Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 2, 10-16
« L’homme, par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu. Celui qui est animé par l’Esprit soumet tout à examen »
10 C’est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit ; car l’Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu.
11 Car qui d’entre les hommes connaît ce qui se passe dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.
12 Pour nous, nous avons reçu non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce.
13 Et nous en parlons, non avec des paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu’enseigne l’Esprit, en exprimant les choses spirituelles par un langage spirituel.
14 Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est par l’Esprit qu’on en juge.
15 L’homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne.
16 Car « qui a connu la pensée du Seigneur, pour pouvoir l’instruire ? » Mais nous, nous avons la pensée du Christ.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Cette lecture est un extrait d'une lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, port grec cosmopolite où il avait fondé une communauté vers 50-52. Une lettre (on dit aussi une épître) est un courrier réel, adressé à des destinataires précis pour répondre à des problèmes précis : ici, des rivalités entre groupes qui se réclamaient de tel ou tel prédicateur, et un goût prononcé pour les discours brillants.
Depuis le début de la lettre, Paul oppose la « sagesse » que Corinthe admire et le message qu'il annonce : un Messie crucifié, qui paraît une absurdité aux yeux du monde. Les versets qui précèdent immédiatement affirmaient que Dieu a préparé pour les siens des réalités que l'œil n'a pas vues ; notre passage explique comment elles peuvent malgré tout être connues : par l'Esprit de Dieu lui-même.
Juste après, Paul redescend brutalement du plan des principes au concret : il reproche aux Corinthiens de rester des nourrissons dans la foi, précisément à cause de leurs querelles de partis. Dans les messes de semaine, cette lettre est lue par tranches successives, jour après jour : le découpage suit simplement la progression du texte, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante l'un des principaux missionnaires du christianisme naissant ; il a fondé plusieurs communautés autour de la mer Égée et leur écrit ensuite pour les guider.
Il parle ici au nom des prédicateurs de l'Évangile, en s'incluant dans un « nous » qui rassemble aussi les croyants de Corinthe, pour justifier la source de son langage : non l'habileté humaine, mais l'Esprit.
- Les frères (les Corinthiens)
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Les membres de la communauté chrétienne de Corinthe, en majorité d'origine non juive, de conditions sociales très diverses, séduits par l'éloquence et la culture grecques.
Destinataires directs de l'argument : Paul les invite à mesurer d'où vient la connaissance qu'ils ont reçue, au lieu de la juger avec les critères de prestige de leur ville.
- L'Esprit de Dieu
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Dans la Bible, le souffle de Dieu par lequel il agit, inspire les prophètes et donne la vie ; la foi chrétienne y reconnaît la troisième personne de la Trinité.
Véritable sujet du passage : il est présenté comme celui qui connaît Dieu de l'intérieur et qui rend cette connaissance communicable à l'homme.
- « L'homme par ses seules capacités »
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Non un individu, mais une figure : l'être humain considéré dans ses ressources naturelles, sans l'Esprit. Le mot grec employé par Paul dérive du mot qui désigne le souffle vital.
Il sert de contraste : ce qui vient de l'Esprit lui reste inaccessible, non par manque d'intelligence, mais parce qu'il lui manque l'organe de perception adéquat.
Mots à connaître
- Corinthe
Grande cité grecque reconstruite par Rome, dotée de deux ports, carrefour de commerce et de cultes. Les rhéteurs itinérants y étaient admirés, et la réussite oratoire y valait un prestige social considérable : c'est ce climat qui rend compte de l'insistance de Paul sur une parole qui ne doit rien à l'éloquence.
- La « sagesse »
Dans le monde grec, la sagesse désigne à la fois la culture philosophique, l'art du discours et l'habileté à convaincre. Paul ne condamne pas l'intelligence, mais un usage de la sagesse qui fait de la parole un instrument de prestige et rend inaudible le message de la croix.
- « Il est écrit »
Formule technique du judaïsme pour introduire une citation des livres saints, tenus pour parole de Dieu. Elle signale au lecteur que ce qui suit n'est pas de Paul mais de l'Écriture, ici le livre d'Isaïe, dans sa traduction grecque courante à l'époque.
- « Folie »
Le mot ne visait pas une maladie mentale, mais l'absurdité, ce qui ne mérite pas d'être pris au sérieux. Un condamné supplicié annoncé comme envoyé de Dieu entrait, pour un auditeur grec cultivé, dans cette catégorie.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « L'homme, par ses seules capacités »
Cette expression développe un seul adjectif grec, psychikos, formé sur le mot qui désigne le souffle vital ; les traductions plus anciennes le rendent par « l'homme naturel » ou « l'homme animal », ce qui peut surprendre : il s'agit de l'être humain livré à ses ressources propres, non d'un jugement de mépris.
- « Frères »
Ce mot d'adresse est ajouté au début par le livre des lectures de la messe, pour signaler qu'on entre dans une lettre au milieu d'un développement ; Paul emploie effectivement cette appellation pour les membres de la communauté, femmes comprises.
Ailleurs dans l’Écriture
- Is 40, 13 Ancien Testament
La citation qui clôt le passage vient de ce verset du livre d'Isaïe, dans sa version grecque : personne n'a été le conseiller de Dieu. Chez Isaïe, la question souligne l'écart infranchissable entre Dieu et l'homme. Paul reprend l'affirmation, puis la retourne : ce qui restait hors d'atteinte est désormais donné dans le Christ.
- Rm 11, 33-36
Dans sa lettre aux Romains, Paul cite le même verset d'Isaïe, mais pour conclure sur l'insondable des desseins de Dieu, par une acclamation d'adoration. La comparaison montre que la même Écriture peut servir deux mouvements différents : ici l'humilité devant le mystère, à Corinthe l'assurance du don reçu.
- 1 Co 1, 18-25
Quelques paragraphes plus haut dans la même lettre, Paul avait posé que la croix est folie pour ceux qui périssent et sagesse de Dieu pour les croyants. Notre passage en donne l'explication : ce n'est pas le message qui manque de cohérence, c'est l'instrument de jugement qui n'est pas le bon.
- Jn 16, 13-14
Dans l'évangile selon Jean, Jésus annonce que l'Esprit de vérité conduira les disciples vers la vérité entière et prendra ce qui est à lui pour le leur communiquer. Les deux textes, d'auteurs et d'époques différents, se rejoignent sur un point : l'accès au mystère de Dieu passe par un don, non par une performance.
Clés de lecture
- Une comparaison en deux temps
Le raisonnement part d'une évidence : nul ne connaît le dedans d'un homme comme son propre esprit. Il l'applique ensuite à Dieu, pour conclure que seul l'Esprit de Dieu connaît Dieu. Tout le reste du passage en découle : si les croyants ont reçu cet Esprit, ils ont accès à ce qui autrement leur échapperait.
- Le renversement du jugement
Corinthe jugeait Paul insuffisamment brillant. Le passage retourne la situation : celui qui vit de l'Esprit dispose du critère de discernement, tandis que celui qui juge selon les seules ressources humaines ne peut, sur ce terrain, ni comprendre ni évaluer. Le point de bascule est ce déplacement du tribunal.
- Un « nous » qui n'est pas une élite
Le « nous » du passage désigne ceux qui ont reçu l'Esprit, non un cercle d'initiés supérieurs. La suite immédiate de la lettre le confirme en creux : Paul reproche aussitôt aux mêmes Corinthiens leur immaturité. Avoir reçu l'Esprit n'est donc pas un titre de gloire mais une origine, dont la vie doit encore répondre.
- La finale : la pensée du Christ
L'argument s'achève sur une affirmation abrupte. Après une citation d'Isaïe qui déclarait la pensée de Dieu hors d'atteinte, Paul soutient que les croyants ont part à la pensée du Christ. La connaissance de Dieu n'est plus un sommet à escalader mais un don reçu de lui.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul défend la légitimité de sa prédication contre le goût corinthien pour la performance oratoire : sa parole tire son autorité de l'Esprit reçu, non de la culture de son auditoire. Le passage a aussi servi, dans la tradition, à fonder la conviction que la foi ne s'obtient pas au terme d'une démonstration mais s'accueille comme un don, sans que l'intelligence soit pour autant mise hors jeu.
La théologie catholique y a lu de plus une indication sur la vie intime de Dieu : dire que l'Esprit sonde les profondeurs de Dieu suppose qu'il n'est pas extérieur à Dieu, ce qui a nourri la réflexion sur la Trinité. On y voit encore le principe du discernement spirituel : apprendre à juger les choses selon l'Esprit et non selon les critères de réussite du monde. Enfin, la mention de la pensée du Christ à la dernière ligne oriente tout le passage vers le mystère pascal : c'est la croix, tenue pour absurde, qui devient le lieu où Dieu se fait connaître.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est un passage d'argumentation au sein d'une lettre, et non un récit. Paul y raisonne par comparaison : de même que l'intériorité d'un homme n'est connue que de lui, l'intériorité de Dieu n'est connue que de son Esprit.
Le style joue sur des oppositions serrées — esprit du monde et Esprit de Dieu, sagesse humaine et langage reçu — et sur la reprise insistante du verbe « examiner ». Il faut donc le lire comme une démonstration, en suivant l'enchaînement des étapes, plutôt que comme une suite de sentences détachables.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul, et sa paternité sur cette lettre n'est pratiquement pas contestée. Il l'écrit vers 54-56, probablement d'Éphèse, quelques années après avoir quitté Corinthe, en réponse à des nouvelles inquiétantes et à des questions que la communauté lui a fait parvenir.
Les destinataires sont des chrétiens de fraîche date, vivant dans une grande ville portuaire, marchande et religieusement bigarrée. Une bonne partie de la lettre traite de désordres concrets : divisions, procès, mœurs, repas communautaires, assemblées liturgiques.
Lectures et références
- 1 Co 3, 1-3 — Suite immédiate du passage, où Paul montre que les Corinciens n'ont pas encore vécu à la hauteur de l'Esprit qu'ils ont reçu.
- 1 Co 12, 3 — Autre affirmation de la même lettre selon laquelle la confession de foi elle-même vient de l'Esprit.
- Catéchisme, § 687 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour dire que l'Esprit seul révèle les profondeurs de Dieu.
- Catéchisme, § 152 — Rappelle qu'on ne peut reconnaître le Christ sans l'Esprit qui le fait connaître.
À retenir
Paul soutient que le mystère de Dieu n'est pas conquis par l'intelligence ou l'éloquence mais reçu par l'Esprit, ce qui déplace le critère du jugement : la croix ne paraît absurde qu'à qui l'évalue avec les mesures du monde.
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