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Fête

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

Éphésiens 4, 1-7 . 4, 11-13

« Les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres et aussi les évangélisateurs »

1 Je vous prie donc instamment, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, d’avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés,

2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant mutuellement avec charité,

3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.

4 Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance.

5 Il n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême,

6 un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui [agit] par tous, qui [est] en tous.

7 Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.

11 C’est lui aussi qui a fait les uns apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs,

12 en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ,

13 jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ,

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Éphésiens tient en deux moitiés. Les trois premiers chapitres exposent ce que Dieu a accompli dans le Christ, en particulier la réconciliation des Juifs et des non-Juifs en un seul corps ; les trois derniers en tirent les conséquences pour la vie des croyants. Notre passage se situe exactement à la charnière. Première phrase de la partie exhortative, elle s'ouvre sur un rappel : l'auteur écrit en prisonnier.

Juste après, le chapitre décrira au contraire la conduite ancienne dont il faut se défaire, mensonge, colère, paroles blessantes. La liturgie, elle, enjambe les versets 8 à 10, où l'auteur cite et commente un verset du psaume 68 sur celui qui « monte » et « donne des dons ». Le saut fait passer directement de l'affirmation que chacun reçoit une grâce à l'énumération des ministères.

Le texte est ici lu pour une fête, dont les lectures se choisissent selon le saint ou le mystère célébré ; le titre du lectionnaire met en avant les envoyés et les annonciateurs de l'Évangile.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Apôtre, c'est-à-dire envoyé, d'abord persécuteur des premiers chrétiens puis missionnaire auprès des non-Juifs ; il a fondé ou visité de nombreuses communautés autour de la Méditerranée et leur écrivait des lettres.

Il se présente comme détenu à cause de sa fidélité au Christ et prend appui sur cette situation pour exhorter. Pas un ordre venu d'en haut : l'appel de quelqu'un qui paie lui-même le prix.

Mots à connaître
En prison à cause du Seigneur

Les lettres dites « de la captivité » se présentent comme écrites depuis une détention liée à l'annonce de l'Évangile. Rome, Césarée ou Éphèse ont été proposées, sans certitude sur le lieu. C'est de cette situation que l'exhortation tire son autorité morale.

Un seul baptême

Le baptême fait entrer dans la communauté chrétienne : une immersion ou une effusion d'eau qui signifie l'union de la personne à la mort et à la résurrection du Christ. Insister sur son unicité revient à dire que tous les croyants, quelle que soit leur origine, sont entrés par la même porte.

Prophètes, évangélisateurs, pasteurs

Dans les premières communautés, ces mots désignent des fonctions, pas des grades. Le prophète transmet une parole reçue de Dieu pour l'assemblée présente, l'évangélisateur annonce le message là où il n'est pas connu, le pasteur, littéralement le berger, veille sur une communauté déjà établie. Ces appellations ne recouvrent pas exactement les ministères ordonnés d'aujourd'hui.

Le corps du Christ

Image centrale de la lettre : la communauté des croyants forme un organisme vivant dont le Christ est la tête. Elle dit ensemble la diversité des membres, leur solidarité, et le fait que la croissance vient de celui qui l'anime.

Ailleurs dans l’Écriture
1 Co 12, 4-13

Dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul développe la même image, un corps, des membres différents, des dons variés donnés par un unique Esprit. La différence est nette. À Corinthe, il énumère surtout des capacités (guérir, parler en langues, enseigner), alors qu'ici l'énumération porte sur des personnes chargées d'une fonction dans la communauté. Le déplacement révèle une communauté plus structurée.

Col 3, 12-15

La lettre aux Colossiens aligne presque les mêmes vertus : humilité, douceur, patience, support mutuel, et la paix comme lien. Leur vocabulaire est si proche que la question de leur relation littéraire est discutée. Le rapprochement montre un enseignement moral déjà stabilisé dans les premières communautés.

Ps 68, 19 Ancien Testament

C'est le verset cité dans le passage que la lecture enjambe (Ep 4, 8) : un psaume célébrant la montée triomphale de Dieu, qui reçoit ou distribue des présents. L'auteur l'applique au Christ élevé auprès du Père, ce qui fonde l'idée de « dons » faits à l'Église. Sans ces versets sautés, l'énumération des ministères perd son point d'appui.

Clés de lecture
De ce que Dieu a fait à ce qu'il faut vivre

Le passage ouvre la partie morale de la lettre. La conduite demandée n'a rien d'un effort pour mériter quoi que ce soit ; elle met en cohérence la vie avec un appel déjà reçu. Tout l'argument tient là : puisque l'unité est donnée, il s'agit de la garder.

La litanie de l'unique

Sept affirmations s'enchaînent autour du mot « un » : corps, Esprit, espérance, Seigneur, foi, baptême, Dieu et Père. La progression monte du concret de la communauté jusqu'à Dieu lui-même. Le rythme suggère une formule de confession de foi ou de prière déjà en usage.

Les ministères sont pour la croissance de tous

Les fonctions énumérées ne valent pas pour elles-mêmes ; elles sont des dons faits en vue d'un travail commun. Le but énoncé est la maturité de l'ensemble, mesurée non à une norme humaine mais à la plénitude du Christ. L'unité, point de départ du passage, en est aussi le point d'arrivée.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, l'auteur demande à des communautés faites de gens d'origines très diverses de tenir ensemble, et il fonde cette exigence sur l'unicité de Dieu et l'unique baptême reçu.

La tradition catholique y lit l'un des grands textes sur l'Église. Elle est une, non par accord humain, mais parce qu'elle est le corps d'un seul Christ ; la diversité des ministères n'y dessine aucune hiérarchie de prestige, seulement une répartition de services. Le passage a nourri la formulation de l'unité comme note constitutive de l'Église, et il sert aujourd'hui de référence courante dans le dialogue entre chrétiens séparés.

Avec la croissance jusqu'à la stature du Christ s'ouvre une perspective sur l'accomplissement final : l'Église chemine vers une plénitude qu'elle ne possède pas encore.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation, ce qu'on appelle aussi une parénèse : un enseignement moral adressé à une communauté, et non un récit ou un raisonnement abstrait. Cela se lit comme une consigne de vie qui s'appuie sur une conviction déjà partagée, l'unité réalisée par le Christ.

La forme aide à comprendre. Une série d'attitudes énumérées, puis une litanie où l'idée d'unicité revient sept fois, enfin une liste de fonctions : autant de procédés d'insistance, venus probablement du langage liturgique ou catéchétique.

Qui écrit, et pour qui

La lettre se présente comme écrite par Paul, en captivité. Beaucoup de spécialistes catholiques la jugent rédigée après sa mort par un disciple prolongeant sa pensée : le style, le vocabulaire, une vision de l'Église plus développée que dans les lettres certainement pauliniennes. D'autres maintiennent l'attribution directe. La question reste ouverte et l'Église ne la tranche pas.

Dans les manuscrits les plus anciens, la mention « à Éphèse » manque. On a sans doute affaire à une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie mineure, majoritairement issues du paganisme, dans la seconde moitié du premier siècle.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 813 — Expose l'unité de l'Église en s'appuyant directement sur la litanie de ce passage.
  • Catéchisme, § 794 — Présente la croissance du corps du Christ jusqu'à sa plénitude, selon la formule de ce texte.
  • Ga 3, 27-28 — Autre formulation paulinienne de l'unité des baptisés par-delà les origines et les conditions.
  • Rm 12, 4-8 — Même articulation entre l'image du corps et la diversité des fonctions dans la communauté.

À retenir

Parce que Dieu, la foi et le baptême sont uns, l'unité de l'Église n'est pas un objectif à atteindre mais un don à garder, et les ministères existent pour la faire croître jusqu'à la mesure du Christ.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 18, 2-3 . 18, 4-5

2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’œuvre de ses mains.

3 Le jour crie au jour la louange, la nuit l’apprend à la nuit.

4 Ce n’est pas un langage, ce ne sont pas des paroles ; dont la voix ne soit pas entendue.

5 Leur son parcourt toute la terre, leurs accents vont jusqu’aux extrémités du monde. C’est là qu’il a dressé une tente pour le soleil.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Ce passage a déjà été lu
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Évangile

Matthieu 9, 9-13

« Suis-moi. L’homme se leva et le suivit »

9 Étant parti de là, Jésus vit un homme, nommé Matthieu, assis au bureau de péage, et il lui dit : « Suis-moi. » Celui-ci se leva, et le suivit.

10 Or il arriva que Jésus étant à table dans la maison [de Matthieu], un grand nombre de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples.

11 Ce que voyant, les Pharisiens dirent à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »

12 Jésus, entendant cela, leur dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.

13 Allez apprendre ce que signifie cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le passage se situe en Galilée, au début du ministère public de Jésus, dans une longue section où Matthieu regroupe des récits de guérisons (chapitres 8 et 9). Juste avant, Jésus a guéri un paralysé après avoir déclaré ses péchés pardonnés. Des spécialistes de la Loi avaient protesté.

L'appel de Matthieu suit immédiatement : celui qui vient d'affirmer son pouvoir de pardonner appelle à sa suite un homme que son métier rendait méprisable. Viendront ensuite une question sur le jeûne, puis la résurrection de la fille d'un notable.

On lit ce récit à la fête de saint Matthieu, le 21 septembre. Les lectures d'une fête sont choisies pour elle, et l'Église retient ici la page où l'évangéliste raconte son propre appel.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Le maître itinérant dont l'évangile raconte la vie ; il vient de s'installer à Capharnaüm, bourgade au bord du lac de Galilée, d'où il rayonne.

Il prend l'initiative de l'appel, sans examen préalable, puis justifie publiquement sa présence à table chez un homme mal famé.

Matthieu

Un collecteur d'impôts de Capharnaüm. Les évangiles de Marc et de Luc racontent la même scène en l'appelant Lévi ; la tradition l'identifie à l'apôtre Matthieu, dont le nom figure dans les listes des Douze et auquel on a attribué cet évangile.

Il quitte son poste sur une seule parole, sans réplique rapportée, et accueille Jésus à sa table.

les publicains

Des hommes chargés de percevoir taxes et droits de péage pour le compte du pouvoir romain ou du prince local. Le mot vient du latin publicanus.

Ils forment, avec ceux que le récit nomme « pécheurs », la compagnie de table de Jésus, et donc le motif du scandale.

les pharisiens

Un courant religieux juif, composé de laïcs et non de prêtres, très attaché à l'observance minutieuse de la Loi jusque dans la vie quotidienne : repas, pureté, dîmes. Ils reviennent souvent dans l'évangile comme interlocuteurs critiques de Jésus.

Ils n'attaquent pas Jésus en face mais interrogent ses disciples sur ses fréquentations de table ; leur question déclenche la réponse centrale du passage.

les disciples

Le cercle de ceux qui suivent Jésus, plus large que le groupe des Douze qui sera constitué plus loin dans l'évangile.

Ils partagent le repas contesté et servent d'intermédiaires involontaires entre les pharisiens et Jésus.

Mots à connaître
Collecteur d'impôts (publicain)

Il percevait taxes et droits de passage pour le compte de l'occupant romain ou du prince installé par Rome, en se payant au passage. Collaborateur, et réputé malhonnête : doublement méprisé, il était rangé parmi les gens infréquentables.

Capharnaüm

Bourgade de pêcheurs sur la rive nord du lac de Galilée, que l'évangile de Matthieu présente comme le point d'attache de Jésus. Elle se trouvait sur une route commerciale et disposait d'un poste de perception, ce qui explique la présence du bureau de Matthieu.

Manger à la même table

Dans la culture juive du temps, partager un repas signifiait bien plus qu'aujourd'hui : on reconnaissait les convives comme proches, on se rendait solidaire d'eux. Accepter la table d'un publicain, c'était une prise de position publique.

« Pécheurs »

Le mot ne désigne pas ici une conscience morale troublée, mais une catégorie sociale : ceux que leur métier ou leur mode de vie mettait en marge de l'observance religieuse. L'étiquette venait de l'extérieur, collée par ceux qui se jugeaient en règle.

Sacrifice

Le culte du Temple de Jérusalem reposait sur l'offrande d'animaux et de produits de la terre. Quand la citation du prophète oppose la miséricorde au sacrifice, elle ne supprime pas le culte : elle affirme une hiérarchie entre les deux.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 2, 13-17 même épisode, autre évangile

Marc raconte la même scène, mais il nomme l'homme Lévi, fils d'Alphée. Le cadre est presque identique, signe que Matthieu reprend une tradition commune. Le changement de nom compte parmi les indices qui ont conduit la tradition à rattacher cet évangile à l'apôtre Matthieu.

Lc 5, 27-32 même épisode, autre évangile

Luc appelle lui aussi l'homme Lévi et précise qu'il laisse tout derrière lui et organise un grand banquet chez lui. Il ajoute à la finale que Jésus appelle les pécheurs « à la conversion », explicitant ce que Matthieu laisse implicite.

Os 6, 6 Ancien Testament

La parole que Jésus invite ses adversaires à aller méditer vient du prophète Osée : Dieu préfère la fidélité aimante aux rites sacrificiels. Jésus ne rejette pas la Loi. Il en discute avec ses contradicteurs à partir de leurs propres Écritures.

Mt 12, 7

Cette même phrase d'Osée revient plus loin dans l'évangile de Matthieu, lors d'une dispute sur le sabbat. La répétition montre qu'elle fonctionne chez cet évangéliste comme une clé d'interprétation de la Loi.

Clés de lecture
Une vocation sans préparation

Rien n'est dit des dispositions intérieures de l'homme, ni d'une conversion préalable. L'appel précède tout. C'est le regard de Jésus qui fait l'événement, et le récit, très dépouillé, insiste sur l'initiative plutôt que sur la qualité de celui qui est appelé.

Le scandale de la table

Ce que les pharisiens contestent n'est pas une doctrine mais une pratique : avec qui Jésus accepte-t-il de manger. Leur question est cohérente avec leur souci de sainteté ; le désaccord porte sur le moyen d'atteindre Dieu, par la séparation d'avec le mal ou par la proximité avec ceux qui y sont pris.

Trois réponses emboîtées

Jésus répond sur trois registres : une image de bon sens (le médecin va vers les malades), une parole prophétique tirée d'Osée, enfin une déclaration sur le sens de sa propre venue. L'argument monte du bon sens à l'Écriture, puis à sa personne.

« Justes » et « pécheurs »

La dernière phrase ne signifie pas qu'il existerait des hommes n'ayant pas besoin de Dieu. Elle vise ceux qui s'estiment déjà en règle : se croire juste est précisément ce qui rend l'appel inaudible.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage justifie une pratique de Jésus qui choquait : il va vers ceux que la société religieuse tenait à distance, et il fonde cette liberté sur les prophètes eux-mêmes. La miséricorde n'adoucit pas la Loi, elle en est l'intention profonde.

La tradition catholique y lit un portrait du Christ comme médecin venu pour les blessés, et le fondement du pardon sacramentel : l'Église ne se comprend pas comme un rassemblement de purs, mais comme le lieu où des pécheurs appelés apprennent la miséricorde. Parce que l'appel de Matthieu tient en si peu de mots, ce récit est devenu dans l'histoire chrétienne un modèle de vocation. La grâce devance la qualité de celui qui répond. Et la réponse se joue dans un acte, non dans un sentiment.

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Quel genre de texte

Deux genres s'enchaînent. Le premier est un récit de vocation : très bref, sans psychologie, construit sur une parole et un geste, comme les appels des premiers disciples au bord du lac.

Vient la controverse. Une objection est posée, et Jésus répond par un proverbe (le médecin et les malades), une citation d'Écriture, une déclaration sur sa mission. Dans ce genre, tout converge vers la phrase finale, qui est le vrai enjeu du récit.

Qui écrit, et pour qui

La tradition ancienne attribue l'évangile à l'apôtre Matthieu, le personnage même de ce récit. Pour la plupart des spécialistes aujourd'hui, le texte, écrit en grec vers les années 80-90, est l'œuvre d'un rédacteur qui utilise des sources antérieures, dont l'évangile de Marc. La question reste discutée.

Il s'adresse à des chrétiens venus du judaïsme, peut-être en Syrie, qui doivent justifier leur foi face à des compatriotes juifs. L'argument tiré des prophètes pèse donc lourd dans ce passage.

Lectures et références
  • Mt 10, 3 — Matthieu figure dans la liste des douze apôtres, avec la mention de son ancien métier de publicain.
  • Lc 19, 1-10 — L'épisode de Zachée, chef des collecteurs d'impôts, illustre le même mouvement de Jésus vers ceux qu'on tient pour perdus.
  • Catéchisme, § 1443 — Sur les repas de Jésus avec les pécheurs comme signe du pardon de Dieu et de la réintégration dans le peuple.
  • Catéchisme, § 545 — Sur Jésus appelant les pécheurs et sur la miséricorde comme cœur de son ministère.

À retenir

Appelé sans condition préalable, un collecteur d'impôts devient disciple, et le repas qui suit sert à Jésus pour déclarer, Écriture à l'appui, que sa mission vise d'abord ceux qu'on juge indignes.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(hom. 31.) Après avoir opéré ce miracle, Jésus ne crut pas devoir demeurer dans ce même endroit, pour ne pas donner un nouvel aliment à la jalousie des pharisiens. Imitons nous-mêmes cet exemple, et n’opposons pas de résistance obstinée à ceux qui nous dressent des embûches. C’est pour cela que l’écrivain sacré ajoute : « Et Jésus partant de là (du lieu où il avait fait le miracle) vit un homme assis au bureau des impôts et qu’on appelait Matthieu. »

S. Jérôme

Les autres Évangélistes n’ont pas voulu, par honneur et par respect pour lui, l’appeler du nom connu de Matthieu ; ils l’ont appelé Lévi, car il portait ces deux noms. Mais quant à lui il met en pratique cette maxime de Salomon : « Le juste est son propre accusateur » (Pv 18, 17), et se fait connaître sous le nom de Matthieu comme publicain ; il apprend ainsi à ceux qui liront son Évangile, que nul ne doit désespérer de son salut, s’il veut rentrer dans les sentiers de la vertu, puisque lui-même a été changé en un instant de publicain en apôtre.

La glose

Il était assis au bureau des impôts, c’est-à-dire dans une de ces maisons où l’on percevait les impôts ; car le nom qui lui est donné (teloniarius) , receveur des impôts, vient du mot grec τελος, qui signifie impôt.

S. Chrys

(hom. 31 sur S. Matth.) Ce qui fait éclater encore davantage la puissance de celui qui l’appelle, c’est qu’il n’attend pas que Matthieu abandonne cette profession pleine de dangers, il l’arrache aux maux qui l’environnaient, comme Paul encore dans la fougue de ses égarements. (Ac 9.) Et il lui dit « Suivez-moi. » Vous avez vu la puissance de Dieu qui l’appelle, admirez aussi l’obéissance de celui qui est appelé. Il n’oppose aucune résistance ; il ne demande pas d’aller chez lui pour faire part de son dessein à sa famille.

25 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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