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Ste Faustine Kowalska, vierge

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 1, 6-12

« L’Évangile que j’ai proclamé, ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ »

6 Je m’étonne que si vite vous vous laissiez détourner de celui qui vous a appelés en la grâce de Jésus-Christ, pour passer à un autre Évangile :

7 non certes qu’il y en ait un autre ; seulement il y a des gens qui vous troublent et qui veulent changer l’Évangile du Christ.

8 Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème !

9 Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème !

10 En ce moment, est-ce la faveur des hommes, ou celle de Dieu que je recherche ? Mon dessein est-il de complaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.

11 Je vous le déclare, en effet, frères, l’Évangile que j’ai prêché n’est pas de l’homme ;

12 car ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ni appris, mais par une révélation de Jésus-Christ.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates vient à peine de commencer : Paul s'est présenté en deux lignes (1, 1-5) et, au lieu de la formule de remerciement qu'il place d'ordinaire en tête de ses lettres, il entre immédiatement dans le vif du sujet par un reproche. C'est le premier signe de la gravité de la crise.

Des prédicateurs venus après lui ont convaincu ces communautés que la foi au Christ ne suffisait pas et qu'il fallait aussi adopter les observances de la Loi juive, à commencer par la circoncision. Paul ne discute pas encore le fond : il commence par disqualifier l'annonce concurrente et par établir d'où lui vient la sienne.

La suite immédiate (1, 13-24) déroule son parcours personnel — son passé de persécuteur, sa vocation, ses rares contacts avec Jérusalem — pour prouver ce qu'il affirme ici au dernier verset. La lecture s'arrête donc juste avant la démonstration, sur l'affirmation qu'elle doit appuyer.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-Juifs. Il fonde des communautés et leur écrit ensuite des lettres, qu'on appelle des épîtres.

Il écrit à la première personne, blessé et véhément, pour défendre l'authenticité du message qu'il a annoncé et l'origine non humaine de sa mission.

Les Galates

Des communautés chrétiennes d'Asie Mineure (l'actuelle Turquie) fondées par Paul, composées en majorité d'anciens païens. Leur localisation exacte est discutée.

Destinataires du reproche : Paul s'adresse à eux comme à des gens en train de changer de camp, non par malice mais par influence extérieure.

Ceux qui jettent le trouble

Des prédicateurs chrétiens d'origine juive, arrivés après Paul, qui estiment que les croyants venus du paganisme doivent aussi observer la Loi de Moïse. Paul ne les nomme jamais.

Ils sont présentés comme les responsables du revirement des Galates ; c'est contre leur enseignement que toute la lettre est écrite.

Mots à connaître
Anathème

Le mot grec anathema désigne ce qui est remis à Dieu, et donc retranché de l'usage humain. Dans la bouche de Paul, il s'agit d'une formule de malédiction solennelle : que celui-là soit livré au jugement de Dieu. Le terme a pris plus tard un sens technique d'exclusion de l'Église, qui n'est pas encore celui d'ici.

Évangile

Le mot signifie « bonne nouvelle » et désigne ici, non un livre, mais l'annonce orale du salut accompli par la mort et la résurrection de Jésus. Les quatre livres appelés évangiles n'étaient pas encore écrits quand Paul rédige cette lettre.

Un ange du ciel

Paul cite l'autorité la plus haute qu'on puisse imaginer après Dieu pour construire une hypothèse extrême : même une telle source ne prévaudrait pas contre le message déjà reçu. Ce n'est pas l'annonce d'un événement, mais un procédé d'argumentation.

Serviteur du Christ

Le grec dit doulos, l'esclave. Paul se désigne comme la propriété du Christ, ce qui dans sa logique le rend précisément libre à l'égard de l'opinion des hommes.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Qu'il soit anathème »

La formule garde tel quel un mot grec que les traductions récentes rendent parfois par « qu'il soit maudit » ou « qu'il soit rejeté par Dieu ». Il s'agit d'une malédiction solennelle, non d'une procédure d'exclusion.

Ailleurs dans l’Écriture
1 Co 15, 3

Dans cette autre lettre, Paul dit avoir lui-même reçu puis transmis le contenu de la foi, ce qui semble contredire ce qu'il affirme ici. Les deux énoncés ne portent pas sur le même point : ici il parle de l'origine de sa mission et de son autorité d'apôtre, là du contenu traditionnel de la prédication qu'il partage avec les autres. Le rapprochement évite de durcir le propos des Galates en un rejet de toute transmission.

Ac 9, 1-19

Le livre des Actes des Apôtres raconte de l'extérieur l'événement que Paul évoque ici de façon allusive : sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas. Les Actes y ajoutent le rôle du chrétien Ananie, que Paul ne mentionne pas dans son plaidoyer. L'écart tient à l'objectif de chacun : Luc raconte, Paul argumente sur l'origine divine de son appel.

2 Co 11, 4

Paul y emploie une formulation très proche, parlant d'un autre Jésus, d'un autre esprit, d'un autre évangile reçus trop facilement. Le rapprochement montre que la situation galate n'est pas isolée et que Paul dispose d'un vocabulaire polémique déjà rodé pour désigner les annonces concurrentes.

Ga 1, 15-16

Quelques versets plus loin, Paul explicite ce qu'il appelle ici une révélation : Dieu, qui l'avait mis à part dès avant sa naissance, lui a révélé son Fils pour qu'il l'annonce aux nations. Le vocabulaire de la mise à part avant la naissance est emprunté aux récits de vocation des prophètes.

Clés de lecture
Un évangile « différent » qui n'en est pas un

Paul emploie successivement deux mots grecs distincts, l'un suggérant une variante, l'autre une véritable altérité. Sa correction du verset 7 revient à dire qu'il n'existe pas deux versions possibles : ce qu'on présente aux Galates n'est pas une autre bonne nouvelle, c'est une déformation de la seule qui existe.

La malédiction répétée

La formule solennelle du verset 8 est reprise presque à l'identique au verset 9, avec une précision : Paul dit l'avoir déjà énoncée sur place. Cette répétition immédiate, procédé de martèlement, mesure ce qui est en jeu à ses yeux. Il s'y inclut lui-même : le critère n'est pas sa personne, mais le message.

La charnière du verset 10

Le passage bascule de l'attaque contre les perturbateurs à la défense de Paul lui-même. On l'accusait apparemment d'adoucir ses exigences pour séduire son auditoire païen ; il répond que le souci de plaire est incompatible avec sa condition de serviteur du Christ.

« Révélation de Jésus Christ »

L'expression finale peut s'entendre de deux manières, et le grec garde l'ambiguïté : révélation dont le Christ est l'auteur, ou révélation dont il est le contenu. Les deux lectures sont recevables et se rejoignent dans l'expérience du chemin de Damas.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend deux choses inséparables : l'unicité de l'Évangile et l'origine divine de sa propre mission. Ce que la tradition catholique y reconnaît, c'est le principe que la foi n'est pas une production humaine négociable, mais un don reçu dont l'Église est gardienne et non propriétaire.

Le passage est aussi lu comme l'un des textes fondateurs de la notion d'apostolicité : celui qui annonce ne parle pas en son nom, et il est lui-même soumis au message qu'il transmet — Paul se place explicitement sous cette règle au verset 8. La tradition y voit une mise en garde permanente contre la tentation d'accommoder l'annonce au goût de l'époque, sans que cela dispense jamais de la charité envers ceux qui se trompent, ce que la suite de la lettre montrera à sa manière.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une lettre réelle, adressée à des destinataires précis dans une crise précise, et non un traité de doctrine. Ce passage en est l'ouverture polémique : Paul y remplace le compliment d'usage par un reproche, procédé que ses lecteurs de l'époque percevaient immédiatement comme une rupture de convenance.

Les questions qu'il pose aux versets 10 ne sont pas de vraies questions : ce sont des questions oratoires dont la réponse est évidente pour lui. Il faut donc lire ces lignes comme un plaidoyer, avec sa véhémence assumée, non comme un exposé froid.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, et son authenticité n'est pas discutée : le ton personnel et la colère du début en sont la meilleure signature.

Les destinataires sont des communautés de Galatie, mais leur identification divise les spécialistes : soit des populations du centre de l'Asie Mineure, soit les villes du sud évangélisées lors du premier voyage missionnaire. De ce choix dépend la datation, quelque part entre la fin des années 40 et le milieu des années 50.

La situation, elle, est claire : Paul apprend à distance que des missionnaires venus après lui remettent en cause à la fois son message et sa légitimité.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 75 — Sur la transmission de l'Évangile par les apôtres comme source de toute prédication chrétienne.
  • Catéchisme, § 442 — Sur la révélation du Fils faite à Paul et sa mission auprès des nations.
  • Ga 2, 11-14 — Plus loin dans la même lettre, Paul montre concrètement jusqu'où va son refus de plaire, y compris face à Pierre.
  • Jr 1, 5 — Le vocabulaire de la mise à part avant la naissance, que Paul reprendra quelques versets plus loin, vient des récits de vocation prophétique.

À retenir

Avant de discuter du fond, Paul pose son principe : il n'existe qu'un seul Évangile, et il ne le tient d'aucun homme mais d'une rencontre avec le Christ.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 110, 1-2 . 110, 7-8 . 110, 9 . 110, 10

1 Alleluia ! ALEPH. Je veux louer Yahweh de tout mon cœur, BETH. dans la réunion des justes et dans l’assemblée.

2 Grandes sont les œuvres de Yahweh, DALETH. recherchées pour toutes les délices qu’elles procurent.

7 Les œuvres de ses mains sont vérité et justice, NUN. tous ses commandements sont immuables,

8 affermis pour l’éternité, AÏN. faits selon la vérité et la droiture.

9 Il a envoyé la délivrance à son peuple, TSADÉ. il a établi pour toujours son alliance ; QOPH. son nom est saint et redoutable.

10 La crainte de Yahweh est le commencement de la sagesse ; SCHIN. ceux-là sont vraiment intelligents, qui observent sa loi. THAV. Sa louange demeure à jamais.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 10, 25-37

« Qui est mon prochain ? »

25 Et voici qu’un docteur de la Loi, s’étant levé, lui dit pour l’éprouver : « Maître, que ferai-je pour posséder la vie éternelle ? »

26 Jésus lui dit : « Qu’y a-t-il d’écrit dans la Loi ? Qu’y lis-tu ? »

27 Il répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de toute tes forces et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. »

28 Jésus lui dit : « Tu as bien répondu, fais cela et tu vivras. »

29 Mais cet homme, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

30 Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba entre les mains des brigands, qui le dépouillèrent, et l’ayant chargé de coups, se retirèrent, le laissant à demi-mort.

31 Or, il arriva qu’un prêtre descendait par le même chemin ; il vit cet homme et passa outre.

32 De même un lévite, étant venu dans ce lieu, s’approcha, le vit et passa outre.

33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, et, le voyant, fut touché de compassion.

34 Il s’approcha, banda ses plaies, après y avoir versé de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui.

35 Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l’hôte et lui dit : Aie soin de cet homme, et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de l’homme qui tomba entre les mains des brigands ? »

37 Le docteur répondit : « Celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. » Et Jésus lui dit : « Toi aussi, va et fais de même. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est dans la longue montée vers Jérusalem qui occupe le centre de l'évangile de Luc : depuis le chapitre 9, Jésus a « pris résolument la route » de la ville où il sera livré, et l'essentiel de son enseignement est donné en chemin.

Juste avant, Jésus a envoyé soixante-douze disciples annoncer le Règne de Dieu dans les villages, les a accueillis à leur retour et a rendu grâce pour ce qui est révélé aux petits. Juste après vient l'accueil de Jésus chez Marthe et Marie. Entre les deux, cet épisode fait passer de l'annonce à la question de l'agir.

Un détail éclaire la scène : quelques chapitres plus tôt, un village de Samaritains avait refusé de recevoir Jésus. Choisir un Samaritain comme figure exemplaire n'est donc pas neutre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que Luc présente comme le Messie envoyé par Dieu, en route vers Jérusalem où il mourra et ressuscitera.

Il refuse de définir le prochain par une liste et retourne la question : non « qui dois-je aimer ? », mais « de qui est-ce que je me fais le prochain ? ».

Le docteur de la Loi

Un spécialiste des Écritures juives et de leur application pratique, chargé de les interpréter et de les enseigner. Le mot grec évoque le juriste religieux plus que le prêtre.

Il ouvre l'échange par une question d'école destinée à tester Jésus, connaît parfaitement la réponse, puis cherche à se justifier en demandant une définition. C'est lui qui, à la fin, doit formuler la conclusion.

Le prêtre et le lévite

Deux catégories d'hommes attachés au service du Temple de Jérusalem : le prêtre offre les sacrifices, le lévite l'assiste pour le culte, le chant et la garde du sanctuaire.

Dans la parabole, ils représentent la religion la plus officielle : ils voient le blessé et l'évitent. Le récit ne donne aucune explication à leur geste, ce silence est volontaire.

Le Samaritain

Habitant de la Samarie, région située entre la Galilée et la Judée. Les Samaritains partageaient une partie des Écritures avec les Juifs mais avaient leur propre sanctuaire ; de longues hostilités séparaient les deux groupes.

Étranger et suspect aux yeux de l'auditoire, il est celui qui s'arrête, soigne, transporte et paie. Il occupe la place que l'auditeur attendait pour un homme pieux d'Israël.

L'homme blessé

Personnage anonyme, sans origine ni statut indiqués : le récit ne dit ni son métier, ni son peuple, ni sa religion.

Son anonymat est le ressort du récit : dépouillé, il ne reste de lui qu'un être humain en détresse, hors de toute catégorie.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 12, 28-34 même épisode, autre évangile

Marc rapporte le même dialogue sur le plus grand commandement, mais dans un tout autre cadre : à Jérusalem, pendant les derniers jours de Jésus, et sans hostilité, le scribe approuvant sincèrement la réponse. Surtout, c'est Jésus lui-même qui cite les deux commandements. Luc fait l'inverse : c'est le docteur de la Loi qui les récite, et Jésus enchaîne sur la parabole, absente de Marc.

Mt 22, 34-40 même épisode, autre évangile

Matthieu place lui aussi la question à Jérusalem et la présente comme une mise à l'épreuve, mais sans parabole. Ces déplacements montrent que chaque évangéliste organise librement le matériel reçu : Luc rattache la scène à la route vers Jérusalem pour en faire une leçon sur l'agir du disciple.

Dt 6, 5 Ancien Testament

Le commandement d'aimer Dieu de tout son être appartient à la prière que tout Juif pieux récite quotidiennement. Le docteur de la Loi ne fait donc pas preuve d'originalité : il énonce le cœur de la foi d'Israël.

Lv 19, 18 Ancien Testament

L'amour du prochain comme soi-même vient du Lévitique, où le contexte désigne d'abord le compatriote, même si le même chapitre étend le commandement à l'étranger résidant dans le pays. La question du docteur de la Loi porte précisément sur cette frontière ; Jésus déplace le problème au lieu de la tracer.

Clés de lecture
Une question retournée

Le docteur de la Loi demande où s'arrête le cercle de ceux qu'il doit aimer : une question de délimitation, qui permet de savoir quand on est quitte. Jésus ne répond pas à cette question ; il en pose une autre, qui porte sur celui qui agit et non sur celui qui mérite d'être aidé. Le prochain cesse d'être une catégorie à définir pour devenir une place à occuper.

Le troisième personnage attendu

Les auditeurs d'un récit en trois temps attendent, après le prêtre et le lévite, un simple laïc d'Israël. L'arrivée d'un Samaritain casse la série et oblige l'auditeur juif à reconnaître un modèle chez celui qu'il tient pour un adversaire religieux. Le docteur de la Loi, à la fin, évite d'ailleurs de prononcer le mot « Samaritain » et désigne l'homme par son geste.

La compassion qui se traduit en actes

Le récit accumule les verbes concrets : s'approcher, soigner, charger, conduire, payer, s'engager pour la suite. L'émotion n'est pas un état intérieur mais le point de départ d'une série de gestes, y compris financiers et différés dans le temps. La parabole se referme sur un envoi qui renvoie le docteur de la Loi à sa propre route.

Savoir et faire

Le docteur de la Loi connaît la bonne réponse dès le début, et Jésus le lui reconnaît. Tout le passage porte donc sur l'écart entre la connaissance exacte de la Loi et son accomplissement. Les deux conclusions de Jésus, au début et à la fin, sont des invitations à agir, non à comprendre davantage.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus montre que l'amour de Dieu et l'amour du prochain forment un seul commandement, et que l'amour du prochain ne se négocie pas par des frontières : c'est la détresse rencontrée qui désigne celui dont je dois me faire proche. Cette lecture fonde l'enseignement catholique sur la charité et sur les œuvres de miséricorde, qui engagent des actes précis et pas seulement des sentiments.

Une lecture spirituelle ancienne et constante voit dans le Samaritain une figure du Christ lui-même : l'étranger méprisé qui descend vers l'humanité blessée, la relève, la soigne et la confie à une hôtellerie, comprise comme l'Église, en promettant de revenir. Cette interprétation ne remplace pas le sens premier, elle l'approfondit : le disciple peut aimer ainsi parce qu'il a d'abord été secouru de cette manière. Le texte, lu dans les deux sens, tient ensemble ce que le Christ fait et ce qu'il demande.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux genres s'emboîtent. D'abord une controverse : un spécialiste interroge Jésus pour l'éprouver, et l'échange procède par questions retournées, procédé courant dans les débats rabbiniques.

Puis une parabole, récit fictif et bref construit pour produire un déplacement chez celui qui l'écoute. Une parabole n'est pas une allégorie où chaque détail cacherait un sens ; elle vise un effet unique, ici le renversement final. Il ne faut donc pas chercher qui « représente » l'aubergiste ou la monture.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est attribué par la tradition ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, présenté comme médecin et venu du monde grec. Il est généralement daté des années 80, mais la date reste discutée.

Son auteur écrit pour des communautés chrétiennes largement non juives, auxquelles il doit expliquer les usages d'Israël. Il dédie son œuvre à un certain Théophile et annonce d'emblée une enquête soigneuse sur des faits transmis par des témoins. Luc s'intéresse particulièrement aux exclus, aux étrangers et aux pauvres : ce passage en est caractéristique.

Lectures et références
  • Lc 9, 51-53 — Peu avant, un village samaritain refuse d'accueillir Jésus : le choix du héros de la parabole en prend tout son relief.
  • 2 Ch 28, 15 — Des hommes de Samarie y soignent des captifs de Juda, les portent sur des ânes et les conduisent jusqu'à Jéricho : l'écho avec la parabole est frappant.
  • Lc 17, 11-19 — Autre récit propre à Luc où un Samaritain est donné en exemple, cette fois pour sa gratitude.
  • Catéchisme, § 1825 — Le Catéchisme s'appuie sur cette parabole pour dire que le chrétien est appelé à se faire le prochain du plus lointain.
  • Catéchisme, § 2447 — Présente les œuvres de miséricorde comme les gestes concrets par lesquels la charité secourt le prochain dans ses besoins.

À retenir

À la question « jusqu'où va mon devoir d'aimer ? », Jésus ne répond pas par une frontière mais par un récit qui demande : de qui vas-tu te faire le prochain ?

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Notre-Seigneur avait dit précédemment à ses disciples que leurs noms étaient écrits dans les cieux, et c’est de là, je pense, qu’un docteur de la loi prit occasion pour le tenter : « Alors un docteur de la loi se leva pour le tenter, » etc.

S. Cyrille

Il y avait parmi les Juifs de ces grands parleurs, qui parcouraient toute la Judée, accusant Jésus-Christ, et lui reprochant d’enseigner que la loi de Moïse était inutile, et de répandre lui-même de nouvelles doctrines. Ce docteur de la loi, voulant surprendre le Sauveur, et l’amener à parler contre Moïse, vient pour le tenter, et il l’appelle « Maître, » lui qui repoussait tout enseignement. Et comme le Seigneur avait coutume de parler de la vie éternelle à ceux qui venaient le trouver, ce docteur de la loi tient le même langage. Mais comme il le tentait dans un dessein perfide, le Sauveur ne lui répond que ce qui est écrit dans la loi de Moïse : « Jésus lui dit : Qu’y a-t-il d’écrit dans la loi ? Qu’y lisez-vous ? (cf. Dt 6, 5 ; Lv 19, 18) »

S. Ambr

Cet homme était un de ceux qui s’imaginent être docteurs de la loi, parce qu’ils possèdent les paroles de la loi, mais qui n’en connaissent ni la force ni le sens, et Jésus leur apprend par ce texte même de la loi qu’ils sont dans une complète ignorance de la loi, en leur prouvant que dès le commencement, la loi enseignait l’existence du Père et du Fils, et annonçait le mystère de l’incarnation du Seigneur : « Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et de tout ton esprit. »

S. Basile

(Ch. des Pèr. gr.) Ces paroles : « De tout ton esprit, » ne souffrent aucun partage ; car quelle que soit la partie de notre amour que vous détachiez pour la répandre sur les choses de la terre, elle l’empêche nécessairement d’être entier. De même que ce qui s’écoule d’un vase plein de liqueur en diminue nécessairement la quantité, de même tout ce qui se détache de votre amour, pour se répandre sur les choses défendues, diminue d’autant l’amour que vous devez avoir pour Dieu.

59 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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