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S. Antoine-Marie Claret, évêque. Mémoire facultative

29ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 4, 7-16

« Celui qui est la Tête, c’est le Christ ; par lui tout le corps poursuit sa croissance »

7 Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.

8 C’est pourquoi il est dit : « Il est monté dans les hauteurs, il a emmené des captifs, et il a fait des largesses aux hommes. »

9 Or que signifie : « Il est monté », sinon qu’il était descendu [d’abord] dans les régions inférieures de la terre ?

10 Celui qui est descendu est celui-là même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir.

11 C’est lui aussi qui a fait les uns apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs,

12 en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ,

13 jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ,

14 afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur astuce pour induire en erreur ;

15 mais que, confessant la vérité, nous continuions à croître à tous égards dans la charité en union avec celui qui est le chef, le Christ.

16 C’est de lui que tout le corps, coordonné et uni par les liens des membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure d’activité, grandit et se perfectionne dans la charité.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens se partage en deux moitiés : les trois premiers chapitres exposent le dessein de Dieu, qui réunit juifs et païens en un seul corps dans le Christ ; à partir du chapitre 4 commence l'exhortation pratique qui en découle.

Juste avant notre passage, l'auteur vient d'appeler ses lecteurs à garder l'unité en énumérant ce qui la fonde : un seul corps, un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Ici, il complète ce tableau par l'autre versant : cette unité n'est pas uniformité, car chacun reçoit une part différente. La suite du chapitre passera à la morale concrète, le dépouillement du « vieil homme » et les règles de la vie commune.

Dans la liturgie de semaine, la première lecture parcourt un livre en continu sur plusieurs jours : ce passage suit simplement celui de la veille, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul (l'auteur de la lettre)

Pharisien devenu apôtre après une apparition du Christ ressuscité, Paul a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur écrit des lettres, lues ensuite à haute voix dans les assemblées. Les spécialistes discutent de son rôle exact dans la rédaction des Éphésiens.

Il s'adresse à ses lecteurs comme à des frères, cite et commente un verset des psaumes, puis en tire une description du fonctionnement de la communauté chrétienne.

Le Christ

Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, que les chrétiens confessent comme Seigneur. Dans cette lettre, il est présenté comme celui en qui Dieu rassemble toute chose.

Il est à la fois celui qui distribue les dons, celui dont le mouvement de descente et de montée est décrit, et la Tête à partir de laquelle le corps entier grandit.

Les Apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs et enseignants

Cinq catégories de responsables dans les premières communautés chrétiennes : les Apôtres sont les témoins envoyés par le Christ, les prophètes parlent au nom de Dieu dans l'assemblée, les autres annoncent, dirigent et instruisent.

Ils sont présentés non comme des privilégiés mais comme les dons faits par le Christ à l'ensemble, en vue d'un service : préparer tous les fidèles à leur propre tâche.

Les fidèles (« nous »)

L'ensemble des baptisés auxquels la lettre est adressée, en majorité d'origine païenne, récemment entrés dans la foi chrétienne.

Ils sont les membres du corps en croissance ; le texte les met en garde contre leur instabilité d'enfants, exposés aux discours trompeurs.

Mots à connaître
La grâce

Dans le vocabulaire de Paul, ce mot désigne la faveur gratuite de Dieu, puis, par extension, ce qu'elle produit concrètement dans une personne : une capacité reçue, non méritée. Ici, chacun en reçoit une part propre et mesurée.

Il a capturé des captifs

Image empruntée aux cortèges de victoire antiques, où le vainqueur ramenait ses prisonniers derrière lui. Appliquée au Christ, elle évoque sa victoire sur les puissances de mort, lue comme un triomphe.

Les régions inférieures de la terre

Expression discutée : elle peut désigner le séjour des morts, où le Christ descend avant de remonter, ou plus simplement la terre elle-même, c'est-à-dire l'incarnation. Les deux lectures sont admises ; la première a nourri la formule du Credo sur la descente aux enfers.

Évangélisateurs

Le mot grec désigne ceux qui portent la bonne nouvelle ailleurs, hors de la communauté déjà constituée : des missionnaires itinérants, distincts des responsables installés sur place.

Pasteurs

Littéralement « bergers ». L'image, empruntée à l'Ancien Testament où elle qualifie les chefs d'Israël, désigne ceux qui conduisent et protègent une communauté locale.

La plénitude

Le terme grec plérôma revient plusieurs fois dans cette lettre. Il désigne la totalité achevée, l'état adulte vers lequel tend la communauté, mesuré non à une norme humaine mais au Christ lui-même.

Ailleurs dans l’Écriture
Ps 68, 19 Ancien Testament

Le verset cité décrit à l'origine Dieu, ou le roi vainqueur, montant à Jérusalem avec ses prisonniers et recevant des tributs des hommes. L'auteur de la lettre le lit en sens inverse : le vainqueur ne reçoit pas, il donne. Cette façon de retourner un verset pour l'appliquer au Christ est courante dans le judaïsme de l'époque et dans le Nouveau Testament.

1 Co 12, 4-11

Paul y développe la même image du corps aux membres différents, mais attribue la diversité des dons à l'Esprit et insiste sur l'égale dignité des fonctions les plus humbles. Éphésiens déplace l'accent : les dons viennent du Christ, et la liste ne retient que des ministères de la parole.

Col 2, 19

La lettre aux Colossiens emploie exactement la même image médicale du corps tenu par ses ligaments et ses articulations, qui grandit à partir de la Tête. La proximité de vocabulaire entre les deux lettres est l'un des arguments du débat sur leur rédaction.

Rm 12, 4-8

Paul y énumère d'autres fonctions, dont l'exhortation, l'aumône et l'exercice de la miséricorde. La comparaison montre que ces listes ne sont pas des organigrammes figés mais des échantillons adaptés à chaque communauté.

Clés de lecture
Un seul, puis chacun

Le passage précédent martelait l'unité ; celui-ci commence par la part reçue par chacun. L'auteur construit ainsi une tension voulue : la diversité des dons n'est pas une menace pour l'unité, elle en est le moyen.

Descendre pour pouvoir donner

Le commentaire du verset de psaume sert à établir que celui qui distribue les dons est le même qui est descendu au plus bas. L'autorité dans la communauté est ainsi rattachée à un mouvement d'abaissement, non d'élévation.

Les ministères sont des moyens, pas des fins

La phrase sur l'organisation des fidèles est construite en chaîne : les responsables existent pour équiper tous les membres, qui à leur tour font grandir le corps. Le sujet de la croissance reste donc l'ensemble, non une catégorie.

De l'enfant ballotté à l'homme adulte

Deux images s'opposent : la barque secouée par les vagues et les discours trompeurs d'un côté, le corps solidement articulé de l'autre. Le critère de la maturité n'est pas intellectuel mais relationnel : la vérité vécue dans l'amour.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur explique comment une communauté chrétienne tient debout : par des dons différents reçus du Christ, ordonnés les uns aux autres, et par une croissance commune vers la maturité.

La tradition catholique y trouve l'un des textes fondateurs de sa compréhension de l'Église comme corps du Christ : une réalité organique et non une simple association, dont le Christ n'est pas seulement le chef mais la source vivante de la croissance. Les ministères ordonnés y sont compris comme un service destiné à rendre tous les baptisés capables de leur propre mission, ce qui exclut qu'on oppose clergé et fidèles. La descente et la montée du Christ sont lues comme le mystère pascal tout entier, de l'incarnation à l'ascension, et la mention des régions inférieures a nourri l'affirmation du Credo selon laquelle le Christ est descendu aux enfers. Enfin, l'état d'« homme parfait » mesuré à la plénitude du Christ désigne un achèvement encore devant nous : l'Église se reconnaît ici en chemin, non arrivée.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation : un passage où l'auteur ne raconte rien mais tire les conséquences pratiques de ce qu'il a exposé auparavant. Il insère au passage un bref commentaire de verset biblique, procédé habituel des prédicateurs juifs de l'époque : on cite, on pose une question sur un mot, on répond. Le reste fonctionne par images, celle du corps humain surtout, qu'il faut lire comme une comparaison filée et non comme une description d'organisation.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier. Une partie des spécialistes catholiques la considèrent comme rédigée par un disciple proche, après la mort de l'apôtre, vers les années 80-90, en raison du style, du vocabulaire et de la vision très développée de l'Église ; d'autres maintiennent l'attribution directe à Paul, vers 61-63. La question reste ouverte et n'enlève rien à l'autorité du texte.

Les mots « à Éphèse » manquent dans les plus anciens manuscrits : il s'agit probablement d'une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure, composées surtout de convertis venus du paganisme.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 794 — Ce paragraphe s'appuie précisément sur ce passage pour décrire la croissance du corps à partir du Christ Tête.
  • Catéchisme, § 661 — Sur la montée du Christ au-dessus des cieux comme accomplissement de sa descente.
  • Ep 4, 4-6 — Les versets qui précèdent immédiatement, et dont ce passage forme le contrepoint.
  • Ph 2, 6-11 — Autre texte paulinien construit sur le même mouvement d'abaissement puis d'élévation du Christ.

À retenir

Les responsables de la communauté ne sont pas des sommets mais des dons faits par un Christ qui est d'abord descendu, et leur rôle est de rendre tous les membres capables de faire grandir ensemble le corps.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 121, 1-2 . 121, 3-4 . 121, 4-5

1 Cantique des montées. De David. J’ai été dans la joie quand on m’a dit : « Allons à la maison de Yahweh ! »

2 Enfin ! Nos pieds s’arrêtent à tes portes, Jérusalem !

3 Jérusalem, tu es bâtie comme une ville où tout se tient ensemble.

4 Là montent les tribus, les tribus de Yahweh, selon la loi d’Israël, pour louer le nom de Yahweh.

5 Là sont établis des sièges pour le jugement, les sièges de la maison de David.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 13, 1-9

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même »

1 En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec [celui de] leurs sacrifices.

2 Il leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir souffert de la sorte ?

3 Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous comme eux.

4 Ou bien ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu’elle tua, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les autres habitants de Jérusalem ?

5 Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous de même. »

6 Il dit aussi cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ; il vint pour y chercher des fruits, et n’en trouvant pas,

7 il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve pas ; coupe-le donc : pourquoi rend-il la terre improductive ?

8 Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année, jusqu’à ce que j’aie creusé et mis du fumier tout autour.

9 Peut-être portera-t-il du fruit ensuite ; sinon, vous le couperez. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est dans la longue montée de Jésus vers Jérusalem, la grande section propre à Luc qui commence au chapitre 9 et occupe presque dix chapitres : Jésus chemine, enseigne les foules et ses disciples, et le terme du voyage, la Passion, est déjà en vue.

Juste avant, il reprochait à ses auditeurs de savoir prévoir le temps qu'il fera sans savoir interpréter le moment présent, et les invitait à régler leur affaire avant le tribunal. Le passage du jour prolonge exactement cet avertissement : des gens viennent lui soumettre un fait divers sanglant, et il s'en sert pour renvoyer chacun à sa propre situation.

Juste après, Luc rapporte la guérison d'une femme courbée un jour de sabbat, puis les paraboles du grain de moutarde et du levain. En semaine, l'évangile avance ainsi de jour en jour dans le même livre, sans lien voulu avec la première lecture.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant de Galilée dont Luc raconte la prédication ; ici au cœur de son voyage vers Jérusalem, où il enseigne en marchant.

Il refuse d'entrer dans le raisonnement qu'on lui propose sur le malheur des victimes et retourne la question vers ceux qui l'interrogent, avant d'illustrer son propos par une courte histoire.

« des gens »

Des auditeurs anonymes, membres de la foule qui accompagne Jésus ; Luc ne précise ni leur groupe ni leurs intentions.

Ils apportent une nouvelle dramatique récente. Leur manière de la rapporter laisse entendre la question sous-jacente : ces victimes avaient-elles mérité leur sort ?

Pilate

Ponce Pilate, haut fonctionnaire romain gouvernant la Judée vers 26-36 après Jésus-Christ ; c'est lui qui condamnera Jésus à la croix à la fin de l'évangile.

Il n'intervient pas dans la scène : il est seulement l'auteur du massacre évoqué, ce qui rappelle au passage la violence du pouvoir d'occupation.

les Galiléens massacrés

Des habitants de la Galilée, région du nord d'où Jésus est lui-même originaire, tués alors qu'ils offraient des sacrifices, donc vraisemblablement au Temple de Jérusalem.

Ils sont le cas que l'on soumet à Jésus. Il les associe aussitôt à un second fait divers, un accident survenu à Jérusalem, pour montrer que la question se pose de la même façon dans les deux cas.

le propriétaire et le vigneron

Deux personnages de l'histoire racontée par Jésus : celui qui possède la vigne et l'ouvrier qui la travaille.

Le premier veut en finir avec un arbre stérile, le second demande un délai et s'engage à le soigner. Leur dialogue porte tout le sens de la parabole : le sursis accordé n'est pas une indifférence, c'est un travail.

Mots à connaître
les sacrifices qu'ils offraient

Les juifs montaient à Jérusalem pour offrir des animaux au Temple, seul lieu autorisé pour ce culte. Un massacre survenu pendant cette offrande ajoute à l'horreur une profanation du lieu saint, ce qui explique l'émotion des gens qui rapportent l'affaire.

la tour de Siloé

Siloé désigne un quartier et une source au sud de Jérusalem, alimentant un bassin connu. L'effondrement d'une tour y aurait fait dix-huit morts ; comme pour le massacre des Galiléens, l'événement n'est connu que par ce passage, ce qui suggère qu'il était récent et présent à toutes les mémoires.

un figuier planté dans sa vigne

Dans les campagnes de Palestine, on plantait couramment des arbres fruitiers au milieu des vignes. Le figuier était très apprécié, mais un arbre improductif consommait l'eau et les nutriments d'un sol rare : l'ordre de l'abattre est une décision économique banale, pas une colère.

bêcher et mettre du fumier

Ameublir la terre autour du tronc et y apporter de l'engrais sont les soins qu'on donne à un arbre qu'on veut sauver. Le vigneron ne demande pas seulement de patienter : il propose un travail supplémentaire, à ses frais de peine.

« se convertir »

Le mot grec employé ici, metanoia, signifie littéralement changer de regard, retourner sa manière de penser et de vivre. Il ne s'agit pas de changer de religion mais de réorienter son existence, et dans la Bible ce retournement est toujours présenté comme possible.

Ailleurs dans l’Écriture
Jn 9, 1-3

Devant un homme aveugle de naissance, les disciples demandent à Jésus qui a péché, lui ou ses parents. Jésus y répond comme ici : le malheur n'est pas la sanction d'une faute. Les deux évangiles attestent donc que cette question était vive, et que Jésus en refusait fermement la logique.

Is 5, 1-7 Ancien Testament

Le prophète Isaïe chante une vigne soignée par son propriétaire et qui ne donne que des fruits amers ; il explique ensuite que cette vigne désigne le peuple d'Israël. Jésus reprend ce décor familier, mais le déplace : au lieu d'annoncer la destruction de la vigne, son histoire s'arrête sur un délai accordé à l'arbre.

Mc 11, 12-14.20-21

Marc raconte un épisode différent, où Jésus maudit un figuier sans fruit à son arrivée à Jérusalem ; Matthieu le reprend en Mt 21, 18-19. Luc ne rapporte pas cette scène, mais il place ici une parabole qui utilise la même image de l'arbre stérile. L'écart est révélateur : chez Luc, le récit laisse ouverte la possibilité d'un fruit à venir.

Lc 3, 9

Au début de l'évangile, Jean le Baptiste avertit que tout arbre qui ne donne pas de bon fruit est coupé et jeté au feu. Le même langage revient ici dans la bouche de Jésus, ce qui relie son appel à celui du Baptiste, tout en y introduisant la demande d'une année supplémentaire.

Clés de lecture
Deux faits divers, une seule riposte

Jésus traite ensemble une violence politique et un accident, c'est-à-dire un mal commis par des hommes et un mal subi sans coupable. En les mettant sur le même plan, il montre que sa réponse ne porte pas sur la cause des catastrophes mais sur la lecture qu'on en fait. La formule finale, identique dans les deux cas, scelle le parallèle.

Rompre le lien entre malheur et faute

L'idée que le malheur sanctionne un péché était répandue et avait déjà été contestée à l'intérieur même de la Bible, notamment par le livre de Job. Jésus la rejette sans ambiguïté, par une double négation très ferme. Mais il ne s'arrête pas là : il déplace la question de la culpabilité des autres vers la situation de ceux qui interrogent.

Le renversement de la question

Ses auditeurs parlaient de victimes ; il leur parle d'eux-mêmes. Le passage fonctionne comme un miroir : commenter le malheur d'autrui est une manière de ne pas se regarder. C'est le point de bascule du texte, et il commande la parabole qui suit.

Un avertissement qui s'achève en sursis

Après deux menaces identiques, on attendrait une sentence ; vient une histoire où la sentence est suspendue. Le temps accordé n'est pas une annulation du jugement, puisque la condition demeure à la dernière ligne, mais il est présenté comme un temps de soin actif. L'équilibre entre urgence et patience est tout l'art de ce passage.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus corrige une interprétation religieuse du malheur et appelle ses auditeurs à un changement de vie, dans un contexte où la catastrophe nationale qui frappera Jérusalem quelques décennies plus tard n'est pas loin de son horizon. La tradition catholique y lit un refus net de voir dans la souffrance une punition divine, et un rappel que nul ne connaît le temps qui lui reste.

La lecture spirituelle, ancienne, reconnaît dans le figuier soit le peuple auquel l'appel est adressé, soit chaque personne devant sa propre vie, et dans l'intervention du vigneron une figure de l'intercession du Christ, qui obtient le délai et travaille lui-même la terre. Le sursis prend alors le nom de miséricorde : non pas un report indéfini, mais un temps donné pour porter du fruit. L'Église y entend l'appel permanent à la pénitence intérieure, qui n'est pas d'abord un sentiment de culpabilité mais une réorientation de toute l'existence.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage joint deux formes différentes. D'abord un bref échange : on soumet un fait d'actualité à Jésus, il répond par une question en retour et une conclusion répétée deux fois ; ce procédé de reprise, presque un refrain, est typique de l'enseignement oral.

Ensuite une parabole, c'est-à-dire une petite histoire tirée de la vie ordinaire qui vaut par sa pointe finale et non par ses détails. Ici, la pointe est dans la réponse du vigneron : il ne faut donc pas chercher à qui correspond chaque élément, mais entendre ce que signifie le délai demandé.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est, selon une tradition ancienne, l'œuvre d'un compagnon de l'apôtre Paul, auteur également des Actes des Apôtres ; l'identification précise de ce rédacteur reste discutée.

Il écrit en grec soigné, probablement entre 80 et 90, pour des communautés chrétiennes de culture grecque qui ne connaissent pas de l'intérieur les usages juifs. Il dédie son livre à un certain Théophile et affirme avoir enquêté avec soin auprès de témoins. La parabole du figuier épargné ne figure que chez lui, comme beaucoup de textes où il insiste sur la patience de Dieu.

Lectures et références
  • Ez 18, 20 — Le prophète Ézéchiel conteste déjà la transmission mécanique de la faute et de son châtiment, préparant la réponse de Jésus.
  • Rm 2, 4 — Paul présente la patience de Dieu non comme une indifférence mais comme ce qui pousse à la conversion, ce que la parabole met en scène.
  • 2 P 3, 9 — Le délai accordé y est expliqué par la volonté que personne ne se perde, écho direct à la demande du vigneron.
  • Catéchisme, § 1431 — Définit la pénitence intérieure comme une réorientation radicale de la vie, sens du verbe employé ici.
  • Catéchisme, § 1430 — Rappelle que l'appel à la conversion vise le cœur et non seulement des gestes extérieurs.

À retenir

Jésus refuse de voir dans le malheur des victimes la sanction de leurs fautes, retourne la question vers ceux qui l'interrogent, et illustre par l'histoire d'un arbre stérile un temps de sursis qui est un temps de soin.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

(En termes équival.) Notre-Seigneur venait de parler du supplice qui est réservé aux pécheurs, lorsqu’on vient lui annoncer le châtiment infligé à des rebelles, exemple dont il se sert pour menacer les pécheurs d’une peine semblable : « En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. »

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr.) C’étaient les sectateurs de Judas le Galiléen dont saint Luc fait mention dans les Actes des Apôtres ( Ac 5), qui prétendaient qu’on ne devait donner à personne le nom de maître. Aussi plusieurs d’entre eux qui ne voulaient pas reconnaître l’autorité de César, furent punis par Pilate. Ils enseignaient encore qu’on ne devait offrir à Dieu d’autres victimes que celles qui avaient été prescrites par Moïse ; ils défendaient donc d’offrir les victimes présentées par le peuple pour le salut de l’empereur, et du peuple romain. Pilate indigné contre les Galiléens, ordonna de les mettre à mort au milieu même des sacrifices qu’ils offraient suivant les prescriptions de la loi, et mêla ainsi le sang des sacrificateurs au sang des victimes qu’ils immolaient. Or, comme la foule pensait qu’ils n’avaient souffert que ce qu’ils méritaient, parce qu’ils semaient la division dans le peuple, et indisposaient les princes contre leurs sujets, quelques-uns vinrent raconter ces faits au Sauveur pour savoir ce qu’il en pensait. Notre-Seigneur déclare que c’étaient des rebelles et des pécheurs, mais sans affirmer qu’ils étaient plus coupables que ceux qui avaient échappé à ce châtiment : « Il leur répondit : Pensez-vous que les Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir été traités ainsi ? » etc.

S. Chrys

(Disc. 3, sur Lazare.) Dieu punit certains pécheurs, en mettant un terme à leur iniquité, en leur infligeant des peines légères, en les séparant complètement des autres, et en instruisant par l’exemple de leur châtiment ceux qui vivent dans le péché. Il ne punit pas tous les pécheurs ici-bas, il veut ainsi leur donner le moyen d’éviter par la pénitence les peines de cette vie, et les supplices de l’éternité ; mais s’ils persévèrent dans le mal, ils doivent s’attendre à un châtiment plus sévère.

Tite de Bostra

Le Sauveur nous apprend encore ici que toutes les sentences qui condamnent les coupables aux dernier supplice, ne sont pas seulement édictées par l’autorité des juges mais par la volonté de Dieu. Que le juge condamne suivant les règles de l’équité, ou pour tout autre motif, il faut voir dans le jugement qu’il prononce une permission de la divine justice.

25 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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