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22ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier)

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Jérémie 20, 7-9

« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte »

7 Tu m’as séduit, Yahweh, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi et tu as prévalu. Je suis chaque jour un objet de risée ; tous se moquent de moi.

8 Car chaque fois que je parle, je crie, j’annonce violence et dévastation, et la parole de Yahweh est pour moi opprobre et sujet de risée, chaque jour.

9 Je disais : « Je ne ferai plus mention de lui, je ne parlerai plus en son nom... » Il y avait dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ; je m’efforçais de le contenir, et je n’ai pas pu.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Jérémie a exercé son ministère à Jérusalem dans les dernières décennies du royaume de Juda, jusqu'à la destruction de la ville par les Babyloniens en 587 avant Jésus-Christ. Sa prédication annonce sans relâche le désastre à venir si le peuple ne change pas de conduite : un message que personne ne veut entendre.

Juste avant ce passage, Jérémie a brisé publiquement une cruche de terre pour signifier la ruine de la ville ; le responsable de la police du Temple, Pashehour, l'a fait frapper et enchaîner une nuit entière au pilori. Le texte du jour est ce qui sort de sa bouche au lendemain de cette humiliation.

La liturgie s'arrête au verset 9, avant la suite immédiate, où le prophète appelle sur ses adversaires la vengeance de Dieu, puis maudit le jour de sa naissance. On garde donc la plainte et le sursaut, sans la part la plus noire du chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jérémie

Prophète de Juda, issu d'une famille de prêtres du village d'Anatoth, appelé très jeune et actif pendant une quarantaine d'années jusqu'à la chute de Jérusalem. Sa vie est faite d'échecs, de persécutions et de solitude.

Il parle ici à la première personne, non pour transmettre un message, mais pour se plaindre à Dieu de la mission qui lui a été imposée et qui lui vaut le mépris de tous.

le Seigneur

Le Dieu d'Israël, celui qui appelle les prophètes et met sa parole dans leur bouche. Dans le livre de Jérémie, il est à la fois celui qui envoie et celui qui promet d'être aux côtés de son envoyé.

Il n'intervient pas dans ce passage : il est l'interlocuteur silencieux, accusé d'avoir entraîné le prophète dans une aventure dont celui-ci ne peut plus sortir.

les moqueurs

Les habitants de Jérusalem, y compris les responsables religieux et politiques, à qui Jérémie s'adresse et qui refusent son message.

Ils forment l'entourage hostile qui tourne le prophète en dérision jour après jour, sans qu'aucun nom soit donné : la moquerie est devenue son climat ordinaire.

Mots à connaître
« séduit »

Le verbe hébreu employé signifie tour à tour persuader, tromper, et séduire une jeune fille. Jérémie choisit un mot très cru pour dire que Dieu a eu raison de sa résistance. Le second verbe, plus violent encore, évoque une force à laquelle on ne peut opposer aucune défense.

« Violence et dévastation ! »

Deux mots hébreux qui vont souvent ensemble dans les prophètes pour désigner le pillage et la ruine d'une ville. Ils résument en un cri tout le contenu de la prédication de Jérémie : l'annonce du désastre militaire qui menace Jérusalem. C'est ce message, et non la personne du prophète, qui le rend insupportable à ses contemporains.

parler au nom de quelqu'un

Dans la Bible, le prophète n'exprime pas ses idées : il prête sa voix à un autre et engage l'autorité de celui qui l'envoie. Renoncer à parler « en son nom », c'est donc démissionner de sa fonction, non se taire par prudence.

« dans mes os »

Les os désignent en hébreu ce qu'il y a de plus intime et de plus solide dans une personne, ce qui la tient debout. Dire que la parole est enfermée dans ses os, c'est dire qu'elle n'est pas un message extérieur mais une force logée au plus profond de lui.

« – Parole du Seigneur »

Cette ligne finale ne fait pas partie du texte de Jérémie : c'est la formule que prononce le lecteur à la messe pour conclure la lecture. Elle signale que le passage qui vient d'être lu appartient aux Écritures reçues comme parole de Dieu.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« tu m'as séduit, et j'ai été séduit »

La répétition du même verbe, à l'actif puis au passif, calque une tournure hébraïque d'insistance. D'autres traductions rendent le verbe par « tu m'as trompé » ou « tu m'as circonvenu » : l'hébreu couvre à la fois la persuasion, la ruse et la séduction.

« elle était enfermée dans mes os »

Traduction très proche de la lettre du texte hébreu. Certaines bibles écrivent plutôt « prisonnière au fond de mon être », ce qui rend le sens sans conserver l'image corporelle.

Ailleurs dans l’Écriture
Jr 1, 4-10 Ancien Testament

Le récit de l'appel de Jérémie, au tout début du livre, éclaire cette plainte. Dieu y déclare l'avoir choisi avant même sa naissance, lui met sa parole dans la bouche et lui promet d'être avec lui pour le délivrer. Le passage du jour montre le revers de cette élection : ce que le prophète a reçu, il ne peut plus le rendre.

Jr 15, 10-21 Ancien Testament

Autre morceau du même ensemble de plaintes personnelles réparties dans les chapitres 11 à 20. Jérémie s'y dit maudit par tous, et Dieu lui répond en l'invitant à revenir vers lui plutôt qu'à céder. La comparaison montre que le passage du jour n'est pas un accès d'humeur isolé, mais un fil qui traverse le livre.

1 Co 9, 16

Paul, apôtre du premier siècle, écrit qu'annoncer l'Évangile n'est pas pour lui un choix mais une nécessité qui pèse sur lui. La formule est très proche de l'expérience de Jérémie : la parole reçue devient une contrainte intérieure. Le rapprochement montre la continuité entre la vocation prophétique et la mission chrétienne.

Mt 16, 21-27

Dans le lectionnaire dominical de l'année A, ce texte de Jérémie précède l'évangile où Jésus annonce sa Passion, reprend Pierre qui veut l'en détourner, et déclare que le suivre suppose de porter sa croix. Le rapprochement entre les deux lectures est voulu : la mission reçue de Dieu conduit à l'épreuve, non au succès.

Clés de lecture
Un procès fait à Dieu

Le passage s'ouvre par une accusation directe : Dieu est présenté comme celui qui a trompé et forcé. Cette liberté de langage est caractéristique de la prière biblique, qui n'interdit pas le reproche. Elle suppose au contraire une relation assez solide pour supporter la protestation.

Le retournement du verset 9

Le point de bascule est la décision de démissionner : ne plus penser à Dieu, ne plus parler en son nom. C'est précisément là que la parole se révèle plus forte que la volonté du prophète, décrite comme un feu qu'il ne peut contenir. La plainte débouche ainsi sur un constat d'impuissance qui est aussi un aveu d'attachement.

Un échec, pas un succès

Rien dans ce texte ne suggère que la prédication porte du fruit : elle ne produit que dérision et insulte. Le livre de Jérémie mesure la fidélité du prophète à sa persévérance, non à ses résultats — une inversion des critères ordinaires de réussite.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte documente le coût humain de la vocation prophétique : un homme se plaint d'une mission qu'il n'a pas choisie, qui lui a coûté son insertion sociale, et dont il ne peut pourtant pas se défaire. Il n'y a ici ni consolation ni réponse divine : la liturgie retient la tension telle quelle.

La tradition chrétienne a très tôt reconnu dans la figure de Jérémie souffrant une préparation à celle du Christ rejeté et moqué par les siens ; les évangiles rapportent d'ailleurs que certains contemporains de Jésus l'identifiaient à Jérémie. Cette lecture ne remplace pas la première : elle en prolonge la logique, selon laquelle la parole de Dieu, portée jusqu'au bout, expose celui qui la porte. La vie chrétienne y trouve la description d'une fidélité qui n'est pas d'abord un enthousiasme, mais une contrainte intérieure qui subsiste quand l'enthousiasme a disparu.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est pas un oracle — c'est-à-dire un message que Dieu adresse au peuple par la bouche du prophète — mais l'inverse : une plainte adressée à Dieu, à la première personne. La tradition appelle ces morceaux les « confessions de Jérémie », au sens de confidences.

Le genre est celui des psaumes de supplication : reproche direct à Dieu, description de l'hostilité subie, sursaut final. Il faut donc le lire comme une prière poussée à bout, non comme un enseignement doctrinal : la liberté de ton y est celle qu'autorise la prière biblique.

Qui écrit, et pour qui

Le livre porte le nom de Jérémie, prophète actif à Jérusalem entre 626 environ et la chute de la ville en 587 avant Jésus-Christ. Le livre lui-même raconte qu'il dictait ses oracles à un secrétaire, Baruch (chapitre 36), ce qui donne une idée de sa formation par étapes.

Les spécialistes s'accordent à y voir un ensemble constitué sur une longue durée, avec des relectures postérieures à l'exil à Babylone ; la version grecque ancienne est d'ailleurs plus courte et autrement ordonnée que l'hébreu. La part exacte qui remonte au prophète lui-même reste discutée, mais les plaintes personnelles comme celle-ci sont généralement tenues pour le noyau le plus ancien et le plus personnel du livre.

À retenir

Jérémie reproche à Dieu de l'avoir entraîné dans une mission qui ne lui vaut que le mépris, et découvre en voulant démissionner que la parole reçue est devenue en lui plus forte que sa propre volonté.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 62, 2 . 62, 3-4 . 62, 5-6 . 62, 8-9

2 O Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aurore ; mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi, dans une terre aride, desséchée et sans eau.

3 C’est ainsi que je te contemplais dans le sanctuaire, pour voir ta puissance et ta gloire.

4 Car ta grâce est meilleure que la vie : que mes lèvres célèbrent tes louanges !

5 Ainsi te bénirai-je toute ma vie, en ton nom j’élèverai mes mains.

6 Mon âme est rassasiée, comme de mœlle et de graisse, et, la joie sur les lèvres, ma bouche te loue.

8 Car tu es mon secours, et je suis dans l’allégresse à l’ombre de tes ailes.

9 Mon âme est attachée à toi, ta droite me soutient.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

Romains 12, 1-2

« Présentez votre corps en sacrifice vivant »

1 Je vous exhorte donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous lui devez.

2 Et ne vous conformez pas au siècle présent, mais transformez-vous par le renouvellement de l’esprit, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Romains se partage en deux grands mouvements. Les onze premiers chapitres exposent une doctrine : tous les hommes, juifs et païens, sont pris dans le péché, et tous sont sauvés gratuitement par la foi au Christ ; cette démonstration s'achève sur la question du destin d'Israël et se termine par un chant d'admiration devant la sagesse de Dieu (fin du chapitre 11).

Ces deux versets forment la charnière de toute la lettre : Paul passe de l'exposé à l'exhortation. Ce qui suit immédiatement décrit la vie concrète de la communauté — la diversité des dons dans un seul corps, l'amour fraternel, le rapport aux autorités, le respect des consciences fragiles.

Le passage est donc à lire comme une porte d'entrée : il énonce le principe général dont les chapitres 12 à 15 tireront les applications. Aux dimanches du Temps ordinaire, la deuxième lecture parcourt ainsi une lettre apostolique semaine après semaine, selon son propre fil.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire déclaré des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal missionnaire du christianisme naissant dans le monde grec et romain. Il fonde des communautés et leur écrit des lettres, dont celle-ci.

Il ne donne pas un ordre mais une exhortation pressante, et il en indique le fondement : ce que Dieu a déjà fait, longuement exposé dans les chapitres précédents.

« frères »

Les chrétiens de Rome, communauté que Paul n'a pas fondée et qu'il ne connaît pas encore personnellement, composée de croyants venus du judaïsme et d'autres venus du paganisme. Le mot désigne les membres de la communauté, hommes et femmes.

Ce sont les destinataires directs : Paul s'adresse à un groupe, non à des individus isolés, et c'est ensemble qu'ils forment le lieu de ce culte nouveau.

Dieu

Dans toute la lettre, celui qui prend l'initiative : il juge, il sauve gratuitement, il fait miséricorde à tous.

Il est ici à la fois le motif de l'exhortation, le destinataire de l'offrande, et celui dont la volonté est à discerner.

Mots à connaître
sacrifice

Dans le monde de Paul, juif comme païen, le sacrifice est un acte matériel : on immole une bête ou on brûle une offrande pour honorer la divinité. Le Temple de Jérusalem fonctionne encore, et Rome est pleine d'autels. Parler d'un sacrifice qui reste vivant est donc, littéralement, un paradoxe.

culte

Le mot grec employé ici, latreia, désigne le service religieux rendu à Dieu, notamment par les rites du Temple. Paul l'attribue à l'existence quotidienne des croyants, ce qui revient à déplacer le lieu du culte hors du sanctuaire.

le corps

Pour Paul, héritier de la manière hébraïque de penser l'homme, le corps n'est pas une enveloppe distincte de l'âme : il désigne la personne en tant qu'elle est présente au monde, avec ses actes et ses relations. C'est pourquoi la traduction affichée précise « votre personne tout entière ».

le monde présent

L'expression grecque parle plutôt du « siècle présent », c'est-à-dire de l'époque actuelle avec sa manière de juger et de vivre, par opposition au monde nouveau inauguré par la résurrection du Christ. Il ne s'agit donc pas de mépriser la création, mais de refuser un modèle de conduite.

discerner

Le verbe grec évoque l'examen qui permet de vérifier la valeur d'une chose, comme on éprouve un métal. Il ne suppose pas une liste de règles à appliquer, mais une capacité de jugement à acquérir, situation par situation.

Ailleurs dans l’Écriture
Rm 6, 12-13

Plus tôt dans la lettre, Paul emploie déjà le vocabulaire du « présenter » : ne pas mettre son corps au service du péché mais l'offrir à Dieu comme des vivants revenus d'entre les morts. Le geste demandé ici n'est donc pas nouveau, mais il reçoit un nom : un sacrifice, un culte. Le rapprochement montre que Paul pense toute la vie morale à partir du baptême.

Os 6, 6 Ancien Testament

Le prophète Osée fait dire à Dieu qu'il préfère l'amour fidèle aux sacrifices d'animaux. Cette critique intérieure du culte traverse l'Ancien Testament bien avant Paul : elle prépare le déplacement qu'il opère ici, de l'autel vers l'existence entière.

1 P 2, 5

La première lettre de Pierre décrit les baptisés comme les pierres d'un temple vivant et un sacerdoce saint, chargés d'offrir des sacrifices spirituels. Deux auteurs différents du Nouveau Testament aboutissent ainsi à la même intuition : le vrai temple est désormais la communauté croyante elle-même.

Ep 4, 22-24

On y retrouve l'idée d'un renouvellement de la pensée et d'un homme nouveau à revêtir, opposé à l'ancienne manière de vivre. La convergence éclaire ce que Paul entend par transformation : non un effort de volonté isolé, mais un changement de la façon même de juger et d'évaluer.

Clés de lecture
Une exhortation fondée, non imposée

Paul ne commence pas par un impératif sec : il invoque d'abord la miséricorde de Dieu, celle qu'il vient de décrire pendant onze chapitres. La morale chrétienne est ici présentée comme une conséquence, pas comme une condition préalable.

Le culte déplacé

Tout le vocabulaire du sanctuaire — offrande, sacrifice, sainteté, ce qui plaît à Dieu, culte — est appliqué à la vie ordinaire des croyants. C'est le point de bascule du passage : il n'y a plus de zone religieuse séparée du reste de l'existence.

Deux verbes opposés

Le grec oppose deux mouvements : se couler dans le moule de l'époque, ou être transformé en profondeur. Le second est formulé de telle sorte qu'il désigne autant une action à consentir qu'une transformation subie : le croyant n'en est pas seul l'auteur.

Une intelligence à renouveler

L'objectif annoncé n'est pas d'obéir mais de discerner. Paul suppose que la façon de penser elle-même doit changer pour que la volonté de Dieu devienne reconnaissable ; les chapitres suivants en donneront les applications concrètes.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul demande à des chrétiens de Rome de faire de leur existence entière le lieu de leur relation à Dieu, en cessant de se régler sur les manières de vivre de leur temps et en acquérant un jugement neuf.

La tradition catholique a lu dans ces versets l'un des fondements de ce qu'elle appelle le sacerdoce commun des baptisés : par le baptême, tout chrétien est habilité à offrir sa vie, et la messe est le lieu où cette offrande est unie à celle du Christ. De là vient aussi l'affirmation que la vie morale est elle-même un culte spirituel : ce que l'on fait de ses journées appartient à la liturgie au sens large.

Le Catéchisme reprend explicitement ce texte pour dire que le discernement de la volonté de Dieu relève d'une intelligence renouvelée, et non d'une simple application de règles.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

On appelle exhortation ce type de texte : un discours qui pousse à agir, non un traité ni un règlement. Sa logique propre est de fonder la conduite sur ce qui a déjà été reçu — Paul ne dit pas « faites cela pour obtenir », mais « puisque Dieu a fait cela, vivez ainsi ».

Le passage emprunte en outre le vocabulaire du culte sacrificiel et l'applique à la vie ordinaire : cette transposition est le moteur du texte et doit être lue comme telle, non au sens matériel.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, qui la dicte vraisemblablement depuis Corinthe vers les années 56-58, quelques mois avant un voyage à Jérusalem dont il redoute l'issue. Son authenticité n'est pas discutée : c'est l'une des lettres dont l'attribution à Paul fait l'unanimité.

Il écrit à une communauté qu'il n'a pas fondée et qu'il espère visiter, en route vers l'Espagne. Cela explique le caractère très construit du texte : Paul se présente en exposant l'ensemble de sa compréhension de l'Évangile à des chrétiens qui ne le connaissent que de réputation.

À retenir

Paul fait basculer le vocabulaire du sacrifice hors du Temple : le culte véritable, c'est une existence entière offerte, guidée par une manière de penser transformée et capable de discerner.

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Évangile

Matthieu 16, 21-27

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même »

21 Jésus commença dès lors à découvrir à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrît beaucoup de la part des Anciens, des Scribes et des Princes des prêtres, qu’il fût mis à mort et qu’il ressuscitât le troisième jour.

22 Pierre, le prenant à part, se mit à le reprendre, en disant : « À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. »

23 Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : « Retire-toi de moi, Satan, tu m’es un scandale ; car tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu ; tu n’as que des pensées humaines. »

24 Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à soi-même, qu’il prenne sa croix et me suive.

25 Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera.

26 Et que sert à un homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme ? Ou que donnera un homme en échange de son âme ?

27 Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage s'ouvre juste après un sommet du récit : à Césarée de Philippe, Pierre vient de reconnaître en Jésus le Messie, le Fils du Dieu vivant, et Jésus l'a déclaré heureux, annonçant qu'il bâtirait son Église sur lui (Mt 16, 13-20). Ce que le lecteur vient d'entendre est donc une confession de foi couronnée d'une promesse.

La scène qui suit fait immédiatement contrepoids : pour la première fois, Jésus explique où mène sa mission — la mort à Jérusalem, puis la résurrection. Le même Pierre qui vient d'être loué se voit durement repris. Vient ensuite une instruction adressée à tous sur la condition de celui qui veut suivre Jésus.

On est au tournant de l'évangile de Matthieu : après le ministère en Galilée, tout le récit s'oriente désormais vers Jérusalem. Juste après ce passage viendra la Transfiguration (Mt 17, 1-8), où trois disciples entrevoient la gloire annoncée à la fin de notre texte.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant que ses disciples viennent de reconnaître comme le Messie attendu d'Israël, c'est-à-dire l'envoyé de Dieu pour sauver son peuple.

Il révèle pour la première fois que sa mission passe par la souffrance et la mort, corrige Pierre sans ménagement, puis étend à tous ceux qui le suivent la logique de ce chemin.

Pierre

Pêcheur de Galilée d'abord appelé Simon, renommé Pierre par Jésus ; il est le porte-parole habituel du groupe des Douze, ces disciples choisis pour être les plus proches.

Il refuse net la perspective d'un Messie mis à mort et tente d'en détourner Jésus. Il passe ainsi, en quelques versets, du rôle de fondation à celui d'obstacle.

les disciples

L'ensemble de ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; le mot est plus large que « les Douze », mais ici il désigne le cercle proche.

Ils sont les destinataires de la première annonce de la Passion, puis de l'enseignement sur le renoncement : ce qui est dit du maître va valoir pour eux.

les anciens, les grands prêtres et les scribes

Les trois composantes du Sanhédrin, le conseil suprême juif siégeant à Jérusalem : notables laïcs, familles sacerdotales dirigeant le Temple, et spécialistes de la Loi.

Ils sont nommés comme les auteurs de la condamnation à venir. Leur mention situe d'emblée le conflit à Jérusalem, au cœur des institutions religieuses.

Mots à connaître
Jérusalem

Capitale religieuse d'Israël, siège du Temple et des autorités juives. Y « monter » n'est pas un simple déplacement : c'est aller au lieu du culte et, pour Jésus, se livrer là où réside le pouvoir qui le condamnera.

la croix

Instrument de supplice romain réservé aux esclaves et aux rebelles, associé à l'infamie autant qu'à la douleur. Le condamné portait lui-même la poutre transversale jusqu'au lieu d'exécution. Pour les premiers auditeurs, l'image évoquait donc une marche publique vers une mort honteuse, non une contrariété à supporter.

Satan

Mot hébreu signifiant « l'adversaire », « celui qui fait obstacle ». Employé ici, il ne fait pas de Pierre un démon : il qualifie sa parole comme un obstacle placé sur la route de Jésus, exactement comme lors des tentations au désert.

le Fils de l'homme

Expression par laquelle Jésus se désigne lui-même dans les évangiles. Elle vient du livre de Daniel, où une figure « comme un fils d'homme » reçoit de Dieu la royauté sur tous les peuples. Elle joint donc l'humilité d'un homme et une autorité venue d'en haut.

le troisième jour

Manière biblique de dire un délai court au terme duquel Dieu intervient. La formule fait partie du langage le plus ancien de la foi chrétienne sur la résurrection, avant même la rédaction des évangiles.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 8, 31-38 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même scène, et Matthieu la suit de près. Deux différences : chez Marc, Jésus se retourne en regardant ses disciples avant de reprendre Pierre, ce qui fait de la correction un avertissement collectif ; et l'expression traduite chez Matthieu par « occasion de chute » est absente. Matthieu accentue le contraste avec la promesse faite à Pierre juste avant, qu'il est seul à rapporter.

Lc 9, 22-27 même épisode, autre évangile

Luc rapporte l'annonce de la Passion et l'appel à porter sa croix, mais supprime entièrement la protestation de Pierre et la réprimande. Luc ménage ainsi la figure de Pierre. Il ajoute en revanche que la croix doit être prise « chaque jour », ce qui déplace l'accent du martyre vers la vie quotidienne du croyant.

Mt 10, 38-39

Matthieu a déjà fait dire à Jésus, dans le discours d'envoi des Douze, presque les mêmes paroles sur la croix à porter et sur la vie perdue et trouvée. Cette reprise n'est pas une maladresse : l'évangéliste replace la formule au moment où elle devient concrète, une fois la mort de Jésus annoncée.

Ps 49, 8-9 Ancien Testament

Ce psaume constate qu'aucun homme ne peut payer à Dieu le prix du rachat d'une vie humaine. La question posée à la fin du passage sur ce qu'on pourrait donner en échange de sa vie en reprend l'idée : la vie n'a pas d'équivalent monnayable. L'arrière-plan biblique donne à la question sa force de sentence.

Clés de lecture
Un renversement immédiat

Pierre est déclaré pierre de fondation, puis aussitôt appelé obstacle. Matthieu place les deux scènes côte à côte volontairement : reconnaître que Jésus est le Messie ne signifie pas encore comprendre quel Messie il est. La foi juste peut cohabiter avec une attente fausse.

« Passe derrière moi »

La formule n'est pas seulement un rejet. Se tenir derrière quelqu'un, dans le vocabulaire des évangiles, c'est la position même du disciple qui marche à la suite de son maître. Pierre, qui voulait dicter la route, est renvoyé à sa place : derrière, non devant.

Du destin de Jésus à celui du disciple

Le passage bascule au moment où Jésus s'adresse à tous. Ce qu'il vient d'annoncer pour lui-même devient la description de la condition chrétienne : le chemin du maître trace celui des siens. L'enseignement n'est donc pas une morale du sacrifice en général, mais l'attachement à une personne, marqué par la répétition de l'expression « à cause de moi ».

Une perspective ouverte sur la fin

Le dernier verset ne parle plus de la croix mais de la venue glorieuse et du jugement. Cette pointe change l'éclairage de tout le passage : le renoncement demandé n'est pas une perte définitive, il est situé dans une histoire qui a un terme.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte marque le moment où Jésus rend explicite l'issue de sa mission et où il redéfinit, contre l'attente d'un Messie triomphant, ce que veut dire le suivre. La tradition catholique y voit la clé de tout l'Évangile : la gloire annoncée à la fin passe par la croix, et l'une ne s'obtient pas sans l'autre.

La lecture spirituelle prolonge ce lien. Le baptême et la vie chrétienne sont compris comme une association réelle à ce passage par la mort et la résurrection ; « prendre sa croix » ne désigne pas d'abord une souffrance recherchée, mais la fidélité qui accepte le prix de sa cohérence. L'épisode a aussi été lu comme une leçon sur l'autorité dans l'Église : celui qui reçoit une charge n'est pas dispensé de la conversion, et son autorité ne le rend pas juge du dessein de Dieu.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage combine deux formes. La première partie est une annonce de la Passion : une prédiction placée par les évangélistes à trois reprises pour préparer le lecteur à la mort de Jésus, suivie ici d'une controverse brève entre le maître et son disciple.

La seconde partie est une suite de sentences, c'est-à-dire de formules brèves et frappantes, construites sur le paradoxe (perdre pour trouver) et sur des questions sans réponse possible. Ce style vise la mémorisation plus que la démonstration : il faut les lire comme des maximes qui retournent le bon sens, non comme un raisonnement.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue cet évangile à Matthieu, le collecteur d'impôts appelé par Jésus. Les spécialistes discutent cette attribution : le texte que nous avons est écrit en grec, s'appuie largement sur l'évangile de Marc, et date probablement des années 80.

Il s'adresse selon toute vraisemblance à une communauté de chrétiens d'origine juive, peut-être en Syrie, familière des Écritures d'Israël et confrontée à la rupture avec la synagogue. Cela explique l'attention constante de Matthieu aux autorités religieuses de Jérusalem et à la figure de Pierre.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 554 — Le Catéchisme commente précisément cette première annonce de la Passion et le refus de Pierre.
  • Catéchisme, § 618 — Sur l'appel à prendre sa croix comme participation à l'unique sacrifice du Christ.
  • Catéchisme, § 682 — Sur la venue glorieuse du Christ qui rendra à chacun selon ses œuvres, évoquée au dernier verset.
  • Mt 4, 10 — Jésus avait déjà écarté le tentateur par une formule très proche de celle adressée ici à Pierre.
  • Dn 7, 13-14 — Origine de l'expression « Fils de l'homme » venant recevoir la royauté et la gloire.

À retenir

Reconnaître Jésus comme Messie ne suffit pas : ce passage montre que le titre ne prend son sens qu'à travers la croix, pour lui d'abord, puis pour ceux qui le suivent.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

Après que Pierre a confessé que Jésus était le Christ, Fils du Dieu vivant, le Sauveur, ne voulant pas que ses disciples publient pour le moment cette vérité, leur commande de ne dire à personne qu’il était le Christ.

S. Jérôme

Lorsqu’il a envoyé précédemment ses disciples prêcher l’Évangile, il leur a commandé d’annoncer son avènement. Comment concilier cet ordre avec celui qu’il leur donne ici de ne pas publier qu’il est le Christ. Je crois donc qu’il y a une différence entre prêcher le Christ et prêcher Jésus-Christ ; le nom de Christ exprime en général la dignité, celui de Jésus est le nom propre du Sauveur.

Origène

Ou bien on peut dire que les Apôtres parlaient très peu de Jésus et seulement comme d’un homme étonnant et extraordinaire, mais sans annoncer qu’il était le Christ. Si l’on prétend que les Apôtres aient publié dès lors cette vérité, il faudra dire que le dessein du Sauveur était que les Apôtres ne donnassent d’abord de temps à autre qu’une légère idée de ce qu’il était, afin que dans l’intervalle ces premières notions du Christ eussent le temps de pénétrer dans l’esprit de leurs auditeurs. Ou bien il faut résoudre cette difficulté en disant que l’ordre qu’ils avaient reçu d’annoncer le Christ ne devait être accompli que dans les temps qui suivirent sa résurrection. La défense, au contraire, qu’il fait ici aux Apôtres est pour le temps actuel, car il était inutile de prêcher le Christ sans parler de sa croix. Il leur défend donc de dire à personne qu’il fut le Christ, et cependant il les préparait à prêcher plus tard qu’il était le Christ qui a été crucifié et qui est ressuscité d’entre les morts.

S. Jérôme

Que personne ne suppose que cette explication n’est que le fruit de notre invention, car le Sauveur lui-même nous indique dans ce qui suit les raisons de cette défense : « Dès lors Jésus commença à découvrir à ses disciples qu’il fallait qu’il souffrit, » etc. Voici le sens de ces paroles : Vous prêcherez mon nom lorsque j’aurai souffert ces tourments, car il ne servirait de rien d’annoncer publiquement le Christ et de faire connaître sa majesté au milieu des peuples qui seraient témoins quelque temps après de sa flagellation et de sa mort sur la croix.

39 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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