Aller au contenu
comprendrelamesse.fr

de la férie

28ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 4, 22-24 . 4, 26-27 . 4, 31 – 5, 1

« Nous ne sommes pas les enfants d’une servante, nous sommes ceux de la femme libre »

22 Car il est écrit qu’Abraham eut deux fils, l’un de la servante, l’autre de la femme libre.

23 Mais le fils de la servante naquit selon la chair, et celui de la femme libre en vertu de la promesse.

24 Ces choses ont un sens allégorique ; car ces femmes sont deux alliances. L’une, du mont Sinaï, enfantant pour la servitude : c’est Agar,

26 Mais la Jérusalem d’en haut est libre : c’est elle qui est notre mère ;

27 car il est écrit : « Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas ! Éclate en cris de joie et d’allégresse, toi qui ne connaissais pas les douleurs de l’enfantement ! Car les enfants de la délaissée seront plus nombreux que les enfants de celle qui avait l’époux. »

31 C’est pourquoi, frères, nous ne sommes pas enfants de la servante, mais de la femme libre.

1 Dans la liberté par laquelle le Christ nous a affranchis, tenez ferme, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre est une réaction vive. Paul s'adresse aux chrétiens de Galatie (centre de l'actuelle Turquie), des communautés qu'il avait fondées lui-même et où sont arrivés, une fois qu'il était reparti, des prédicateurs affirmant qu'un païen devenu chrétien doit aussi accepter la circoncision et les observances de la loi de Moïse.

Le passage clôt une longue démonstration, aux chapitres 3 et 4 : la promesse faite à Abraham précède la Loi donnée au Sinaï, et les croyants sont fils adoptifs de Dieu, pas des esclaves. Paul conclut par une lecture symbolique de l'histoire des deux femmes d'Abraham. Puis vient une exhortation, qui ouvre la dernière partie de la lettre, consacrée à l'usage chrétien de la liberté.

Deux brefs passages sautent à la lecture : au verset 25, l'identification d'Agar à la Jérusalem de ce temps-là ; aux versets 28-30, l'application aux Galates avec la citation de la Genèse sur le renvoi de la servante. Ce dernier développement, assez abrupt, se trouve donc mis de côté. En semaine du Temps ordinaire, la première lecture suit son propre parcours continu dans la lettre, sans lien voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu disciple du Christ après une révélation sur le chemin de Damas, il annonce l'Évangile aux populations non juives du bassin méditerranéen. Les épîtres (lettres) qu'il adresse aux communautés qu'il a fondées forment une large part du Nouveau Testament.

Il argumente, en mobilisant sa culture de lecteur des Écritures juives, pour convaincre les Galates que se soumettre à la Loi reviendrait à revenir en arrière.

Les frères (les Galates)

Des habitants d'Asie Mineure, en majorité d'origine païenne, devenus chrétiens par la prédication de Paul. Le mot « frères » est l'appellation ordinaire des membres d'une communauté chrétienne.

Destinataires directs : ils hésitent à adopter les pratiques juives, et Paul leur dit quelle est leur véritable identité.

Abraham

Ancêtre du peuple d'Israël, personnage central des premiers chapitres de la Bible après le déluge. Dieu lui promet une descendance innombrable alors que sa femme Sara est stérile et âgée.

Il n'intervient pas. Il est le point de départ du raisonnement, par ses deux fils nés dans des conditions opposées.

Agar

Servante égyptienne de Sara, donnée par celle-ci à Abraham pour lui assurer une descendance ; elle met au monde Ismaël. Juridiquement esclave, son statut se transmet à son fils.

Paul en fait la figure symbolique de l'alliance conclue au Sinaï, celle qui, selon son argument, engendre des hommes soumis.

La femme libre

Il s'agit de Sara, épouse d'Abraham, non nommée dans ce passage. Longtemps stérile, elle enfante Isaac par l'effet d'une promesse divine.

Elle figure l'alliance de la promesse et la Jérusalem d'en haut, que Paul appelle la mère des croyants.

Mots à connaître
Servante

Le mot traduit un statut d'esclavage domestique, pas un emploi salarié. L'enfant d'une esclave naissait esclave, et c'est tout l'appui juridique du raisonnement de Paul, qui joue sur l'opposition de condition entre les deux fils d'Abraham.

Le mont Sinaï

Montagne du désert où, selon le livre de l'Exode, Dieu donne à Moïse la Loi et conclut alliance avec le peuple sorti d'Égypte. Le mot désigne ici, par raccourci, toute la législation juive dont les adversaires de Paul veulent imposer l'observance.

Les deux Alliances

Dans la Bible, une « alliance » est un lien solennel que Dieu établit avec des hommes, avec des engagements de part et d'autre. Paul oppose celle du Sinaï, fondée sur l'observance de la Loi, à celle de la promesse faite à Abraham, antérieure et gratuite.

La Jérusalem d'en haut

Expression de la littérature juive qui désigne la cité sainte dans sa réalité céleste et définitive, par opposition à la ville terrestre. Paul l'identifie à la communauté des croyants et lui donne le rôle d'une mère, ce qui est remarquable.

Le joug

Pièce de bois posée sur la nuque des bœufs attelés, image courante de la sujétion. Les maîtres juifs parlaient positivement du « joug de la Loi », une discipline bienfaisante ; Paul retourne l'image en la rapprochant de l'esclavage.

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 16, 1-16 Ancien Testament

Le récit de base : Sara, stérile, donne sa servante Agar à Abraham, qui en a un fils, Ismaël. Une solution humaine au retard de la promesse. Paul retient de ce récit l'opposition de statut entre les deux femmes, qui n'en était pas l'enjeu premier.

Gn 21, 1-10 Ancien Testament

Naissance d'Isaac, le fils de la promesse, puis demande de Sara de renvoyer Agar et son fils. C'est ce verset 10 que Paul cite dans la partie que le lectionnaire enjambe (Ga 4, 30), ce qui adoucit nettement le ton de la lecture.

Is 54, 1 Ancien Testament

Le chant de joie adressé à la femme stérile est repris littéralement par Paul. Chez Isaïe, il s'adresse à Jérusalem ruinée et dépeuplée après l'exil à Babylone, à qui Dieu promet une descendance nombreuse. Paul transfère cette promesse à la communauté née de la foi.

Rm 4, 13-17

Dans sa lettre aux Romains, Paul reprend la même idée, plus calmement : l'héritage promis à Abraham vient de la foi, pas de la Loi. La comparaison montre que l'argument des Galates, écrit dans l'urgence d'un conflit, a été repensé ensuite et exposé de façon plus posée.

Clés de lecture
Une série d'oppositions

Tout le passage fonctionne par couples contrastés : esclave et libre, naissance selon la chair et naissance selon la promesse, en bas et en haut. Ce procédé rhétorique vise l'efficacité, pas la nuance. Avant de conclure que Paul condamnerait la Loi comme telle, mieux vaut s'en souvenir : ailleurs, il la dit sainte et bonne.

Un renversement voulu

Les adversaires de Paul devaient se réclamer d'Abraham et de la descendance légitime. Paul retourne l'argument : ce sont les croyants venus du paganisme qui se retrouvent du côté du fils de la promesse. Tout bascule sur cette attribution inattendue des filiations.

La citation d'Isaïe

L'appel à la joie adressé à la femme stérile n'est pas un ornement. Il donne à Paul sa preuve scripturaire : Dieu suscite une descendance là où la nature ne peut rien. La stérilité de Sara et la désolation de Jérusalem après l'exil se répondent.

De la démonstration à l'appel

La dernière phrase change de registre. Après avoir démontré, Paul enjoint : la liberté n'est pas un acquis tranquille, c'est quelque chose qu'il faut tenir, avec le risque réel d'y renoncer.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul tranche une question d'organisation ecclésiale brûlante : les non-juifs devenus chrétiens n'ont pas à passer par les observances d'Israël pour appartenir pleinement au peuple de Dieu. Le salut vient de l'initiative gratuite de Dieu, accueillie dans la foi. Pas d'une performance d'observance.

La tradition catholique y lit aussi une manière de comprendre le rapport des deux Testaments : l'histoire d'Israël n'est pas abolie, elle est tenue pour une préparation dont le Christ révèle la portée. Ce type de lecture, où un événement ancien éclaire un événement nouveau, s'applique avec prudence. Il ne vise pas à disqualifier l'Ancien Testament, qui garde sa valeur propre, encore moins le peuple juif.

La liberté dont parle Paul n'est pas l'absence de contrainte, c'est la condition de fils : affranchi de la peur et de la logique du mérite, le croyant devient capable d'aimer. La figure de la Jérusalem d'en haut comme mère a nourri la manière dont l'Église se comprend elle-même, donnée d'en haut et engendrant des croyants.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Nous sommes dans une lettre : une argumentation adressée à des destinataires précis, en réponse à une situation concrète. Paul y recourt à une lecture allégorique de l'Écriture, lisant un vieux récit comme une figure où les personnages valent pour autre chose qu'eux-mêmes. Les commentateurs juifs de son temps procédaient couramment ainsi.

Cela se lit comme une démonstration, non comme un récit historique. Paul ne commente pas la vie d'Agar : il se sert du contraste esclave/libre pour éclairer ce que vivent les Galates. La dernière phrase, elle, bascule dans l'exhortation directe.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul lui-même, et personne ne discute son authenticité. Elle s'adresse à des Églises de Galatie, mais les spécialistes débattent encore de leur localisation : région du nord, ou cités du sud évangélisées lors du premier voyage missionnaire ? La date en dépend, quelque part entre la fin des années 40 et le milieu des années 50.

Le ton est polémique. Paul se défend d'être un apôtre au rabais et s'en prend de front à ceux qui imposent la circoncision aux convertis venus du paganisme. Un texte de crise, écrit pour emporter une décision, pas un traité équilibré.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1741 — Le Catéchisme cite précisément la dernière phrase du passage pour définir la libération opérée par le Christ.
  • Catéchisme, § 1972 — Sur la loi nouvelle comme loi de liberté, qui fait passer de la condition d'esclave à celle d'ami et de fils.
  • Ga 3, 6-9 — L'étape antérieure du raisonnement : les croyants sont fils d'Abraham par la foi.
  • Ga 5, 13 — Quelques versets plus loin, Paul précise que cette liberté n'est pas un prétexte à vivre selon ses impulsions.
  • Ac 15, 1-29 — Le récit de l'assemblée de Jérusalem montre comment la question des observances imposées aux païens fut tranchée dans l'Église naissante.

À retenir

Paul relit l'histoire des deux fils d'Abraham comme une figure : appartenir au peuple de Dieu tient à une promesse reçue, non à des observances conquises. Et cette liberté-là peut se perdre.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Psaume

Psaumes 112, 1-2 . 112, 3-4 . 112, 5 . 112, 6-7

1 Alleluia ! Louez, serviteurs de Yahweh, louez le nom de Yahweh,

2 Que le nom de Yahweh soit béni, dès maintenant et à jamais !

3 Du lever du soleil jusqu’à son couchant, loué soit le nom de Yahweh !

4 Yahweh est élevé au-dessus de toutes les nations, sa gloire est au-dessus des cieux.

5 Qui est semblable à Yahweh, notre Dieu ? Il siège dans les hauteurs,

6 et il regarde en bas, dans les cieux et sur la terre.

7 Il relève le malheureux de la poussière, il retire le pauvre du fumier,

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile

Luc 11, 29-32

« À cette génération, il ne sera donné que le signe de Jonas »

29 Le peuple s’amassant en foules, il se mit à dire : « Cette génération est une génération méchante ; elle demande un signe, et il ne lui en sera pas donné d’autre que celui du prophète Jonas.

30 Car, de même que Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi le Fils de l’homme sera un signe pour cette génération.

31 La reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec les hommes de cette génération, et les condamnera, parce qu’elle est venue des extrémités de la terre entendre la sagesse de Salomon : et il y a ici plus que Salomon.

32 Les hommes de Ninive se lèveront, au jour du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas ; et il y a ici plus que Jonas.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au milieu de la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (chapitres 9 à 19), parcours ponctué d'enseignements et de discussions tendues avec ses interlocuteurs, et juste avant notre passage Jésus a délivré un homme muet.

Certains l'ont alors accusé d'agir par la puissance du prince des démons ; d'autres réclamaient un signe venu du ciel, c'est-à-dire une preuve éclatante de son autorité (Lc 11, 14-16). Jésus a répondu à l'accusation, une voix a fusé dans la foule, et le voici qui revient sur cette demande de signe laissée en suspens. Suivront des images sur la lampe et sur l'œil, puis les reproches aux pharisiens et aux docteurs de la Loi.

En semaine, l'évangile est lu de façon continue, quelques versets après les précédents : le découpage suit le fil de Luc, sans intention particulière liée à ce jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Maître itinérant de Galilée, au centre du récit de Luc, en route vers Jérusalem où il sera mis à mort.

Il refuse la preuve spectaculaire qu'on lui réclame et renvoie ses auditeurs à deux figures anciennes, un prophète et un roi, pour les mettre devant leur propre refus d'écouter.

Mots à connaître
un signe

Dans la Bible, le signe est un geste ou un événement qui authentifie l'envoyé de Dieu, à la manière des prodiges accomplis par Moïse. Réclamer un signe du ciel revient à demander une démonstration qui dispenserait de faire confiance. Jésus y voit une exigence de preuve qui ferme au lieu d'ouvrir.

Jonas

Prophète d'un bref livre de l'Ancien Testament, d'abord fugitif, avalé par un grand poisson, puis envoyé annoncer la destruction de Ninive. Son récit est surtout connu pour la conversion immédiate et massive de cette ville païenne.

Ninive

Capitale de l'empire assyrien, en Mésopotamie, symbole biblique de la puissance païenne et violente qui a écrasé le royaume d'Israël. Qu'une telle ville ait écouté un prophète d'Israël rend l'exemple particulièrement cinglant.

la reine de Saba

Souveraine d'un royaume situé vraisemblablement dans le sud de la péninsule arabique, venue de très loin rendre visite au roi Salomon. Elle incarne l'étrangère qui se met en route pour entendre une sagesse.

Salomon

Fils et successeur du roi David, au Xe siècle avant notre ère, considéré dans la Bible comme le sage par excellence et le bâtisseur du Temple de Jérusalem.

le Fils de l'homme

Expression par laquelle Jésus se désigne lui-même dans les évangiles. Elle vient notamment du livre de Daniel, où une figure d'allure humaine reçoit de Dieu un pouvoir de juger : le titre évoque donc à la fois l'humilité et l'autorité.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 12, 38-42 même épisode, autre évangile

Matthieu raconte la même scène, mais il explicite le signe de Jonas : comme Jonas est resté trois jours dans le ventre du grand poisson, le Fils de l'homme sera trois jours dans le sein de la terre. Luc ne donne pas cette explication et laisse le signe dans une relative indétermination ; chez lui, Jonas est signe par sa prédication adressée à des païens. Matthieu place aussi les habitants de Ninive avant la reine du Midi, Luc fait l'inverse. Choix de composition, non contradictions.

Mc 8, 11-13 même épisode, autre évangile

Chez Marc, la demande d'un signe venu du ciel vient des pharisiens, et Jésus refuse tout net : aucun signe ne sera donné. Jonas n'y est jamais nommé, ce qui fait mesurer ce que Matthieu et Luc ajoutent en développant la comparaison.

Jon 3, 1-10 Ancien Testament

Le livre de Jonas raconte comment ce prophète réticent finit par annoncer la ruine de Ninive, grande ville païenne, et comment ses habitants se convertissent aussitôt. Jésus appuie tout son argument sur ce récit : des païens ont écouté une prédication brève, alors que ses propres auditeurs réclament des preuves.

1 R 10, 1-13 Ancien Testament

La reine de Saba, souveraine d'un royaume lointain du sud de l'Arabie, fait un long voyage pour éprouver la sagesse de Salomon et en repart émerveillée. Jésus en fait l'exemple d'une étrangère qui s'est déplacée pour entendre une parole, à la différence de ceux qui l'entourent sans se déranger.

Clés de lecture
Un refus qui est déjà une réponse

Jésus ne donne pas le signe demandé, et tout le passage tient là : la foi ne naît pas d'une preuve imposée. Le seul signe annoncé est celui de Jonas, une parole adressée, qui laisse l'auditeur libre d'y répondre ou non.

Deux païens contre une génération

L'argument est construit en miroir : d'un côté une reine venue de très loin, de l'autre une ville ennemie convertie par une simple annonce. Des étrangers à Israël, dans les deux cas, qui ont bien réagi. La situation se retourne ainsi contre les auditeurs de Jésus.

La formule « bien plus que »

Les deux comparaisons s'achèvent sur la même affirmation : ce qui est là désormais dépasse le roi sage et dépasse le prophète. Sans se nommer, Jésus se place au-dessus des deux grandes figures de l'Ancien Testament, la sagesse et la prophétie.

Le mot « génération »

Répété tout au long du passage, le mot ne désigne pas une classe d'âge mais l'ensemble des contemporains, considérés dans leur attitude commune. Le vocabulaire reprend celui de l'Ancien Testament pour la génération du désert, qui a vu des prodiges et n'a pas cru pour autant.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus avertit ceux qui l'entourent : exiger des preuves permet d'échapper à l'écoute, et des païens de l'histoire ancienne feront meilleure figure qu'eux. Dieu s'adresse aux hommes par la prédication, pas par le prodige.

La tradition chrétienne lit le signe de Jonas comme une annonce voilée de la mort et de la résurrection du Christ ; Matthieu fait le rapprochement explicitement, les trois jours de Jonas dans le poisson figurant le séjour au tombeau. Luc reste plus sobre. Son texte oriente vers la personne de Jésus : celui qui parle surpasse la sagesse royale et la parole prophétique. La mention du jugement rappelle que l'écoute de cette parole engage quelque chose de décisif, et que la responsabilité grandit avec ce qui a été donné d'entendre.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Parole polémique, prononcée en réponse à une demande hostile : on est dans la controverse et l'avertissement prophétique. L'argument avance par comparaison (ce que des païens d'autrefois ont fait, ce que les contemporains de Jésus ne font pas), avec une formule reprise deux fois en finale. Rien ici qui décrive le jugement dernier. C'est une manière imagée de dire l'urgence d'écouter maintenant.

Qui écrit, et pour qui

Une tradition ancienne attribue l'évangile selon saint Luc à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, qui aurait écrit vers les années 80 pour des communautés chrétiennes de culture grecque, hors de Palestine. Dès ses premières lignes, l'auteur se présente en enquêteur : il a recueilli les témoignages antérieurs et les met en ordre. La date et l'identité restent débattues. On s'accorde en revanche sur un écrivain qui s'adresse à des lecteurs non juifs, auxquels il faut expliquer les usages d'Israël, d'où son attention constante aux figures d'étrangers qui accueillent la parole de Dieu, comme la reine de Saba et les Ninivites ici.

Lectures et références
  • Lc 11, 16 — C'est la demande d'un signe venu du ciel, quelques versets plus haut, à laquelle ce passage répond.
  • Dn 7, 13-14 — Origine de l'expression « Fils de l'homme », figure recevant de Dieu domination et jugement.
  • Lc 11, 27-28 — Juste avant, Jésus déclare heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, ce qui prépare l'éloge des Ninivites qui ont écouté Jonas.
  • Catéchisme, § 548 — Le Catéchisme explique que les signes accomplis par Jésus attestent sa mission mais ne contraignent pas à croire.

À retenir

À qui réclame une preuve, Jésus oppose deux figures païennes de l'Ancien Testament qui, elles, ont simplement écouté une parole, le seul signe annoncé étant celui de Jonas.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Les ennemis du Sauveur lui avaient fait deux questions insidieuses, les uns l’accusaient de chasser les démons par Béelzébub, et nous l’avons vu confondre cette accusation calomnieuse ; les autres, pour le tenter, demandaient un signe du ciel, et c’est à eux qu’il va répondre : « Et comme le peuple s’assemblait en foule, Jésus commença à dire : « Cette génération est une génération méchante, » etc.

S. Ambr

Paroles qui indiquent que la synagogue perd toute sa beauté au moment où l’Église doit briller de tout son éclat. Or, le Fils de l’homme sera un signe pour les Juifs, comme Jonas l’a été pour les Ninivites : « Elle demande un signe, et il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe du prophète Jonas. »

S. Basile

(Ch. des Pèr. gr. ) Un signe est une chose sensible, placée sous les yeux de tous, et qui a pour objet de faire connaître une chose cachée, et c’est ainsi que les faits miraculeux de la vie de Jonas représentent la descente de Jésus aux enfers, sa sortie et sa résurrection d’entre les morts : « Car, comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, le Fils de l’homme le sera pour cette génération. »

Bède

Il ne leur donne pas un signe du ciel, parce qu’ils étaient indignes de le voir, mais des profondeurs de la terre, c’est-à-dire le signe de son incarnation, non de sa divinité ; le signe de sa passion, et non celui de sa gloire.

11 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.