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S. Ignace d'Antioche, évêque et martyr

28ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 1, 15-23

« Plaçant le Christ plus haut que tout, Dieu a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps »

15 C’est pourquoi, ayant entendu parler de votre foi dans le Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints,

16 je ne cesse, moi aussi, de rendre grâces pour vous, et de faire mémoire de vous dans mes prières,

17 afin que le Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous révèle sa connaissance,

18 et qu’il éclaire les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance à laquelle il vous a appelés, quelles sont les richesses de la gloire de son héritage réservé aux saints,

19 et quelle est, envers nous qui croyons, la suréminente grandeur de sa puissance, attestée par l’efficacité de sa force victorieuse.

20 Cette force, il l’a déployée dans le Christ, lorsqu’il l’a ressuscité des morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux,

21 au-dessus de toute principauté, de toute autorité, de toute puissance, de toute domination et de tout ce qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir.

22 Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour chef suprême à l’Église,

23 qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens s'ouvre par une salutation (1, 1-2), puis par une longue bénédiction qui déroule le dessein de Dieu depuis avant la création du monde jusqu'au don de l'Esprit (1, 3-14). Le passage d'aujourd'hui enchaîne immédiatement : l'auteur passe de la louange adressée à Dieu à une action de grâce pour ses destinataires et à une prière pour eux.

Cette prière glisse presque insensiblement vers un développement sur la résurrection et l'exaltation du Christ, qui s'achève sur l'image de l'Église comme corps dont le Christ est la tête. La suite (2, 1-10) appliquera aux croyants ce qui vient d'être dit du Christ : eux aussi, morts par leurs fautes, sont rendus vivants avec lui.

En semaine, la première lecture de la messe suit un parcours continu d'un livre, ici la lettre aux Éphésiens, lue sur plusieurs semaines. Le découpage s'explique donc par la progression du livre, et non par la mémoire de saint Ignace d'Antioche célébrée ce jour-là.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Apôtre, c'est-à-dire envoyé chargé d'annoncer l'Évangile ; d'abord persécuteur des premiers chrétiens, il devient après sa rencontre du Christ ressuscité le principal missionnaire auprès des non-Juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament portent son nom.

Il parle à la première personne : il rend grâce pour la foi de ses destinataires et prie pour eux. Sa prière devient peu à peu une méditation sur la puissance de Dieu à l'œuvre dans le Christ.

Les destinataires (« frères », les fidèles)

Des communautés chrétiennes d'Asie Mineure, majoritairement d'origine non juive. La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens, ce qui fait penser à une lettre destinée à circuler entre plusieurs Églises.

Ils sont loués pour leur foi et leur attachement aux autres croyants, et l'auteur demande pour eux une intelligence plus profonde de ce qu'ils ont déjà reçu.

Dieu le Père

Dans le vocabulaire de ces lettres, Dieu est désigné comme Père et comme auteur du dessein de salut.

Il est le sujet de tous les verbes importants du passage : c'est lui qui donne la sagesse, qui ressuscite le Christ, qui l'élève et qui lui soumet toutes choses.

Le Christ ressuscité

Jésus de Nazareth, mort crucifié et relevé d'entre les morts, que les chrétiens confessent comme Seigneur.

Il est ici celui sur qui Dieu a agi : ressuscité, élevé, établi au-dessus de toute puissance, et constitué tête de l'Église.

Les puissances célestes

Le judaïsme et le monde antique se représentaient l'univers peuplé de forces invisibles, anges ou puissances astrales, réputées gouverner le destin des hommes.

Elles sont énumérées pour être situées : quelles qu'elles soient, elles se trouvent désormais sous l'autorité du Christ.

Mots à connaître
Les yeux du cœur

Dans la Bible, le cœur n'est pas le siège du sentiment mais celui de l'intelligence, de la mémoire et de la décision. Demander que les yeux du cœur s'ouvrent, c'est donc demander une capacité de comprendre en profondeur, non une émotion.

Principauté, Souveraineté, Puissance, Domination

Ce sont des noms donnés dans le judaïsme de l'époque à des puissances invisibles, angéliques ou cosmiques, que beaucoup tenaient pour maîtresses du destin humain. L'énumération ne vise pas à dresser un catalogue précis mais à couvrir l'ensemble de ce qui pourrait prétendre dominer l'homme. Les nommer sert ici à les subordonner toutes au Christ.

L'héritage

Le mot vient du vocabulaire de l'Ancien Testament, où la terre promise est donnée en héritage au peuple d'Israël. Transposé, il désigne le salut promis aux croyants comme un bien reçu gratuitement, non acquis.

La plénitude

Le terme grec plérôma désignait, dans certains courants religieux de l'époque, la totalité du monde divin. L'auteur le reprend pour dire que tout ce que Dieu est remplit le Christ, et que l'Église participe à cette plénitude.

Le monde présent et le monde à venir

Le judaïsme distinguait couramment le temps actuel et le temps définitif que Dieu inaugurerait à la fin. Dire que le Christ domine les deux revient à affirmer que son autorité n'est pas provisoire.

Ailleurs dans l’Écriture
Col 1, 15-20

La lettre aux Colossiens développe un hymne très proche : le Christ y est aussi dit tête du corps et premier-né d'entre les morts, et les mêmes catégories de puissances invisibles y sont mentionnées. La parenté de vocabulaire entre les deux lettres est si étroite qu'on les étudie souvent ensemble. La différence est que Colossiens insiste sur le rôle du Christ dans la création, tandis qu'Éphésiens insiste sur l'Église.

Ps 110, 1 Ancien Testament

Ce psaume royal, où Dieu invite le roi à siéger à sa droite, est l'un des textes les plus cités du Nouveau Testament pour dire l'exaltation de Jésus. L'évocation de la place à la droite de Dieu reprend directement cette image. Elle signifie moins un lieu qu'une participation à l'autorité royale de Dieu.

Ps 8, 7 Ancien Testament

Ce psaume chante l'homme établi par Dieu maître de la création, tout mis sous ses pieds. Appliquée au Christ, la formule signifie que ce qui était dit de la vocation de l'humanité trouve en lui son accomplissement. Le même rapprochement est fait ailleurs dans le Nouveau Testament.

1 Co 12, 12-27

Dans la première lettre aux Corinthiens, l'image du corps sert à décrire la diversité des membres d'une communauté locale et leur solidarité. Ici, l'image prend une ampleur nouvelle : le corps désigne l'Église entière, et le Christ n'est plus un membre parmi d'autres mais la tête. Ce déplacement est caractéristique d'Éphésiens.

Clés de lecture
Une prière qui devient un credo

Le passage commence comme une action de grâce personnelle et s'achève sur une affirmation sur le Christ et l'Église. Ce glissement est délibéré : ce que l'auteur demande pour ses lecteurs, c'est précisément de comprendre ce qu'il énonce ensuite. La prière et la doctrine ne sont pas séparées.

Dieu est le sujet de l'action

Dans la seconde moitié du texte, le Christ n'est pas celui qui agit mais celui sur qui Dieu agit : il est ressuscité, élevé, établi. La résurrection est présentée comme l'acte où la puissance de Dieu se manifeste au maximum, et c'est cette même puissance qui est dite à l'œuvre pour les croyants.

La tête et le corps

L'image finale articule deux affirmations : le Christ domine l'univers entier, et il est en même temps intimement lié à l'Église comme une tête l'est à son corps. L'Église n'est donc pas une organisation à côté du Christ mais le lieu où son autorité universelle se fait déjà connaître.

Une connaissance à recevoir

L'auteur ne reproche rien à ses destinataires : il loue leur foi. Ce qu'il demande n'est pas une correction mais un approfondissement, une intelligence donnée d'en haut de ce qu'ils vivent déjà. La connaissance dont il parle est un don, non une performance intellectuelle.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte affirme deux choses inséparables : Dieu a exalté Jésus ressuscité au-dessus de toute puissance, visible ou invisible, et il a lié cette souveraineté à l'Église. Les puissances que le monde antique redoutait ne sont pas niées ; elles sont relativisées, ramenées au rang de réalités soumises.

La tradition catholique a fait de ce passage l'un de ses textes de référence pour dire que l'Église est le corps du Christ : non une simple métaphore sociologique, mais une communion réelle entre le Christ ressuscité et ceux qui lui sont unis par le baptême. Elle y lit aussi une annonce des fins dernières : ce qui est déjà vrai du Christ, siégeant auprès du Père, est promis à ceux qui sont appelés, d'où l'insistance du texte sur l'espérance et l'héritage.

La mention conjointe des psaumes royaux dans l'arrière-plan du passage manifeste l'unité des deux Testaments : la lecture chrétienne y discerne l'accomplissement, en Jésus, de ce que les Écritures d'Israël disaient du roi et de l'homme établis par Dieu.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

On est dans la partie des lettres antiques appelée action de grâce : après la salutation, l'expéditeur remercie et prie pour ses destinataires. Ici, cette prière se transforme en exposé doctrinal : les demandes s'allongent, le style devient solennel, les phrases s'enchaînent sans reprendre souffle.

Il ne faut donc pas lire ce texte comme une argumentation serrée mais comme une prière qui déborde en contemplation. Les énumérations et les accumulations de mots visent moins à distinguer des réalités précises qu'à dire une plénitude qui échappe au langage.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul depuis la prison. Son attribution est cependant l'une des questions les plus débattues du Nouveau Testament : le style, le vocabulaire et la perspective sur l'Église diffèrent sensiblement des lettres dont l'origine paulinienne n'est pas discutée, et beaucoup y voient l'œuvre d'un disciple prolongeant la pensée de son maître après sa mort, vers les années 80-90. La tradition catholique la reçoit comme lettre de Paul et elle est pleinement reconnue comme Écriture, quelle que soit la solution retenue sur sa rédaction.

L'absence de la mention « à Éphèse » dans les meilleurs manuscrits et le caractère très général du propos suggèrent une lettre circulaire, adressée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 792 — Formule la doctrine du Christ tête du corps qu'est l'Église, directement appuyée sur ce passage.
  • Catéchisme, § 668 — Expose la seigneurie universelle du Christ ressuscité sur toute puissance, qui est l'affirmation centrale du texte.
  • Ep 2, 4-6 — Quelques versets plus loin, l'auteur applique aux croyants ce qu'il vient de dire du Christ ressuscité et élevé.
  • Ph 2, 9-11 — Autre texte paulinien sur l'exaltation de Jésus et le nom qui domine tout nom.
  • Ep 1, 3-14 — La bénédiction qui précède immédiatement et dont ce passage prolonge le mouvement.

À retenir

Une prière d'action de grâce qui tourne à la proclamation : la puissance par laquelle Dieu a ressuscité et exalté le Christ est celle-là même qui agit dans les croyants, parce que l'Église est le corps dont il est la tête.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 8, 2-3 . 8, 4-5 . 8, 6-7

2 Yahweh, notre Seigneur, que ton nom est glorieux sur toute la terre ! Toi qui as revêtu les cieux de ta majesté !

3 Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle tu t’es fondé une force pour confondre tes ennemis, pour imposer silence à l’adversaire et au blasphémateur.

4 Quand je contemple tes cieux, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as créées, je m’écrie :

5 Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, et le fils de l’homme, pour que tu en prennes soin ?

6 Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, tu l’as couronné de gloire et d’honneur.

7 Tu lui as donné l’empire sur les œuvres de tes mains ; tu as mis toutes choses sous ses pieds :

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 12, 8-12

« L’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire »

8 Je vous le dis encore, quiconque m’aura confessé devant les hommes, le Fils de l’homme aussi le confessera devant les anges de Dieu ;

9 mais celui qui m’aura renié devant les hommes, sera renié devant les anges de Dieu.

10 Et quiconque parlera contre le Fils de l’homme, obtiendra le pardon ; mais pour celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint, il n’y aura pas de pardon.

11 Quand on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous vous défendrez, ni de ce que vous direz ;

12 car le Saint-Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (à partir du chapitre 9), un parcours entrecoupé d'enseignements donnés aux disciples et aux foules qui l'accompagnent.

Juste avant, au début du chapitre 12, Jésus met en garde contre l'hypocrisie, annonce que tout ce qui est caché sera révélé, puis invite ses disciples à ne pas craindre ceux qui peuvent seulement tuer le corps : Dieu compte les cheveux de leur tête. Notre passage prolonge directement cet encouragement en se plaçant dans une situation de procès. Aussitôt après, le ton change : quelqu'un dans la foule demande à Jésus d'arbitrer un partage d'héritage, ce qui amène la parabole du riche insensé.

En semaine, le lectionnaire parcourt l'évangile de Luc de façon continue, chapitre après chapitre : ce découpage suit simplement le fil du texte.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique, ici en chemin vers Jérusalem où il sera arrêté et mis à mort.

Il parle à ses disciples au futur : il décrit ce qui leur arrivera après lui, et promet une assistance pour cette heure-là.

les disciples

Ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui. Le mot est plus large que « les Douze », ce groupe restreint qu'il a choisi comme envoyés : les disciples forment un cercle plus vaste, hommes et femmes.

Ils sont les destinataires directs de l'avertissement et de la promesse ; Luc, qui écrit après coup, sait que ces procès ont eu lieu.

le Fils de l'homme

Expression par laquelle Jésus se désigne lui-même dans les évangiles. Elle renvoie à une figure du livre de Daniel : un personnage mystérieux qui reçoit de Dieu la royauté lors d'un jugement.

Il apparaît ici comme celui qui, au jugement, reconnaîtra ou non les siens : la scène terrestre du procès a son exact répondant devant Dieu.

l'Esprit Saint

Dans l'œuvre de Luc, l'Esprit de Dieu est une présence agissante, depuis la conception de Jésus jusqu'à la Pentecôte racontée dans les Actes des Apôtres, livre du même auteur.

Il est présenté comme celui qui soufflera aux disciples leur défense, et comme celui contre qui le refus est le plus grave.

les gens des synagogues, les magistrats et les autorités

Les instances devant lesquelles un accusé pouvait comparaître : tribunaux locaux juifs liés à la synagogue, et autorités civiles de l'Empire romain.

Ils figurent collectivement l'hostilité à venir, religieuse autant que politique, que les disciples affronteront.

Mots à connaître
synagogue

Lieu de réunion et de prière des communautés juives, distinct du Temple de Jérusalem où se faisaient les sacrifices. L'assemblée de la synagogue exerçait aussi une forme de discipline interne et pouvait juger et sanctionner ses membres, notamment par l'exclusion.

blasphémer

Le mot grec signifie d'abord insulter, parler en mal de quelqu'un ; appliqué à Dieu, il désigne une parole qui l'outrage. Dans la loi juive, c'était une faute très grave. Ici l'expression ne vise pas un simple mot prononcé, mais une attitude de refus délibéré.

les anges de Dieu

Dans la Bible, les anges sont les serviteurs de Dieu qui entourent son trône. Les évoquer revient à décrire une scène de tribunal céleste, avec sa cour et ses témoins, sans nommer Dieu directement : une manière juive respectueuse d'éviter de prononcer son nom.

renier

Le verbe désigne le fait de déclarer publiquement qu'on ne connaît pas quelqu'un, qu'on n'a rien à voir avec lui. C'est le mot même que Luc emploiera pour Pierre dans la cour du grand prêtre, pendant le procès de Jésus.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« se déclarer pour moi devant les hommes »

La tournure grecque est littéralement « confesser en moi », un décalque d'une construction araméenne. Les traductions rendent diversement : se déclarer pour, se prononcer pour, reconnaître ; il s'agit d'une prise de position publique.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 10, 32-33 même épisode, autre évangile

Matthieu place la même parole au moment où Jésus envoie les Douze en mission, et non pendant la montée vers Jérusalem : chaque évangéliste insère l'enseignement là où il sert son propos. Autre écart notable : chez Matthieu, celui qui reconnaît ou renie est reconnu ou renié « devant mon Père qui est aux cieux », là où Luc parle des anges de Dieu. La formulation de Luc évoque une scène de cour céleste.

Mc 3, 28-29 même épisode, autre évangile

Marc situe la parole sur le blasphème contre l'Esprit dans un contexte précis : des scribes venus de Jérusalem viennent d'accuser Jésus de chasser les démons par le prince des démons. Le péché visé est donc d'appeler mal ce qui est manifestement l'œuvre de Dieu. Luc détache la phrase de cette scène, mais ce contexte d'origine éclaire son sens.

Lc 21, 12-15

Dans son discours sur la fin, Luc reprend plus loin la même consigne de ne pas préparer sa défense. Mais il remplace alors l'Esprit Saint par Jésus lui-même, qui donnera « une bouche et une sagesse ». La promesse est la même, exprimée de deux manières : ce qui est attribué à l'Esprit l'est aussi au Christ.

Dn 7, 13-14 Ancien Testament

Le prophète Daniel décrit une vision de jugement où « comme un fils d'homme » s'avance vers Dieu et reçoit un pouvoir qui ne passera pas. C'est l'arrière-plan de l'expression employée par Jésus. Le lecteur ancien entendait donc dans ce titre, non une simple périphrase pour dire « un homme », mais une référence au jugement final.

Clés de lecture
Deux tribunaux superposés

La construction des deux premières phrases met face à face un procès terrestre et une scène céleste. Ce qui se décide dans l'un se répercute exactement dans l'autre. L'enjeu n'est donc pas la peur du tribunal humain, mais la lucidité sur ce qui s'y joue réellement.

Pourquoi l'offense contre l'Esprit serait-elle plus grave

Le contraste entre la parole dite contre le Fils de l'homme, pardonnable, et le blasphème contre l'Esprit, qui ne l'est pas, a beaucoup embarrassé les lecteurs. L'interprétation la plus reçue tient compte du contexte chez Marc : il ne s'agit pas d'une parole irréparable prononcée par inadvertance, mais du refus obstiné de reconnaître l'action de Dieu, refus qui, par définition, ferme la porte au pardon offert. Ce n'est pas Dieu qui limite son pardon, c'est le refus qui se rend inaccessible.

Une promesse plutôt qu'une consigne de courage

Le passage ne demande pas aux disciples d'être héroïques ni éloquents. La consigne donnée à propos de la défense, suivie de sa raison, déplace l'attention : ce qu'ils auront à dire leur sera donné. L'insistance de Luc sur l'Esprit Saint prépare ici ce qu'il racontera dans les Actes des Apôtres, où les disciples parlent devant les autorités avec une assurance qu'ils n'avaient pas.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus prévient ses disciples que leur attachement à lui les exposera à des procès, et il place cette épreuve dans la lumière du jugement de Dieu, tout en promettant l'assistance de l'Esprit.

La tradition catholique y a lu le fondement de ce qu'elle appelle le témoignage, en grec martyria, d'où vient le mot martyr : celui qui reconnaît le Christ au prix de sa vie. Le passage dit aussi quelque chose du pardon : l'Église enseigne qu'aucune faute n'excède la miséricorde de Dieu, et comprend donc le péché contre l'Esprit comme le refus persistant d'accueillir ce pardon, et non comme une limite posée par Dieu.

Enfin, la promesse de l'Esprit qui enseignera ce qu'il faut dire est lue comme l'annonce de la Pentecôte : l'Église ne témoigne pas de ses propres forces.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un ensemble de paroles brèves, rassemblées par thème plutôt que par un fil narratif : il n'y a ici ni action ni dialogue, seulement un enseignement. Les deux premières sont construites en miroir, selon un procédé courant dans la prédication juive : ce que l'on fait ici-bas trouve sa réplique exacte devant Dieu.

Ce genre demande une lecture attentive à la forme : ces phrases ne sont pas des règles juridiques mais des formules frappées pour être retenues, qui disent l'enjeu d'une décision plutôt qu'elles ne classent des fautes.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue ce troisième évangile à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, auteur également des Actes des Apôtres qui en forment la suite. Il écrit vraisemblablement entre 80 et 90, pour des communautés de langue grecque largement issues du paganisme, à qui il explique les usages juifs qu'elles ne connaissent pas.

Ses lecteurs ont déjà fait l'expérience de l'hostilité et parfois des comparutions devant les tribunaux : les Actes en racontent plusieurs. Cette parole de Jésus les rejoint donc dans une situation vécue. La date et le lieu exacts de rédaction restent débattus.

Lectures et références
  • Ac 4, 8-13 — Pierre comparaissant devant les autorités de Jérusalem illustre concrètement la promesse faite ici.
  • Lc 22, 54-62 — Le reniement de Pierre montre que l'avertissement de Jésus vise d'abord ses proches, et que ce reniement n'est pas sans retour.
  • Catéchisme, § 1864 — Le Catéchisme explique pourquoi le péché contre l'Esprit est dit impardonnable : c'est le refus délibéré du pardon offert.
  • Catéchisme, § 2471 — Sur le devoir de témoigner de la vérité reçue, jusque devant les tribunaux.

À retenir

Jésus avertit ses disciples qu'ils seront jugés à cause de lui, et leur promet que l'Esprit Saint parlera en eux à ce moment précis.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Après avoir déclaré que toutes nos oeuvres, que toutes nos pensées les plus secrètes seront révélées ; Notre-Seigneur ajoute que cette révélation aura lieu, non pas au milieu d’une assemblée ordinaire, mais en présence de la cité céleste, devant le Juge et le Roi éternel des siècles : « Or, je vous le dis, quiconque m’aura confessé devant les hommes, » etc.

S. Ambr

Le Sauveur insère ici admirablement tout ce qui petit rendre la foi plus vive, eu lui donnant la force pour fondement et pour base ; car de même que la foi est le stimulant du courage, la force est le plus ferme appui de la foi.

S. Chrys

(hom. 35, sur S. Matth.) Dieu ne se contente donc pas de la foi intérieure, il en demande la confession extérieure et publique, et nous excite ainsi à une plus grande confiance et à un plus grand amour. Et comme cet enseignement est utile à tous, il parle en général : « Quiconque m’aura confessé devant les hommes, » etc.

S. Cyrille

Saint Paul dit dans son Épître aux Romains : « Si vous confessez de bouche que Jésus est. le Seigneur, et si vous croyez de coeur que Dieu l’a ressuscité après la mort, vous serez sauvé. » Tous les mystères du Christ sont compris dans ces paroles. En effet, il faut d’abord reconnaître que le Verbe qui est sorti du Père, c’est-à-dire, son Fils unique, né de sa substance, est le Seigneur de toutes choses, et que son souverain domaine n’est point un domaine usurpé, ni qui vienne d’un principe extérieur, mais qu’il lui vient, comme à son Père, de sa nature même et de son existence. Il faut ensuite confesser que Dieu a ressuscité des morts ce même Seigneur, qui s’est fait homme, et qui a souffert la mort pour nous ; car c’est ainsi qu’il est ressuscité des morts. Quiconque confessera ainsi devant les hommes la divinité et le souverain domaine de Jésus-Christ, le Sauveur, à son tour, le confessera devant les auges de Dieu, lorsqu’il descendra avec les saints anges dans la gloire du Père, à la consommation des siècles.

18 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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