Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 4, 1-6
« Il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême »
1 Je vous prie donc instamment, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, d’avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés,
2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant mutuellement avec charité,
3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
4 Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance.
5 Il n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême,
6 un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui [agit] par tous, qui [est] en tous.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Éphésiens se déroule en deux temps. Les trois premiers chapitres exposent un dessein : Dieu rassemble en Christ juifs et païens, désormais réconciliés en un seul corps ; cette partie s'achève sur une prière solennelle et une louange.
Le passage du jour ouvre la seconde moitié, celle des conséquences pratiques : ce qui a été dit du dessein de Dieu doit maintenant se traduire dans la manière de vivre ensemble. Le mot donc, au premier verset, est la charnière de toute la lettre.
Juste après vient la suite logique : la diversité des dons et des ministères à l'intérieur de cette unité (apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs), puis une série d'exhortations très concrètes sur le mensonge, la colère, le travail, la parole. En semaine, la première lecture parcourt ainsi une lettre de bout en bout, jour après jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Paul est un juif pharisien devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, le principal missionnaire auprès des non-juifs. Plusieurs lettres du Nouveau Testament lui sont attribuées, adressées aux communautés qu'il a fondées ou visitées.
Il se présente ici comme un homme emprisonné à cause de sa mission, et c'est depuis cette situation qu'il adresse son exhortation. Sa captivité n'est pas une excuse mais un argument : elle donne du poids à l'appel qu'il lance.
- Les destinataires
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Des chrétiens issus pour la plupart du paganisme, vivant dans les cités grecques d'Asie Mineure (actuelle Turquie occidentale). Ils ont été baptisés et forment de petites communautés au milieu d'une société qui ne partage pas leur foi.
Ils sont invités à faire correspondre leur comportement quotidien à ce qu'ils sont devenus par le baptême. L'exhortation vise d'abord leurs relations mutuelles.
- L'Esprit, le Seigneur, le Père
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Les trois noms que la foi chrétienne donne à Dieu : le Père, le Seigneur Jésus Christ, et l'Esprit Saint qui agit dans les croyants.
Ils apparaissent ici non comme un enseignement abstrait mais comme le fondement de l'unité demandée : c'est parce que Dieu est un que son peuple doit l'être.
Mots à connaître
- en prison à cause du Seigneur
L'emprisonnement antique n'était pas une peine en soi mais une détention en attente de jugement, souvent dans des conditions dures, l'entretien reposant sur les proches. Plusieurs lettres attribuées à Paul se disent écrites de captivité, ce qui leur donne une autorité particulière : l'auteur paie de sa personne ce qu'il annonce.
- vocation
Le mot grec désigne l'appel adressé par Dieu, et par extension la condition nouvelle dans laquelle cet appel place celui qui le reçoit. Il ne s'agit pas ici d'un métier religieux ni d'un choix de vie particulier, mais de la situation commune à tous les baptisés.
- un seul baptême
Le baptême est le rite d'entrée dans la communauté chrétienne : une immersion dans l'eau signifiant que l'on meurt et renaît avec le Christ. Il ne se répète pas, et c'est précisément cette unicité qui sert ici d'argument : tous l'ont reçu de la même manière.
- un seul Corps
Image reprise de la pensée politique grecque, où la cité était comparée à un corps dont chaque citoyen est un membre. Appliquée aux chrétiens, elle signifie bien plus qu'une comparaison : ils sont réellement reliés au Christ et les uns aux autres.
Ailleurs dans l’Écriture
- 1 Co 12, 12-13
Dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul développe longuement l'image du corps : un organisme aux membres multiples et différents, tous nécessaires. Il y associe déjà l'unique Esprit et l'unique baptême. Éphésiens reprend cette image mais sans insister sur la diversité des membres : l'accent y porte sur l'unité elle-même.
- Col 3, 12-15
La lettre aux Colossiens aligne presque les mêmes attitudes : humilité, douceur, patience, support mutuel, et la paix comme principe d'unité du corps. La parenté est si étroite que beaucoup de lecteurs y voient deux rédactions proches, issues du même milieu. Comparer les deux listes fait apparaître ce qui est traditionnel et ce qui est propre à chaque lettre.
- Ep 2, 14-18
Quelques chapitres plus tôt, la même lettre expliquait que le Christ a fait tomber le mur de séparation entre juifs et païens pour créer en lui un seul homme nouveau. L'unité demandée au chapitre 4 n'est donc pas un idéal moral ajouté : elle découle de ce qui est déjà accompli.
- Ga 3, 27-28
Aux Galates, Paul tire du baptême la disparition des cloisons entre juif et grec, esclave et homme libre, homme et femme. Le raisonnement est le même qu'ici : un unique baptême fonde une unique appartenance. Éphésiens en fait une formule ramassée, presque une liste à retenir.
Clés de lecture
- Le pivot de la lettre
Le petit mot donc qui ouvre le passage articule tout l'ensemble : ce qui précède décrivait l'œuvre de Dieu, ce qui suit en tire les conséquences pour la vie quotidienne. L'ordre n'est pas réversible : la morale découle du don reçu, et non l'inverse.
- Quatre attitudes, puis une tâche
L'humilité, la douceur, la patience et le support mutuel ne sont pas des vertus abstraites mais les conditions concrètes d'une vie commune possible. Elles débouchent sur une consigne active : l'unité est à garder, ce qui suppose qu'elle est déjà donnée et qu'elle peut se perdre.
- La cascade des « un seul »
Sept mentions s'enchaînent, en remontant de l'expérience des croyants (corps, Esprit, espérance) à la source (un seul Dieu et Père). La progression n'est pas décorative : elle montre que l'unité de l'Église n'est pas un accord entre personnes mais un reflet de l'unité de Dieu lui-même.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, l'auteur demande à des communautés concrètes, traversées de tensions entre convertis d'origine juive et d'origine païenne, de tenir ensemble. L'unité n'y est pas présentée comme un objectif à construire mais comme un bien reçu, qu'il faut protéger par des attitudes précises.
La tradition catholique lit dans la liste des « un seul » une des expressions les plus anciennes de ce qu'elle appelle les notes de l'Église : l'Église est une parce que Dieu est un. Ce texte est devenu l'un des fondements de la réflexion sur l'unité des chrétiens et sur le baptême comme lien réel entre tous ceux qui l'ont reçu, y compris par-delà les divisions survenues au cours de l'histoire. La mention de la captivité de l'auteur donne à l'ensemble sa tonalité : l'appel à la douceur et à la patience vient de quelqu'un qui en éprouve lui-même le prix.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une exhortation, au sens antique du terme : un discours qui ne cherche pas à démontrer mais à orienter la conduite, en s'appuyant sur ce que les destinataires savent déjà.
La fin du passage change de registre : la série des « un seul » ressemble à une formule de profession de foi, peut-être déjà employée dans la liturgie baptismale avant d'être insérée ici. Cela se lit comme une acclamation rythmée, non comme un raisonnement : il faut en entendre la scansion plus que la logique.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier. Les spécialistes catholiques sont partagés : certains la tiennent pour une lettre de Paul lui-même, écrite vers les années 60 depuis une captivité (Rome ou Césarée) ; d'autres y voient l'œuvre d'un disciple écrivant peu après sa mort en reprenant sa pensée, usage courant dans l'Antiquité et qui n'enlève rien à l'autorité du texte dans la Bible.
La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens : il s'agit sans doute d'une lettre circulaire, destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure plutôt qu'à une seule. Cela explique son ton général, sans salutations personnelles ni allusions à des problèmes locaux.
Lectures et références
- Catéchisme, § 813 — Expose l'unité de l'Église comme découlant de l'unité de Dieu, en s'appuyant directement sur ce passage.
- Catéchisme, § 1271 — Présente le baptême comme lien d'unité entre tous ceux qui ont été régénérés par lui.
- Rm 12, 4-5 — Autre formulation pauline de l'image du corps unique aux membres multiples.
- Ep 4, 11-13 — La suite immédiate montre comment la diversité des ministères sert cette unique unité.
À retenir
Le passage fait basculer la lettre de l'exposé du dessein de Dieu à ses conséquences pratiques : parce que Dieu est un, ceux qu'il appelle ont à garder entre eux une unité qui leur est déjà donnée.
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