Première lecture Nouveau Testament
Galates 1, 6-12
« L’Évangile que j’ai proclamé, ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ »
6 Je m’étonne que si vite vous vous laissiez détourner de celui qui vous a appelés en la grâce de Jésus-Christ, pour passer à un autre Évangile :
7 non certes qu’il y en ait un autre ; seulement il y a des gens qui vous troublent et qui veulent changer l’Évangile du Christ.
8 Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème !
9 Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !
10 En ce moment, est-ce la faveur des hommes, ou celle de Dieu que je recherche ? Mon dessein est-il de complaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.
11 Je vous le déclare, en effet, frères, l’Évangile que j’ai prêché n’est pas de l’homme ;
12 car ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ni appris, mais par une révélation de Jésus-Christ.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates vient à peine de commencer : Paul s'est présenté en deux lignes (1, 1-5) et, au lieu de la formule de remerciement qu'il place d'ordinaire en tête de ses lettres, il entre immédiatement dans le vif du sujet par un reproche. C'est le premier signe de la gravité de la crise.
Des prédicateurs venus après lui ont convaincu ces communautés que la foi au Christ ne suffisait pas et qu'il fallait aussi adopter les observances de la Loi juive, à commencer par la circoncision. Paul ne discute pas encore le fond : il commence par disqualifier l'annonce concurrente et par établir d'où lui vient la sienne.
La suite immédiate (1, 13-24) déroule son parcours personnel — son passé de persécuteur, sa vocation, ses rares contacts avec Jérusalem — pour prouver ce qu'il affirme ici au dernier verset. La lecture s'arrête donc juste avant la démonstration, sur l'affirmation qu'elle doit appuyer.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il fonde des communautés et leur écrit ensuite des lettres, qu'on appelle des épîtres.
Il écrit à la première personne, blessé et véhément, pour défendre l'authenticité du message qu'il a annoncé et l'origine non humaine de sa mission.
- Les Galates
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Des communautés chrétiennes d'Asie Mineure (l'actuelle Turquie) fondées par Paul, composées en majorité d'anciens païens. Leur localisation exacte est discutée.
Destinataires du reproche : Paul s'adresse à eux comme à des gens en train de changer de camp, non par malice mais par influence extérieure.
- Ceux qui jettent le trouble
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Des prédicateurs chrétiens d'origine juive, arrivés après Paul, qui estiment que les croyants venus du paganisme doivent aussi observer la Loi de Moïse. Paul ne les nomme jamais.
Ils sont présentés comme les responsables du revirement des Galates ; c'est contre leur enseignement que toute la lettre est écrite.
Mots à connaître
- Anathème
Le mot grec anathema désigne ce qui est remis à Dieu, et donc retranché de l'usage humain. Dans la bouche de Paul, il s'agit d'une formule de malédiction solennelle : que celui-là soit livré au jugement de Dieu. Le terme a pris plus tard un sens technique d'exclusion de l'Église, qui n'est pas encore celui d'ici.
- Évangile
Le mot signifie « bonne nouvelle » et désigne ici, non un livre, mais l'annonce orale du salut accompli par la mort et la résurrection de Jésus. Les quatre livres appelés évangiles n'étaient pas encore écrits quand Paul rédige cette lettre.
- Un ange du ciel
Paul cite l'autorité la plus haute qu'on puisse imaginer après Dieu pour construire une hypothèse extrême : même une telle source ne prévaudrait pas contre le message déjà reçu. Ce n'est pas l'annonce d'un événement, mais un procédé d'argumentation.
- Serviteur du Christ
Le grec dit doulos, l'esclave. Paul se désigne comme la propriété du Christ, ce qui dans sa logique le rend précisément libre à l'égard de l'opinion des hommes.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « Qu'il soit anathème »
La formule garde tel quel un mot grec que les traductions récentes rendent parfois par « qu'il soit maudit » ou « qu'il soit rejeté par Dieu ». Il s'agit d'une malédiction solennelle, non d'une procédure d'exclusion.
Ailleurs dans l’Écriture
- 1 Co 15, 3
Dans cette autre lettre, Paul dit avoir lui-même reçu puis transmis le contenu de la foi, ce qui semble contredire ce qu'il affirme ici. Les deux énoncés ne portent pas sur le même point : ici il parle de l'origine de sa mission et de son autorité d'apôtre, là du contenu traditionnel de la prédication qu'il partage avec les autres. Le rapprochement évite de durcir le propos des Galates en un rejet de toute transmission.
- Ac 9, 1-19
Le livre des Actes des Apôtres raconte de l'extérieur l'événement que Paul évoque ici de façon allusive : sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas. Les Actes y ajoutent le rôle du chrétien Ananie, que Paul ne mentionne pas dans son plaidoyer. L'écart tient à l'objectif de chacun : Luc raconte, Paul argumente sur l'origine divine de son appel.
- 2 Co 11, 4
Paul y emploie une formulation très proche, parlant d'un autre Jésus, d'un autre esprit, d'un autre évangile reçus trop facilement. Le rapprochement montre que la situation galate n'est pas isolée et que Paul dispose d'un vocabulaire polémique déjà rodé pour désigner les annonces concurrentes.
- Ga 1, 15-16
Quelques versets plus loin, Paul explicite ce qu'il appelle ici une révélation : Dieu, qui l'avait mis à part dès avant sa naissance, lui a révélé son Fils pour qu'il l'annonce aux nations. Le vocabulaire de la mise à part avant la naissance est emprunté aux récits de vocation des prophètes.
Clés de lecture
- Un évangile « différent » qui n'en est pas un
Paul emploie successivement deux mots grecs distincts, l'un suggérant une variante, l'autre une véritable altérité. Sa correction du verset 7 revient à dire qu'il n'existe pas deux versions possibles : ce qu'on présente aux Galates n'est pas une autre bonne nouvelle, c'est une déformation de la seule qui existe.
- La malédiction répétée
La formule solennelle du verset 8 est reprise presque à l'identique au verset 9, avec une précision : Paul dit l'avoir déjà énoncée sur place. Cette répétition immédiate, procédé de martèlement, mesure ce qui est en jeu à ses yeux. Il s'y inclut lui-même : le critère n'est pas sa personne, mais le message.
- La charnière du verset 10
Le passage bascule de l'attaque contre les perturbateurs à la défense de Paul lui-même. On l'accusait apparemment d'adoucir ses exigences pour séduire son auditoire païen ; il répond que le souci de plaire est incompatible avec sa condition de serviteur du Christ.
- « Révélation de Jésus Christ »
L'expression finale peut s'entendre de deux manières, et le grec garde l'ambiguïté : révélation dont le Christ est l'auteur, ou révélation dont il est le contenu. Les deux lectures sont recevables et se rejoignent dans l'expérience du chemin de Damas.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul défend deux choses inséparables : l'unicité de l'Évangile et l'origine divine de sa propre mission. Ce que la tradition catholique y reconnaît, c'est le principe que la foi n'est pas une production humaine négociable, mais un don reçu dont l'Église est gardienne et non propriétaire.
Le passage est aussi lu comme l'un des textes fondateurs de la notion d'apostolicité : celui qui annonce ne parle pas en son nom, et il est lui-même soumis au message qu'il transmet — Paul se place explicitement sous cette règle au verset 8. La tradition y voit une mise en garde permanente contre la tentation d'accommoder l'annonce au goût de l'époque, sans que cela dispense jamais de la charité envers ceux qui se trompent, ce que la suite de la lettre montrera à sa manière.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une lettre réelle, adressée à des destinataires précis dans une crise précise, et non un traité de doctrine. Ce passage en est l'ouverture polémique : Paul y remplace le compliment d'usage par un reproche, procédé que ses lecteurs de l'époque percevaient immédiatement comme une rupture de convenance.
Les questions qu'il pose aux versets 10 ne sont pas de vraies questions : ce sont des questions oratoires dont la réponse est évidente pour lui. Il faut donc lire ces lignes comme un plaidoyer, avec sa véhémence assumée, non comme un exposé froid.
Qui écrit, et pour qui
La lettre est de Paul, et son authenticité n'est pas discutée : le ton personnel et la colère du début en sont la meilleure signature.
Les destinataires sont des communautés de Galatie, mais leur identification divise les spécialistes : soit des populations du centre de l'Asie Mineure, soit les villes du sud évangélisées lors du premier voyage missionnaire. De ce choix dépend la datation, quelque part entre la fin des années 40 et le milieu des années 50.
La situation, elle, est claire : Paul apprend à distance que des missionnaires venus après lui remettent en cause à la fois son message et sa légitimité.
Lectures et références
- Catéchisme, § 75 — Sur la transmission de l'Évangile par les apôtres comme source de toute prédication chrétienne.
- Catéchisme, § 442 — Sur la révélation du Fils faite à Paul et sa mission auprès des nations.
- Ga 2, 11-14 — Plus loin dans la même lettre, Paul montre concrètement jusqu'où va son refus de plaire, y compris face à Pierre.
- Jr 1, 5 — Le vocabulaire de la mise à part avant la naissance, que Paul reprendra quelques versets plus loin, vient des récits de vocation prophétique.
À retenir
Avant de discuter du fond, Paul pose son principe : il n'existe qu'un seul Évangile, et il ne le tient d'aucun homme mais d'une rencontre avec le Christ.
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