Aller au contenu
comprendrelamesse.fr

S. Jean-Paul II, pape

29ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 3, 14-21

« Restez enracinés dans l'amour, établis dans l'amour. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu »

14 À cause de cela, je fléchis le genou devant le Père,

15 de qui tire son nom toute famille dans les cieux et sur le terre,

16 afin qu’il vous donne, selon les trésors de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit en vue de l’homme intérieur,

17 et que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, de sorte que, étant enracinés et fondés dans la charité,

18 vous deveniez capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur,

19 même de connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu.

20 À celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au delà de ce que nous demandons et concevons,

21 à Lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans tous les âges, aux siècles des siècles ! Amen !

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens se divise en deux grandes parties : les chapitres 1 à 3 exposent le plan de Dieu révélé en Jésus Christ, qui rassemble juifs et païens en un seul peuple ; les chapitres 4 à 6 en tirent les conséquences pour la vie quotidienne des croyants.

Ce passage se trouve exactement à la charnière. L'auteur vient d'expliquer qu'il est prisonnier à cause de la mission qui lui a été confiée auprès des non-juifs (3, 1-13) ; il reprend ici une prière qu'il avait commencée au début du chapitre 3 avant de s'interrompre. Ce qui suit immédiatement, au chapitre 4, est l'appel à vivre de manière digne de cette vocation.

Le passage se referme sur une doxologie, c'est-à-dire une formule qui rend gloire à Dieu : elle clôt solennellement toute la première partie de la lettre. En semaine, la première lecture avance ainsi de jour en jour dans un même livre, sans lien voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. La lettre se présente comme écrite par lui depuis la prison.

Il est celui qui prie : tout le passage est une intercession adressée à Dieu en faveur de ses destinataires, suivie d'une louange finale.

Mots à connaître
Tomber à genoux

Dans le judaïsme de l'époque, la prière se faisait le plus souvent debout. L'agenouillement marque donc une intensité particulière, celle de la supplication ou de l'adoration.

L'homme intérieur

Expression du vocabulaire grec reprise par Paul pour désigner non pas une partie de l'être humain opposée au corps, mais la personne elle-même en tant qu'elle est renouvelée par Dieu. C'est le lieu où l'Esprit agit et où la foi prend racine.

Doxologie

Formule brève qui rend gloire à Dieu, souvent close par Amen (mot hébreu signifiant « qu'il en soit ainsi », marque d'assentiment). Les lettres du Nouveau Testament en placent aux articulations importantes, et la liturgie chrétienne en a hérité.

La plénitude de Dieu

Terme central d'Éphésiens et de Colossiens : il désigne la totalité de ce que Dieu est et donne. L'idée n'est pas que l'homme devienne Dieu, mais qu'il soit rempli par lui sans réserve.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

La mention de la « paternité » qui tient son nom du Père

En grec, le mot désignant le Père et celui désignant une famille ou une lignée sont de même racine : la phrase joue sur cette parenté de mots, intraduisible en français. Les bibles actuelles rendent souvent par « toute famille au ciel et sur la terre tient de lui son nom ».

Clés de lecture
Une prière en escalier

Les demandes s'enchaînent en se commandant l'une l'autre : la force de l'Esprit rend possible la présence du Christ au cœur ; cette présence enracine dans l'amour ; cet enracinement rend capable de connaître. Chaque étape ouvre la suivante, jusqu'à la plénitude.

Les quatre dimensions

L'énumération de la largeur, de la longueur, de la hauteur et de la profondeur reste volontairement sans complément : l'auteur ne dit pas de quoi il mesure l'étendue. Le verset suivant l'indique indirectement : l'amour du Christ, dont la grandeur excède toute prise de l'intelligence.

Connaître ce qui dépasse la connaissance

La formule est paradoxale à dessein. Elle signifie que cet amour n'est pas un objet que l'esprit pourrait cerner, mais une réalité dans laquelle on entre et qui demeure toujours plus grande que ce qu'on en saisit.

Un vocabulaire de l'excès

La doxologie finale accumule les termes de dépassement : Dieu peut faire au-delà de ce qu'on demande et même de ce qu'on imagine. Ce registre n'est pas décoratif ; il est l'aboutissement logique de la prière, qui vient d'évoquer un amour sans mesure.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte est une intercession : l'auteur demande pour ses lecteurs une transformation intérieure dont Dieu seul est l'auteur, et qui a pour terme la connaissance de l'amour du Christ. Rien n'y est présenté comme une conquête humaine ; tout est don, selon la richesse de Dieu.

La tradition catholique y a lu l'un des textes majeurs sur l'habitation de Dieu dans le croyant : le Père, le Christ et l'Esprit y sont nommés ensemble dans un même mouvement, ce qui en fait l'un des passages où se laisse pressentir le mystère trinitaire. La prière chrétienne, et singulièrement l'oraison silencieuse, s'y est souvent reconnue.

La louange finale associe la gloire de Dieu à l'Église : la transformation demandée n'est pas une affaire privée, elle se comprend dans un corps où les croyants saisissent ensemble ce qui dépasse chacun.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni un raisonnement, mais une prière rapportée : l'auteur s'adresse à Dieu devant ses lecteurs, qui entendent ce qu'il demande pour eux. La langue est celle de la liturgie, avec de longues phrases, des redoublements et une accumulation voulue de termes.

Il faut donc la lire comme on écoute une prière, et non comme un traité : la succession des demandes dessine une progression, du don intérieur de l'Esprit jusqu'à la louange finale.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier, aux chrétiens d'Éphèse, grande ville portuaire de l'actuelle Turquie. Les plus anciens manuscrits ne portent cependant pas la mention « à Éphèse » : beaucoup y voient une lettre circulaire, destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure.

La question de l'auteur est débattue : le vocabulaire et le style, plus amples que dans les lettres incontestées de Paul, conduisent une partie des spécialistes à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant dans les années 80-90 au nom de son maître ; d'autres maintiennent une rédaction par Paul lui-même vers 60-63. L'Église reçoit le texte comme pleinement apostolique dans les deux hypothèses.

Lectures et références
  • Ep 1, 15-19 — Une première prière d'intercession, construite de façon semblable, ouvre la lettre et éclaire celle-ci.
  • Col 1, 9-11 — Prière voisine dans une lettre très proche d'Éphésiens par le vocabulaire et les thèmes.
  • Rm 11, 33-36 — Autre doxologie paulinienne célébrant l'insondable richesse de Dieu, au terme d'un développement doctrinal.
  • Jb 11, 7-9 — Texte de l'Ancien Testament qui mesure en hauteur, en profondeur et en longueur ce que l'homme ne peut sonder de Dieu.
  • Catéchisme, § 2714 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour décrire la prière contemplative comme le lieu où le Christ habite le cœur par la foi.

À retenir

Une prière qui demande pour les croyants, non des biens extérieurs, mais une présence intérieure de Dieu capable de les faire entrer dans un amour qui excède toujours ce qu'ils en comprennent.

Aller plus loin

Il est rare qu'un texte du Nouveau Testament donne à entendre une prière en train de se faire, avec ses reprises et ses débordements. Ici l'auteur demande pour ses lecteurs quelque chose qu'il ne parvient pas à nommer : il aligne quatre mesures sans dire de quoi, puis déclare que l'objet de sa demande excède ce qu'on peut en connaître, et finit par dire que Dieu fait plus que ce qu'on sait imaginer. Ce vertige n'est pas un effet de style : il résulte d'une construction très tenue, où chaque image est choisie et où les mots grecs jouent entre eux. En suivre le détail fait apparaître une architecture là où l'on ne voyait qu'une accumulation.

Pourquoi cette prière commence deux fois

Au tout début du chapitre 3, l'auteur ouvre une phrase solennelle, se nomme, et s'arrête net : il part dans une longue explication sur la mission reçue auprès des non-juifs et sur son emprisonnement. Notre passage reprend exactement la phrase laissée en suspens, avec la même formule d'enchaînement. Ce décrochage n'est pas une maladresse de rédaction ; il indique sur quoi la prière s'appuie.

Ce qui précède, en effet, est le cœur de la lettre : le chapitre 2 affirmait que les païens, autrefois tenus à l'écart d'Israël, sont désormais incorporés au même peuple, le mur de séparation étant abattu. La prière est donc dite pour une communauté mixte, composée de gens que tout séparait. Quand l'auteur demande ensuite que ses lecteurs saisissent quelque chose « avec tous les saints », c'est-à-dire avec l'ensemble des croyants, il ne fait pas une concession à la politesse collective : il tire la conséquence de ce qu'il vient d'exposer.

Cela éclaire aussi la position de l'agenouillement en tête du passage. La supplication ne vient pas après un raisonnement abstrait, elle en est le débouché : ce que l'auteur a décrit comme déjà réalisé par Dieu, il le demande maintenant comme devant encore s'accomplir dans les personnes.

Dieu n'est pas père à la manière des pères

Le grec dispose de deux mots de même racine : patèr, le père, et patria, le groupe qui descend d'un même ancêtre — une lignée, un clan, une famille élargie. La phrase les accole, ce qu'aucune traduction française ne rend sans lourdeur. Son sens n'est pas que Dieu serait un père agrandi, projection idéalisée de l'expérience humaine, mais l'inverse exact : toute lignée reçoit de lui jusqu'à son nom, c'est-à-dire son existence et son identité.

Le renversement est important. Dans l'ordre de la connaissance, on part évidemment de ce qu'on sait des pères humains pour entendre le mot appliqué à Dieu ; dans l'ordre de la réalité, c'est la paternité de Dieu qui est première et les autres qui en dérivent. La tradition chrétienne en a tiré que les défaillances des pères humains ne disent rien de Dieu, puisque la mesure est chez lui et non chez eux.

L'ajout « au ciel et sur la terre » élargit encore : il ne s'agit pas seulement des familles humaines, mais du monde invisible que la lettre évoque ailleurs, ces puissances célestes dont l'Antiquité peuplait l'univers. Rien n'échappe à cette dépendance, pas même ce qu'on redoutait comme supérieur à l'homme.

Une racine et une fondation : deux images qui ne vont pas ensemble

Le verbe grec employé pour la présence du Christ au cœur, katoikein, désigne une résidence stable, l'installation durable d'un habitant, par opposition au verbe qui dit le séjour provisoire de l'étranger de passage. Il ne s'agit donc pas d'une visite ni d'une émotion, mais d'une demeure. C'est exactement le vocabulaire que la lettre a utilisé un chapitre plus tôt pour comparer la communauté à un édifice où Dieu réside.

Viennent ensuite deux images que l'auteur superpose sans les accorder : celle de l'arbre enraciné et celle du bâtiment posé sur ses fondations. Logiquement, c'est incohérent : on n'enracine pas un mur. Ce télescopage est délibéré et fréquent chez Paul ; chaque image apporte ce que l'autre n'a pas. La racine dit la croissance, la sève, ce qui se développe lentement à partir d'un terrain ; la fondation dit la stabilité, ce qui tient quand on pousse.

Et ce terrain commun aux deux images est l'amour, qui n'est donc présenté ni comme un sentiment à produire ni comme un but à atteindre, mais comme le sol où l'on se tient déjà. La suite de la prière en dépend : c'est parce qu'on y est planté qu'on peut, ensuite, en mesurer quelque chose.

D'où viennent les quatre mesures

L'Ancien Testament connaît ce procédé. Pour dire que la sagesse de Dieu échappe à l'homme, le livre de Job l'évalue en hauteur, en profondeur, en longueur et en largeur : plus haute que les cieux, plus profonde que le séjour des morts, plus longue que la terre, plus large que la mer. Le Siracide procède de même en interrogeant qui pourrait explorer la hauteur du ciel et l'abîme. Mesurer en quatre dimensions est donc une manière héritée de dire l'incommensurable, et non une énigme à déchiffrer.

Ce fond explique pourquoi l'auteur ne complète pas son énumération : il mobilise une formule que ses lecteurs reconnaissaient, puis il déplace l'objet. Ce qui est sans mesure, ce n'est plus la sagesse ni le cosmos, c'est l'amour du Christ.

Une lecture ancienne, souvent reprise dans la prédication chrétienne, a rapporté ces quatre directions aux branches de la croix. Elle n'est pas le sens littéral — le texte ne mentionne pas la croix ici — mais elle n'est pas arbitraire : dans cette lettre comme ailleurs chez Paul, la mesure de l'amour du Christ est précisément sa mort. C'est un exemple de la façon dont la tradition prolonge un texte sans en forcer la lettre.

Une louange finale qui nomme l'Église

Les lettres du Nouveau Testament ferment volontiers une section par une brève formule de louange, construite toujours de la même manière : on désigne Dieu, on lui attribue la gloire, on étend cette gloire à la durée sans fin, on conclut par Amen. La fin de l'épître aux Romains en offre un exemple proche, également développé en une longue phrase.

Celle-ci présente pourtant une particularité : elle situe la gloire rendue à Dieu dans deux lieux conjoints, le Christ et l'Église. Aucune autre doxologie du Nouveau Testament ne nomme ainsi l'Église, et cela n'est pas un détail de style dans une lettre dont c'est le thème majeur. Le mouvement se referme sur son point de départ : la prière avait commencé par un Père de qui tout tient son nom, elle s'achève sur une communauté par qui ce nom est glorifié.

On remarquera enfin que le vocabulaire du dépassement — faire plus que ce qu'on demande, plus même que ce qu'on conçoit — intervient après que l'auteur a avoué l'échec de la connaissance devant l'amour du Christ. La louange ne corrige pas cet aveu, elle en vit.

Les questions que ça pose

Si Dieu donne déjà son Esprit au baptême, pourquoi demander qu'il fortifie ses lecteurs et que le Christ habite en eux ?

L'objection est réelle, et elle traverse toute la lettre : son premier chapitre affirme que les croyants ont déjà reçu l'Esprit comme un acompte. Mais le don reçu n'est pas pour autant pleinement déployé dans l'existence de celui qui le reçoit. L'auteur raisonne constamment sur deux plans : ce qui est acquis en Christ, et ce qui doit devenir effectif dans la durée d'une vie. Prier pour que le Christ s'installe dans les cœurs ne revient donc pas à réclamer ce qui manque, mais à demander que ce qui est donné prenne possession du terrain.

Dire que toute paternité tient son nom du Père, est-ce affirmer que Dieu est masculin ?

Non, et le texte lui-même l'écarte par son mouvement. Puisque c'est la paternité divine qui fonde les autres et non l'inverse, le mot « père » appliqué à Dieu n'importe pas en lui les limites de la condition masculine humaine. La foi catholique tient que Dieu n'est ni homme ni femme, qu'il est esprit, et que le langage humain ne le rejoint que par analogie, c'est-à-dire en affirmant une ressemblance toujours excédée par une plus grande dissemblance. L'Écriture emploie d'ailleurs ailleurs des images maternelles pour parler de Dieu, sans contradiction.

Si Dieu fait de toute façon plus que ce que l'on demande, à quoi sert de demander ?

La difficulté est classique, et le passage y répond par sa construction même plutôt que par un argument. Toute la page est une demande, et c'est au terme de cette demande seulement que la surabondance de Dieu est énoncée : on ne découvre pas qu'il donne au-delà de la requête sans avoir d'abord requis. La prière de demande n'a pas pour fonction d'informer Dieu ni de le faire changer d'avis, mais de disposer celui qui prie à recevoir. Reste que le texte ne promet pas que l'on obtiendra ce que l'on réclame : il déplace l'attente vers un objet que le demandeur n'avait pas su formuler.

Cette lecture a-t-elle été choisie pour la mémoire de saint Jean-Paul II ?

Rien ne permet de l'affirmer. En semaine, la première lecture suit son propre parcours, avançant jour après jour dans un même livre, ici l'épître aux Éphésiens, indépendamment des autres lectures. Pour une mémoire facultative, les lectures du jour sont ordinairement conservées, et le célébrant peut, s'il le juge utile, recourir à d'autres textes prévus pour la circonstance. Les correspondances que l'on croit apercevoir entre ce texte et le saint du jour relèvent donc d'une rencontre, non d'une intention du lectionnaire.

Pour finir

Ce passage ne décrit pas une expérience : il demande une transformation dont il reconnaît lui-même ne pas pouvoir dire l'objet, et c'est pourquoi il emprunte à la sagesse d'Israël ses mesures sans complément. Sa cohérence tient à l'ordre des demandes, de la force intérieure jusqu'à la connaissance d'un amour qui déborde toute connaissance. Et le fait que tout cela s'achève sur la gloire rendue dans l'Église indique que l'auteur n'a jamais envisagé cette intériorité comme une affaire solitaire.

Pour aller chercher plus loin

  • Ep 3, 1 — La phrase ouverte puis interrompue, que notre passage reprend à son début.
  • Ep 2, 19-22 — L'image de la communauté comme édifice où Dieu réside, qui prépare le vocabulaire de l'habitation.
  • Jb 11, 8-9 — La sagesse de Dieu mesurée en hauteur, profondeur, longueur et largeur : l'arrière-plan des quatre dimensions.
  • Si 1, 3 — Autre exemple sapientiel du procédé consistant à dire l'inaccessible par des mesures cosmiques.
  • Rm 16, 25-27 — Une doxologie développée de structure comparable, utile pour mesurer la singularité de celle-ci.
  • Catéchisme, § 2714 — Le Catéchisme s'appuie sur cette prière pour décrire l'oraison silencieuse.
Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Psaume

Psaumes 32, 1-2 . 32, 4-5 . 32, 11-12 . 32, 18-19

1 Justes, réjouissez-vous en Yahweh ! Aux hommes droits sied la louange.

2 Célébrez Yahweh avec la harpe, chantez-le sur le luth à dix cordes.

4 Car la parole de Yahweh est droite, et toutes ses œuvres s’accomplissent dans la fidélité.

5 il aime la justice et la droiture ; la terre est remplie de la bonté de Yahweh.

11 Mais les desseins de Yahweh subsistent à jamais et les pensées de son cœur dans toutes les générations.

12 Heureuse la nation dont Yahweh est le Dieu, heureux le peuple qu’il a choisi pour son héritage !

18 L’œil de Yahweh est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent en sa bonté,

19 pour délivrer leur âme de la mort, et les faire vivre au temps de la famine.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile

Luc 12, 49-53

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division »

49 Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, si déjà il est allumé ?

50 Je dois encore être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli !

51 Pensez-vous que je sois venu établir la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais bien la division.

52 Car désormais, s’il y a cinq personnes dans une maison, elles seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois ;

53 le père sera divisé contre son fils, et le fils contre son père ; la mère contre sa fille et la fille contre sa mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve au cœur de la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem, commencée au chapitre 9 : tout le récit est désormais orienté vers la mort et la résurrection qui l'attendent là-bas.

Juste avant, Jésus a enchaîné des avertissements sur la vigilance : le maître qui revient à l'improviste, le serviteur à qui beaucoup a été confié. Juste après, il reprochera à ses auditeurs de savoir lire le temps qu'il fait mais pas les signes de l'heure présente.

Ce passage est donc une parenthèse où Jésus parle de lui-même et de ce qui l'attend, avant de revenir aux foules. Il est lu un jour de semaine, dans la lecture continue de l'évangile de Luc qui occupe l'automne liturgique.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, reconnu par ses proches comme l'envoyé de Dieu ; dans l'évangile de Luc, il marche depuis plusieurs chapitres vers Jérusalem où il sait qu'il sera mis à mort.

Il parle ici à la première personne de sa propre mission et de l'épreuve qui vient, avec une émotion rare dans les évangiles, puis annonce l'effet de division que sa venue produira.

les disciples

Le cercle de ceux qui suivent Jésus et l'écoutent, plus large que le groupe des douze envoyés qu'on appelle les apôtres : il comprend des hommes et des femmes qui l'accompagnent sur la route.

Ils sont les destinataires de cette confidence ; l'avertissement sur les familles divisées les concerne directement, puisque c'est leur attachement à Jésus qui provoquera ces ruptures.

Mots à connaître
le feu

Dans la Bible, le feu évoque à la fois le jugement qui sépare le bon du mauvais, la purification et la présence brûlante de Dieu. Luc emploiera à nouveau cette image au début des Actes des Apôtres, quand l'Esprit descend sous forme de langues de feu. Le mot est donc ouvert : il ne signifie pas seulement destruction.

baptême

Le verbe grec signifie littéralement plonger, immerger. Avant de désigner le rite chrétien, il peut évoquer le fait d'être submergé par une épreuve, comme on l'est par les eaux. Jésus désigne ainsi par avance sa Passion et sa mort.

belle-mère et belle-fille

Dans la société juive du temps, la jeune épouse entrait dans la maison de son mari et vivait sous l'autorité de sa belle-mère. La liste de Jésus ne décrit donc pas des querelles de ménage isolées mais la rupture de la cellule sociale la plus solide, celle qui assurait à chacun identité, sécurité et subsistance.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 10, 34-36 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte les mêmes paroles sur la paix refusée et la famille divisée, mais dans un tout autre cadre : il les place dans le discours d'envoi en mission des douze apôtres, et il parle d'une épée là où Luc parle de division. Luc, lui, les rattache au feu et au baptême de Jésus, c'est-à-dire à sa Passion. Le même enseignement sert donc chez l'un à préparer les missionnaires aux persécutions, chez l'autre à éclairer le destin de Jésus lui-même.

Mi 7, 6 Ancien Testament

Le prophète Michée décrit une société en décomposition où le fils méprise son père et où la bru s'oppose à sa belle-mère. Jésus reprend presque terme à terme cette liste de ruptures familiales. Pour un auditeur juif, l'allusion est claire : il s'agit du langage traditionnel des temps de crise décisive, pas d'un éloge de la discorde.

Mc 10, 38 même épisode, autre évangile

Marc met dans la bouche de Jésus la même image, lorsqu'il demande aux fils de Zébédée s'ils peuvent être baptisés du baptême dont lui-même doit être baptisé. Le rapprochement confirme que le mot « baptême » désigne ici non un rite mais l'engloutissement dans la souffrance et la mort.

Lc 2, 34-35

Au début de son évangile, Luc fait dire au vieillard Siméon que l'enfant sera un signe contesté et qu'une épée transpercera l'âme de sa mère. L'annonce de la division trouve ici son écho : dès la présentation au Temple, Luc prévient que cet enfant forcera chacun à se situer.

Clés de lecture
Trois images pour une même chose

Le feu, le baptême et la division ne sont pas trois sujets successifs mais trois manières de dire un seul événement : ce qui va se jouer à Jérusalem. Luc rend ainsi perceptible que la mission de Jésus a un point de passage obligé, et que tout ce qu'il annonce en dépend.

Une angoisse assumée

La deuxième exclamation laisse voir un Jésus tendu, pressé d'en finir et pourtant éprouvé par ce qui vient. Luc, qui rapportera plus tard l'agonie au mont des Oliviers, ne cache pas cette dimension humaine : l'attente de la Passion pèse sur Jésus bien avant la Passion elle-même.

La division, conséquence et non but

Jésus écarte l'idée qu'il apporterait une paix facile, mais le texte ne dit pas qu'il recherche la discorde. La division est l'effet prévisible d'une parole qui oblige chacun à prendre position : là où certains adhèrent et d'autres refusent, même les liens les plus étroits se trouvent traversés par une ligne de partage.

Un compte volontairement déséquilibré

Cinq personnes partagées en trois contre deux : le chiffre impair interdit tout équilibre, toute cohabitation tranquille des deux positions. La forme même du propos dit qu'aucun compromis moyen n'est possible.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus annonce ici sa Passion sous deux images et prévient ses disciples que leur attachement à lui aura un coût social, jusque dans leur famille. Luc écrit pour des communautés qui ont déjà fait cette expérience de la rupture avec leurs proches, et ces paroles leur disent que cela était prévu, non que c'est souhaitable.

La tradition catholique lit dans le « baptême » dont parle Jésus sa mort et sa résurrection, source du baptême chrétien : être baptisé, c'est être plongé dans cette Pâque. Le feu est traditionnellement rapproché de l'Esprit Saint répandu à la Pentecôte, et de la purification intérieure qu'il opère. Quant à la division annoncée, elle ne contredit pas la paix que le Christ promet ailleurs : cette paix n'est pas l'absence de conflit mais la réconciliation avec Dieu, qui peut coûter cher dans l'immédiat.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce sont des paroles brèves de Jésus, de style prophétique, rassemblées ici par l'évangéliste : deux exclamations sur sa propre mission, puis une question rhétorique suivie d'un oracle sur la division.

Le langage est volontairement imagé et provocant. Le feu, le baptême, le chiffre cinq réparti en trois et deux : il ne faut y chercher ni une prédiction littérale ni un programme, mais une manière de saisir l'auditeur et de le forcer à se demander ce qui se joue vraiment.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon Luc est attribué par la tradition chrétienne ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, auteur également du livre des Actes des Apôtres. Son identité exacte est discutée, mais l'auteur se présente lui-même comme un enquêteur qui a recueilli les témoignages et les met en ordre pour un destinataire nommé Théophile.

La plupart des spécialistes situent la rédaction vers les années 80-90, pour des communautés chrétiennes de culture grecque. Luc écrit un grec soigné et s'intéresse particulièrement aux pauvres, aux femmes et à la prière de Jésus.

Lectures et références
  • Lc 9, 51 — Le verset où Luc fait prendre à Jésus la route de Jérusalem, et qui commande tout le contexte de ce passage.
  • Ac 2, 3 — L'Esprit descend sur les disciples sous forme de langues de feu, dans le second livre écrit par le même auteur.
  • Lc 22, 44 — L'agonie au mont des Oliviers montre accomplie l'angoisse que Jésus exprime ici par anticipation.
  • Catéchisme, § 696 — Le Catéchisme explique le feu comme symbole de l'énergie transformante de l'Esprit Saint et cite précisément cette parole de Jésus.
  • Catéchisme, § 1225 — Le Catéchisme rattache le baptême chrétien à la Passion que Jésus appelle lui-même un baptême.

À retenir

Jésus parle de sa Passion sous les images du feu et du baptême, et prévient que sa venue, loin d'installer une paix tranquille, oblige chacun à choisir, jusqu'à traverser les familles.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

C’est aux dispensateurs, c’est-à-dire aux prêtres, que Notre-Seigneur adresse les enseignements qui précèdent, et il leur apprend qu’un châtiment sévère les attend dans l’autre vie, si l’amour des plaisirs du monde les détourne de veiller sur la maison du Seigneur et de gouverner le peuple qui leur est confié. Cependant comme on fait peu de progrès quand on ne revient de ses égarements que par la crainte du châtiment, et qu’il vaut mieux devoir ce retour à la charité cl à l’amour de Dieu, le Sauveur cherche à enflammer ses disciples de cet amour de Dieu en leur disant : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, » non pas ce feu qui dévore les bons, mais ce feu qui produit la bonne volonté, qui purifie et transforme les vases d’or de la maison du Seigneur, tandis qu’il consume l’herbe et la paille.

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr., ou comment. sur S. Luc.) Les saintes Écritures ont coutume de désigner par le feu les discours inspirés et divins. En effet, de même que ceux qui travaillent à l’épuration de l’or, le purifient par le feu de toutes ses souillures ; ainsi le Sauveur purifie par les enseignements de l’Évangile, par la vertu de l’Esprit saint l’intelligence de ceux qui croient en lui. C’est donc là le feu salutaire et utile qui embrase d’ardeur pour la vie de la piété les habitants de la terre froids, et comme éteints sous les glaces du péché.

S. Chrys

Cette terre dont parle le Sauveur, n’est pas celle que nous foulons aux pieds, mais celle que Dieu a formée de ses mains, c’est-à-dire l’homme à qui Dieu inspire un feu tout divin pour détruire ses péchés et renouveler son âme.

Tite de Bostra

Or, c’est du ciel que descend ce feu ; car s’il venait de la terre sur la terre, Notre-Seigneur ne dirait pas : « Je suis venu jeter le feu sur la terre. »

11 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.