Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 3, 2-12
« Le mystère du Christ, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse »
2 puisque vous avez appris la dispensation de la grâce de Dieu qui m’a été donnée pour vous,
3 comment c’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère que je viens d’exposer en peu de mots.
4 Vous pouvez, en les lisant, reconnaître l’intelligence que j’ai du mystère du Christ.
5 Il n’a pas été manifesté aux hommes dans les âges antérieurs, comme il a été révélé de nos jours par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Jésus-Christ.
6 [Ce mystère], c’est que les Gentils sont héritiers avec [les Juifs], et membres du même corps et qu’ils participent à la promesse de Dieu en Jésus-Christ par l’Évangile,
7 dont je suis devenu ministre selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été accordée par son opération toute-puissante.
8 C’est à moi, le moindre de tous les saints, qu’a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils la richesse incompréhensible du Christ,
9 et de mettre en lumière, aux yeux de tous, l’économie du mystère qui avait été caché depuis le commencement en Dieu, le Créateur de toutes choses,
10 afin que les principautés et les puissances dans les cieux connaissent aujourd’hui, à la vue de l’Église, la sagesse infiniment variée de Dieu,
11 selon le dessein éternel qu’il a réalisé par Jésus-Christ Notre-Seigneur,
12 en qui nous avons, par la foi en lui, la hardiesse de nous approcher de Dieu avec confiance.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Cette lettre s'ouvre par un long exposé sur le dessein de Dieu : au chapitre 1, la bénédiction qui récapitule tout dans le Christ ; au chapitre 2, l'affirmation que le mur de séparation entre juifs et non-juifs est tombé et qu'ils forment désormais un seul édifice.
Le passage du jour prolonge directement cela. L'auteur commençait à dire qu'il est prisonnier à cause des païens (verset 1), puis il s'interrompt : notre texte est cette parenthèse, où il explique d'où lui vient sa mission. La phrase commencée ne reprendra qu'au verset 14, avec une prière à genoux pour les destinataires.
On est donc entre deux moments : la fin de l'exposé doctrinal et le début de la prière qui le couronne, avant les chapitres d'exhortation pratique (4 à 6). En semaine ordinaire, la première lecture avance dans un livre jour après jour, sans lien voulu avec l'évangile du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs ; il a fondé ou visité de nombreuses communautés autour de la Méditerranée et leur écrit des lettres. Il est ici présenté comme prisonnier à cause de cette mission.
Il parle à la première personne de la mission qu'il n'a pas choisie mais reçue, et se décrit comme le plus petit de tous, ce qui souligne que l'annonce aux nations est un don et non un mérite.
- les nations
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Dans le vocabulaire biblique, « les nations » désigne tous les peuples qui ne sont pas le peuple juif : ceux qui n'ont reçu ni la Loi de Moïse ni les promesses faites à Abraham.
Elles sont l'objet même du mystère révélé : elles entrent de plein droit dans l'héritage promis à Israël, sans devenir juives au préalable.
- les saints Apôtres et les prophètes
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Les apôtres sont les envoyés fondateurs de l'Église ; les prophètes désignent ici, selon la lecture la plus courante, des membres des premières communautés chrétiennes chargés d'une parole inspirée, et non les prophètes de l'Ancien Testament.
Ils sont les destinataires de la révélation du mystère, ce qui rattache l'expérience personnelle de Paul à un témoignage commun et vérifiable.
- les Puissances célestes
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Expression désignant des êtres spirituels, des puissances supérieures à l'homme, que la culture religieuse de l'époque situait entre Dieu et le monde.
Elles apprennent quelque chose : le texte fait de l'Église, communauté où juifs et païens sont réunis, le lieu où la sagesse de Dieu devient visible, y compris au-delà du monde humain.
Mots à connaître
- mystère
Le mot grec mystêrion ne signifie pas ici énigme insoluble, mais secret de Dieu longtemps tenu caché et maintenant dévoilé. Il désigne un projet connu de Dieu seul, qui ne peut être découvert par raisonnement mais seulement reçu.
- héritage
Dans la Bible, l'héritage renvoie d'abord à la terre promise et aux biens de l'alliance réservés au peuple d'Israël. Dire que les nations y sont associées revient à dire qu'elles reçoivent ce qui était la part propre d'un peuple, sans devoir en adopter les observances.
- ministre
Le mot traduit le grec diakonos, qui veut dire serviteur, celui qui est au service d'une tâche ou d'une table. Il n'évoque ni fonction politique ni dignité, mais au contraire une position subordonnée à l'Évangile lui-même.
- les Puissances célestes
Le grec parle des « principautés et autorités dans les lieux célestes », vocabulaire courant dans le judaïsme de l'époque pour désigner les forces spirituelles qui régissent le monde. Les mentionner ici donne à l'Église une portée qui dépasse l'histoire humaine.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- ministre
Le mot rend un terme grec qui signifie simplement « serviteur » ; certaines traductions écrivent « serviteur de l'Évangile » pour éviter la résonance politique du mot français.
- les nations
Expression biblique classique pour désigner les peuples non juifs ; d'autres traductions disent « les païens », au sens de non-juifs, sans nuance péjorative.
Ailleurs dans l’Écriture
- Col 1, 24-29
La lettre aux Colossiens développe presque les mêmes éléments : le mystère tenu caché depuis des siècles et maintenant manifesté, Paul devenu serviteur de l'Évangile, l'annonce aux nations. La proximité de vocabulaire entre les deux lettres est l'un des arguments discutés par les spécialistes sur leur origine commune. Colossiens insiste davantage sur « le Christ en vous », Éphésiens sur l'unité des deux peuples.
- Ep 2, 11-22
Le chapitre précédent raconte concrètement ce que notre passage nomme « mystère » : les païens, autrefois étrangers aux alliances, sont devenus concitoyens des saints. L'image du mur abattu et de l'édifice unique donne le contenu de ce que le texte du jour énonce de façon ramassée.
- 1 Co 15, 9
Paul s'y dit le plus petit des apôtres parce qu'il a persécuté l'Église. Notre passage va plus loin encore en le disant plus petit que l'ensemble des croyants : le mouvement est le même, mais accentué, et il met en relief le contraste avec la grandeur de la mission reçue.
- Gn 12, 1-3 Ancien Testament
La promesse faite à Abraham prévoyait déjà que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui. Le texte du jour affirme que ce que les générations passées ne percevaient pas, c'est la manière dont cette bénédiction universelle se réaliserait : par l'égalité pleine des nations dans le Christ.
Clés de lecture
- Une parenthèse assumée
La phrase commencée au verset 1 s'interrompt et ne reprendra qu'au verset 14. Cette digression n'est pas un accident : elle permet d'établir que l'annonce faite aux païens ne vient pas d'une initiative personnelle mais d'une révélation, avant que la prière ne reprenne son cours.
- Trois mots pour dire la même chose
Le cœur du passage énonce le mystère par trois termes que le grec construit avec un préfixe signifiant « avec » : co-héritiers, membres d'un même corps, associés à la même promesse. La répétition insiste : il ne s'agit pas d'une admission par faveur, mais d'une égalité complète.
- L'abaissement et la mission
L'auteur accumule les expressions de petitesse pour lui-même et de richesse insondable pour le Christ. Le contraste est le ressort du passage : plus le messager est présenté comme minime, plus ce qui est annoncé apparaît comme un don gratuit.
- L'Église rend visible la sagesse de Dieu
Le texte ne dit pas que l'Église prêche aux puissances célestes, mais qu'elle est elle-même ce par quoi la sagesse de Dieu se donne à connaître. L'existence d'une communauté où juifs et païens tiennent ensemble est présentée comme la démonstration du projet divin.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, le passage défend la légitimité de la mission auprès des non-juifs, question brûlante dans les premières décennies du christianisme : fallait-il passer par la Loi de Moïse pour appartenir au peuple de Dieu ? La réponse donnée ici est claire, et elle est fondée non sur une opinion mais sur une révélation reçue.
La tradition catholique y lit l'un des textes majeurs sur le dessein de Dieu : ce qui s'accomplit dans le Christ n'est pas une réparation improvisée mais un projet antérieur à la création, qui vise à rassembler l'humanité divisée. L'Église y est comprise comme signe et instrument de cette unité, non comme une société parmi d'autres. La dernière phrase, sur l'accès confiant auprès de Dieu, fonde la prière chrétienne : elle est possible non par mérite, mais par la relation établie dans le Christ.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce n'est ni un récit ni une parabole, mais un passage d'exposé doctrinal inséré dans une lettre, sous la forme d'une parenthèse autobiographique : l'auteur suspend sa phrase pour justifier son autorité avant de reprendre sa prière.
Le grec enchaîne ici de très longues périodes, d'où une impression d'accumulation. Il faut lire ce texte comme on écoute un développement solennel : ce qui compte n'est pas l'enchaînement d'événements, mais la définition progressive d'une seule réalité, le mystère.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, en prison. Les spécialistes catholiques discutent depuis longtemps son authenticité : le style, très ample, et plusieurs mots inhabituels font penser à certains qu'un disciple proche a écrit en son nom vers les années 80-90, pratique admise dans l'Antiquité ; d'autres maintiennent l'attribution directe à Paul. L'Église reçoit le texte comme pleinement inspiré dans les deux cas.
La mention « à Éphèse » manque dans plusieurs manuscrits parmi les plus anciens, ce qui suggère une lettre circulaire destinée à un groupe d'Églises d'Asie Mineure, composées majoritairement de croyants venus du paganisme.
Lectures et références
- Catéchisme, § 759 — Présente le dessein bienveillant de Dieu, antérieur à la création, comme origine de l'Église.
- Catéchisme, § 772 — Explique que l'Église est le lieu où s'accomplit le mystère du dessein de Dieu révélé dans le Christ.
- Ep 1, 9-10 — Énonce au début de la lettre le même mystère : tout récapituler dans le Christ.
- Ac 9, 1-19 — Raconte la révélation reçue par Paul sur le chemin de Damas, à laquelle il fait allusion.
- Rm 16, 25-27 — Reprend l'idée d'un mystère tenu caché pendant des siècles et maintenant manifesté pour toutes les nations.
À retenir
Le secret que Dieu tenait caché et qu'il dévoile maintenant, c'est que les peuples étrangers à Israël reçoivent exactement le même héritage, sans condition préalable, dans le Christ.
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