Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 1, 15-23
« Plaçant le Christ plus haut que tout, Dieu a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps »
15 C’est pourquoi, ayant entendu parler de votre foi dans le Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints,
16 je ne cesse, moi aussi, de rendre grâces pour vous, et de faire mémoire de vous dans mes prières,
17 afin que le Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous révèle sa connaissance,
18 et qu’il éclaire les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance à laquelle il vous a appelés, quelles sont les richesses de la gloire de son héritage réservé aux saints,
19 et quelle est, envers nous qui croyons, la suréminente grandeur de sa puissance, attestée par l’efficacité de sa force victorieuse.
20 Cette force, il l’a déployée dans le Christ, lorsqu’il l’a ressuscité des morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux,
21 au-dessus de toute principauté, de toute autorité, de toute puissance, de toute domination et de tout ce qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour chef suprême à l’Église,
23 qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Éphésiens s'ouvre par une salutation (1, 1-2), puis par une longue bénédiction qui déroule le dessein de Dieu depuis avant la création du monde jusqu'au don de l'Esprit (1, 3-14). Le passage d'aujourd'hui enchaîne immédiatement : l'auteur passe de la louange adressée à Dieu à une action de grâce pour ses destinataires et à une prière pour eux.
Cette prière glisse presque insensiblement vers un développement sur la résurrection et l'exaltation du Christ, qui s'achève sur l'image de l'Église comme corps dont le Christ est la tête. La suite (2, 1-10) appliquera aux croyants ce qui vient d'être dit du Christ : eux aussi, morts par leurs fautes, sont rendus vivants avec lui.
En semaine, la première lecture de la messe suit un parcours continu d'un livre, ici la lettre aux Éphésiens, lue sur plusieurs semaines. Le découpage s'explique donc par la progression du livre, et non par la mémoire de saint Ignace d'Antioche célébrée ce jour-là.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Apôtre, c'est-à-dire envoyé chargé d'annoncer l'Évangile ; d'abord persécuteur des premiers chrétiens, il devient après sa rencontre du Christ ressuscité le principal missionnaire auprès des non-Juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament portent son nom.
Il parle à la première personne : il rend grâce pour la foi de ses destinataires et prie pour eux. Sa prière devient peu à peu une méditation sur la puissance de Dieu à l'œuvre dans le Christ.
- Les destinataires (« frères », les fidèles)
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Des communautés chrétiennes d'Asie Mineure, majoritairement d'origine non juive. La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens, ce qui fait penser à une lettre destinée à circuler entre plusieurs Églises.
Ils sont loués pour leur foi et leur attachement aux autres croyants, et l'auteur demande pour eux une intelligence plus profonde de ce qu'ils ont déjà reçu.
- Dieu le Père
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Dans le vocabulaire de ces lettres, Dieu est désigné comme Père et comme auteur du dessein de salut.
Il est le sujet de tous les verbes importants du passage : c'est lui qui donne la sagesse, qui ressuscite le Christ, qui l'élève et qui lui soumet toutes choses.
- Le Christ ressuscité
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Jésus de Nazareth, mort crucifié et relevé d'entre les morts, que les chrétiens confessent comme Seigneur.
Il est ici celui sur qui Dieu a agi : ressuscité, élevé, établi au-dessus de toute puissance, et constitué tête de l'Église.
- Les puissances célestes
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Le judaïsme et le monde antique se représentaient l'univers peuplé de forces invisibles, anges ou puissances astrales, réputées gouverner le destin des hommes.
Elles sont énumérées pour être situées : quelles qu'elles soient, elles se trouvent désormais sous l'autorité du Christ.
Mots à connaître
- Les yeux du cœur
Dans la Bible, le cœur n'est pas le siège du sentiment mais celui de l'intelligence, de la mémoire et de la décision. Demander que les yeux du cœur s'ouvrent, c'est donc demander une capacité de comprendre en profondeur, non une émotion.
- Principauté, Souveraineté, Puissance, Domination
Ce sont des noms donnés dans le judaïsme de l'époque à des puissances invisibles, angéliques ou cosmiques, que beaucoup tenaient pour maîtresses du destin humain. L'énumération ne vise pas à dresser un catalogue précis mais à couvrir l'ensemble de ce qui pourrait prétendre dominer l'homme. Les nommer sert ici à les subordonner toutes au Christ.
- L'héritage
Le mot vient du vocabulaire de l'Ancien Testament, où la terre promise est donnée en héritage au peuple d'Israël. Transposé, il désigne le salut promis aux croyants comme un bien reçu gratuitement, non acquis.
- La plénitude
Le terme grec plérôma désignait, dans certains courants religieux de l'époque, la totalité du monde divin. L'auteur le reprend pour dire que tout ce que Dieu est remplit le Christ, et que l'Église participe à cette plénitude.
- Le monde présent et le monde à venir
Le judaïsme distinguait couramment le temps actuel et le temps définitif que Dieu inaugurerait à la fin. Dire que le Christ domine les deux revient à affirmer que son autorité n'est pas provisoire.
Ailleurs dans l’Écriture
- Col 1, 15-20
La lettre aux Colossiens développe un hymne très proche : le Christ y est aussi dit tête du corps et premier-né d'entre les morts, et les mêmes catégories de puissances invisibles y sont mentionnées. La parenté de vocabulaire entre les deux lettres est si étroite qu'on les étudie souvent ensemble. La différence est que Colossiens insiste sur le rôle du Christ dans la création, tandis qu'Éphésiens insiste sur l'Église.
- Ps 110, 1 Ancien Testament
Ce psaume royal, où Dieu invite le roi à siéger à sa droite, est l'un des textes les plus cités du Nouveau Testament pour dire l'exaltation de Jésus. L'évocation de la place à la droite de Dieu reprend directement cette image. Elle signifie moins un lieu qu'une participation à l'autorité royale de Dieu.
- Ps 8, 7 Ancien Testament
Ce psaume chante l'homme établi par Dieu maître de la création, tout mis sous ses pieds. Appliquée au Christ, la formule signifie que ce qui était dit de la vocation de l'humanité trouve en lui son accomplissement. Le même rapprochement est fait ailleurs dans le Nouveau Testament.
- 1 Co 12, 12-27
Dans la première lettre aux Corinthiens, l'image du corps sert à décrire la diversité des membres d'une communauté locale et leur solidarité. Ici, l'image prend une ampleur nouvelle : le corps désigne l'Église entière, et le Christ n'est plus un membre parmi d'autres mais la tête. Ce déplacement est caractéristique d'Éphésiens.
Clés de lecture
- Une prière qui devient un credo
Le passage commence comme une action de grâce personnelle et s'achève sur une affirmation sur le Christ et l'Église. Ce glissement est délibéré : ce que l'auteur demande pour ses lecteurs, c'est précisément de comprendre ce qu'il énonce ensuite. La prière et la doctrine ne sont pas séparées.
- Dieu est le sujet de l'action
Dans la seconde moitié du texte, le Christ n'est pas celui qui agit mais celui sur qui Dieu agit : il est ressuscité, élevé, établi. La résurrection est présentée comme l'acte où la puissance de Dieu se manifeste au maximum, et c'est cette même puissance qui est dite à l'œuvre pour les croyants.
- La tête et le corps
L'image finale articule deux affirmations : le Christ domine l'univers entier, et il est en même temps intimement lié à l'Église comme une tête l'est à son corps. L'Église n'est donc pas une organisation à côté du Christ mais le lieu où son autorité universelle se fait déjà connaître.
- Une connaissance à recevoir
L'auteur ne reproche rien à ses destinataires : il loue leur foi. Ce qu'il demande n'est pas une correction mais un approfondissement, une intelligence donnée d'en haut de ce qu'ils vivent déjà. La connaissance dont il parle est un don, non une performance intellectuelle.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, le texte affirme deux choses inséparables : Dieu a exalté Jésus ressuscité au-dessus de toute puissance, visible ou invisible, et il a lié cette souveraineté à l'Église. Les puissances que le monde antique redoutait ne sont pas niées ; elles sont relativisées, ramenées au rang de réalités soumises.
La tradition catholique a fait de ce passage l'un de ses textes de référence pour dire que l'Église est le corps du Christ : non une simple métaphore sociologique, mais une communion réelle entre le Christ ressuscité et ceux qui lui sont unis par le baptême. Elle y lit aussi une annonce des fins dernières : ce qui est déjà vrai du Christ, siégeant auprès du Père, est promis à ceux qui sont appelés, d'où l'insistance du texte sur l'espérance et l'héritage.
La mention conjointe des psaumes royaux dans l'arrière-plan du passage manifeste l'unité des deux Testaments : la lecture chrétienne y discerne l'accomplissement, en Jésus, de ce que les Écritures d'Israël disaient du roi et de l'homme établis par Dieu.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
On est dans la partie des lettres antiques appelée action de grâce : après la salutation, l'expéditeur remercie et prie pour ses destinataires. Ici, cette prière se transforme en exposé doctrinal : les demandes s'allongent, le style devient solennel, les phrases s'enchaînent sans reprendre souffle.
Il ne faut donc pas lire ce texte comme une argumentation serrée mais comme une prière qui déborde en contemplation. Les énumérations et les accumulations de mots visent moins à distinguer des réalités précises qu'à dire une plénitude qui échappe au langage.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul depuis la prison. Son attribution est cependant l'une des questions les plus débattues du Nouveau Testament : le style, le vocabulaire et la perspective sur l'Église diffèrent sensiblement des lettres dont l'origine paulinienne n'est pas discutée, et beaucoup y voient l'œuvre d'un disciple prolongeant la pensée de son maître après sa mort, vers les années 80-90. La tradition catholique la reçoit comme lettre de Paul et elle est pleinement reconnue comme Écriture, quelle que soit la solution retenue sur sa rédaction.
L'absence de la mention « à Éphèse » dans les meilleurs manuscrits et le caractère très général du propos suggèrent une lettre circulaire, adressée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule.
Lectures et références
- Catéchisme, § 792 — Formule la doctrine du Christ tête du corps qu'est l'Église, directement appuyée sur ce passage.
- Catéchisme, § 668 — Expose la seigneurie universelle du Christ ressuscité sur toute puissance, qui est l'affirmation centrale du texte.
- Ep 2, 4-6 — Quelques versets plus loin, l'auteur applique aux croyants ce qu'il vient de dire du Christ ressuscité et élevé.
- Ph 2, 9-11 — Autre texte paulinien sur l'exaltation de Jésus et le nom qui domine tout nom.
- Ep 1, 3-14 — La bénédiction qui précède immédiatement et dont ce passage prolonge le mouvement.
À retenir
Une prière d'action de grâce qui tourne à la proclamation : la puissance par laquelle Dieu a ressuscité et exalté le Christ est celle-là même qui agit dans les croyants, parce que l'Église est le corps dont il est la tête.
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