Première lecture Nouveau Testament
Galates 5, 1-6
« Ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité »
1 Dans la liberté par laquelle le Christ nous a affranchis, tenez ferme, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.
2 C’est moi, Paul, qui vous le dis : Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien.
3 Au contraire, je déclare encore une fois à tout homme qui se fait circoncire, qu’il est tenu d’accomplir la Loi tout entière.
4 Vous n’avez plus rien de commun avec le Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la Loi ; vous êtes déchus de la grâce.
5 Nous, c’est de la foi, par l’Esprit, que nous attendons l’espérance de la justice.
6 Car dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision n’ont de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates est une lettre de crise : après avoir évangélisé ces communautés d'Asie Mineure, Paul apprend que d'autres prédicateurs y sont passés pour convaincre ces chrétiens venus du paganisme qu'ils devaient aussi se faire circoncire et observer la loi de Moïse pour être pleinement sauvés.
Une longue démonstration tirée de l'Écriture occupe les chapitres 3 et 4 et démonte cette exigence. Abraham a été déclaré juste à cause de sa foi ; la Loi, venue plus tard, n'annule pas cette promesse. Juste avant notre passage, Paul vient de relire l'histoire de Sara et d'Agar, qui oppose les enfants de l'esclave et ceux de la femme libre.
Ces versets forment la charnière de la lettre. Paul tire la conclusion de son argumentation et bascule vers la partie pratique, où il expliquera à quoi sert concrètement cette liberté. En semaine, la première lecture parcourt un livre en continu : ce passage est l'étape du jour dans la lecture suivie de Galates, sans lien voulu avec l'évangile.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif pharisien devenu disciple du Christ après une rencontre bouleversante sur la route de Damas, il a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur écrit des lettres, appelées épîtres, pour les instruire ou les corriger.
Il engage ici son autorité personnelle de façon très solennelle, en se nommant lui-même, pour avertir les Galates du danger qu'ils courent.
- Les Galates
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Les membres des communautés chrétiennes d'une région d'Asie Mineure, dans l'actuelle Turquie. Ils viennent majoritairement du paganisme et non du judaïsme.
Destinataires de l'avertissement : certains sont sur le point d'accepter la circoncision, croyant ainsi parfaire leur appartenance au peuple de Dieu.
- Les partisans de la circoncision
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Des prédicateurs chrétiens d'origine juive, jamais nommés dans la lettre, pour qui l'entrée dans le salut apporté par le Christ passait nécessairement par l'adoption des observances juives.
Ils ne parlent pas dans le passage, mais c'est leur exigence que Paul combat point par point.
- Le Christ
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Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, que Paul présente comme celui par qui Dieu sauve l'humanité.
Il est présenté comme l'auteur de la libération : tout le raisonnement consiste à montrer qu'on ne peut pas ajouter une condition à ce qu'il a déjà accompli.
Mots à connaître
- La circoncision
Ablation d'un repli de peau du sexe masculin, pratiquée au huitième jour après la naissance, qui marque dans la chair l'appartenance au peuple de l'alliance. Pour un adulte venu du paganisme, l'accepter signifiait concrètement passer au judaïsme avec toutes ses obligations.
- La loi de Moïse
L'ensemble des prescriptions religieuses et rituelles contenues dans les cinq premiers livres de la Bible : circoncision, sabbat, règles alimentaires, calendrier des fêtes. On ne peut pas en prendre un morceau sans prendre le reste, rappelle Paul. C'est un tout.
- Le joug
La pièce de bois qui attelle les bœufs à la charrue. L'image sert dans la Bible à désigner une sujétion ; Paul l'emploie ici pour qualifier le retour volontaire à un régime dont les croyants ont été affranchis.
- La justification, la justice
Dans le vocabulaire de Paul, ces mots ne désignent pas l'équité sociale mais le fait d'être rendu juste devant Dieu, ajusté à lui. Toute la question du passage est de savoir ce qui produit cet ajustement : l'observance de la Loi, ou la foi.
Ailleurs dans l’Écriture
- Ga 6, 15
À la fin de la même lettre, Paul reprend presque mot pour mot la formule du dernier verset, mais en remplaçant la mention de la foi agissante par celle de la création nouvelle. Les deux expressions s'éclairent : ce qui compte n'est pas un signe corporel mais une transformation réelle de l'existence.
- 1 Co 7, 19
Écrivant à Corinthe, Paul tient le même raisonnement, en concluant cette fois sur l'observation des commandements de Dieu. Le rapprochement montre que son refus de la circoncision n'est pas un rejet de toute exigence morale, mais le refus d'en faire une condition du salut.
- Gn 17, 9-14 Ancien Testament
La circoncision y est donnée à Abraham comme le signe dans la chair de l'alliance entre Dieu et sa descendance. On comprend alors pourquoi les Galates pouvaient la juger désirable : elle avait une densité religieuse que Paul ne nie pas, mais qu'il déclare dépassée par la venue du Christ.
- Ga 2, 11-14
Quelques chapitres plus tôt, Paul raconte son affrontement public avec Pierre à Antioche sur une question proche : fallait-il que les croyants d'origine païenne adoptent les usages juifs ? Ce récit montre que le débat traversait l'Église naissante au plus haut niveau. Rien d'une querelle marginale.
Clés de lecture
- Une liberté qui vient d'ailleurs
Le premier verset ne présente pas la liberté comme une conquête mais comme un don déjà reçu. Et la conséquence tirée immédiatement n'est pas « faites quelque chose » mais « tenez bon » : il s'agit de ne pas perdre ce qui est acquis.
- L'argument du tout ou rien
Paul ne discute pas la valeur de la circoncision en elle-même. Il montre que l'accepter comme condition du salut, c'est entrer dans une logique où il faudra tout observer, et donc renoncer à attendre du Christ ce que l'on attend désormais de soi-même.
- La formule finale
Le dernier verset renverse la perspective. Au lieu d'opposer la foi aux œuvres, il décrit une foi qui agit, et qui agit par la charité, c'est-à-dire par l'amour effectif. Cette précision empêche de comprendre la liberté chrétienne comme une dispense d'agir, et prépare la suite de la lettre.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle une question d'organisation de l'Église naissante : les croyants venus du paganisme n'ont pas à devenir juifs pour être pleinement chrétiens. Cette décision, prise dans la douleur, a rendu possible l'universalité de l'Église.
La tradition catholique y a toujours lu davantage. Ce texte fonde en partie la doctrine de la grâce : le salut est d'abord un don reçu, non le salaire d'une performance religieuse. Mais la dernière formule interdit d'en conclure que les actes seraient indifférents, car la foi dont parle Paul est une foi vivante, qui se déploie en amour concret. Le Catéchisme reprend précisément cette expression pour décrire la foi chrétienne.
La liberté dont il est question n'est donc pas l'absence de contrainte, mais l'état de celui qui n'a plus à acheter l'amour de Dieu ; la suite de la lettre précisera qu'elle se met au service des autres.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Lettre réelle, écrite pour régler un conflit précis : rien d'un traité de théologie composé à froid. Ce passage en est le moment le plus tendu, où Paul emploie le style de l'avertissement juridique, avec des formules d'attestation solennelles, comme un témoin qui engage sa parole.
Les affirmations y sont volontairement tranchées et polémiques. Les lire comme un jugement général porté sur le judaïsme serait un contresens : Paul vise une situation déterminée, celle de chrétiens venus du paganisme à qui l'on présente la circoncision comme un complément indispensable.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul. Et la lettre aux Galates compte parmi les écrits dont l'attribution n'est pratiquement pas contestée : le ton personnel, la colère contenue, les détails autobiographiques en garantissent l'authenticité.
Elle s'adresse à plusieurs communautés d'une même région, et non à une seule ville. La date et la localisation exacte sont débattues : selon que l'on situe ces Églises au nord ou au sud de la province romaine de Galatie, on propose une rédaction vers la fin des années 40 ou dans les années 50. Reste que le texte est l'un des plus anciens documents chrétiens conservés.
Lectures et références
- Catéchisme, § 1814 — Le Catéchisme définit la foi vivante en reprenant l'expression finale de ce passage, la foi qui agit par la charité.
- Catéchisme, § 1741 — Présente la libération opérée par le Christ comme fondement de la liberté chrétienne.
- Ga 5, 13-14 — Immédiatement après, Paul précise que cette liberté n'est pas un prétexte mais un service mutuel résumé dans l'amour du prochain.
- Ac 15, 1-29 — Le récit de l'assemblée de Jérusalem montre comment l'Église primitive a tranché la même question de la circoncision des croyants venus du paganisme.
- Ga 3, 6-9 — Le fondement du raisonnement : Abraham est déclaré juste à cause de sa foi, avant toute observance.
À retenir
Paul avertit des chrétiens tentés d'ajouter la circoncision à leur foi : ajouter une condition au salut donné par le Christ, c'est en réalité y renoncer, car ce qui compte est une foi qui se traduit en amour.
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