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S. Grégoire le Grand, pape et docteur de l'Eglise

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 3, 18-23

« Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu »

18 Que nul ne s’abuse soi-même. Si quelqu’un parmi vous pense être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage.

19 En effet, la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ; car il est écrit : « Je prendrai les sages dans leurs ruses. »

20 Et encore : « Le Seigneur connaît les pensées des sages, [il sait] qu’elles sont vaines. »

21 Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes ;

22 car tout est à vous, et Paul, et Apollos, et Céphas, et le monde, et la vie, et la mort, et les choses présentes, et les choses à venir. Tout est à vous,

23 mais vous vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, un port grec où la communauté qu'il avait fondée s'est fragmentée en clans se réclamant chacun d'un prédicateur différent (voir 1 Co 1, 12). Depuis le début de la lettre, Paul démonte ce réflexe en opposant la sagesse humaine, qui cherche des maîtres à admirer, et la « folie » de la croix.

Juste avant ce passage, il a comparé les prédicateurs à des ouvriers agricoles puis à des bâtisseurs qui travaillent sur un chantier qui ne leur appartient pas : la communauté est le temple de Dieu. Les versets 18-23 concluent tout ce développement par un avertissement et une formule qui remet chacun à sa place. Immédiatement après, au chapitre 4, Paul se définira comme un simple intendant, comptable devant Dieu seul.

La liturgie de semaine avance dans cette lettre passage après passage : ce découpage suit le fil du texte et marque la fin de l'argument sur les divisions.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des chrétiens puis apôtre du Christ, il a fondé plusieurs communautés autour de la Méditerranée. Il écrit à celles-ci des lettres, appelées épîtres, pour régler des questions concrètes.

Il parle en fondateur de la communauté de Corinthe, mais refuse d'être un chef de parti et se range lui-même parmi les serviteurs interchangeables.

« Frères » (les Corinthiens)

Les membres de la jeune communauté chrétienne de Corinthe, en majorité d'origine grecque, vivant dans une ville commerçante où l'éloquence et la culture donnaient du prestige social.

Ce sont les destinataires de l'avertissement : ils sont tentés d'importer dans l'Église les rivalités d'écoles et le goût des maîtres brillants.

Apollos

Juif d'Alexandrie devenu chrétien, prédicateur cultivé et éloquent, qui a travaillé à Corinthe après Paul (voir Ac 18, 24-28).

Il est cité comme le nom d'un des clans corinthiens, sans aucun reproche à son égard : Paul l'aligne avec lui-même pour désamorcer la comparaison.

Pierre

Le pêcheur Simon, que Jésus a appelé Pierre et placé à la tête des Douze ; Paul le nomme le plus souvent par son nom araméen, Céphas, qui signifie la même chose.

Troisième nom invoqué par les partisans corinthiens ; sa mention montre que même l'autorité la plus grande ne peut servir d'étiquette de parti.

Mots à connaître
Corinthe

Grande ville portuaire de Grèce, refondée par Rome, carrefour commercial et cosmopolite. On y appréciait beaucoup les orateurs et les maîtres de sagesse, ce qui explique la tentation des chrétiens de classer leurs prédicateurs par talent.

La sagesse « de ce monde »

Il ne s'agit pas de la science ou de l'intelligence en général, mais de la manière de juger propre à une société où comptent le prestige, l'éloquence et la réussite. Paul l'oppose à la logique de Dieu, qui a choisi de se révéler dans un condamné à mort.

« Il est écrit »

Formule qui introduit une citation des livres saints d'Israël, l'unique Écriture dont disposent Paul et ses lecteurs. Elle signale que l'argument ne repose pas sur l'opinion de l'apôtre mais sur une autorité reconnue par tous.

Les partis de Corinthe

Certains chrétiens se réclamaient du prédicateur qui les avait baptisés ou instruits, comme les élèves d'un philosophe se réclamaient de leur maître. Cette habitude culturelle grecque, transposée dans l'Église, produisait des clans concurrents.

Ailleurs dans l’Écriture
Jb 5, 13 Ancien Testament

La première citation vient du livre de Job, dans un discours de son ami Éliphaz : Dieu retourne contre les habiles leurs propres calculs. Paul y trouve la confirmation scripturaire que l'intelligence humaine, quand elle se suffit à elle-même, se prend à son propre piège. C'est la seule citation explicite de Job dans tout le Nouveau Testament.

Ps 94, 11 Ancien Testament

La seconde citation reprend un psaume qui déclare vaines les pensées des hommes. Paul remplace « des hommes » par « des sages », resserrant l'application sur ceux qui se croient éclairés. Ce léger déplacement montre comment les auteurs du Nouveau Testament lisent l'Écriture en l'actualisant pour leur situation.

1 Co 1, 18-25

Le début de la lettre pose déjà l'opposition entre la sagesse du monde et la « folie » de la croix, en citant Isaïe. Notre passage en est la reprise conclusive, appliquée cette fois directement aux querelles de personnes. Lire les deux ensemble montre que l'argument de Paul n'est pas un éloge de l'ignorance mais un renversement des critères de jugement.

1 Co 1, 12

C'est là que Paul énumère les slogans des factions corinthiennes, avec les trois mêmes noms. La reprise de cette liste ici, en la retournant, sert de signal de clôture : ce que les Corinthiens se disputaient comme des chefs, Paul le leur rend comme des serviteurs qui leur appartiennent.

Clés de lecture
Un renversement, pas un éloge de la bêtise

Paul ne demande pas de renoncer à penser, mais de cesser de prendre le jugement du monde pour la mesure de tout. Devenir « fou » signifie accepter un critère que le monde juge insensé : un Messie crucifié. Le mot sagesse change donc de sens selon qu'on le rapporte au monde ou à Dieu.

Deux citations pour un même point

Job et le psaume disent la même chose de deux manières : les calculs des habiles se retournent contre eux, et leurs raisonnements sont vides. En les enchaînant, Paul montre que sa position n'est pas une nouveauté chrétienne mais la position constante des Écritures d'Israël.

La propriété retournée

Le point de bascule du passage est là : les Corinthiens croyaient appartenir à Paul, à Apollos ou à Pierre ; Paul leur répond que ce sont ces prédicateurs qui leur appartiennent, comme des serviteurs donnés. L'énumération élargit ensuite à tout — le monde, la vie, la mort, le temps — avant de refermer la chaîne : les baptisés sont au Christ, et le Christ à Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle un conflit d'autorité : aucun ministre de l'Évangile n'est propriétaire de la communauté, et se ranger derrière un nom humain revient à rétrécir un héritage immense. La tradition catholique y a lu très tôt un principe de gouvernement ecclésial : ceux qui exercent une charge dans l'Église sont des serviteurs, non des chefs de clientèle, et l'unité des croyants ne se fonde pas sur des personnalités mais sur le Christ.

La lecture spirituelle prolonge la dernière phrase, qui remonte du croyant au Christ et du Christ à Dieu le Père. Elle situe la vie chrétienne dans un mouvement de relation plutôt que de possession : recevoir tout, sans rien retenir comme son bien. Le paradoxe de la folie et de la sagesse renvoie enfin à la croix, où la tradition discerne la manifestation la plus déconcertante de la sagesse divine.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage d'exhortation argumentée : Paul avertit, puis appuie son avertissement sur deux citations de l'Ancien Testament, avant de conclure par une formule ramassée. La construction en paradoxe — devenir fou pour devenir sage — n'est pas une invitation à l'absurde mais un procédé rhétorique courant, qui force à changer de point de vue. Les derniers versets prennent la forme d'une énumération rythmée, presque d'un refrain, faite pour être retenue.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, dictée depuis Éphèse vers 54-56 après Jésus-Christ ; son authenticité n'est pas contestée. Elle répond à des nouvelles inquiétantes venues de Corinthe : divisions, procès entre chrétiens, désordres dans les assemblées, questions sur le mariage et la nourriture. Paul y écrit non pas un traité mais une réponse pratique, en abordant les problèmes l'un après l'autre. Le passage du jour appartient à la première section, consacrée aux rivalités internes.

Lectures et références
  • Ac 18, 1-18 — Le récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, arrière-plan de la lettre.
  • Ac 18, 24-28 — Présente Apollos, son éloquence et son passage en Achaïe, ce qui explique son prestige à Corinthe.
  • 1 Co 3, 16-17 — Les versets qui précèdent immédiatement : la communauté est le temple de Dieu, ce qui fonde l'avertissement du jour.
  • 1 Co 4, 1-2 — La suite du raisonnement : Paul se définit comme intendant d'un bien qui n'est pas le sien.
  • Is 55, 8-9 — L'écart entre les pensées de Dieu et celles des hommes, déjà affirmé par les prophètes.

À retenir

Paul retourne la logique des clans corinthiens : les prédicateurs ne sont pas des chefs à qui l'on appartient, mais des serviteurs donnés à des croyants qui, eux, sont au Christ.

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Psaume

Psaumes 23, 1-2 . 23, 3-4 . 23, 5-6

1 Psaume de David. A Yahweh est la terre et ce qu’elle renferme, le monde et tous ceux qui l’habitent.

2 Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers, qui l’a affermie sur les fleuves.

3 Qui montera à la montagne de Yahweh ? qui se tiendra dans son lieu saint ? —

4 Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur ; celui qui ne livre pas son âme au mensonge, et qui ne jure pas pour tromper.

5 Il obtiendra la bénédiction de Yahweh, la justice du Dieu de son salut.

6 Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob. — Séla.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 5, 1-11

« Laissant tout, ils le suivirent »

1 Or, un jour que pressé par la foule qui voulait entendre la parole de Dieu, il se tenait sur le bord du lac de Génésareth,

2 il vit deux barques qui stationnaient près du rivage ; les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets.

3 Il monta donc dans une de ces barques, qui était à Simon, et le pria de s’éloigner un peu de terre ; puis, s’étant assis, il enseigna le peuple de dessus la barque.

4 Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : « Avance en pleine mer, et vous jetterez vos filets pour pêcher. »

5 Simon lui répondit : « Maître, toute la nuit nous avons travaillé sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je jetterai le filet. »

6 L’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait.

7 Et ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans l’autre barque, de venir à leur aide. Ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.

8 Ce que voyant Simon Pierre tomba aux pieds de Jésus en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. »

9 Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui l’accompagnaient, à cause de la capture de poissons qu’ils avaient faite ;

10 il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Et Jésus dit à Simon : « Ne crains pas, car désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

11 Aussitôt, ramenant leurs barques à terre, ils quittèrent tout et le suivirent.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au début du ministère de Jésus en Galilée, la région du nord de la Palestine où il a grandi. Luc a déjà raconté sa prédication rejetée à Nazareth, son enseignement à Capharnaüm et plusieurs guérisons — dont celle de la belle-mère de Simon, chez qui Jésus était entré.

Ce détail change tout : chez Luc, contrairement à Marc et Matthieu, Simon connaît déjà Jésus lorsque celui-ci monte dans sa barque. L'appel n'arrive pas comme un coup de foudre entre inconnus, mais après une première familiarité.

La scène raconte donc le premier appel de disciples dans cet évangile. Juste après viendront la guérison d'un lépreux, celle d'un paralysé, puis l'appel du collecteur d'impôts Lévi : Luc regroupe ici les débuts de la formation du groupe qui suivra Jésus jusqu'à Jérusalem.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le prédicateur itinérant de Nazareth, dont Luc raconte la vie publique. À ce stade du récit, sa réputation d'enseignant et de guérisseur s'est déjà répandue en Galilée.

Il utilise la barque de Simon comme tribune pour enseigner la foule, puis prend l'initiative d'un ordre déraisonnable du point de vue des pêcheurs, avant d'appeler Simon à un autre métier.

Simon (Simon-Pierre)

Pêcheur de profession sur le lac de Galilée. Jésus lui donnera plus tard le surnom de Pierre, et il deviendra le premier des Douze, ces disciples choisis pour accompagner Jésus de près. Simon, Pierre et Céphas désignent le même homme.

Il obéit malgré son expérience contraire, puis, devant l'ampleur de la pêche, se reconnaît indigne. C'est à lui seul que Jésus adresse la parole finale sur sa mission future.

Jacques et Jean, fils de Zébédée

Deux frères, pêcheurs eux aussi, associés à Simon dans la même entreprise. Ils feront partie du groupe des Douze et seront, avec Pierre, les témoins privilégiés de plusieurs épisodes.

Ils tiennent la seconde barque, viennent en renfort, partagent la stupeur générale et quittent tout avec Simon à la fin du récit.

La foule

Les habitants de Galilée qui se déplacent pour entendre Jésus. Chez Luc, la foule est presque toujours favorable, à la différence des autorités religieuses.

Sa pression sur le rivage motive tout le dispositif : c'est parce qu'elle se presse que Jésus monte dans la barque, et que la scène de pêche devient possible.

Mots à connaître
Le lac de Génésareth

Autre nom de la mer de Galilée, un lac d'eau douce d'environ vingt kilomètres de long, au nord de la Palestine. Ses rives étaient bordées de villages vivant de la pêche, dont Capharnaüm. Les évangiles l'appellent tantôt lac, tantôt mer.

Laver les filets

La pêche se pratiquait la nuit, à la lumière ou dans l'obscurité favorable, avec de grands filets lestés jetés depuis la barque. Au petit matin, on les nettoyait des algues et du limon, puis on les faisait sécher : c'est le moment où la journée de travail s'achève, ce qui rend l'ordre de Jésus d'autant plus incongru.

Enseigner assis

Dans le judaïsme du temps, le maître s'assoit pour enseigner et l'auditoire reste debout ou assis autour de lui. La position n'est pas de repos mais d'autorité, comme un professeur en chaire.

Les associés

La pêche était une petite entreprise familiale : Zébédée et ses fils travaillaient en association avec Simon, avec plusieurs barques et des employés. Quitter ce métier n'est pas abandonner un emploi précaire, mais une activité organisée et un patrimoine.

« Maître »

Luc emploie ici un mot grec (epistatès) qui désigne un chef, un responsable, plutôt que le titre habituel de rabbi. C'est un terme propre à cet évangile, qui traduit le respect d'un homme du peuple envers une autorité reconnue.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 1, 16-20 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même appel de Simon, Jacques et Jean, mais sans aucune pêche miraculeuse : Jésus passe, appelle, et ils suivent. Matthieu (Mt 4, 18-22) reprend cette forme brève. Luc, lui, développe l'épisode en un récit complet où le miracle précède et fonde l'appel : c'est un choix de rédaction, qui met en avant la personne de Simon et sa prise de conscience.

Jn 21, 1-11

L'évangile selon Jean raconte une pêche extraordinaire très semblable, mais après la résurrection de Jésus, et elle s'achève aussi par une parole adressée à Pierre sur sa mission. Les deux récits sont probablement deux mises en forme d'une même tradition, placées à des moments opposés du récit. Le rapprochement montre que cette scène était lue comme la vocation typique de Pierre.

Is 6, 1-8 Ancien Testament

Le prophète Isaïe, saisi par une vision de Dieu dans le Temple, se déclare indigne à cause de son impureté, est rassuré, puis envoyé. La réaction de Simon suit exactement ce schéma : manifestation, effroi, aveu d'indignité, parole rassurante, envoi en mission. Luc écrit donc un récit de vocation prophétique.

Lc 4, 38-39

Quelques versets plus haut, Jésus est entré dans la maison de Simon et y a guéri sa belle-mère. Luc a délibérément placé cette scène avant l'appel, ce que Marc et Matthieu ne font pas dans cet ordre. L'obéissance de Simon en devient plus compréhensible : il sait déjà qui parle.

Clés de lecture
Du singulier au pluriel

L'ordre de Jésus commence par un verbe adressé à Simon seul, puis passe à un verbe au pluriel qui englobe l'équipage. Le récit reste tendu entre ces deux plans : une aventure collective, mais un interlocuteur privilégié. La parole finale, elle, revient au singulier et ne s'adresse qu'à Simon.

Le changement de nom au moment décisif

Luc appelle le personnage Simon pendant tout le récit, et n'écrit Simon-Pierre qu'au moment où il tombe à genoux. Ce basculement discret signale que quelque chose se joue là sur l'identité de cet homme, bien avant que Jésus ne lui donne officiellement ce surnom.

L'effroi, pas l'enthousiasme

La réaction devant la pêche n'est pas la joie du gain mais la peur, et une demande d'éloignement. C'est la réaction biblique typique devant une manifestation du divin : l'homme se découvre à distance infinie. La parole de Jésus renverse cette distance sans nier l'aveu.

« Prendre » des hommes

L'image finale reprend le vocabulaire de la pêche pour désigner la mission future. Le verbe grec employé signifie plutôt « prendre vivant », « capturer pour garder en vie » : il ne s'agit donc pas de tirer des hommes hors de l'eau pour les faire périr, mais de les gagner.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc raconte comment un pêcheur de Galilée est devenu disciple : une rencontre, une obéissance déraisonnable, une révélation, un appel. Le passage explique en même temps pourquoi Simon-Pierre occupe une place à part dans le groupe, ce que la suite de l'évangile et les Actes des Apôtres confirmeront.

La tradition catholique y lit aussi une figure de l'Église : la barque de Simon d'où la parole est annoncée, la pêche impossible aux seules forces humaines et rendue féconde par la parole du Christ, l'aveu du péché qui n'exclut pas de la mission mais la précède. Le fait que l'appel suive immédiatement la reconnaissance de son indignité est le point décisif : ce n'est pas la qualité de l'homme qui fonde l'envoi, mais l'appel reçu. Le dernier mot du récit — tout laisser — définit ce que le christianisme appelle la vocation, un déplacement de vie entier et non un supplément d'activité.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de vocation, greffé sur un récit de miracle. Le miracle n'est pas là pour lui-même : il sert à révéler qui est Jésus et à provoquer la décision de Simon.

Le schéma est classique dans la Bible : une manifestation de la puissance divine, la peur de l'homme, une parole qui rassure, un envoi. Lire ce texte, c'est donc moins s'interroger sur le nombre de poissons que suivre la transformation d'un pêcheur en disciple.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, présenté comme un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, de culture grecque. Il a aussi écrit les Actes des Apôtres, suite directe de son évangile.

Il écrit sans doute vers les années 80, pour des lecteurs de langue et de culture grecques, chrétiens de la seconde génération, à qui il veut donner un récit ordonné et vérifiable des origines. La date et le lieu exacts restent discutés ; ce qui est sûr, c'est qu'il utilise des sources antérieures et les réorganise avec un vrai souci littéraire.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 208 — Ce paragraphe cite précisément la réaction de Pierre pour décrire ce que produit chez l'homme la rencontre de la sainteté de Dieu.
  • Ac 2, 41 — La promesse faite à Simon se réalise dans les Actes des Apôtres, où sa prédication à Jérusalem rassemble une foule de croyants.
  • Lc 5, 27-28 — L'appel de Lévi, quelques versets plus loin, s'achève par le même geste de tout laisser, signe que Luc construit une série.
  • Lc 6, 12-16 — Luc y donne la liste des Douze, où Simon est nommé le premier et reçoit le nom de Pierre.

À retenir

Une pêche impossible fait découvrir à un homme à la fois qui est Jésus et ce qu'il est lui-même, et c'est de cet aveu, non d'une qualité, que part sa mission.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

Après que Notre-Seigneur eut opéré un grand nombre de guérisons, l’empressement du peuple pour recourir à sa puissance salutaire ne put être arrêté ni par le temps, ni par les lieux ; le soir est venu, ils ne cessent de marcher à sa suite, un lac se présente, ils se pressent autour de lui « Un jour que la foule se précipitait sur lui, » etc.

S. Chrys

Ils étaient comme enchaînés à sa divine personne, pleins d’amour et d’admiration pour lui, et ils voulaient le retenir au milieu d’eux. Et, en effet, qui aurait voulu se séparer de lui pendant qu’il opérait de si grands miracles ? Qui aurait refusé de contempler cette face adorable et cette bouche d’où sortaient tant de merveilles. Car le Sauveur n’était pas seulement admirable dans les miracles qu’il opérait, mais son aspect seul était rempli de grâce ; aussi quand il parlait, on l’écoutait dans un profond silence, sans jamais oser l’interrompre : « La foule, se précipitant sur lui pour entendre la parole de Dieu, » etc.

« Il était sur le bord du lac de Génésareth. »

Bède

Le lac de Génésareth est le même qui porte le nom de mer de Galilée ou de Tibériade. On l’appelle mer de Galilée, de la province qui est baignée par ses eaux, et mer de Tibériade, de la ville qui en est voisine. Le nom de Génésareth vient de la nature même du lac, dont les ondes, en se ridant, produisent d’elles-mêmes les vents qui agitent ses flots. En effet, le mot Génésareth signifie qui produit de lui-même le vent . Les eaux, au lieu d’être calmes et tranquilles comme celles des autres lacs, sont souvent agitées par le souffle des vents, elles sont douces et agréables à boire. Mais dans la langue hébraïque, toute grande étendue d’eau douce ou salée, reçoit le nom de mer.

Théophile

Plus la gloire s’attache au Sauveur, plus il cherche à s’y dérober, c’est pourquoi nous le voyons s’éloigner de la foule et monter dans une barque : « Et il vit deux barques arrêtées au bord du lac, et dont les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. »

30 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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