Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 1, 11-14
« Nous avons d’avance espéré dans le Christ ; et vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint »
11 C’est aussi en lui que nous avons été élus, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté,
12 pour que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré dans le Christ.
13 C’est en lui que vous-mêmes, après avoir entendu la parole de la vérité, L’Évangile de votre salut, c’est en lui, que vous avez cru et que vous avez été marqués du sceau du Saint-Esprit, qui avait été promis,
14 et qui est une arrhe de notre héritage, en attendant la [pleine] rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de sa gloire.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Éphésiens s'ouvre, après la salutation, sur une longue bénédiction qui occupe presque tout le chapitre 1. Une seule immense phrase en grec, qui déroule tout ce que Dieu a fait pour les croyants, depuis son dessein éternel jusqu'au don de l'Esprit. Le passage du jour en forme la dernière partie : l'auteur a parlé du choix de Dieu, de l'adoption filiale, du pardon obtenu par le Christ, et il arrive au point d'arrivée de ce plan, le sceau de l'Esprit reçu par ceux qui ont cru.
Juste après, on quitte la bénédiction pour la prière : l'auteur rend grâce pour ses destinataires et demande pour eux l'intelligence de cette espérance. Le découpage liturgique isole donc la conclusion du grand poème d'ouverture, celle qui noue le passé (le projet de Dieu) et l'avenir (l'héritage encore attendu).
En semaine, la première lecture suit son propre parcours continu à travers un livre. On lit ici Éphésiens de bout en bout, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Paul de Tarse, juif devenu disciple de Jésus après une rencontre bouleversante sur la route de Damas, fondateur de nombreuses communautés chrétiennes autour de la Méditerranée ; une quinzaine de lettres lui sont attribuées dans le Nouveau Testament.
Il est celui qui parle, à la première personne du pluriel puis en s'adressant directement à ses lecteurs. Il ne raconte rien. Il bénit Dieu en énumérant ses bienfaits.
- « nous »
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Ce premier groupe désigne les croyants auxquels l'auteur s'associe. Beaucoup de lecteurs y voient les chrétiens venus du judaïsme, qui attendaient déjà le Messie avant sa venue ; d'autres y lisent simplement l'ensemble des croyants, l'auteur se comptant parmi eux.
Il représente ceux qui, dans le dessein de Dieu, ont espéré les premiers et sont devenus sa part réservée.
- « vous »
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Les destinataires de la lettre, des chrétiens d'origine païenne, c'est-à-dire non juifs, convertis par la prédication missionnaire en Asie Mineure (l'actuelle Turquie occidentale).
L'auteur les intègre expressément au même salut : ils ont entendu l'annonce, ils y ont cru, et ils ont reçu le même Esprit.
- l'Esprit Saint
-
Dans la foi chrétienne, l'Esprit Saint est Dieu lui-même donné aux croyants ; les premiers chrétiens le reconnaissaient comme le don promis par les prophètes pour les temps du salut.
Il est présenté sous deux images : une marque imprimée sur le croyant, et un premier versement qui garantit le reste.
Mots à connaître
- le sceau
Dans le monde antique, on marquait d'un cachet de cire ou d'un tatouage les marchandises, les documents et parfois les esclaves, pour indiquer à qui ils appartenaient et garantir leur authenticité. Dire que le croyant est marqué par l'Esprit signifie donc à la fois qu'il appartient à Dieu et que ce don est authentique et indélébile.
- l'acompte, les arrhes
Le mot grec arrabôn appartient au langage du commerce : c'est le premier versement, celui qui engage l'acheteur et garantit que le reste suivra. Appliqué à l'Esprit, il dit que ce qui est donné aujourd'hui est déjà réel, mais n'est qu'une fraction de ce qui est promis.
- l'héritage
Dans la Bible hébraïque, l'héritage désigne d'abord la terre promise, la part que Dieu attribue à chaque tribu d'Israël. Le Nouveau Testament transpose l'image : la part promise aux croyants n'est plus un territoire mais la vie partagée avec Dieu.
- la rédemption
Le terme vient du vocabulaire du rachat : on versait une somme pour libérer un prisonnier ou un esclave. Dans la Bible, il évoque surtout la sortie d'Égypte, où Dieu arrache son peuple à la servitude ; ici il désigne la libération définitive, encore à venir.
Ailleurs dans l’Écriture
- 2 Co 1, 21-22
Dans cette lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul emploie exactement les deux mêmes images : Dieu marque les croyants de son sceau et dépose en eux l'Esprit comme acompte. Le rapprochement montre que l'on a affaire à une formule déjà fixée dans la prédication paulinienne, sans doute liée au baptême. Éphésiens la reprend et l'insère dans une vaste fresque du dessein de Dieu.
- Rm 8, 23
Dans la lettre aux Romains, l'Esprit est appelé prémices, les premiers fruits d'une récolte à venir, tandis que les croyants attendent encore la libération de leur corps. L'idée est la même qu'ici : le don déjà reçu n'est pas le tout, il garantit un achèvement futur. Impossible, dès lors, de lire le salut comme une affaire déjà close.
- Ep 4, 30
Plus loin dans la même lettre, l'auteur revient sur le sceau de l'Esprit, cette fois pour en tirer une conséquence pratique sur la conduite à tenir. Le lien entre les deux passages montre que la bénédiction du chapitre 1 n'est pas une spéculation : elle fonde tout l'enseignement moral de la seconde moitié de la lettre.
- Dt 7, 6 Ancien Testament
Le Deutéronome dit d'Israël qu'il est le peuple que Dieu s'est acquis en propre, sa part réservée parmi les nations. Éphésiens reprend ce vocabulaire de propriété et d'héritage pour l'appliquer aux croyants en Christ, juifs et non-juifs. L'arrière-plan juif est ici décisif. Rien n'est dit de nouveau sur Dieu : c'est le cercle des bénéficiaires qui s'élargit.
Clés de lecture
- Du « nous » au « vous »
Le passage bascule à mi-parcours. Après avoir parlé au nom d'un groupe qui a espéré par avance, l'auteur s'adresse directement à ses lecteurs pour leur dire qu'ils sont, eux aussi, dans le même mouvement. Ce glissement est le cœur de la lettre, qui veut montrer l'unité entre croyants d'origine juive et d'origine païenne.
- Un refrain qui structure
L'expression sur la louange de la gloire revient deux fois dans ces quelques lignes, et une troisième fois un peu plus haut dans le chapitre. Elle ponctue la bénédiction et en indique la finalité : tout aboutit non à un profit pour l'homme, mais à la reconnaissance de ce que Dieu est.
- Déjà et pas encore
Le texte tient ensemble deux temps : quelque chose est acquis, le sceau est posé, et quelque chose reste attendu, l'héritage complet. L'image de l'acompte articule précisément les deux. C'est l'une des manières les plus claires, dans le Nouveau Testament, de dire que le salut est commencé sans être achevé.
- Prédestination : de quoi parle-t-on
Le vocabulaire du projet décidé d'avance peut faire craindre un destin imposé. Dans son contexte, il affirme autre chose : que le salut vient d'une initiative gratuite de Dieu et non d'un mérite humain. La tradition catholique a toujours refusé d'en déduire que certains seraient destinés d'avance à se perdre.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, le texte décrit un parcours en trois temps que les premiers chrétiens reconnaissaient dans leur propre histoire : une parole entendue, une foi donnée, un Esprit reçu. Ce schéma colle de près à ce qui se vivait lors du baptême, et la tradition a très tôt lu ici une description de l'initiation chrétienne.
De là vient la lecture spirituelle qu'en fait l'Église. Le sceau de l'Esprit est devenu l'une des grandes images du baptême et de la confirmation, qui marquent le croyant d'une appartenance que rien n'efface. L'image de l'acompte, elle, nourrit l'espérance chrétienne : ce qui est donné dans les sacrements est le commencement réel d'une communion avec Dieu qui s'achèvera au-delà de la mort. Le texte montre enfin que ce dessein ne concerne pas des individus isolés mais un peuple rassemblé, juifs et païens réunis, ce que la foi catholique nomme l'Église.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ni récit ni raisonnement, mais une bénédiction liturgique : une prière de type juif, la berakah, qui bénit Dieu en énumérant ce qu'il a accompli. D'où l'accumulation de propositions et l'absence d'argumentation. Le texte ne démontre pas, il célèbre.
La conséquence pour la lecture est directe : mieux vaut l'entendre comme un chant que le décortiquer phrase à phrase. Le refrain sur la louange de la gloire, qui revient à deux reprises ici, en marque le rythme.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, en captivité. Les spécialistes catholiques sont partagés : le vocabulaire, le style très ample et certaines idées diffèrent des lettres dont l'attribution à Paul ne fait pas débat, ce qui conduit beaucoup à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant dans les années 80-90 au nom de son maître, pratique courante dans l'Antiquité ; d'autres maintiennent une rédaction par Paul lui-même vers les années 60. La question reste ouverte. Elle ne change rien à l'autorité du texte dans l'Église.
La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens, ce qui suggère une lettre circulaire adressée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule Église. Ces chrétiens viennent pour la plupart du paganisme, et la lettre s'attache à leur montrer qu'ils ont pleinement part à l'héritage d'Israël.
Lectures et références
- Catéchisme, § 698 — Le Catéchisme explique l'image du sceau de l'Esprit et renvoie précisément à ce passage.
- Catéchisme, § 1274 — Il relie ce sceau au baptême, marque indélébile de l'appartenance au Christ.
- Ep 1, 3-10 — Les versets qui précèdent immédiatement, sans lesquels la phrase du jour reste suspendue.
- Ac 2, 33 — Le don de l'Esprit y est présenté comme l'accomplissement d'une promesse, arrière-plan direct de l'expression employée ici.
À retenir
La fin de la grande bénédiction d'Éphésiens affirme que les croyants venus du paganisme ont reçu le même Esprit que ceux qui espéraient depuis toujours, et que cet Esprit est l'acompte d'un héritage encore à venir.
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