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de la férie

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 2, 1-5

« Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié »

1 Moi aussi, mes frères, lorsque je suis venu chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le témoignage de Dieu.

2 Car je n’ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.

3 Mais c’est dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement que je me suis présenté chez vous ;

4 et ma parole et ma prédication n’avaient rien du langage persuasif de la sagesse, mais l’Esprit-[Saint] et la force de Dieu en démontraient la vérité :

5 afin que votre foi repose, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Paul écrit aux chrétiens de Corinthe, une grande cité portuaire de Grèce où il avait séjourné environ un an et demi pour y fonder une communauté. Dans les pages qui précèdent, il s'en prend aux divisions du groupe, où l'on se réclame de tel ou tel prédicateur, et il oppose la « sagesse du monde » au message apparemment absurde d'un Messie mis à mort sur une croix.

Ce passage est le retour en arrière qui vient appuyer cette démonstration : Paul rappelle comment, concrètement, il s'est présenté à eux lors de sa première venue. Juste après, il parlera d'une autre sagesse, celle que seul l'Esprit de Dieu peut faire connaître.

En semaine, la première lecture de la messe avance dans un livre au fil des jours, sans lien voulu avec l'évangile : on est ici au début du parcours de la première lettre aux Corinthiens.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal fondateur de communautés chrétiennes en Asie Mineure et en Grèce. Ses lettres, écrites pour régler des problèmes concrets, sont les plus anciens écrits chrétiens conservés.

Il parle à la première personne et rappelle sa manière d'annoncer l'Évangile à Corinthe : sans effets d'éloquence, et en assumant sa propre fragilité.

les frères (les Corinthiens)

La communauté chrétienne de Corinthe, formée surtout de gens d'origine non juive, dans une ville cosmopolite et prospère, réputée pour son goût des orateurs et des discours brillants.

Destinataires directs : Paul leur remet en mémoire une expérience qu'ils ont vécue avec lui, pour les détourner de leurs rivalités autour des prédicateurs.

Jésus Christ crucifié

Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie annoncé par les Écritures d'Israël, condamné à la croix à Jérusalem et confessé comme ressuscité.

Il constitue l'unique contenu que Paul revendique avoir annoncé : non une doctrine parmi d'autres, mais un crucifié.

l'Esprit

Dans le langage de Paul, la force même de Dieu à l'œuvre dans les croyants et dans la prédication ; les chrétiens le confesseront comme troisième personne de la Trinité.

Il est présenté comme le véritable agent de l'efficacité de la prédication, là où l'orateur humain se montre faible.

Mots à connaître
Corinthe

Ville grecque reconstruite par Rome, située sur un isthme entre deux ports, riche, mêlée, traversée par les marchands et les philosophes ambulants. On y appréciait les conférenciers habiles, ce qui rend significatif le refus de Paul de rivaliser avec eux.

le prestige du langage

L'Antiquité gréco-romaine faisait de l'art de parler, la rhétorique, une discipline maîtresse : un orateur s'évaluait à sa technique et à son effet sur l'auditoire. Renoncer à ces moyens n'était pas de la modestie de convenance, mais un choix risqué et remarqué.

crucifié

La crucifixion était un supplice romain réservé aux esclaves et aux séditieux, conçu pour être long et infamant. Annoncer un crucifié comme envoyé de Dieu était, pour un auditeur de l'époque, socialement humiliant et intellectuellement invraisemblable.

Messie

Mot hébreu signifiant « oint », c'est-à-dire consacré par une onction d'huile ; en grec, christos, d'où « Christ ». Israël attendait sous ce titre un libérateur envoyé par Dieu, généralement imaginé victorieux.

le mystère de Dieu

Dans le vocabulaire de Paul, un « mystère » n'est pas une énigme insoluble mais un dessein longtemps caché que Dieu a maintenant révélé. Ici il désigne le plan de salut accompli dans la mort et la résurrection du Christ.

Ailleurs dans l’Écriture
Ac 18, 1-11

Le livre des Actes des Apôtres raconte l'arrivée de Paul à Corinthe : il y travaille de ses mains chez un couple d'artisans, se heurte à l'hostilité, et reçoit dans une vision l'assurance de ne pas craindre. Ce récit donne un visage concret à la « faiblesse » et à la crainte dont parle la lettre. Les deux textes viennent d'auteurs différents et ne se recouvrent pas exactement, mais ils s'éclairent.

1 Co 1, 22-25

Quelques lignes plus haut, Paul a formulé le principe dont ce passage est l'illustration biographique : un Messie crucifié est un scandale pour les Juifs et une absurdité pour les Grecs, et c'est précisément là que Dieu agit. Notre passage montre que Paul a fait de ce paradoxe une méthode et non seulement une thèse.

2 Co 12, 9-10

Dans une lettre ultérieure aux mêmes Corinthiens, Paul rapporte une parole reçue du Seigneur : la puissance divine s'accomplit dans la faiblesse. C'est la même logique, appliquée cette fois à ses épreuves personnelles, ce qui montre combien ce renversement est central chez lui.

2 Co 10, 10

Paul y cite le reproche que certains lui adressaient : imposant par lettre, mais insignifiant en personne et médiocre orateur. Cela suggère que sa manière de parler à Corinthe faisait débat, et que le passage d'aujourd'hui est aussi une réponse à cette critique.

Clés de lecture
Une opposition qui structure tout

Le passage est bâti sur deux séries que Paul dresse l'une contre l'autre : d'un côté l'éloquence, la sagesse humaine, la force de persuasion ; de l'autre la faiblesse, la crainte, l'Esprit et la puissance de Dieu. Chaque phrase reprend ce contraste sous un angle nouveau.

L'argument porte sur le fondement de la foi

Le raisonnement se conclut au verset 5 : si la conversion des Corinthiens n'a pas été obtenue par un talent oratoire, c'est qu'elle ne repose pas sur un homme. Paul ne dévalorise pas l'intelligence en elle-même ; il refuse qu'une adhésion à Dieu dépende de la séduction d'un porte-parole.

Un contenu volontairement resserré

Paul dit avoir réduit son propos à un seul point, le Christ crucifié. Cette concentration s'explique par la situation de Corinthe, où l'on se divisait au nom de prédicateurs différents : ramener tout à la croix retire aux clans leur objet de compétition.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend une manière d'annoncer et non une théorie : il refuse de faire de la croix un thème présentable et refuse de compenser sa fragilité personnelle par la performance. La foi, dans cette logique, naît d'une action de Dieu et non d'une victoire argumentative.

La tradition catholique y a lu la loi de fonctionnement de toute annonce chrétienne et de toute vie de baptisé : Dieu manifeste sa puissance dans ce qui paraît sans force, la croix étant le lieu même de ce renversement. Le passage a aussi nourri la réflexion sur la prédication et sur les sacrements, dont l'efficacité ne dépend pas du talent du ministre. Il ne condamne pourtant ni l'étude ni l'usage de la raison : la suite immédiate de la lettre parle d'une sagesse véritable, donnée par l'Esprit.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni un traité, mais un passage de lettre argumentative où l'auteur se prend lui-même comme exemple. Le procédé, courant dans la rhétorique antique, consiste à rappeler à des auditeurs un souvenir partagé pour emporter leur adhésion. Il faut donc lire ces lignes comme un argument, non comme une confidence : Paul décrit sa faiblesse parce qu'elle prouve quelque chose sur l'origine de leur foi.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, écrite vers 54-56 depuis Éphèse, quelques années après son séjour fondateur à Corinthe. Il répond à des nouvelles inquiétantes et à des questions posées par la communauté : clans rivaux, désordres dans les assemblées, mœurs, mariage, repas cultuels. L'attribution à Paul n'est pas contestée : c'est l'une des lettres dont l'authenticité fait l'unanimité. Le mot « épître » désigne simplement une lettre destinée à être lue à haute voix devant l'assemblée réunie.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 272 — La toute-puissance de Dieu se manifeste dans l'apparente faiblesse de la croix, ce qui est exactement le paradoxe de ce passage.
  • Ga 6, 14 — Paul y déclare ne trouver sa fierté que dans la croix du Christ, autre formulation de la concentration exprimée ici.
  • 1 Th 2, 3-5 — Paul y décrit de même son refus de la flatterie et des procédés de persuasion dans son travail d'annonce.
  • Catéchisme, § 424 — Sur la confession de foi en Jésus comme Christ, appuyée non sur une évidence humaine mais sur la révélation de Dieu.

À retenir

Paul rappelle aux Corinthiens qu'il leur a annoncé un crucifié sans art oratoire et en avouant sa peur, précisément pour que leur foi tienne à Dieu et non à lui.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 118, 97-98 . 118, 99-100 . 118, 101-102

97 Combien j’aime ta loi ! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation.

98 Par tes commandements, tu me rends plus sage que mes ennemis, car je les ai toujours avec moi.

99 Je suis plus sage que tous mes maîtres, car tes enseignements sont l’objet de ma méditation.

100 J’ai plus d’intelligence que les vieillards, car j’observe tes ordonnances.

101 Je retiens mon pied loin de tout sentier mauvais, afin de garder ta parole.

102 Je ne m’écarte pas de tes préceptes, car c’est toi qui m’as instruit.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 4, 16-30

« Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays »

16 Étant venu à Nazareth, où il avait été élevé, il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture.

17 On lui remit le livre du prophète Isaïe ; et l’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit :

18 « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, et il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé,

19 annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, pour rendre libres les opprimés, publier l’année favorable du Seigneur. »

20 Ayant roulé le livre, il le rendit au ministre et s’assit ; et tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui.

21 Alors, il commença à leur dire : « Aujourd’hui vos oreilles ont entendu l’accomplissement de cet oracle. »

22 Et tous lui rendaient témoignage, et admirant les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »

23 Et il leur dit : « Sans doute, vous m’alléguerez cet adage : Médecin, guéris-toi toi-même ; et vous me direz : Les grandes choses que nous avons ouï dire que tu as faites à Capharnaüm, fais-les ici dans ta patrie. »

24 Et il ajouta : « En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie.

25 Je vous le dis, en vérité, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et qu’il y eut une grande famine dans toute la terre ;

26 et pourtant Élie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon.

27 Il y avait de même beaucoup de lépreux en Israël au jours du prophète Élisée ; et pourtant aucun d’eux ne fut guéri, mais bien Naaman le Syrien. »

28 En entendant cela, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue.

29 Et s’étant levés, ils le poussèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie pour le précipiter en bas.

30 Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au tout début de la vie publique de Jésus telle que Luc la raconte. Viennent juste avant : le baptême au Jourdain, la longue généalogie, puis les quarante jours au désert où Jésus est éprouvé par le diable ; il revient ensuite en Galilée, sa région du nord de la Palestine, et sa réputation d'enseignant commence à circuler.

Cette scène à Nazareth, le village où il a grandi, est la première où Luc le montre longuement en action et où il fait entendre sa parole. Elle fonctionne comme un programme : ce que Jésus lit du prophète Isaïe annonce ce qu'il va faire dans tout l'évangile, et le rejet violent qu'il subit annonce la fin de son parcours à Jérusalem.

Juste après, il descend à Capharnaüm, au bord du lac, où il enseigne et guérit. La liturgie découpe la scène d'un bloc, du retour au village jusqu'au départ, parce que lecture d'Isaïe, déclaration de Jésus et réaction de l'assemblée forment un seul mouvement.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Fils de Marie, élevé à Nazareth ; Luc vient de le présenter comme celui sur qui l'Esprit est descendu au baptême.

Il lit publiquement un texte d'Isaïe, puis déclare que cette annonce se réalise maintenant, en lui. Devant l'incrédulité de ses voisins, il rappelle deux épisodes anciens où Dieu a secouru des étrangers.

les gens de la synagogue de Nazareth

Les habitants du village, voisins et proches de la famille de Jésus, réunis pour la prière et la lecture des Écritures du jour de repos.

Ils admirent d'abord sa parole, mais butent sur ce qu'ils croient savoir de lui : ils le prennent pour le fils de Joseph, un des leurs. Leur étonnement bascule en fureur et ils tentent de le tuer.

le servant

L'employé de la synagogue chargé de garder les rouleaux des Écritures, de les remettre au lecteur et de les ranger.

Il encadre matériellement la lecture ; son geste discret marque le début et la fin de la scène liturgique.

Élie et Élisée

Deux grands prophètes d'Israël, actifs environ neuf siècles avant Jésus, dont les récits occupent les livres des Rois. Un prophète est un homme envoyé pour parler au nom de Dieu.

Jésus les cite en exemple : leurs miracles ont bénéficié à des non-Israélites, une veuve de Sarepta et un général syrien. C'est ce rappel qui déclenche la colère.

Mots à connaître
synagogue

Lieu de réunion des juifs d'une localité pour prier, lire et commenter les Écritures. Ce n'est pas un temple : on n'y offre aucun sacrifice, cela n'avait lieu qu'au Temple de Jérusalem. Un homme adulte pouvait y être invité à lire et à commenter le texte.

le jour du sabbat

Le septième jour de la semaine juive, du vendredi soir au samedi soir, consacré au repos et à la prière en mémoire du repos de Dieu après la création. C'est le jour de l'assemblée à la synagogue.

le livre du prophète Isaïe

Concrètement un rouleau de parchemin que l'on déroule pour trouver un passage : d'où les gestes d'ouvrir et de refermer. Isaïe est un recueil prophétique rassemblant des textes échelonnés sur plusieurs siècles, très lus au temps de Jésus.

l'onction

Le fait de verser de l'huile parfumée sur la tête de quelqu'un pour le consacrer à une mission : on faisait ainsi pour les rois et les prêtres. Le mot hébreu pour « celui qui a reçu l'onction » est mashiah, d'où viennent « messie » et, en grec, « christ ».

une année favorable accordée par le Seigneur

Allusion à l'année dite jubilaire, prévue par la loi d'Israël tous cinquante ans : remise des dettes, libération des esclaves, restitution des terres. L'annoncer, c'est promettre une remise à zéro générale des situations d'oppression.

les lépreux

Le mot désignait diverses maladies de peau considérées comme rendant impur, donc excluant de la vie sociale et religieuse. Être purifié d'une telle affection signifiait réintégrer la communauté.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Amen, je vous le dis »

Amen est un mot hébreu conservé tel quel, qui signifie « c'est solide, c'est sûr » ; la formule introduit une déclaration solennelle et se rend parfois par « en vérité, je vous le dis ».

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 6, 1-6 même épisode, autre évangile

Marc raconte aussi une visite manquée à Nazareth, mais beaucoup plus tard, après plusieurs miracles, et de façon très brève : on s'y étonne de l'origine artisanale et familiale de Jésus, et il ne peut presque rien faire à cause du manque de foi. Aucune lecture d'Isaïe, aucune mention d'Élie ni d'Élisée, aucune tentative de meurtre. Luc a déplacé l'épisode en tête de la vie publique et l'a considérablement développé : c'est un choix de composition, destiné à donner d'emblée la clé de tout son récit.

Is 61, 1-2 Ancien Testament

Le texte lu par Jésus vient de ce chapitre d'Isaïe, où un envoyé de Dieu annonce une libération pour les captifs et les affligés au retour de l'exil de Babylone. Luc y intègre aussi une ligne proche d'Is 58, 6 sur les opprimés à libérer, et il s'arrête avant la mention du jour de vengeance. Cette coupe orient l'ensemble vers la seule bonne nouvelle.

1 R 17, 8-24 Ancien Testament

Récit de la veuve de Sarepta, ville phénicienne hors d'Israël, chez qui Élie est envoyé pendant la famine et dont il ressuscite le fils. Jésus s'appuie sur ce précédent pour montrer que l'action de Dieu a déjà débordé les frontières d'Israël.

2 R 5, 1-14 Ancien Testament

Naaman, chef de l'armée syrienne, est guéri de sa lèpre en se plongeant sept fois dans le Jourdain sur l'ordre d'Élisée. Ce païen guéri alors que des lépreux d'Israël ne l'étaient pas est le second argument de Jésus, et l'un des motifs de la colère de ses auditeurs.

Clés de lecture
Le mot « aujourd'hui »

Jésus ne dit pas que le texte d'Isaïe se réalisera un jour, mais qu'il s'accomplit maintenant. Ce petit mot fait basculer la lecture : l'assemblée passe d'un texte ancien à une personne présente devant elle. C'est le point de bascule de toute la scène.

Un programme pour tout l'évangile

Les termes du texte lu — pauvres, captifs, aveugles, opprimés — annoncent exactement ce que Luc va raconter : guérisons d'aveugles, pardon accordé, attention aux méprisés. Placer cette scène en ouverture permet au lecteur de comprendre ensuite chaque épisode comme une réalisation de cette annonce.

Du compliment à la fureur

Le retournement est brutal et tient à un obstacle précis : ses voisins croient le connaître, ils le situent comme le fils de Joseph, l'un des leurs. Ce qui les rend furieux n'est pas la lecture d'Isaïe mais les deux exemples d'Élie et d'Élisée, qui suggèrent que le salut peut passer à côté d'eux et rejoindre des étrangers.

Une Passion en miniature

On le pousse hors de la ville pour le mettre à mort, et il passe au milieu d'eux sans être retenu. Luc dessine ici en réduction ce qui arrivera à Jérusalem, jusqu'à l'exécution hors des murs, et laisse entendre que l'heure de Jésus n'est pas encore venue.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte la déclaration inaugurale de Jésus : il s'applique à lui-même l'oracle d'Isaïe et se présente comme celui que l'Esprit envoie annoncer une libération, ce qui explique le titre de Christ, « celui qui a reçu l'onction ». La tradition catholique y voit l'articulation entre les deux Testaments : le texte prophétique gardait sa portée propre pour les exilés qui l'ont reçu, et il trouve ici, selon la foi chrétienne, son accomplissement dans une personne.

Les deux exemples empruntés à Élie et Élisée sont lus comme l'annonce que le salut est destiné à tous les peuples, thème que Luc développera dans les Actes des Apôtres avec la mission auprès des non-juifs. La scène est aussi lue comme le modèle de ce que fait l'Église lorsqu'elle proclame les Écritures : un texte ancien est lu, puis rapporté au Christ présent. Enfin, le rejet par les proches et la tentative de meurtre inscrivent dès le début l'ombre de la croix sur la mission de Jésus.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est pas un récit de miracle mais une scène inaugurale construite en trois temps : une lecture liturgique, un bref commentaire de Jésus, puis un affrontement verbal qui tourne à la violence.

Luc y mêle deux genres : le sermon de synagogue, où l'on lit un texte prophétique puis on l'explique, et la controverse. Il faut donc lire les paroles de Jésus non comme une simple information mais comme une déclaration d'identité et de mission, et la réaction de l'assemblée comme un premier verdict porté sur lui.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de route de l'apôtre Paul, auteur aussi du livre des Actes des Apôtres qui en forme la suite. Il écrit en grec soigné, probablement vers 80-90, pour des communautés chrétiennes largement issues du monde non juif.

Son récit s'ouvre par une dédicace à un certain Théophile et par l'annonce d'une enquête ordonnée sur les faits. L'identité précise de l'auteur et la date restent discutées ; ce qui est clair, c'est son intérêt constant pour les pauvres, les étrangers et l'action de l'Esprit, très visible dans ce passage.

Lectures et références
  • Lv 25, 8-13 — La loi de l'année jubilaire, arrière-plan de l'année de grâce annoncée dans le texte lu.
  • Lc 4, 1-13 — Les tentations au désert, épisode qui précède immédiatement et qui explique que Jésus revienne en Galilée avec la force de l'Esprit.
  • Ac 13, 46-47 — Paul et Barnabé, devant le refus d'une synagogue, se tournent vers les païens : Luc reprend dans les Actes le mouvement esquissé à Nazareth.
  • Catéchisme, § 436 — Explique le sens du titre de Christ et le lien entre onction, Esprit et mission.
  • Catéchisme, § 714 — Situe l'oracle d'Isaïe sur l'envoyé rempli de l'Esprit dans l'attente messianique d'Israël.

À retenir

En s'appliquant à lui-même l'oracle d'Isaïe sur l'envoyé de Dieu, Jésus donne d'entrée de jeu le programme de toute sa mission, et se heurte aussitôt au refus de ceux qui croient déjà savoir qui il est.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Origène

(hom. 32.) La victoire que Notre-Seigneur venait de remporter sur le tentateur, donna un nouvel accroissement, ou plutôt un nouveau degré de manifestation à sa vertu : « Et Jésus retourna en Galilée dans la vertu de l’Esprit, » etc.

Bède

Cette vertu de l’Esprit, c’est la puissance de faire des miracles.

S. Cyrille

Le Sauveur ne faisait pas des miracles par une puissance qui lui fut extrinsèque, et comme les autres saints qui agissaient en vertu de la grâce de l’Esprit saint qu’ils avaient reçue ; mais comme il était le Fils de Dieu par nature, et qu’il entrait en participation de tous les attributs du Père, il se sert pour agir de la vertu de l’Esprit saint comme lui appartenant en propre. Il était du reste convenable qu’il se manifestât désormais et qu’il fît éclater aux yeux des enfants d’Israël le mystère de l’incarnation : « Et sa renommée se répandit, » etc.

Bède

La sagesse se rapporte à la doctrine, et la puissance aux oeuvres, aussi l’Evangéliste réunit ici ces deux attributs : « Et il enseignait dans les synagogues, » etc. Le mot synagogue, qui vient du grec, veut dire réunion, les Juifs appelaient ainsi non seulement l’assemblée du peuple, mais encore le lieu où il se réunissait pour entendre la parole de Dieu. C’est ainsi que nous donnons le nom d’églises aux lieux où se réunissent les fidèles pour chanter les louanges de Dieu. Il y a cependant une différence entre le mot synagogue qui veut dire réunion, et le mot église qui signifie assemblée ; des animaux, ou n’importe quelles autres choses, peuvent former une réunion, tandis qu’une assemblée ne peut se composer que d’êtres doués de raison. C’est pour cela que les docteurs apostoliques ont jugé plus convenable de donner le nom d’Église, plutôt que celui de synagogue aux réunions du peuple, élevé par la grâce à une plus liante dignité. C’est avec raison que tous publiaient ses louanges, lui à qui tous les faits et tous les oracles précédents avaient rendu un si éclatant témoignage : « Et il était exalté par tous. »

56 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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