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S. Jean de Brébeuf et S. Isaac Jogues, prêtres, et leurs compagnons, martyrs. Mémoire facultative

29ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 2, 1-10

« Avec le Christ, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux »

1 Et vous, vous étiez morts par vos offenses et vos péchés,

2 dans lesquels vous marchiez autrefois selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la désobéissance.

3 Nous tous aussi, nous vivions autrefois comme eux selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature enfants de colère, comme les autres.

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés,

5 et alors que nous étions morts par nos offenses, nous a rendus vivants avec le Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) ;

6 il nous a ressuscités ensemble et nous a fait asseoir ensemble dans les cieux en Jésus-Christ,

7 afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ.

8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ;

9 ce n’est pas par les œuvres, afin que nul ne se glorifie.

10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour [faire] de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens s'ouvre par une longue bénédiction et une prière (chapitre 1) qui culminent sur ce que Dieu a fait pour le Christ : le relever d'entre les morts et l'établir auprès de lui, au-dessus de toute puissance.

Le passage du jour applique immédiatement ce mouvement aux croyants : ce qui est arrivé au Christ est arrivé à ceux qui lui sont unis. L'auteur décrit d'abord leur situation passée, puis l'intervention de Dieu, puis la vie qui en découle. Juste après (2, 11-22), il passera à un autre sujet : la réconciliation des païens et des juifs en un seul corps.

On est ici en semaine, dans une lecture suivie de la lettre aux Éphésiens, poursuivie jour après jour : le découpage s'arrête au verset 10 parce qu'une nouvelle unité commence ensuite.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul (l'auteur, qui dit « Frères »)

Paul de Tarse, juif pharisien devenu après une expérience bouleversante l'un des principaux prédicateurs de l'Évangile aux non-juifs, auteur de plusieurs lettres aux communautés qu'il a fondées ou visitées.

Il s'adresse à des chrétiens venus du paganisme, rappelle leur passé, puis s'inclut lui-même dans le « nous » de ceux que Dieu a sauvés.

Les destinataires (« vous »)

Des chrétiens d'Asie mineure, en majorité issus du monde païen, c'est-à-dire sans passé juif, convertis depuis peu.

Ils sont invités à relire leur propre histoire : ce qu'ils étaient avant, ce que Dieu a fait, ce à quoi ils sont désormais destinés.

Dieu

Dans toute la Bible, celui qui prend l'initiative de l'alliance et sauve gratuitement son peuple.

Il est le sujet actif de presque tous les verbes du passage : c'est lui qui donne la vie, relève et établit auprès de lui, par pure bonté.

Le Christ Jésus

Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie (« Christ ») mort et ressuscité.

Il n'agit pas ici comme personnage d'un récit : il est le lieu de l'action de Dieu, celui « avec qui » et « en qui » les croyants sont rendus vivants.

Les puissances mauvaises

Dans le langage religieux de l'époque, des forces hostiles à Dieu, perçues comme dominant le monde présent et pesant sur les conduites humaines.

Elles décrivent l'état dont les destinataires ont été arrachés : une servitude, et non une simple série de fautes individuelles.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« la chair »

Le mot grec sarx ne désigne pas le corps ni la sexualité, mais l'être humain livré à lui-même, fermé à Dieu. Certaines bibles d'aujourd'hui traduisent par « l'homme livré à lui-même » ou « la nature humaine pécheresse ».

« voués à la colère »

La « colère » de Dieu est une expression biblique traditionnelle qui désigne son refus définitif du mal, et non un emportement passager. Elle dit la gravité de la situation décrite, non un caractère divin.

« le prince du mal qui s'interpose entre le ciel et nous »

Le grec parle du « chef du pouvoir de l'air », dans la représentation antique d'un espace intermédiaire occupé par des puissances hostiles. L'image sert à dire une emprise subie, pas à décrire une géographie.

Ailleurs dans l’Écriture
Col 2, 12-13

La lettre aux Colossiens dit presque la même chose, dans des termes très proches : morts par les fautes, rendus vivants avec le Christ. Mais elle rattache explicitement ce passage de la mort à la vie au baptême, où l'on est enseveli et relevé avec lui. Ce rapprochement montre que la lettre aux Éphésiens parle bien de l'expérience baptismale des destinataires.

Rm 6, 4-11

Dans la lettre aux Romains, Paul décrit le même passage, mais avec une réserve de temps : les croyants sont morts avec le Christ, et la résurrection y reste encore à venir. Éphésiens parle au contraire de la résurrection comme d'une réalité déjà donnée. L'écart n'est pas une contradiction mais une insistance différente : Romains souligne ce qui reste à accomplir, Éphésiens ce qui est déjà acquis.

Tt 3, 4-7

Même structure en trois temps : un passé d'égarement, l'irruption de la bonté de Dieu, le salut donné non à cause des actes accomplis mais par miséricorde. La proximité de formulation entre ces textes révèle une manière commune d'annoncer l'Évangile dans les communautés pauliniennes.

Clés de lecture
Le pivot : « mais Dieu »

Le passage est coupé en deux par un renversement. La première partie décrit une situation sans issue, dite en termes de mort et de servitude ; la seconde ne vient pas d'un effort humain mais d'une initiative divine. Tout ce qui suit a Dieu pour sujet.

Trois verbes « avec lui »

Le grec forge ici des verbes composés : rendu vivant avec, relevé avec, établi avec lui auprès de Dieu. L'idée n'est pas que les croyants imitent le Christ, mais qu'ils sont inclus dans ce qui lui est arrivé. C'est la logique profonde de la lettre : l'Église est le corps dont il est la tête.

Un refrain répété

L'affirmation que le salut est donné gratuitement revient deux fois, à quelques lignes d'intervalle, comme une incise qui interrompt la phrase. Cette répétition volontaire indique où l'auteur veut que l'attention se porte.

La place des actes, au dernier verset

Après avoir exclu que les actes accomplis puissent être la cause du salut, le texte se retourne et affirme que les croyants sont faits pour des actes bons. Les œuvres ne sont donc pas écartées : elles changent de place, passant de la cause à la conséquence.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte annonce à des convertis récents que leur situation a été renversée par une initiative entièrement gratuite de Dieu, et que cette gratuité interdit toute vanité religieuse.

La tradition catholique y a toujours lu une description du baptême : le passage de la mort à la vie, l'union au Christ mort et ressuscité, la vie nouvelle reçue et non conquise. Elle y lit aussi l'articulation que le concile de Trente a précisée face aux débats du XVIe siècle : la grâce précède et rend possible toute réponse humaine ; les bonnes actions du croyant ne lui achètent rien, elles sont elles-mêmes préparées par Dieu et portées par sa grâce. Le dernier verset empêche donc de conclure que l'agir moral serait indifférent.

L'expression qui parle d'être déjà établi auprès de Dieu ouvre enfin vers les fins dernières : ce qui est donné dès maintenant est le commencement de ce qui sera pleinement manifesté.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni une argumentation serrée, mais un exposé doctrinal au ton proche de la prière, bâti sur un contraste : « autrefois » / « mais Dieu ».

Le style est ample, avec de longues phrases qui s'enchaînent et des formules qui reviennent comme des refrains. Il faut donc le lire moins comme une démonstration que comme une récapitulation solennelle de ce que Dieu a fait, destinée à être entendue à voix haute.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier pour l'Évangile. La mention « à Éphèse » manque dans plusieurs des plus anciens manuscrits, ce qui fait penser à beaucoup qu'il s'agissait d'une lettre circulaire, destinée à plusieurs communautés d'Asie mineure.

L'attribution à Paul lui-même est discutée : son style, son vocabulaire et sa théologie très développée de l'Église conduisent une partie des spécialistes à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant dans l'héritage de son maître, vers les années 80-90. La tradition catholique la reçoit comme lettre de Paul, et la question reste ouverte sans que cela change la portée du texte.

Les destinataires sont des chrétiens d'origine païenne, à qui l'on rappelle ce qu'ils étaient avant d'entendre l'Évangile.

À retenir

Tout le passage est construit sur un renversement : à une situation présentée comme une mort succède une vie reçue gratuitement, et les bonnes actions n'en sont pas la cause mais le fruit prévu.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 99, 1-2 . 99, 3 . 99, 4 . 99, 5

1 Psaume de louange. Poussez des cris de joie vers Yahweh, vous, habitants de toute la terre !

2 Servez Yahweh avec joie, venez en sa présence avec allégresse !

3 Reconnaissez que Yahweh est Dieu. C’est lui qui nous a faits et nous lui appartenons ; nous sommes son peuple et le troupeau de son pâturage.

4 Venez à ses portiques avec des louanges, à ses parvis avec des cantiques ; célébrez-le, bénissez son nom.

5 Car Yahweh est bon, sa miséricorde est éternelle, et sa fidélité demeure d’âge en âge.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 12, 13-21

« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »

13 Alors du milieu de la foule quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dites à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

14 Jésus lui répondit : « Homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ? »

15 Et il dit au peuple : « Gardez-vous avec soin de toute avarice ; car, dans l’abondance même, la vie d’un homme ne dépend pas des biens qu’il possède. »

16 Puis il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche dont le domaine avait beaucoup rapporté.

17 Et il s’entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je ? car je n’ai pas de place pour serrer ma récolte.

18 Voici, dit-il, ce que je ferai. J’abattrai mes greniers, et j’en construirai de plus grands, et j’y amasserai la totalité de mes récoltes et de mes biens.

19 Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as de grands biens en réserve pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère.

20 Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même on te redemandera ton âme ; et ce que tu as mis en réserve, pour qui sera-t-il ?

21 Il en est ainsi de l’homme qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche devant Dieu. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage prend place dans la longue montée de Jésus vers Jérusalem que Luc déploie du chapitre 9 au chapitre 19, et qui sert de cadre à un grand nombre d'enseignements. Juste avant, Jésus a mis en garde contre l'hypocrisie et contre la peur de ceux qui persécutent, en promettant l'assistance de l'Esprit Saint devant les tribunaux.

Une voix sortie de la foule interrompt alors ce discours par une tout autre demande, d'ordre familial et matériel. Jésus refuse d'y entrer et retourne la requête en avertissement, puis en récit : c'est la parabole de l'homme riche insensé, propre à l'évangile de Luc.

La suite immédiate prolonge le propos en s'adressant aux disciples : ne pas s'inquiéter pour la nourriture et le vêtement, chercher le Royaume, se faire des réserves qui ne s'épuisent pas. Le découpage liturgique isole ici le bloc complet formé par l'incident, la mise en garde et la parabole ; il appartient à la lecture suivie de Luc proposée en semaine.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que Luc présente comme le Messie envoyé de Dieu ; il est en route vers Jérusalem, entouré de ses disciples et de foules nombreuses.

Il refuse le rôle d'arbitre qu'on veut lui faire tenir, déplace la question du partage vers la racine du conflit, puis enseigne par un récit.

Quelqu'un de la foule

Un anonyme, sans doute un cadet lésé dans une succession familiale : la coutume juive attribuait au fils aîné une part double, ce qui provoquait de fréquents litiges.

Il donne à Jésus le titre de maître pour obtenir de lui une sentence juridique en sa faveur ; sa demande déclenche tout le passage.

La foule

Groupe mouvant d'auditeurs qui suit Jésus, distinct du cercle plus restreint des disciples et du groupe des Douze.

Jésus se détourne du demandeur pour s'adresser à tous : l'avertissement ne vise pas un cas particulier mais une disposition du cœur commune.

L'homme riche

Personnage fictif de la parabole, propriétaire terrien dont la terre a produit au-delà de ses capacités de stockage.

Il délibère tout seul, avec lui-même, et ne nomme jamais ni Dieu ni personne d'autre : c'est ce monologue clos qui fait de lui un insensé.

Dieu

Dans la parabole, il intervient directement comme personnage, ce qui est rare dans les récits de ce genre.

Sa parole, à la fin, renverse tous les calculs du riche en introduisant la seule donnée qu'il n'avait pas prise en compte : la brièveté de sa vie.

Mots à connaître
Le partage de l'héritage

La loi d'Israël réglait les successions, en attribuant notamment au fils aîné une part double de celle de ses frères. Les litiges entre héritiers étaient courants et l'on allait volontiers soumettre le cas à un homme réputé pour sa connaissance de la Loi. La demande faite à Jésus est donc une démarche banale, non une provocation.

« Maître »

Le mot traduit un terme grec qui désigne l'enseignant, l'équivalent du rabbi juif. Un tel maître était reconnu compétent pour interpréter la Loi et, à ce titre, pour trancher des différends. En refusant ce titre dans son usage judiciaire, Jésus signale que sa mission est d'un autre ordre.

Les greniers

Dans l'économie agricole de la Palestine, le grain se conservait dans des bâtiments ou des fosses maçonnées. Agrandir ses capacités de stockage permettait d'attendre la hausse des prix plutôt que de vendre aussitôt la récolte. Le projet du personnage est donc rationnel du point de vue économique, ce qui rend plus frappant le jugement porté sur lui.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« On va te redemander ta vie »

La tournure impersonnelle traduit une habitude du grec biblique, qui évite de nommer Dieu comme sujet par respect ; il faut comprendre que c'est Dieu lui-même qui reprend la vie confiée.

Ailleurs dans l’Écriture
Si 11, 18-19 Ancien Testament

Le livre de Ben Sira, écrit en hébreu vers 180 avant notre ère, décrit presque dans les mêmes termes l'homme qui s'enrichit à force d'économies, se dit à lui-même qu'il va enfin profiter de ses biens, et ignore combien de temps il lui reste avant de les laisser à d'autres. La parabole de Luc reprend ce schéma de sagesse et le durcit en y faisant intervenir Dieu lui-même.

Qo 2, 18-23 Ancien Testament

L'Ecclésiaste constate l'absurdité du travail accumulé : celui qui a peiné devra tout laisser à un héritier dont il ignore s'il sera sage ou insensé. La question finale de la parabole, celle du destinataire des biens entassés, appartient à cette tradition de sagesse désabusée ; Jésus en conserve le constat mais en déplace la conclusion vers la relation à Dieu.

Mt 6, 19-21

Matthieu ne rapporte pas cette parabole, mais il transmet un enseignement voisin sur les trésors que l'on amasse : ceux de la terre que la rouille ronge, et ceux du ciel. Luc en donne lui aussi une version quelques versets plus loin, en 12, 33-34. Le rapprochement montre que la parabole illustre un thème attesté par plusieurs traditions, auquel Luc seul donne la forme d'un récit.

Lc 16, 19-31

Luc est le seul évangéliste à raconter l'histoire du riche vêtu de pourpre et du pauvre Lazare. Les deux récits, propres à cet évangile, mettent en scène un homme qui jouit de ses biens sans voir plus loin, et dont la mort révèle soudain la véritable situation. Cette insistance sur la richesse est l'une des marques de la rédaction de Luc.

Clés de lecture
Un déplacement de la question

L'homme demande un arbitrage ; Jésus refuse la fonction de juge et ne dit rien du bien-fondé de la réclamation. Il remonte de la dispute à ce qui la nourrit, cette fringale de posséder que le texte appelle l'avidité. Le conflit d'héritage n'est pas réglé : il est désamorcé à la racine.

Un homme qui ne parle qu'à lui-même

Dans la parabole, le riche délibère seul, s'interroge lui-même, se répond, et s'adresse enfin à sa propre âme. Les pronoms de la première personne saturent son discours, et aucun autre être humain n'y apparaît, ni ouvrier, ni voisin, ni pauvre. Son erreur n'est pas d'avoir une bonne récolte, mais d'avoir construit un monde où il est seul avec ses biens.

L'irruption d'une autre voix

Le point de bascule est la prise de parole de Dieu, qui brise le monologue. Elle introduit deux éléments absents de tous les calculs du personnage : la nuit même, et la question du destinataire de ce qui a été entassé. Le riche avait compté en années ; il lui reste des heures.

« Riche en vue de Dieu »

La phrase finale oppose deux manières d'accumuler, et non la richesse à la pauvreté. Luc précise quelques versets plus loin ce qu'il entend par là, en parlant d'aumône et d'un trésor qui ne s'épuise pas. La parabole appelle donc une lecture solidaire de ce qui suit immédiatement.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, le texte est un avertissement de sagesse : la durée d'une vie n'est pas au pouvoir de celui qui la vit, et mesurer son existence à ce qu'on possède revient à se tromper d'unité. La tradition catholique y a reconnu une illustration du dixième commandement, qui interdit la convoitise, et un cas typique de ce que la théologie morale nomme l'avarice, le désir désordonné de posséder.

Au-delà, la question finale de la parabole ouvre sur les fins dernières : la mort révèle ce qu'une vie a réellement accumulé. L'expression employée par Jésus à propos de la richesse en vue de Dieu a été lue comme une invitation au partage effectif, l'aumône devenant la manière de transférer un bien périssable vers ce qui demeure. Cette lecture ne condamne ni le travail ni les biens eux-mêmes ; elle vise l'enfermement de celui qui ne voit plus que soi. On notera enfin que Jésus décline ici toute compétence judiciaire sur les affaires civiles : son autorité porte sur le cœur, non sur les tribunaux.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage combine deux formes. D'abord un bref échange, où une demande adressée à Jésus sert de tremplin à un enseignement : le procédé est fréquent chez Luc.

Vient ensuite une parabole, c'est-à-dire un récit fictif tiré de la vie ordinaire et destiné à faire comprendre autre chose que ce qu'il raconte. Elle ne décrit pas un événement survenu, et ne condamne pas la prospérité agricole en elle-même : il faut chercher le point précis où le récit bascule, ici le monologue du propriétaire. Son style la rattache à la littérature de sagesse d'Israël, qui médite sur la brièveté de la vie.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est attribué par une tradition ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, de culture grecque, qui n'a pas connu Jésus directement : il se présente lui-même comme un enquêteur rassemblant des témoignages antérieurs. La rédaction est généralement située entre 80 et 90 de notre ère, mais la date reste discutée.

Il écrit pour des communautés de langue grecque, en partie issues du paganisme, vivant dans des villes de l'Empire où la question du rapport aux biens et aux pauvres se posait concrètement. C'est l'évangile qui revient le plus souvent sur l'argent, le renversement entre riches et pauvres, et l'usage des possessions.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2536 — Le Catéchisme rattache l'avidité dénoncée par Jésus au dixième commandement, qui interdit le désir sans mesure des biens terrestres.
  • Catéchisme, § 2547 — Sur l'abandon des richesses comme condition d'entrée dans le Royaume, dans la ligne des béatitudes de Luc.
  • Lc 12, 33-34 — Quelques versets plus loin, Luc explicite ce qu'est une richesse tournée vers Dieu : le partage et un trésor qui ne s'épuise pas.
  • 1 Tm 6, 17-19 — Cette lettre attribuée à Paul transpose le même avertissement en consigne pastorale pour les riches de la communauté.
  • Ps 49, 17-18 — Ce psaume constate déjà que le riche n'emporte rien à sa mort et que sa gloire ne descend pas avec lui.

À retenir

Jésus refuse d'arbitrer un partage et déplace la question : le drame de l'homme de la parabole n'est pas d'avoir trop récolté, mais d'avoir organisé sa vie entière dans un monologue où ni Dieu ni personne n'a plus de place.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

Tous les enseignements qui précèdent, ont pour but de nous encourager à souffrir pour le nom du Seigneur, ou par le mépris de la mort, ou par l’espérance de la récompense, ou par la menace des supplices éternels, qu’aucune miséricorde ne viendra jamais adoucir. Or, comme l’avarice est une source fréquente de tentations pour la vertu, Notre-Seigneur veut en détruire jusqu’au germe dans notre âme, et à l’appui du précepte qu’il donne, il apporte cet exemple : « Alors, du milieu de la foule, quelqu’un lui dit : Maître, dites à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

Théophile

Ces deux frères se disputaient pour diviser l’héritage paternel, il fallait donc que l’un cherchât à frauder l’autre. Or, le Sauveur, voulant nous appendre à ne point abaisser notre esprit jusqu’aux choses de la terre, rejette la demande de celui qui l’appelait à diviser cet héritage : « Mais Jésus lui répondit : Homme, qui m’a établi pour vous juger ou pour faire vos partages ? »

Bède

Cet homme veut préoccuper du souci de diviser la terre le Maître qui est venu nous inspirer le goût des joies et de la paix du ciel ; aussi est-ce avec raison que Notre-Seigneur lui donne le nom d’homme ; dans le même sens que ces autres paroles : « Puisqu’il y a parmi vous des jalousies et des contentions, n’est-il pas visible que vous êtes charnels, et que vous vous conduisez comme des hommes. »

S. Cyrille

Lorsque le Fils de Dieu a daigné se rendre semblable à nous, Dieu son Père l’a établi roi et prince sur la sainte montagne de Sion, pour annoncer ses divins commandements (cf. Ph 2, 7 ; Ps 2).

22 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

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