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S. Venceslas, martyr ; S. Laurent Ruiz et ses compagnons, martyrs

26ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Job 1, 6-22

« Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni ! »

6 Il arriva un jour que, les fils de Dieu étant venus se présenter devant Yahweh, Satan vint aussi au milieu d’eux.

7 Et Yahweh dit à Satan : « D’où viens-tu ? » Satan répondit à Yahweh et dit : « De parcourir le monde et de m’y promener. »

8 Yahweh dit à Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a pas d’homme comme lui sur la terre, intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. »

9 Satan répondit à Yahweh : « Est-ce gratuitement que Job craint Dieu ?

10 Ne l’as-tu pas entouré comme d’une clôture, lui, sa maison et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays.

11 Mais étends la main, touche à tout ce qui lui appartient, et on verra s’il ne te maudit pas en face ! »

12 Yahweh dit à Satan : « Voici, tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir ; seulement ne porte pas la main sur lui. » Et Satan se retira de devant la face de Yahweh.

13 Or un jour que ses fils et ses filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné,

14 un messager vint dire à Job : « Les bœufs étaient à labourer et les ânesses paissaient autour d’eux ;

15 tout à coup les Sabéens sont survenus et les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée, et je me suis échappé seul pour te l’annoncer. »

16 Il parlait encore, lorsqu’un autre arriva et dit : « Le feu de Dieu est tombé du ciel ; il a embrasé les brebis et les serviteurs et les a dévorés, et je me suis échappé seul pour te l’annoncer. »

17 Il parlait encore, lorsqu’un autre arriva et dit : « Les Chaldéens, partagés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée, et je me suis échappé seul pour te l’annoncer. »

18 Il parlait encore, lorsqu’un autre arriva et dit : « Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin chez leur frère aîné,

19 et voilà qu’un grand vent s’est élevé de l’autre côté du désert et a saisi les quatre coins de la maison ; elle s’est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts, et je me suis échappé seul pour te l’annoncer. »

20 Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il adora

21 et dit : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai. Yahweh a donné, Yahweh a ôté ; que le nom de Yahweh soit béni ! »

22 En tout cela, Job ne pécha pas et ne dit rien d’insensé contre Dieu.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Tout commence en prose. Ce récit sert de cadre à la suite, et les cinq versets qui le précèdent présentent Job : un homme riche, père de dix enfants, réputé pour sa droiture, si scrupuleux qu'il offre des sacrifices au cas où ses fils auraient offensé Dieu.

Puis le récit bascule vers une scène céleste dont Job ne saura jamais rien, une délibération où sa fidélité est d'abord mise en question, puis mise à l'épreuve. Au chapitre 2, une seconde scène du même type autorisera une épreuve plus dure, qui frappera cette fois son corps. Viendront ensuite ses trois amis, et les longs dialogues en vers qui forment le cœur du livre.

La liturgie place ici le début d'une lecture suivie de Job, répartie sur plusieurs jours de semaine. Le passage en pose la question initiale : celle de la gratuité de la foi.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Job

Personnage central du livre, présenté comme un non-Israélite vivant au pays de Ouç, homme riche et irréprochable. Il n'est pas un personnage historique documenté mais la figure exemplaire autour de laquelle le livre construit sa réflexion.

Il est l'objet du pari sans le savoir. Frappé quatre fois coup sur coup, il accomplit les gestes du deuil et reconnaît que ce qu'il possédait ne lui appartenait pas en propre.

Le Seigneur

Dieu d'Israël, ici mis en scène comme un roi entouré de sa cour. Le livre de Job l'interroge sans relâche sur sa manière de gouverner le monde.

C'est lui qui attire l'attention sur la droiture de Job, et lui qui fixe une limite précise à ce qui peut être infligé. L'épreuve ne lui échappe jamais.

le Satan, l'Adversaire

Dans ce texte ancien, satan n'est pas encore un nom propre mais une fonction : l'accusateur public, une sorte de procureur au service de la cour royale céleste. La figure du diable telle que la connaîtra le Nouveau Testament se construira plus tard à partir de cette racine.

Il soulève la seule objection qui compte : Job n'est-il pas droit simplement parce que cela lui réussit ? Il obtient l'autorisation de vérifier, sous conditions.

les fils de Dieu

Expression hébraïque désignant les êtres célestes qui entourent Dieu, comparables aux courtisans d'un roi antique. Il ne s'agit pas de fils au sens propre.

Ils forment le décor de la scène d'ouverture : une audience royale où l'Adversaire se glisse.

les messagers

Serviteurs de Job, survivants de chaque catastrophe. Ils n'ont pas de nom et ne servent qu'à transmettre.

Ils arrivent quatre fois de suite, chacun coupant la parole au précédent, et leurs rapports achèvent tous par la même formule. Cette répétition donne au malheur sa force d'accumulation.

Mots à connaître
fils de Dieu

Manière hébraïque de désigner les êtres du monde céleste qui entourent Dieu, sans aucun rapport avec une filiation divine au sens chrétien. Les bibles récentes traduisent parfois par « les êtres célestes » ou « les membres de la cour divine ».

Chaldéens

Population de Mésopotamie, la région de l'actuel Irak, dont Babylone était le centre. Ils apparaissent ici comme des pillards nomades, ce qui correspond à une époque ancienne, avant leur constitution en empire.

déchirer son manteau et se raser la tête

Gestes codifiés du deuil dans le Proche-Orient ancien, aussi reconnaissables qu'un vêtement noir aujourd'hui. Ils ne signalent pas une perte de maîtrise mais l'entrée rituelle dans l'état de personne endeuillée.

se prosterner

Se jeter face contre terre est l'attitude du sujet devant son roi et du croyant devant Dieu. Job ne s'effondre pas : il adopte la posture de l'adoration au moment même du malheur.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Yahweh »

La traduction Crampon de 1923 transcrit ainsi le nom propre de Dieu en hébreu, là où les bibles d'aujourd'hui, suivant l'usage juif ancien, écrivent « le Seigneur ». Il s'agit du même Dieu, pas d'une divinité différente.

« Satan »

En hébreu, le mot est précédé de l'article et fonctionne comme un titre, « l'accusateur » ou « l'adversaire ». Plusieurs traductions récentes le rendent ainsi pour éviter que le lecteur y projette immédiatement le diable des évangiles.

Ailleurs dans l’Écriture
1 R 22, 19-22 Ancien Testament

Le prophète Michée décrit lui aussi Dieu siégeant au milieu de l'armée céleste et interrogeant ses membres, dont l'un se propose pour tromper un roi. La scène de Job reprend cette manière très ancienne de se représenter le gouvernement divin comme une cour royale. Elle éclaire le fait que l'Adversaire n'y agit qu'avec une autorisation.

Za 3, 1-2 Ancien Testament

Le prophète Zacharie voit le grand prêtre Josué debout devant l'ange, avec le satan à sa droite pour l'accuser, et Dieu qui rabroue l'accusateur. Même rôle juridique d'accusateur, et non encore le diable tentateur des évangiles. Le rapprochement montre que le mot désigne d'abord une fonction.

Qo 5, 14 Ancien Testament

L'Ecclésiaste emploie la même image de l'homme qui sort nu du sein maternel et s'en retourne nu, sans rien emporter. La sagesse d'Israël partage donc cette formule sur le caractère non possédé de la vie. Job la reprend non comme une résignation désabusée, mais en la tournant vers une bénédiction adressée à Dieu.

Jc 5, 11

La lettre de Jacques, dans le Nouveau Testament, cite la constance de Job en exemple pour des chrétiens éprouvés. Elle retient surtout le Job du prologue, celui qui tient bon, et non le Job révolté des chapitres en vers. Ce choix montre comment la tradition a très tôt simplifié le personnage, alors que le livre lui-même est bien plus rugueux.

Clés de lecture
Une question, pas une méchanceté

L'Adversaire ne s'en prend pas d'abord à Job mais à la valeur de sa droiture : est-elle intéressée ? C'est le nerf de tout le livre. Si l'homme ne sert Dieu que parce qu'il y gagne, la religion n'est qu'un calcul.

Le lecteur sait ce que Job ignore

Le récit donne au lecteur la clé céleste dès le début, puis la lui retire : Job, lui, n'aura jamais d'explication, et ses amis lui en proposeront de fausses. Cet écart d'information est le ressort du livre entier.

La limite fixée

L'autorisation accordée est strictement bornée, et elle le sera encore au chapitre suivant. Le texte tient donc deux choses ensemble : le malheur est réel, et il ne s'exerce pas hors du contrôle de Dieu. Le livre ne prétend pas pour autant que cela résout le problème.

Ce que Job dit et ne dit pas

Sa parole finale n'explique rien du malheur ; elle constate seulement qu'il n'était pas propriétaire de ce qu'il a perdu. Au dernier verset, le narrateur précise qu'il n'a rien dit d'inconvenant envers Dieu, ce qui laisse ouverte la possibilité des plaintes véhémentes qui viendront ensuite.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, tout tient à la gratuité : on peut se tourner vers Dieu pour ce qu'il donne, ou pour lui-même. La tradition catholique y lit aussi une affirmation nette sur le mal. L'accusateur n'a aucun pouvoir autonome, il n'agit que dans une limite fixée, et le malheur du juste ne sanctionne pas une faute cachée, ce que le livre démontrera en réfutant les amis de Job.

La lecture spirituelle chrétienne rapproche depuis longtemps Job du Christ : un juste frappé sans l'avoir mérité, dépouillé de tout, et qui s'en remet à son Père. Le rapprochement éclaire. Mais il ne doit pas gommer le Job réel du livre, celui qui criera bientôt son incompréhension pendant des chapitres entiers, et à qui Dieu donnera finalement raison contre ceux qui voulaient justifier le malheur. La foi catholique ne propose pas d'explication qui dissiperait le scandale de la souffrance de l'innocent ; elle l'inscrit dans le mystère de la croix.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Nous avons ici un récit-cadre en prose, proche du conte : personnages typés, chiffres ronds, et cette scène céleste qui donne au lecteur une information que le héros n'aura jamais.

Le lire comme un reportage sur ce qui se passe au ciel serait un contresens. C'est une mise en scène littéraire, destinée à poser nettement une question. Les quatre messages successifs, construits sur le même moule, ne cherchent pas le réalisme mais l'effet d'écrasement.

Qui écrit, et pour qui

Le livre de Job est anonyme. Il relève de la littérature de sagesse, celle qui réfléchit sur la conduite de la vie et sur le sens de ce qui arrive, comme les Proverbes ou l'Ecclésiaste.

Sa date est débattue. La plupart des spécialistes le situent entre le VIe et le IVe siècle avant Jésus-Christ, donc après l'exil à Babylone, au moment où Israël s'interroge durement sur le malheur du juste. Beaucoup pensent que le récit en prose qui ouvre et ferme le livre reprend un conte plus ancien, dans lequel un auteur a inséré les grands dialogues en vers. Le héros n'est délibérément pas israélite : la question posée vaut pour tout homme.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 395 — Sur le pouvoir du diable, réel mais limité et permis par la providence divine.
  • Catéchisme, § 324 — Sur le fait que la permission divine du mal reste un mystère éclairé seulement par le Christ.
  • 1 Tm 6, 7 — Paul reprend la même idée que nous n'avons rien apporté au monde et n'en emporterons rien.
  • Jb 2, 1-10 — La seconde scène céleste, immédiatement après, redouble l'épreuve en atteignant le corps de Job.
  • Jb 42, 7-17 — La fin du livre, où Dieu désavoue les amis de Job et rétablit celui-ci.

À retenir

Tout le livre de Job naît d'une question posée dans son prologue : la fidélité à Dieu tient-elle encore quand elle ne rapporte plus rien ?

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Psaume

Psaumes 16, 1 . 16, 3 . 16, 4-5 . 16, 7

1 Prière de David. Yahweh, entends la justice, écoute mon cri ; prête l’oreille à ma prière, qui n’est pas proférée par des lèvres trompeuses.

3 Tu as éprouvé mon cœur, tu l’as visité la nuit, tu m’as mis dans le creuset : tu ne trouves rien. Avec ma pensée ma bouche n’est pas en désaccord.

4 Quant aux actions de l’homme, fidèle à la parole de tes lèvres, j’ai pris garde aux voies des violents.

5 Mes pas se sont attachés à tes sentiers, et mes pieds n’ont pas chancelé.

7 Signale ta bonté, toi qui sauves ceux qui se réfugient dans ta droite contre leurs adversaires.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 9, 46-50

« Le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand »

46 Or, une pensée se glissa dans leur esprit, savoir lequel d’entre eux était le plus grand.

47 Jésus, voyant les pensées de leur cœur, prit un petit enfant, le mit près de lui,

48 et leur dit : « Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. Car celui d’entre vous tous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est grand. »

49 Jean, prenant la parole, dit : « Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne va pas avec nous.

50 — Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus, car celui qui n’est pas contre vous est pour vous. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes à une charnière de Luc. Jésus vient d'annoncer une seconde fois qu'il sera livré aux mains des hommes (Lc 9, 43-45), et le récit note que ses compagnons ne comprennent pas, sans oser l'interroger. La querelle de préséance surgit juste après cet aveu d'incompréhension, et le contraste entre l'annonce de la Passion et le souci du rang tient à la main du rédacteur.

Deux scènes courtes composent le passage : l'enfant placé auprès de Jésus, puis l'affaire de l'exorciste inconnu que Jean signale. Elles ferment le ministère en Galilée, région du nord où Jésus a enseigné et guéri jusque-là.

Au verset 51, aussitôt après, Jésus prend fermement la route de Jérusalem. Commence alors la longue montée vers la ville où il mourra, qui occupe dix chapitres. Le découpage liturgique isole donc les deux dernières leçons données aux disciples avant le départ.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée que les évangiles présentent comme le Messie et le Fils de Dieu ; dans ce chapitre, il vient d'annoncer pour la seconde fois sa mort prochaine.

Il perçoit la rivalité qui occupe ses compagnons sans qu'ils l'aient formulée devant lui, puis il répond par un geste et par deux sentences qui renversent leur échelle de grandeur.

les disciples

Le groupe de ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; il est plus large que les Douze, ces derniers formant le noyau que Jésus a choisi et envoyé en mission.

Ils se disputent la première place au moment même où Jésus parle de sa mort, montrant qu'ils n'ont pas saisi ce qu'il vient de dire.

l'enfant

Un enfant anonyme, sans parole ni réaction dans le récit. Dans la société du temps, un enfant n'a ni statut juridique ni influence : il dépend entièrement des adultes.

Jésus le place à côté de lui : il devient le signe visible de celui qui ne compte pas, et donc le critère de l'accueil que Jésus attend.

Jean

Jean, fils de Zébédée, pêcheur de Galilée, l'un des Douze ; avec Pierre et son frère Jacques, il fait partie des trois témoins de la Transfiguration, quelques versets plus haut dans ce même chapitre.

Il rapporte l'interdiction faite à un exorciste extérieur au groupe, attendant visiblement une approbation ; il représente la tentation de faire du groupe un cercle fermé.

l'homme qui expulsait des démons

Un inconnu, absent de la scène, dont on sait seulement qu'il agissait en invoquant le nom de Jésus sans appartenir au groupe des disciples.

Son cas sert de contre-exemple : Jésus refuse que ses compagnons se réservent l'usage de son nom.

Mots à connaître
en mon nom

Dans le langage biblique, agir « au nom de » quelqu'un, c'est s'appuyer sur son autorité et le représenter. Invoquer le nom de Jésus pour chasser un démon revient donc à reconnaître sa puissance, même sans appartenir à son groupe.

expulser des démons

Le judaïsme du temps connaît l'exorcisme : on chasse un esprit mauvais en prononçant un nom puissant. Les évangiles présentent les guérisons de possédés comme des signes que le règne de Dieu s'installe et fait reculer le mal.

les Douze

Groupe restreint choisi par Jésus parmi ses disciples pour être avec lui et être envoyés en mission ; leur nombre renvoie aux douze tribus d'Israël. Jean en fait partie, ce que le texte prend soin de préciser.

Maître

Le titre employé ici par Jean traduit un mot grec, epistatès, que Luc est seul à utiliser et qui désigne un chef, un supérieur. Il marque le respect d'un subordonné plus qu'il ne désigne un enseignant de la Loi.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 9, 33-40 même épisode, autre évangile

Marc raconte les deux mêmes scènes dans le même ordre, mais il situe la dispute sur la route de Capharnaüm et la fait éclater au grand jour quand Jésus interroge les disciples, qui se taisent de honte. Il ajoute une formule absente ici : celui qui veut être le premier doit se faire le dernier et le serviteur de tous. Luc, lui, resserre. Ce qu'il souligne, c'est que Jésus lit la pensée du cœur avant toute parole.

Mt 18, 1-5 même épisode, autre évangile

Chez Matthieu, les disciples posent la question directement à Jésus, et le développement va plus loin : il faut se convertir et devenir comme les enfants pour entrer dans le Royaume. Matthieu ne rapporte pas l'épisode de l'exorciste étranger, que Luc et Marc conservent. Chaque évangéliste organise donc une même tradition selon ses propres accents.

Lc 22, 24-27

Luc rapporte une seconde querelle de préséance entre les disciples, cette fois pendant le dernier repas, juste avant l'arrestation de Jésus. La reprise du même thème encadre tout l'itinéraire vers Jérusalem et dit combien la question du rang résiste à l'enseignement reçu. Jésus y répond en se désignant lui-même comme celui qui sert.

Nb 11, 26-29 Ancien Testament

Deux hommes, Eldad et Médad, se mettent à prophétiser dans le camp sans avoir été convoqués ; Josué demande à Moïse de les en empêcher, et Moïse refuse, souhaitant que tout le peuple soit prophète. Même structure que la scène de Jean : un proche veut protéger l'exclusivité du chef, qui la refuse. Le rapprochement éclaire la réponse de Jésus sans qu'il y ait citation explicite.

Clés de lecture
Une réponse à une pensée non dite

Personne n'adresse la querelle à Jésus. Le texte précise qu'elle occupe le cœur des disciples et que Jésus la connaît. Luc présente une parole qui rejoint l'intention intérieure, avant même qu'elle soit avouée.

Une chaîne d'accueil

La sentence procède par degrés : accueillir l'enfant, c'est accueillir Jésus ; accueillir Jésus, c'est accueillir celui qui l'a envoyé, c'est-à-dire Dieu. La grandeur cesse d'être une place dans un classement. Elle devient la capacité de recevoir le plus petit.

Deux scènes, un même travers

Même réflexe derrière la dispute de rang et l'interdiction faite à l'exorciste : se constituer en cercle, mesurer qui en est. Jésus défait l'un par un enfant, l'autre par une formule d'ouverture ; les deux scènes se commentent mutuellement.

Une formule à ne pas généraliser

La parole sur celui qui n'est pas contre s'adresse à des disciples tentés d'exclure. Ailleurs dans le même évangile, face à ceux qui l'accusent, Jésus énonce la formule inverse. Non pas une contradiction, mais deux mises en garde opposées : l'une contre le sectarisme, l'autre contre la neutralité.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte deux corrections adressées aux disciples juste avant la montée vers Jérusalem : le rang ne se mesure pas, et le nom de Jésus n'est la propriété de personne. Le geste de l'enfant ne célèbre pas l'innocence enfantine. Il désigne celui qui n'a aucun poids social.

La tradition catholique y lit, au-delà du fait raconté, la figure du Christ lui-même, qui prendra la dernière place jusqu'à la croix : la sentence sur le plus petit anticipe ce que montrera le récit de la Passion. Elle y voit aussi une règle pour l'Église, appelée à reconnaître le bien accompli hors de ses frontières visibles sans le revendiquer ni le condamner. L'accueil du petit devient le lieu concret où se joue l'accueil de Dieu, ce que le jugement final décrira en termes semblables.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux courtes scènes d'enseignement. Un geste symbolique suivi d'une sentence ; puis la question d'un disciple, et la réponse. Ce format revient souvent dans les évangiles : il fixe une parole dans la mémoire plutôt qu'il ne détaille une anecdote.

La parole finale sur celui qui n'est pas contre a la forme d'un proverbe, formule brève et frappante, de celles qu'on retient et qu'on cite. Elle vaut comme règle de discernement donnée à un groupe précis, pas comme définition abstraite.

Qui écrit, et pour qui

La tradition ancienne attribue le troisième évangile à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, homme de culture grecque et non juif d'origine. Avec les Actes des Apôtres, il forme un ouvrage en deux volumes adressé à un certain Théophile.

On situe généralement la rédaction entre 70 et 90, sans pouvoir trancher. Le milieu visé serait plutôt celui de communautés chrétiennes de langue grecque hors de Palestine. Luc travaille à partir de sources écrites et orales, dont il dit lui-même avoir fait une enquête soignée.

Lectures et références
  • Lc 9, 51 — Le verset qui suit immédiatement ouvre la montée vers Jérusalem et éclaire la place charnière de ce passage.
  • Lc 11, 23 — Luc rapporte la formule inverse, adressée cette fois à des adversaires, ce qui montre que la parole du verset 50 vise une situation précise.
  • Mt 25, 40 — L'identification du Christ au plus petit y reçoit sa formulation la plus explicite, dans la scène du jugement.
  • Catéchisme, § 526 — Le Catéchisme explique en quoi devenir petit devant Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume.

À retenir

Deux corrections données aux disciples au seuil de la montée vers Jérusalem : la grandeur se mesure à l'accueil du plus petit, et le nom de Jésus n'appartient à aucun groupe.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Tout ce que faisait Jésus excitait l’admiration générale, car chacune de ses oeuvres brillait d’un éclat surnaturel et divin, selon cette parole du Roi-prophète : « Vous l’avez environné de gloire et de beauté. » (Ps 20.) Cependant, quoique cette admiration fût commune à tous ceux qui étaient témoins de ses oeuvres, ce n’est qu’à ses disciples qu’il adresse les enseignements qui suivent : « Et comme ils admiraient tout ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples, » etc. Il avait découvert à ses disciples sur la montagne une partie de sa gloire, puis il avait délivré un possédé du malin esprit, mais il fallait qu’il se dévouât pour notre salut aux souffrances de sa passion. Or, les disciples pouvaient lui dire dans le trouble où les jetait cette triste prédiction : Est-ce que nous avons été trompés en croyant que vous étiez Dieu ? C’est donc afin de leur faire connaître ce qui devait lui arriver, qu’il leur commande de garder comme un dépôt dans leur âme le mystère de sa passion : « Pour vous, mettez bien ceci dans votre coeur. » Il dit : « Pour vous, » afin de les distinguer des autres, car pour le peuple il ne devait pas encore connaître qu’il devait souffrir, mais pour éviter tout scandale, il devait plutôt recevoir l’assurance que le Sauveur ressusciterait vainqueur de la mort.

Tite de Bostra

C’est lorsque tous sont dans l’admiration à la vue des prodiges qu’il opère, qu’il leur prédit lui-même sa passion, car ce ne sont point les miracles qui sauvent les hommes, c’est la croix qui est pour eux la source de toutes les grâces : « Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. »

Origène

(traité 4 sur S. Matth.) Il n’exprime pas ouvertement quel est celui qui le livrera, les uns disent que ce doit être Judas, les autres, le démon ; saint Paul affirme au contraire, que c’est Dieu le Père qui l’a livré à la mort pour nous tous. (Rm 8) ; c’est-à-dire que Judas l’a livré pour une somme d’argent dans un dessein perfide, tandis que Dieu le Père l’a livré pour la rédemption des hommes.

Théophile

Cependant le Sauveur ne permit point que ses disciples comprissent cette prédiction de sa croix, par condescendance pour leur faiblesse, et parce qu’il les conduisait d’après un plan arrêté et en suivant une marche progressive : Aussi l’Évangéliste ajoute : « Mais ils n’entendaient pas cette parole, » etc.

19 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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