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de la férie

30ème Semaine du Temps Ordinaire

Ces lectures sont préparées à l'avance : elles seront celles du mardi 27 octobre 2026.

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 5, 21-33

« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église »

21 Soyez soumis les uns aux autres dans le crainte du Christ.

22 Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur ;

23 car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, son corps, dont il est le Sauveur.

24 Or, de même que l’Église est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses.

25 Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle,

26 afin de la sanctifier, après l’avoir purifiée dans l’eau baptismale, avec la parole,

27 pour la faire paraître, devant lui, cette Église, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée.

28 C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes, comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même.

29 Car jamais personne n’a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et l’entoure de soins, comme fait le Christ pour l’Église,

30 parce que nous sommes membres de son corps, [[formés] « de sa chair et de ses os. »]

31 « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et de deux ils deviendront une seule chair. »

32 Ce mystère est grand ; je veux dire, par rapport au Christ et à l’Église.

33 Au reste, que chacun de vous, de la même manière, aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens s'achève par une longue partie d'exhortation pratique. Juste avant ce passage, l'auteur invitait les croyants à vivre « en enfants de lumière », à rompre avec les comportements de leur vie passée et à se laisser remplir de l'Esprit.

Le passage du jour ouvre ce qu'on appelle un code domestique : une série de consignes réglant les rapports à l'intérieur d'une maisonnée antique. Il traite ici des époux ; la suite immédiate s'adressera aux enfants et aux parents, puis aux esclaves et aux maîtres, avant la grande image du combat spirituel qui clôt la lettre.

En semaine, le lectionnaire parcourt la lettre aux Éphésiens de manière continue, chapitre après chapitre : ce passage vient donc à son rang dans la lecture du livre, sans lien voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
L'auteur (Paul)

Paul de Tarse, juif devenu annonceur de l'Évangile après une rencontre bouleversante avec le Christ, est l'apôtre des populations non juives du monde méditerranéen. Plusieurs lettres lui sont attribuées ; pour celle-ci, les spécialistes discutent s'il l'a écrite lui-même ou si un disciple a écrit en son nom.

Il s'adresse directement à ses lecteurs, qu'il appelle « frères », pour leur montrer comment la foi transforme de l'intérieur la vie ordinaire d'un foyer.

Les femmes et les maris

Les couples chrétiens des communautés destinataires, vivant dans une société gréco-romaine où le mari était juridiquement le chef de la maisonnée.

Ils sont les destinataires des consignes : c'est à eux, tour à tour, que l'auteur parle, en demandant aux maris bien plus de lignes qu'aux femmes.

Le Christ

Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Fils de Dieu mort et ressuscité. « Christ » n'est pas un nom de famille mais un titre : celui qui a reçu l'onction, l'envoyé de Dieu.

Il est la référence de tout le passage : son amour qui va jusqu'au don de soi sert de mesure à l'amour des maris.

L'Église

L'ensemble des croyants. Le mot grec ekklèsia désigne d'abord une assemblée convoquée ; dans cette lettre, il désigne la communauté universelle unie au Christ.

Elle est présentée sous deux images conjointes : le corps dont le Christ est la tête, et l'épouse qu'il a rendue belle et sainte.

Mots à connaître
Le code domestique

Les philosophes et moralistes de l'Antiquité publiaient des listes réglant les rapports entre mari et femme, parents et enfants, maîtres et esclaves, dans la maisonnée qui était l'unité de base de la société. Les premiers chrétiens ont repris cette forme familière à leurs contemporains, en la réorientant autour de la relation au Christ.

« Tête » et « corps »

Dans la langue de l'époque, dire d'une personne qu'elle est la « tête » d'une autre évoque à la fois l'origine et l'autorité, sans l'idée moderne de commandement administratif. L'image du corps, elle, sert dans cette lettre à dire l'unité vitale entre le Christ et les croyants : on ne peut pas séparer la tête du corps.

Le bain d'eau

L'allusion vise le baptême, rite d'entrée dans la communauté chrétienne, accompagné de paroles prononcées sur celui qui le reçoit. L'image évoque aussi le bain rituel de la fiancée avant les noces, dans les coutumes matrimoniales anciennes.

« Mystère »

Le mot grec mystèrion ne désigne pas une énigme insoluble, mais un dessein de Dieu longtemps caché et maintenant révélé. Les traductions latines l'ont souvent rendu par sacramentum, ce qui a durablement orienté la lecture chrétienne de ce passage vers le mariage comme sacrement.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Une seule chair »

La citation de la Genèse emploie une expression hébraïque littérale où le mot chair désigne l'être humain tout entier, et non seulement le corps : elle dit l'unité totale du couple. Certaines traductions modernes préfèrent « ils ne feront plus qu'un ».

« Soumis », « soumission »

Le verbe grec évoque le fait de se ranger volontairement sous quelqu'un, dans un ordre reçu, et non une servitude imposée. Comme il est d'abord demandé à tous, les uns envers les autres, plusieurs traductions récentes rendent le premier emploi par « par égard les uns pour les autres ».

Ailleurs dans l’Écriture
Gn 2, 24 Ancien Testament

L'auteur cite ici le récit de la création de l'homme et de la femme, au moment où le texte conclut que l'homme quitte ses parents pour s'unir à sa femme. Dans la Genèse, cette phrase explique l'attraction des sexes et l'unité du couple. L'auteur d'Éphésiens y lit un sens plus profond : cette unité annonçait déjà celle du Christ et de l'Église.

Col 3, 18-19

La lettre aux Colossiens contient un code domestique très proche, mais bien plus bref : deux versets pour les époux, sans aucun développement sur le Christ et l'Église. La comparaison montre que l'originalité d'Éphésiens n'est pas le cadre, emprunté à la morale de l'époque, mais l'ampleur de la relecture chrétienne qu'il en fait.

Ez 16, 8-14 Ancien Testament

Le prophète Ézéchiel décrit Dieu lavant, parant et épousant Jérusalem, devenue d'une beauté parfaite. Les prophètes représentaient volontiers l'alliance entre Dieu et son peuple comme un mariage. Les images du bain et de la parure dans le passage d'aujourd'hui s'inscrivent dans cette tradition, désormais rapportée au Christ.

1 P 3, 1-7

Cette lettre attribuée à l'apôtre Pierre donne elle aussi des consignes aux épouses puis aux maris, à qui elle demande égards et considération. Le rapprochement montre que ces listes de devoirs familiaux étaient un genre répandu dans les premières communautés chrétiennes.

Clés de lecture
Une phrase d'ouverture qui commande tout

L'appel initial à se soumettre les uns aux autres précède et gouverne toutes les consignes qui suivent. Il introduit une réciprocité que la morale antique ne connaissait pas sous cette forme : c'est à partir de là, et non d'un rapport à sens unique, que le reste doit se lire.

Un déséquilibre volontaire

Trois versets s'adressent aux femmes, près de neuf aux maris. Et ce qui leur est demandé n'est pas de commander mais d'aimer jusqu'au don total, sur le modèle d'un Christ qui se livre. Le déplacement porte sur le contenu de l'autorité, non sur son existence.

Deux images qui se croisent

Le texte passe sans cesse de l'image du corps, où la tête et les membres ne font qu'un, à celle des noces, où deux êtres distincts s'unissent. Ce va-et-vient culmine dans la citation de la Genèse, qui permet de tenir ensemble l'unité et la différence.

Le sens de la comparaison

L'auteur ne part pas du mariage humain pour imaginer le Christ : il part du Christ et de l'Église pour éclairer le mariage. C'est le lien du Christ à son Église qui donne sa mesure au couple, et non l'inverse.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur demande à des couples de son temps de vivre leur relation autrement que ne le fait la société environnante, en inscrivant l'autorité du mari dans la logique du don de soi et non de la domination. La tradition catholique reçoit ce passage comme l'un des textes fondateurs de sa compréhension du mariage : l'union d'un homme et d'une femme y est vue comme le signe efficace de l'alliance du Christ avec l'Église, ce qui fonde le mariage comme sacrement, c'est-à-dire comme réalité visible porteuse d'une grâce.

Sur le plan spirituel, le texte dit surtout quelque chose de l'Église : elle n'est sainte ni par ses mérites ni par ses membres, mais parce qu'elle a été purifiée et embellie par celui qui s'est livré pour elle. Les images de beauté sans défaut relèvent de l'espérance, de ce que l'Église sera pleinement à la fin, non d'un constat sur son état présent. L'Église d'aujourd'hui lit ce passage en distinguant soigneusement ce qui tient à l'organisation sociale de l'Antiquité, qui n'est pas normative, et ce qui relève de la révélation du dessein de Dieu, qui l'est.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni un raisonnement théorique, mais une exhortation morale : l'auteur dit comment vivre, en s'appuyant sur ce qu'il a exposé auparavant de l'œuvre du Christ.

La forme précise est celle d'un code domestique, liste de devoirs réciproques à l'intérieur d'une maison, courante chez les moralistes grecs et romains. Lire ce texte suppose donc de distinguer le cadre social emprunté à l'Antiquité et le motif chrétien que l'auteur y introduit, qui en déplace le centre de gravité.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier pour l'Évangile. Les spécialistes catholiques sont partagés : vocabulaire, style et théologie diffèrent sensiblement des lettres dont l'origine paulinienne n'est pas discutée, ce qui conduit beaucoup à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant dans les années 80-90 au nom de son maître, selon un usage admis à l'époque ; d'autres maintiennent l'attribution directe, vers les années 60. La question reste ouverte et ne change rien à l'autorité du texte dans l'Église.

La mention « à Éphèse » manque dans les manuscrits les plus anciens : il s'agit probablement d'une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure, composées surtout de croyants venus du paganisme.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 796 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour présenter l'Église comme épouse du Christ.
  • Catéchisme, § 1616 — Le texte y est cité pour fonder la compréhension catholique du mariage à la lumière du don du Christ.
  • Ep 1, 22-23 — Le début de la lettre avait déjà présenté le Christ comme tête et l'Église comme son corps, ce que ce passage reprend.
  • Ap 21, 2 — La vision finale de la Bible reprend l'image de l'Église épouse parée pour les noces.
  • Ga 3, 28 — Une autre lettre paulinienne affirme l'égalité des baptisés, ce qui éclaire la façon dont l'Église reçoit aujourd'hui les codes domestiques.

À retenir

Un code de bonne conduite domestique hérité de l'Antiquité y est retourné de l'intérieur : la mesure du mariage n'est plus l'autorité du mari, mais l'amour du Christ qui se livre pour son Église.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 127, 1-2 . 127, 3 . 127, 4-5

1 Cantique des montées. Heureux l’homme qui craint Yahweh, qui marche dans ses voies !

2 Tu te nourris alors du travail de tes mains ; tu es heureux et comblé de biens.

3 Ton épouse est comme une vigne féconde, dans l’intérieur de ta maison ; tes fils, comme de jeunes plants d’olivier, autour de ta table.

4 Voilà comment sera béni l’homme qui craint Yahweh.

5 Que Yahweh te bénisse de Sion ! Puisse-tu voir Jérusalem florissante tous les jours de ta vie !

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 13, 18-21

« La graine a poussé, elle est devenue un arbre »

18 Il disait encore : « À quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je ?

19 Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prit et jeta dans son jardin ; il poussa et il devint un arbre, et les oiseaux du ciel firent leur demeure dans ses rameaux. »

20 Il dit encore : « À quoi comparerai-je le royaume de Dieu ?

21 Il est semblable au levain qu’une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, de façon à faire lever toute la pâte. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage prend place dans la longue section où Luc raconte la montée de Jésus vers Jérusalem (chapitres 9 à 19), un voyage qui donne son cadre à une série d'enseignements et de rencontres.

Juste avant, Jésus a guéri un jour de sabbat, dans une synagogue, une femme courbée depuis dix-huit ans ; le responsable du lieu s'en est indigné, Jésus lui a répondu, et la foule s'est réjouie de ce qu'elle venait de voir. Les deux petites comparaisons qui suivent prolongent directement cette scène : elles disent comment le règne de Dieu se fraye un chemin, discrètement mais irrésistiblement.

Aussitôt après, le récit reprend la route et Jésus répond à la question de savoir s'il y aura peu de gens sauvés. La liturgie isole ici ces quatre versets parce qu'ils forment un diptyque complet : deux images, construites sur le même modèle, qui se répondent.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée que les évangiles présentent comme le Messie envoyé par Dieu ; dans cette partie de Luc, il enseigne en chemin vers Jérusalem, où il sera mis à mort.

Il prend lui-même l'initiative de la comparaison, en posant deux fois la question à voix haute avant d'y répondre, procédé qui invite l'auditeur à chercher avec lui.

l'homme du jardin

Personnage anonyme, sans histoire ni caractère, qui n'existe que pour l'image : un propriétaire ordinaire qui sème dans son potager.

Son geste unique, enfouir une semence, suffit à lancer un processus dont il n'est plus le maître ; c'est la croissance qui occupe toute la place.

la femme

Figure anonyme elle aussi, occupée à une tâche domestique banale dans le monde juif du premier siècle : la préparation du pain.

Elle fait pendant à l'homme du jardin. Luc aime ces couples d'images masculine et féminine, qui montrent que l'annonce vise également les uns et les autres.

la foule

L'ensemble des auditeurs qui suivent Jésus, plus large que le groupe des disciples et bien plus large que les Douze qu'il a choisis comme apôtres.

Elle n'est pas nommée dans ces versets, mais c'est elle qui vient de se réjouir de la guérison du sabbat : les deux comparaisons sont adressées à cet auditoire ordinaire.

Mots à connaître
le règne de Dieu

Expression centrale de la prédication de Jésus. Elle ne désigne pas un territoire mais le fait que Dieu règne effectivement, qu'il vient remettre le monde en ordre et sauver. Dans les évangiles, ce règne est à la fois déjà commencé avec Jésus et encore attendu dans sa plénitude.

la graine de moutarde

Dans le langage proverbial juif, elle servait d'exemple courant pour désigner ce qui est minuscule. La plante qui en sort est en réalité un grand arbuste de quelques mètres, pas un arbre au sens botanique : la comparaison force volontairement le trait.

le levain

Non pas la levure en sachet d'aujourd'hui, mais un morceau de pâte fermentée de la fournée précédente, que l'on mêlait à la nouvelle. Dans la Bible, le levain a le plus souvent une valeur négative, lié à la corruption, et il devait être éliminé des maisons pour la Pâque. L'employer ici comme image positive du règne de Dieu est donc un retournement frappant.

trois mesures de farine

La mesure en question correspond à une quantité importante ; trois mesures représentent de quoi nourrir largement plusieurs dizaines de personnes. Ce n'est pas la fournée d'un repas ordinaire : la démesure est voulue, comme celle de l'arbre issu de la petite graine.

les oiseaux du ciel

Dans les textes prophétiques de l'Ancien Testament, les oiseaux venant s'abriter dans les branches d'un grand arbre figurent les nations trouvant refuge sous un royaume. L'image évoque donc un rassemblement qui dépasse largement le peuple d'Israël.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 13, 31-33 même épisode, autre évangile

Matthieu donne les deux mêmes comparaisons, également accolées, mais à l'intérieur d'un grand discours en paraboles prononcé au bord du lac de Galilée, bien plus tôt dans le récit. Chez lui la graine est semée dans un champ, chez Luc dans un jardin, détail plus modeste et plus familier. Le déplacement montre que chaque évangéliste organise librement les paroles reçues selon le fil de son propre livre.

Mc 4, 30-32 même épisode, autre évangile

Marc rapporte la graine de moutarde, mais pas le levain. Il insiste davantage sur le contraste entre la petitesse de la semence, qu'il dit la plus petite de toutes, et l'ampleur de la plante obtenue. Luc, lui, va droit au résultat et nomme un arbre, ce qui renforce l'écho avec les images de l'Ancien Testament.

Ez 17, 22-23 Ancien Testament

Le prophète Ézéchiel annonce que Dieu plantera une pousse qui deviendra un cèdre majestueux, où tous les oiseaux viendront s'abriter. Les oiseaux y figurent les peuples rassemblés sous la protection du royaume promis. En reprenant cette image, Jésus suggère que le règne de Dieu qu'il annonce accomplit cette promesse, mais à partir d'un commencement dérisoire.

Gn 18, 6 Ancien Testament

Abraham fait préparer par Sara trois mesures de farine pour les trois visiteurs mystérieux qui lui annoncent la naissance d'un fils. La quantité est la même que dans la seconde comparaison : une fournée considérable, liée dans la mémoire biblique à une visite de Dieu. Le rapprochement n'est pas certain mais il est souvent relevé.

Clés de lecture
Deux images, une seule structure

Les deux comparaisons suivent exactement le même parcours : une question, un geste discret posé par une personne, puis un résultat démesuré. Cette répétition n'est pas une maladresse ; elle grave le point unique que Jésus veut faire entendre.

Un homme, une femme

Luc met côte à côte une scène de jardin et une scène de cuisine, un acteur masculin et un acteur féminin. Ce procédé de couplage revient plusieurs fois dans son évangile et signale que l'annonce s'adresse également aux uns et aux autres.

Le caché et le manifeste

La graine disparaît dans la terre, le levain disparaît dans la farine : dans les deux cas, le point de départ est invisible. Le contraste porte sur la disproportion entre ce commencement imperceptible et l'ampleur finale, non sur l'effort de celui qui agit.

L'enchaînement avec la scène précédente

Ces comparaisons suivent immédiatement une guérison contestée dans une synagogue, où l'opposition à Jésus s'est manifestée. Placées là, elles répondent à une objection implicite : ce que fait ce prédicateur paraît bien mince et bien contesté, et pourtant quelque chose d'immense est en train de commencer.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus répond à une attente de son temps : beaucoup espéraient une intervention de Dieu spectaculaire et immédiate. Il annonce au contraire un règne qui commence dans la discrétion, sans éclat, et dont la croissance ne dépend pas de la puissance des moyens mis en œuvre.

La tradition catholique y lit aussi une description de l'Église : née d'un groupe minuscule autour d'un homme condamné, elle s'étend jusqu'à abriter les peuples, comme les oiseaux dans les branches. Le levain mêlé à la pâte évoque de son côté une présence qui ne se sépare pas du monde mais le transforme de l'intérieur. Ces deux lectures ne remplacent pas le sens premier : elles en déploient les conséquences, le Christ étant lui-même la semence enfouie dont la mort et la résurrection donnent la croissance.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit de deux paraboles, c'est-à-dire de comparaisons empruntées à la vie quotidienne pour faire comprendre quelque chose de Dieu. Une parabole n'est ni une allégorie à décoder mot à mot, ni une leçon de morale : elle vise un point unique, et c'est ce point qu'il faut chercher.

Ici les deux récits sont construits sur le même moule : une question posée, un geste minuscule, un résultat hors de proportion. Lire en cherchant ce que représente chaque détail ferait manquer l'essentiel, qui tient dans l'écart entre le début et la fin.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon saint Luc est attribué par une tradition ancienne à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin et de culture grecque. Il a probablement été composé dans les années 80, pour des communautés chrétiennes de langue grecque, en bonne partie issues du paganisme et non du judaïsme.

Ces lecteurs ne connaissaient pas de l'intérieur les coutumes de Palestine, ce qui explique le soin que met Luc à expliquer et à adoucir certains détails. Son nom exact, sa date et son lieu de rédaction restent discutés par les historiens, sans que cela change la lecture du texte.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 543 — Rappelle que l'annonce du règne de Dieu s'adresse à tous les hommes et que ce règne commence dans la petitesse.
  • Catéchisme, § 546 — Explique pourquoi Jésus enseigne par paraboles et ce que cette forme demande à celui qui écoute.
  • Lc 13, 10-17 — La guérison de la femme courbée un jour de sabbat précède immédiatement ces deux comparaisons et en éclaire le ton.
  • Lc 9, 51 — Marque le début de la montée vers Jérusalem, cadre dans lequel ce passage est placé.
  • Dn 4, 18 — Autre exemple biblique du grand arbre où s'abritent les oiseaux du ciel, image d'un royaume universel.

À retenir

Deux images bâties sur le même ressort, la graine enfouie et le levain mêlé à la pâte, affirment que le règne de Dieu commence de façon imperceptible et aboutit hors de toute proportion avec son point de départ.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

(en termes équivalents.) Après avoir couvert ses ennemis de confusion et comblé le peuple de joie par, les oeuvres glorieuses qu’il opérait, Jésus leur découvre le progrès de l’Évangile sous le voile de plusieurs paraboles : « Il disait encore : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ? Il est semblable à un grain de sénevé, » etc.

S. Ambr

Dans un autre endroit, le grain de sénevé est comparé à la foi ( Mt 17, 19). Si donc le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, et que la foi elle-même soit figurée par ce grain de sénevé, la foi est donc le royaume des cieux qui est au dedans de nous (Lc 17). Le grain de sénevé est très-commun et sans beaucoup de valeur, mais aussitôt qu’il est broyé il répand sa force ; ainsi la foi elle-même paraît au premier abord sans valeur, mais si elle est aussi broyée par les souffrances, elle répand la grâce de sa force. Les martyrs sont des grains de sénevé, ils avaient en eux-mêmes le parfum odoriférant de la foi, mais elle était cachée. La persécution est venue, ils ont été brisés par le glaive et ont répandu jusqu’aux extrémités du monde la semence de leur martyre. Notre-Seigneur lui-même est un grain de sénevé. Il a voulu être broyé, afin que nous puissions dire : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ. » (2 Co 2.) Il a voulu être semé comme le grain de sénevé, qu’un homme prend et sème dans son jardin, car c’est dans un jardin que Jésus-Christ a été fait prisonnier et qu’il a été enseveli ; c’est là aussi qu’il est ressuscité et qu’il est devenu un grand arbre, comme il le dit lui-même : « Il crût et devint un grand arbre. » Notre-Seigneur, en effet, est le grain de sénevé lorsqu’il est enseveli dans la terre, mais il devient un grand arbre lorsqu’il s’élève dans les cieux. Il est aussi cet arbre qui couvre le monde de son ombrage : « Et les oiseaux du ciel se reposèrent dans ses rameaux, » c’est-à-dire, les puissances des cieux, et tous ceux qui, par leurs oeuvres spirituelles, ont le privilège de prendre leur essor au-dessus de la terre, Pierre et Paul sont les rameaux de cet arbre, et nous qui étions loin ( Ep 2, 13), nous nous envolons sur les ailes des vertus dans les retraites cachées de ces branches à travers les profondeurs des controverses. Semez donc Jésus-Christ dans votre jardin, un jardin est un lieu parsemé de fleurs ; que vos oeuvres soient donc les fleurs de ce jardin, et qu’elles y exhalent les parfums variés des vertus chrétiennes. Jésus-Christ se trouve là où la semence produit des fruits.

S. Cyrille

Ou bien encore, le royaume de Dieu, c’est l’Évangile qui nous donne le droit d’aspirer à régner un jour avec Jésus-Christ. Le grain de sénevé est plus petit que toutes les autres semences, mais il prend ensuite de si grands développements qu’il reçoit sous ses ombrages une multitude d’oiseaux ; ainsi la doctrine du salut peu répandue dans le commencement, a pris ensuite les plus grands accroissements.

Bède

Cet homme, dont il est ici parlé, c’est Jésus-Christ, le jardin, c’est l’Église, qui doit être cultivée par ses enseignements. Cet homme a reçu cette semence, dit le Sauveur, parce qu’il a reçu avec nous comme homme les dons dont il est avec son Père la source en tant que Dieu. La prédication de l’Évangile, répandue par tout l’univers, a pris successivement des développements prodigieux, elle se développe aussi progressivement dans l’âme de chaque fidèle, car personne n’arrive tout d’un coup à la perfection, mais il croit et s’élève, non pas comme les plantes qui se dessèchent si vite, mais à la manière des arbres. Les rameaux de cet arbre sont les divers dogmes dans lesquels les âmes chastes, prenant leur essor sur les ailes des vertus, viennent faire leur nid et trouver un doux lieu de repos.

8 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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