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Sainte Teresa de Calcutta, vierge

22ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 4, 6-15

« Nous avons faim, nous avons soif, nous sommes dans le dénuement »

6 Ce que je viens de dire d’Apollos et de moi, n’est qu’une forme que j’ai prise à cause de vous, frères, afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas aller au delà de ce qui est écrit, ne vous enflant pas d’orgueil en faveur de l’un contre l’autre.

7 Car qui est-ce qui te distingue ? Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?

8 Déjà vous êtes rassasiés ! Déjà vous êtes riches ! Sans nous, vous êtes rois ! Dieu veuille que vous le soyez en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous !

9 Car il semble que Dieu nous ait fait paraître, nous les Apôtres, comme les derniers des hommes, comme des condamnés à mort, puisque nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

10 Nous, nous sommes insensés à cause du Christ, et vous, vous êtes sages en Jésus-Christ ; nous, nous sommes faibles, et vous, vous êtes forts ; vous, vous êtes en honneur, et nous dans le mépris !

11 À cette heure encore, nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; nous sommes meurtris de coups, nous n’avons ni feu ni lieu,

12 et nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains ; maudits, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ;

13 calomniés, nous supplions ; nous sommes jusqu’à présent comme les balayures du monde, le rebut des hommes.

14 Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses ; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés.

15 Car, eussiez-vous dix mille maîtres dans le Christ, vous n’avez pas cependant plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe s'ouvre sur un problème très concret : la communauté se divise en clans, chacun se réclamant d'un prédicateur différent — Paul, Apollos, Pierre (1 Co 1, 10-13). Pour y répondre, Paul a longuement opposé la sagesse humaine à la « folie » de la croix, puis expliqué que ceux qui annoncent l'Évangile ne sont que des serviteurs : l'un plante, l'autre arrose, Dieu seul fait croître (chapitre 3).

Notre passage clôt ce développement. Paul y change de ton : après l'argumentation vient l'ironie, puis l'énumération de ses propres épreuves, et enfin un appel affectueux de père à ses enfants. Juste après (4, 16-21), il les invite à l'imiter, annonce l'envoi de son collaborateur Timothée et sa propre venue ; au chapitre 5, la lettre passe à un cas grave de désordre moral.

En semaine, la première lecture de la messe avance dans un livre biblique de jour en jour, indépendamment de l'évangile : ce passage est simplement l'étape suivante du parcours dans la première lettre aux Corinthiens.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse d'abord hostile aux chrétiens, devenu après une expérience bouleversante l'annonciateur de l'Évangile aux non-Juifs. Il a fondé la communauté de Corinthe vers 50-51 et lui écrit ensuite pour régler ses conflits.

Il parle à la première personne, d'abord avec ironie, puis en dressant la liste de ses épreuves, et se présente pour finir comme le père de cette communauté, parce qu'il lui a le premier annoncé l'Évangile.

Apollos

Juif d'Alexandrie devenu chrétien, orateur brillant, qui a prêché à Éphèse puis à Corinthe après le départ de Paul (Ac 18, 24-28). Certains Corinthiens se réclamaient de lui plutôt que de Paul.

Paul l'associe à lui-même comme exemple : les deux prédicateurs ne sont pas des chefs de parti rivaux, mais des serviteurs interchangeables du même Évangile.

les Corinthiens

Les chrétiens d'une grande ville portuaire grecque, cosmopolite et prospère, majoritairement de condition modeste, très sensibles au prestige de l'éloquence et de la « sagesse ».

Destinataires directs de l'ironie de Paul : il leur renvoie l'image d'eux-mêmes qu'ils se donnent — comblés, riches, régnant déjà — pour faire apparaître le contraste avec la condition réelle des apôtres.

les Apôtres

Le mot grec signifie « envoyés ». Il désigne d'abord les Douze compagnons choisis par Jésus, mais Paul l'applique aussi à lui-même et à d'autres missionnaires chargés de fonder des communautés.

Paul les décrit comme un groupe exposé, méprisé, sans sécurité : leur situation sociale est le contraire du prestige que les Corinthiens recherchent.

Mots à connaître
« ne pas aller au-delà de ce qui est écrit »

Formule difficile, dont le sens exact est discuté. Elle renvoie très probablement aux Écritures d'Israël que Paul vient de citer à plusieurs reprises : la règle est de ne pas dépasser ce que Dieu a fait connaître, notamment sur la vanité de l'orgueil humain.

Ailleurs dans l’Écriture
2 Co 11, 23-29

Dans une lettre ultérieure à la même communauté, Paul dresse une liste beaucoup plus détaillée de ses épreuves : coups, naufrages, dangers, insomnies. Le procédé est le même, mais l'enjeu diffère : ici il s'agit de démonter l'orgueil des Corinthiens, là de répondre à des rivaux qui contestent son autorité. Le rapprochement montre que ce catalogue de souffrances est chez Paul une manière habituelle de définir ce qu'est un envoyé du Christ.

Rm 12, 14

Paul y donne comme consigne à tous les croyants de bénir ceux qui les persécutent. Dans notre passage, il ne donne pas de consigne : il décrit ce qu'il fait effectivement. Le même comportement est donc présenté ailleurs comme la règle ordinaire de la vie chrétienne, ce qui rejoint aussi les béatitudes de l'évangile (Mt 5, 11-12).

Jr 9, 22-23 Ancien Testament

Le prophète Jérémie déclare que le sage, le fort et le riche ne doivent pas se glorifier de leur sagesse, de leur force ni de leur richesse. Paul avait déjà cité ce texte au début de la lettre (1 Co 1, 31), et c'est le même mouvement qui commande ici sa question sur ce que l'on possède sans l'avoir reçu. La critique de l'orgueil n'est donc pas une invention de Paul : elle vient de la tradition prophétique.

1 Co 3, 5-9

Quelques versets plus haut, Paul a comparé Apollos et lui-même à un planteur et à un arroseur, dont le travail ne vaut que par la croissance donnée par Dieu. Notre passage en tire la conséquence pratique : se ranger derrière l'un contre l'autre n'a aucun sens. Lire les deux ensemble évite de prendre l'ironie du chapitre 4 pour une simple humeur.

Clés de lecture
Tout est reçu

La question centrale du début du passage réduit l'orgueil à une contradiction : se vanter d'un don revient à faire comme si on ne l'avait pas reçu. C'est le cœur de l'argument, et la phrase la plus citée du passage dans l'histoire de la théologie.

Une série d'oppositions « nous / vous »

Paul aligne des couples symétriques : fous et raisonnables, faibles et forts, méprisés et honorés. Il ne s'agit pas de constater une différence de mérite, mais de mettre sous les yeux des Corinthiens l'écart entre l'image qu'ils se font d'une vie chrétienne réussie et la condition de ceux qui leur ont apporté la foi.

Le renversement des insultes

Au milieu de l'énumération des mauvais traitements, trois réactions inversent la logique de la riposte : à l'injure répond la bénédiction, à la persécution la patience, à la calomnie la parole apaisante. Ce trait rattache le portrait de l'apôtre à l'enseignement de Jésus sur les persécutés.

Du sarcasme à la paternité

Le ton bascule dans les derniers versets : Paul précise qu'il ne cherche pas à humilier. Il distingue la multitude des éducateurs de l'unique père, celui par qui la communauté est née à la foi — ce qui fonde son droit de reprendre les Corinthiens.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend une conception du ministère : celui qui annonce l'Évangile n'est pas un maître à succès dont on se réclame, mais un serviteur exposé, dont la vie ressemble à celle du Christ crucifié plutôt qu'à celle d'un notable. La tradition catholique y a toujours lu le critère d'authenticité de tout ministère dans l'Église : la conformité à la croix, et non le prestige.

Deux points ont particulièrement nourri la réflexion théologique. La question sur ce que l'on possède sans l'avoir reçu est devenue un texte classique de la théologie de la grâce : rien de ce que l'homme est ou peut devant Dieu n'est d'abord son œuvre. Et la paternité spirituelle que Paul revendique, distincte d'une simple fonction d'enseignant, éclaire l'usage ancien d'appeler « père » celui qui a engendré une communauté à la foi. La liste des privations, lue spirituellement, dessine enfin la figure de ceux qui, à travers l'histoire, ont choisi le dénuement pour rester crédibles dans l'annonce de l'Évangile.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage d'argumentation polémique, où Paul emploie deux procédés bien identifiables de la rhétorique de son temps.

D'abord l'ironie : il feint de constater que les Corinthiens sont déjà parvenus à la plénitude, pour rendre leur prétention audible. Ensuite le catalogue d'épreuves, forme littéraire connue par laquelle un maître énumérait les conditions difficiles qu'il traverse. Ne pas percevoir l'ironie fausse toute la lecture : les compliments du début ne sont pas des compliments.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul, et cette lettre est l'une de celles dont l'authenticité n'est pas discutée. Il l'écrit probablement depuis Éphèse, vers les années 54-56, quelques années après avoir fondé la communauté de Corinthe.

Il réagit à des nouvelles reçues et à des questions qu'on lui a posées : divisions internes, désordres moraux, difficultés liturgiques, doutes sur la résurrection. Une « lettre » de ce type n'est pas un traité : c'est une intervention pastorale à distance, destinée à être lue à haute voix devant l'assemblée réunie.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 224 — Le Catéchisme s'appuie sur la question de Paul sur ce que l'on possède sans l'avoir reçu pour dire que tout est don de Dieu.
  • Ac 18, 1-11 — Récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, qui explique en quel sens il peut s'en dire le père.
  • Ac 18, 3 — Paul y exerce un métier manuel, ce qui éclaire la mention du travail de ses mains.
  • 1 Co 1, 18-25 — La « folie » de la croix opposée à la sagesse du monde donne la clé des oppositions du passage.
  • Ga 4, 19 — Paul y emploie une autre image d'engendrement pour décrire son rapport aux communautés qu'il a fondées.

À retenir

Par l'ironie puis par la liste de ses épreuves, Paul renverse l'échelle des valeurs des Corinthiens : ce qui atteste un envoyé du Christ n'est pas le prestige, mais une vie conformée à la croix — et tout ce qu'on possède est de toute façon reçu.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 144, 17-18 . 144, 19-20 . 144, 21

17 Yahweh est juste dans toutes ses voies, et miséricordieux dans toutes ses œuvres.

18 Yahweh est près de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent d’un cœur sincère.

19 Il accomplit les désirs de ceux qui le craignent, il entend leur cri et il les sauve.

20 Yahweh garde tous ceux qui l’aiment, et il détruit tous les méchants.

21 Que ma bouche publie la louange de Yahweh, et que toute chair bénisse son saint nom, toujours, à jamais !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 6, 1-5

« Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat ? »

1 Un jour de sabbat, dit le second-premier, comme Jésus traversait des champs de blé, ses disciples cueillaient des épis, et, les froissant dans leurs mains, les mangeaient.

2 Quelques Pharisiens leur dirent : « Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat ? »

3 Jésus leur répondit : « Vous n’avez donc pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui l’accompagnaient :

4 comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, en mangea et en donna à ceux qui étaient avec lui, bien qu’il ne soit permis d’en manger qu’aux prêtres seuls ? »

5 Et il ajouta : « Le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au début de la vie publique de Jésus, en Galilée, la région du nord où il a commencé à enseigner et à guérir. Le chapitre précédent enchaînait déjà les frictions avec les autorités religieuses : le pardon accordé à un paralysé, le repas pris chez un collecteur d'impôts, la question du jeûne.

Ce passage est le quatrième de cette série de démêlés, et le premier des deux qui portent sur le sabbat, le jour de repos hebdomadaire juif. Juste après, Luc raconte une guérison opérée un autre jour de sabbat, qui pousse les adversaires de Jésus à la fureur ; c'est alors seulement qu'il choisit les Douze et prononce son grand discours.

En semaine, le lectionnaire parcourt l'évangile de façon continue : ce découpage suit simplement le fil du récit, sans lien voulu avec la première lecture du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte l'action ; à ce stade du récit, il est connu comme prédicateur et guérisseur, et commence à susciter la méfiance des milieux religieux.

Il ne discute pas le détail de la règle mais déplace la question sur son autorité propre, en se désignant lui-même comme celui qui décide du sens du sabbat.

les disciples

Ceux qui suivent Jésus et partagent sa vie itinérante. Le groupe est plus large que les douze apôtres, qui ne seront choisis que quelques versets plus loin.

Ce sont eux qui agissent : c'est leur geste, et non celui de Jésus, qui déclenche la controverse. Jésus répond pourtant en leur nom, assumant leur conduite.

quelques pharisiens

Les pharisiens forment un courant religieux de laïcs pieux, très attachés à l'application exacte de la Loi de Moïse dans la vie quotidienne. Ce ne sont ni des prêtres ni des magistrats : leur autorité vient de leur réputation de rigueur et de savoir.

Ils jouent le rôle de gardiens de l'observance et posent la question qui ouvre le débat. Luc précise qu'ils ne sont que quelques-uns : il ne s'agit pas d'un bloc uniformément hostile.

David

Le grand roi d'Israël, environ mille ans avant Jésus, figure de référence absolue dans la mémoire juive. Il n'est pas présent dans la scène : Jésus le convoque par un récit de l'Ancien Testament.

Son précédent sert d'argument : un homme choisi par Dieu a autrefois transgressé une règle du sanctuaire sous la pression de la faim, sans que l'Écriture le condamne.

Mots à connaître
le sabbat

Septième jour de la semaine juive, du vendredi soir au samedi soir, consacré au repos en mémoire du repos de Dieu après la création et de la libération d'Égypte. L'interdiction de travailler y est une obligation majeure, inscrite dans les dix commandements. Les milieux pieux avaient précisé par la discussion quelles activités concrètes tombaient sous cette interdiction.

arracher des épis

La Loi autorisait expressément le passant à cueillir à la main des épis dans le champ d'autrui, à condition de ne pas y mettre la faucille : le reproche ne porte donc pas sur un vol. Ce qui est en cause, c'est que froisser les grains entre ses paumes ressemble à moissonner et vanner, deux travaux considérés comme interdits ce jour-là.

les pains de l'offrande

Douze pains déposés chaque semaine sur une table du sanctuaire, en signe de l'alliance avec les douze tribus d'Israël. Une fois remplacés, ils revenaient aux prêtres, seuls autorisés à les consommer. C'est cette réserve que David avait franchie.

le Fils de l'homme

Expression sémitique qui signifie ordinairement « un être humain », mais qui désigne aussi, dans le livre de Daniel, un personnage mystérieux investi par Dieu d'une autorité universelle. Jésus l'emploie régulièrement pour parler de lui-même, ce qui laisse volontairement planer les deux sens.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 2, 23-28 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, mais sa conclusion comporte une phrase que Luc ne reprend pas : le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'inverse. Marc situe aussi l'épisode de David sous le grand prêtre Abiathar, alors que le livre de Samuel nomme Achimélek. Luc allège le récit et concentre tout sur la dernière affirmation de Jésus.

Mt 12, 1-8 même épisode, autre évangile

Matthieu, qui écrit pour des lecteurs familiers du judaïsme, ajoute deux arguments absents de Luc : les prêtres eux-mêmes travaillent au Temple le jour du sabbat sans être coupables, et Dieu déclare par le prophète Osée préférer la miséricorde aux sacrifices. Il note aussi que les disciples avaient faim, ce que Luc ne dit pas. L'écart montre comment chaque évangéliste adapte l'argumentation à son public.

1 S 21, 2-7 Ancien Testament

C'est l'épisode auquel Jésus renvoie : David, en fuite, obtient du prêtre les pains consacrés déposés devant Dieu, normalement réservés aux prêtres. Le récit biblique ne porte aucun blâme. Jésus s'appuie donc sur un cas où l'Écriture elle-même admet qu'une nécessité humaine l'emporte sur une prescription rituelle.

Dn 7, 13-14 Ancien Testament

Dans cette vision, un personnage semblable à un fils d'homme reçoit de Dieu une royauté universelle. L'expression employée par Jésus à la fin du passage renvoie à ce texte autant qu'à l'usage courant où elle signifie simplement « l'être humain ». C'est cette ambiguïté qui donne à la dernière phrase sa portée.

Clés de lecture
Un déplacement, pas une négociation

Jésus ne discute pas de savoir si froisser des épis équivaut à moissonner. Il répond par un récit, puis par une affirmation sur lui-même. Le débat sur la règle se transforme en question sur l'identité de celui qui parle.

L'argument scripturaire retourné

La question des pharisiens portait sur ce qui est permis ; Jésus réplique en demandant s'ils ont lu l'Écriture. Il place ainsi la discussion sur leur propre terrain, celui des textes sacrés, et y trouve un précédent où la nécessité humaine l'a emporté sur une règle du culte.

La phrase finale

Luc supprime la formule intermédiaire que Marc conservait sur le sabbat fait pour l'homme, et laisse la déclaration finale seule en position d'aboutissement. Elle ne dit pas que le sabbat est aboli, mais que son interprétation relève désormais de l'autorité de Jésus. C'est cette prétention, bien plus que le geste des disciples, qui rendra le conflit inévitable.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage rapporte un conflit d'interprétation de la Loi, très plausible dans le judaïsme du premier siècle où les écoles débattaient précisément de ces cas. Jésus n'y conteste ni le sabbat ni l'Écriture : il en revendique l'intelligence dernière.

La tradition catholique lit dans la déclaration finale une affirmation voilée de l'identité divine de Jésus : le sabbat vient de Dieu, et celui qui s'en dit maître se place à un niveau qui dépasse celui d'un simple interprète. Le rapprochement avec David, roi persécuté et pourtant élu, oriente aussi vers celui que les chrétiens confessent comme le descendant de David.

Cette lecture fonde la conviction ancienne que le repos du sabbat trouve son accomplissement dans le dimanche chrétien, jour de la résurrection, et qu'aucune observance religieuse ne peut se retourner contre la personne humaine qu'elle est censée servir.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une controverse, un genre bien identifié dans les évangiles : un geste provoque une objection, l'objection appelle une réponse, et la réponse se termine par une formule frappante destinée à être retenue. Le récit est très bref parce que tout l'intérêt porte sur la dernière phrase.

Lire ce type de texte suppose de ne pas y chercher un procès-verbal détaillé mais un raisonnement : la scène est rapportée parce qu'elle sert de support à une déclaration décisive.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de l'apôtre Paul, présenté comme un chrétien venu du monde grec et non du judaïsme. Il écrit sans doute entre 80 et 90, pour des communautés majoritairement non juives qui n'ont pas connu Jésus et qui reçoivent son histoire de seconde main.

Luc travaille à partir de sources écrites et orales, dont l'évangile de Marc, qu'il réorganise et récrit dans un grec plus soigné. Son destinataire nommé, Théophile, est peut-être un protecteur réel ou une figure représentant tout lecteur en recherche.

Lectures et références
  • Dt 23, 26 — Loi autorisant le passant à cueillir des épis à la main dans le champ d'autrui, ce qui montre que le reproche ne porte pas sur le vol.
  • Lv 24, 5-9 — Prescription des pains déposés devant Dieu et réservés aux prêtres, arrière-plan de l'exemple invoqué par Jésus.
  • Ex 20, 8-11 — Le commandement du sabbat dans le décalogue, dont l'application est ici discutée.
  • Catéchisme, § 2173 — Le Catéchisme commente précisément les controverses de Jésus sur le sabbat et sa déclaration d'en être le maître.
  • Catéchisme, § 2175 — Explique le rapport entre le sabbat juif et le dimanche chrétien.

À retenir

Interrogé sur une règle du sabbat, Jésus ne plaide pas une exception : il déplace la discussion vers son autorité personnelle sur ce jour, ce qui fait de cette controverse une révélation déguisée de son identité.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

Ce n’est pas seulement par ses enseignements, mais par sa conduite et par ses actes, que Notre-Seigneur commence à dépouiller l’homme des observances de l’ancienne loi. « Or, un jour de sabbat, appelé le second-premier, comme Jésus passait le long des blés, ses disciples cueillaient des épis, » etc.

Bède

L’importunité de la foule ne laissait pas aux disciples le temps de manger, et comme ils éprouvaient le besoin de la faim, ils l’apaisent en mangeant les épis qu’ils froissent entre leurs mains, preuve d’une vie simple et austère, qui, loin de chercher des mets apprêtés, se contente des aliments les plus simples.

Théophile

C’était, dit l’Évangéliste, le sabbat second-premier, parce que les Juifs donnaient le nom de sabbat à toutes les fêtes. En effet, le mot sabbat signifie repos. Or, il arrivait souvent qu’une fête tombait la veille du sabbat, et on appelait ce jour sabbat à cause de la fête ; puis alors le véritable jour du sabbat était appelé second-premier, comme étant le second après la fête qui avait précédé.

S. Chrys

(hom. 40 sur S. Matth.) Il y avait alors une double fête, celle du jour même du sabbat et celle de la solennité qui lui succédait, et à laquelle on donnait aussi le nom de sabbat.

12 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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