Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 1, 1-10
« Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde »
1 Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, aux saints qui sont [à Éphèse], et aux fidèles en Jésus-Christ :
2 grâce et paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ.
3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux !
4 C’est en lui qu’il nous a choisis dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui,
5 nous ayant, dans son amour, prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ, selon sa libre volonté,
6 en faisant ainsi éclater la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux en son [Fils] bien-aimé.
7 C’est en lui que nous avons la rédemption acquise par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce,
8 que Dieu a répandue abondamment sur nous en toute sagesse et intelligence,
9 en nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le libre dessein que s’était proposé sa bonté,
10 pour le réaliser lorsque la plénitude des temps serait accomplie, [à savoir,] de réunir toutes choses en Jésus-Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Nous sommes au seuil du texte. Ce passage ouvre la Lettre aux Éphésiens, avant tout argument : rien ne précède, et la suite immédiate prolonge la même phrase de bénédiction jusqu'au verset 14, avant une action de grâce et une prière pour les destinataires.
Deux grands mouvements organisent ensuite la lettre : l'exposé du dessein de Dieu réunissant juifs et païens dans un seul corps (chapitres 1 à 3), puis ce que cela change concrètement dans la vie quotidienne des croyants (chapitres 4 à 6).
En semaine, le lectionnaire lit les livres bibliques de façon continue, un peu chaque jour. Ce passage inaugure donc un parcours dans cette lettre, indépendamment de l'évangile du même jour et de la mémoire de sainte Thérèse d'Avila.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament portent son nom ; son autorité d'apôtre, c'est-à-dire d'envoyé officiel du Christ, fonde son droit d'écrire aux communautés.
Dès la première ligne, il se présente comme envoyé non par décision humaine mais par volonté de Dieu, puis adresse la salutation d'usage avant d'entonner une longue bénédiction.
- Les destinataires (les « saints » d'Éphèse)
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Des chrétiens d'origine majoritairement non juive, vivant dans une grande cité portuaire d'Asie Mineure. « Saints » ne désigne pas ici des héros de vertu, mais des personnes mises à part par Dieu, consacrées par leur baptême.
Ils sont ceux à qui la lettre révèle l'ampleur du projet de Dieu sur eux, antérieur même à leur existence.
- Dieu le Père
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Dans le vocabulaire de Paul, celui qui prend l'initiative du salut et que les croyants peuvent appeler Père parce qu'il est d'abord le Père de Jésus Christ.
Il est le sujet de presque tous les verbes du passage : il bénit, il choisit, il destine, il révèle. L'être humain y est d'abord bénéficiaire.
- Le Christ Jésus
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Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie (c'est le sens du mot « Christ ») et comme Seigneur.
Il est le lieu et le moyen de tout ce que Dieu accomplit : la formule « dans le Christ » ou « en lui » revient comme un refrain à chaque étape du texte.
Mots à connaître
- Éphèse
Grande ville portuaire de la côte ouest de l'actuelle Turquie, célèbre pour son temple d'Artémis et son intense activité commerciale et religieuse. Les chrétiens y formaient une petite communauté au milieu de cultes païens très vivants.
- La grâce et la paix
Salutation chrétienne qui transforme deux formules d'usage : le salut grec et le shalom hébreu, souhait de plénitude, pas seulement d'absence de guerre. La « grâce » désigne la faveur gratuite de Dieu, ce qui est donné sans être mérité ni rendu.
- Rédemption
Le mot vient du vocabulaire de l'affranchissement : on rachetait un esclave ou un captif en payant son prix. Appliqué au Christ, il dit une libération obtenue au prix de sa vie, et non une transaction commerciale avec Dieu.
- Mystère
Dans ce vocabulaire, un mystère n'est pas une énigme insoluble mais un secret longtemps caché que Dieu décide maintenant de faire connaître. Le mot appelle la révélation, non le silence.
- Récapituler
Le verbe grec anakephalaiôsasthai évoque le fait de rassembler sous une seule tête, de reprendre un ensemble dispersé en un point unique. Il dit l'unification finale de tout le créé dans le Christ.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « à la louange de gloire de sa grâce »
Tournure calquée sur le grec, où les compléments s'enchaînent sans articulation. On dirait aujourd'hui : pour que sa grâce soit louée et que sa gloire soit reconnue.
- « récapituler toutes choses »
Le verbe français est un décalque du grec. Certaines traductions préfèrent « tout réunir sous un seul chef » ou « tout rassembler en lui ».
Ailleurs dans l’Écriture
- Col 1, 3-20
La Lettre aux Colossiens présente une ouverture très proche, et s'achève sur un hymne où toutes choses, au ciel et sur la terre, sont réconciliées par le Christ. Vocabulaire et vision d'ensemble sont si semblables que la plupart des spécialistes tiennent les deux lettres pour étroitement apparentées. La comparaison montre que l'ampleur cosmique du propos n'est pas un accident de style.
- Rm 8, 28-30
On y retrouve le vocabulaire du choix et de la destination préalable, avec la même finalité : que les croyants soient configurés au Fils. Paul y précise que ce dessein vise une fraternité, le Christ étant l'aîné d'une multitude. De quoi éclairer ce que signifie ici l'adoption filiale.
- 2 Co 1, 3-4
Même formule d'ouverture bénissant Dieu, héritée de la prière juive. Mais là, la bénédiction porte sur la consolation reçue dans l'épreuve concrète ; ici elle embrasse l'histoire entière, de l'avant-création à son achèvement. L'écart montre la souplesse de ce genre de prière.
- Ac 19, 1-10
Le livre des Actes des Apôtres raconte le long séjour de Paul à Éphèse et la fondation de cette communauté. Les destinataires y prennent un visage concret. Contraste net avec le ton très général de la lettre, qui ne mentionne aucune situation locale précise.
Clés de lecture
- Un refrain : « dans le Christ »
Sous ses variantes (« en lui », « par lui »), la formule scande chaque affirmation du texte. Rien de ce que Dieu accomplit ne se fait à côté du Christ ou indépendamment de lui. C'est l'armature de toute la lettre.
- Un dessein qui embrasse le temps entier
Le passage part d'avant la création du monde et va jusqu'à l'achèvement de l'histoire. Entre les deux se tient un événement daté, la mort du Christ, désignée par la mention de son sang. L'éternel et l'historique sont noués là, et c'est le point de bascule du texte.
- Le vocabulaire du choix
Les termes de choix et de destination préalable ont été au centre de vives controverses sur la prédestination. Dans le texte lui-même, ils ne portent pas sur le sort de tel ou tel individu : ils désignent l'initiative gratuite et antérieure de Dieu, dont la finalité annoncée est une filiation adoptive, non une sélection.
- Une structure trinitaire
Le Père bénit, le Fils est celui en qui tout se fait, l'Esprit qualifie les bénédictions reçues. Cette répartition se poursuit dans les versets suivants et fait de ce texte l'une des pages où s'exprime le plus nettement la manière chrétienne de nommer Dieu.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul, ou son disciple, ouvre sa lettre par une prière de bénédiction qui expose d'emblée tout le projet de Dieu : un choix antérieur à la création, une adoption filiale, un pardon obtenu par la mort du Christ, et un achèvement où tout le créé sera réuni en lui.
La tradition catholique y a trouvé l'une des formulations les plus denses de ce qu'elle appelle l'économie du salut, c'est-à-dire la manière dont Dieu conduit l'histoire vers son but. Le Catéchisme s'ouvre d'ailleurs en reprenant ces versets pour dire la raison d'être de la création : non une nécessité, mais une libre bienveillance.
La mention de ceux qui sont choisis pour être saints et sans tache a nourri la réflexion sur la sainteté reçue au baptême, et, par extension, sur la préservation de Marie du péché. Lue spirituellement, la récapitulation finale ouvre sur les fins dernières. Elle annonce que l'histoire humaine et le cosmos ont un terme qui n'est pas une dissolution mais une unification.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Deux genres se succèdent. Les deux premiers versets reprennent le protocole d'ouverture d'une lettre antique : nom de l'expéditeur, nom des destinataires, salutation.
Vient une bénédiction, forme de prière héritée du judaïsme, qui bénit Dieu d'abord puis énumère ses bienfaits. Dans le grec original, les versets 3 à 14 forment une seule phrase, d'un souffle ininterrompu. N'y cherchons pas une démonstration qui progresse par étapes : c'est une louange qui déploie et amplifie une même réalité.
Qui écrit, et pour qui
Le texte se présente comme une lettre de Paul, apôtre, écrite depuis la captivité. Les spécialistes sont partagés. Certains la tiennent pour écrite par Paul lui-même vers 61-63 ; d'autres, parce que le style et le vocabulaire diffèrent sensiblement des lettres les plus sûrement pauliniennes, y voient l'œuvre d'un disciple prolongeant sa pensée vers 80-90. L'Église catholique la reçoit en tout cas comme pleinement inspirée et pleinement autorisée.
Autre point débattu : plusieurs des plus anciens manuscrits ne mentionnent pas Éphèse, ce qui suggère une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure. D'où, peut-être, l'absence de nouvelles personnelles et de problèmes locaux.
Lectures et références
- Catéchisme, § 1 — Le Catéchisme s'ouvre en citant ces versets pour exposer le dessein de pure bonté par lequel Dieu appelle l'homme à la filiation adoptive.
- Catéchisme, § 1077 — Ce paragraphe commente la bénédiction initiale de la lettre comme le modèle de toute bénédiction liturgique.
- Catéchisme, § 492 — La tradition rapporte à Marie le choix « avant la fondation du monde » pour être saints et immaculés.
- Ep 1, 11-14 — La suite immédiate du passage, qui achève la même phrase en évoquant l'Esprit comme garantie de l'héritage promis.
À retenir
Avant tout raisonnement, la lettre s'ouvre par une prière de bénédiction qui situe l'existence chrétienne à l'intérieur d'un projet de Dieu commencé avant la création et destiné à rassembler toutes choses dans le Christ.
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