées au culte rendu à l'empereur. C'est un écrit de consolation : il assure à des croyants menacés que l'issue de l'histoire est déjà acquise.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 391 — Sur ce que la foi catholique dit de la chute des anges rebelles, dont ce texte offre une figure.
  • Catéchisme, § 2853 — Le Catéchisme cite précisément ce passage pour expliquer la victoire du Christ sur le « prince de ce monde ».
  • Catéchisme, § 335 — Sur la présence des anges dans la liturgie de l'Église et l'invocation de saint Michel.
  • Jb 1, 6-12 — Le personnage de l'accusateur se tenant parmi les fils de Dieu pour mettre en cause la fidélité du juste.
  • Jn 12, 31 — Jésus annonce que le prince de ce monde va être jeté dehors au moment de sa Passion.

À retenir

Le combat des anges n'est pas la cause de la défaite du mal mais son image : l'Apocalypse attribue la victoire à la mort du Christ et au témoignage de ceux qui lui restent fidèles.

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Psaume

Psaumes 137, 1-2 . 137, 2-3 . 137, 4-5

1 De David. Je veux te louer de tout mon cœur, te chanter sur la harpe, en présence des dieux.

2 Je veux me prosterner dans ton saint temple, et célébrer ton nom, à cause de ta bonté et de ta fidélité, parce que tu as fait une promesse magnifique, au-dessus de toutes les gloires de ton nom.

3 Le jour où je t’ai invoqué, tu m’as exaucé, tu as rendu à mon âme la force et le courage.

4 Tous les rois de la terre te loueront, Yahweh, quand ils auront appris les oracles de ta bouche.

5 Ils célébreront les voies de Yahweh, car la gloire de Yahweh est grande.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

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Évangile

Jean 1, 47-51

« Vous verrez les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme »

47 Jésus vit venir vers lui Nathanaël, et dit en parlant de lui : « Voici vraiment un Israélite, en qui il n’y a nul artifice. »

48 Nathanaël lui dit : « D’où me connais-tu ? » Jésus repartit et lui dit : « Avant que Philippe t’appelât, lorsque tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »

49 Nathanaël lui répondit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël. »

50 Jésus lui repartit : « Parce que je t’ai dit : Je t’ai vu sous le figuier, tu crois ! Tu verras de plus grandes choses que celle-là. »

51 Et il ajouta : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au tout début de l'évangile selon Jean, dans la semaine qui inaugure la vie publique de Jésus. Jean le Baptiste vient de le désigner à ses propres disciples. Ceux-ci le suivent, et chacun en amène un autre : André conduit son frère Simon, que Jésus surnomme Pierre, puis Philippe va chercher Nathanaël.

Juste avant les versets lus ici, Philippe a présenté Jésus comme celui qu'annonçaient les Écritures, un homme de Nazareth ; Nathanaël a répondu par une objection méprisante sur ce bourg obscur de Galilée. Notre passage raconte la rencontre qui suit cette réticence et clôt la série des premiers appels. Vient ensuite le premier signe de Jésus, les noces de Cana.

Si la liturgie retient ce dialogue, c'est pour sa finale sur les anges qui montent et descendent : l'un des rares passages des évangiles où Jésus parle explicitement du service des anges auprès de lui.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître de Nazareth, en Galilée, dont Jean vient de dire dans son prologue qu'il est la Parole de Dieu venue habiter parmi les hommes. Ici il commence tout juste à rassembler des disciples.

Il prend l'initiative : il décrit Nathanaël avant que celui-ci ait parlé, puis déplace la conversation vers une promesse bien plus vaste que le fait d'avoir été deviné.

Nathanaël

Un homme de Cana en Galilée, que seul l'évangile de Jean nomme ; il réapparaît à la fin du livre parmi ceux à qui Jésus ressuscité se montre. Une tradition ancienne, qui reste une hypothèse, l'identifie à l'apôtre Barthélemy des listes des trois autres évangiles.

D'abord sceptique sur Nazareth, il passe en quelques répliques à une reconnaissance solennelle de Jésus. Sa confession n'est pas encore la pleine foi pascale : Jésus lui annonce qu'il verra plus grand.

Philippe

L'un des premiers disciples appelés, originaire de Bethsaïde comme André et Pierre. Il tient un rôle notable dans l'évangile de Jean, où il intervient encore lors de la multiplication des pains et au dernier repas.

Il n'est mentionné ici qu'en creux : c'est lui qui est allé chercher Nathanaël, et Jésus montre qu'il connaissait déjà ce dernier avant cette démarche.

les anges de Dieu

Dans la Bible, les anges sont des créatures spirituelles au service de Dieu, envoyées comme messagers ou comme gardiens auprès des hommes.

Ils apparaissent dans la promesse finale de Jésus : un va-et-vient entre le ciel et la terre, dont Jésus lui-même devient le point de passage.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Amen, amen »

Mot hébreu signifiant « c'est solide, c'est vrai », conservé tel quel et redoublé pour marquer la solennité. Certaines traductions le rendent par « en vérité, en vérité, je vous le dis ».

« Rabbi »

Titre hébreu par lequel on s'adressait à un maître qui enseigne ; l'évangile de Jean le traduit ailleurs par « maître ».

« Fils de l'homme »

Tournure calquée sur l'hébreu et l'araméen, où elle désigne d'abord un être humain ; reprise du livre de Daniel, elle devient la manière dont Jésus se désigne lui-même.

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 28, 10-17 Ancien Testament

Jacob, en fuite, dort à Béthel et voit en songe une échelle dressée entre terre et ciel, sur laquelle des anges montent et descendent ; à son réveil, il déclare que ce lieu est la maison de Dieu et la porte du ciel. La parole finale de Jésus reprend presque mot pour mot ce mouvement des anges, mais le déplace : ce n'est plus un lieu qui relie le ciel à la terre, c'est une personne. Sans ce récit, la promesse de Jésus reste énigmatique.

Gn 27, 35-36 Ancien Testament

Jacob obtient par une ruse la bénédiction de son père Isaac, et son frère Ésaü le dénonce comme trompeur. Son nom reste associé dans la Bible à la fourberie. Quand Jésus dit de Nathanaël qu'il est un Israélite sans ruse, il le présente comme un Jacob à l'envers : un fils d'Israël en qui il n'y a rien de tortueux.

Dn 7, 13-14 Ancien Testament

Le prophète Daniel voit venir sur les nuées « comme un fils d'homme », à qui est remise une royauté universelle. L'expression que Jésus s'applique à lui-même vient de là : elle dit son appartenance à l'humanité et l'autorité qu'il reçoit de Dieu. C'est ainsi qu'il se désigne d'ordinaire dans les évangiles.

Jn 21, 2

Nathanaël est cité parmi les disciples présents au bord du lac lorsque Jésus ressuscité se manifeste, et le texte précise alors qu'il est de Cana en Galilée. Le personnage encadre donc l'évangile de Jean, de la première semaine aux apparitions pascales. La promesse de « voir plus grand » a eu sa suite.

Clés de lecture
Un regard qui précède

Tout le dialogue tourne autour du verbe voir. Jésus a vu Nathanaël avant toute rencontre ; Nathanaël croit parce qu'il a été vu ; la promesse finale porte sur ce que les disciples verront à leur tour. L'initiative vient de Jésus, avant toute démarche de l'homme.

Une foi vraie mais encore courte

Nathanaël reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et le roi d'Israël, deux titres que le judaïsme de l'époque pouvait appliquer au Messie attendu. Jésus accueille cette confession sans la corriger, mais annonce aussitôt du plus grand : ce que Nathanaël a compris est juste, et pourtant très en dessous de ce qui se révélera à la croix et à la résurrection.

Le changement de destinataire

Jésus parle d'abord à Nathanaël seul, puis la dernière phrase passe au pluriel. La promesse ne lui est pas réservée : elle vise le groupe des disciples et, à travers eux, les lecteurs. La double formule d'insistance qui l'introduit signale dans cet évangile une parole d'un poids particulier.

Jésus à la place de l'échelle

En reprenant la vision de Jacob à Béthel, Jésus se substitue au lieu saint. Le va-et-vient des anges ne se fait plus au-dessus d'une pierre dressée dans le désert, mais au-dessus du Fils de l'homme : c'est en lui que la communication entre Dieu et l'humanité est désormais ouverte.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage raconte comment un homme réticent devient disciple, et comment Jésus oriente sa foi naissante vers une révélation plus ample. La tradition catholique y lit surtout l'annonce que Jésus est lui-même le lieu de la rencontre entre le ciel et la terre : ce que Béthel préfigurait, il l'accomplit dans sa personne. Le passage des anges au-dessus du Fils de l'homme manifeste sa gloire, qui se déploiera pleinement dans sa mort et sa résurrection.

De là l'usage de ce texte dans les fêtes liées aux anges : ils ne sont pas des figures autonomes, mais des serviteurs tournés vers le Christ et associés à son œuvre. La tradition y voit aussi une leçon sur la foi, qui commence souvent par un signe modeste, ici le sentiment d'avoir été connu, et qui est appelée à grandir bien au-delà de son point de départ.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit d'appel en forme de dialogue : trois répliques brèves, puis une déclaration solennelle de Jésus qui élargit soudain l'horizon. Le procédé est typique de Jean, où un échange concret sert de tremplin à une révélation.

La dernière parole ne décrit donc pas un événement à venir précisément daté. C'est une promesse en langage d'images, empruntée à un récit ancien de la Genèse.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue le quatrième évangile à Jean, l'un des Douze, que le texte lui-même désigne comme « le disciple que Jésus aimait ». La recherche actuelle parle plus prudemment d'un milieu de disciples qui a recueilli et médité ce témoignage. L'identité du rédacteur final reste indécise.

On situe généralement la rédaction vers la fin du premier siècle, pour des communautés chrétiennes déjà installées, venues en partie du judaïsme, en partie du monde grec par la langue et la culture. D'où le soin du texte à traduire les mots hébreux et à expliquer les usages juifs à ses lecteurs.

Lectures et références
  • Jn 1, 43-46 — Les versets qui précèdent immédiatement, où Philippe appelle Nathanaël et où celui-ci objecte contre Nazareth.
  • Gn 32, 29 — Jacob reçoit le nom d'Israël, ce qui éclaire pourquoi Jésus qualifie Nathanaël de véritable Israélite.
  • Catéchisme, § 331 — Sur les anges compris comme appartenant au Christ et ordonnés à lui.
  • Catéchisme, § 329 — Définition des anges comme créatures spirituelles, messagers et serviteurs de Dieu.

À retenir

En reprenant la vision de l'échelle de Jacob, Jésus annonce qu'il est désormais lui-même le passage ouvert entre le ciel et la terre, et que les anges y sont à son service.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(hom. 20 sur S. Jean.) Nathanaël, en refusant d’admettre que le Christ devait sortir de Nazareth, fait voir l’étude approfondie qu’il avait faite des Ecritures ; et en consentant à suivre celui qui lui annonçait sa présence, il montre le vif désir qu’il avait de voir le Christ, car il présumait que Philippe pouvait se tromper sur le lieu de sa naissance : « Jésus voyant venir Nathanaël, dit de lui : Voici un vrai Israélite, dans lequel il n’y a point de ruse. » Il ne croit pas devoir lui faire aucun reproche, bien que d’après ses paroles, il n’eut pas cru à l’instant même, parce qu’il s’attachait plus que Philippe aux indications des oracles prophétiques. Jésus porte donc de lui ce jugement : « Voici un vrai Israélite, dans lequel il n’y a pas de ruse, » parce que ses paroles ne respirent ni flatterie ni aversion.

S. Augustin

(Traité précéd.) Ou bien encore, que signifie ces paroles : « Dans lequel il n’y a point de ruse ? » Veulent-elles dire que Nathanaël était pur de tout péché, et qu’il n’avait pas besoin de médecin ? Non, sans doute, car il n’est personne de ceux qui reçoivent le jour, qui n’ait besoin de recourir à ce médecin. Or, la ruse consiste à feindre une chose différente de celle qu’on fait. Dans quel sens donc n’y avait-il point de ruse dans Nathanaël ? C’est-à-dire, que s’il est pécheur, il ne craint pas de le reconnaître ; si au contraire il se disait juste, tout pécheur qu’il est, la ruse se fût trouvée sur ses lèvres. Le Sauveur loue donc dans Nathanaël, de reconnaître sincèrement qu’il est pécheur, mais il ne veut nullement dire qu’il soit sans péché.

Théophile

Mais Nathanaël, malgré cet éloge, ne se rend pas aussitôt, il attend une preuve plus évidente, et il interroge le Sauveur : « Nathanaël lui dit : D’où me connaissez-vous ? »

S. Chrys

(hom. précéd.) La question de Nathanaël est la question d’un homme, la réponse de Jésus est celle d’un Dieu : « Avant que Philippe vous appelât, lui dit Jésus, je vous ai vu. » Il l’a vu, non pas des yeux de l’homme, mais de ce regard divin que Dieu abaisse sur les hommes du haut des cieux. « Je vous ai vu, » c’est-à-dire, j’ai vu les habitudes de votre vie. Il ajoute : « Lorsque vous étiez sous le figuier, » là où il n’y avait personne, si ce n’est Philippe et Nathanaël qui s’entretenaient ensemble. L’Evangéliste fait remarquer que c’est en voyant Nathanaël de loin, que Jésus dit de lui : « Voici un vrai Israélite, » c’est-à-dire, avant que Philippe se fût approché de Jésus, de manière que vous ne puissiez élever aucun soupçon sur le témoignage du Sauveur. Jésus ne voulut pas répondre : Je ne suis pas né à Nazareth, comme Philippe vous l’a dit, mais à Bethléem, pour ne pas soulever de discussion sur ce point, c’eût été d’ailleurs une preuve insuffisante qu’il était le Christ, et il le prouve bien plus fortement en leur démontrant qu’il était présent à leur entretien.

6 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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