Première lecture Nouveau Testament
Galates 5, 18-25
« Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises »
18 Mais si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes plus sous la Loi.
19 Or les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont l’impudicité, l’impureté, le libertinage,
20 l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les emportements, les disputes, les dissensions, les sectes,
21 l’envie, [les meurtres], l’ivrognerie, les excès de table, et autres choses semblables. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent de telles choses n’hériteront pas du royaume de Dieu.
22 Le fruit de l’Esprit, au contraire, c’est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité,
23 la douceur, la tempérance. Contre de pareils fruits, il n’y a pas de loi.
24 Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises.
25 Si nous vivons par l’esprit, marchons aussi par l’esprit.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Galates est une lettre de combat : Paul y défend les communautés de Galatie (en Asie Mineure, l'actuelle Turquie) contre des prédicateurs qui voulaient imposer aux croyants venus du paganisme la circoncision et l'observance complète de la Loi de Moïse, et après quatre chapitres d'argumentation il en vient aux conséquences pratiques.
Juste avant ce passage, il a affirmé que la liberté chrétienne n'autorise pas n'importe quoi. Il a aussi décrit le conflit intérieur entre deux forces qu'il appelle la chair et l'Esprit. Notre texte développe ce conflit en dressant deux listes opposées.
La suite immédiate enchaîne sur des conseils concrets de vie commune : se supporter les uns les autres, porter les fardeaux d'autrui. En semaine, la première lecture de la messe parcourt un livre de façon continue d'un jour à l'autre ; ce passage est donc une étape dans la lecture suivie de cette lettre.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Il a fondé lui-même les communautés auxquelles il écrit ici.
Il parle en pasteur inquiet : il avertit, rappelant un enseignement déjà donné oralement, et trace une ligne de partage claire entre deux manières de vivre.
- « Frères » (les Galates)
-
Des habitants de la province romaine de Galatie, majoritairement d'origine païenne, devenus chrétiens par la prédication de Paul. Ce sont eux qu'il interpelle d'un bout à l'autre de la lettre.
Destinataires de l'avertissement : hésitant entre l'adoption des règles juives et une liberté mal comprise, ils reçoivent un troisième chemin, celui de la conduite par l'Esprit.
- l'Esprit
-
Dans le vocabulaire de Paul, l'Esprit de Dieu répandu dans le cœur des croyants, que la foi chrétienne confesse comme la troisième personne de la Trinité.
Il est présenté comme un principe d'action intérieur, non comme un code extérieur : c'est lui qui oriente la conduite et produit les qualités énumérées dans la seconde liste.
Mots à connaître
- la chair
Le mot ne désigne ni le corps ni la sexualité en particulier. Chez Paul, il nomme l'être humain livré à lui-même, replié sur ses propres forces et ses propres désirs, ce que montre bien la liste, où figurent surtout des péchés de division et d'orgueil.
- la Loi
Il s'agit de la Torah, l'ensemble des prescriptions données à Israël par l'intermédiaire de Moïse, règle de vie religieuse et sociale du peuple juif. Toute la lettre discute de son rôle pour des croyants venus du paganisme.
- sorcellerie
Le terme grec employé évoque les pratiques magiques, souvent liées à l'usage de philtres et de drogues. Le monde antique les associait au culte des idoles, d'où sa place juste après l'idolâtrie.
- beuveries, orgies
Le second mot grec désigne les cortèges et banquets festifs accompagnant certaines fêtes païennes, notamment en l'honneur de Dionysos. Les destinataires reconnaissaient aussitôt un trait de la religion qu'ils avaient quittée.
- recevoir en héritage le royaume de Dieu
L'image vient de l'Ancien Testament, où la terre promise est l'héritage reçu de Dieu. Paul la transpose : l'héritage attendu est désormais le règne définitif de Dieu, don gratuit et non salaire mérité.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « la chair »
Traduction littérale du grec sarx. Certaines bibles d'aujourd'hui rendent le mot par « l'homme livré à lui-même » ou « la nature humaine laissée à elle-même », pour éviter que le lecteur n'y entende seulement le corps ou la sexualité.
Ailleurs dans l’Écriture
- Rm 8, 12-14
Dans sa lettre aux Romains, écrite plus tard et plus posément, Paul reprend la même opposition entre vivre selon la chair et se laisser conduire par l'Esprit. Il y ajoute une précision absente ici : ceux que l'Esprit conduit sont fils de Dieu. Le rapprochement montre que l'argument polémique des Galates est devenu chez lui une doctrine stable.
- 1 Co 6, 9-10
Paul y dresse une liste comparable de comportements et conclut de la même manière, par l'exclusion du royaume de Dieu. Mais il ajoute aussitôt que les destinataires ont été lavés et sanctifiés : la liste sert à rappeler d'où l'on vient, non à désespérer.
- Ga 2, 19-20
Plus tôt dans la même lettre, Paul dit avoir été crucifié avec le Christ, de sorte que le Christ vit en lui. L'image de la crucifixion employée dans notre passage s'éclaire alors : elle renvoie au baptême, par lequel le croyant est associé à la mort et à la résurrection de Jésus.
- Col 3, 5-14
Même procédé : une liste de conduites à quitter, puis une liste de qualités à revêtir, avec l'amour comme lien de tout. Ce parallèle confirme qu'il s'agit d'une forme d'enseignement moral répandue dans les premières communautés, et non d'un inventaire improvisé.
Clés de lecture
- Une troisième voie entre loi et laisser-aller
Paul refuse le retour aux prescriptions de la Loi autant qu'une liberté sans contenu. Son argument tient en une articulation : qui est conduit de l'intérieur par l'Esprit n'a plus besoin d'être contraint de l'extérieur. La morale n'est pas supprimée. Elle change de principe.
- Des œuvres au pluriel, un fruit au singulier
La première liste est appelée œuvres et se présente comme une dispersion de conduites ; la seconde est appelée fruit, au singulier. Le vocabulaire suggère un organisme vivant qui porte naturellement ses qualités, plutôt qu'une addition de performances.
- Le poids des péchés de division
Dans la liste des œuvres de la chair, les fautes contre la vie commune, rivalités et clans, occupent plus de place que les autres. Rien d'étonnant dans une lettre adressée à des communautés déchirées par un conflit interne.
- Une crucifixion déjà accomplie
Paul emploie un passé : la rupture avec la chair est présentée comme un fait déjà survenu dans la vie du croyant, par le baptême. L'exhortation finale à marcher sous la conduite de l'Esprit en tire la conséquence. Vivre ce qui est déjà donné.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle une question précise : les chrétiens venus du paganisme n'ont pas à se mettre sous le régime de la Loi de Moïse, parce que l'Esprit reçu au baptême produit en eux ce que la Loi demandait sans pouvoir l'obtenir.
La tradition catholique a lu dans la seconde liste une description de la vie transformée par la grâce : le Catéchisme parle des fruits de l'Esprit, perfections que l'Esprit Saint fait mûrir en qui lui est docile. L'image de la chair crucifiée est rapportée au baptême, qui unit le croyant à la mort et à la résurrection du Christ, puis au combat spirituel de toute une existence. Deux contresens guettent. Ce texte ne condamne pas le corps, et il ne transforme pas les listes en barème : il décrit deux dynamiques, et affirme que l'initiative, dans la vie chrétienne, revient à Dieu avant de revenir à l'effort humain.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une exhortation morale insérée dans une lettre, construite sur deux listes opposées, procédé courant dans la prédication juive et philosophique de l'époque.
Paul ne prétend pas être exhaustif, et il le dit lui-même en terminant la première liste par une formule ouverte. Le contraste est l'outil : il rend visibles deux directions de vie. Les lire comme un règlement article par article serait un contresens. Elles dessinent deux physionomies.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul de Tarse, et personne ou presque ne lui conteste cette lettre, l'un des textes où sa voix se reconnaît le mieux, vive et parfois irritée.
Il écrit à des communautés de Galatie, en Asie Mineure, probablement entre 50 et 56 après Jésus-Christ ; on discute encore de la date précise et de la localisation exacte de ces communautés, au nord ou au sud de la province. La crise, elle, est concrète. Des missionnaires venus après lui soutiennent qu'il faut devenir juif pour être pleinement chrétien, et Paul répond que le salut vient de la foi au Christ, non de l'observance de la Loi.
Lectures et références
- Catéchisme, § 736 — Le Catéchisme cite précisément ce passage pour décrire l'œuvre de l'Esprit Saint dans le baptisé.
- Catéchisme, § 1832 — Paragraphe consacré aux fruits de l'Esprit, qui s'appuie sur la seconde liste de ce texte.
- Catéchisme, § 1963 — Sur le rôle de la Loi ancienne, préparation à l'Évangile mais incapable à elle seule de donner la force d'accomplir ce qu'elle prescrit.
- Ga 5, 13-14 — Les versets qui précèdent immédiatement et donnent la clé : la liberté chrétienne s'accomplit dans le service mutuel et l'amour du prochain.
- Rm 6, 3-4 — Paul y explique que le baptême plonge le croyant dans la mort du Christ, ce qui éclaire l'image de la chair crucifiée.
À retenir
Paul oppose deux manières de vivre, non deux règlements : ce que la Loi exigeait du dehors, l'Esprit le fait naître du dedans, comme un fruit.
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