Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 2, 1-5
« Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié »
1 Moi aussi, mes frères, lorsque je suis venu chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le témoignage de Dieu.
2 Car je n’ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.
3 Mais c’est dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement que je me suis présenté chez vous ;
4 et ma parole et ma prédication n’avaient rien du langage persuasif de la sagesse, mais l’Esprit-[Saint] et la force de Dieu en démontraient la vérité :
5 afin que votre foi repose, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Paul écrit aux chrétiens de Corinthe, une grande cité portuaire de Grèce où il avait séjourné environ un an et demi pour y fonder une communauté. Dans les pages qui précèdent, il s'en prend aux divisions du groupe, où l'on se réclame de tel ou tel prédicateur, et il oppose la « sagesse du monde » au message apparemment absurde d'un Messie mis à mort sur une croix.
Ce passage est le retour en arrière qui vient appuyer cette démonstration : Paul rappelle comment, concrètement, il s'est présenté à eux lors de sa première venue. Juste après, il parlera d'une autre sagesse, celle que seul l'Esprit de Dieu peut faire connaître.
En semaine, la première lecture de la messe avance dans un livre au fil des jours, sans lien voulu avec l'évangile : on est ici au début du parcours de la première lettre aux Corinthiens.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante du Christ ressuscité le principal fondateur de communautés chrétiennes en Asie Mineure et en Grèce. Ses lettres, écrites pour régler des problèmes concrets, sont les plus anciens écrits chrétiens conservés.
Il parle à la première personne et rappelle sa manière d'annoncer l'Évangile à Corinthe : sans effets d'éloquence, et en assumant sa propre fragilité.
- les frères (les Corinthiens)
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La communauté chrétienne de Corinthe, formée surtout de gens d'origine non juive, dans une ville cosmopolite et prospère, réputée pour son goût des orateurs et des discours brillants.
Destinataires directs : Paul leur remet en mémoire une expérience qu'ils ont vécue avec lui, pour les détourner de leurs rivalités autour des prédicateurs.
- Jésus Christ crucifié
-
Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie annoncé par les Écritures d'Israël, condamné à la croix à Jérusalem et confessé comme ressuscité.
Il constitue l'unique contenu que Paul revendique avoir annoncé : non une doctrine parmi d'autres, mais un crucifié.
- l'Esprit
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Dans le langage de Paul, la force même de Dieu à l'œuvre dans les croyants et dans la prédication ; les chrétiens le confesseront comme troisième personne de la Trinité.
Il est présenté comme le véritable agent de l'efficacité de la prédication, là où l'orateur humain se montre faible.
Mots à connaître
- Corinthe
Ville grecque reconstruite par Rome, située sur un isthme entre deux ports, riche, mêlée, traversée par les marchands et les philosophes ambulants. On y appréciait les conférenciers habiles, ce qui rend significatif le refus de Paul de rivaliser avec eux.
- le prestige du langage
L'Antiquité gréco-romaine faisait de l'art de parler, la rhétorique, une discipline maîtresse : un orateur s'évaluait à sa technique et à son effet sur l'auditoire. Renoncer à ces moyens n'était pas de la modestie de convenance, mais un choix risqué et remarqué.
- crucifié
La crucifixion était un supplice romain réservé aux esclaves et aux séditieux, conçu pour être long et infamant. Annoncer un crucifié comme envoyé de Dieu était, pour un auditeur de l'époque, socialement humiliant et intellectuellement invraisemblable.
- Messie
Mot hébreu signifiant « oint », c'est-à-dire consacré par une onction d'huile ; en grec, christos, d'où « Christ ». Israël attendait sous ce titre un libérateur envoyé par Dieu, généralement imaginé victorieux.
- le mystère de Dieu
Dans le vocabulaire de Paul, un « mystère » n'est pas une énigme insoluble mais un dessein longtemps caché que Dieu a maintenant révélé. Ici il désigne le plan de salut accompli dans la mort et la résurrection du Christ.
Ailleurs dans l’Écriture
- Ac 18, 1-11
Le livre des Actes des Apôtres raconte l'arrivée de Paul à Corinthe : il y travaille de ses mains chez un couple d'artisans, se heurte à l'hostilité, et reçoit dans une vision l'assurance de ne pas craindre. Ce récit donne un visage concret à la « faiblesse » et à la crainte dont parle la lettre. Les deux textes viennent d'auteurs différents et ne se recouvrent pas exactement, mais ils s'éclairent.
- 1 Co 1, 22-25
Quelques lignes plus haut, Paul a formulé le principe dont ce passage est l'illustration biographique : un Messie crucifié est un scandale pour les Juifs et une absurdité pour les Grecs, et c'est précisément là que Dieu agit. Notre passage montre que Paul a fait de ce paradoxe une méthode et non seulement une thèse.
- 2 Co 12, 9-10
Dans une lettre ultérieure aux mêmes Corinthiens, Paul rapporte une parole reçue du Seigneur : la puissance divine s'accomplit dans la faiblesse. C'est la même logique, appliquée cette fois à ses épreuves personnelles, ce qui montre combien ce renversement est central chez lui.
- 2 Co 10, 10
Paul y cite le reproche que certains lui adressaient : imposant par lettre, mais insignifiant en personne et médiocre orateur. Cela suggère que sa manière de parler à Corinthe faisait débat, et que le passage d'aujourd'hui est aussi une réponse à cette critique.
Clés de lecture
- Une opposition qui structure tout
Le passage est bâti sur deux séries que Paul dresse l'une contre l'autre : d'un côté l'éloquence, la sagesse humaine, la force de persuasion ; de l'autre la faiblesse, la crainte, l'Esprit et la puissance de Dieu. Chaque phrase reprend ce contraste sous un angle nouveau.
- L'argument porte sur le fondement de la foi
Le raisonnement se conclut au verset 5 : si la conversion des Corinthiens n'a pas été obtenue par un talent oratoire, c'est qu'elle ne repose pas sur un homme. Paul ne dévalorise pas l'intelligence en elle-même ; il refuse qu'une adhésion à Dieu dépende de la séduction d'un porte-parole.
- Un contenu volontairement resserré
Paul dit avoir réduit son propos à un seul point, le Christ crucifié. Cette concentration s'explique par la situation de Corinthe, où l'on se divisait au nom de prédicateurs différents : ramener tout à la croix retire aux clans leur objet de compétition.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul défend une manière d'annoncer et non une théorie : il refuse de faire de la croix un thème présentable et refuse de compenser sa fragilité personnelle par la performance. La foi, dans cette logique, naît d'une action de Dieu et non d'une victoire argumentative.
La tradition catholique y a lu la loi de fonctionnement de toute annonce chrétienne et de toute vie de baptisé : Dieu manifeste sa puissance dans ce qui paraît sans force, la croix étant le lieu même de ce renversement. Le passage a aussi nourri la réflexion sur la prédication et sur les sacrements, dont l'efficacité ne dépend pas du talent du ministre. Il ne condamne pourtant ni l'étude ni l'usage de la raison : la suite immédiate de la lettre parle d'une sagesse véritable, donnée par l'Esprit.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce n'est ni un récit ni un traité, mais un passage de lettre argumentative où l'auteur se prend lui-même comme exemple. Le procédé, courant dans la rhétorique antique, consiste à rappeler à des auditeurs un souvenir partagé pour emporter leur adhésion. Il faut donc lire ces lignes comme un argument, non comme une confidence : Paul décrit sa faiblesse parce qu'elle prouve quelque chose sur l'origine de leur foi.
Qui écrit, et pour qui
La lettre est de Paul, écrite vers 54-56 depuis Éphèse, quelques années après son séjour fondateur à Corinthe. Il répond à des nouvelles inquiétantes et à des questions posées par la communauté : clans rivaux, désordres dans les assemblées, mœurs, mariage, repas cultuels. L'attribution à Paul n'est pas contestée : c'est l'une des lettres dont l'authenticité fait l'unanimité. Le mot « épître » désigne simplement une lettre destinée à être lue à haute voix devant l'assemblée réunie.
Lectures et références
- Catéchisme, § 272 — La toute-puissance de Dieu se manifeste dans l'apparente faiblesse de la croix, ce qui est exactement le paradoxe de ce passage.
- Ga 6, 14 — Paul y déclare ne trouver sa fierté que dans la croix du Christ, autre formulation de la concentration exprimée ici.
- 1 Th 2, 3-5 — Paul y décrit de même son refus de la flatterie et des procédés de persuasion dans son travail d'annonce.
- Catéchisme, § 424 — Sur la confession de foi en Jésus comme Christ, appuyée non sur une évidence humaine mais sur la révélation de Dieu.
À retenir
Paul rappelle aux Corinthiens qu'il leur a annoncé un crucifié sans art oratoire et en avouant sa peur, précisément pour que leur foi tienne à Dieu et non à lui.
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