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S. Bruno, prêtre

27ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 1, 13-24

« Dieu a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes »

13 Vous avez, en effet, entendu parler de ma conduite, quand j’étais dans le judaïsme ; comment je persécutais à outrance et ravageais l’Église de Dieu,

14 et comment je surpassais dans le judaïsme beaucoup de ceux de mon âge et de ma nation, étant à l’excès partisan jaloux des traditions de mes pères.

15 Mais, lorsqu’il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce,

16 de révéler en moi son Fils, afin que je l’annonce parmi les Gentils, sur-le-champ, sans consulter ni la chair ni le sang,

17 sans monter à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, je partis pour l’Arabie ; puis je revins encore à Damas.

18 Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours auprès de lui.

19 Mais je ne vis aucun des autres Apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur.

20 En tout ce que je vous écris là, je l’atteste devant Dieu, je ne mens pas.

21 J’allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie.

22 Or, j’étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont dans le Christ ;

23 seulement elles avaient entendu dire que celui qui les persécutait autrefois annonçait maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire.

24 Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates s'ouvre par une protestation : Paul apprend que des prédicateurs venus après lui persuadent les chrétiens de Galatie (au centre de l'actuelle Turquie) qu'il faut, pour être pleinement chrétien, adopter aussi les observances juives. Il réagit vivement et, plutôt que d'argumenter d'abord, il raconte sa propre histoire.

Juste avant notre passage, il affirme que l'Évangile qu'il prêche ne lui vient d'aucun homme mais d'une révélation de Jésus Christ. Les versets lus aujourd'hui apportent la preuve par les faits : son passé de persécuteur, son retournement, puis le détail de ses déplacements, qui montrent qu'il n'a pas été formé ni mandaté par les responsables de Jérusalem.

La suite (chapitre 2) racontera la montée à Jérusalem quatorze ans plus tard et l'accord conclu avec les responsables de l'Église. En semaine, la liturgie parcourt cette lettre de façon continue, quelques versets par jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, en Cilicie, formé dans l'observance rigoureuse de la Loi, il devient après sa rencontre avec le Christ ressuscité le principal missionnaire auprès des non-Juifs. Il a fondé les communautés de Galatie auxquelles il écrit.

Il parle à la première personne et raconte son propre parcours, non par confidence mais comme argument : son autorité ne lui vient pas d'une école ni d'une institution humaine.

les Apôtres

Le groupe des témoins choisis par Jésus et envoyés par lui ; ils résident alors à Jérusalem et font autorité dans l'Église naissante.

Paul souligne qu'il ne les a pratiquement pas fréquentés durant ces années : ni sa vocation ni son message ne dépendent d'eux.

Pierre

Simon, pêcheur de Galilée à qui Jésus donne le nom de Pierre ; il est la figure de référence parmi les Apôtres.

Paul mentionne un séjour bref auprès de lui : une rencontre réelle, mais trop courte pour passer pour un apprentissage.

Jacques, le frère du Seigneur

Un parent de Jésus, distinct des deux apôtres du même nom, qui exerce une autorité reconnue dans l'Église de Jérusalem. « Frère » traduit un mot qui, dans l'usage sémitique, couvre aussi la parenté proche.

Seul autre responsable rencontré lors de ce séjour ; sa mention rend le récit vérifiable.

les Églises de Judée

Les premières communautés chrétiennes, de langue et de culture juives, établies autour de Jérusalem.

Elles ne connaissent Paul que de réputation ; leur réaction, rapportée à la fin, sert de témoignage extérieur au retournement qu'il décrit.

Mots à connaître
le judaïsme

Paul désigne ainsi non pas la religion d'Israël en général, mais l'observance stricte de la Loi et des coutumes juives telle qu'il la pratiquait avant sa rencontre du Christ. Il ne renie pas son appartenance au peuple juif, qu'il revendique ailleurs, mais décrit un mode de vie qu'il a quitté.

les traditions de mes pères

Il s'agit des interprétations et des règles transmises oralement par les maîtres, qui précisaient l'application de la Loi de Moïse au quotidien. Les pharisiens, auxquels Paul appartenait, y attachaient une grande importance.

l'Arabie

Pas la péninsule que nous appelons ainsi, mais le royaume nabatéen, au sud-est de Damas, dont Pétra était la capitale. Paul ne dit pas ce qu'il y a fait ; le détail sert surtout à montrer qu'il ne s'est pas rendu à Jérusalem.

Damas

Grande ville de Syrie où vivait déjà une communauté de disciples de Jésus, et où Paul se rendait pour les arrêter au moment de son retournement.

la Syrie et la Cilicie

Régions du nord-est de la Méditerranée, autour d'Antioche et de Tarse, la ville natale de Paul. Ce sont les terres où il exerce plusieurs années avant que sa mission ne prenne une ampleur plus large.

les nations païennes

L'expression traduit un mot grec désignant simplement les peuples autres que le peuple juif. Elle n'a pas ici de nuance méprisante : elle indique la destination de la mission confiée à Paul.

Ailleurs dans l’Écriture
Ac 9, 1-30

Les Actes des Apôtres racontent la même conversion, mais de l'extérieur et avec d'autres accents : la lumière sur la route de Damas, la cécité, le rôle d'Ananie, puis l'introduction de Paul auprès des Apôtres par Barnabé. Paul, lui, ne décrit pas la scène et insiste sur son isolement initial. Les deux récits ne s'opposent pas : Luc écrit l'histoire d'une mission, Paul plaide pour l'origine divine de la sienne.

Jr 1, 5 Ancien Testament

Dieu déclare au prophète Jérémie qu'il l'a connu et consacré avant même sa naissance. Paul reprend cette manière de parler pour dire sa propre vocation : il se place dans la lignée des prophètes appelés par Dieu seul, indépendamment de tout mérite ou de toute institution.

Is 49, 1 Ancien Testament

Le Serviteur du livre d'Isaïe affirme avoir été appelé dès le sein maternel, et sa mission s'étend aux nations. L'écho éclaire la double affirmation de Paul : un choix antérieur à toute décision personnelle, et une destination universelle.

Ga 2, 1-10

La suite immédiate de la lettre raconte une montée à Jérusalem bien plus tardive, où Paul expose son Évangile aux responsables et reçoit leur accord. Le rapprochement montre que l'indépendance qu'il revendique n'est pas une rupture : il tient à la fois à l'origine divine de son appel et à la communion avec les autres Apôtres.

Clés de lecture
Un avant et un après, mais un seul acteur

Paul oppose deux périodes de sa vie, la persécution puis l'annonce, mais l'initiative reste toujours celle de Dieu. Le point de bascule n'est pas une décision de Paul : le texte dit que Dieu l'avait mis à part avant sa naissance et qu'il a trouvé bon de révéler son Fils.

Une chronologie qui sert d'argument

Les trois ans, les quinze jours, les rencontres limitées à deux personnes : ces chiffres ne sont pas là pour l'anecdote. Ils démontrent que Paul n'a pas été formé par les responsables de Jérusalem, tout en attestant qu'il n'a pas agi en dehors d'eux.

« Révéler en moi »

Paul ne dit pas seulement que Dieu lui a montré son Fils, mais que cette révélation s'est faite en lui. L'événement ne se réduit pas à une information reçue : il change celui qui la reçoit et fait de lui un envoyé.

Le mot de la fin revient aux autres

Le passage se clôt non sur une affirmation de Paul mais sur ce que disaient de lui des communautés qui ne l'avaient jamais vu. Ce témoignage extérieur vaut confirmation, et il déplace la gloire de l'apôtre vers Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend la légitimité de sa mission et, à travers elle, la liberté de l'Évangile qu'il annonce : si son message vient de Dieu, on ne peut lui ajouter des conditions humaines sans le défigurer. C'est l'enjeu de toute la lettre.

La tradition catholique lit ici un cas exemplaire de ce qu'elle appelle la grâce : un appel qui précède tout mérite et même toute disposition favorable, puisque Paul se décrit en persécuteur au moment où Dieu le choisit. Elle y voit aussi l'articulation, jamais simple, entre l'appel personnel reçu de Dieu et la communion avec l'Église : Paul revendique son indépendance à l'égard des hommes tout en tenant à rencontrer Pierre et Jacques, et la suite de la lettre montrera qu'il cherche l'accord des autres Apôtres. Enfin, l'expression d'une révélation qui se fait en lui a nourri une réflexion sur la vie chrétienne comme transformation intérieure, et non comme simple adhésion à une doctrine.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni un enseignement doctrinal, mais un plaidoyer autobiographique inséré dans une lettre. Paul raconte sa vie pour établir un point précis : l'origine de son Évangile. Les indications de lieux, de durées et de personnes rencontrées fonctionnent comme des éléments de preuve, d'où la formule solennelle par laquelle il jure ne pas mentir. Il faut donc lire ce passage comme une argumentation, et non comme un récit de conversion destiné à émouvoir.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul lui-même : l'authenticité de cette lettre n'est pas discutée, et le ton personnel du passage le confirme. Il écrit aux communautés de Galatie, en Asie Mineure, qu'il avait évangélisées et où d'autres prédicateurs imposent ensuite la circoncision et les observances juives aux croyants venus du paganisme.

La date est débattue : selon que l'on identifie les destinataires aux habitants de la région ethnique de Galatie ou à ceux de la province romaine du même nom, on situe la lettre vers les années 50 ou un peu plus tard. Le contexte, lui, est clair : une communauté troublée, et un apôtre dont on conteste la légitimité.

Lectures et références
  • 1 Co 15, 8-10 — Paul y revient sur son passé de persécuteur et attribue entièrement à la grâce de Dieu ce qu'il est devenu.
  • Ph 3, 4-9 — Autre rappel autobiographique, où Paul énumère ses titres de Juif observant avant de les tenir pour rien au regard du Christ.
  • Catéchisme, § 442 — Le Catéchisme cite cette révélation du Fils faite à Paul pour montrer que la confession de foi en Jésus vient d'une initiative divine.

À retenir

Paul raconte sa vie non pour se confier mais pour prouver un point : l'Évangile qu'il annonce lui vient de Dieu seul, et c'est pourquoi personne ne peut y ajouter de conditions.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 138, 1-3 . 138, 13-14 . 138, 14-15

1 Au maître de chant. Psaume de David. Yahweh, tu me sondes et tu me connais,

2 tu sais quand je suis assis ou levé, tu découvres ma pensée de loin.

3 Tu m’observes quand je suis en marche ou couché, et toutes mes voies te sont familières.

13 C’est toi qui as formé mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

14 Je te loue d’avoir fait de moi une créature si merveilleuse ; tes œuvres sont admirables, et mon âme se plaît à le reconnaître.

15 Ma substance n’était pas cachée devant toi, lorsque j’étais formé dans le secret, tissé avec art dans les profondeurs de la terre.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 10, 38-42

« Une femme nommée Marthe le reçut. Marie a choisi la meilleure part »

38 Pendant qu’ils étaient en chemin, Jésus entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.

39 Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole,

40 tandis que Marthe s’empressait aux divers soins du service. S’étant donc arrêtée : « Seigneur, dit-elle, ne te mets-tu pas en peine que ma sœur m’ait laissée servir seule ? Dites-lui donc de m’aider. »

41 Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour beaucoup de choses.

42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas ôtée. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage se situe dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem, commencée au chapitre 9 : Jésus chemine de village en village, enseignant en route ceux qui l'accueillent.

Juste avant, un docteur de la Loi a demandé qui était son prochain, et Jésus a répondu par la parabole du bon Samaritain, tout entière tournée vers l'action et le secours donné (Lc 10, 25-37). Juste après, au chapitre 11, les disciples lui demanderont de leur apprendre à prier, et il leur donnera le Notre Père.

La scène chez les deux sœurs est donc placée entre un enseignement sur l'agir et un enseignement sur la prière : ce montage est l'œuvre de Luc, et il oriente la lecture. Le passage est lu en semaine, dans le parcours continu de l'évangile de Luc, le jour où l'on peut faire mémoire de saint Bruno, fondateur d'un ordre contemplatif.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la prédication en Galilée puis la marche vers Jérusalem où il sera mis à mort. Il est ici désigné aussi comme « le Seigneur », titre que Luc emploie volontiers dans son récit.

Il est reçu comme hôte, mais renverse aussitôt les rôles : c'est lui qui donne, en enseignant, plus qu'il ne reçoit. Il refuse de trancher la querelle domestique et déplace la question.

Marthe

Une femme qui possède ou dirige la maison, ce qui est notable dans un récit ancien. L'évangile de Jean la situe à Béthanie, près de Jérusalem, avec sa sœur et leur frère Lazare.

Elle prend l'initiative de l'accueil et s'absorbe dans les tâches qu'il exige, puis se plaint de sa sœur. Elle représente l'hospitalité généreuse mais devenue inquiète.

Marie

La sœur de Marthe. Chez Jean, c'est elle qui répandra du parfum sur les pieds de Jésus avant sa Passion.

Elle ne dit pas un mot : sa place, assise et écoutant, dit tout. Elle occupe la position du disciple qui reçoit un enseignement.

Mots à connaître
S'asseoir aux pieds de quelqu'un

Dans le judaïsme de l'époque, c'est la position de l'élève devant son maître, assis à terre pendant que celui-ci enseigne. L'expression n'évoque donc pas la passivité ou la dévotion sentimentale, mais un statut de disciple. Qu'une femme l'occupe n'allait pas de soi.

Le service

Le mot grec, diakonia, désigne d'abord le service de table et les soins de l'hospitalité. L'accueil d'un hôte de passage était en Orient un devoir sacré, exigeant et absorbant. Le même mot désignera plus tard les ministères de service dans l'Église.

La part

Le terme traduit un mot qui signifie la portion attribuée à chacun, comme la part d'un repas ou d'un héritage. Dans l'Ancien Testament, il sert à dire que Dieu lui-même est la part du croyant. Il ne s'agit donc pas d'un simple choix de préférence, mais de ce qui est reçu et qui demeure.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Une seule est nécessaire »

Les manuscrits grecs anciens ne portent pas tous la même formule à cet endroit : certains disent que peu de choses sont nécessaires, ou une seule. Les traductions modernes retiennent généralement la forme la plus brève, que l'on a sous les yeux.

Ailleurs dans l’Écriture
Jn 11, 1-5

Jean connaît les deux sœurs et leur frère Lazare, et situe leur maison à Béthanie, village tout proche de Jérusalem. Luc, lui, ne nomme pas le village : il laisse la scène ouverte, comme un type d'accueil possible partout. Jean précise aussi l'affection de Jésus pour cette famille, ce que Luc ne dit pas mais que son récit suppose.

Jn 12, 1-3

Jean raconte un repas à Béthanie où Marthe sert, tandis que Marie oint les pieds de Jésus. Les deux attitudes s'y retrouvent, réparties de la même manière entre les deux sœurs, ce qui suggère une tradition ancienne et stable sur ce couple de figures. L'épisode y est orienté vers la sépulture prochaine de Jésus, orientation absente chez Luc.

Ac 22, 3

Dans les Actes des Apôtres, deuxième livre écrit par Luc, Paul dit avoir été instruit « aux pieds » du maître Gamaliel. La formule est technique : elle désigne la place de l'élève devant son maître. Elle éclaire la posture de Marie, que Jésus reconnaît comme légitime pour une femme, fait remarquable dans le judaïsme du temps.

Ac 6, 1-4

Les Douze y refusent de délaisser la parole de Dieu pour le service des tables, et font ordonner sept hommes pour ce service. Le même vocabulaire de service est en jeu. Loin d'opposer les deux, Luc montre l'Église organisant l'articulation entre annonce et service concret.

Clés de lecture
Une scène placée juste après le bon Samaritain

Luc vient de montrer un homme qui agit pour secourir son prochain ; il montre maintenant une femme qui écoute. Les deux récits se corrigent mutuellement plutôt qu'ils ne s'opposent. La tradition chrétienne y a lu très tôt les deux dimensions inséparables de la vie croyante.

Ce qui est reproché à Marthe

Le texte ne blâme ni l'hospitalité ni le travail : il désigne l'agitation et l'inquiétude qui dispersent. Le verbe employé évoque la dispersion en tous sens. Le point de bascule est la dernière parole de Jésus, qui ramène le multiple à l'unique.

Le silence de Marie

Marie ne parle jamais dans le récit ; c'est Marthe qui s'adresse à Jésus, et Jésus qui répond à Marthe. L'unique interlocutrice est donc celle qui est reprise, ce qui donne au dialogue la forme d'un redressement bienveillant, souligné par la répétition de son nom.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte un épisode d'hospitalité où Jésus reconnaît à une femme la place de disciple et désigne l'écoute de sa parole comme ce qui ne passe pas. La sentence finale ne supprime pas le service : elle lui assigne son rang, après l'écoute qui le fonde.

La tradition catholique a lu dans les deux sœurs une figure de la vie active et de la vie contemplative, l'une et l'autre nécessaires, la seconde donnant sens à la première. Cette lecture spirituelle ne doit pas durcir en opposition ce que le texte tient ensemble : la même maison abrite les deux sœurs. Le passage nourrit aussi la réflexion sur la prière d'écoute, où le croyant se tient devant Dieu sans rien produire. Que ce soit une femme qui reçoive ici l'éloge du Christ a régulièrement été relevé comme un trait propre à l'évangile de Luc.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un récit d'accueil très bref, construit pour déboucher sur une parole de Jésus : tout le poids tombe sur la dernière phrase. Ce genre, fréquent chez Luc, ne cherche pas le détail pittoresque mais la sentence finale.

Le lire comme une simple anecdote familiale serait passer à côté : les deux sœurs valent ici comme figures de deux attitudes devant le Christ, sans que le récit cesse pour autant de raconter une scène réelle.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition ancienne à Luc, compagnon de Paul, auteur également des Actes des Apôtres, qui forment avec l'évangile un seul ouvrage en deux tomes. Il écrit probablement vers les années 80, en grec, pour des communautés de culture grecque converties au christianisme.

Son prologue indique qu'il s'appuie sur des témoins et sur des récits antérieurs, et qu'il veut donner un exposé ordonné. L'identité précise de l'auteur et la date exacte restent discutées entre historiens, mais son attention constante aux femmes, aux pauvres et à la prière est reconnue de tous.

Lectures et références
  • Lc 9, 51 — Le verset qui ouvre la montée vers Jérusalem et situe tout ce chapitre dans un itinéraire.
  • Lc 10, 25-37 — La parabole du bon Samaritain, immédiatement avant, met en avant l'agir : le contraste est voulu par Luc.
  • Lc 11, 1-4 — L'enseignement sur la prière qui suit prolonge l'éloge de l'écoute.
  • Lc 8, 1-3 — Luc y mentionne des femmes qui accompagnent Jésus et le servent, attention féminine caractéristique de cet évangile.

À retenir

Placé juste après la parabole du bon Samaritain, ce récit ne condamne pas le service mais rappelle que l'écoute de la parole du Christ est ce qui le fonde et ne sera pas repris.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Le Sauveur nous a enseigné précédemment l’amour de Dieu et du prochain en discours et en paraboles, il nous l’enseigne maintenant par des actions et en vérité : « Or, il arriva que pendant qu’ils étaient en chemin, Jésus entra dans un village. »

Origène

Saint Luc ne dit point le nom de ce village, mais saint Jean nous le fait connaître en l’appelant Béthanie. (Jn 11.)

S. Augustin

(Serm. 20, sur les paroi. du Seig,) Or, le Seigneur qui est venu chez lui, sans que les siens aient voulu le recevoir (Jn 1), a été reçu ici comme étranger : « Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. » Elle le reçut comme on reçoit les voyageurs, et cependant la servante reçut son Seigneur, celle qui était malade reçut son Sauveur, la créature reçut son Créateur. Ne dites pas : Heureux ceux qui ont mérité de recevoir Jésus-Christ dans leur maison, n’enviez pas leur bonheur, car Notre-Seigneur à dit : « Tout ce que vous faites pour l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites, » (Mt 25.) En prenant la forme de serviteur, il a voulu être nourri par des serviteurs par condescendance et non par une nécessité de sa condition. Il était revêtu d’une chair soumise à la faim et à la soif, mais lorsqu’il eut faim dans le désert, les anges vinrent le servir. (Mt 4.) Si donc il consent à être nourri, c’est une grâce qu’il accorde à la personne qui le reçoit. Marthe faisait donc toute sorte de préparatifs pour recevoir dignement Notre-Seigneur, et s’occupait activement du service au contraire Marie, sa soeur, préférait être nourrie intérieurement par le Sauveur : « Elle avait une soeur, nominée Marie, laquelle, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. »

S. Chrys

L’Évangéliste ne dit pas seulement de Marie qu’elle était assise près de Jésus, mais « qu’elle était assise à ses pieds, » afin de mieux exprimer son zèle, son empressement, son attention, pour recueillir les paroles de Jésus, et le profond respect qu’elle avait pour le Seigneur.

12 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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