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S. Jean de Capistran, prêtre

29ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 4, 1-6

« Il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême »

1 Je vous prie donc instamment, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, d’avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés,

2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant mutuellement avec charité,

3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.

4 Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance.

5 Il n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême,

6 un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui [agit] par tous, qui [est] en tous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens se déroule en deux temps. Les trois premiers chapitres exposent un dessein : Dieu rassemble en Christ juifs et païens, désormais réconciliés en un seul corps ; cette partie s'achève sur une prière solennelle et une louange.

Le passage du jour ouvre la seconde moitié, celle des conséquences pratiques : ce qui a été dit du dessein de Dieu doit maintenant se traduire dans la manière de vivre ensemble. Le mot donc, au premier verset, est la charnière de toute la lettre.

Juste après vient la suite logique : la diversité des dons et des ministères à l'intérieur de cette unité (apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs), puis une série d'exhortations très concrètes sur le mensonge, la colère, le travail, la parole. En semaine, la première lecture parcourt ainsi une lettre de bout en bout, jour après jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Paul est un juif pharisien devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, le principal missionnaire auprès des non-juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament lui sont attribuées, adressées aux communautés qu'il a fondées ou visitées.

Il se présente ici comme un homme emprisonné à cause de sa mission, et c'est depuis cette situation qu'il adresse son exhortation. Sa captivité n'est pas une excuse mais un argument : elle donne du poids à l'appel qu'il lance.

Les destinataires

Des chrétiens issus pour la plupart du paganisme, vivant dans les cités grecques d'Asie Mineure (actuelle Turquie occidentale). Ils ont été baptisés et forment de petites communautés au milieu d'une société qui ne partage pas leur foi.

Ils sont invités à faire correspondre leur comportement quotidien à ce qu'ils sont devenus par le baptême. L'exhortation vise d'abord leurs relations mutuelles.

L'Esprit, le Seigneur, le Père

Les trois noms que la foi chrétienne donne à Dieu : le Père, le Seigneur Jésus Christ, et l'Esprit Saint qui agit dans les croyants.

Ils apparaissent ici non comme un enseignement abstrait mais comme le fondement de l'unité demandée : c'est parce que Dieu est un que son peuple doit l'être.

Mots à connaître
en prison à cause du Seigneur

L'emprisonnement antique n'était pas une peine en soi mais une détention en attente de jugement, souvent dans des conditions dures, l'entretien reposant sur les proches. Plusieurs lettres attribuées à Paul se disent écrites de captivité, ce qui leur donne une autorité particulière : l'auteur paie de sa personne ce qu'il annonce.

vocation

Le mot grec désigne l'appel adressé par Dieu, et par extension la condition nouvelle dans laquelle cet appel place celui qui le reçoit. Il ne s'agit pas ici d'un métier religieux ni d'un choix de vie particulier, mais de la situation commune à tous les baptisés.

un seul baptême

Le baptême est le rite d'entrée dans la communauté chrétienne : une immersion dans l'eau signifiant que l'on meurt et renaît avec le Christ. Il ne se répète pas, et c'est précisément cette unicité qui sert ici d'argument : tous l'ont reçu de la même manière.

un seul Corps

Image reprise de la pensée politique grecque, où la cité était comparée à un corps dont chaque citoyen est un membre. Appliquée aux chrétiens, elle signifie bien plus qu'une comparaison : ils sont réellement reliés au Christ et les uns aux autres.

Ailleurs dans l’Écriture
1 Co 12, 12-13

Dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul développe longuement l'image du corps : un organisme aux membres multiples et différents, tous nécessaires. Il y associe déjà l'unique Esprit et l'unique baptême. Éphésiens reprend cette image mais sans insister sur la diversité des membres : l'accent y porte sur l'unité elle-même.

Col 3, 12-15

La lettre aux Colossiens aligne presque les mêmes attitudes : humilité, douceur, patience, support mutuel, et la paix comme principe d'unité du corps. La parenté est si étroite que beaucoup de lecteurs y voient deux rédactions proches, issues du même milieu. Comparer les deux listes fait apparaître ce qui est traditionnel et ce qui est propre à chaque lettre.

Ep 2, 14-18

Quelques chapitres plus tôt, la même lettre expliquait que le Christ a fait tomber le mur de séparation entre juifs et païens pour créer en lui un seul homme nouveau. L'unité demandée au chapitre 4 n'est donc pas un idéal moral ajouté : elle découle de ce qui est déjà accompli.

Ga 3, 27-28

Aux Galates, Paul tire du baptême la disparition des cloisons entre juif et grec, esclave et homme libre, homme et femme. Le raisonnement est le même qu'ici : un unique baptême fonde une unique appartenance. Éphésiens en fait une formule ramassée, presque une liste à retenir.

Clés de lecture
Le pivot de la lettre

Le petit mot donc qui ouvre le passage articule tout l'ensemble : ce qui précède décrivait l'œuvre de Dieu, ce qui suit en tire les conséquences pour la vie quotidienne. L'ordre n'est pas réversible : la morale découle du don reçu, et non l'inverse.

Quatre attitudes, puis une tâche

L'humilité, la douceur, la patience et le support mutuel ne sont pas des vertus abstraites mais les conditions concrètes d'une vie commune possible. Elles débouchent sur une consigne active : l'unité est à garder, ce qui suppose qu'elle est déjà donnée et qu'elle peut se perdre.

La cascade des « un seul »

Sept mentions s'enchaînent, en remontant de l'expérience des croyants (corps, Esprit, espérance) à la source (un seul Dieu et Père). La progression n'est pas décorative : elle montre que l'unité de l'Église n'est pas un accord entre personnes mais un reflet de l'unité de Dieu lui-même.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur demande à des communautés concrètes, traversées de tensions entre convertis d'origine juive et d'origine païenne, de tenir ensemble. L'unité n'y est pas présentée comme un objectif à construire mais comme un bien reçu, qu'il faut protéger par des attitudes précises.

La tradition catholique lit dans la liste des « un seul » une des expressions les plus anciennes de ce qu'elle appelle les notes de l'Église : l'Église est une parce que Dieu est un. Ce texte est devenu l'un des fondements de la réflexion sur l'unité des chrétiens et sur le baptême comme lien réel entre tous ceux qui l'ont reçu, y compris par-delà les divisions survenues au cours de l'histoire. La mention de la captivité de l'auteur donne à l'ensemble sa tonalité : l'appel à la douceur et à la patience vient de quelqu'un qui en éprouve lui-même le prix.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation, au sens antique du terme : un discours qui ne cherche pas à démontrer mais à orienter la conduite, en s'appuyant sur ce que les destinataires savent déjà.

La fin du passage change de registre : la série des « un seul » ressemble à une formule de profession de foi, peut-être déjà employée dans la liturgie baptismale avant d'être insérée ici. Cela se lit comme une acclamation rythmée, non comme un raisonnement : il faut en entendre la scansion plus que la logique.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier. Les spécialistes catholiques sont partagés : certains la tiennent pour une lettre de Paul lui-même, écrite vers les années 60 depuis une captivité (Rome ou Césarée) ; d'autres y voient l'œuvre d'un disciple écrivant peu après sa mort en reprenant sa pensée, usage courant dans l'Antiquité et qui n'enlève rien à l'autorité du texte dans la Bible.

La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens : il s'agit sans doute d'une lettre circulaire, destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule. Cela explique son ton général, sans salutations personnelles ni allusions à des problèmes locaux.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 813 — Expose l'unité de l'Église comme découlant de l'unité de Dieu, en s'appuyant directement sur ce passage.
  • Catéchisme, § 1271 — Présente le baptême comme lien d'unité entre tous ceux qui ont été régénérés par lui.
  • Rm 12, 4-5 — Autre formulation pauline de l'image du corps unique aux membres multiples.
  • Ep 4, 11-13 — La suite immédiate montre comment la diversité des ministères sert cette unique unité.

À retenir

Le passage fait basculer la lettre de l'exposé du dessein de Dieu à ses conséquences pratiques : parce que Dieu est un, ceux qu'il appelle ont à garder entre eux une unité qui leur est déjà donnée.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 23, 1-2 . 23, 3-4 . 23, 5-6

1 Psaume de David. A Yahweh est la terre et ce qu’elle renferme, le monde et tous ceux qui l’habitent.

2 Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers, qui l’a affermie sur les fleuves.

3 Qui montera à la montagne de Yahweh ? qui se tiendra dans son lieu saint ? —

4 Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur ; celui qui ne livre pas son âme au mensonge, et qui ne jure pas pour tromper.

5 Il obtiendra la bénédiction de Yahweh, la justice du Dieu de son salut.

6 Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob. — Séla.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 12, 54-59

« Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? »

54 Il disait encore au peuple : « Lorsque vous voyez la nuée se lever au couchant, vous dites aussitôt : La pluie vient ; et cela arrive ainsi.

55 Et quand vous voyez souffler le vent du midi, vous dites : Il fera chaud, et cela arrive.

56 Hypocrites, vous savez reconnaître les aspects du ciel et de la terre ; comment donc ne reconnaissez-vous pas le temps où nous sommes ?

57 Et comment ne discernez-vous pas de vous-mêmes ce qui est juste ?

58 En effet, lorsque tu te rends avec ton adversaire devant le magistrat, tâche en chemin de te dégager de sa poursuite, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, et que le juge ne te livre à l’officier de justice, et que celui-ci ne te jette en prison.

59 Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies payé jusqu’à la dernière obole. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage appartient à la longue montée de Jésus vers Jérusalem qui occupe le centre de l'évangile de Luc (à partir de Lc 9, 51) : un itinéraire ponctué d'enseignements adressés tantôt aux disciples, tantôt à la foule qui suit.

Juste avant, Jésus a dit être venu apporter un feu sur la terre et annoncé les divisions que sa venue provoquera jusque dans les familles. Ici, il se tourne vers les foules et passe de l'annonce au reproche : elles savent lire le ciel, mais non le temps qu'elles vivent.

Juste après, au chapitre 13, Jésus commentera deux faits divers sanglants et appellera explicitement à la conversion. Notre passage est donc la charnière : il pose la question du discernement avant que ne vienne l'injonction de changer de vie.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, que l'évangile de Luc présente comme l'envoyé de Dieu en marche vers Jérusalem où il sera mis à mort.

Il parle ici en prophète qui interpelle : il relève une contradiction chez ses auditeurs et l'illustre par une petite scène de procès.

les foules

Public large et mêlé, qui suit Jésus par curiosité, par besoin de guérison ou par intérêt pour son enseignement ; il se distingue des disciples, qui l'accompagnent de façon stable.

Ce sont elles qui reçoivent l'apostrophe sévère et la question sur l'interprétation du moment présent : l'avertissement ne vise pas seulement des adversaires déclarés.

l'adversaire, le magistrat, le juge, l'huissier

Personnages non pas réels mais figures d'une petite histoire exemplaire, empruntées au fonctionnement ordinaire de la justice civile de l'époque pour les dettes.

Ils servent à mettre en scène l'engrenage judiciaire : une fois la procédure enclenchée, il est trop tard ; d'où l'urgence de s'entendre tant qu'on est encore sur le chemin.

Mots à connaître
le nuage qui monte au couchant

En Palestine, l'ouest est la direction de la mer Méditerranée : les nuages venus de ce côté annoncent effectivement la pluie. Il s'agit d'un savoir paysan élémentaire, que tout auditeur partageait.

le vent du sud

Au sud s'étendent les déserts du Néguev et d'Arabie. Le vent qui en vient, le sirocco, apporte une chaleur sèche et accablante. Là encore, chacun savait la prévoir sans se tromper.

« Hypocrites »

Le mot grec désignait à l'origine l'acteur de théâtre, celui qui joue un rôle derrière un masque. L'accusation ne porte pas d'abord sur le mensonge, mais sur le décalage entre une compétence réelle et un refus de l'appliquer là où il faudrait.

le magistrat, le juge, l'huissier

La scène évoque une procédure pour dette : le créancier traîne le débiteur devant l'autorité, qui peut le faire incarcérer jusqu'à remboursement par ses proches. L'« huissier » traduit le nom de l'agent chargé d'exécuter la sentence et de recouvrer l'argent.

le dernier centime

Le texte grec nomme la plus petite pièce de monnaie en circulation, d'une valeur dérisoire. L'expression signifie donc : jusqu'au bout, sans la moindre remise.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« jusqu'au dernier centime »

La traduction modernise le nom d'une pièce antique de très faible valeur ; d'autres bibles écrivent « jusqu'à la dernière piécette » ou gardent le nom grec, lepton.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 16, 2-3 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte un propos très proche sur la météorologie et les signes des temps, mais dans un cadre différent : Jésus y répond à des pharisiens et des sadducéens qui lui réclament un signe venu du ciel. Chez Luc, l'avertissement est adressé aux foules elles-mêmes, ce qui en élargit considérablement la portée. Ces deux emplois d'une même parole montrent comment chaque évangéliste insère les propos de Jésus là où ils servent son propos d'ensemble.

Mt 5, 25-26 même épisode, autre évangile

La petite parabole du procès figure chez Matthieu dans le Sermon sur la montagne, à la suite de l'enseignement sur la colère et la réconciliation avec son frère : elle y a d'abord une couleur morale, celle de la paix à rétablir avant l'offrande. Luc la place après l'appel à discerner le moment présent, ce qui lui donne une tonalité plus urgente, tournée vers le temps qui reste. Le même récit éclaire donc deux choses selon l'endroit où il est posé.

Lc 19, 41-44

À la fin de la montée, Jésus pleure sur Jérusalem parce qu'elle n'a pas reconnu le temps où elle était visitée. C'est le même reproche que dans notre passage, mais devenu constat accompli. Le lecteur de Luc est ainsi averti d'avance de ce qui se jouera à l'arrivée.

Clés de lecture
Un savoir-faire retourné en reproche

Jésus commence par reconnaître une compétence réelle de ses auditeurs : ils lisent le ciel avec justesse. Le reproche naît de là. Ce n'est pas l'ignorance qui est en cause, mais le refus d'exercer sur le temps présent la même attention qu'on exerce sur la météo.

« Ce moment-ci »

Le grec emploie ici le mot kairos, qui désigne non la durée qui s'écoule mais l'instant décisif, l'occasion qui passe. Pour Luc, ce moment est celui de la venue de Jésus lui-même. Ne pas l'interpréter, c'est laisser passer l'occasion.

Du discernement collectif au jugement personnel

La question posée à la fin du verset 57 déplace tout : après avoir parlé à la foule, Jésus renvoie chacun à sa propre capacité de juger ce qui est juste. Le passage glisse ainsi du constat général à une responsabilité individuelle, que la parabole du procès vient aussitôt dramatiser.

Le chemin comme temps qui reste

Dans la petite scène judiciaire, tout se joue avant l'arrivée au tribunal, pendant le trajet. L'image vaut pour la montée de Jésus vers Jérusalem, elle aussi un chemin, et pour le temps dont dispose l'auditeur. Une fois la procédure engagée, l'enchaînement est présenté comme implacable.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus reproche à ses contemporains une lucidité sélective : experts du ciel, aveugles sur l'heure que Dieu leur offre. La parabole finale traduit cette urgence en termes très concrets, ceux d'un règlement de compte qu'il vaut mieux conclure à l'amiable.

La tradition catholique y lit, au-delà, une parole sur le jugement : le chemin dont parle Jésus devient l'image de l'existence présente, temps donné pour la réconciliation avant la comparution définitive. Ce n'est pas la menace qui est première, mais le fait qu'un délai soit accordé. Cette lecture rejoint ce que l'Église dit de la conversion et du sacrement de la réconciliation, où le croyant se remet dès maintenant au jugement miséricordieux de Dieu plutôt que d'en attendre passivement l'échéance. Le passage, sans donner aucune information sur la date d'une fin, oriente l'attention sur la qualité du présent.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une parole d'avertissement prophétique, construite en deux temps : une comparaison tirée de l'expérience commune, puis une petite histoire exemplaire — ce qu'on appelle une parabole.

Ce genre ne cherche pas à informer mais à provoquer une réaction. L'exagération et la brusquerie de l'apostrophe en font partie : il ne faut pas lire la scène du procès comme un conseil juridique, mais comme une image frappante de l'urgence.

Qui écrit, et pour qui

Le troisième évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, chrétien de culture grecque. Son auteur écrit un ouvrage en deux volumes : cet évangile et les Actes des Apôtres, dédiés l'un et l'autre à un certain Théophile.

La rédaction est généralement située vers les années 80-90, pour des communautés chrétiennes en bonne part issues du monde non juif. L'identité précise de l'auteur et la date restent discutées entre spécialistes, mais le soin du récit et le souci d'ordre revendiqués dès les premières lignes ne font pas débat.

Lectures et références
  • Lc 13, 3 — L'appel explicite à la conversion qui suit immédiatement notre passage en donne la conclusion pratique.
  • Lc 9, 51 — Point de départ de la montée vers Jérusalem, cadre dans lequel ce discours est placé.
  • Catéchisme, § 1041 — Le Catéchisme présente le message du jugement comme un appel à la conversion dans le temps présent, ce qui est exactement l'enjeu de cette parole.
  • Catéchisme, § 1470 — Sur le fait d'anticiper dès maintenant, par la réconciliation, le jugement auquel on sera soumis.

À retenir

Jésus ne reproche pas à ses auditeurs d'ignorer l'avenir, mais de ne pas appliquer au moment présent la lucidité qu'ils appliquent sans peine au ciel du lendemain.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Théophile

Ce que le Sauveur venait de dire de la prédication qu’il avait comparée à un glaive, pouvait jeter le trouble dans l’esprit dé ses auditeurs qui ne savaient pas le but de ces paroles. Aussi, ajoute-t-il, qu’ils devraient connaître son avènement, de même qu’ils connaissent les variations de l’atmosphère à certains signes particuliers : « Lorsque vous voyez un nuage se former au couchant, vous dites aussitôt : La pluie vient, et cela arrive ainsi. Et quand vous voyez que souffle le vent du midi, vous dites : Il fera chaud, et cela arrive ainsi. » Comme s’il leur disait : Mes paroles et mes oeuvres indiquent clairement que je suis en contradiction avec vous. Vous pouvez donc conjecturer que je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’orage et la tempête : car je suis la nuée, et je viens de l’occident, c’est-à-dire de la nature humaine qui depuis longtemps est enveloppée des ténèbres épaisses du péché. Je suis venu aussi apporter le feu, c’est-à-dire inspirer une grande chaleur ; car je suis le vent du midi, vent brûlant qui est opposé au froid glacial du nord.

Bède

Ou bien encore, ceux qui par les variations des éléments peuvent facilement conjecturer l’état de l’atmosphère pourraient aussi, s’ils le voulaient, connaître par les oracles des prophètes le temps de l’avènement du Seigneur.

S. Cyrille

Car les mystères de Jésus-Christ se trouvent annoncés en mille endroits des prophètes. Ils devraient donc, s’ils étaient prudents, porter leurs regards vers les choses futures et ne pas ignorer les tempêtes qui doivent suivre la vie présente, car ce sera le temps du vent, de la pluie et du supplice du feu ; c’est le sens de ces paroles : « La pluie vient. » Ils auraient dû également connaître les jours de salut, c’est-à-dire l’avènement du Sauveur, qui a introduit dans le monde la religion parfaite ; ce que signifient ces paroles : « Vous dites : Il fera chaud. » Aussi leur fait-il ce reproche : « Hypocrites, vous savez reconnaître l’aspect du ciel et de la terre, comment donc ne reconnaissez-vous pas les temps où nous sommes ? »

S. Basile

(homél. 6 sur l’hexamer.) Remarquons que les pronostics que l’on tire des astres sont nécessaires aux hommes pourvu qu’ils ne soient pas exagérés. Il est utile en effet de connaître par avance les signes qui annoncent la pluie, les signes précurseurs des grandes chaleurs et des tempêtes soit particulières soit universelles, et de savoir si elles seront violentes ou modérées. Il n’est personne qui ne sache quelle utilité on peut retirer dans la vie de ces divers pronostics. Il importe eu effet au navigateur de prévoir les dangers des tempêtes, au voyageur les changements de temps, au laboureur les signes qui lui promettent une grande abondance de fruits.

8 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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