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S. Callixte Ier, pape et martyr

28ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Galates 5, 18-25

« Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises »

18 Mais si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes plus sous la Loi.

19 Or les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont l’impudicité, l’impureté, le libertinage,

20 l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les emportements, les disputes, les dissensions, les sectes,

21 l’envie, [les meurtres], l’ivrognerie, les excès de table, et autres choses semblables. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent de telles choses n’hériteront pas du royaume de Dieu.

22 Le fruit de l’Esprit, au contraire, c’est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité,

23 la douceur, la tempérance. Contre de pareils fruits, il n’y a pas de loi.

24 Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises.

25 Si nous vivons par l’esprit, marchons aussi par l’esprit.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Galates est une lettre de combat : Paul y défend les communautés de Galatie (en Asie Mineure, l'actuelle Turquie) contre des prédicateurs qui voulaient imposer aux croyants venus du paganisme la circoncision et l'observance complète de la Loi de Moïse, et après quatre chapitres d'argumentation il en vient aux conséquences pratiques.

Juste avant ce passage, il a affirmé que la liberté chrétienne n'autorise pas n'importe quoi. Il a aussi décrit le conflit intérieur entre deux forces qu'il appelle la chair et l'Esprit. Notre texte développe ce conflit en dressant deux listes opposées.

La suite immédiate enchaîne sur des conseils concrets de vie commune : se supporter les uns les autres, porter les fardeaux d'autrui. En semaine, la première lecture de la messe parcourt un livre de façon continue d'un jour à l'autre ; ce passage est donc une étape dans la lecture suivie de cette lettre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Il a fondé lui-même les communautés auxquelles il écrit ici.

Il parle en pasteur inquiet : il avertit, rappelant un enseignement déjà donné oralement, et trace une ligne de partage claire entre deux manières de vivre.

« Frères » (les Galates)

Des habitants de la province romaine de Galatie, majoritairement d'origine païenne, devenus chrétiens par la prédication de Paul. Ce sont eux qu'il interpelle d'un bout à l'autre de la lettre.

Destinataires de l'avertissement : hésitant entre l'adoption des règles juives et une liberté mal comprise, ils reçoivent un troisième chemin, celui de la conduite par l'Esprit.

l'Esprit

Dans le vocabulaire de Paul, l'Esprit de Dieu répandu dans le cœur des croyants, que la foi chrétienne confesse comme la troisième personne de la Trinité.

Il est présenté comme un principe d'action intérieur, non comme un code extérieur : c'est lui qui oriente la conduite et produit les qualités énumérées dans la seconde liste.

Mots à connaître
la chair

Le mot ne désigne ni le corps ni la sexualité en particulier. Chez Paul, il nomme l'être humain livré à lui-même, replié sur ses propres forces et ses propres désirs, ce que montre bien la liste, où figurent surtout des péchés de division et d'orgueil.

la Loi

Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Israël par l'intermédiaire de Moïse, règle de vie religieuse et sociale du peuple juif. Toute la lettre discute de son rôle pour des croyants venus du paganisme.

sorcellerie

Le terme grec employé évoque les pratiques magiques, souvent liées à l'usage de philtres et de drogues. Le monde antique les associait au culte des idoles, d'où sa place juste après l'idolâtrie.

beuveries, orgies

Le second mot grec désigne les cortèges et banquets festifs accompagnant certaines fêtes païennes, notamment en l'honneur de Dionysos. Les destinataires reconnaissaient aussitôt un trait de la religion qu'ils avaient quittée.

recevoir en héritage le royaume de Dieu

L'image vient de l'Ancien Testament, où la terre promise est l'héritage reçu de Dieu. Paul la transpose : l'héritage attendu est désormais le règne définitif de Dieu, don gratuit et non salaire mérité.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« la chair »

Traduction littérale du grec sarx. Certaines bibles d'aujourd'hui rendent le mot par « l'homme livré à lui-même » ou « la nature humaine laissée à elle-même », pour éviter que le lecteur n'y entende seulement le corps ou la sexualité.

Ailleurs dans l’Écriture
Rm 8, 12-14

Dans sa lettre aux Romains, écrite plus tard et plus posément, Paul reprend la même opposition entre vivre selon la chair et se laisser conduire par l'Esprit. Il y ajoute une précision absente ici : ceux que l'Esprit conduit sont fils de Dieu. Le rapprochement montre que l'argument polémique des Galates est devenu chez lui une doctrine stable.

1 Co 6, 9-10

Paul y dresse une liste comparable de comportements et conclut de la même manière, par l'exclusion du royaume de Dieu. Mais il ajoute aussitôt que les destinataires ont été lavés et sanctifiés : la liste sert à rappeler d'où l'on vient, non à désespérer.

Ga 2, 19-20

Plus tôt dans la même lettre, Paul dit avoir été crucifié avec le Christ, de sorte que le Christ vit en lui. L'image de la crucifixion employée dans notre passage s'éclaire alors : elle renvoie au baptême, par lequel le croyant est associé à la mort et à la résurrection de Jésus.

Col 3, 5-14

Même procédé : une liste de conduites à quitter, puis une liste de qualités à revêtir, avec l'amour comme lien de tout. Ce parallèle confirme qu'il s'agit d'une forme d'enseignement moral répandue dans les premières communautés, et non d'un inventaire improvisé.

Clés de lecture
Une troisième voie entre loi et laisser-aller

Paul refuse le retour aux prescriptions de la Loi autant qu'une liberté sans contenu. Son argument tient en une articulation : qui est conduit de l'intérieur par l'Esprit n'a plus besoin d'être contraint de l'extérieur. La morale n'est pas supprimée. Elle change de principe.

Des œuvres au pluriel, un fruit au singulier

La première liste est appelée œuvres et se présente comme une dispersion de conduites ; la seconde est appelée fruit, au singulier. Le vocabulaire suggère un organisme vivant qui porte naturellement ses qualités, plutôt qu'une addition de performances.

Le poids des péchés de division

Dans la liste des œuvres de la chair, les fautes contre la vie commune, rivalités et clans, occupent plus de place que les autres. Rien d'étonnant dans une lettre adressée à des communautés déchirées par un conflit interne.

Une crucifixion déjà accomplie

Paul emploie un passé : la rupture avec la chair est présentée comme un fait déjà survenu dans la vie du croyant, par le baptême. L'exhortation finale à marcher sous la conduite de l'Esprit en tire la conséquence. Vivre ce qui est déjà donné.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle une question précise : les chrétiens venus du paganisme n'ont pas à se mettre sous le régime de la Loi de Moïse, parce que l'Esprit reçu au baptême produit en eux ce que la Loi demandait sans pouvoir l'obtenir.

La tradition catholique a lu dans la seconde liste une description de la vie transformée par la grâce : le Catéchisme parle des fruits de l'Esprit, perfections que l'Esprit Saint fait mûrir en qui lui est docile. L'image de la chair crucifiée est rapportée au baptême, qui unit le croyant à la mort et à la résurrection du Christ, puis au combat spirituel de toute une existence. Deux contresens guettent. Ce texte ne condamne pas le corps, et il ne transforme pas les listes en barème : il décrit deux dynamiques, et affirme que l'initiative, dans la vie chrétienne, revient à Dieu avant de revenir à l'effort humain.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation morale insérée dans une lettre, construite sur deux listes opposées, procédé courant dans la prédication juive et philosophique de l'époque.

Paul ne prétend pas être exhaustif, et il le dit lui-même en terminant la première liste par une formule ouverte. Le contraste est l'outil : il rend visibles deux directions de vie. Les lire comme un règlement article par article serait un contresens. Elles dessinent deux physionomies.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse, et personne ou presque ne lui conteste cette lettre, l'un des textes où sa voix se reconnaît le mieux, vive et parfois irritée.

Il écrit à des communautés de Galatie, en Asie Mineure, probablement entre 50 et 56 après Jésus-Christ ; on discute encore de la date précise et de la localisation exacte de ces communautés, au nord ou au sud de la province. La crise, elle, est concrète. Des missionnaires venus après lui soutiennent qu'il faut devenir juif pour être pleinement chrétien, et Paul répond que le salut vient de la foi au Christ, non de l'observance de la Loi.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 736 — Le Catéchisme cite précisément ce passage pour décrire l'œuvre de l'Esprit Saint dans le baptisé.
  • Catéchisme, § 1832 — Paragraphe consacré aux fruits de l'Esprit, qui s'appuie sur la seconde liste de ce texte.
  • Catéchisme, § 1963 — Sur le rôle de la Loi ancienne, préparation à l'Évangile mais incapable à elle seule de donner la force d'accomplir ce qu'elle prescrit.
  • Ga 5, 13-14 — Les versets qui précèdent immédiatement et donnent la clé : la liberté chrétienne s'accomplit dans le service mutuel et l'amour du prochain.
  • Rm 6, 3-4 — Paul y explique que le baptême plonge le croyant dans la mort du Christ, ce qui éclaire l'image de la chair crucifiée.

À retenir

Paul oppose deux manières de vivre, non deux règlements : ce que la Loi exigeait du dehors, l'Esprit le fait naître du dedans, comme un fruit.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 1, 1-2 . 1, 3 . 1, 4 . 1, 6

1 Heureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des impies, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas dans la compagnie des moqueurs,

2 mais qui a son plaisir dans la loi de Yahweh, et qui la médite jour et nuit !

3 Il est comme un arbre planté près d’un cours d’eau, qui donne son fruit en son temps, et dont le feuillage ne se flétrit pas : tout ce qu’il fait réussit.

4 Il n’en est pas ainsi des impies : ils sont comme la paille que chasse le vent.

6 Car Yahweh connaît la voie du juste, mais la voie des pécheurs mène à la ruine.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 11, 42-46

« Quel malheur pour vous, pharisiens ! Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous ! »

42 Mais malheur à vous, Pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère et qui n’avez nul soucis de la justice et de l’amour de Dieu ! C’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans omettre le reste.

43 Malheur à vous, Pharisiens, qui aimez les premiers sièges dans les synagogues, et les salutations dans les places publiques !

44 Malheur à vous, parce que vous ressemblez à des sépulcres qu’on ne voit pas et sur lesquels on marche sans le savoir ! »

45 Alors un docteurs de la Loi, prenant la parole, lui dit : « Maître, en parlant de la sorte, tu nous outrages aussi. »

46 Jésus répondit : « Et à vous aussi, docteurs de la Loi, malheur ! parce que vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et vous-mêmes, vous n’y touchez pas d’un seul de vos doigts !

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est dans la longue section où Luc fait monter Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9), itinéraire ponctué d'enseignements et de controverses bien plus que simple déplacement géographique, et Jésus vient d'être invité à un repas chez un pharisien, lequel s'étonne de le voir passer à table sans l'ablution rituelle des mains.

De cette remarque naît une série de reproches en forme de refrain. Trois pour les pharisiens, trois pour les spécialistes de la Loi.

Notre passage contient les trois premiers, puis l'interruption d'un docteur de la Loi qui se sent visé, et la réponse qui ouvre la seconde série. Les versets 47-54 poursuivront les reproches et noteront que l'hostilité des adversaires devient alors ouverte. En semaine, l'évangile se lit de façon continue, jour après jour : le découpage suit la progression du texte, rien de plus.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique, en route vers Jérusalem où il sera mis à mort.

Il prononce une série d'avertissements solennels contre deux groupes religieux influents, à l'intérieur même d'un repas auquel il a été invité.

les pharisiens

Un courant religieux juif, laïc et très respecté, attaché à l'observance exacte de la Loi de Moïse et des traditions qui l'entourent ; ce ne sont ni des prêtres ni des gouvernants.

Ils sont visés pour un déséquilibre : un soin méticuleux du détail observable, joint à la recherche de la considération sociale.

un docteur de la Loi

Un juriste religieux, spécialiste de l'interprétation des textes de la Loi ; Luc emploie ce terme là où Marc et Matthieu parlent plutôt de « scribes ».

Il interrompt Jésus en protestant que les reproches atteignent aussi sa propre catégorie, et provoque la seconde série d'avertissements.

Mots à connaître
la dîme

Prélèvement religieux d'un dixième des récoltes, prescrit par la Loi de Moïse pour l'entretien du culte et des lévites. Les pharisiens l'étendaient scrupuleusement jusqu'aux plus petites plantes aromatiques du potager, que la Loi ne visait pas explicitement. Le reproche ne vise pas la pratique, mais ce qu'elle laisse dans l'ombre.

la menthe et la rue

Deux herbes de jardin, de faible valeur marchande ; la rue est une plante aromatique amère, sans rapport avec la rue d'une ville. Leur mention dit l'extrême minutie du calcul religieux.

le premier siège dans les synagogues

La synagogue est le lieu de réunion où les juifs se rassemblent pour lire l'Écriture et prier. Tournées vers l'assemblée, les places d'honneur y marquaient publiquement le rang de celui qui les occupait.

les tombeaux qu'on ne voit pas

Selon la Loi, toucher une sépulture rendait rituellement impur et interdisait pour un temps de participer au culte. On signalait donc les tombes, parfois blanchies à la chaux. Une tombe effacée contaminait le passant sans qu'il s'en aperçoive : image d'un mal invisible qui atteint autrui à son insu.

docteur de la Loi

Terme employé par Luc pour désigner les juristes religieux, experts dans l'interprétation des textes et dans la formulation des obligations qui en découlent. On reconnaissait leur autorité dans la vie quotidienne autant que dans le culte.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Quel malheur pour vous »

Rend une interjection grecque (ouai) héritée des prophètes, qui exprime moins une menace qu'une plainte alarmée ; d'autres traductions portent « Malheureux êtes-vous » ou « Hélas pour vous ».

« la rue »

Il s'agit du nom d'une plante aromatique de jardin, et non d'une voie urbaine ; certaines bibles précisent « la rue odorante ».

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 23, 23 même épisode, autre évangile

Matthieu rassemble des reproches très proches dans un grand discours prononcé à Jérusalem, face à la foule et aux disciples. Il cite d'autres herbes que Luc et nomme trois exigences majeures délaissées. Le même matériau se retrouve donc à un autre moment, dans un autre décor : Luc le place dans un repas privé, ce qui en fait une conversation tendue plutôt qu'une proclamation publique.

Mt 23, 4 même épisode, autre évangile

L'image des charges imposées aux autres et non portées par ceux qui les imposent se retrouve chez Matthieu, appliquée aux scribes et aux pharisiens ensemble. Luc la réserve aux spécialistes de la Loi, en réponse directe à l'objection de l'un d'eux. L'écart montre comment chaque évangéliste organise et adresse un même reproche.

Mt 23, 27 même épisode, autre évangile

Matthieu compare ses interlocuteurs à des tombeaux repeints en blanc, beaux au-dehors et impurs au-dedans. Luc retient une autre image, celle de sépultures devenues invisibles, qui contaminent le passant à son insu. Le reproche se déplace de l'hypocrisie visible au danger non perçu que l'on fait courir aux autres.

Mi 6, 8 Ancien Testament

Le prophète Michée résume ce que Dieu attend : pratiquer la justice, aimer la bonté, marcher humblement avec son Dieu. Le couple « jugement » et « amour de Dieu » du verset 42 s'inscrit dans cette tradition prophétique. Jésus ne conteste pas la Loi ; il rappelle la hiérarchie que les prophètes y lisaient déjà.

Clés de lecture
Non pas « cela ou ceci », mais les deux

Le verset 42 est la clé de tout le passage. Jésus ne demande pas d'abandonner les observances minutieuses, il reproche de les avoir séparées de la justice et de l'amour de Dieu. Ce qui est visé, c'est une hiérarchie faussée, non la Loi elle-même.

Un refrain qui structure

La formule d'ouverture revient à chaque reproche et donne au passage son rythme de litanie. Elle emprunte au style des prophètes d'Israël, qui interpellaient ainsi les responsables du peuple. Le lecteur entend Jésus se placer dans cette lignée.

L'objection qui relance

L'intervention du docteur de la Loi au verset 45 est un ressort de récit : elle fait passer la critique d'un groupe à l'autre et montre que la parole de Jésus atteint ses auditeurs. Elle prépare l'hostilité ouverte qui éclatera à la fin du chapitre.

Trois reproches, un seul mouvement

Le détail au détriment de l'essentiel, la recherche des honneurs, le tort causé sans qu'on le sache : les trois images décrivent un même décalage entre l'apparence religieuse et sa portée réelle sur les autres.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte rapporte un conflit interne au judaïsme du premier siècle : Jésus, juif observant, conteste à des responsables juifs leur façon de hiérarchiser les exigences de la Loi. Rien n'y autorise un mépris global d'Israël ou du judaïsme. Les pharisiens sont justement des hommes qui prennent Dieu au sérieux, et c'est ce sérieux que Jésus ramène à son centre.

La tradition catholique y lit un avertissement permanent adressé à toute autorité religieuse, et d'abord à l'intérieur de l'Église : la pratique exacte ne dispense pas de la justice, et le prestige attaché à une fonction peut en vider le service. Le dernier reproche, sur les charges imposées sans être partagées, se lit traditionnellement en contraste avec le joug que le Christ dit léger : le commandement de l'amour ordonne les observances au lieu de s'y ajouter. Le passage éclaire enfin ce qui conduira Jésus à la croix, puisque l'opposition de ceux qu'il interpelle ici se durcira jusqu'à Jérusalem.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Une suite de paroles de malheur, genre hérité des prophètes d'Israël : une formule d'ouverture qui revient, puis le motif du reproche. Rien d'une malédiction ou d'un souhait de ruine, plutôt un constat alarmé, proche de « quelle tristesse pour vous ».

Le genre se mêle ici à une controverse de table, où l'objection d'un interlocuteur relance le discours. À lire donc comme un avertissement adressé à des responsables religieux, pas comme le portrait sociologique d'un groupe entier.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue l'évangile à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, qui écrit pour des communautés chrétiennes largement issues du monde grec, vraisemblablement dans les décennies 80-90, après la destruction du Temple de Jérusalem.

Son grec est soigné. Il s'adresse à un lecteur nommé Théophile, à qui il veut donner un exposé ordonné des faits. Les spécialistes discutent encore de la date et de l'identité exacte de l'auteur. Ses lecteurs, eux, ne connaissaient pas de l'intérieur les débats juifs sur la pureté rituelle : Luc les leur transmet comme un héritage reçu.

Lectures et références
  • Lv 27, 30 — Prescription de la dîme sur les produits de la terre, arrière-plan du reproche sur les herbes du jardin.
  • Nb 19, 16 — L'impureté contractée par le contact avec une sépulture, qui rend l'image des tombeaux invisibles compréhensible.
  • Lc 9, 51 — Le départ de Jésus vers Jérusalem, qui ouvre la section de l'évangile où ce passage prend place.
  • Mt 11, 30 — Le joug léger du Christ, contrepoint des fardeaux impossibles à porter évoqués au verset 46.
  • Catéchisme, § 579 — Sur le zèle des pharisiens pour la Loi et le sens du débat que Jésus engage avec eux.

À retenir

Jésus ne reproche pas aux pharisiens leur scrupule religieux, mais de l'avoir détaché de la justice et de l'amour de Dieu, au point d'alourdir la vie des autres sans la porter avec eux.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Un pharisien, malgré son opiniâtreté, invite cependant le Sauveur à venir dans sa maison : « Pendant qu’il parlait, un pharisien le pria de venir manger chez lui. » C’est à dessein que saint Luc ne dit pas : Pendant qu’il disait ces choses, pour montrer que ce ne fut pas immédiatement après les enseignements qui précèdent, mais quelque temps après qu’il fut invité à dîner par le pharisien.

S. Augustin

(de l’acc. des Evang. , 2, 26.) En effet, pour en venir à ce récit, saint Luc s’est sépara de saint Matthieu à cet endroit, où tous deux racontent les enseignements du Seigneur sur le signe de Jonas, la reine du Midi et l’esprit immonde, car saint Matthieu ajoute immédiatement : « Comme il parlait encore à la foule, sa mère et ses frères étaient dehors, cherchant à lui parler. » Saint Luc, au contraire, après avoir rapporté quelques autres paroles du Sauveur, omises par saint Matthieu, s’écarte de l’ordre suivi par cet Évangéliste.

Bède

Ainsi nous pouvons supposer que lorsque Jésus répond à ceux qui viennent lui annoncer que sa mère et ses frères sont dehors : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère, » il était déjà entré sur l’invitation du pharisien dans la salie du festin.

S. Cyrille

Mais Jésus, qui connaissait la malice des pharisiens, s’applique à les ramener avec une miséricordieuse condescendance, à l’exemple des bons médecins, qui déploient toutes les ressources de leur art pour ceux de leurs malades, dont l’état est plus grave : « Or, Jésus étant entré, se mit à table. » Ce qui donna lieu aux sévères leçons qui suivent sur l’étrange disposition d’esprit de ce pharisien, qui se scandalisait de ce que Jésus, qu’il regardait comme un juste et un prophète, ne se conformait point à leurs coutumes déraisonnables : « Le pharisien commença à dire en lui-même : Pourquoi ne s’est-il pas purifié avant le repas ? »

49 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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