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Ste Edwige, religieuse. Mémoire facultative

28ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 1, 11-14

« Nous avons d’avance espéré dans le Christ ; et vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint »

11 C’est aussi en lui que nous avons été élus, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté,

12 pour que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré dans le Christ.

13 C’est en lui que vous-mêmes, après avoir entendu la parole de la vérité, L’Évangile de votre salut, c’est en lui, que vous avez cru et que vous avez été marqués du sceau du Saint-Esprit, qui avait été promis,

14 et qui est une arrhe de notre héritage, en attendant la [pleine] rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de sa gloire.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens s'ouvre, après la salutation, sur une longue bénédiction qui occupe presque tout le chapitre 1. Une seule immense phrase en grec, qui déroule tout ce que Dieu a fait pour les croyants, depuis son dessein éternel jusqu'au don de l'Esprit. Le passage du jour en forme la dernière partie : l'auteur a parlé du choix de Dieu, de l'adoption filiale, du pardon obtenu par le Christ, et il arrive au point d'arrivée de ce plan, le sceau de l'Esprit reçu par ceux qui ont cru.

Juste après, on quitte la bénédiction pour la prière : l'auteur rend grâce pour ses destinataires et demande pour eux l'intelligence de cette espérance. Le découpage liturgique isole donc la conclusion du grand poème d'ouverture, celle qui noue le passé (le projet de Dieu) et l'avenir (l'héritage encore attendu).

En semaine, la première lecture suit son propre parcours continu à travers un livre. On lit ici Éphésiens de bout en bout, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Paul de Tarse, juif devenu disciple de Jésus après une rencontre bouleversante sur la route de Damas, fondateur de nombreuses communautés chrétiennes autour de la Méditerranée ; une quinzaine de lettres lui sont attribuées dans le Nouveau Testament.

Il est celui qui parle, à la première personne du pluriel puis en s'adressant directement à ses lecteurs. Il ne raconte rien. Il bénit Dieu en énumérant ses bienfaits.

« nous »

Ce premier groupe désigne les croyants auxquels l'auteur s'associe. Beaucoup de lecteurs y voient les chrétiens venus du judaïsme, qui attendaient déjà le Messie avant sa venue ; d'autres y lisent simplement l'ensemble des croyants, l'auteur se comptant parmi eux.

Il représente ceux qui, dans le dessein de Dieu, ont espéré les premiers et sont devenus sa part réservée.

« vous »

Les destinataires de la lettre, des chrétiens d'origine païenne, c'est-à-dire non juifs, convertis par la prédication missionnaire en Asie Mineure (l'actuelle Turquie occidentale).

L'auteur les intègre expressément au même salut : ils ont entendu l'annonce, ils y ont cru, et ils ont reçu le même Esprit.

l'Esprit Saint

Dans la foi chrétienne, l'Esprit Saint est Dieu lui-même donné aux croyants ; les premiers chrétiens le reconnaissaient comme le don promis par les prophètes pour les temps du salut.

Il est présenté sous deux images : une marque imprimée sur le croyant, et un premier versement qui garantit le reste.

Mots à connaître
le sceau

Dans le monde antique, on marquait d'un cachet de cire ou d'un tatouage les marchandises, les documents et parfois les esclaves, pour indiquer à qui ils appartenaient et garantir leur authenticité. Dire que le croyant est marqué par l'Esprit signifie donc à la fois qu'il appartient à Dieu et que ce don est authentique et indélébile.

l'acompte, les arrhes

Le mot grec arrabôn appartient au langage du commerce : c'est le premier versement, celui qui engage l'acheteur et garantit que le reste suivra. Appliqué à l'Esprit, il dit que ce qui est donné aujourd'hui est déjà réel, mais n'est qu'une fraction de ce qui est promis.

l'héritage

Dans la Bible hébraïque, l'héritage désigne d'abord la terre promise, la part que Dieu attribue à chaque tribu d'Israël. Le Nouveau Testament transpose l'image : la part promise aux croyants n'est plus un territoire mais la vie partagée avec Dieu.

la rédemption

Le terme vient du vocabulaire du rachat : on versait une somme pour libérer un prisonnier ou un esclave. Dans la Bible, il évoque surtout la sortie d'Égypte, où Dieu arrache son peuple à la servitude ; ici il désigne la libération définitive, encore à venir.

Ailleurs dans l’Écriture
2 Co 1, 21-22

Dans cette lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul emploie exactement les deux mêmes images : Dieu marque les croyants de son sceau et dépose en eux l'Esprit comme acompte. Le rapprochement montre que l'on a affaire à une formule déjà fixée dans la prédication paulinienne, sans doute liée au baptême. Éphésiens la reprend et l'insère dans une vaste fresque du dessein de Dieu.

Rm 8, 23

Dans la lettre aux Romains, l'Esprit est appelé prémices, les premiers fruits d'une récolte à venir, tandis que les croyants attendent encore la libération de leur corps. L'idée est la même qu'ici : le don déjà reçu n'est pas le tout, il garantit un achèvement futur. Impossible, dès lors, de lire le salut comme une affaire déjà close.

Ep 4, 30

Plus loin dans la même lettre, l'auteur revient sur le sceau de l'Esprit, cette fois pour en tirer une conséquence pratique sur la conduite à tenir. Le lien entre les deux passages montre que la bénédiction du chapitre 1 n'est pas une spéculation : elle fonde tout l'enseignement moral de la seconde moitié de la lettre.

Dt 7, 6 Ancien Testament

Le Deutéronome dit d'Israël qu'il est le peuple que Dieu s'est acquis en propre, sa part réservée parmi les nations. Éphésiens reprend ce vocabulaire de propriété et d'héritage pour l'appliquer aux croyants en Christ, juifs et non-juifs. L'arrière-plan juif est ici décisif. Rien n'est dit de nouveau sur Dieu : c'est le cercle des bénéficiaires qui s'élargit.

Clés de lecture
Du « nous » au « vous »

Le passage bascule à mi-parcours. Après avoir parlé au nom d'un groupe qui a espéré par avance, l'auteur s'adresse directement à ses lecteurs pour leur dire qu'ils sont, eux aussi, dans le même mouvement. Ce glissement est le cœur de la lettre, qui veut montrer l'unité entre croyants d'origine juive et d'origine païenne.

Un refrain qui structure

L'expression sur la louange de la gloire revient deux fois dans ces quelques lignes, et une troisième fois un peu plus haut dans le chapitre. Elle ponctue la bénédiction et en indique la finalité : tout aboutit non à un profit pour l'homme, mais à la reconnaissance de ce que Dieu est.

Déjà et pas encore

Le texte tient ensemble deux temps : quelque chose est acquis, le sceau est posé, et quelque chose reste attendu, l'héritage complet. L'image de l'acompte articule précisément les deux. C'est l'une des manières les plus claires, dans le Nouveau Testament, de dire que le salut est commencé sans être achevé.

Prédestination : de quoi parle-t-on

Le vocabulaire du projet décidé d'avance peut faire craindre un destin imposé. Dans son contexte, il affirme autre chose : que le salut vient d'une initiative gratuite de Dieu et non d'un mérite humain. La tradition catholique a toujours refusé d'en déduire que certains seraient destinés d'avance à se perdre.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte décrit un parcours en trois temps que les premiers chrétiens reconnaissaient dans leur propre histoire : une parole entendue, une foi donnée, un Esprit reçu. Ce schéma colle de près à ce qui se vivait lors du baptême, et la tradition a très tôt lu ici une description de l'initiation chrétienne.

De là vient la lecture spirituelle qu'en fait l'Église. Le sceau de l'Esprit est devenu l'une des grandes images du baptême et de la confirmation, qui marquent le croyant d'une appartenance que rien n'efface. L'image de l'acompte, elle, nourrit l'espérance chrétienne : ce qui est donné dans les sacrements est le commencement réel d'une communion avec Dieu qui s'achèvera au-delà de la mort. Le texte montre enfin que ce dessein ne concerne pas des individus isolés mais un peuple rassemblé, juifs et païens réunis, ce que la foi catholique nomme l'Église.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ni récit ni raisonnement, mais une bénédiction liturgique : une prière de type juif, la berakah, qui bénit Dieu en énumérant ce qu'il a accompli. D'où l'accumulation de propositions et l'absence d'argumentation. Le texte ne démontre pas, il célèbre.

La conséquence pour la lecture est directe : mieux vaut l'entendre comme un chant que le décortiquer phrase à phrase. Le refrain sur la louange de la gloire, qui revient à deux reprises ici, en marque le rythme.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, en captivité. Les spécialistes catholiques sont partagés : le vocabulaire, le style très ample et certaines idées diffèrent des lettres dont l'attribution à Paul ne fait pas débat, ce qui conduit beaucoup à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant dans les années 80-90 au nom de son maître, pratique courante dans l'Antiquité ; d'autres maintiennent une rédaction par Paul lui-même vers les années 60. La question reste ouverte. Elle ne change rien à l'autorité du texte dans l'Église.

La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens, ce qui suggère une lettre circulaire adressée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule Église. Ces chrétiens viennent pour la plupart du paganisme, et la lettre s'attache à leur montrer qu'ils ont pleinement part à l'héritage d'Israël.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 698 — Le Catéchisme explique l'image du sceau de l'Esprit et renvoie précisément à ce passage.
  • Catéchisme, § 1274 — Il relie ce sceau au baptême, marque indélébile de l'appartenance au Christ.
  • Ep 1, 3-10 — Les versets qui précèdent immédiatement, sans lesquels la phrase du jour reste suspendue.
  • Ac 2, 33 — Le don de l'Esprit y est présenté comme l'accomplissement d'une promesse, arrière-plan direct de l'expression employée ici.

À retenir

La fin de la grande bénédiction d'Éphésiens affirme que les croyants venus du paganisme ont reçu le même Esprit que ceux qui espéraient depuis toujours, et que cet Esprit est l'acompte d'un héritage encore à venir.

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Psaume

Psaumes 32, 1-2 . 32, 4-5 . 32, 12-13

1 Justes, réjouissez-vous en Yahweh ! Aux hommes droits sied la louange.

2 Célébrez Yahweh avec la harpe, chantez-le sur le luth à dix cordes.

4 Car la parole de Yahweh est droite, et toutes ses œuvres s’accomplissent dans la fidélité.

5 il aime la justice et la droiture ; la terre est remplie de la bonté de Yahweh.

12 Heureuse la nation dont Yahweh est le Dieu, heureux le peuple qu’il a choisi pour son héritage !

13 Du haut des cieux Yahweh regarde, il voit tous les enfants des hommes ;

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 12, 1-7

« Les cheveux de votre tête sont tous comptés »

1 Sur ces entrefaites, les gens s’étant rassemblés par milliers, au point de se fouler les uns les autres, Jésus se mit à dire à ses disciples : « Gardez-vous avant tout du levain des Pharisiens, qui est l’hypocrisie.

2 Il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, rien de secret qui ne doive être connu.

3 C’est pourquoi, tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres, on l’entendra au grand jour ; et ce que vous aurez dit à l’oreille dans l’intérieur de la maison, sera publié sur les toits.

4 Mais je vous dis, à vous qui êtes mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui après cela ne peuvent rien faire de plus.

5 Je vais vous apprendre qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne ; oui, je vous le dis, craignez celui-là.

6 Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux as ? Et pas un d’eux n’est en oubli devant Dieu.

7 Mais les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas : vous êtes de plus de prix que beaucoup de passereaux.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (elle commence au chapitre 9), voyage qui sert de cadre à quantité d'enseignements adressés tantôt aux foules, tantôt au seul groupe des disciples, et juste avant notre passage Jésus vient de lancer une série de reproches très durs contre les pharisiens et les docteurs de la Loi, lors d'un repas (Lc 11, 37-54).

À la sortie, ses adversaires le pressent de questions pour le prendre en faute. Notre passage enchaîne directement : la foule afflue, et c'est dans cette bousculade que Jésus se tourne d'abord vers ses disciples pour les mettre en garde.

La suite immédiate (Lc 12, 8-12) prolongera le propos en parlant de ceux qui seront traduits devant les tribunaux. Si le découpage liturgique s'arrête ici, c'est que les versets 1 à 7 forment un ensemble cohérent. D'un bout à l'autre, il s'agit de la peur et de ce qui la désarme.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique, en route vers Jérusalem où il sera mis à mort.

Il prend l'initiative de la parole et choisit un cercle restreint, au milieu d'une foule immense. Il forme ses disciples en vue des oppositions qu'ils rencontreront après lui.

les disciples

Le groupe de ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; il est plus large que les douze apôtres, qui en sont le noyau choisi.

Ils sont les destinataires explicites de l'avertissement, désignés ici par Jésus comme ses amis. Le passage est une instruction pour le temps où ils devront parler publiquement.

la foule

La masse des gens qui suivent Jésus par curiosité, par besoin de guérison ou par attente religieuse, sans engagement durable.

Elle forme le décor. Sa densité même souligne que l'enseignement donné vise d'abord le petit groupe, et non la popularité du moment.

les pharisiens

Un courant religieux juif, laïc et très respecté, attaché à l'observation minutieuse de la Loi de Moïse et de ses traditions. Ce n'étaient pas des prêtres, mais des hommes pieux influents dans les synagogues.

Absents de la scène, ils sont cités comme contre-exemple : Jésus ne vise pas leur doctrine, mais le décalage entre l'apparence et le dedans, qu'il nomme hypocrisie.

Mots à connaître
le levain

Un peu de pâte fermentée que l'on mêlait à la pâte fraîche pour la faire lever. L'image dit la force invisible d'une très petite quantité. Dans le judaïsme, le levain était par ailleurs écarté des maisons pour la Pâque, ce qui lui donnait une connotation d'impureté.

hypocrisie

Le mot grec désigne d'abord le jeu de l'acteur de théâtre, celui qui parle derrière un masque. Le reproche ne porte pas sur un mensonge isolé, mais sur l'écart entre le personnage affiché et la personne réelle.

proclamé sur les toits

Les maisons de Palestine avaient des toits plats, utilisés comme terrasses et lieux de vie. Monter sur le toit, c'était se mettre à la vue et à portée de voix de tout le quartier : la publicité maximale.

la géhenne

Transcription de l'hébreu désignant la vallée de Hinnom, ravin au sud de Jérusalem associé dans la mémoire biblique à des cultes abominables. Le nom a fini par désigner le lieu du châtiment après la mort ; les traductions modernes le gardent tel quel plutôt que de le remplacer par « enfer ».

cinq moineaux pour deux sous

Le petit oiseau était la viande du pauvre, vendue à vil prix sur les marchés. La monnaie évoquée est l'as romain, pièce de cuivre de très faible valeur. La précision du nombre souligne qu'il s'agit du lot le plus méprisable qui soit.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 10, 26-31 même épisode, autre évangile

Matthieu rassemble presque les mêmes paroles (rien de caché qui ne soit révélé, la crainte juste, les moineaux, les cheveux comptés), mais il les place dans le discours d'envoi en mission des douze apôtres. Luc, lui, les situe sur la route de Jérusalem, après l'affrontement avec les pharisiens. Même matériau, deux cadres : chez Matthieu une consigne de missionnaire, chez Luc une leçon tirée d'une hostilité déjà à l'œuvre. Détail révélateur : Matthieu parle de deux moineaux pour un sou, Luc de cinq pour deux sous, c'est-à-dire du lot qu'on ajoute presque gratuitement.

Mc 8, 14-15 même épisode, autre évangile

Marc rapporte le même avertissement sur le levain, mais dans une barque, à propos de pains oubliés, et il associe les pharisiens à Hérode. Matthieu (Mt 16, 6) y joint les sadducéens. Luc est le seul des trois à expliciter immédiatement l'image : le levain désigne l'hypocrisie. Interpréter lui-même la métaphore, voilà qui trahit son souci de clarté pour des lecteurs peu familiers du monde juif.

Jr 7, 31-32 Ancien Testament

Le mot « géhenne » vient de la vallée de Ben-Hinnom, au sud de Jérusalem, où Jérémie dénonce des sacrifices d'enfants et annonce qu'elle deviendra la vallée du Carnage. Ce lieu réel, maudit dans la mémoire d'Israël, a fini par désigner le lieu du châtiment définitif. Quand Jésus l'emploie, son auditoire entend donc à la fois un lieu de la géographie de Jérusalem et une réalité d'au-delà de la mort.

Clés de lecture
Un auditoire dans l'auditoire

Luc prend soin de noter que la foule est immense et que Jésus s'adresse pourtant d'abord à ses disciples. Cette mise en scène distingue l'enseignement public de la formation donnée au petit groupe, et prépare le thème qui suit : ce qui se dit à voix basse est destiné à être crié dehors.

Le fil conducteur : la peur

Le mot « craindre » revient avec insistance, dans deux sens opposés. Jésus ne supprime pas la crainte, il la déplace : il décourage la peur des persécuteurs, dont le pouvoir s'arrête à la mort, et oriente vers une crainte qui est en réalité conscience de l'enjeu définitif de l'existence. Le passage se referme pourtant sur une invitation à ne pas avoir peur.

Le raisonnement du petit au grand

La fin procède par un argument classique de la discussion rabbinique : si Dieu n'oublie pas l'oiseau sans valeur marchande, à plus forte raison l'être humain. L'image des cheveux comptés ne promet pas l'absence d'épreuve, puisqu'il vient d'être question de ceux qui tuent le corps. Elle affirme que rien n'échappe au regard de Dieu.

Rien ne restera dissimulé

La même loi du dévoilement joue dans les deux sens : elle condamne le masque de l'hypocrite et encourage le disciple, dont la parole murmurée aujourd'hui sera entendue au grand jour. Luc, qui écrira dans les Actes la diffusion publique de l'Évangile, lit sans doute cette annonce comme déjà en cours de réalisation.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus prémunit ses disciples contre deux dangers symétriques, la religion de façade dont il vient de dénoncer les effets chez certains pharisiens, et la peur des hommes, qui pousse à taire sa conviction. La vérité de la vie intérieure et le courage de la parole publique sont pour lui une seule et même question.

La tradition catholique a lu ces versets comme une charte du témoignage, le mot grec pour « témoin » ayant donné « martyr » : la distinction entre ce qui atteint le corps et ce qui engage la destinée éternelle a soutenu des générations de persécutés. Sur l'identité de celui qu'il faut craindre, la lecture reçue y voit Dieu, seul juge véritable, et non un adversaire du salut ; cette crainte n'est pas la terreur, mais le respect qui reconnaît la gravité réelle des choix humains. Quant à l'image des cheveux comptés, elle a nourri l'enseignement sur la Providence : l'attention de Dieu ne se limite pas aux grandes causes, elle rejoint le détail le plus insignifiant d'une existence singulière.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il ne s'agit pas d'un récit mais d'une instruction, une suite de paroles brèves regroupées par thème plutôt que par ordre chronologique. Les évangélistes assemblent ainsi des sentences que Jésus a pu prononcer en des circonstances diverses ; la comparaison avec Matthieu le montre clairement.

La forme est celle de la sagesse orale : images frappantes (le levain, les toits, les moineaux), oppositions tranchées, raisonnement « du moins au plus ». On la lit comme un enseignement à mémoriser. Pas comme un procès-verbal.

Qui écrit, et pour qui

Depuis les premiers siècles, l'évangile « selon saint Luc » est attribué à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, médecin selon une tradition ancienne. Il est aussi l'auteur des Actes des Apôtres, qui forment la suite de son récit.

Il écrit sans doute dans les années 80, pour des communautés chrétiennes de culture grecque, en bonne partie issues du paganisme : d'où son effort constant pour expliquer les usages juifs et traduire les images. La date et le lieu exacts de rédaction restent discutés.

Ses destinataires connaissent déjà l'hostilité, parfois la persécution. Des paroles sur la peur de ceux « qui tuent le corps » n'étaient pas pour eux une hypothèse d'école.

Lectures et références
  • Lc 9, 51 — Le verset qui ouvre la montée vers Jérusalem, cadre dans lequel ce discours est placé.
  • Lc 11, 37-54 — L'affrontement avec les pharisiens et les docteurs de la Loi qui précède immédiatement et explique l'avertissement sur le levain.
  • Ex 12, 15 — La règle d'écarter le levain des maisons pour la Pâque, arrière-plan de l'image employée par Jésus.
  • Catéchisme, § 1034 — Sur le sens du mot « géhenne » dans la bouche de Jésus.
  • Catéchisme, § 305 — Sur la confiance en la Providence du Père, que l'image des moineaux illustre.

À retenir

Jésus déplace la peur de ses disciples : rien de ce qui est caché ne restera secret, ni l'hypocrisie qu'il dénonce, ni la parole murmurée du témoin, et celui qui compte les moineaux sans valeur ne perd pas de vue une seule existence humaine.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Théophile

Les pharisiens s’efforçaient de surprendre Jésus dans ses paroles, pour détourner le peuple de le suivre, mais leurs efforts aboutissaient à un résultat contraire, car le peuple se pressait autour de lui par milliers, et dans le vif désir qu’ils avaient de s’approcher de sa personne, ils se foulaient les uns les autres, tant la vérité a de puissance, tant au contraire la fourberie est toujours faible : « Cependant une grande multitude s’étant assemblée autour de Jésus, » de sorte qu’ils se foulaient les uns les autres, il commença à dire à ses disciples : « Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. »

S. Cyrille

Notre-Seigneur recommande à ses disciples de se garder des pharisiens, parce que c’étaient des fourbes qui se moquaient de tout.

S. Grég. de Nazianze

Le levain est tantôt pris en bonne part, comme produisant le pain, qui alimente la vie, et tantôt en mauvaise part, comme étant le symbole d’une méchanceté aigre et invétérée.

Théophile

Le Sauveur donne le nom de levain à l’hypocrisie, parce qu’elle altère et corrompt les intentions des hommes dans le coeur desquels elle pénètre, car rien ne corrompt les moeurs comme l’hypocrisie.

28 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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