Première lecture Nouveau Testament
Éphésiens 4, 1-7 . 4, 11-13
« Les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres et aussi les évangélisateurs »
1 Je vous prie donc instamment, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, d’avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés,
2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant mutuellement avec charité,
3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
4 Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance.
5 Il n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême,
6 un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui [agit] par tous, qui [est] en tous.
7 Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.
11 C’est lui aussi qui a fait les uns apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs,
12 en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ,
13 jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ,
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La lettre aux Éphésiens tient en deux moitiés. Les trois premiers chapitres exposent ce que Dieu a accompli dans le Christ, en particulier la réconciliation des Juifs et des non-Juifs en un seul corps ; les trois derniers en tirent les conséquences pour la vie des croyants. Notre passage se situe exactement à la charnière. Première phrase de la partie exhortative, elle s'ouvre sur un rappel : l'auteur écrit en prisonnier.
Juste après, le chapitre décrira au contraire la conduite ancienne dont il faut se défaire, mensonge, colère, paroles blessantes. La liturgie, elle, enjambe les versets 8 à 10, où l'auteur cite et commente un verset du psaume 68 sur celui qui « monte » et « donne des dons ». Le saut fait passer directement de l'affirmation que chacun reçoit une grâce à l'énumération des ministères.
Le texte est ici lu pour une fête, dont les lectures se choisissent selon le saint ou le mystère célébré ; le titre du lectionnaire met en avant les envoyés et les annonciateurs de l'Évangile.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Apôtre, c'est-à-dire envoyé, d'abord persécuteur des premiers chrétiens puis missionnaire auprès des non-Juifs ; il a fondé ou visité de nombreuses communautés autour de la Méditerranée et leur écrivait des lettres.
Il se présente comme détenu à cause de sa fidélité au Christ et prend appui sur cette situation pour exhorter. Pas un ordre venu d'en haut : l'appel de quelqu'un qui paie lui-même le prix.
Mots à connaître
- En prison à cause du Seigneur
Les lettres dites « de la captivité » se présentent comme écrites depuis une détention liée à l'annonce de l'Évangile. Rome, Césarée ou Éphèse ont été proposées, sans certitude sur le lieu. C'est de cette situation que l'exhortation tire son autorité morale.
- Un seul baptême
Le baptême fait entrer dans la communauté chrétienne : une immersion ou une effusion d'eau qui signifie l'union de la personne à la mort et à la résurrection du Christ. Insister sur son unicité revient à dire que tous les croyants, quelle que soit leur origine, sont entrés par la même porte.
- Prophètes, évangélisateurs, pasteurs
Dans les premières communautés, ces mots désignent des fonctions, pas des grades. Le prophète transmet une parole reçue de Dieu pour l'assemblée présente, l'évangélisateur annonce le message là où il n'est pas connu, le pasteur, littéralement le berger, veille sur une communauté déjà établie. Ces appellations ne recouvrent pas exactement les ministères ordonnés d'aujourd'hui.
- Le corps du Christ
Image centrale de la lettre : la communauté des croyants forme un organisme vivant dont le Christ est la tête. Elle dit ensemble la diversité des membres, leur solidarité, et le fait que la croissance vient de celui qui l'anime.
Ailleurs dans l’Écriture
- 1 Co 12, 4-13
Dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul développe la même image, un corps, des membres différents, des dons variés donnés par un unique Esprit. La différence est nette. À Corinthe, il énumère surtout des capacités (guérir, parler en langues, enseigner), alors qu'ici l'énumération porte sur des personnes chargées d'une fonction dans la communauté. Le déplacement révèle une communauté plus structurée.
- Col 3, 12-15
La lettre aux Colossiens aligne presque les mêmes vertus : humilité, douceur, patience, support mutuel, et la paix comme lien. Leur vocabulaire est si proche que la question de leur relation littéraire est discutée. Le rapprochement montre un enseignement moral déjà stabilisé dans les premières communautés.
- Ps 68, 19 Ancien Testament
C'est le verset cité dans le passage que la lecture enjambe (Ep 4, 8) : un psaume célébrant la montée triomphale de Dieu, qui reçoit ou distribue des présents. L'auteur l'applique au Christ élevé auprès du Père, ce qui fonde l'idée de « dons » faits à l'Église. Sans ces versets sautés, l'énumération des ministères perd son point d'appui.
Clés de lecture
- De ce que Dieu a fait à ce qu'il faut vivre
Le passage ouvre la partie morale de la lettre. La conduite demandée n'a rien d'un effort pour mériter quoi que ce soit ; elle met en cohérence la vie avec un appel déjà reçu. Tout l'argument tient là : puisque l'unité est donnée, il s'agit de la garder.
- La litanie de l'unique
Sept affirmations s'enchaînent autour du mot « un » : corps, Esprit, espérance, Seigneur, foi, baptême, Dieu et Père. La progression monte du concret de la communauté jusqu'à Dieu lui-même. Le rythme suggère une formule de confession de foi ou de prière déjà en usage.
- Les ministères sont pour la croissance de tous
Les fonctions énumérées ne valent pas pour elles-mêmes ; elles sont des dons faits en vue d'un travail commun. Le but énoncé est la maturité de l'ensemble, mesurée non à une norme humaine mais à la plénitude du Christ. L'unité, point de départ du passage, en est aussi le point d'arrivée.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, l'auteur demande à des communautés faites de gens d'origines très diverses de tenir ensemble, et il fonde cette exigence sur l'unicité de Dieu et l'unique baptême reçu.
La tradition catholique y lit l'un des grands textes sur l'Église. Elle est une, non par accord humain, mais parce qu'elle est le corps d'un seul Christ ; la diversité des ministères n'y dessine aucune hiérarchie de prestige, seulement une répartition de services. Le passage a nourri la formulation de l'unité comme note constitutive de l'Église, et il sert aujourd'hui de référence courante dans le dialogue entre chrétiens séparés.
Avec la croissance jusqu'à la stature du Christ s'ouvre une perspective sur l'accomplissement final : l'Église chemine vers une plénitude qu'elle ne possède pas encore.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est une exhortation, ce qu'on appelle aussi une parénèse : un enseignement moral adressé à une communauté, et non un récit ou un raisonnement abstrait. Cela se lit comme une consigne de vie qui s'appuie sur une conviction déjà partagée, l'unité réalisée par le Christ.
La forme aide à comprendre. Une série d'attitudes énumérées, puis une litanie où l'idée d'unicité revient sept fois, enfin une liste de fonctions : autant de procédés d'insistance, venus probablement du langage liturgique ou catéchétique.
Qui écrit, et pour qui
La lettre se présente comme écrite par Paul, en captivité. Beaucoup de spécialistes catholiques la jugent rédigée après sa mort par un disciple prolongeant sa pensée : le style, le vocabulaire, une vision de l'Église plus développée que dans les lettres certainement pauliniennes. D'autres maintiennent l'attribution directe. La question reste ouverte et l'Église ne la tranche pas.
Dans les manuscrits les plus anciens, la mention « à Éphèse » manque. On a sans doute affaire à une lettre circulaire destinée à plusieurs communautés d'Asie mineure, majoritairement issues du paganisme, dans la seconde moitié du premier siècle.
Lectures et références
- Catéchisme, § 813 — Expose l'unité de l'Église en s'appuyant directement sur la litanie de ce passage.
- Catéchisme, § 794 — Présente la croissance du corps du Christ jusqu'à sa plénitude, selon la formule de ce texte.
- Ga 3, 27-28 — Autre formulation paulinienne de l'unité des baptisés par-delà les origines et les conditions.
- Rm 12, 4-8 — Même articulation entre l'image du corps et la diversité des fonctions dans la communauté.
À retenir
Parce que Dieu, la foi et le baptême sont uns, l'unité de l'Église n'est pas un objectif à atteindre mais un don à garder, et les ministères existent pour la faire croître jusqu'à la mesure du Christ.
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