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Ste Thérèse de Jésus [d'Avila], vierge et docteur de l'Eglise

28ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 1, 1-10

« Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde »

1 Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, aux saints qui sont [à Éphèse], et aux fidèles en Jésus-Christ :

2 grâce et paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ.

3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux !

4 C’est en lui qu’il nous a choisis dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui,

5 nous ayant, dans son amour, prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ, selon sa libre volonté,

6 en faisant ainsi éclater la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux en son [Fils] bien-aimé.

7 C’est en lui que nous avons la rédemption acquise par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce,

8 que Dieu a répandue abondamment sur nous en toute sagesse et intelligence,

9 en nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le libre dessein que s’était proposé sa bonté,

10 pour le réaliser lorsque la plénitude des temps serait accomplie, [à savoir,] de réunir toutes choses en Jésus-Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au seuil du texte. Ce passage ouvre la Lettre aux Éphésiens, avant tout argument : rien ne précède, et la suite immédiate prolonge la même phrase de bénédiction jusqu'au verset 14, avant une action de grâce et une prière pour les destinataires.

Deux grands mouvements organisent ensuite la lettre : l'exposé du dessein de Dieu réunissant juifs et païens dans un seul corps (chapitres 1 à 3), puis ce que cela change concrètement dans la vie quotidienne des croyants (chapitres 4 à 6).

En semaine, le lectionnaire lit les livres bibliques de façon continue, un peu chaque jour. Ce passage inaugure donc un parcours dans cette lettre, indépendamment de l'évangile du même jour et de la mémoire de sainte Thérèse d'Avila.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament portent son nom ; son autorité d'apôtre, c'est-à-dire d'envoyé officiel du Christ, fonde son droit d'écrire aux communautés.

Dès la première ligne, il se présente comme envoyé non par décision humaine mais par volonté de Dieu, puis adresse la salutation d'usage avant d'entonner une longue bénédiction.

Les destinataires (les « saints » d'Éphèse)

Des chrétiens d'origine majoritairement non juive, vivant dans une grande cité portuaire d'Asie Mineure. « Saints » ne désigne pas ici des héros de vertu, mais des personnes mises à part par Dieu, consacrées par leur baptême.

Ils sont ceux à qui la lettre révèle l'ampleur du projet de Dieu sur eux, antérieur même à leur existence.

Dieu le Père

Dans le vocabulaire de Paul, celui qui prend l'initiative du salut et que les croyants peuvent appeler Père parce qu'il est d'abord le Père de Jésus Christ.

Il est le sujet de presque tous les verbes du passage : il bénit, il choisit, il destine, il révèle. L'être humain y est d'abord bénéficiaire.

Le Christ Jésus

Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie (c'est le sens du mot « Christ ») et comme Seigneur.

Il est le lieu et le moyen de tout ce que Dieu accomplit : la formule « dans le Christ » ou « en lui » revient comme un refrain à chaque étape du texte.

Mots à connaître
Éphèse

Grande ville portuaire de la côte ouest de l'actuelle Turquie, célèbre pour son temple d'Artémis et son intense activité commerciale et religieuse. Les chrétiens y formaient une petite communauté au milieu de cultes païens très vivants.

La grâce et la paix

Salutation chrétienne qui transforme deux formules d'usage : le salut grec et le shalom hébreu, souhait de plénitude, pas seulement d'absence de guerre. La « grâce » désigne la faveur gratuite de Dieu, ce qui est donné sans être mérité ni rendu.

Rédemption

Le mot vient du vocabulaire de l'affranchissement : on rachetait un esclave ou un captif en payant son prix. Appliqué au Christ, il dit une libération obtenue au prix de sa vie, et non une transaction commerciale avec Dieu.

Mystère

Dans ce vocabulaire, un mystère n'est pas une énigme insoluble mais un secret longtemps caché que Dieu décide maintenant de faire connaître. Le mot appelle la révélation, non le silence.

Récapituler

Le verbe grec anakephalaiôsasthai évoque le fait de rassembler sous une seule tête, de reprendre un ensemble dispersé en un point unique. Il dit l'unification finale de tout le créé dans le Christ.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« à la louange de gloire de sa grâce »

Tournure calquée sur le grec, où les compléments s'enchaînent sans articulation. On dirait aujourd'hui : pour que sa grâce soit louée et que sa gloire soit reconnue.

« récapituler toutes choses »

Le verbe français est un décalque du grec. Certaines traductions préfèrent « tout réunir sous un seul chef » ou « tout rassembler en lui ».

Ailleurs dans l’Écriture
Col 1, 3-20

La Lettre aux Colossiens présente une ouverture très proche, et s'achève sur un hymne où toutes choses, au ciel et sur la terre, sont réconciliées par le Christ. Vocabulaire et vision d'ensemble sont si semblables que la plupart des spécialistes tiennent les deux lettres pour étroitement apparentées. La comparaison montre que l'ampleur cosmique du propos n'est pas un accident de style.

Rm 8, 28-30

On y retrouve le vocabulaire du choix et de la destination préalable, avec la même finalité : que les croyants soient configurés au Fils. Paul y précise que ce dessein vise une fraternité, le Christ étant l'aîné d'une multitude. De quoi éclairer ce que signifie ici l'adoption filiale.

2 Co 1, 3-4

Même formule d'ouverture bénissant Dieu, héritée de la prière juive. Mais là, la bénédiction porte sur la consolation reçue dans l'épreuve concrète ; ici elle embrasse l'histoire entière, de l'avant-création à son achèvement. L'écart montre la souplesse de ce genre de prière.

Ac 19, 1-10

Le livre des Actes des Apôtres raconte le long séjour de Paul à Éphèse et la fondation de cette communauté. Les destinataires y prennent un visage concret. Contraste net avec le ton très général de la lettre, qui ne mentionne aucune situation locale précise.

Clés de lecture
Un refrain : « dans le Christ »

Sous ses variantes (« en lui », « par lui »), la formule scande chaque affirmation du texte. Rien de ce que Dieu accomplit ne se fait à côté du Christ ou indépendamment de lui. C'est l'armature de toute la lettre.

Un dessein qui embrasse le temps entier

Le passage part d'avant la création du monde et va jusqu'à l'achèvement de l'histoire. Entre les deux se tient un événement daté, la mort du Christ, désignée par la mention de son sang. L'éternel et l'historique sont noués là, et c'est le point de bascule du texte.

Le vocabulaire du choix

Les termes de choix et de destination préalable ont été au centre de vives controverses sur la prédestination. Dans le texte lui-même, ils ne portent pas sur le sort de tel ou tel individu : ils désignent l'initiative gratuite et antérieure de Dieu, dont la finalité annoncée est une filiation adoptive, non une sélection.

Une structure trinitaire

Le Père bénit, le Fils est celui en qui tout se fait, l'Esprit qualifie les bénédictions reçues. Cette répartition se poursuit dans les versets suivants et fait de ce texte l'une des pages où s'exprime le plus nettement la manière chrétienne de nommer Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul, ou son disciple, ouvre sa lettre par une prière de bénédiction qui expose d'emblée tout le projet de Dieu : un choix antérieur à la création, une adoption filiale, un pardon obtenu par la mort du Christ, et un achèvement où tout le créé sera réuni en lui.

La tradition catholique y a trouvé l'une des formulations les plus denses de ce qu'elle appelle l'économie du salut, c'est-à-dire la manière dont Dieu conduit l'histoire vers son but. Le Catéchisme s'ouvre d'ailleurs en reprenant ces versets pour dire la raison d'être de la création : non une nécessité, mais une libre bienveillance.

La mention de ceux qui sont choisis pour être saints et sans tache a nourri la réflexion sur la sainteté reçue au baptême, et, par extension, sur la préservation de Marie du péché. Lue spirituellement, la récapitulation finale ouvre sur les fins dernières. Elle annonce que l'histoire humaine et le cosmos ont un terme qui n'est pas une dissolution mais une unification.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux genres se succèdent. Les deux premiers versets reprennent le protocole d'ouverture d'une lettre antique : nom de l'expéditeur, nom des destinataires, salutation.

Vient une bénédiction, forme de prière héritée du judaïsme, qui bénit Dieu d'abord puis énumère ses bienfaits. Dans le grec original, les versets 3 à 14 forment une seule phrase, d'un souffle ininterrompu. N'y cherchons pas une démonstration qui progresse par étapes : c'est une louange qui déploie et amplifie une même réalité.

Qui écrit, et pour qui

Le texte se présente comme une lettre de Paul, apôtre, écrite depuis la captivité. Les spécialistes sont partagés. Certains la tiennent pour écrite par Paul lui-même vers 61-63 ; d'autres, parce que le style et le vocabulaire diffèrent sensiblement des lettres les plus sûrement pauliniennes, y voient l'œuvre d'un disciple prolongeant sa pensée vers 80-90. L'Église catholique la reçoit en tout cas comme pleinement inspirée et pleinement autorisée.

Autre point débattu : plusieurs des plus anciens manuscrits ne mentionnent pas Éphèse, ce qui suggère une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure. D'où, peut-être, l'absence de nouvelles personnelles et de problèmes locaux.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 1 — Le Catéchisme s'ouvre en citant ces versets pour exposer le dessein de pure bonté par lequel Dieu appelle l'homme à la filiation adoptive.
  • Catéchisme, § 1077 — Ce paragraphe commente la bénédiction initiale de la lettre comme le modèle de toute bénédiction liturgique.
  • Catéchisme, § 492 — La tradition rapporte à Marie le choix « avant la fondation du monde » pour être saints et immaculés.
  • Ep 1, 11-14 — La suite immédiate du passage, qui achève la même phrase en évoquant l'Esprit comme garantie de l'héritage promis.

À retenir

Avant tout raisonnement, la lettre s'ouvre par une prière de bénédiction qui situe l'existence chrétienne à l'intérieur d'un projet de Dieu commencé avant la création et destiné à rassembler toutes choses dans le Christ.

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Psaume

Psaumes 97, 1 . 97, 2-3 . 97, 3-4 . 97, 5-6

1 Psaume. Chantez à Yahweh un cantique nouveau, car il a fait des prodiges ; sa droite et son bras saints lui ont donné la victoire.

2 Yahweh a manifesté son salut, il a révélé sa justice aux yeux des nations.

3 Il s’est souvenu de sa bonté et de sa fidélité envers la maison d’Israël ; toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu.

4 Poussez vers Yahweh des cris de joie, vous, habitants de toute la terre, faites éclater votre allégresse au son des instruments !

5 Célébrez Yahweh sur la harpe, sur la harpe et au son des cantiques !

6 Avec les trompettes et au son du cor, poussez des cris de joie devant le Roi Yahweh !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 11, 47-54

« Cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie »

47 Malheur à vous, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués !

48 Vous servez donc de témoins et vous applaudissez aux œuvres de vos pères ; car eux les ont tués, et vous, vous leur bâtissez des tombeaux.

49 C’est pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils tueront plusieurs d’entre eux et en persécuteront d’autres :

50 afin qu’il soit redemandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde,

51 depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le sanctuaire. Oui, je vous le dis, il en sera redemandé compte à cette génération.

52 Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef de la science ; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et vous avez empêché ceux qui entraient ! »

53 Comme Jésus leur disait ces choses, les Pharisiens et les Scribes se mirent à le presser vivement et à l’accabler de questions,

54 lui tendant des pièges, et cherchant à surprendre quelque parole de sa bouche pour l’accuser.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans la longue montée de Jésus vers Jérusalem, qui occupe le centre de l'évangile selon Luc (chapitres 9 à 19) et où il enseigne en chemin : juste avant notre passage, invité à déjeuner chez un pharisien, il a choqué son hôte en négligeant le lavement rituel des mains.

De là part une série de reproches en forme de lamentations. Les pharisiens d'abord, puis les docteurs de la Loi, dont l'un proteste : Jésus les insulte eux aussi. Le passage du jour reprend cette seconde série à son terme, avec le reproche sur les tombeaux des prophètes, puis celui sur la clé de la connaissance.

Les deux derniers versets ferment la scène et annoncent la suite. L'hostilité des adversaires devient active, ce qui prépare de loin le procès de Jésus, et au chapitre suivant il mettra ses disciples en garde contre l'hypocrisie. En semaine, l'évangile suit son parcours continu d'un jour à l'autre ; la mémoire de sainte Thérèse d'Avila ne commande pas ce choix de lecture.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant de Galilée dont Luc raconte la vie publique, en route vers Jérusalem où il sera mis à mort.

Il parle ici sur le ton des anciens prophètes d'Israël, énumérant des « malheurs » qui ne sont pas des insultes mais des constats de ruine spirituelle.

les docteurs de la Loi

Appelés aussi légistes, ce sont des spécialistes de la Loi de Moïse, chargés de l'interpréter et d'enseigner comment l'appliquer. Ce sont des laïcs savants, non des prêtres.

Destinataires directs du second reproche : leur science, au lieu d'ouvrir l'accès à Dieu, l'a verrouillé pour eux-mêmes et pour les autres.

les pharisiens

Un courant religieux juif très attaché à l'observation minutieuse de la Loi et des traditions, influent dans la piété populaire. Ils ne forment ni un clergé ni un parti politique.

Hôtes de Jésus au début de la scène, ils deviennent à la fin du passage, avec les scribes, des adversaires qui cherchent à le prendre en faute.

les scribes

Hommes de l'écrit et du savoir religieux, souvent proches des pharisiens ; l'appellation recouvre largement celle de docteurs de la Loi.

Avec les pharisiens, ils passent de la contestation verbale à un harcèlement organisé, premier signe du complot qui aboutira à la Passion.

Abel et Zacharie

Abel est le fils d'Adam tué par son frère Caïn, au tout début de la Genèse. Zacharie est un prophète lapidé dans l'enceinte du Temple, dont la mort est racontée au deuxième livre des Chroniques.

Ils encadrent, du premier au dernier meurtre racontés dans la Bible hébraïque, toute l'histoire des justes mis à mort.

Mots à connaître
bâtir les tombeaux des prophètes

À l'époque de Jésus, on restaurait et on ornait les sépultures des grandes figures du passé, geste de piété autant que de prestige. Jésus le retourne : honorer les prophètes morts tout en refusant d'écouter ceux qui parlent aujourd'hui revient à achever l'œuvre de ceux qui les ont tués.

la Sagesse de Dieu

Dans certains livres de l'Ancien Testament, la Sagesse est une figure qui parle et qui envoie des messagers. La parole citée ici ne correspond à aucun texte biblique connu : on ignore si Luc renvoie à un écrit perdu ou s'il présente Jésus comme la voix même de cette Sagesse.

entre l'autel et le sanctuaire

L'autel des sacrifices se trouvait dans la cour, devant le bâtiment du Temple proprement dit. Préciser ce lieu souligne l'énormité du meurtre : du sang humain versé à l'endroit le plus saint d'Israël.

la clé de la connaissance

Image d'un portier qui détient les clés. Par leur enseignement, les docteurs de la Loi ont la charge d'ouvrir aux autres l'accès à la volonté de Dieu, et le reproche est qu'ils l'ont confisqué au lieu de le donner.

cette génération

Expression fréquente chez Luc pour désigner les contemporains de Jésus en tant qu'ils refusent de reconnaître ce qui se joue devant eux. Elle ne vise ni une race ni un peuple, mais une attitude collective à un moment donné.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Quel malheur pour vous »

L'original grec emploie une simple interjection de lamentation, que des traductions plus anciennes rendent par « Malheur à vous ». Il s'agit d'un cri de deuil anticipé, non d'une imprécation.

« docteurs de la Loi »

Le mot grec désigne des juristes religieux ; certaines traductions disent « légistes » ou « scribes », ce qui recouvre à peu près la même réalité.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 23, 29-36 même épisode, autre évangile

Matthieu rassemble les mêmes reproches dans un grand discours prononcé à Jérusalem, dans le Temple, et non lors d'un repas comme chez Luc. Le discours y est plus développé, plus solennel, à la veille de la Passion. Autre écart : l'annonce de l'envoi des messagers, que Luc attribue à la Sagesse de Dieu, Matthieu la place directement dans la bouche de Jésus. Ces différences de mise en scène sont des choix de rédaction, chacun soulignant un aspect différent.

Mt 23, 13 même épisode, autre évangile

Matthieu parle de la clé du Royaume des cieux, Luc de la clé de la connaissance. L'image est la même, celle d'une porte que des gardiens ferment au lieu de l'ouvrir, mais Luc insiste sur l'accès à la connaissance de Dieu, Matthieu sur l'entrée dans le Royaume.

Gn 4, 8-10 Ancien Testament

Le meurtre d'Abel par son frère Caïn est le premier sang versé de la Bible, et le texte dit que ce sang crie vers Dieu depuis le sol. En nommant Abel, Jésus inscrit la violence faite aux envoyés de Dieu dans une histoire qui commence aux origines de l'humanité.

2 Ch 24, 20-22 Ancien Testament

Zacharie, fils du prêtre Joïada, y est lapidé dans la cour du Temple pour avoir reproché au peuple son infidélité. Les Chroniques sont le dernier livre de la Bible hébraïque : « d'Abel à Zacharie » revient donc à dire « d'un bout à l'autre de l'Écriture ».

Clés de lecture
Deux reproches, une même logique

Le premier porte sur un geste de piété vidé de son sens, le second sur un savoir religieux devenu barrage. Dans les deux cas, ce qui devait conduire à Dieu empêche d'y aller. La critique ne vise pas l'étude de la Loi en elle-même, mais son usage.

D'Abel à Zacharie : toute l'Écriture

Ces deux noms ne sont pas choisis au hasard. Ils encadrent la liste des meurtres racontés dans la Bible hébraïque, du premier livre au dernier selon l'ordre juif, ce qui revient à dire : l'histoire entière de la violence faite aux justes vient à son terme ici.

Le basculement des deux derniers versets

Jusque-là, le conflit restait verbal. En sortant de la maison, Jésus se heurte à une hostilité devenue méthodique : on le questionne pour le piéger, non pour apprendre. C'est le point de bascule qui ouvre la route menant au procès.

Une parole qui s'applique au locuteur

En annonçant que les envoyés de Dieu seront persécutés et tués, Jésus décrit par avance son propre sort. Luc construit une continuité entre les prophètes d'Israël et Jésus, puis jusqu'aux apôtres que les Actes montreront persécutés à leur tour.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, Jésus discute avec des responsables religieux de son temps, à qui il reproche une piété de façade et un enseignement qui ferme au lieu d'ouvrir. La tradition catholique souligne que cette critique ne vise pas le judaïsme comme tel : Jésus parle en Juif à des Juifs, dans la ligne des prophètes qui n'ont cessé d'interpeller leur propre peuple.

Lue à la lumière de la Passion, cette page annonce le sort de celui qui parle. Le juste mis à mort, c'est à la fois la longue série des prophètes et le Christ lui-même, dont le sang versé n'appelle pas vengeance mais pardon. La tradition y entend encore un avertissement permanent pour ceux qui exercent une autorité ou un enseignement dans l'Église : la connaissance religieuse est un service, et elle se juge à ce qu'elle ouvre.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une parole de malheur, forme empruntée aux prophètes d'Israël : un cri de lamentation sur une situation qui tourne mal, et non une malédiction qui condamnerait sans retour.

Le passage relève aussi de la controverse, cet échange vif aux formules tranchées où l'adversaire est pris à partie publiquement. Y lire un verdict définitif sur des personnes serait un contresens. Ces lignes visent une conduite et appellent à en changer.

Qui écrit, et pour qui

Une tradition ancienne attribue l'évangile selon Luc à un médecin, compagnon de l'apôtre Paul, qui n'a pas connu Jésus lui-même mais déclare au début de son livre avoir enquêté auprès de témoins.

Il écrit vraisemblablement dans les années 80, pour des communautés chrétiennes de culture grecque, en partie venues du paganisme. La date et le lieu restent discutés.

Son grec est soigné. Il cherche à rendre intelligible, pour des lecteurs non juifs, un conflit né à l'intérieur du judaïsme : non pas un réquisitoire contre un peuple, mais une controverse entre Jésus et des responsables religieux de son temps.

Lectures et références
  • Lc 9, 51 — Le verset où Luc ouvre la montée vers Jérusalem, cadre dans lequel se situe cette scène.
  • Lc 11, 37-46 — Les versets qui précèdent immédiatement, repas chez le pharisien et premiers « malheurs », sans lesquels le passage du jour est incompréhensible.
  • Catéchisme, § 579 — Sur le rapport de Jésus à la Loi et aux pharisiens, qui aide à situer la portée exacte de la controverse.
  • Catéchisme, § 597 — Rappel que la responsabilité de la mort de Jésus ne peut être imputée aux Juifs comme peuple.

À retenir

Jésus reproche aux spécialistes de la religion d'honorer les prophètes du passé tout en fermant aux autres l'accès à Dieu ; la riposte de ses adversaires, à la fin du passage, inaugure l'hostilité qui le conduira à la croix.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Les reproches qui rendent meilleurs les esprits humbles et doux, sont ordinairement insupportables aux hommes superbes, c’est ainsi que pour avoir repris les pharisiens de s’écarter du droit chemin, le Sauveur indispose contre lui tout le corps des docteurs de la loi : « Alors un des docteurs de la loi, prenant la parole, lui dit : Maître, en parlant de la sorte, vous nous outragez aussi. »

Bède

Qu’elle est misérable la conscience qui se croit offensée de la parole de Dieu qu’elle entend, et qui voit toujours sa condamnation dans les châtiments dont les méchants sont menacés !

Théophile

Les docteurs de la loi étaient différents des pharisiens, car les pharisiens étaient des hommes qui se séparaient des autres pour affecter une apparence de religion plus sévère ; les docteurs de la loi étaient chargés d’en expliquer les difficultés.

S. Cyrille

Or, c’est contre les docteurs de la loi que Jésus dirige ces sévères reproches, pour abaisser leurs vaines et orgueilleuses prétentions : « Et il leur dit : Malheur à vous aussi, docteurs de la loi, qui chargez les hommes, » etc. Il se sert pour les accuser d’une comparaison frappante. La loi était très-onéreuse pour les Juifs, comme l’avouent les disciples de Jésus-Christ. Or, ces docteurs de la loi, réunissant comme en un faisceau tous les préceptes de la loi, en chargeaient ceux qui leur étaient soumis, tandis qu’ils n’en tenaient eux-mêmes aucun compte.

24 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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