Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 2, 19-22
« Intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres »
19 Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, et membres de la famille de Dieu,
20 édifiés que vous êtes sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire.
21 C’est en lui que tout l’édifice bien ordonné s’élève, pour former un temple saint dans le Seigneur ;
22 c’est en lui que, vous aussi, vous êtes édifiés, pour être par l’Esprit-Saint, une demeure où Dieu habite.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Ce passage conclut la deuxième partie du chapitre 2 de la lettre aux Éphésiens. Juste avant, l'auteur rappelait à des chrétiens venus du paganisme qu'ils étaient autrefois sans part à l'alliance d'Israël, et que la mort du Christ a fait tomber le mur qui séparait juifs et non-juifs, donnant aux uns et aux autres l'accès au Père dans un même Esprit.
Les versets 19 à 22 tirent la conséquence de cette réconciliation à l'aide d'une image de bâtiment : le groupe des croyants est décrit comme une construction en cours d'élévation. Le chapitre suivant enchaînera sur la mission confiée à Paul auprès des nations païennes.
Le découpage liturgique isole donc une unité complète, qui va d'un constat (vous n'êtes plus des étrangers) à un achèvement (une demeure de Dieu). La mention des Apôtres comme fondations explique que ce texte soit retenu pour les fêtes d'apôtres.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul (l'auteur, s'adressant aux « frères »)
-
Juif pharisien devenu disciple du Christ après une apparition sur la route de Damas, Paul a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur a écrit des lettres, appelées épîtres, lues aujourd'hui à la messe.
Il ne raconte rien ici : il explique à ses destinataires ce qu'ils sont devenus, en passant d'une image politique (la citoyenneté) à une image familiale, puis à une image de construction.
- Les destinataires
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Des chrétiens d'Asie Mineure issus du paganisme, c'est-à-dire qui n'appartenaient pas au peuple juif et n'avaient donc aucune part aux promesses faites à Israël.
Ils sont ceux à qui l'on annonce un changement de statut : d'étrangers tolérés, ils deviennent membres à part entière du peuple de Dieu et pierres d'un même édifice.
- Les Apôtres et les prophètes
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Les Apôtres sont les témoins envoyés par Jésus pour annoncer sa résurrection ; les prophètes désignent ici, très probablement, des membres des premières communautés chargés de porter une parole inspirée, et non les prophètes de l'Ancien Testament.
Ils forment les fondations de l'édifice : la communauté repose sur leur témoignage reçu et transmis, non sur une expérience individuelle.
- Le Christ Jésus
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Au centre de toute la lettre, il est celui par qui juifs et païens sont réconciliés entre eux et avec Dieu.
Il est désigné comme la pierre maîtresse qui tient l'ensemble : l'image souligne qu'il n'est pas un élément parmi d'autres mais ce qui donne à l'édifice sa cohésion.
- L'Esprit Saint
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Dans les lettres de Paul, l'Esprit est la présence agissante de Dieu dans les croyants.
Il est nommé au dernier verset comme celui par qui la construction devient habitable pour Dieu : l'édifice n'est pas une organisation humaine.
Ce qui surprend dans cette traduction
Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.
- « les saints »
Le mot ne désigne pas ici des personnes canonisées, mais l'ensemble des membres du peuple consacré à Dieu ; certaines traductions rendent l'expression par « le peuple de Dieu » ou « les fidèles ».
- « la pierre angulaire »
Le terme grec peut désigner la grosse pierre d'angle qui commande l'alignement des murs, ou la pierre placée au sommet d'une arche pour la maintenir ; les traductions hésitent entre « pierre d'angle » et « pierre maîtresse ». Dans les deux cas, il s'agit de la pierre dont dépend la tenue de l'ensemble.
Ailleurs dans l’Écriture
- Is 28, 16 Ancien Testament
Le prophète Isaïe annonce que Dieu pose en Sion une pierre d'angle, sûre et éprouvée, sur laquelle celui qui s'appuie ne sera pas ébranlé. Les premiers chrétiens ont lu ce texte comme une annonce du Christ. L'image de la pierre employée ici vient de là et n'est donc pas une simple métaphore d'architecte.
- Ps 118, 22 Ancien Testament
Le psaume chante la pierre rejetée par les bâtisseurs devenue pierre de faîte. Repris plusieurs fois dans le Nouveau Testament à propos de Jésus, il ajoute à l'image une dimension absente ici : la pierre maîtresse est d'abord une pierre écartée, ce qui renvoie à la Passion.
- 1 Co 3, 9-11
Dans une autre lettre de Paul, la communauté est déjà comparée à une construction de Dieu, mais l'accent y est différent : le fondement unique est le Christ lui-même, et l'apôtre se présente seulement comme l'architecte qui l'a posé. La lettre aux Éphésiens déplace l'image en plaçant les Apôtres aux fondations et le Christ à l'angle.
- Ap 21, 14
La vision de la Jérusalem nouvelle décrit une ville dont les assises portent les noms des douze apôtres. Le rapprochement montre que l'idée d'une communauté bâtie sur le témoignage apostolique circulait largement dans le christianisme naissant, sous des formes imagées différentes.
Clés de lecture
- Trois statuts qui se succèdent
Le passage commence par écarter deux conditions juridiques précises, celle de l'étranger et celle du résident de passage, avant d'affirmer deux appartenances : la citoyenneté, puis la famille. On va ainsi du droit le plus extérieur au lien le plus intime, sans étape intermédiaire négociée.
- Une construction qui bouge
L'image de l'édifice est habituellement statique ; ici elle devient dynamique, puisque la construction s'élève et tend vers un achèvement. Le bâtiment se comporte comme un organisme vivant, ce qui rapproche cette image de celle du corps, chère à Paul.
- La répétition de « en lui »
Les deux derniers versets commencent de la même manière, par la mention du Christ comme lieu où tout tient. Cette reprise est le ressort du passage : ni les fondations apostoliques ni l'assemblage des croyants ne suffisent par eux-mêmes.
- Un temple sans pierres
Le point d'arrivée est le temple, lieu par excellence de la présence de Dieu dans le judaïsme. L'affirmation est forte : ce sont désormais des personnes assemblées qui constituent cet espace, et c'est l'Esprit qui le rend habitable.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, l'auteur règle une question brûlante de son temps : les croyants venus du paganisme ne sont pas des invités de second rang dans un peuple qui resterait juif. La réconciliation opérée par le Christ fait d'eux des membres de plein droit.
La tradition catholique y lit la description de l'Église elle-même. Trois traits en sont tirés : elle est apostolique, parce qu'elle repose sur le témoignage reçu des Apôtres et non sur une invention continuelle ; elle est christocentrique, puisque sa cohésion vient de la pierre maîtresse ; elle est temple, c'est-à-dire lieu de la présence de Dieu par l'Esprit. Lue sur une fête d'apôtre, cette page éclaire pourquoi l'Église fait mémoire de ces témoins : ils ne sont pas honorés pour eux-mêmes, mais comme assise d'un édifice dont le Christ reste la clé.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Il ne s'agit ni d'un récit ni d'un conseil pratique, mais d'un passage d'exposition doctrinale au style solennel, proche du langage de la prière, avec des phrases qui s'amplifient.
Tout repose sur une métaphore filée : celle d'un bâtiment, avec ses fondations, sa pierre maîtresse et son élévation. Lire ce texte, c'est donc suivre une image jusqu'au bout plutôt que chercher une information historique ; chaque élément de la construction vaut pour un aspect de la communauté croyante.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier, à des chrétiens d'origine païenne. La mention « à Éphèse » est absente des manuscrits les plus anciens, ce qui a fait penser à une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure.
L'attribution à Paul lui-même est discutée : le vocabulaire, le style très ample et certaines perspectives diffèrent des lettres dont l'authenticité ne fait pas débat. Une partie des spécialistes catholiques y voit un disciple écrivant dans l'héritage de son maître vers les années 80-90, d'autres maintiennent la rédaction par Paul dans les années 60. L'Église n'a pas tranché cette question d'histoire littéraire, qui ne change rien à l'autorité reconnue au texte.
Lectures et références
- Catéchisme, § 756 — Ce paragraphe rassemble les images bibliques de l'Église comme construction de Dieu et s'appuie précisément sur la pierre angulaire de ce passage.
- Catéchisme, § 797 — Il développe l'idée de l'Église comme temple où habite l'Esprit Saint, point d'arrivée du texte.
- Catéchisme, § 857 — Il explique ce que signifie dire que l'Église est apostolique, c'est-à-dire bâtie sur le fondement des Apôtres.
- Jn 2, 19-21 — Jésus y parle du temple en désignant son propre corps, ce qui éclaire le déplacement opéré ici du temple de pierre vers une communauté de personnes.
- 1 P 2, 4-6 — Les croyants y sont appelés pierres vivantes d'un édifice spirituel, reprise très proche de l'image développée dans ce passage.
À retenir
Des croyants jusque-là étrangers au peuple de Dieu sont décrits comme un édifice en construction, posé sur le témoignage des Apôtres et tenu par le Christ, destiné à devenir le lieu où Dieu habite.
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