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de la férie

29ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 3, 2-12

« Le mystère du Christ, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse »

2 puisque vous avez appris la dispensation de la grâce de Dieu qui m’a été donnée pour vous,

3 comment c’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère que je viens d’exposer en peu de mots.

4 Vous pouvez, en les lisant, reconnaître l’intelligence que j’ai du mystère du Christ.

5 Il n’a pas été manifesté aux hommes dans les âges antérieurs, comme il a été révélé de nos jours par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Jésus-Christ.

6 [Ce mystère], c’est que les Gentils sont héritiers avec [les Juifs], et membres du même corps et qu’ils participent à la promesse de Dieu en Jésus-Christ par l’Évangile,

7 dont je suis devenu ministre selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été accordée par son opération toute-puissante.

8 C’est à moi, le moindre de tous les saints, qu’a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils la richesse incompréhensible du Christ,

9 et de mettre en lumière, aux yeux de tous, l’économie du mystère qui avait été caché depuis le commencement en Dieu, le Créateur de toutes choses,

10 afin que les principautés et les puissances dans les cieux connaissent aujourd’hui, à la vue de l’Église, la sagesse infiniment variée de Dieu,

11 selon le dessein éternel qu’il a réalisé par Jésus-Christ Notre-Seigneur,

12 en qui nous avons, par la foi en lui, la hardiesse de nous approcher de Dieu avec confiance.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Cette lettre s'ouvre par un long exposé sur le dessein de Dieu : au chapitre 1, la bénédiction qui récapitule tout dans le Christ ; au chapitre 2, l'affirmation que le mur de séparation entre juifs et non-juifs est tombé et qu'ils forment désormais un seul édifice.

Le passage du jour prolonge directement cela. L'auteur commençait à dire qu'il est prisonnier à cause des païens (verset 1), puis il s'interrompt : notre texte est cette parenthèse, où il explique d'où lui vient sa mission. La phrase commencée ne reprendra qu'au verset 14, avec une prière à genoux pour les destinataires.

On est donc entre deux moments : la fin de l'exposé doctrinal et le début de la prière qui le couronne, avant les chapitres d'exhortation pratique (4 à 6). En semaine ordinaire, la première lecture avance dans un livre jour après jour, sans lien voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs ; il a fondé ou visité de nombreuses communautés autour de la Méditerranée et leur écrit des lettres. Il est ici présenté comme prisonnier à cause de cette mission.

Il parle à la première personne de la mission qu'il n'a pas choisie mais reçue, et se décrit comme le plus petit de tous, ce qui souligne que l'annonce aux nations est un don et non un mérite.

les nations

Dans le vocabulaire biblique, « les nations » désigne tous les peuples qui ne sont pas le peuple juif : ceux qui n'ont reçu ni la Loi de Moïse ni les promesses faites à Abraham.

Elles sont l'objet même du mystère révélé : elles entrent de plein droit dans l'héritage promis à Israël, sans devenir juives au préalable.

les saints Apôtres et les prophètes

Les apôtres sont les envoyés fondateurs de l'Église ; les prophètes désignent ici, selon la lecture la plus courante, des membres des premières communautés chrétiennes chargés d'une parole inspirée, et non les prophètes de l'Ancien Testament.

Ils sont les destinataires de la révélation du mystère, ce qui rattache l'expérience personnelle de Paul à un témoignage commun et vérifiable.

les Puissances célestes

Expression désignant des êtres spirituels, des puissances supérieures à l'homme, que la culture religieuse de l'époque situait entre Dieu et le monde.

Elles apprennent quelque chose : le texte fait de l'Église, communauté où juifs et païens sont réunis, le lieu où la sagesse de Dieu devient visible, y compris au-delà du monde humain.

Mots à connaître
mystère

Le mot grec mystêrion ne signifie pas ici énigme insoluble, mais secret de Dieu longtemps tenu caché et maintenant dévoilé. Il désigne un projet connu de Dieu seul, qui ne peut être découvert par raisonnement mais seulement reçu.

héritage

Dans la Bible, l'héritage renvoie d'abord à la terre promise et aux biens de l'alliance réservés au peuple d'Israël. Dire que les nations y sont associées revient à dire qu'elles reçoivent ce qui était la part propre d'un peuple, sans devoir en adopter les observances.

ministre

Le mot traduit le grec diakonos, qui veut dire serviteur, celui qui est au service d'une tâche ou d'une table. Il n'évoque ni fonction politique ni dignité, mais au contraire une position subordonnée à l'Évangile lui-même.

les Puissances célestes

Le grec parle des « principautés et autorités dans les lieux célestes », vocabulaire courant dans le judaïsme de l'époque pour désigner les forces spirituelles qui régissent le monde. Les mentionner ici donne à l'Église une portée qui dépasse l'histoire humaine.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

ministre

Le mot rend un terme grec qui signifie simplement « serviteur » ; certaines traductions écrivent « serviteur de l'Évangile » pour éviter la résonance politique du mot français.

les nations

Expression biblique classique pour désigner les peuples non juifs ; d'autres traductions disent « les païens », au sens de non-juifs, sans nuance péjorative.

Ailleurs dans l’Écriture
Col 1, 24-29

La lettre aux Colossiens développe presque les mêmes éléments : le mystère tenu caché depuis des siècles et maintenant manifesté, Paul devenu serviteur de l'Évangile, l'annonce aux nations. La proximité de vocabulaire entre les deux lettres est l'un des arguments discutés par les spécialistes sur leur origine commune. Colossiens insiste davantage sur « le Christ en vous », Éphésiens sur l'unité des deux peuples.

Ep 2, 11-22

Le chapitre précédent raconte concrètement ce que notre passage nomme « mystère » : les païens, autrefois étrangers aux alliances, sont devenus concitoyens des saints. L'image du mur abattu et de l'édifice unique donne le contenu de ce que le texte du jour énonce de façon ramassée.

1 Co 15, 9

Paul s'y dit le plus petit des apôtres parce qu'il a persécuté l'Église. Notre passage va plus loin encore en le disant plus petit que l'ensemble des croyants : le mouvement est le même, mais accentué, et il met en relief le contraste avec la grandeur de la mission reçue.

Gn 12, 1-3 Ancien Testament

La promesse faite à Abraham prévoyait déjà que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui. Le texte du jour affirme que ce que les générations passées ne percevaient pas, c'est la manière dont cette bénédiction universelle se réaliserait : par l'égalité pleine des nations dans le Christ.

Clés de lecture
Une parenthèse assumée

La phrase commencée au verset 1 s'interrompt et ne reprendra qu'au verset 14. Cette digression n'est pas un accident : elle permet d'établir que l'annonce faite aux païens ne vient pas d'une initiative personnelle mais d'une révélation, avant que la prière ne reprenne son cours.

Trois mots pour dire la même chose

Le cœur du passage énonce le mystère par trois termes que le grec construit avec un préfixe signifiant « avec » : co-héritiers, membres d'un même corps, associés à la même promesse. La répétition insiste : il ne s'agit pas d'une admission par faveur, mais d'une égalité complète.

L'abaissement et la mission

L'auteur accumule les expressions de petitesse pour lui-même et de richesse insondable pour le Christ. Le contraste est le ressort du passage : plus le messager est présenté comme minime, plus ce qui est annoncé apparaît comme un don gratuit.

L'Église rend visible la sagesse de Dieu

Le texte ne dit pas que l'Église prêche aux puissances célestes, mais qu'elle est elle-même ce par quoi la sagesse de Dieu se donne à connaître. L'existence d'une communauté où juifs et païens tiennent ensemble est présentée comme la démonstration du projet divin.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage défend la légitimité de la mission auprès des non-juifs, question brûlante dans les premières décennies du christianisme : fallait-il passer par la Loi de Moïse pour appartenir au peuple de Dieu ? La réponse donnée ici est claire, et elle est fondée non sur une opinion mais sur une révélation reçue.

La tradition catholique y lit l'un des textes majeurs sur le dessein de Dieu : ce qui s'accomplit dans le Christ n'est pas une réparation improvisée mais un projet antérieur à la création, qui vise à rassembler l'humanité divisée. L'Église y est comprise comme signe et instrument de cette unité, non comme une société parmi d'autres. La dernière phrase, sur l'accès confiant auprès de Dieu, fonde la prière chrétienne : elle est possible non par mérite, mais par la relation établie dans le Christ.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni une parabole, mais un passage d'exposé doctrinal inséré dans une lettre, sous la forme d'une parenthèse autobiographique : l'auteur suspend sa phrase pour justifier son autorité avant de reprendre sa prière.

Le grec enchaîne ici de très longues périodes, d'où une impression d'accumulation. Il faut lire ce texte comme on écoute un développement solennel : ce qui compte n'est pas l'enchaînement d'événements, mais la définition progressive d'une seule réalité, le mystère.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, en prison. Les spécialistes catholiques discutent depuis longtemps son authenticité : le style, très ample, et plusieurs mots inhabituels font penser à certains qu'un disciple proche a écrit en son nom vers les années 80-90, pratique admise dans l'Antiquité ; d'autres maintiennent l'attribution directe à Paul. L'Église reçoit le texte comme pleinement inspiré dans les deux cas.

La mention « à Éphèse » manque dans plusieurs manuscrits parmi les plus anciens, ce qui suggère une lettre circulaire destinée à un groupe d'Églises d'Asie Mineure, composées majoritairement de croyants venus du paganisme.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 759 — Présente le dessein bienveillant de Dieu, antérieur à la création, comme origine de l'Église.
  • Catéchisme, § 772 — Explique que l'Église est le lieu où s'accomplit le mystère du dessein de Dieu révélé dans le Christ.
  • Ep 1, 9-10 — Énonce au début de la lettre le même mystère : tout récapituler dans le Christ.
  • Ac 9, 1-19 — Raconte la révélation reçue par Paul sur le chemin de Damas, à laquelle il fait allusion.
  • Rm 16, 25-27 — Reprend l'idée d'un mystère tenu caché pendant des siècles et maintenant manifesté pour toutes les nations.

À retenir

Le secret que Dieu tenait caché et qu'il dévoile maintenant, c'est que les peuples étrangers à Israël reçoivent exactement le même héritage, sans condition préalable, dans le Christ.

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Échanges

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Cantique

Isaïe 12, 2 . 12, 4-5 . 12, 5-6

2 Voici le Dieu de ma délivrance ; j’ai confiance et je ne crains pas ; car ma force et ma louange c’est Yahweh, Yahweh ; il a été pour moi le salut. —

4 et vous direz en ce jour-là : Louez Yahweh, invoquez son nom, publiez parmi les peuples ses grandes œuvres, proclamez que son nom est élevé.

5 Chantez Yahweh, car il a fait des choses magnifiques ; qu’on le sache dans toute la terre !

6 Pousse des cris, tressaille d’allégresse, habitante de Sion, car le Saint d’Israël est grand au milieu de toi !

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Évangile

Luc 12, 39-48

« À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup »

39 Mais sachez bien que si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas. »

41 Alors Pierre lui dit : « Est-ce à nous que tu adresses cette parabole, ou bien est-ce aussi à tous ? »

42 Le Seigneur répondit : « Quel est l’économe fidèle et sage que le maître établira sur ses serviteurs, pour distribuer, au temps convenable, la mesure de froment ?

43 Heureux ce serviteur, que le maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi !

44 Je vous le dis, en vérité, il l’établira sur tous ses biens.

45 Mais si ce serviteur dit en lui-même : Mon maître tarde à venir ; et qu’il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer,

46 le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s’attend pas et à l’heure qu’il ne sait pas, et il le fera déchirer de coups, et lui assignera sa part avec les infidèles.

47 Ce serviteur-là qui aura connu la volonté de son maître, et qui n’aura rien tenu prêt, ni agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups.

48 Mais celui qui ne l’aura pas connue, et qui aura fait des choses dignes de châtiment, recevra peu de coups. On exigera beaucoup de celui à qui l’on a beaucoup donné ; et plus on aura confié à quelqu’un, plus on lui demandera.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On se trouve au cœur de la longue section où Jésus monte vers Jérusalem (Luc 9, 51 – 19, 27), une marche au cours de laquelle il enseigne en chemin. Le chapitre 12 enchaîne des paroles adressées tantôt à la foule, tantôt aux disciples : mise en garde contre l'avidité, invitation à ne pas s'inquiéter du lendemain, appel à chercher d'abord le Royaume.

Juste avant ce passage, Jésus a comparé ses disciples à des serviteurs qui attendent le retour de leur maître, la ceinture nouée et la lampe allumée. Notre texte prolonge cette image par deux comparaisons nouvelles : celle du propriétaire surpris par un cambrioleur, puis celle de l'intendant chargé de la maisonnée.

Aussitôt après, le ton change brusquement : Jésus parle du feu qu'il est venu apporter et de la division qu'il provoquera. En semaine, le lectionnaire parcourt l'évangile de Luc en continu : le découpage suit simplement le fil du chapitre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont Luc raconte la vie publique ; ici il enseigne en route vers Jérusalem, où il sera mis à mort.

Il parle en images pour préparer les siens à une attente longue et à un retour imprévisible, et désigne ce retour par l'expression « Fils de l'homme ».

les disciples

Le cercle de ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui ; plus large que le groupe des douze apôtres, il comprend hommes et femmes.

Ils sont les destinataires directs de l'enseignement ; la question de Pierre révèle qu'ils se demandent si ces avertissements les visent personnellement.

Pierre

Pêcheur de Galilée appelé Simon, surnommé Pierre par Jésus ; il parle souvent au nom du groupe des Douze.

Son intervention, propre à Luc, sert de charnière : elle fait passer du thème général de la vigilance à celui de la responsabilité particulière de ceux qui ont charge des autres.

l'intendant et le maître (personnages de la comparaison)

Dans une grande maisonnée antique, l'intendant est un esclave de confiance à qui le propriétaire délègue la gestion du domaine et des autres serviteurs pendant son absence.

Ils ne sont pas des personnes réelles du récit mais les figures de la comparaison : le maître absent représente le Fils de l'homme attendu, l'intendant ceux qui exercent une responsabilité dans la communauté.

Mots à connaître
percer le mur

Les maisons de Palestine étaient le plus souvent bâties en briques de terre crue séchées au soleil. Un cambrioleur n'avait pas besoin de forcer une porte : il creusait la paroi. L'image dit la vulnérabilité d'une maison qu'on n'a pas surveillée.

l'intendant

Dans une maisonnée antique, le propriétaire confiait souvent la gestion à un esclave de haut rang, chargé de l'administration et de la distribution des vivres aux autres serviteurs. Il disposait d'un vrai pouvoir, mais restait comptable devant son maître. La parabole joue sur cette autorité déléguée et révocable.

la ration de nourriture

Le personnel d'un domaine recevait à intervalles réguliers une mesure de grain ou de vivres. Le mérite de l'intendant fidèle n'est pas d'inventer quelque chose, mais de donner à chacun sa part au moment prévu. La fidélité décrite ici est faite de régularité, non d'exploit.

le Fils de l'homme

Expression que Jésus emploie pour se désigner lui-même dans les évangiles. Elle vient notamment du livre de Daniel, où une figure « comme un fils d'homme » reçoit de Dieu un pouvoir universel. Elle associe donc l'humilité d'une condition humaine et l'attente d'une venue glorieuse.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 24, 43-51 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte les mêmes deux images, le voleur et le serviteur établi sur la maisonnée, dans son grand discours sur la fin des temps prononcé à Jérusalem, peu avant la Passion. Luc, lui, les place bien plus tôt, sur la route, et y ajoute la question de Pierre ainsi que la finale sur les coups nombreux ou légers. Ce déplacement montre que Luc lit ces paroles moins comme une description de la fin que comme une règle de conduite pour la durée de l'Église.

Mc 13, 33-37 même épisode, autre évangile

Marc donne une version plus brève et plus ramassée : un homme part en voyage, confie à chacun sa tâche et ordonne au portier de veiller. L'accent y porte sur l'ignorance de l'heure, sans développer le cas du serviteur qui abuse de sa charge. La comparaison fait voir que Luc s'intéresse spécialement au comportement du responsable envers ceux qui lui sont confiés.

1 Th 5, 2

Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. L'image était donc déjà familière aux premières communautés chrétiennes, sans doute avant la rédaction des évangiles. Elle ne dit rien de mauvais sur celui qui vient : elle souligne seulement le caractère imprévisible de sa venue.

Clés de lecture
La question de Pierre fait pivoter le texte

Pierre demande si l'avertissement vaut pour le petit groupe ou pour tout le monde. Jésus ne répond pas directement : il enchaîne sur l'intendant, c'est-à-dire sur celui qui a reçu une charge. La réponse est donc indirecte : tous doivent veiller, mais ceux qui exercent une responsabilité répondent davantage.

Le vrai problème n'est pas le retard, c'est ce qu'on en fait

Le serviteur infidèle n'est pas condamné pour s'être trompé de calcul, mais pour la conduite que ce calcul autorise : il se met à frapper et à festoyer. L'attente prolongée devient un révélateur de ce que quelqu'un est réellement quand personne ne le regarde.

Une responsabilité graduée

La finale établit une proportion : la sanction varie selon ce que l'on savait. Cette gradation est remarquable dans un discours sur le jugement, car elle exclut une rétribution uniforme. Elle lie le degré d'exigence au degré de ce qui a été reçu et confié.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus prépare ses disciples à une absence : il ne fixe aucune date et interdit même d'en chercher une, puisque l'heure est précisément celle à laquelle on ne pense pas. La vigilance qu'il demande n'est pas une tension anxieuse mais l'accomplissement régulier d'une tâche confiée.

La tradition catholique a très tôt reconnu dans l'intendant la figure de ceux qui exercent une charge dans l'Église, et dans la distribution de la nourriture au temps voulu le service de la Parole et des sacrements. Cette lecture ne supprime pas la première : tout baptisé est concerné par l'attente, mais la responsabilité pèse plus lourd sur celui qui a reçu plus. Le passage nourrit ainsi la réflexion sur le jugement de chacun au terme de sa vie, où ce qui est pesé n'est pas l'intensité d'une attente mais la fidélité d'un service.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il ne s'agit pas d'un récit mais d'un ensemble de paroles comparatives, que le texte lui-même appelle parabole. Une parabole est une histoire brève tirée de la vie ordinaire, destinée à faire comprendre autre chose qu'elle-même : on ne cherche pas à savoir si le fait est arrivé, mais ce qu'il éclaire.

Il faut donc résister à la tentation de faire correspondre chaque détail. Les châtiments corporels évoqués à la fin relèvent du décor social de l'époque, non d'un enseignement sur la manière de traiter des serviteurs ; ce qui porte le sens, c'est le contraste entre deux conduites et la proportion entre ce qui est reçu et ce qui est demandé.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Luc, compagnon de Paul, écrivant pour des chrétiens de culture grecque qui n'ont pas connu Jésus de son vivant. La plupart des spécialistes situent la rédaction entre 80 et 90 après Jésus-Christ, mais la date reste discutée.

Ces communautés vivent une difficulté concrète : la génération des témoins disparaît et le retour du Christ ne vient pas. Les paroles sur le maître qui tarde répondent directement à cette situation, en transformant l'attente déçue en responsabilité quotidienne.

Lectures et références
  • Jc 3, 1 — La lettre de Jacques applique le même principe de responsabilité accrue à ceux qui enseignent dans la communauté.
  • Dn 7, 13-14 — Source de l'expression « Fils de l'homme », figure recevant de Dieu une royauté universelle.
  • Catéchisme, § 672 — Présente le temps présent comme un temps d'attente et de veille entre la venue du Christ et son retour.
  • Catéchisme, § 1036 — Rattache l'ignorance de l'heure à l'urgence de la vigilance dans la vie chrétienne.

À retenir

L'ignorance de l'heure ne justifie ni l'angoisse ni le relâchement : elle transforme l'attente en service quotidien, d'autant plus exigeant qu'on a reçu davantage.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Théophile

Après avoir établi ses disciples dans une sage modération, en les délivrant de tous les soins et de toutes les sollicitudes de la vie, le Seigneur les prépare aux oeuvres du ministère en leur disant : « Ceignez vos reins, » c’est-à-dire, soyez toujours prêts à accomplir les oeuvres de votre Maître, « et ayez dans vos mains des lampes allumées, » c’est-à-dire ne passez pas votre vie dans les ténèbres, mais ayez toujours la lumière de la raison pour vous montrer ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Le monde, en effet, est une nuit profonde ; avoir aux reins la ceinture, c’est être prêts pour la vie active et pratique. Telle est en effet la tenue des serviteurs, ils doivent avoir aussi des lampes allumées, c’est-à-dire le don de la discrétion, pour pouvoir distinguer dans la pratique, non seulement ce qu’il faut faire, mais comment il faut le faire ; autrement on s’expose à tomber dans le précipice de l’orgueil. Remarquez encore que Notre-Seigneur commande premièrement de ceindre les reins ; en second lieu, d’avoir des lampes allumées, parce que la contemplation qui est la lumière de l’âme, ne vient qu’après l’action. Appliquons-nous donc à pratiquer la vertu, de manière à ce que nous ayons toujours deux lampes allumées ; l’intelligence qui éclaire toujours notre âme, et la doctrine qui répand la lumière dans l’âme des autres.

S. Maxime

(Ch. des Pèr. gr.) Ou bien encore, il nous enseigne à porter toujours des lampes allumées, par notre application à la prière, à la contemplation, et par la charité.

S. Cyrille

(du liv. de l’ador. en esprit.) Ou bien, l’action de ceindre ses reins est un symbole de l’empressement et de la résolution avec lesquelles nous devons supporter les maux de la vie par un motif d’amour de Dieu ; les lampes figurent la vive lumière que nous devons projeter, de manière à ne laisser personne vivre dans les ténèbres de l’ignorance.

S. Grég

(hom. 43 sur les Evang.) Ou bien dans un autre sens, nous ceignons nos reins, lorsque nous comprimons par la continence les passions de la chair, car la source de la luxure pour les hommes est dans les reins, et pour les femmes dans l’ombilic (cf. Jb 40, 11) ; c’est donc à cause du sexe le plus noble, que la luxure se trouve figurée par les reins. Mais comme il ne suffit pas de ne pas faire le mal, et qu’il faut encore s’appliquer de toutes ses forces à la pratique des bonnes oeuvres, le Sauveur ajoute : « Ayez dans vos mains des lampes allumées, » car nous tenons dans nos mains des lampes allumées, lorsque par nos bonnes oeuvres nous donnons au prochain des exemples éclatants de lumière.

50 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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