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de la férie

30ème Semaine du Temps Ordinaire

Ces lectures sont préparées à l'avance : elles seront celles du jeudi 29 octobre 2026.

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 6, 10-20

« Prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez tout mettre en œuvre pour tenir bon »

10 Au reste, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante.

11 Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable.

12 Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais [répandus] dans l’air.

13 C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout.

14 Soyez donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice,

15 et les sandales aux pieds, prêts à annoncer l’Évangile de paix.

16 Et surtout, prenez le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin.

17 Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

18 Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications ; et pour cela, veillez avec une persévérance continuelle et priez pour tous les saints,

19 et pour moi, afin qu’il me soit donné d’ouvrir les lèvres et de prêcher avec liberté le mystère de l’Évangile,

20 à l’égard duquel je fais fonction d’ambassadeur dans les chaînes, et afin que j’en parle avec assurance comme il convient.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage forme la conclusion de la lettre aux Éphésiens. Après avoir exposé le dessein de Dieu de rassembler toute chose dans le Christ (chapitres 1 à 3), l'auteur a tiré les conséquences pour la vie concrète : unité de la communauté, rupture avec l'ancienne conduite, rapports entre époux, enfants et maîtres de maison (chapitres 4 à 6).

Ces versets viennent juste après ces consignes domestiques et juste avant les salutations finales. Ils jouent le rôle d'une péroraison, c'est-à-dire d'un dernier appel qui rassemble tout ce qui précède sous une seule image, celle du combat.

En semaine, la première lecture avance d'un jour à l'autre dans un même livre : on arrive ici au terme du parcours de la lettre aux Éphésiens, sans rapport voulu avec l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Paul de Tarse, juif devenu après une révélation du Christ l'un des principaux missionnaires des débuts du christianisme, fondateur de communautés dans tout le bassin méditerranéen. Les lettres qu'il a écrites à ces communautés forment une grande partie du Nouveau Testament.

Il parle ici en prisonnier : il se présente comme un envoyé officiel entravé par des chaînes, et demande à ses lecteurs de prier non pour sa libération mais pour sa liberté de parole.

« Frères »

L'appellation désigne les destinataires de la lettre, les chrétiens d'Éphèse et sans doute, plus largement, des communautés d'Asie Mineure, en majorité issues du paganisme.

Ils sont les destinataires de toutes les exhortations du passage, formulées au pluriel : c'est une communauté, et non un individu isolé, qui est appelée à tenir bon.

Le diable, les Principautés, les Souverainetés

Dans le monde juif et chrétien du premier siècle, on nomme ainsi des puissances spirituelles hostiles, distinctes des adversaires humains. Le diable (« le Mauvais ») en est la figure centrale.

Ils désignent l'adversaire réel du croyant selon ce texte : le conflit décrit n'est pas dirigé contre des personnes, ce qui écarte par avance toute lecture guerrière visant des humains.

L'Esprit

L'Esprit Saint, présenté dans les lettres de Paul comme la présence de Dieu agissant au cœur des croyants.

Il est à la fois celui dont vient le glaive, identifié à la parole de Dieu, et celui qui rend la prière possible dans la dernière partie du passage.

Mots à connaître
L'équipement de combat

Le mot grec, panoplia, désigne l'armement complet du fantassin lourd : ceinturon, cuirasse, chaussures cloutées, bouclier, casque, épée. Un prisonnier romain était gardé par des soldats, et l'auteur avait l'image sous les yeux.

Le bouclier et les flèches enflammées

Le bouclier évoqué est le grand bouclier rectangulaire du légionnaire, en bois recouvert de cuir, que l'on humidifiait pour éteindre les traits incendiaires employés dans les sièges. L'image est donc techniquement précise et non ornementale.

Le glaive

Il s'agit de l'épée courte du combat rapproché, et non d'une arme de jet. C'est la seule pièce offensive de la liste, et elle est aussitôt identifiée à la parole de Dieu.

« Le jour du malheur »

L'expression renvoie au langage des prophètes, qui annoncent un « jour » où le mal sera démasqué et jugé. Elle situe le combat décrit dans une perspective d'achèvement de l'histoire, et non dans une simple épreuve passagère.

« Ambassadeur dans mes chaînes »

Un ambassadeur, dans le monde romain, bénéficiait d'une immunité : l'enchaîner était un paradoxe. L'auteur joue de ce décalage pour décrire sa situation de prisonnier chargé d'une mission officielle.

Ailleurs dans l’Écriture
Is 59, 16-17 Ancien Testament

Chez le prophète Isaïe, c'est Dieu lui-même qui revêt la justice comme cuirasse et le salut comme casque pour venir sauver son peuple. L'auteur de la lettre reprend ces pièces et les confie aux croyants. Le déplacement est décisif : l'équipement n'est pas fabriqué par l'homme, il est prêté par Dieu.

Is 52, 7 Ancien Testament

Isaïe célèbre la beauté des pieds du messager qui annonce la paix et le salut. L'image des pieds chaussés pour annoncer l'Évangile de la paix vient de là. Elle introduit une note inattendue dans un tableau militaire : ce que ces pieds portent, c'est une nouvelle de réconciliation.

1 Th 5, 8

Dans une lettre aux chrétiens de Thessalonique, Paul emploie déjà la même métaphore, mais avec seulement deux pièces et une autre répartition : la cuirasse y est la foi et l'amour, le casque l'espérance du salut. La comparaison montre que l'image était familière à Paul et qu'elle se prêtait à des variations ; elle est ici développée bien plus largement.

Col 4, 2-4

La lettre aux Colossiens s'achève sur une demande très proche : prier avec vigilance, et prier pour l'apôtre enchaîné afin qu'il puisse annoncer le mystère du Christ. Les deux lettres partagent de nombreuses formules, ce qui nourrit la discussion des spécialistes sur leur lien de rédaction.

Clés de lecture
Un combat défensif

Le verbe qui revient est « tenir » : résister, tenir bon, rester debout. Il n'est jamais question de conquérir ni d'attaquer quelqu'un. L'horizon est celui de la résistance dans l'épreuve, pas de la croisade.

L'adversaire n'est pas humain

Le texte écarte explicitement les adversaires de chair et de sang pour désigner des puissances spirituelles. Cette précision a une portée directe : elle interdit d'identifier l'ennemi à un groupe d'hommes, quel qu'il soit.

Des armes qui sont des réalités morales

Chaque pièce est immédiatement traduite : vérité, justice, annonce de la paix, foi, salut, parole de Dieu. L'image militaire sert à dire la cohérence d'une vie, non la violence.

Le basculement vers la prière

Après la description de l'équipement, le ton change : il n'est plus question d'armes mais de prière, de veille, d'intercession pour tous. La demande personnelle de l'auteur prisonnier clôt l'ensemble et déplace le combat vers un lieu inattendu, celui de la parole à dire.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte clôt la lettre en rappelant à des communautés jeunes que l'adhésion au Christ les engage dans une résistance durable, dont la force ne vient pas d'elles : l'équipement est donné, non produit.

La tradition catholique y a lu l'une des descriptions les plus nettes du combat spirituel, cette lutte intérieure et communautaire contre le mal qui traverse l'histoire humaine depuis ses origines. Elle souligne que les armes énumérées sont celles de Dieu lui-même dans les prophéties d'Isaïe : le croyant ne fait que revêtir ce que le Christ a déjà porté et remporté. L'identification du glaive à la parole de Dieu a nourri l'attention chrétienne à l'Écriture comme ressource dans l'épreuve, et le passage à la prière en finale a fait lire ce texte comme une description de la prière elle-même comme lutte.

L'image de l'ambassadeur enchaîné a été reçue comme une figure de l'Église annonçant l'Évangile sans dépendre des conditions favorables.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'une exhortation, c'est-à-dire d'un appel pratique adressé à une communauté, construit sur une métaphore filée : celle de l'équipement du soldat.

Les verbes sont à l'impératif pluriel et les pièces d'armure sont explicitement interprétées une à une (la ceinture est la vérité, le glaive est la parole de Dieu). Le texte se désigne donc lui-même comme figuré : le lire comme un programme d'action militaire serait un contresens sur son genre.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul depuis la prison. Son attribution est discutée : le vocabulaire, le style très ample et certaines perspectives théologiques ont conduit une partie des spécialistes à y voir l'œuvre d'un disciple écrivant au nom de son maître après sa mort, selon une pratique admise dans l'Antiquité ; d'autres maintiennent une rédaction par Paul lui-même. Selon l'option retenue, on la date des années 60 ou des décennies suivantes.

Les plus anciens manuscrits ne portent pas la mention « à Éphèse » au premier verset, ce qui suggère une lettre destinée à circuler entre plusieurs communautés d'Asie Mineure, toutes marquées par un environnement religieux où les puissances invisibles occupaient une grande place.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 409 — Le Catéchisme décrit l'histoire humaine comme un combat contre les puissances du mal, en s'appuyant sur ce type de textes.
  • Catéchisme, § 2725 — La prière y est présentée comme un combat, ce qui éclaire le lien établi dans le passage entre l'armure et la supplication.
  • Ep 1, 21 — La lettre a déjà situé le Christ ressuscité au-dessus de toute Principauté et Souveraineté : les puissances évoquées ici sont donc des adversaires déjà vaincus.
  • Sg 5, 17-20 — Le livre de la Sagesse décrit Dieu s'armant pour le jugement, autre source juive de l'image employée ici.
  • Rm 13, 12 — Paul y invite déjà à revêtir les armes de la lumière, formule parente de celle du passage.

À retenir

Un appel final à tenir bon, où l'armure décrite est celle que Dieu portait chez les prophètes et où l'adversaire est explicitement déclaré non humain, le combat se concluant sur la prière et la demande d'une parole libre pour un apôtre enchaîné.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 143, 1 . 143, 2 . 143, 9-10

1 De David. Béni soit Yahweh, mon rocher, qui a dressé mes mains au combat, et mes doigts à la guerre,

2 mon bienfaiteur et ma forteresse, ma haute retraite et mon libérateur, mon bouclier, celui qui est mon refuge, qui range mon peuple sous moi !

9 O Dieu, je te chanterai un cantique nouveau,  je te célébrerai sur le luth à dix cordes.

10 Toi qui donnes aux rois la victoire, qui sauves du glaive meurtrier David, ton serviteur,

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 13, 31-35

« Il ne convient pas qu’un prophète périsse en dehors de Jérusalem »

31 Le même jour, quelques Pharisiens vinrent lui dire : « Retire-toi et pars d’ici ; car Hérode veut te faire mourir. »

32 Il leur répondit : « Allez et dites à ce renard : Je chasse les démons et guéris les malades aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini.

33 Seulement il faut que je poursuive ma route aujourd’hui, et demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète meure hors de Jérusalem.

34 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et lapide ceux qui sont envoyés vers elle ! Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu !

35 Voici que ta maison va t’être laissée. Je te le dis, tu ne me verras plus, jusqu’à ce que vienne le jour où tu diras : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage appartient à la longue section où Luc met en route Jésus vers Jérusalem : depuis le chapitre 9, le récit est organisé comme une montée vers la ville où il mourra, et les épisodes y sont rythmés par des rappels de ce voyage.

Juste avant, Jésus a répondu à la question de savoir si les sauvés seront peu nombreux, par l'image de la porte étroite et l'annonce que des gens viendront des quatre points cardinaux pour prendre place au festin. Juste après, il entrera un jour de sabbat chez un notable pharisien et y guérira un homme malade.

Ici, un avertissement lui est transmis à propos d'Hérode Antipas, qui gouverne la Galilée : l'occasion, pour Jésus, de dire que sa route ne sera pas interrompue par une menace politique, puis de prononcer une plainte sur Jérusalem. En semaine, l'évangile suit ainsi Luc chapitre après chapitre, sans rapport voulu avec la première lecture du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant de Galilée dont Luc raconte la prédication, les guérisons et la montée vers Jérusalem.

Il refuse de modifier son itinéraire sous la menace, décrit son activité comme un parcours borné dans le temps, et s'adresse ensuite à Jérusalem comme un prophète s'adresse à une ville.

quelques pharisiens

Les pharisiens forment un courant religieux juif, laïc et très observant, attaché à l'application de la Loi dans la vie quotidienne ; ils ne sont ni prêtres ni magistrats. Chez Luc ils sont souvent en débat avec Jésus, mais aussi parfois ses hôtes.

Ils apportent l'avertissement concernant Hérode. Le récit ne dit pas s'ils veulent protéger Jésus ou l'éloigner ; les deux lectures sont défendues.

Hérode

Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, tétrarque de Galilée et de Pérée sous tutelle romaine. C'est lui qui a fait exécuter Jean le Baptiste et qui, selon Luc, cherchait à voir Jésus.

Absent de la scène, il n'est évoqué que comme une menace. Jésus le désigne par un surnom animal qui en relativise la puissance.

Jérusalem

La ville du Temple, centre religieux du judaïsme, but du voyage de Jésus dans tout cet ensemble de l'évangile de Luc.

Elle est interpellée comme une personne, à la fois accusée d'avoir rejeté les envoyés de Dieu et objet d'un désir de rassemblement exprimé par une image maternelle.

Mots à connaître
renard

Dans le langage imagé de l'époque, le renard désigne un personnage rusé, mais aussi un animal de peu d'envergure, qu'on oppose volontiers au lion. Appliqué au souverain local, le surnom est doublement mordant : il souligne sa ruse et nie sa grandeur.

prophète

Dans la Bible, un prophète n'est pas d'abord quelqu'un qui prédit l'avenir : c'est un envoyé qui parle au nom de Dieu, souvent pour critiquer les puissants, et qui le paie cher. L'idée que Jérusalem est le lieu où ces envoyés sont mis à mort traverse plusieurs textes juifs.

lapider

La lapidation, mise à mort collective par jet de pierres, était la peine prévue par la Loi pour certaines fautes religieuses graves. Elle est ici évoquée comme le sort infligé aux messagers de Dieu, c'est-à-dire comme un abus de la Loi retournée contre ceux qui la rappellent.

le troisième jour

L'expression sert d'abord à dire un délai bref et fixé : aujourd'hui, demain, et c'est fini. Mais chez Luc, elle revient pour annoncer la résurrection, et le lecteur chrétien l'entend inévitablement dans les deux sens.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

votre temple

Le texte grec dit littéralement « votre maison ». Selon les traductions, on comprend le sanctuaire de Jérusalem, la ville elle-même ou la dynastie ; le choix de temple retient la première lecture.

j'arrive au terme

Le verbe grec signifie « être mené à son achèvement ». Certaines traductions rendent « je suis consommé » ou « j'achève mon œuvre » : il s'agit moins d'une fin que d'un accomplissement.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 23, 37-39 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte la même plainte sur Jérusalem, avec l'image de l'oiseau abritant sa couvée et la même citation finale. Mais il la place beaucoup plus tard, à la fin de l'enseignement de Jésus dans le Temple, juste avant l'annonce de la ruine du sanctuaire. Luc, lui, l'anticipe pendant la route : chez lui, le drame de Jérusalem est annoncé bien avant l'arrivée. L'avertissement concernant Hérode, lui, ne se lit que chez Luc.

Ps 118, 26 Ancien Testament

La formule qui clôt le passage est une acclamation de pèlerinage, chantée à l'entrée du Temple pour saluer celui qui arrive. Luc la reprendra au moment de l'entrée de Jésus dans Jérusalem, dans la bouche des disciples. La dernière phrase fonctionne donc à la fois comme une annonce de ce qui va venir dans le récit et comme l'ouverture d'un horizon plus lointain.

2 Ch 24, 20-21 Ancien Testament

Ce texte raconte la lapidation d'un prophète dans la cour du Temple, sur ordre du roi. Il montre que l'accusation portée contre la ville n'est pas une invention : la Bible elle-même conserve la mémoire d'envoyés de Dieu mis à mort par les leurs. Jésus se range ainsi dans la lignée des prophètes rejetés.

Dt 32, 11 Ancien Testament

L'image de l'oiseau qui étend ses ailes sur ses petits y décrit la façon dont Dieu a porté son peuple au désert. En reprenant cette comparaison à son compte, Jésus s'attribue un geste que l'Ancien Testament réservait à Dieu envers Israël.

Clés de lecture
Une route qu'aucune menace n'interrompt

À l'avertissement politique, Jésus répond par un calendrier : son activité a sa durée propre et son terme fixé. Le pouvoir d'Hérode n'est pas nié, il est déclaré hors sujet. Ce n'est pas la menace qui décide du moment, mais la mission.

Le refus de l'alternative proposée

On lui suggère de quitter le territoire pour se mettre à l'abri. Or partir, pour lui, ce n'est pas fuir : c'est continuer vers Jérusalem, c'est-à-dire vers un danger plus grand. L'ironie du passage tient tout entière dans ce déplacement.

Une image maternelle au cœur du reproche

La comparaison avec l'oiseau qui abrite sa couvée dit la protection offerte et non imposée. Le verbe vouloir y revient deux fois, une fois pour celui qui parle, une fois pour ceux qui refusent : le passage fait reposer le drame sur une volonté, pas sur une fatalité.

Une fin ouverte

La dernière phrase ne clôt pas sur l'abandon : elle fixe un terme, le jour où la ville prononcera elle-même l'acclamation de bienvenue. Les commentateurs discutent de savoir si ce jour désigne l'entrée de Jésus à Jérusalem, racontée quelques chapitres plus loin, ou un accomplissement plus lointain. Les deux lectures sont tenues ensemble dans la tradition.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Luc montre un prophète lucide sur ce qui l'attend, qui refuse de régler sa marche sur la peur et qui prend sur lui le sort des envoyés rejetés. L'épisode prépare tout ce qui suivra : la montée, l'entrée dans la ville, le procès, la croix.

La tradition catholique y lit davantage. Le délai de trois jours avant l'achèvement est entendu comme une annonce voilée de la Passion et de la résurrection : le terme de la route n'est pas l'échec mais l'accomplissement. L'image du rassemblement sous les ailes est lue comme l'expression du désir de Dieu de réunir son peuple, désir qui respecte le refus sans y renoncer.

Enfin, la plainte sur Jérusalem n'est pas comprise comme une condamnation du peuple juif : elle s'adresse à une ville aimée, selon le ton même des prophètes d'Israël, et elle se termine sur une promesse de retrouvailles.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage soude deux morceaux de nature différente. D'abord une brève scène de confrontation : un avertissement reçu, une réplique cinglante, selon un schéma classique où tout le poids tombe sur la réponse du maître.

Ensuite une lamentation prophétique adressée à une ville, genre bien attesté chez les prophètes d'Israël : apostrophe redoublée, reproche, image affective, annonce d'un malheur. Lire ces lignes comme une menace froide serait un contresens : la forme même suppose l'attachement de celui qui parle.

Qui écrit, et pour qui

Le troisième évangile est attribué par la tradition ancienne à Luc, présenté comme un compagnon de Paul, écrivant un grec soigné pour des lecteurs de culture grecque. Il forme un ensemble en deux volumes avec les Actes des Apôtres, tous deux adressés à un certain Théophile.

La plupart des spécialistes situent sa rédaction dans les années 80, après la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 ; la date et l'identité exacte de l'auteur restent discutées. Ses lecteurs savent donc, en lisant la plainte sur la ville, ce qu'elle est devenue.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 558 — Ce paragraphe commente précisément la montée de Jésus vers Jérusalem et sa plainte sur la ville.
  • Lc 9, 51 — C'est le verset qui ouvre la montée vers Jérusalem et donne sa direction à toute cette partie de l'évangile.
  • Lc 19, 37-38 — L'acclamation annoncée à la fin du passage est reprise par les disciples lors de l'entrée de Jésus dans la ville.
  • Lc 23, 6-12 — Hérode Antipas reparaît au moment du procès, ce qui éclaire rétrospectivement la menace évoquée ici.
  • Lc 9, 7-9 — Luc y a déjà présenté la perplexité d'Hérode au sujet de Jésus, après l'exécution de Jean le Baptiste.

À retenir

Averti d'un danger, Jésus refuse de changer de route : sa marche vers Jérusalem n'obéit pas à la menace d'un souverain mais à un terme qu'il a lui-même fixé, et la plainte qui suit révèle que cette ville, qui tue ses prophètes, reste celle qu'il veut rassembler.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

(Ch. des Pèr. gr.) Les paroles que le Sauveur venait de prononcer avaient profondément irrité les pharisiens ; car ils voyaient déjà le peuple, touché de repentir, croire en lui, Désolés donc de perdre leur autorité sur les peuples, et de voir diminuer le profit qu’ils en retiraient, ils simulent pour lui une affection hypocrite, et lui conseillent de se retirer : « Le même jour, quelques-uns des pharisiens vinrent lui dire : Allez-vous en, retirez-vous d’ici ; car Hérode veut vous faire mourir. » Mais Jésus, qui sonde les coeurs et les reins, leur répond avec douceur et dans un langage figuré : « Et il leur dit : Allez, et dites à ce renard. »

Bède

Il appelle Hérode un renard à cause de son esprit rusé et insidieux ; car le renard est un animal rempli d’astuce, qui se cache dans sa tanière pour mieux tendre ses piéges, exhale une odeur fétide, et ne suit jamais les droits chemins. Tous ces traits conviennent aux hérétiques, dont Hérode est la figure, et qui cherchent à faire mourir Jésus-Christ, c’est-à-dire l’humilité de la foi chrétienne dans le coeur des fidèles.

S. Cyrille

Ou bien encore, les paroles du Sauveur ont un autre objet, et ne se rapportent pas à la personne d’Hérode (comme quelques-uns l’ont pensé), mais plutôt à l’hypocrisie des pharisiens. En effet, Notre-Seigneur paraît indiquer ce pharisien qui n’est pas loin, en disant : « Allez, et dites à ce renard, » selon le sens du texte grec. Il leur commande de dire ce qui était de nature à exciter contre lui la multitude des pharisiens : « Voilà que je chasse les démons et guéris les malades aujourd’hui et demain, et c’est le troisième jour que je dois, être consommé, Il leur annonce donc qu’il fera ce qui leur déplaisait souverainement, c’est-à-dire qu’il commandera aux esprits immondes, et guérira les malades jusqu’à ce qu’il subisse volontairement le supplice de la croix. Mais comme les pharisiens s’imaginaient qu’il redoutait la puissance d’Hérode, lui qui était le Dieu des vertus, il éloigne cette pensée en ajoutant : « Cependant il faut que je marche aujourd’hui et demain, et c’est le troisième jour que je dois être consommé. » Cette expression : « Il faut, » n’indique nullement une nécessité qui serait imposée au Sauveur, mais bien plutôt qu’il se rendait librement et volontairement vers le but qu’il se proposait, jusqu’à ce. qu’il terminât sa vie par le supplice de sa croix adorable, dont il annonce que le temps approche en disant : « Aujourd’hui et demain. »

Théophile

Comme s’il leur disait : Pourquoi vous préoccuper de ma mort ? Le temps n’en est pas éloigné. Cependant ces expressions : « Aujourd’hui et demain, » signifient un espace de plusieurs jours. C’est ainsi que dans le langage ordinaire nous disons : « Je ferai ceci aujourd’hui et demain ; » bien que nous ne puissions le faire dans un si court espace de temps. Et pour donner une explication plus claire de ces paroles, ne les entendez pas dans ce sens : « Il faut que je marche aujourd’hui et demain, » non, arrêtez-vous après ces mots : « Aujourd’hui et demain, » puis ajoutez : « Le jour suivant je dois marcher. » De même que souvent pour compter, nous disons : Dimanche, lundi, mardi, je sortirai ; nous comptons deux jours pour indiquer le troisième, Notre-Seigneur dit aussi : « Aujourd’hui et demain, et le troisième jour, je dois aller à Jérusalem. »

17 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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