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de la férie

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 3, 1-9

« Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit »

1 Moi-même, mes frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à de petits enfants dans le Christ.

2 Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide, car vous n’en étiez pas capables, et vous ne l’êtes pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels.

3 En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ?

4 Quand l’un dit : Moi je suis à Paul ! et un autre : Moi, je suis à Apollos ! n’êtes-vous pas des hommes ? Qu’est-ce donc qu’Apollos ? et qu’est-ce que Paul ?

5 Des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon ce que le Seigneur a donné à chacun.

6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a fait croître.

7 Ainsi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose ; mais Dieu, qui fait croître.

8 Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux ; et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.

9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Cette page appartient à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, et plus précisément à sa longue ouverture (chapitres 1 à 4) consacrée aux divisions de cette communauté. Paul y a appris que les Corinthiens se réclamaient chacun d'un prédicateur différent, comme on se range derrière un maître de sagesse.

Juste avant, il a opposé la sagesse du monde et la sagesse de Dieu, qui a pour cœur un crucifié, et distingué l'homme laissé à ses seules forces de celui qu'anime l'Esprit. Notre passage tire la conséquence pratique : leurs querelles prouvent qu'ils en sont restés au premier stade.

Juste après, Paul développe l'image de la construction : il a posé le fondement, chacun doit prendre garde à la manière dont il bâtit dessus. En semaine, la première lecture avance dans un livre au fil des jours, indépendamment de l'évangile : on lit ici la suite de ce qui a été lu la veille.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile dans le monde grec. Il a fondé la communauté de Corinthe vers l'an 50 et lui écrit ensuite pour régler ses difficultés.

Il parle à la première personne, en fondateur qui rappelle les débuts, et se met lui-même à sa juste place : celle d'un simple ouvrier.

Apollos

Juif originaire d'Alexandrie, en Égypte, orateur cultivé et fin connaisseur des Écritures, devenu chrétien et prédicateur ; il est passé à Corinthe après le départ de Paul.

Il n'est pas présent, mais son nom sert d'étendard à une partie des Corinthiens. Paul refuse toute rivalité avec lui et le présente comme son associé dans un même travail.

Les Corinthiens

Une communauté chrétienne récente, née dans une grande ville portuaire cosmopolite, composée en majorité de non-juifs et traversée par de fortes inégalités sociales.

Ils sont les destinataires du reproche : leurs partis pris pour tel ou tel prédicateur révèlent, aux yeux de Paul, une immaturité qu'ils n'ont pas encore quittée.

Dieu

Dans toute la lettre, celui dont l'initiative précède et dépasse l'action des hommes.

Il est le véritable sujet de l'action : les ministres travaillent, mais la croissance ne vient que de lui. Le passage s'achève sur deux images où la communauté lui appartient tout entière.

Mots à connaître
Corinthe

Grande ville de Grèce, refondée comme colonie romaine, située sur l'isthme qui relie le Péloponnèse au continent et dotée de deux ports. Population mêlée, commerçante, friande de rhétorique et de sagesses concurrentes : le goût des Corinthiens pour les maîtres brillants s'explique par ce milieu.

Le lait et la nourriture solide

Comparaison classique dans l'enseignement antique : le lait désigne les rudiments donnés aux débutants, la nourriture solide un enseignement plus exigeant. Paul ne reproche pas aux Corinthiens d'avoir commencé par le lait, mais d'en être encore là.

« Charnel » et « spirituel »

Chez Paul, la chair ne désigne pas le corps ni la sexualité, mais l'être humain replié sur ses propres forces et ses ambitions. Le spirituel est celui que l'Esprit de Dieu conduit. L'opposition est donc morale et théologique, non une dévalorisation du corps.

Planter et arroser

Dans le monde méditerranéen, l'arrosage est un travail distinct et indispensable de la culture, souvent confié à d'autres mains que celles qui ont semé. L'image répartit donc des tâches successives et complémentaires, sans hiérarchie entre elles.

Le salaire

Le mot évoque la paie de l'ouvrier agricole, versée à la journée. Paul l'emploie pour dire que chacun sera reconnu selon son travail effectif, non selon la réputation dont il jouit auprès des fidèles.

Ailleurs dans l’Écriture
1 Co 1, 10-13

Quelques pages plus haut, Paul énumérait les slogans qui circulaient à Corinthe : outre les noms de Paul et d'Apollos, ceux de Céphas (c'est-à-dire Pierre) et du Christ lui-même. Notre passage reprend deux de ces mots d'ordre et leur applique le diagnostic annoncé au début de la lettre. Les deux textes se lisent donc ensemble : l'un pose le problème, l'autre en donne la racine.

Ac 18, 24-28

Le livre des Actes des Apôtres, qui raconte les débuts de l'Église, présente Apollos : un homme éloquent, formé aux Écritures, qui prêche d'abord à Éphèse puis passe en Grèce. Ce portrait explique l'attrait qu'il a pu exercer sur des Corinthiens sensibles au beau langage. Les Actes ne signalent aucun conflit entre lui et Paul, ce qui confirme que la rivalité venait des fidèles, non des prédicateurs.

He 5, 12-14

La lettre aux Hébreux reprend la même comparaison entre le lait des nourrissons et la nourriture des adultes pour reprocher à ses destinataires de n'avoir pas progressé. L'image était courante chez les maîtres de l'Antiquité pour parler des degrés d'un enseignement. Le rapprochement montre qu'il s'agit d'un procédé pédagogique partagé, et non d'une invention de Paul.

Is 5, 1-7 Ancien Testament

Le prophète Isaïe chante la vigne que Dieu a plantée, bêchée et soignée, et qui n'a donné que de mauvais fruits : cette vigne, dit-il, c'est Israël. L'image du peuple comme champ ou plantation de Dieu vient de là. Paul l'applique à une communauté chrétienne, en insistant non sur le jugement mais sur le fait que la croissance appartient à Dieu seul.

Clés de lecture
Un diagnostic, pas une insulte

Le reproche d'immaturité n'est pas une humiliation gratuite : il sert de preuve. Les jalousies et les rivalités sont présentées comme le symptôme visible d'un état spirituel. La logique est inversée par rapport à ce qu'on attendrait : ce ne sont pas les idées qui trahissent la maturité, mais la manière de vivre ensemble.

« Qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? »

C'est le point de bascule du passage. En posant la question sur lui-même, Paul déplace l'attention des prédicateurs vers celui qui les envoie. Les ministres cessent d'être des chefs de file pour redevenir des serviteurs interchangeables ; leurs différences de dons ne fondent aucune supériorité.

Dieu seul donne la croissance

L'énoncé central distingue ce que les hommes font — un travail réel, qui coûte et qui sera reconnu — et ce qu'ils ne peuvent pas produire : la vie elle-même. Paul maintient les deux : ni ouvriers inutiles, ni ouvriers propriétaires du résultat.

Deux images pour finir

La conclusion superpose le champ cultivé et la maison en construction. La première ferme la métaphore agricole du passage, la seconde ouvre celle que Paul va développer aussitôt après, avec le fondement et l'édifice qui reposent dessus. Dans les deux cas, la communauté est désignée comme appartenant à Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle une crise concrète : il refuse que des communautés se constituent autour de personnalités et remet les prédicateurs à leur rang d'instruments. Il fournit du même coup une définition du ministère chrétien : un service, dont l'efficacité ne vient pas de celui qui l'exerce.

La tradition catholique y a lu deux choses. D'abord un principe sur l'action de Dieu et celle des hommes : Dieu associe réellement des collaborateurs à son œuvre, sans que leur travail devienne pour autant la source du fruit — ce qui vaut pour la prédication comme pour les sacrements, dont la fécondité tient au Christ et non à la valeur du ministre. Ensuite une manière de nommer l'Église : les images du champ cultivé et de l'édifice en construction sont devenues, avec celles du corps et du peuple, des expressions classiques pour dire ce qu'elle est.

Le passage sert enfin de correctif permanent aux logiques de clan à l'intérieur de la communauté chrétienne : l'unité n'y est pas un supplément, elle est le signe que l'Esprit y agit.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une lettre, c'est-à-dire un texte adressé à des destinataires identifiés dans une crise donnée ; on la lit comme on lit une correspondance, en cherchant à quoi elle répond.

Ce passage relève plus précisément du reproche argumenté : Paul enchaîne les questions dont il connaît la réponse, procédé habituel des orateurs de son temps pour faire admettre une conclusion à ses auditeurs. Il ne conclut pas par une menace mais par deux images empruntées à l'agriculture et au bâtiment, qui préparent la suite du chapitre.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse, et son attribution n'est pas discutée : c'est l'une des lettres dont l'authenticité fait l'unanimité. Il écrit depuis Éphèse, sur la côte de l'actuelle Turquie, vraisemblablement au milieu des années 50.

Ses destinataires sont les chrétiens de Corinthe, communauté qu'il a lui-même fondée lors d'un séjour d'environ un an et demi. Il réagit à des informations qui lui sont parvenues sur des divisions internes, et à une lettre que la communauté lui avait adressée. Une lettre de Paul n'est donc jamais un traité : c'est une intervention dans une situation précise, lue à haute voix devant l'assemblée réunie.

Lectures et références
  • 1 Co 3, 16-17 — Quelques versets plus loin, Paul mène l'image de la construction jusqu'à son terme : la communauté est le temple de Dieu.
  • 1 Co 4, 1 — Paul y reformule sa propre définition : les ministres sont des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
  • Ac 18, 1-11 — Récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, à laquelle il fait allusion en rappelant sa première prédication.
  • Ps 127, 1 — Le psaume affirme déjà que la maison bâtie sans le Seigneur est bâtie en vain, dans la même logique que la conclusion du passage.
  • Catéchisme, § 755 — Le Catéchisme reprend les images du champ de Dieu et de l'édifice de Dieu pour décrire l'Église.
  • Catéchisme, § 307 — Sur la coopération réelle des hommes à l'œuvre de Dieu, sans que l'initiative cesse d'être divine.

À retenir

Les querelles de partis à Corinthe révèlent une communauté encore immature, et Paul y répond en réduisant les prédicateurs au rang d'ouvriers : le travail leur revient, la croissance appartient à Dieu.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 32, 12-13 . 32, 14-15 . 32, 20-21

12 Heureuse la nation dont Yahweh est le Dieu, heureux le peuple qu’il a choisi pour son héritage !

13 Du haut des cieux Yahweh regarde, il voit tous les enfants des hommes ;

14 du lieu de sa demeure, il observe tous les habitants de la terre,

15 lui qui forme leur cœur à tous, qui est attentif à toutes leurs actions.

20 Notre âme attend avec confiance Yahweh ; il est notre secours et notre bouclier ;

21 car en lui notre cœur met sa joie, car en son saint nom nous mettons notre confiance.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 4, 38-44

« Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle, car c’est pour cela que j’ai été envoyé »

38 S’étant alors levé, Jésus quitta la synagogue, et entra dans la maison de Simon. Or, la belle-mère de Simon était atteinte d’une grosse fièvre, et ils le prièrent pour elle.

39 Se penchant sur la malade, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta ; et s’étant levée aussitôt, elle se mit à les servir.

40 Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient chez eux des malades, quel que fût leur mal, les lui amenèrent ; et Jésus, imposant la main à chacun d’eux, les guérit.

41 Des démons aussi sortaient de plusieurs, criant et disant : « Tu es le Fils de Dieu » ; et il les réprimandait pour leur imposer silence, parce qu’ils savaient qu’il était le Christ.

42 Dès que le jour parut, il sortit et s’en alla en un lieu désert. Une foule de gens se mirent à sa recherche, et étant arrivés jusqu’à lui, ils voulaient le retenir, pour qu’il ne les quittât pas.

43 Mais il leur dit : « Il faut que j’annonce aussi aux autres villes le royaume de Dieu, car je suis envoyé pour cela. »

44 Et Jésus prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est tout au début de la vie publique de Jésus en Galilée, la région du nord d'Israël. Luc vient de raconter son échec à Nazareth, son village, où on a voulu le précipiter du haut d'une colline (Lc 4, 16-30), puis son installation à Capharnaüm, bourg de pêcheurs au bord du lac, où il a enseigné à la synagogue un jour de sabbat et libéré un homme possédé.

Notre passage prolonge cette même journée : de la synagogue, Jésus passe à une maison privée, celle de Simon, puis le soir venu à la foule des malades, enfin au petit matin dans un lieu désert. Luc compose ainsi une « journée type » qui se clôt sur une déclaration de Jésus sur sa mission.

Juste après viendra la pêche miraculeuse et l'appel de Simon à suivre Jésus (Lc 5, 1-11) : chez Luc, Jésus guérit la belle-mère de Simon avant d'appeler celui-ci, ce qui explique que Simon soit déjà nommé sans avoir été présenté.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le prédicateur galiléen dont Luc raconte la vie ; il vient de se présenter à Nazareth comme celui que l'Esprit envoie porter une bonne nouvelle aux pauvres.

Il guérit par un geste et une parole, sans formule ni rite, puis refuse de se laisser retenir par une ville : il définit lui-même sa mission comme itinérante et centrée sur l'annonce.

Simon

Pêcheur de Capharnaüm, que Jésus appellera peu après et surnommera Pierre ; il deviendra le premier des Douze, ces disciples choisis pour l'accompagner en permanence. Simon, Pierre et Céphas désignent le même homme.

Il n'agit pas ici : c'est sa maison qui devient le premier lieu d'accueil de Jésus, et sa belle-mère la première bénéficiaire d'une guérison à Capharnaüm.

la belle-mère de Simon

Une femme anonyme, mère de l'épouse de Simon — détail qui montre au passage que Simon était marié.

Première personne guérie dans une maison chez Luc ; son relèvement immédiat et le service qu'elle rend aussitôt manifestent que la guérison est complète.

les démons

Dans la culture du temps, des puissances mauvaises tenues pour responsables de certains troubles ; Luc les présente comme des adversaires conscients de l'identité de Jésus.

Ils proclament exactement qui est Jésus, et c'est précisément pourquoi il les réduit au silence : la vérité crue par des bouches hostiles fausserait tout.

les foules

Les habitants de Capharnaüm et des environs, attirés par la réputation du guérisseur.

Elles cherchent Jésus et tentent de le garder pour elles ; leur désir légitime devient le contrepoint du refus de Jésus de s'installer.

Mots à connaître
Capharnaüm

Village de pêcheurs sur la rive nord-ouest du lac de Galilée, devenu la base de Jésus après son rejet à Nazareth. Les fouilles y ont dégagé des maisons modestes en basalte, serrées autour de cours communes : le cadre d'une scène comme celle-ci.

la synagogue

Lieu de réunion des Juifs d'un bourg pour la lecture et le commentaire des Écritures, le jour du sabbat notamment. Ce n'est pas un temple : il n'y a ni sacrifice ni prêtre, et n'importe quel homme compétent peut y prendre la parole, ce qui explique que Jésus y enseigne librement.

« au coucher du soleil »

La journée juive commence et finit au coucher du soleil. Le sabbat, jour de repos où transporter un malade était problématique, s'achevant à ce moment, la foule attend la tombée du jour pour amener les siens : le détail n'est pas pittoresque, il est juridique.

l'imposition des mains

Poser les mains sur quelqu'un est, dans la Bible, un geste de transmission : bénédiction, consécration, ici force de guérison. Luc est le seul des trois premiers évangélistes à le mentionner dans cette scène.

« menacer » la fièvre

Le verbe grec employé signifie réprimander, remettre à sa place ; Jésus l'emploie quelques versets plus haut face à un esprit mauvais. Traiter la fièvre comme un adversaire à qui l'on parle indique que la maladie est perçue comme une puissance hostile, non comme un simple dérèglement.

« le pays des Juifs »

Luc écrit littéralement « la Judée », mais il désigne ici l'ensemble du territoire habité par les Juifs, Galilée comprise, et non la seule région de Jérusalem. La traduction élargit donc à bon droit.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« menaça la fièvre »

Traduction très littérale d'un verbe grec qui signifie réprimander ; le texte présente la maladie comme une puissance à laquelle Jésus s'adresse, là où une bible d'aujourd'hui peut écrire « il interpella la fièvre ».

« le pays des Juifs »

Rendu littéral de « la Judée », employé ici au sens large de terre juive plutôt que de la région de Jérusalem ; certaines traductions écrivent simplement « en Judée », d'autres « dans le pays juif ».

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 1, 29-39 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même journée, mais Jésus y entre dans la maison « avec Jacques et Jean » et prend la malade par la main ; Luc supprime les compagnons, puisque les disciples ne sont pas encore appelés, et remplace le geste par une parole adressée à la fièvre. Marc précise aussi que Jésus, au matin, priait — Luc l'omet ici alors qu'il souligne ailleurs la prière de Jésus. Enfin, Marc conclut par une tournée « dans toute la Galilée », là où Luc élargit à l'ensemble du pays juif.

Mt 8, 14-17 même épisode, autre évangile

Matthieu raconte la guérison beaucoup plus brièvement et la place beaucoup plus tard, après le grand discours sur la montagne, dans une série de miracles groupés. Surtout, il conclut par une citation d'Isaïe sur le serviteur qui porte nos maladies, ce qui donne au récit une clé explicitement prophétique absente chez Luc. Ces déplacements montrent que chaque évangéliste organise librement les mêmes traditions selon son propos.

Lc 4, 16-21

Quelques versets plus haut, à Nazareth, Jésus a lu un texte d'Isaïe sur l'envoyé de l'Esprit chargé d'annoncer une bonne nouvelle aux pauvres et la libération aux captifs. La déclaration finale de notre passage sur la nécessité d'annoncer ailleurs renvoie directement à ce programme : les guérisons ne sont pas un but en soi, elles accompagnent une annonce.

Is 61, 1-2 Ancien Testament

C'est le passage prophétique que Jésus s'applique à lui-même à Nazareth : un envoyé, consacré par l'Esprit, porte une nouvelle heureuse aux malheureux. Le vocabulaire de l'envoi qui clôt notre péricope — le mot grec traduit par « annoncer la bonne nouvelle » — vient de là.

Clés de lecture
De la synagogue à la maison

Jésus passe du lieu public et religieux à l'espace domestique le plus ordinaire. Luc, qui accorde une place remarquable aux femmes tout au long de son évangile, fait de cette femme sans nom la première guérie en privé, et la maison de Simon deviendra un point d'appui du ministère.

Se lever et servir

Le verbe employé pour le relèvement de la malade est celui qui, ailleurs dans le Nouveau Testament, dit la résurrection ; le service qui suit immédiatement est le signe concret que la santé est pleinement rendue. Guérir, chez Luc, c'est rendre quelqu'un à sa place parmi les siens.

Le silence imposé aux démons

Les esprits mauvais énoncent une vérité exacte sur l'identité de Jésus, et Jésus la fait taire. Ce trait, présent aussi chez Marc, tient à ce que le titre de Christ ne peut être compris qu'à la lumière de la croix : proclamé trop tôt, il ferait de Jésus un thaumaturge à succès ou un chef politique.

Le refus de s'installer

C'est le point de bascule du passage : la foule veut retenir Jésus, il oppose une nécessité — celle de l'envoi. Le succès local devient une tentation d'immobilité, et la phrase finale déplace le centre de gravité des miracles vers l'annonce du règne de Dieu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc montre en quoi consiste concrètement le programme annoncé à Nazareth : l'envoyé de Dieu guérit, libère, et surtout annonce. Les miracles ne sont pas des démonstrations de puissance mais les signes que le règne de Dieu s'approche réellement des corps et des vies abîmées.

La tradition catholique lit dans ces guérisons une anticipation de ce que le mystère pascal accomplira pleinement : le relèvement de la femme fiévreuse, dit avec le vocabulaire de la résurrection, esquisse la victoire sur la mort. Elle y voit aussi le fondement de l'attention de l'Église aux malades, prolongée dans le sacrement de l'onction. Enfin, la parole finale de Jésus a toujours été comprise comme la source du caractère missionnaire de l'Église : l'Évangile n'appartient à aucune ville, à aucun groupe, et ne peut être retenu par ceux qui en ont d'abord bénéficié.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux récits de guérison brefs, un résumé de l'activité de Jésus, puis une parole qui les interprète. Ce type de récit suit un schéma stable dans l'Antiquité : constat du mal, intervention, effet immédiat, preuve visible de la guérison — ici, la femme qui se lève et sert.

L'ensemble forme ce qu'on appelle une journée type : Luc ne prétend pas faire un reportage heure par heure, il compose une scène représentative qui donne d'emblée la couleur de tout le ministère de Jésus.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est le troisième des quatre récits de la vie de Jésus reçus par l'Église. La tradition l'attribue à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, médecin selon une mention du Nouveau Testament ; l'auteur ne se nomme pas, mais il se présente dans son prologue comme un enquêteur soigneux travaillant sur des témoignages antérieurs.

Il écrit probablement vers 80-90, en grec, pour des communautés de culture grecque plutôt que juive : d'où son souci d'expliquer les usages palestiniens et de montrer que le salut déborde les frontières d'Israël. Le même auteur a écrit les Actes des Apôtres, suite du récit.

Lectures et références
  • Lc 5, 1-11 — L'appel de Simon, qui suit immédiatement, éclaire pourquoi Luc a fait entrer Jésus chez lui auparavant.
  • Ac 1, 8 — Le second livre de Luc reprend et élargit le mouvement d'envoi qui clôt ce passage.
  • Catéchisme, § 1503 — Sur la compassion du Christ envers les malades comme signe de la venue du règne de Dieu.
  • Catéchisme, § 549 — Sur le sens des guérisons et libérations opérées par Jésus, signes messianiques et non fin en soi.

À retenir

Une journée entière de guérisons se conclut par un refus de rester : chez Luc, les miracles authentifient l'annonce du règne de Dieu, mais c'est l'annonce, et non le succès local, qui définit la mission de Jésus.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

Après la délivrance de cet homme possédé de l’esprit impur, saint Luc raconte immédiatement la guérison d’une femme, car le Seigneur était venu guérir l’un et l’autre sexe, et il devait commencer par celui qui fut créé le premier : « Et étant sorti de la synagogue, il entra dans la maison de Simon »

S. Chrys

(hom. 28 sur S. Matth.) Il demeurait ainsi volontiers chez ses disciples, pour leur témoigner de l’honneur, et leur inspirer un plus grand courage et un zèle plus ardent.

S. Cyrille

Considérez la condescendance du Sauveur, qui demeure chez un homme pauvre, lui qui, de sa pleine volonté, s’est soumis à toutes les privations de la pauvreté, pour nous apprendre à aimer le commerce des pauvres, et à ne jamais mépriser les indigents et les malheureux.

« La belle-mère de Simon avait une forte fièvre, et ils le prièrent pour elle. »

S. Jérôme

Tantôt le Sauveur attend qu’on le prie, tantôt il guérit de lui-même les malades qui se présentent. Il nous apprend par cette conduite, qu’il accorde aux prières des fidèles ces grâces puissantes qui aident les pécheurs à triompher de leurs passions, et que quant aux maladies intérieures qu’ils ne connaissent pas, ou bien il leur en donne l’intelligence, ou il leur pardonne ce qu’ils ne comprennent pas, selon ces paroles du Psalmiste : « Qui peut connaître ses péchés ? Purifiez-moi de celles qui sont cachées en moi . » (Ps 18.)

20 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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