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de la férie

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 4, 1-5

« Le Seigneur rendra manifestes les intentions des cœurs »

1 Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu.

2 Eh bien ! ce que l’on cherche dans les dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle.

3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain ; je ne me juge pas moi-même ;

4 car, quoique je ne me sente coupable de rien, je ne suis pas pour cela justifié : mon juge, c’est le Seigneur.

5 C’est pourquoi ne jugez de rien avant le temps jusqu’à ce que vienne le Seigneur : il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et manifestera les desseins des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Cette lecture est tirée d'une lettre de l'apôtre Paul à la communauté chrétienne de Corinthe, en Grèce. Les quatre premiers chapitres traitent d'un problème précis : les Corinthiens se sont divisés en groupes rivaux, chacun se réclamant du prédicateur qui l'a baptisé ou séduit — Paul, Apollos, Céphas (l'apôtre Pierre).

Paul vient de démonter cette logique par deux images : les prédicateurs ne sont que des ouvriers dans le champ de Dieu, des maçons sur une fondation qui n'est pas la leur. Le passage du jour conclut cette démonstration en donnant le statut exact des apôtres : de simples subordonnés, comptables devant leur seul maître.

Juste après, Paul passera à l'ironie mordante, opposant les Corinthiens qui se croient déjà comblés aux apôtres traités comme les derniers des hommes. En semaine, la première lecture parcourt un livre biblique de jour en jour : on avance ici dans la Première lettre aux Corinthiens, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante le principal missionnaire de l'Évangile auprès des non-Juifs. C'est lui qui a fondé la communauté de Corinthe vers l'an 50.

Il parle à la première personne et se donne lui-même en exemple : il refuse de se laisser mesurer par ses convertis, mais refuse tout autant de s'auto-évaluer favorablement.

« nous » (les apôtres et prédicateurs)

Paul se range avec ses collaborateurs, notamment Apollos, un prédicateur juif d'Alexandrie venu à Corinthe après lui et dont certains s'étaient faits les partisans.

Ils sont définis non par leur prestige mais par leur fonction subalterne : ils gèrent un bien qui ne leur appartient pas.

les Corinthiens

Communauté récente, cosmopolite, installée dans un grand port commercial réputé pour sa richesse et sa culture de la compétition oratoire. Ils s'étaient divisés en clans autour de leurs maîtres préférés.

Ils sont ceux qui jugent et classent leurs prédicateurs ; Paul leur retire cette compétence et leur demande d'attendre.

le Seigneur

Le Christ ressuscité, dont les premiers chrétiens attendaient le retour manifeste à la fin de l'histoire.

Il est présenté comme le seul juge légitime, celui devant qui l'apôtre est réellement comptable.

Mots à connaître
intendant

Dans une maison antique, l'intendant (en grec oikonomos) était souvent un esclave ou un affranchi à qui le maître confiait la gestion complète de ses biens. Il disposait d'un pouvoir réel, mais rien ne lui appartenait et il devait rendre des comptes. Le mot dit donc à la fois une responsabilité sérieuse et une dépendance totale.

auxiliaires

Le mot grec employé ici désigne un serviteur subalterne, exécutant les ordres d'un supérieur. Le choix est délibérément modeste : Paul écarte tout titre honorifique pour ceux que les Corinthiens érigeaient en chefs de file.

mystères de Dieu

Dans la langue de Paul, le « mystère » n'est pas une énigme insoluble mais le projet de Dieu longtemps caché et désormais dévoilé dans le Christ. Les apôtres n'en sont pas les propriétaires : ils le transmettent.

la venue du Seigneur

Les premiers chrétiens attendaient un retour manifeste du Christ, qui achèverait l'histoire et rendrait publique la vérité de chaque vie. Cette attente n'est pas un décor : c'est elle qui rend absurde, aux yeux de Paul, toute distribution anticipée des mérites.

la conscience

Paul désigne par là le témoignage intérieur qu'un homme se rend à lui-même sur sa propre conduite. Il lui reconnaît une valeur, mais lui refuse le dernier mot : se sentir en règle n'équivaut pas à être justifié par Dieu.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« ou à celui d'une autorité humaine »

Le grec dit littéralement « ou par un jour humain », c'est-à-dire une séance de tribunal fixée par les hommes. Les traductions modernes explicitent l'image, mais elle prépare l'opposition avec le « jour » du Seigneur évoqué juste après.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 12, 42-46

Jésus y met en scène l'intendant chargé de la maison pendant l'absence du maître, et dont toute la valeur tient à sa fidélité jusqu'au retour. Paul reprend exactement cette figure et cette logique d'attente. Le rapprochement montre que son vocabulaire n'est pas une invention personnelle mais un écho de l'enseignement de Jésus.

2 Co 5, 10

Dans une lettre ultérieure à la même communauté, Paul dit que tous doivent comparaître devant le tribunal du Christ pour recevoir selon ce qu'ils ont fait. La même conviction commande ici son indifférence aux verdicts humains.

1 S 16, 7 Ancien Testament

Lorsque le prophète Samuel cherche le futur roi David, il lui est dit que l'homme regarde l'apparence tandis que Dieu voit le cœur. L'idée que Dieu seul atteint l'intérieur de l'homme, et que ce regard relativise toutes les évaluations humaines, traverse toute la Bible et fonde le raisonnement de Paul.

Mt 7, 1 même épisode, autre évangile

L'appel de Jésus à ne pas juger pour ne pas être jugé éclaire la demande finale de Paul. Mais Paul précise un point que Matthieu laisse implicite : ce n'est pas tout jugement qui est exclu, c'est le jugement prématuré, porté avant que la vérité des intentions ne soit rendue visible.

Clés de lecture
Une gradation en trois refus

Paul écarte successivement trois instances : le jugement de la communauté, celui d'un tribunal humain quelconque, et enfin le sien propre. Le troisième refus est le plus fort, car il coupe court à toute complaisance : Paul ne se retire pas du jugement des autres pour se réfugier dans sa bonne conscience.

Fidélité plutôt que performance

Le seul critère retenu pour un intendant n'est pas le succès, l'éloquence ou le nombre de partisans, mais la fiabilité. Ce déplacement ruine à sa racine la comparaison entre prédicateurs qui déchirait Corinthe.

Un jugement qui aboutit à une louange

On attendrait, au terme d'un discours sur le jugement, une menace. La phrase finale dit l'inverse : ce qui sera mis au jour, c'est ce qui mérite d'être loué en chacun. Le jugement de Dieu est présenté ici comme une reconnaissance juste, non comme une condamnation.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle un conflit d'autorité dans une communauté précise : il définit le ministre chrétien comme un serviteur responsable devant Dieu seul, et interdit aux fidèles de classer leurs pasteurs comme on classait les orateurs à la mode.

La tradition catholique a lu dans ces quelques lignes une définition durable du ministère ordonné : celui qui préside, prêche ou baptise agit au nom d'un autre et distribue un bien qui n'est pas le sien — ce que dit encore le vocabulaire de l'« économie » du salut, hérité de ce texte. Elle y trouve aussi une des sources de sa doctrine du jugement dernier, entendu comme manifestation de la vérité de chaque existence, y compris de ce qui n'a jamais été vu ni compris des hommes. Enfin, la distinction entre une conscience tranquille et une justification réellement reçue de Dieu nourrit la conviction que nul ne se rend juste par lui-même.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage d'argumentation, à la fois conclusion d'une démonstration et défense personnelle. Paul y anticipe les critiques qu'on lui adresse et retourne la situation en déplaçant la question : non pas « qui est le meilleur prédicateur ? », mais « devant qui un prédicateur est-il responsable ? ».

Le raisonnement procède par une image juridique et domestique — celle de l'intendant — puis par une gradation : ni vous, ni un tribunal humain, ni moi-même, mais le Seigneur. Le lire, c'est suivre cette progression plutôt que d'y chercher un enseignement moral détaché.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse, et son autorité sur cette lettre n'est pas contestée. Il l'écrit probablement depuis Éphèse, sur la côte de l'actuelle Turquie, vers les années 54-55, quelques années après avoir fondé lui-même la communauté de Corinthe.

Il répond à des nouvelles inquiétantes venues de là-bas : rivalités entre groupes, désordres moraux, questions pratiques sur le mariage ou les repas. Une lettre apostolique de ce type était lue à voix haute lors de l'assemblée : le ton est celui d'un fondateur qui s'adresse oralement à des gens qu'il connaît par leur nom.

Lectures et références
  • 1 Co 1, 12 — Le passage où Paul nomme les partis rivaux de Corinthe, cause directe de tout le développement dont cette lecture est la conclusion.
  • 1 Co 3, 5-9 — L'image des prédicateurs comme simples ouvriers de Dieu, qui précède immédiatement et prépare celle de l'intendant.
  • Catéchisme, § 678 — Sur l'annonce d'un jugement qui révélera la conduite secrète de chacun.
  • Catéchisme, § 1039 — Sur le jugement dernier compris comme manifestation de la vérité de la relation de chacun à Dieu.

À retenir

Paul refuse d'être classé par ses convertis comme d'être justifié par sa propre conscience : le serviteur de l'Évangile n'est comptable que devant celui dont il gère les biens, et le verdict n'appartient qu'à la fin.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 36, 3-4 . 36, 5-6 . 36, 27-28 . 36, 39-40

3 Mets ta confiance en Yahweh, et fais le bien ; habite le pays, et jouis de sa fidélité.

4 Fais de Yahweh tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désire.

5 Remets ton sort à Yahweh et confie-toi en lui : il agira :

6 il fera resplendir ta justice comme la lumière, et ton droit comme le soleil à son midi.

27 Détourne-toi du mal et fais le bien ; et habite à jamais ta demeure.

28 Car Yahweh aime la justice, et il n’abandonne pas ses fidèles. Ils sont toujours sous sa garde, mais la postérité des méchants sera retranchée.

39 De Yahweh vient le salut des justes ; il est leur protecteur au temps de la détresse.

40 Yahweh leur vient en aide et les délivre ; il les délivre des méchants et les sauve, parce qu’ils ont mis en lui leur confiance.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 5, 33-39

« Des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ils jeûneront »

33 Alors ils lui dirent : « Pourquoi, tandis que les disciples de Jean et ceux des Pharisiens jeûnent et prient souvent, les vôtres mangent-ils et boivent-ils ? »

34 Il leur répondit : « Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’Époux, pendant que l’Époux est avec eux ?

35 Viendront des jours où l’Époux leur sera enlevé : ils jeûneront ces jours-là. »

36 Il leur proposa encore cette comparaison : « Personne ne met à un vieux vêtement un morceau pris à un vêtement neuf : autrement on déchire le neuf, et le morceau du neuf convient mal au vêtement vieux.

37 Personne non plus ne met du vin nouveau dans de vieilles outres : autrement, le vin nouveau rompant les outres, il se répandra, et les outres seront perdues.

38 Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent.

39 Et personne après avoir bu du vieux vin, ne veut aussitôt du nouveau ; car on dit : Le vieux vin est meilleur. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans les débuts de la vie publique de Jésus en Galilée, telle que Luc la raconte. Juste avant, Jésus a appelé un collecteur d'impôts, Lévi, à le suivre, et celui-ci lui a offert un grand repas où se pressaient d'autres collecteurs — ce qui avait déjà provoqué la protestation des pharisiens et des scribes.

Le passage du jour prolonge exactement cette scène de table : les mêmes contradicteurs enchaînent avec une nouvelle objection, non plus sur les convives, mais sur le fait même de manger et de boire au lieu de jeûner. La réponse de Jésus se déploie en trois temps : une image de noce, puis deux petites comparaisons (le vêtement, les outres), enfin une remarque sur le vin vieux propre à Luc.

Juste après viendront deux controverses sur le sabbat (Lc 6, 1-11) : la série des cinq conflits qui ouvrent le ministère galiléen se poursuit et prépare le choix des Douze.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Au début de sa prédication en Galilée, il enseigne, guérit et appelle des disciples ; Luc le montre déjà en tension avec les autorités religieuses.

Il répond à une objection sur la pratique religieuse en se désignant lui-même, indirectement, comme l'Époux dont la présence change le temps et les règles.

les pharisiens et les scribes

Les pharisiens forment un courant de laïcs pieux attachés à l'observance minutieuse de la Loi de Moïse ; les scribes sont des spécialistes des Écritures, chargés de les interpréter. Ni les uns ni les autres ne sont des prêtres.

Ils posent la question qui déclenche tout le passage, en comparant le comportement des disciples de Jésus à celui des autres groupes pieux de leur temps.

les disciples de Jean le Baptiste

Jean le Baptiste est le prophète qui a appelé à la conversion et baptisé au Jourdain ; il avait, comme les maîtres de son époque, un groupe de disciples formés à sa manière de vivre, austère.

Ils servent de terme de comparaison : leur pratique du jeûne et de la prière fait ressortir, par contraste, la liberté des disciples de Jésus.

les disciples de Jésus

Ceux qui suivent Jésus et partagent sa vie ; le groupe est plus large que les douze apôtres, qui ne seront choisis qu'au chapitre suivant.

Ils sont l'objet du reproche, sans prendre la parole : Jésus répond à leur place et justifie leur manière de vivre par sa propre présence.

Mots à connaître
Le jeûne

Au-delà du jeûne obligatoire du grand Pardon, la piété juive du temps de Jésus connaissait des jeûnes volontaires, souvent deux jours par semaine, signe d'attente et de pénitence. S'abstenir de jeûner n'était donc pas une faute, mais un choix qui se remarquait et se discutait.

Les invités de la noce

Un mariage juif donnait lieu à plusieurs jours de festin, pendant lesquels les proches de l'époux étaient dispensés de certaines obligations religieuses. L'image dit donc quelque chose de très concret pour les auditeurs : on ne jeûne pas pendant une noce, c'est la règle.

Les outres

On conservait le vin dans des peaux de chèvre cousues. Une outre neuve reste souple et supporte la pression du vin encore en fermentation ; une vieille outre, durcie, éclate. La comparaison suppose cette expérience domestique partagée par tous.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 2, 18-22 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, mais les questionneurs y sont anonymes et l'on y voit les disciples de Jean et ceux des pharisiens en train de jeûner. Marc parle d'une pièce de tissu brut, non lavé, cousue sur un vieux vêtement ; Luc transforme l'image en un vêtement neuf que l'on déchire, ce qui souligne la double perte. Surtout, Marc s'arrête aux outres : la remarque finale sur le vin vieux n'appartient qu'à Luc.

Mt 9, 14-17 même épisode, autre évangile

Chez Matthieu, ce sont les disciples de Jean eux-mêmes qui viennent interroger Jésus, et non les pharisiens. Le déplacement est significatif : Luc maintient les mêmes adversaires que dans la scène du repas précédent, faisant de tout le chapitre une série continue de conflits avec les autorités religieuses.

Os 2, 21-22 Ancien Testament

Le prophète Osée décrit l'alliance entre Dieu et son peuple comme des fiançailles définitives. Quand Jésus se présente en Époux, il reprend une image que ses auditeurs associent à Dieu lui-même : l'affirmation est donc bien plus forte qu'une simple comparaison de circonstance.

Is 62, 5 Ancien Testament

Isaïe annonce la joie de Dieu pour Jérusalem restaurée comme celle d'un époux pour son épouse. L'arrière-plan éclaire pourquoi la noce, dans la bouche de Jésus, signifie le temps du salut enfin arrivé, et non une simple fête.

Clés de lecture
L'Époux, une révélation voilée

Dans les prophètes, l'époux d'Israël, c'est Dieu. En se donnant ce titre, Jésus dit sans le dire qui il est. La question du jeûne se déplace ainsi vers une question d'identité : ce n'est pas une pratique qui change, c'est quelqu'un qui est là.

L'annonce de l'Époux enlevé

Le passage contient la première allusion voilée à la mort violente de Jésus, très tôt dans le récit. Le verbe employé suggère un arrachement, non un simple départ. Jésus ne supprime donc pas le jeûne : il indique le temps où il aura de nouveau un sens pour ses disciples.

Le vin vieux, une pointe propre à Luc

La dernière remarque, absente de Marc et de Matthieu, est souvent lue comme une observation lucide et légèrement ironique sur la résistance au changement : celui qui a l'habitude de l'ancien ne veut même pas goûter le nouveau. Elle décrit l'attitude des contradicteurs plutôt qu'elle ne recommande quoi que ce soit.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus justifie une pratique de ses disciples en invoquant le caractère unique du moment présent : la nouveauté qu'il apporte ne peut pas être ajustée aux cadres anciens comme une pièce rapportée, elle demande des formes nouvelles.

La tradition catholique y lit ensuite le rapport entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance : celle-ci n'est pas une retouche de celle-là, mais son accomplissement, qui appelle des structures neuves. L'image de l'Époux, reprise dans le Nouveau Testament pour dire le lien du Christ et de l'Église, fonde aussi la manière chrétienne de comprendre le jeûne : non plus une performance religieuse, mais l'expression d'une attente, entre l'Ascension et le retour du Christ. C'est sur cette parole que s'appuie l'usage ancien de jeûner le vendredi, jour de la mort de Jésus.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de controverse : une objection posée à Jésus, une réponse qui la retourne. Ce genre, fréquent dans les évangiles, ne vise pas à raconter un événement pour lui-même mais à fixer une parole décisive.

La réponse se prolonge en paraboles brèves — de petites comparaisons tirées de la vie quotidienne. Il ne faut pas y chercher un enseignement sur la couture ou la vinification : chaque image sert un seul point, l'incompatibilité entre l'ancien et le nouveau.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est attribué par une tradition ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, écrivant vers les années 80 pour des communautés majoritairement de culture grecque. Il est le seul évangéliste à donner une suite à son livre, les Actes des Apôtres, adressée comme lui à un certain Théophile.

Ses lecteurs ne connaissent pas de l'intérieur les débats juifs sur le jeûne : Luc doit donc leur rendre intelligible une querelle religieuse dont les enjeux ne leur sont pas familiers. Le nom de l'auteur et la datation restent discutés par les historiens, mais l'ancrage dans un christianisme de langue grecque, de deuxième génération, fait l'objet d'un large accord.

Lectures et références
  • Lc 5, 27-32 — Le repas chez Lévi, immédiatement avant, explique la présence des mêmes contradicteurs et l'objection sur le fait de manger et de boire.
  • Jn 3, 29 — Jean le Baptiste s'y désigne lui-même comme l'ami de l'époux, ce qui confirme que l'image était comprise comme désignant Jésus.
  • Catéchisme, § 796 — Développe la figure du Christ Époux et de l'Église Épouse, dont ce passage est l'une des sources évangéliques.
  • Catéchisme, § 1438 — Situe le jeûne parmi les formes de pénitence de la vie chrétienne, notamment au Carême et le vendredi.

À retenir

Jésus ne discute pas de la valeur du jeûne : il déplace la question en affirmant que sa présence inaugure un temps de noce, et que la nouveauté qu'il apporte ne peut se coudre sur l'ancien.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr.) Jésus-Christ ayant répondu à leur première question, ils passent à un autre point, et veulent lui montrer que les disciples et Jésus lui-même ne prennent aucun soin d’observer la loi : « Alors ils lui demandèrent : Pourquoi les disciples de Jean jeûnent-ils, etc., tandis que les vôtres mangent ? » etc., c’est-à-dire : Vous mangez avec les publicains et avec les pécheurs, bien que la loi défende toute communication avec ceux qui sont impurs (Lv 15), et vous excusez cette transgression par un motif de miséricorde ; mais pourquoi donc ne jeûnez-vous pas comme tous ceux qui conforment leur conduite aux prescriptions de la loi ? Les saints jeûnent, il est vrai, pour réprimer leurs passions par la mortification du corps ; mais Jésus-Christ n’avait pas besoin du jeûne pour s’élever à la perfection de la vertu, puisque, comme Dieu, il était inaccessible à tout entraînement des passions. Le jeûne n’était pas plus nécessaire à son humanité, puisqu’elle participait à la grâce qui était en lui, et y puisait une force qui la maintenait au même degré de vertu. Si donc le Sauveur se soumit à un jeûne de quarante jours, ce ne fut point pour réprimer en lui les passions, mais pour donner aux hommes charnels une leçon et une règle de mortification.

S. Augustin

(de l’accord des Evang. , 2, 27.) Evidemment saint Luc paraît faire entendre que cette question fut adressée au Sauveur de différents côtés, et qu’elle embrassait plusieurs personnes ; comment donc saint Matthieu s’exprime-t-il de la sorte : « Alors les disciples de Jean s’approchèrent et dirent : Pourquoi, tandis que les pharisiens et nous nous jeûnons souvent, vos disciples ne jeûnent-ils pas ? » si ce n’est parce que les disciples de Jean étaient présents, et que tous à l’envi s’empressèrent de faire cette objection.

S. Augustin

(Quest. évang. , 2, 18.) Il y a deux sortes de jeûnes, le jeûne de l’affliction pour obtenir de Dieu le pardon des péchés ; et le jeûne de la joie, où l’âme est d’autant moins sensible aux plaisirs de la chair, qu’elle jouit en plus grande abondance des délices spirituelles. Or, le Sauveur, interrogé pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas, s’explique successivement sur ces deux sortes de jeûne, et d’abord sur le jeûne de la tribulation : « Il leur répondit : Pouvez-vous faire jeûner les fils de l’Epoux, tandis que l’Epoux est avec eux ? »

S. Chrys

(hom. 31 sur S. Matth.) Comme s’il leur disait : Le temps actuel est un temps de joie et d’allégresse, pourquoi donc vouloir y mêler la tristesse ?

15 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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