Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 3, 1-9
« Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit »
1 Moi-même, mes frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à de petits enfants dans le Christ.
2 Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide, car vous n’en étiez pas capables, et vous ne l’êtes pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels.
3 En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ?
4 Quand l’un dit : Moi je suis à Paul ! et un autre : Moi, je suis à Apollos ! n’êtes-vous pas des hommes ? Qu’est-ce donc qu’Apollos ? et qu’est-ce que Paul ?
5 Des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon ce que le Seigneur a donné à chacun.
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a fait croître.
7 Ainsi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose ; mais Dieu, qui fait croître.
8 Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux ; et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.
9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Cette page appartient à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, et plus précisément à sa longue ouverture (chapitres 1 à 4) consacrée aux divisions de cette communauté. Paul y a appris que les Corinthiens se réclamaient chacun d'un prédicateur différent, comme on se range derrière un maître de sagesse.
Juste avant, il a opposé la sagesse du monde et la sagesse de Dieu, qui a pour cœur un crucifié, et distingué l'homme laissé à ses seules forces de celui qu'anime l'Esprit. Notre passage tire la conséquence pratique : leurs querelles prouvent qu'ils en sont restés au premier stade.
Juste après, Paul développe l'image de la construction : il a posé le fondement, chacun doit prendre garde à la manière dont il bâtit dessus. En semaine, la première lecture avance dans un livre au fil des jours, indépendamment de l'évangile : on lit ici la suite de ce qui a été lu la veille.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif de Tarse devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile dans le monde grec. Il a fondé la communauté de Corinthe vers l'an 50 et lui écrit ensuite pour régler ses difficultés.
Il parle à la première personne, en fondateur qui rappelle les débuts, et se met lui-même à sa juste place : celle d'un simple ouvrier.
- Apollos
-
Juif originaire d'Alexandrie, en Égypte, orateur cultivé et fin connaisseur des Écritures, devenu chrétien et prédicateur ; il est passé à Corinthe après le départ de Paul.
Il n'est pas présent, mais son nom sert d'étendard à une partie des Corinthiens. Paul refuse toute rivalité avec lui et le présente comme son associé dans un même travail.
- Les Corinthiens
-
Une communauté chrétienne récente, née dans une grande ville portuaire cosmopolite, composée en majorité de non-juifs et traversée par de fortes inégalités sociales.
Ils sont les destinataires du reproche : leurs partis pris pour tel ou tel prédicateur révèlent, aux yeux de Paul, une immaturité qu'ils n'ont pas encore quittée.
- Dieu
-
Dans toute la lettre, celui dont l'initiative précède et dépasse l'action des hommes.
Il est le véritable sujet de l'action : les ministres travaillent, mais la croissance ne vient que de lui. Le passage s'achève sur deux images où la communauté lui appartient tout entière.
Mots à connaître
- Corinthe
Grande ville de Grèce, refondée comme colonie romaine, située sur l'isthme qui relie le Péloponnèse au continent et dotée de deux ports. Population mêlée, commerçante, friande de rhétorique et de sagesses concurrentes : le goût des Corinthiens pour les maîtres brillants s'explique par ce milieu.
- Le lait et la nourriture solide
Comparaison classique dans l'enseignement antique : le lait désigne les rudiments donnés aux débutants, la nourriture solide un enseignement plus exigeant. Paul ne reproche pas aux Corinthiens d'avoir commencé par le lait, mais d'en être encore là.
- « Charnel » et « spirituel »
Chez Paul, la chair ne désigne pas le corps ni la sexualité, mais l'être humain replié sur ses propres forces et ses ambitions. Le spirituel est celui que l'Esprit de Dieu conduit. L'opposition est donc morale et théologique, non une dévalorisation du corps.
- Planter et arroser
Dans le monde méditerranéen, l'arrosage est un travail distinct et indispensable de la culture, souvent confié à d'autres mains que celles qui ont semé. L'image répartit donc des tâches successives et complémentaires, sans hiérarchie entre elles.
- Le salaire
Le mot évoque la paie de l'ouvrier agricole, versée à la journée. Paul l'emploie pour dire que chacun sera reconnu selon son travail effectif, non selon la réputation dont il jouit auprès des fidèles.
Ailleurs dans l’Écriture
- 1 Co 1, 10-13
Quelques pages plus haut, Paul énumérait les slogans qui circulaient à Corinthe : outre les noms de Paul et d'Apollos, ceux de Céphas (c'est-à-dire Pierre) et du Christ lui-même. Notre passage reprend deux de ces mots d'ordre et leur applique le diagnostic annoncé au début de la lettre. Les deux textes se lisent donc ensemble : l'un pose le problème, l'autre en donne la racine.
- Ac 18, 24-28
Le livre des Actes des Apôtres, qui raconte les débuts de l'Église, présente Apollos : un homme éloquent, formé aux Écritures, qui prêche d'abord à Éphèse puis passe en Grèce. Ce portrait explique l'attrait qu'il a pu exercer sur des Corinthiens sensibles au beau langage. Les Actes ne signalent aucun conflit entre lui et Paul, ce qui confirme que la rivalité venait des fidèles, non des prédicateurs.
- He 5, 12-14
La lettre aux Hébreux reprend la même comparaison entre le lait des nourrissons et la nourriture des adultes pour reprocher à ses destinataires de n'avoir pas progressé. L'image était courante chez les maîtres de l'Antiquité pour parler des degrés d'un enseignement. Le rapprochement montre qu'il s'agit d'un procédé pédagogique partagé, et non d'une invention de Paul.
- Is 5, 1-7 Ancien Testament
Le prophète Isaïe chante la vigne que Dieu a plantée, bêchée et soignée, et qui n'a donné que de mauvais fruits : cette vigne, dit-il, c'est Israël. L'image du peuple comme champ ou plantation de Dieu vient de là. Paul l'applique à une communauté chrétienne, en insistant non sur le jugement mais sur le fait que la croissance appartient à Dieu seul.
Clés de lecture
- Un diagnostic, pas une insulte
Le reproche d'immaturité n'est pas une humiliation gratuite : il sert de preuve. Les jalousies et les rivalités sont présentées comme le symptôme visible d'un état spirituel. La logique est inversée par rapport à ce qu'on attendrait : ce ne sont pas les idées qui trahissent la maturité, mais la manière de vivre ensemble.
- « Qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? »
C'est le point de bascule du passage. En posant la question sur lui-même, Paul déplace l'attention des prédicateurs vers celui qui les envoie. Les ministres cessent d'être des chefs de file pour redevenir des serviteurs interchangeables ; leurs différences de dons ne fondent aucune supériorité.
- Dieu seul donne la croissance
L'énoncé central distingue ce que les hommes font — un travail réel, qui coûte et qui sera reconnu — et ce qu'ils ne peuvent pas produire : la vie elle-même. Paul maintient les deux : ni ouvriers inutiles, ni ouvriers propriétaires du résultat.
- Deux images pour finir
La conclusion superpose le champ cultivé et la maison en construction. La première ferme la métaphore agricole du passage, la seconde ouvre celle que Paul va développer aussitôt après, avec le fondement et l'édifice qui reposent dessus. Dans les deux cas, la communauté est désignée comme appartenant à Dieu.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle une crise concrète : il refuse que des communautés se constituent autour de personnalités et remet les prédicateurs à leur rang d'instruments. Il fournit du même coup une définition du ministère chrétien : un service, dont l'efficacité ne vient pas de celui qui l'exerce.
La tradition catholique y a lu deux choses. D'abord un principe sur l'action de Dieu et celle des hommes : Dieu associe réellement des collaborateurs à son œuvre, sans que leur travail devienne pour autant la source du fruit — ce qui vaut pour la prédication comme pour les sacrements, dont la fécondité tient au Christ et non à la valeur du ministre. Ensuite une manière de nommer l'Église : les images du champ cultivé et de l'édifice en construction sont devenues, avec celles du corps et du peuple, des expressions classiques pour dire ce qu'elle est.
Le passage sert enfin de correctif permanent aux logiques de clan à l'intérieur de la communauté chrétienne : l'unité n'y est pas un supplément, elle est le signe que l'Esprit y agit.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une lettre, c'est-à-dire un texte adressé à des destinataires identifiés dans une crise donnée ; on la lit comme on lit une correspondance, en cherchant à quoi elle répond.
Ce passage relève plus précisément du reproche argumenté : Paul enchaîne les questions dont il connaît la réponse, procédé habituel des orateurs de son temps pour faire admettre une conclusion à ses auditeurs. Il ne conclut pas par une menace mais par deux images empruntées à l'agriculture et au bâtiment, qui préparent la suite du chapitre.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul de Tarse, et son attribution n'est pas discutée : c'est l'une des lettres dont l'authenticité fait l'unanimité. Il écrit depuis Éphèse, sur la côte de l'actuelle Turquie, vraisemblablement au milieu des années 50.
Ses destinataires sont les chrétiens de Corinthe, communauté qu'il a lui-même fondée lors d'un séjour d'environ un an et demi. Il réagit à des informations qui lui sont parvenues sur des divisions internes, et à une lettre que la communauté lui avait adressée. Une lettre de Paul n'est donc jamais un traité : c'est une intervention dans une situation précise, lue à haute voix devant l'assemblée réunie.
Lectures et références
- 1 Co 3, 16-17 — Quelques versets plus loin, Paul mène l'image de la construction jusqu'à son terme : la communauté est le temple de Dieu.
- 1 Co 4, 1 — Paul y reformule sa propre définition : les ministres sont des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
- Ac 18, 1-11 — Récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, à laquelle il fait allusion en rappelant sa première prédication.
- Ps 127, 1 — Le psaume affirme déjà que la maison bâtie sans le Seigneur est bâtie en vain, dans la même logique que la conclusion du passage.
- Catéchisme, § 755 — Le Catéchisme reprend les images du champ de Dieu et de l'édifice de Dieu pour décrire l'Église.
- Catéchisme, § 307 — Sur la coopération réelle des hommes à l'œuvre de Dieu, sans que l'initiative cesse d'être divine.
À retenir
Les querelles de partis à Corinthe révèlent une communauté encore immature, et Paul y répond en réduisant les prédicateurs au rang d'ouvriers : le travail leur revient, la croissance appartient à Dieu.
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