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Fête

Ces lectures sont préparées à l'avance : elles seront celles du mercredi 28 octobre 2026.

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 2, 19-22

« Intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres »

19 Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, et membres de la famille de Dieu,

20 édifiés que vous êtes sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire.

21 C’est en lui que tout l’édifice bien ordonné s’élève, pour former un temple saint dans le Seigneur ;

22 c’est en lui que, vous aussi, vous êtes édifiés, pour être par l’Esprit-Saint, une demeure où Dieu habite.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage conclut la deuxième partie du chapitre 2 de la lettre aux Éphésiens. Juste avant, l'auteur rappelait à des chrétiens venus du paganisme qu'ils étaient autrefois sans part à l'alliance d'Israël, et que la mort du Christ a fait tomber le mur qui séparait juifs et non-juifs, donnant aux uns et aux autres l'accès au Père dans un même Esprit.

Les versets 19 à 22 tirent la conséquence de cette réconciliation à l'aide d'une image de bâtiment : le groupe des croyants est décrit comme une construction en cours d'élévation. Le chapitre suivant enchaînera sur la mission confiée à Paul auprès des nations païennes.

Le découpage liturgique isole donc une unité complète, qui va d'un constat (vous n'êtes plus des étrangers) à un achèvement (une demeure de Dieu). La mention des Apôtres comme fondations explique que ce texte soit retenu pour les fêtes d'apôtres.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul (l'auteur, s'adressant aux « frères »)

Juif pharisien devenu disciple du Christ après une apparition sur la route de Damas, Paul a fondé des communautés chrétiennes dans tout le bassin méditerranéen et leur a écrit des lettres, appelées épîtres, lues aujourd'hui à la messe.

Il ne raconte rien ici : il explique à ses destinataires ce qu'ils sont devenus, en passant d'une image politique (la citoyenneté) à une image familiale, puis à une image de construction.

Les destinataires

Des chrétiens d'Asie Mineure issus du paganisme, c'est-à-dire qui n'appartenaient pas au peuple juif et n'avaient donc aucune part aux promesses faites à Israël.

Ils sont ceux à qui l'on annonce un changement de statut : d'étrangers tolérés, ils deviennent membres à part entière du peuple de Dieu et pierres d'un même édifice.

Les Apôtres et les prophètes

Les Apôtres sont les témoins envoyés par Jésus pour annoncer sa résurrection ; les prophètes désignent ici, très probablement, des membres des premières communautés chargés de porter une parole inspirée, et non les prophètes de l'Ancien Testament.

Ils forment les fondations de l'édifice : la communauté repose sur leur témoignage reçu et transmis, non sur une expérience individuelle.

Le Christ Jésus

Au centre de toute la lettre, il est celui par qui juifs et païens sont réconciliés entre eux et avec Dieu.

Il est désigné comme la pierre maîtresse qui tient l'ensemble : l'image souligne qu'il n'est pas un élément parmi d'autres mais ce qui donne à l'édifice sa cohésion.

L'Esprit Saint

Dans les lettres de Paul, l'Esprit est la présence agissante de Dieu dans les croyants.

Il est nommé au dernier verset comme celui par qui la construction devient habitable pour Dieu : l'édifice n'est pas une organisation humaine.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« les saints »

Le mot ne désigne pas ici des personnes canonisées, mais l'ensemble des membres du peuple consacré à Dieu ; certaines traductions rendent l'expression par « le peuple de Dieu » ou « les fidèles ».

« la pierre angulaire »

Le terme grec peut désigner la grosse pierre d'angle qui commande l'alignement des murs, ou la pierre placée au sommet d'une arche pour la maintenir ; les traductions hésitent entre « pierre d'angle » et « pierre maîtresse ». Dans les deux cas, il s'agit de la pierre dont dépend la tenue de l'ensemble.

Ailleurs dans l’Écriture
Is 28, 16 Ancien Testament

Le prophète Isaïe annonce que Dieu pose en Sion une pierre d'angle, sûre et éprouvée, sur laquelle celui qui s'appuie ne sera pas ébranlé. Les premiers chrétiens ont lu ce texte comme une annonce du Christ. L'image de la pierre employée ici vient de là et n'est donc pas une simple métaphore d'architecte.

Ps 118, 22 Ancien Testament

Le psaume chante la pierre rejetée par les bâtisseurs devenue pierre de faîte. Repris plusieurs fois dans le Nouveau Testament à propos de Jésus, il ajoute à l'image une dimension absente ici : la pierre maîtresse est d'abord une pierre écartée, ce qui renvoie à la Passion.

1 Co 3, 9-11

Dans une autre lettre de Paul, la communauté est déjà comparée à une construction de Dieu, mais l'accent y est différent : le fondement unique est le Christ lui-même, et l'apôtre se présente seulement comme l'architecte qui l'a posé. La lettre aux Éphésiens déplace l'image en plaçant les Apôtres aux fondations et le Christ à l'angle.

Ap 21, 14

La vision de la Jérusalem nouvelle décrit une ville dont les assises portent les noms des douze apôtres. Le rapprochement montre que l'idée d'une communauté bâtie sur le témoignage apostolique circulait largement dans le christianisme naissant, sous des formes imagées différentes.

Clés de lecture
Trois statuts qui se succèdent

Le passage commence par écarter deux conditions juridiques précises, celle de l'étranger et celle du résident de passage, avant d'affirmer deux appartenances : la citoyenneté, puis la famille. On va ainsi du droit le plus extérieur au lien le plus intime, sans étape intermédiaire négociée.

Une construction qui bouge

L'image de l'édifice est habituellement statique ; ici elle devient dynamique, puisque la construction s'élève et tend vers un achèvement. Le bâtiment se comporte comme un organisme vivant, ce qui rapproche cette image de celle du corps, chère à Paul.

La répétition de « en lui »

Les deux derniers versets commencent de la même manière, par la mention du Christ comme lieu où tout tient. Cette reprise est le ressort du passage : ni les fondations apostoliques ni l'assemblage des croyants ne suffisent par eux-mêmes.

Un temple sans pierres

Le point d'arrivée est le temple, lieu par excellence de la présence de Dieu dans le judaïsme. L'affirmation est forte : ce sont désormais des personnes assemblées qui constituent cet espace, et c'est l'Esprit qui le rend habitable.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur règle une question brûlante de son temps : les croyants venus du paganisme ne sont pas des invités de second rang dans un peuple qui resterait juif. La réconciliation opérée par le Christ fait d'eux des membres de plein droit.

La tradition catholique y lit la description de l'Église elle-même. Trois traits en sont tirés : elle est apostolique, parce qu'elle repose sur le témoignage reçu des Apôtres et non sur une invention continuelle ; elle est christocentrique, puisque sa cohésion vient de la pierre maîtresse ; elle est temple, c'est-à-dire lieu de la présence de Dieu par l'Esprit. Lue sur une fête d'apôtre, cette page éclaire pourquoi l'Église fait mémoire de ces témoins : ils ne sont pas honorés pour eux-mêmes, mais comme assise d'un édifice dont le Christ reste la clé.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il ne s'agit ni d'un récit ni d'un conseil pratique, mais d'un passage d'exposition doctrinale au style solennel, proche du langage de la prière, avec des phrases qui s'amplifient.

Tout repose sur une métaphore filée : celle d'un bâtiment, avec ses fondations, sa pierre maîtresse et son élévation. Lire ce texte, c'est donc suivre une image jusqu'au bout plutôt que chercher une information historique ; chaque élément de la construction vaut pour un aspect de la communauté croyante.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, prisonnier, à des chrétiens d'origine païenne. La mention « à Éphèse » est absente des manuscrits les plus anciens, ce qui a fait penser à une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie Mineure.

L'attribution à Paul lui-même est discutée : le vocabulaire, le style très ample et certaines perspectives diffèrent des lettres dont l'authenticité ne fait pas débat. Une partie des spécialistes catholiques y voit un disciple écrivant dans l'héritage de son maître vers les années 80-90, d'autres maintiennent la rédaction par Paul dans les années 60. L'Église n'a pas tranché cette question d'histoire littéraire, qui ne change rien à l'autorité reconnue au texte.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 756 — Ce paragraphe rassemble les images bibliques de l'Église comme construction de Dieu et s'appuie précisément sur la pierre angulaire de ce passage.
  • Catéchisme, § 797 — Il développe l'idée de l'Église comme temple où habite l'Esprit Saint, point d'arrivée du texte.
  • Catéchisme, § 857 — Il explique ce que signifie dire que l'Église est apostolique, c'est-à-dire bâtie sur le fondement des Apôtres.
  • Jn 2, 19-21 — Jésus y parle du temple en désignant son propre corps, ce qui éclaire le déplacement opéré ici du temple de pierre vers une communauté de personnes.
  • 1 P 2, 4-6 — Les croyants y sont appelés pierres vivantes d'un édifice spirituel, reprise très proche de l'image développée dans ce passage.

À retenir

Des croyants jusque-là étrangers au peuple de Dieu sont décrits comme un édifice en construction, posé sur le témoignage des Apôtres et tenu par le Christ, destiné à devenir le lieu où Dieu habite.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 18, 2-3 . 18, 4-5

2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’œuvre de ses mains.

3 Le jour crie au jour la louange, la nuit l’apprend à la nuit.

4 Ce n’est pas un langage, ce ne sont pas des paroles ; dont la voix ne soit pas entendue.

5 Leur son parcourt toute la terre, leurs accents vont jusqu’aux extrémités du monde. C’est là qu’il a dressé une tente pour le soleil.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Luc 6, 12-19

« Il en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres »

12 En ces jours-là, il se retira sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.

13 Quand il fut jour, il appela ses disciples, et choisit douze d’entre eux, qu’il nomma apôtres :

14 Simon, auquel il donna le nom de Pierre, et André son frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélemy,

15 Matthieu et Thomas, Jacques, fils d’Alphée, et Simon, appelé le Zélé,

16 Jude, frère de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint traître.

17 Étant descendu avec eux, il s’arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem et de toute la région maritime de Tyr et de Sidon.

18 Ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris.

19 Et toute cette foule cherchait à le toucher, parce qu’il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est en Galilée, au début de la vie publique de Jésus telle que Luc la raconte. Les chapitres précédents ont enchaîné les guérisons et plusieurs affrontements avec des maîtres de la Loi : juste avant ce passage, Jésus guérit un homme à la main paralysée un jour de sabbat, et ses adversaires, furieux, se demandent ce qu'ils vont lui faire.

C'est à ce moment précis que Jésus se retire pour prier toute une nuit, puis constitue un groupe de douze parmi ses disciples. Le récit se poursuit immédiatement après par le grand discours que l'on appelle le Sermon dans la plaine (les béatitudes, l'amour des ennemis), adressé d'abord à ces disciples devant la foule.

Le passage est donc une charnière : il clôt le temps des premiers appels et ouvre celui de l'enseignement structuré. Les fêtes d'apôtres le retiennent parce qu'il contient la liste des Douze avec leurs noms.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée que les évangiles présentent comme le Fils de Dieu ; Luc souligne constamment qu'il prie avant les moments décisifs de sa mission.

Il passe la nuit en prière, puis choisit lui-même, nominativement, les douze qu'il appelle apôtres, avant de redescendre guérir la foule.

les disciples

Terme large : tous ceux qui suivent Jésus et reçoivent son enseignement, hommes et femmes, en nombre indéterminé. Être disciple n'est pas être apôtre.

C'est à l'intérieur de ce groupe plus vaste que Jésus opère un choix ; ils sont ensuite présents en grand nombre au pied de la montagne.

les Douze, appelés Apôtres

Un groupe restreint tiré des disciples. Le mot grec apostolos signifie « envoyé » : ils sont destinés à être envoyés annoncer le Royaume. Le chiffre douze renvoie aux douze tribus d'Israël.

Ils sont nommés un à un, ce qui en fait un groupe identifiable et non une foule anonyme ; la liste s'ouvre sur Simon renommé Pierre et se ferme sur Judas.

Judas Iscariote

L'un des Douze, celui qui livrera Jésus aux autorités de Jérusalem à la fin de l'évangile.

Le récit le nomme en dernier et anticipe déjà sa trahison : le groupe choisi n'est pas idéalisé.

la foule

Des gens venus de régions très diverses : la Judée au sud, Jérusalem, et même la côte phénicienne, territoire non juif.

Elle vient écouter et se faire guérir ; son affluence montre que l'audience de Jésus dépasse déjà largement la Galilée.

Mots à connaître
Apôtres

Le mot vient du grec apostolos, « celui qui est envoyé ». Il ne désigne pas un titre honorifique mais une fonction : porter un message au nom de celui qui mandate. Luc l'emploie de façon stable pour les Douze.

le Zélote

Surnom distinguant ce Simon de Simon-Pierre. Le terme évoque un zèle ardent pour la Loi juive ; il est parfois rapproché du courant nationaliste qui s'opposera par les armes à Rome, mais ce mouvement n'est clairement constitué que plus tard.

Iscariote

Surnom de Judas, dont le sens reste incertain : on y voit le plus souvent une indication d'origine géographique (« homme de Qeriyot », en Judée). Il sert avant tout à le distinguer de l'autre Jude de la liste.

Tyr et Sidon

Deux villes portuaires de la côte phénicienne, au nord, hors du territoire juif. Mentionner des gens venus de là signale que la réputation de Jésus franchit déjà les frontières d'Israël.

esprits impurs

Expression du monde ancien pour désigner des puissances mauvaises tenues pour responsables de certains troubles. Les évangiles distinguent ces cas des maladies ordinaires, mais les rangent ensemble sous l'action libératrice de Jésus.

une force sortait de lui

Luc emploie un terme grec, dynamis, qui dit la puissance agissante de Dieu. L'image d'un contact physique qui guérit était familière dans l'Antiquité ; l'évangile la reprend en l'attribuant à l'autorité propre de Jésus.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 3, 13-19 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode sur la montagne, avec une liste de noms presque identique. Mais il ne mentionne pas la nuit de prière, propre à Luc, et il place le rassemblement des foules avant le choix des Douze, alors que Luc le place après. Chez Marc, Jésus les institue explicitement « pour être avec lui » et pour les envoyer prêcher.

Mt 10, 1-4 même épisode, autre évangile

Matthieu donne la liste des Douze non pas au moment de leur choix, mais au moment où Jésus les envoie en mission avec des consignes détaillées. Il appelle « Thaddée » celui que Luc nomme Jude fils de Jacques, et « le Cananéen » celui que Luc appelle le Zélote. Ces variantes de noms reflètent des traditions orales distinctes, non des listes contradictoires.

Ac 1, 13

Les Actes des Apôtres, second volume du même auteur, redonnent la liste après la mort de Judas : ils ne sont plus que onze, et le récit raconte aussitôt comment le groupe tient à retrouver le chiffre douze en élisant Matthias. Cela montre que le nombre douze n'est pas un détail d'organisation mais un symbole auquel la première communauté tenait.

Ex 24, 4 Ancien Testament

Moïse, au Sinaï, dresse douze pierres pour les douze tribus d'Israël. L'arrière-plan éclaire le geste de Jésus : constituer douze hommes sur une montagne, c'est poser le signe d'un peuple de Dieu reconstitué. Le lecteur d'aujourd'hui ne perçoit pas spontanément cette résonance.

Clés de lecture
La prière avant la décision

Luc est le seul des trois premiers évangiles à mentionner ici une nuit entière de prière. C'est un trait constant de son récit : il place une prière de Jésus avant le baptême, avant la Transfiguration, avant la Passion. Le choix des Douze est ainsi présenté comme enraciné dans une décision reçue de Dieu, non comme un calcul d'organisation.

De la montagne au terrain plat

Le mouvement est délibéré : on monte pour prier et choisir, on descend pour enseigner et guérir. Là où Matthieu situe les béatitudes sur une montagne, Luc les fait prononcer sur un sol plat, au milieu de la foule. Le relief n'est pas un décor mais une manière d'articuler l'intimité avec Dieu et la proximité avec les gens.

Trois cercles concentriques

Le texte distingue nettement les Douze, l'ensemble plus large des disciples, et la multitude venue de partout. Cette architecture en trois cercles n'est pas une hiérarchie de mérite mais une structure de mission : les Douze sont choisis pour la foule.

Une liste qui n'efface rien

La liste nomme un collecteur d'impôts et un homme au surnom de zélote, deux profils opposés dans la société d'alors, et se termine par celui qui trahira. L'évangéliste ne corrige pas après coup la mémoire du groupe.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc rapporte la constitution d'un groupe de douze hommes nommément désignés par Jésus, et le rayonnement croissant de son activité de parole et de guérison. Le chiffre douze renvoie aux douze tribus d'Israël : le geste signifie que Jésus rassemble le peuple de Dieu.

La tradition catholique y lit l'origine du ministère apostolique. Les Douze, envoyés par le Christ et témoins de sa résurrection, sont tenus pour le fondement de l'Église, et les évêques sont compris comme leurs successeurs dans la charge de garder et transmettre l'Évangile. Que cette institution soit précédée d'une nuit de prière a été lu comme indiquant que l'appel vient de Dieu et ne s'autoproduit pas.

La mention de Judas dès la liste initiale est également reçue comme un avertissement : l'appartenance au groupe choisi ne garantit rien par elle-même, et la sainteté de l'Église ne tient pas à l'irréprochabilité de ceux qui la servent.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Deux genres se succèdent ici. D'abord un récit d'institution : Jésus choisit et nomme, et la liste de noms fonctionne comme un acte fondateur dont on garde la mémoire exacte.

Ensuite un sommaire, c'est-à-dire un résumé narratif qui ne raconte pas un épisode particulier mais condense l'activité habituelle de Jésus sur une période. Il ne faut donc pas y chercher une scène unique et datable : c'est un tableau d'ensemble, placé là pour faire transition vers le grand discours qui suit.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue ce troisième évangile à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, auteur également des Actes des Apôtres, qui en forment la suite. Il écrit en grec soigné, pour des communautés chrétiennes largement issues du monde non juif, et dédie son œuvre à un certain Théophile.

La date communément retenue se situe vers les années 80, mais elle reste discutée, comme l'identité précise de l'auteur. Son projet, qu'il énonce lui-même en ouverture, est de mettre en ordre les témoignages reçus pour donner à son lecteur une base solide.

Lectures et références
  • Lc 22, 30 — Jésus associe explicitement les Douze aux douze tribus d'Israël, ce qui éclaire le sens du nombre.
  • Lc 8, 46 — La femme guérie en touchant son vêtement illustre ce que Luc entend par la force qui sort de Jésus.
  • Lc 9, 1-2 — Les Douze, ici choisis, y sont effectivement envoyés annoncer le Royaume et guérir.
  • Catéchisme, § 551 — Le Catéchisme commente précisément ce choix des Douze comme participation à la mission du Christ.
  • Catéchisme, § 857 — Expose en quoi l'Église se dit apostolique, fondée sur les apôtres.

À retenir

Après une nuit de prière, Jésus constitue un groupe de douze envoyés, signe du peuple de Dieu rassemblé, puis redescend vers la foule : le choix des Douze est ordonné à la mission, non à un privilège.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

La glose

Pendant que les ennemis de Jésus-Christ se déclarent contre ses miracles et sa doctrine, il choisit ses Apôtres pour être les défenseurs et les témoins de la vérité, et avant de les choisir il se livre à la prière : « En ces jours là, il se retira sur la montagne pour prier. »

S. Ambr

Prenez garde d’entendre ces paroles avec un esprit prévenu, et de penser que si le Fils de Dieu prie, c’est dans le sentiment de sa faiblesse et pour obtenir ce qu’il ne peut faire de lui-même, car l’auteur de toute-puissance a voulu se rendre maître de l’obéissance, et nous enseigner par son exemple les préceptes de la vertu.

S. Cyrille

Méditons attentivement dans la conduite de Jésus-Christ, l’exemple qu’il nous donne de persévérer dans la prière, en nous tenant à l’écart, dans le secret, loin des regards des hommes, séparé de toutes les préoccupations du monde, afin que notre esprit puisse s’élever librement sur les sommets de la contemplation divine ; c’est ce que nous apprend Notre-Seigneur en se retirant sur la montagne pour prier.

S. Ambr

En toute circonstance, Jésus prie seul et sans témoins ; en effet, les voeux des hommes ne peuvent s’élever jusqu’aux conseils de Dieu, et personne ne peut entrer en participation des pensées intimes du Christ. Tous ceux qui prient ne montent point sur la montagne, mais celui-là seul qui, dans sa prière, s’élève des préoccupations de la terre aux pensées du ciel, et jamais celui qui poursuit avec sollicitude les richesses et les honneurs du siècle. Les âmes détachées de la terre montent sur la montagne ; aussi dans l’Évangile, vous voyez les disciples seuls monter sur la montagne avec leur divin Maître. L’Évangéliste vous donne, chrétiens, la règle et l’exemple que vous devez imiter dans les paroles suivantes : « Et il passait la nuit à prier. » Que ne devez-vous pas faire pour votre salut, quand vous voyez Jésus-Christ passer pour vous toute la nuit en prières.

17 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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