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de la férie

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 2, 10-16

« L’homme, par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu. Celui qui est animé par l’Esprit soumet tout à examen »

10 C’est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit ; car l’Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu.

11 Car qui d’entre les hommes connaît ce qui se passe dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.

12 Pour nous, nous avons reçu non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce.

13 Et nous en parlons, non avec des paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu’enseigne l’Esprit, en exprimant les choses spirituelles par un langage spirituel.

14 Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est par l’Esprit qu’on en juge.

15 L’homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne.

16 Car « qui a connu la pensée du Seigneur, pour pouvoir l’instruire ? » Mais nous, nous avons la pensée du Christ.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Cette lecture est un extrait d'une lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, port grec cosmopolite où il avait fondé une communauté vers 50-52. Une lettre (on dit aussi une épître) est un courrier réel, adressé à des destinataires précis pour répondre à des problèmes précis : ici, des rivalités entre groupes qui se réclamaient de tel ou tel prédicateur, et un goût prononcé pour les discours brillants.

Depuis le début de la lettre, Paul oppose la « sagesse » que Corinthe admire et le message qu'il annonce : un Messie crucifié, qui paraît une absurdité aux yeux du monde. Les versets qui précèdent immédiatement affirmaient que Dieu a préparé pour les siens des réalités que l'œil n'a pas vues ; notre passage explique comment elles peuvent malgré tout être connues : par l'Esprit de Dieu lui-même.

Juste après, Paul redescend brutalement du plan des principes au concret : il reproche aux Corinthiens de rester des nourrissons dans la foi, précisément à cause de leurs querelles de partis. Dans les messes de semaine, cette lettre est lue par tranches successives, jour après jour : le découpage suit simplement la progression du texte, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante l'un des principaux missionnaires du christianisme naissant ; il a fondé plusieurs communautés autour de la mer Égée et leur écrit ensuite pour les guider.

Il parle ici au nom des prédicateurs de l'Évangile, en s'incluant dans un « nous » qui rassemble aussi les croyants de Corinthe, pour justifier la source de son langage : non l'habileté humaine, mais l'Esprit.

Les frères (les Corinthiens)

Les membres de la communauté chrétienne de Corinthe, en majorité d'origine non juive, de conditions sociales très diverses, séduits par l'éloquence et la culture grecques.

Destinataires directs de l'argument : Paul les invite à mesurer d'où vient la connaissance qu'ils ont reçue, au lieu de la juger avec les critères de prestige de leur ville.

L'Esprit de Dieu

Dans la Bible, le souffle de Dieu par lequel il agit, inspire les prophètes et donne la vie ; la foi chrétienne y reconnaît la troisième personne de la Trinité.

Véritable sujet du passage : il est présenté comme celui qui connaît Dieu de l'intérieur et qui rend cette connaissance communicable à l'homme.

« L'homme par ses seules capacités »

Non un individu, mais une figure : l'être humain considéré dans ses ressources naturelles, sans l'Esprit. Le mot grec employé par Paul dérive du mot qui désigne le souffle vital.

Il sert de contraste : ce qui vient de l'Esprit lui reste inaccessible, non par manque d'intelligence, mais parce qu'il lui manque l'organe de perception adéquat.

Mots à connaître
Corinthe

Grande cité grecque reconstruite par Rome, dotée de deux ports, carrefour de commerce et de cultes. Les rhéteurs itinérants y étaient admirés, et la réussite oratoire y valait un prestige social considérable : c'est ce climat qui rend compte de l'insistance de Paul sur une parole qui ne doit rien à l'éloquence.

La « sagesse »

Dans le monde grec, la sagesse désigne à la fois la culture philosophique, l'art du discours et l'habileté à convaincre. Paul ne condamne pas l'intelligence, mais un usage de la sagesse qui fait de la parole un instrument de prestige et rend inaudible le message de la croix.

« Il est écrit »

Formule technique du judaïsme pour introduire une citation des livres saints, tenus pour parole de Dieu. Elle signale au lecteur que ce qui suit n'est pas de Paul mais de l'Écriture, ici le livre d'Isaïe, dans sa traduction grecque courante à l'époque.

« Folie »

Le mot ne visait pas une maladie mentale, mais l'absurdité, ce qui ne mérite pas d'être pris au sérieux. Un condamné supplicié annoncé comme envoyé de Dieu entrait, pour un auditeur grec cultivé, dans cette catégorie.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« L'homme, par ses seules capacités »

Cette expression développe un seul adjectif grec, psychikos, formé sur le mot qui désigne le souffle vital ; les traductions plus anciennes le rendent par « l'homme naturel » ou « l'homme animal », ce qui peut surprendre : il s'agit de l'être humain livré à ses ressources propres, non d'un jugement de mépris.

« Frères »

Ce mot d'adresse est ajouté au début par le livre des lectures de la messe, pour signaler qu'on entre dans une lettre au milieu d'un développement ; Paul emploie effectivement cette appellation pour les membres de la communauté, femmes comprises.

Ailleurs dans l’Écriture
Is 40, 13 Ancien Testament

La citation qui clôt le passage vient de ce verset du livre d'Isaïe, dans sa version grecque : personne n'a été le conseiller de Dieu. Chez Isaïe, la question souligne l'écart infranchissable entre Dieu et l'homme. Paul reprend l'affirmation, puis la retourne : ce qui restait hors d'atteinte est désormais donné dans le Christ.

Rm 11, 33-36

Dans sa lettre aux Romains, Paul cite le même verset d'Isaïe, mais pour conclure sur l'insondable des desseins de Dieu, par une acclamation d'adoration. La comparaison montre que la même Écriture peut servir deux mouvements différents : ici l'humilité devant le mystère, à Corinthe l'assurance du don reçu.

1 Co 1, 18-25

Quelques paragraphes plus haut dans la même lettre, Paul avait posé que la croix est folie pour ceux qui périssent et sagesse de Dieu pour les croyants. Notre passage en donne l'explication : ce n'est pas le message qui manque de cohérence, c'est l'instrument de jugement qui n'est pas le bon.

Jn 16, 13-14

Dans l'évangile selon Jean, Jésus annonce que l'Esprit de vérité conduira les disciples vers la vérité entière et prendra ce qui est à lui pour le leur communiquer. Les deux textes, d'auteurs et d'époques différents, se rejoignent sur un point : l'accès au mystère de Dieu passe par un don, non par une performance.

Clés de lecture
Une comparaison en deux temps

Le raisonnement part d'une évidence : nul ne connaît le dedans d'un homme comme son propre esprit. Il l'applique ensuite à Dieu, pour conclure que seul l'Esprit de Dieu connaît Dieu. Tout le reste du passage en découle : si les croyants ont reçu cet Esprit, ils ont accès à ce qui autrement leur échapperait.

Le renversement du jugement

Corinthe jugeait Paul insuffisamment brillant. Le passage retourne la situation : celui qui vit de l'Esprit dispose du critère de discernement, tandis que celui qui juge selon les seules ressources humaines ne peut, sur ce terrain, ni comprendre ni évaluer. Le point de bascule est ce déplacement du tribunal.

Un « nous » qui n'est pas une élite

Le « nous » du passage désigne ceux qui ont reçu l'Esprit, non un cercle d'initiés supérieurs. La suite immédiate de la lettre le confirme en creux : Paul reproche aussitôt aux mêmes Corinthiens leur immaturité. Avoir reçu l'Esprit n'est donc pas un titre de gloire mais une origine, dont la vie doit encore répondre.

La finale : la pensée du Christ

L'argument s'achève sur une affirmation abrupte. Après une citation d'Isaïe qui déclarait la pensée de Dieu hors d'atteinte, Paul soutient que les croyants ont part à la pensée du Christ. La connaissance de Dieu n'est plus un sommet à escalader mais un don reçu de lui.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend la légitimité de sa prédication contre le goût corinthien pour la performance oratoire : sa parole tire son autorité de l'Esprit reçu, non de la culture de son auditoire. Le passage a aussi servi, dans la tradition, à fonder la conviction que la foi ne s'obtient pas au terme d'une démonstration mais s'accueille comme un don, sans que l'intelligence soit pour autant mise hors jeu.

La théologie catholique y a lu de plus une indication sur la vie intime de Dieu : dire que l'Esprit sonde les profondeurs de Dieu suppose qu'il n'est pas extérieur à Dieu, ce qui a nourri la réflexion sur la Trinité. On y voit encore le principe du discernement spirituel : apprendre à juger les choses selon l'Esprit et non selon les critères de réussite du monde. Enfin, la mention de la pensée du Christ à la dernière ligne oriente tout le passage vers le mystère pascal : c'est la croix, tenue pour absurde, qui devient le lieu où Dieu se fait connaître.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage d'argumentation au sein d'une lettre, et non un récit. Paul y raisonne par comparaison : de même que l'intériorité d'un homme n'est connue que de lui, l'intériorité de Dieu n'est connue que de son Esprit.

Le style joue sur des oppositions serrées — esprit du monde et Esprit de Dieu, sagesse humaine et langage reçu — et sur la reprise insistante du verbe « examiner ». Il faut donc le lire comme une démonstration, en suivant l'enchaînement des étapes, plutôt que comme une suite de sentences détachables.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul, et sa paternité sur cette lettre n'est pratiquement pas contestée. Il l'écrit vers 54-56, probablement d'Éphèse, quelques années après avoir quitté Corinthe, en réponse à des nouvelles inquiétantes et à des questions que la communauté lui a fait parvenir.

Les destinataires sont des chrétiens de fraîche date, vivant dans une grande ville portuaire, marchande et religieusement bigarrée. Une bonne partie de la lettre traite de désordres concrets : divisions, procès, mœurs, repas communautaires, assemblées liturgiques.

Lectures et références
  • 1 Co 3, 1-3 — Suite immédiate du passage, où Paul montre que les Corinciens n'ont pas encore vécu à la hauteur de l'Esprit qu'ils ont reçu.
  • 1 Co 12, 3 — Autre affirmation de la même lettre selon laquelle la confession de foi elle-même vient de l'Esprit.
  • Catéchisme, § 687 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour dire que l'Esprit seul révèle les profondeurs de Dieu.
  • Catéchisme, § 152 — Rappelle qu'on ne peut reconnaître le Christ sans l'Esprit qui le fait connaître.

À retenir

Paul soutient que le mystère de Dieu n'est pas conquis par l'intelligence ou l'éloquence mais reçu par l'Esprit, ce qui déplace le critère du jugement : la croix ne paraît absurde qu'à qui l'évalue avec les mesures du monde.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 144, 8-9 . 144, 10-11 . 144, 12-13 . 144, 13-14

8 Yahweh est miséricordieux et compatissant, lent à la colère et plein de bonté.

9 Yahweh est bon envers tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses créatures.

10 Toutes tes œuvres te louent, Yahweh, et tes fidèles te bénissent.

11 Ils disent la gloire de ton règne, et proclament ta puissance,

12 afin de faire connaître aux fils des hommes ses prodiges, et le glorieux éclat de son règne.

13 Ton règne est un règne éternel, et ta domination subsiste dans tous les âges.

14 Yahweh soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous ceux qui sont courbés.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 4, 31-37

« Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu »

31 Il descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et là il enseignait les jours de sabbat.

32 Et sa doctrine les frappait d’étonnement, parce qu’il parlait avec autorité.

33 Il y avait dans la synagogue un homme possédé d’un démon impur, lequel jeta un grand cri,

34 disant : « Laissez-moi, qu’avons-nous à faire avec toi, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »

35 Mais Jésus lui dit d’un ton sévère : « Tais-toi, et sors de cet homme. » Et le démon l’ayant jeté par terre au milieu de l’assemblée, sortit de lui sans lui avoir fait aucun mal.

36 Et tous, saisis de stupeur, se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! »

37 Et sa renommée se répandait de tous côtés dans le pays.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au tout début de la vie publique de Jésus telle que Luc la raconte. Juste avant, à Nazareth, le village où il a grandi, Jésus a lu le prophète Isaïe à la synagogue et déclaré que cette page s'accomplissait ; ses compatriotes se sont retournés contre lui et ont voulu le précipiter du haut de l'escarpement (Lc 4, 16-30).

Il quitte alors Nazareth pour Capharnaüm, bourgade de pêcheurs au bord du lac de Galilée, qui devient sa base d'activité. Le passage du jour est le premier acte de puissance rapporté par Luc dans ce cadre : une libération opérée au cours d'une réunion du sabbat.

Juste après, Jésus entre chez Simon et guérit sa belle-mère, puis soigne les malades du bourg au soir tombé. En semaine, le lectionnaire avance ainsi de jour en jour dans l'évangile de Luc, sans chercher de lien voulu avec la première lecture.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le charpentier de Nazareth reconnu par ses disciples comme l'envoyé de Dieu ; Luc vient de le montrer inaugurant sa mission en Galilée, la région du nord de la Palestine.

Il enseigne le jour du sabbat et sa parole produit un double effet : l'étonnement des auditeurs, puis l'expulsion de l'esprit qui tenait un homme.

L'homme possédé par un esprit impur

Un homme de l'assemblée, présenté comme habité par une puissance mauvaise ; dans le monde antique, on attribuait à de tels esprits des désordres profonds du corps et du psychisme.

C'est par sa bouche que l'esprit interpelle Jésus et proclame son identité ; il ressort de l'épreuve indemne, sans que Luc lui prête ensuite aucune parole.

L'esprit impur

Une puissance hostile à Dieu, que les évangiles présentent comme un adversaire personnel du dessein de Dieu ; Luc a déjà mis Jésus aux prises avec le diable au désert (Lc 4, 1-13).

Il désigne Jésus par son origine humaine et par un titre religieux, et redoute d'être détruit. Ses cris sont ses propos, non l'affirmation du récit : le texte les rapporte sans les commenter, sinon en les faisant taire.

L'assemblée de la synagogue

Les habitants juifs de Capharnaüm réunis pour la lecture et le commentaire des Écritures, le jour du repos hebdomadaire.

Ils forment le regard collectif du récit : d'abord frappés par la manière d'enseigner de Jésus, ensuite bouleversés, ils posent une question sur l'origine de cette parole et répandent sa renommée.

Mots à connaître
Capharnaüm

Bourg de pêcheurs sur la rive nord-ouest du lac de Galilée, à environ deux cents mètres sous le niveau de la mer, d'où le verbe « descendre » quand on vient des hauteurs de Nazareth. Les évangiles en font le centre habituel de l'activité de Jésus en Galilée.

Le sabbat

Septième jour de la semaine juive, consacré au repos et à la prière en mémoire du repos de Dieu au terme de la création. Toute activité de travail y est suspendue, et l'assemblée se réunit pour écouter les Écritures.

La synagogue

Lieu de réunion des juifs d'une localité pour la lecture de la Loi et des prophètes, le commentaire et la prière. Ce n'est pas un temple : on n'y offre pas de sacrifices, et un homme adulte compétent pouvait y prendre la parole, ce qui explique que Jésus y enseigne.

« Le Saint de Dieu »

Expression rare, qui désigne quelqu'un mis à part et appartenant totalement à Dieu. Dans le récit, elle est mise dans la bouche de l'esprit impur : c'est lui qui l'emploie, et Jésus lui impose aussitôt le silence.

Esprit impur

Dans le langage biblique, « impur » ne signifie pas sale mais incompatible avec la sainteté de Dieu, donc excluant de son culte. Nommer ainsi cette puissance la situe du côté opposé au « Saint de Dieu » qu'elle vient de désigner.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« possédé par l'esprit d'un démon impur »

L'expression, redondante en français, traduit littéralement une formulation grecque qui superpose deux mots proches ; les traductions actuelles rendent souvent simplement par « un esprit impur ».

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 1, 21-28 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, presque dans les mêmes termes, mais il en fait la toute première action publique de Jésus, sans l'avoir précédé de la scène de Nazareth. Marc précise que Jésus enseignait « non pas comme les scribes » ; Luc, lui, insiste sur la parole « pleine d'autorité » et ajoute que l'homme sort de l'épreuve sans dommage. Ces écarts ne se contredisent pas : chaque évangéliste organise son récit selon ce qu'il veut faire comprendre. Matthieu ne rapporte pas cet épisode.

Lc 4, 41

Quelques versets plus loin, dans le même chapitre, d'autres esprits crient l'identité de Jésus et reçoivent le même ordre de se taire. Luc établit ainsi un motif : les puissances mauvaises savent à qui elles ont affaire, mais Jésus refuse une publicité qui viendrait d'elles.

Lc 4, 16-30

La scène de Nazareth, immédiatement antérieure, éclaire par contraste celle de Capharnaüm : là où ses proches se scandalisent, des inconnus s'étonnent et laissent sa renommée se répandre. Luc a déplacé cette scène de Nazareth en tête du ministère pour en faire un programme : l'accueil viendra souvent d'ailleurs.

Clés de lecture
Une parole encadrée par l'étonnement

Le passage commence et finit sur la réaction des auditeurs à la parole de Jésus. L'exorcisme est logé entre les deux : il ne vient pas s'ajouter à l'enseignement, il en montre la portée. La question finale de l'assemblée porte d'ailleurs sur cette parole, non sur le geste.

Le démon sait, les hommes questionnent

Le contraste est voulu : la puissance mauvaise nomme Jésus avec précision, tandis que les gens de la synagogue en restent à une interrogation. Luc suggère qu'une connaissance exacte n'est pas encore la foi, et que reconnaître Jésus suppose un chemin que le cri d'un adversaire ne remplace pas.

L'ordre de se taire

Jésus n'entre pas en discussion : il impose le silence avant d'ordonner la sortie. Refuser d'être proclamé par une telle voix, c'est refuser une notoriété qui installerait un malentendu sur ce qu'il est venu faire, avant que sa Passion n'en donne la clé.

« Sans lui faire aucun mal »

Ce détail, propre à Luc dans ce récit, souligne que l'homme est rendu intact à lui-même. L'agitation finale est celle de la puissance qui cède, non une violence subie par la personne : le récit se termine sur une restitution, pas sur un combat spectaculaire.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte le premier acte de puissance de Jésus à Capharnaüm et le lie à la qualité de son enseignement : ce qu'il dit fait ce qu'il dit. Le récit établit aussi l'existence d'une opposition à son œuvre, dans la continuité de l'affrontement du désert.

La tradition catholique lit dans ces libérations un signe que le règne de Dieu s'approche et que l'emprise du mal recule : les exorcismes du ministère de Jésus sont compris comme l'annonce de la victoire remportée à la croix et à la résurrection. Elle y voit également la source de la pratique de l'Église, qui prie pour la délivrance du mal et connaît, dans des cas rares et soumis à l'autorité de l'évêque, un exorcisme solennel.

Le silence imposé rappelle enfin que l'identité de Jésus ne se laisse pas saisir hors du chemin qu'il parcourt : elle se révèle pleinement au terme, dans la Pâque.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit d'exorcisme, c'est-à-dire de libération d'un homme tenu par une puissance mauvaise. Ce type de récit suit un schéma repérable : rencontre, cri de l'esprit qui nomme celui qu'il affronte, ordre bref, sortie visible, réaction de la foule.

Luc l'enchâsse dans une notice sur l'enseignement de Jésus : le lecteur est invité à comprendre le geste comme la démonstration de ce que vaut cette parole. Lire ce texte, ce n'est donc pas d'abord chercher un diagnostic médical, mais suivre la question que pose l'assemblée sur l'origine d'une telle autorité.

Qui écrit, et pour qui

Le troisième évangile est attribué par une tradition ancienne à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, présenté comme médecin et non comme témoin direct des faits. Son prologue indique qu'il a recueilli et ordonné des récits venus de témoins antérieurs, pour affermir un lecteur nommé Théophile.

La rédaction est généralement située dans les décennies 70-90, pour des communautés en majorité de culture grecque, plutôt hors de Palestine. La date et le lieu précis restent discutés ; Luc est en tout cas l'auteur d'une œuvre en deux volumes, cet évangile et les Actes des Apôtres.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 550 — Présente les expulsions de démons opérées par Jésus comme le signe que le Royaume de Dieu vient et que le pouvoir de Satan est en train de céder.
  • Catéchisme, § 1673 — Explique ce que l'Église entend par exorcisme et les conditions strictes dans lesquelles elle y recourt.
  • Lc 10, 17-20 — Jésus associe ses disciples à cette autorité sur les esprits, ce qui prolonge la scène de Capharnaüm.
  • Ac 10, 38 — Dans les Actes, Pierre résume le ministère de Jésus comme un passage bienfaisant qui délivrait les personnes sous l'emprise du mal.

À retenir

Luc place ce premier exorcisme aussitôt après le rejet de Nazareth pour montrer que la parole de Jésus n'est pas seulement remarquable : elle agit, et l'assemblée en cherche l'origine.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

En quittant la Judée, Notre-Seigneur ne cède ni à un sentiment d’indignation, ni au juste ressentiment du crime des Juifs ; au contraire, il oublie cet outrage pour ne se souvenir que de sa clémence, et tantôt par ses enseignements, tantôt par les guérisons qu’il opère, il cherche à toucher les coeurs de ce peuple infidèle : « Et il descendit à Capharnaüm qui est une ville de Galilée, » etc.

S. Cyrille

Il connaissait bien leur penchant à l’indocilité et la dureté de leur coeur, cependant il les visite comme un bon médecin qui s’efforce de guérir des malades qu’il voit réduits à l’extrémité. Il enseignait sans crainte dans les synagogues, selon ces paroles d’Isaïe : « Je n’ai point parlé en secret, ni dans quelque coin obscur de la terre. » (Is 45, 19.) Il choisissait le jour de sabbat pour discuter avec eux, parce que c’était pour eux le jour du repos ; ils furent donc étonnés de la grandeur de sa doctrine, de sa vertu, de sa puissance : « Et sa doctrine les frappait d’étonnement, parce qu’il leur parlait avec autorité. » C’est-à-dire, que ses paroles n’étaient point molles et flatteuses, mais entraînantes, et qu’elles pressaient ceux qui les entendaient, de travailler à leur salut. Mais les Juifs ne voyaient dans Jésus-Christ qu’un saint ou un prophète ; aussi pour leur donner de lui une plus haute et une plus juste idée, il s’élève au-dessus du langage prophétique. Son exorde, en effet, n’était pas comme celui des prophètes : « Voici ce que dit le Seigneur ; » mais comme maître de la loi, il enseigne une doctrine supérieure à la loi, et passe de la lettre à la vérité, des figures à leur accomplissement spirituel.

Bède

On peut dire encore que la parole d’un docteur a de l’autorité, lorsqu’il pratique ce qu’il enseigne, car on n’a que du mépris pour celui dont la conduite est en opposition avec ses discours.

S. Cyrille

A la prédication de la doctrine, Notre-Seigneur joint avec à propos des oeuvres étonnantes, et persuade ainsi ceux que la raison ne parvenait pas à convaincre de ce qu’il était : « Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé du démon, » etc.

13 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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