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Ponce Pilate

Ponce Pilate est le gouverneur romain de la Judée, en poste vers 26-36 après Jésus-Christ, qui a condamné Jésus à la croix. Représentant de l'empereur, il était le seul, dans cette province, à pouvoir prononcer une sentence de mort.

À ne pas confondre

Ne pas le confondre avec Hérode Antipas, qui apparaît dans le même récit : Antipas est un prince juif, fils d'Hérode le Grand, qui gouverne la Galilée sous contrôle romain, alors que Pilate est un Romain qui gouverne la Judée. Ni avec Caïphe, le grand prêtre, qui préside le jugement religieux : Pilate, lui, prononce la sentence civile.

On lit parfois qu'il était « procurateur » : c'est le titre que porteront ses successeurs après 44, et que lui donne l'historien Tacite par anticipation ; son titre exact était préfet. Enfin, tout ce que raconte la littérature tardive sur son suicide, son exil ou sa conversion ne vient pas des évangiles.

Qui c'est

Ponce Pilate est un fonctionnaire romain, de rang équestre (la petite noblesse d'Empire, en dessous des sénateurs). Il gouverne la Judée pendant une dizaine d'années, environ de 26 à 36 après Jésus-Christ, sous l'empereur Tibère. On ne sait presque rien de sa vie avant ni après : ni sa date de naissance, ni sa mort.

Son titre exact est préfet de Judée — les évangiles emploient le mot plus général de « gouverneur ». Une inscription romaine retrouvée à Césarée en 1961 confirme ce titre. Il résidait ordinairement à Césarée, sur la côte, et ne montait à Jérusalem que pour les grandes fêtes, quand l'afflux de pèlerins rendait les troubles plus probables.

Depuis l'an 6, la Judée n'est plus un royaume mais une province administrée directement par Rome. Le conseil juif de Jérusalem, le Sanhédrin, conserve la justice religieuse et une large autonomie, mais le droit de condamner à mort appartient au seul représentant de Rome. C'est la raison pour laquelle Jésus, arrêté et jugé par les autorités juives, doit ensuite être conduit devant Pilate : sans lui, aucune exécution n'est possible. L'évangile de Jean le dit en toutes lettres : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort » (Jn 18, 31).

Dans les évangiles

Luc situe le début de la prédication de Jean-Baptiste « Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée » : le nom sert de repère chronologique (Lc 3, 1). Luc mentionne aussi, sans autre explication, des Galiléens « dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices » (Lc 13, 1) — un épisode de répression dont on ignore tout par ailleurs.

L'essentiel se joue le matin du procès. Les quatre évangiles racontent que Jésus, après avoir comparu devant les autorités juives, est amené à Pilate. L'accusation présentée est politique : Jésus se ferait roi, donc rival de l'empereur. Pilate l'interroge — « Es-tu le roi des Juifs ? » — et, dans les quatre récits, déclare ne trouver en lui aucun motif de condamnation. Il propose pourtant de relâcher un prisonnier, Barabbas ou Jésus, et finit par céder à la foule et livrer Jésus à la flagellation puis à la croix.

Chaque évangile ajoute des détails qui lui sont propres. Matthieu seul rapporte le songe de la femme de Pilate et le geste de se laver les mains en disant : « Je suis innocent de ce sang » (Mt 27, 19.24). Luc seul raconte qu'il renvoie Jésus à Hérode Antipas, en apprenant qu'il est galiléen (Lc 23, 6-12). Jean seul développe le long dialogue sur la royauté et la vérité, et la question restée sans réponse : « Qu'est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38).

Pilate fait inscrire sur la croix le motif de la condamnation, « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs », et refuse de le modifier (Jn 19, 19-22). Il accorde ensuite le corps de Jésus à Joseph d'Arimathie (Mc 15, 43-45), et, chez Matthieu, fait garder le tombeau (Mt 27, 62-66). Après quoi il disparaît des évangiles.

Ce que la tradition en retient

Le nom de Pilate figure dans le Credo — « crucifié sous Ponce Pilate » — non pour l'accabler, mais pour ancrer la mort de Jésus dans l'histoire, à une date et sous une autorité identifiables. La première lettre à Timothée mentionne déjà « Jésus Christ qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate » (1 Tm 6, 13).

La tradition occidentale a surtout retenu la figure du juge qui se dérobe : il sait l'innocence de l'accusé et cède quand même. Le geste des mains lavées, propre à Matthieu, est devenu proverbial.

Des écrits tardifs, non retenus par l'Église (les « Actes de Pilate » et d'autres textes du même genre), lui ont prêté un repentir, une conversion, ou une fin tragique ; rien de tout cela n'a de fondement dans les évangiles. Fait notable, les Églises copte et éthiopienne le vénèrent comme un saint, ce que la tradition catholique n'a jamais fait.

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