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de la férie

25ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Proverbes 21, 1-6 . 21, 10-13

Maximes diverses pour une vie droite

1 Le cœur du roi est un cours d’eau dans la main de Yahweh, il l’incline partout où il veut.

2 Toutes les voies de l’homme sont droites à ses yeux ; mais celui qui pèse les cœurs, c’est Yahweh.

3 Pratiquer la justice et l’équité, est aux yeux de Yahweh préférable aux sacrifices.

4 Des regards hautains et un cœur superbe : flambeau des méchants, ce n’est que péché.

5 Les projets de l’homme diligent ne vont qu’à l’abondance ; mais quiconque précipite ses démarches n’arrive qu’à la disette.

6 Des trésors acquis par une langue mensongère : vanité fugitive d’hommes qui courent à la mort.

10 L’âme du méchant désire le mal ; son ami ne trouve pas grâce à ses yeux.

11 Quand on châtie le méchant, le simple devient sage, et quand on instruit le sage, il devient plus sage.

12 Le juste considère la maison du méchant ; Dieu précipite les méchants dans le malheur.

13 Celui qui ferme l’oreille au cri du pauvre criera lui-même sans qu’on lui réponde.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre des Proverbes rassemble des sentences brèves. Pas d'intrigue, pas de personnages qu'on suit. Le chapitre 21 fait partie de la grande collection placée sous le nom de Salomon (Pr 10-22), constituée de centaines de distiques indépendants : chaque verset se suffit à lui-même, et leur ordre relève moins d'un plan que d'associations de mots ou de thèmes.

Impossible, dans ces conditions, de parler de « ce qui précède » et de « ce qui suit » comme dans un récit. Autour de ces versets, il y a d'autres maximes du même style, sur la richesse, la parole, la justice. Le lectionnaire enjambe les versets 7 à 9, consacrés à la violence des méchants et, sur un ton presque comique, aux désagréments de la vie commune avec une femme querelleuse ; la sélection resserre donc la lecture sur le rapport entre Dieu, le pouvoir et le pauvre.

En semaine, la première lecture suit son propre parcours à travers les livres bibliques, sans se régler sur l'évangile du jour. Faut-il y chercher un lien voulu entre les deux ? Non.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le maître de sagesse

L'auteur anonyme de ces sentences, héritier d'une longue tradition de scribes et d'éducateurs. La tradition place l'ensemble sous le patronage du roi Salomon, figure du sage par excellence.

Il ne raconte rien et ne commande rien : il énonce des observations sur la vie, en s'appuyant sur l'expérience et sur la conviction que Dieu voit le fond des cœurs.

Le Seigneur

Le Dieu d'Israël, désigné dans l'hébreu par son nom propre. Dans les Proverbes, il n'intervient pas par des miracles mais comme celui qui fonde l'ordre du monde et en garantit la justice.

Il est le point fixe du passage. Il oriente jusqu'à la volonté du roi, il évalue les intentions que l'homme s'accorde trop facilement, il entend le cri des faibles.

Le roi

Le souverain d'Israël ou de Juda, sommet du pouvoir humain, dont les Proverbes parlent souvent parce que la sagesse s'enseignait notamment dans l'entourage de la cour.

Il figure ici l'autorité la plus haute qu'on puisse imaginer, précisément pour dire qu'elle reste elle-même sous une autorité supérieure.

Le méchant et l'insolent

Deux types humains du vocabulaire des Proverbes : celui qui choisit délibérément le mal, et le railleur, qui tourne en dérision tout enseignement et se croit au-dessus de la correction.

Ils servent de contre-modèles : leur réussite apparente, leur mépris et leur capacité à entraîner les autres sont montrés comme des impasses.

Les faibles

Les pauvres, les petits, ceux qui n'ont ni fortune ni appui et dont la seule ressource est de crier. L'Ancien Testament les place constamment sous la protection directe de Dieu.

Ils apparaissent au dernier verset retenu, comme la pierre de touche : la manière dont on entend leur appel décide de la manière dont on sera soi-même entendu.

Mots à connaître
Le canal d'irrigation

Dans les pays de la Bible, l'agriculture dépend de rigoles creusées par l'homme, qui détournent l'eau d'un simple geste vers tel ou tel carré de terre. L'image suppose une maîtrise totale et sans effort. C'est ce qui est dit du pouvoir de Dieu sur la volonté du souverain.

Peser les cœurs

Dans la Bible, le cœur ne désigne pas le siège des sentiments, mais celui de la pensée, du jugement et des décisions secrètes. La pesée, elle, évoque la balance du marchand, et rappelle aussi ces représentations égyptiennes du jugement où l'on pesait le cœur du défunt.

Le sacrifice

Le culte d'Israël consistait surtout à offrir au Temple de Jérusalem des animaux ou des produits de la terre. Dire que la justice plaît à Dieu davantage que le sacrifice n'abolit pas ce culte : cela refuse qu'il tienne lieu de conduite droite.

L'insolent, ou moqueur

Les Proverbes distinguent plusieurs types : le sage, le naïf encore éducable, le sot, et le railleur, qui se moque de tout enseignement. Le passage observe que ce dernier est incorrigible, mais que sa punition sert au moins de leçon aux autres.

Ailleurs dans l’Écriture
Pr 16, 2

Ce verset, dans le même livre, dit presque mot pour mot ce qu'on lit ici de l'homme satisfait de sa propre conduite face à Dieu qui sonde l'intérieur. Les doublets sont fréquents dans les Proverbes, le recueil ayant rassemblé des variantes d'une même sentence. Le rapprochement montre qu'il s'agit d'une idée maîtresse du livre, non d'une remarque isolée.

1 S 15, 22 Ancien Testament

Le prophète Samuel déclare au roi Saül que l'obéissance vaut mieux que les sacrifices offerts. La sentence des Proverbes sur la justice préférée au sacrifice s'inscrit dans ce courant, largement représenté chez les prophètes. On ne supprime pas le culte ; on refuse qu'il serve de couverture à une conduite injuste.

Os 6, 6 Ancien Testament

Le prophète Osée fait dire à Dieu qu'il veut la miséricorde et non les sacrifices. Jésus reprendra cette parole dans l'évangile selon saint Matthieu (Mt 9, 13 et 12, 7) pour justifier sa fréquentation des pécheurs. Le lecteur mesure là la continuité entre la sagesse d'Israël et la prédication de Jésus.

Ex 22, 20-23 Ancien Testament

La loi de l'Exode avertit : si l'on opprime l'immigré, la veuve ou l'orphelin et qu'ils crient vers Dieu, il écoutera leur cri. La dernière sentence de la lecture applique le principe en le retournant contre celui qui reste sourd, et le reformule en maxime. La Loi le disait déjà.

Clés de lecture
Dieu voit ce que l'homme ne voit pas de lui-même

Deux sentences se répondent au début : l'homme trouve toujours sa propre conduite droite, tandis qu'un autre regard évalue ce qu'il ne perçoit pas. La sagesse commence là, dans la défiance envers sa propre bonne conscience.

Du roi au pauvre

Le passage retenu par la liturgie s'ouvre sur l'homme le plus puissant et se clôt sur ceux qui n'ont que leur cri. L'auteur du recueil n'a probablement pas voulu ce trajet, mais le découpage le fait apparaître : le même Dieu tient la volonté du roi et entend l'appel du faible.

La réciprocité de la dernière sentence

Le verset final ne menace d'aucune punition extérieure. Il décrit un retour à l'identique, l'oreille fermée aujourd'hui devenant silence demain. Cette correspondance entre l'acte et son effet est caractéristique de la sagesse biblique.

Le saut des versets 7 à 9

Le lectionnaire laisse de côté trois sentences situées au milieu du passage, sur la violence des méchants et sur les difficultés de la vie conjugale. Ces recueils juxtaposent des sujets très divers, du plus grave au plus quotidien, sans logique d'ensemble.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ces maximes disent la conviction centrale de la sagesse d'Israël : la crainte de Dieu, c'est-à-dire le respect de son autorité sur toute vie, rend l'existence ordinaire intelligible et droite. Rien de spectaculaire n'y est révélé. Tout passe par l'observation patiente des comportements.

La tradition chrétienne y reconnaît une préparation à l'Évangile. La préférence donnée à la justice sur le sacrifice annonce la parole prophétique que Jésus reprendra à son compte, et l'attention au cri du pauvre rejoint sa manière de décrire le jugement dernier. L'Église lit encore la sagesse de ces livres comme une figure du Christ, que le Nouveau Testament présente comme la sagesse de Dieu en personne. Cette lecture spirituelle ne dissout pas le sens premier : elle suppose au contraire que ces sentences gardent toute leur valeur pour conduire concrètement sa vie.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce sont des sentences de sagesse, bâties presque toutes sur deux lignes qui se répondent : la seconde renverse la première par un « mais », ou la prolonge par une comparaison. Ce parallélisme est le ressort de la poésie hébraïque. De là vient l'effet de frappe.

On ne lit pas ces versets comme un exposé suivi ; on les prend un par un, en laissant à chacun le temps de faire son effet. Règles générales tirées de l'expérience, elles ne sont pas des lois sans exception : d'autres livres bibliques, Job par exemple, contesteront précisément l'idée que le juste prospère toujours.

Qui écrit, et pour qui

Les Proverbes n'ont pas d'auteur unique. C'est une anthologie, faite de plusieurs collections rassemblées au fil des siècles, dont la mise en forme finale se situe probablement après le retour d'exil, vers les Ve-IVe siècles avant Jésus-Christ.

Attribuer le livre à Salomon, roi réputé pour sa sagesse, relève du patronage honorifique courant dans l'Antiquité, pas de la signature ; les spécialistes discutent la part de matériaux réellement anciens, dont certains ont des parallèles dans la sagesse égyptienne.

Les premiers destinataires sont de jeunes hommes en formation, appelés à exercer des responsabilités. La portée s'est vite élargie à tout croyant qui cherche à conduire sa vie avec droiture.

Lectures et références
  • Pr 1, 7 — Le verset programme du livre, qui présente la crainte du Seigneur comme le commencement de la connaissance.
  • Mt 25, 31-46 — Le jugement décrit par Jésus fait dépendre le sort de chacun de l'attention réellement portée aux plus petits.
  • 1 Co 1, 24 — Paul désigne le Christ comme la sagesse de Dieu, ce qui fonde la lecture chrétienne des livres de sagesse.
  • Catéchisme, § 2443 — L'Église rappelle que l'amour des pauvres et l'écoute de leur appel font partie intégrante de la vie chrétienne.

À retenir

Une série de sentences indépendantes, tenues ensemble par une même conviction : Dieu juge l'intérieur que l'homme se cache à lui-même, et la justice envers le faible compte plus que le culte rendu.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 118, 1 . 118, 27 . 118, 30 . 118, 34 . 118, 35 . 118, 44

1 Heureux ceux qui sont irréprochables dans leur voie, qui marchent selon la loi de Yahweh !

27 Fais-moi comprendre la voie de tes ordonnances, et je méditerai sur tes merveilles.

30 J’ai choisi la voie de la fidélité, je place tes préceptes sous mes yeux.

34 Donne-moi l’intelligence pour que je garde ta loi, et que je l’observe de tout mon cœur.

35 Conduis-moi dans le sentier de tes commandements, car j’y trouve le bonheur.

44 Je veux garder ta loi constamment, toujours et à perpétuité.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 8, 19-21

« Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique »

19 La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne purent pénétrer jusqu’à lui à cause de la foule.

20 On vint lui dire : « Ta mère et tes frères sont là dehors, et ils désirent te voir. »

21 Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes en Galilée, au début de la vie publique de Jésus. Luc regroupe ici son enseignement sur l'écoute de la parole. Juste avant, Jésus avait raconté la parabole du semeur, puis l'avait expliquée à ses disciples ; il compare ensuite la parole reçue à une lampe qu'on ne cache pas et met en garde, avec insistance, sur la manière d'écouter (8, 4-18).

La scène de la famille referme cette séquence et donne un visage concret à la bonne terre. Puis le récit bascule : Jésus monte en barque et apaise la tempête (8, 22-25).

Le découpage liturgique est bref. Il isole pourtant une unité complète, une visite empêchée, un message transmis, et une réponse de Jésus qui déplace la question.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée, au centre du récit de Luc, entouré de disciples et suivi par des foules nombreuses.

Il reçoit le message de l'arrivée de sa famille et répond en redéfinissant ce qui fait la parenté avec lui : non le sang, mais l'écoute de la parole de Dieu suivie d'effet.

la mère de Jésus

Marie, présentée par Luc dès les premiers chapitres comme celle qui accueille l'annonce de l'ange, médite les événements et garde en elle ce qu'elle ne comprend pas encore.

Elle cherche à rejoindre son fils, la foule l'en empêche. Luc ne la critique pas : dans la logique de son évangile, elle est la figure même de l'écoute dont Jésus parle.

les frères de Jésus

Groupe de proches parents mentionné à plusieurs reprises dans les évangiles. Le mot grec employé, adelphoi, recouvre une parenté plus large que le seul lien de fratrie au sens moderne.

Ils accompagnent Marie. Le texte ne dit pas ce qu'ils veulent ; leur présence sert de point de départ à la parole de Jésus.

la foule

Les auditeurs rassemblés autour de Jésus, plus larges que le cercle des disciples : curieux, malades, gens venus écouter.

Elle fait obstacle matériel à la rencontre, et cet obstacle déclenche la scène. Elle est aussi, indirectement, l'assemblée à qui la réponse de Jésus ouvre une place.

Mots à connaître
les frères de Jésus

Le grec des évangiles, comme l'hébreu et l'araméen, appelle « frère » des parents proches au sens large, cousins, neveux, membres d'un même clan familial. La tradition catholique y voit des parents de Jésus, non des enfants de Marie, en cohérence avec sa foi en la virginité de Marie.

la parole de Dieu

Chez Luc, l'expression désigne concrètement l'enseignement que Jésus vient de donner à la foule. Elle rattache la scène à la parabole du semeur, où la semence représente cette parole même.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 3, 31-35 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, à une autre place dans son récit et sur un ton plus rude : il le rattache à une démarche des proches de Jésus inquiets pour lui (Mc 3, 21) et à la controverse avec les scribes. Chez lui, Jésus parcourt du regard ceux qui l'entourent et les désigne comme sa famille. Luc supprime la tension et le geste pour ne garder que la parole ; le contraste ne joue plus entre la famille et les disciples, mais entre deux façons d'être proche de Jésus.

Mt 12, 46-50 même épisode, autre évangile

Matthieu place lui aussi la scène avant les paraboles, et fait tendre à Jésus la main vers ses disciples qu'il nomme sa famille. Sa conclusion parle de celui qui fait la volonté du Père qui est aux cieux. Luc parle d'écouter la parole de Dieu et de la mettre en pratique, reprenant exactement le vocabulaire de la parabole du semeur qu'il vient de rapporter.

Lc 11, 27-28

Plus loin dans le même évangile, une femme de la foule proclame heureuse la mère de Jésus ; il répond en déclarant heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent. Même mouvement qu'ici. Jésus ne nie pas l'éloge, il en déplace le fondement vers l'écoute.

Lc 1, 38

À l'annonce de l'ange, Marie se dit servante du Seigneur et accueille la parole qui lui est adressée. Lue avec ce début d'évangile, la déclaration de Jésus ne met pas sa mère à distance. Elle la décrit.

Clés de lecture
Une conclusion, pas une parenthèse

En plaçant l'épisode après les paraboles de l'écoute, Luc en fait l'illustration vivante de ce qui précède. Ceux qui écoutent et mettent en pratique sont la bonne terre du semeur. La scène répond à une question : à quoi les reconnaît-on ?

Un déplacement, non un refus

Jésus ne dit pas qu'il renonce à voir sa mère et ses proches, et le texte ne raconte aucun renvoi. Il change la définition de la parenté. Appartenir à sa famille devient possible pour quiconque, à une condition qui n'est pas biologique.

Écouter et faire, en un seul geste

La formule tient en deux verbes liés : entendre, puis accomplir. L'un sans l'autre ne suffit pas, ce qui rejoint l'avertissement donné juste avant sur la manière dont on écoute.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus fixe un critère pour appartenir à son entourage le plus proche, l'accueil effectif de la parole de Dieu. Sa liberté de ton étonne. Mais personne n'est humilié dans le récit de Luc, qui a montré dès les premiers chapitres que Marie accueille, garde et médite ce qui lui est dit.

La tradition catholique lit là le fondement de l'Église : une famille que rassemble la foi vécue et non la naissance, où le baptisé devient réellement frère du Christ. Elle y voit aussi un éloge indirect de Marie, première à avoir rempli cette condition, et qui l'est doublement, par la chair et par la foi. Cette parole éclaire enfin ce que la tradition appelle l'écoute croyante : une parole reçue qui ne transforme pas la vie n'a pas été vraiment reçue.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Tout le récit est construit pour aboutir à une parole de Jésus : deux phrases esquissent la scène, et la déclaration finale porte le poids. Les évangiles multiplient ce type de texte, où l'anecdote encadre la sentence. C'est la sentence qu'il faut retenir.

Y chercher une information sur la vie familiale de Jésus, c'est passer à côté : le récit ne dit pas ce que sa famille voulait, ni ce qui s'est passé ensuite.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue l'évangile selon saint Luc à un compagnon de l'apôtre Paul, médecin, qui n'a pas connu Jésus mais déclare avoir enquêté sur les événements auprès de témoins. Son récit tient en deux volumes, cet évangile et les Actes des Apôtres, écrits probablement vers les années 80 pour des communautés chrétiennes de culture grecque.

Son public n'est pas juif d'origine. Luc explique les usages de Palestine, soigne sa langue, insiste sur l'universalité du salut. Les spécialistes discutent encore de la date et du lieu de rédaction.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 500 — Le Catéchisme y explique pourquoi les « frères de Jésus » sont compris comme des parents proches.
  • Catéchisme, § 2233 — Le texte relie l'appartenance à la famille de Dieu au fait de devenir disciple du Christ.
  • Lc 2, 19 — Luc montre Marie gardant en elle et méditant les événements, ce qui correspond exactement au critère énoncé ici.
  • Lc 8, 15 — Dans l'explication de la parabole du semeur, la bonne terre est définie par les mêmes termes que la famille de Jésus.

À retenir

Luc place cette scène juste après les paraboles sur l'écoute. Elle ne parle pas de la famille de Jésus : elle élargit la parenté avec lui à quiconque reçoit la parole de Dieu et la met en œuvre.

Aller plus loin

Trois versets, une visite qui n'aboutit pas, et une phrase qui redessine ce qu'est une famille. L'analyse a montré que Luc place la scène au terme de sa séquence sur l'écoute ; reste à voir ce qu'il a retranché à la version de Marc pour y parvenir, et pourquoi cette petite phrase, dans le monde où elle a été prononcée, était bien plus qu'une image aimable. Reste aussi à regarder de près la question des « frères » de Jésus, que l'analyse signale sans pouvoir en donner les pièces. Et à suivre Luc jusqu'à son second volume, où l'on retrouve, à l'intérieur du groupe des croyants, ceux que la foule avait tenus dehors.

Ce que Luc a retiré au récit de Marc, et pourquoi

Marc raconte le même épisode, mais dans un cadre nettement tendu. Chez lui, un peu plus haut, des proches de Jésus se mettent en route pour se saisir de lui, persuadés qu'il a perdu la raison (Mc 3, 21) ; suit la dispute avec les scribes qui l'accusent d'agir par le prince des démons ; et c'est seulement alors qu'arrivent la mère et les frères, restés dehors pendant que Jésus est dans une maison, entouré de gens assis autour de lui. La scène y fonctionne comme un affrontement entre deux cercles : celui du sang, à l'extérieur, et celui des auditeurs, à l'intérieur.

Luc démonte ce dispositif pièce par pièce. Il ne reprend pas la remarque sur la santé mentale de Jésus, il n'y a chez lui ni maison ni intérieur, et surtout il supprime la question rhétorique par laquelle, chez Marc et chez Matthieu, Jésus demande qui sont sa mère et ses frères. Il ne reste qu'une affirmation, sans la négation qui la précédait.

Le détail décisif est l'obstacle. Ce n'est plus une hostilité, ni une incompréhension : c'est la presse des gens venus écouter. La foule qui empêche la rencontre est précisément celle à qui la parole de Jésus va ouvrir une place. Le récit ne dresse donc plus un groupe contre un autre ; il élargit un cercle.

« Frères » : ce que les textes permettent de dire, et où commence le débat

L'analyse indique que le grec adelphos couvre une parenté plus large que la fratrie moderne. L'usage se vérifie dans la Bible grecque : Abraham et Loth, qui sont oncle et neveu, s'appellent frères (Gn 13, 8). L'hébreu et l'araméen n'ayant pas de mot courant pour « cousin », le grec des traducteurs juifs a hérité de cette souplesse.

Deux autres éléments sont souvent avancés. Marc donne quatre noms de « frères » de Jésus, dont Jacques et Josès (Mc 6, 3) ; or, au pied de la croix, il mentionne une certaine Marie qu'il désigne comme mère de Jacques et de Josès (Mc 15, 40), distincte de la mère de Jésus. La convergence des noms suggère une autre parenté que la fratrie directe.

Il faut être honnête sur la portée de ces arguments : ils rendent la lecture possible et cohérente, ils ne la démontrent pas au sens strict, et la question sépare encore catholiques et protestants. La foi catholique en la virginité perpétuelle de Marie ne repose d'ailleurs pas sur ces indices philologiques, mais sur une conviction reçue très tôt dans l'Église, que le Catéchisme expose au sujet de ces « frères et sœurs » (CEC 500). Pour la scène d'aujourd'hui, la question reste latérale : la phrase de Jésus ne porte sur aucun d'eux en particulier.

Dans un monde où la naissance décidait de tout

Pour mesurer la hardiesse du propos, il faut se rappeler ce qu'était l'appartenance familiale dans la Galilée du premier siècle. On n'y était pas d'abord un individu mais le fils d'un tel, d'un clan, d'un village ; le lignage fixait le métier, le statut religieux, les alliances possibles, l'honneur et la honte partagés. Changer de famille était à peu près aussi inconcevable que changer de corps.

Déclarer que la parenté avec soi se décide par l'écoute de la parole de Dieu revient donc à toucher au socle de l'organisation sociale. Cela ne supprime pas les liens du sang, mais cela crée une seconde appartenance, ouverte à qui n'a ni généalogie ni titre — et donc, dans la logique de Luc, aux étrangers, aux femmes, aux gens sans nom qui peuplent son évangile.

Les premières communautés en ont tiré les conséquences de manière très concrète : les chrétiens se sont appelés entre eux frères et sœurs, s'entraidant comme on le faisait dans une parenté réelle. Ce vocabulaire, banalisé depuis, n'était pas une métaphore polie : il désignait une solidarité effective, qui se voyait aux repas partagés et aux biens mis en commun.

Luc répond dans son second volume

Une inquiétude subsiste : Luc laisse la mère et les frères hors du récit, sans dire s'ils ont fini par entrer. Mais Luc écrit deux livres, et la suite se lit dans les Actes des Apôtres. Après l'Ascension, quand il énumère le petit groupe qui prie à Jérusalem, il nomme les Onze, quelques femmes, Marie, la mère de Jésus, et les frères de Jésus (Ac 1, 14).

Ceux que la foule avait tenus à distance se retrouvent donc à l'intérieur du premier noyau de l'Église. Le critère énoncé en Galilée n'a pas joué contre eux : il s'est vérifié en eux. Chez Luc, la scène n'exclut personne, elle annonce une condition que la suite du récit montre remplie.

Le même déplacement était déjà à l'œuvre dès le premier chapitre : Élisabeth ne félicite pas Marie d'attendre un enfant, elle la proclame heureuse d'avoir cru à ce qui lui avait été dit (Lc 1, 45). Avant même la naissance de Jésus, Luc a donc posé que la grandeur de sa mère tient à sa foi. La déclaration de Galilée ne fait que reprendre, publiquement, ce que l'évangile disait tout bas depuis le début.

Deux verbes venus tout droit du semeur

L'analyse signale que Luc reprend le vocabulaire de la parabole du semeur. On peut le vérifier mot à mot. Dans l'explication de la parabole, la bonne terre désigne ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur bon, la retiennent et portent du fruit par la persévérance (Lc 8, 15). Écouter, garder, produire : la définition de la parenté donnée quelques versets plus loin emploie le même couple d'idées, entendre et faire.

Matthieu, lui, conclut son récit sur celui qui fait la volonté du Père (Mt 12, 50) — formule proche, mais qui ne renvoie à aucune parabole voisine, puisqu'il place l'épisode avant l'enseignement en paraboles. Le décalage entre les deux évangélistes n'est pas un désaccord : c'est le signe que chacun soude la scène à ce qui l'entoure dans son propre livre.

D'où une conséquence de lecture. Luc ne pose pas ici une exigence morale isolée, du genre « il ne suffit pas de croire, il faut agir ». Il donne le visage d'une catégorie qu'il vient de décrire : la bonne terre n'est pas une abstraction agricole, ce sont des personnes, et l'on peut en faire partie.

Les questions que ça pose

Jésus ne se montre-t-il pas dur avec sa mère en répondant de cette manière ?

L'objection est sérieuse, et elle l'est davantage encore chez Marc, où la phrase est précédée d'une question qui semble désavouer les liens de sang. Chez Luc, la formulation est purement affirmative : rien n'est refusé, aucun renvoi n'est raconté, et le texte ne dit même pas que la rencontre n'a pas eu lieu ensuite. Il reste vrai que la parole relativise la parenté charnelle, et c'est délibéré : elle vaut pour tous ceux qui, n'étant pas de la famille de Jésus, pourraient se croire tenus à l'écart. Luc, qui a montré Marie accueillant l'annonce de l'ange et la reprend au nombre des croyants dans les Actes (Ac 1, 14), n'a manifestement pas compris cette phrase comme une mise à distance.

Faut-il en conclure que Jésus avait des frères et sœurs au sens ordinaire ?

C'est la lecture spontanée du texte français, et elle est celle de la plupart des Églises issues de la Réforme. Elle se heurte à l'usage sémitique du mot « frère », attesté dans la Bible pour des parents plus éloignés, et à la coïncidence des noms entre les « frères » de Mc 6, 3 et les fils d'une autre Marie en Mc 15, 40. Aucun de ces éléments n'est décisif à lui seul : le débat porte moins sur la grammaire que sur le poids qu'on accorde à la tradition ancienne de l'Église, qui affirme très tôt la virginité perpétuelle de Marie. La position catholique est exposée au CEC 500, et il est plus juste de présenter la question comme controversée entre confessions que comme réglée par le seul texte.

Si l'appartenance à Jésus ne dépend pas de la famille, faut-il comprendre que les liens familiaux ne comptent plus ?

Non, et Jésus le dit ailleurs avec vigueur : il reproche à certains de contourner le commandement d'honorer père et mère par des subterfuges religieux (Mc 7, 10-13). La difficulté vient plutôt d'autres passages de Luc, où il exige du disciple qu'il « haïsse » ses proches (Lc 14, 26) — tournure sémitique qui exprime une préférence radicale, non un sentiment, comme on dit qu'on aime l'un et qu'on délaisse l'autre. Ce que ces textes établissent, c'est une hiérarchie : la relation à Dieu n'est subordonnée à aucune autre. Le passage d'aujourd'hui en donne la version positive, puisqu'il n'oppose pas les deux appartenances mais ajoute la seconde à la première.

Pour finir

En retirant à la scène tout ce qui, chez Marc, en faisait un conflit, Luc l'a transformée en définition. Ce qui rattache quelqu'un à Jésus n'est plus une origine qu'on subit mais une écoute suivie d'effet, c'est-à-dire quelque chose que chacun peut entreprendre. Et si l'on veut savoir à quoi ressemble une personne qui remplit cette condition, Luc a déjà montré le visage : celui d'une femme de Nazareth à qui un ange avait parlé.

Pour aller chercher plus loin

  • Lc 8, 15 — L'explication de la bonne terre, dont la déclaration de Jésus reprend le vocabulaire quelques versets plus loin.
  • Ac 1, 14 — Dans le second volume de Luc, la mère et les frères de Jésus figurent parmi les premiers croyants réunis à Jérusalem.
  • Lc 1, 45 — Élisabeth proclame Marie heureuse pour sa foi, déplacement identique à celui qu'opère Jésus ici.
  • Mc 6, 3 — Liste des « frères » de Jésus, pièce centrale du débat sur leur identité.
  • Gn 13, 8 — Abraham et Loth, oncle et neveu, sont dits frères : exemple de l'usage large du mot dans la Bible.
  • Catéchisme, § 500 — Exposé de la lecture catholique concernant les « frères et sœurs » de Jésus.
Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Tite de Bostra

Notre-Seigneur avait quitté ses parents selon la chair pour se livrer à la prédication de la doctrine de son père ; et comme ils désiraient le voir, ils vinrent le trouver : « Cependant, sa mère et ses frères vinrent vers lui, » etc. Lorsque vous entendez parler des frères du Seigneur, que ce nom vous rappelle sa miséricorde et vous fasse comprendre l’étendue de sa grâce. En effet, personne ne peut être frère du Sauveur en tant qu’il est Dieu, puisqu’il est le Fils unique du Père, mais par un effet de son amour, il a daigné s’unir notre chair, notre sang, et il est devenu notre frère, lui qui était Dieu par nature (cf. He 2, 11. 13).

Bède

Ces frères du Seigneur, selon la chair, ne sont ni les fils de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, comme le veut Helvidius, ni les fils de Joseph et d’une autre épouse, comme d’autres le prétendent, mais tout simplement ses cousins.

Tite de Bostra

Les frères de Jésus espéraient qu’en apprenant leur arrivée, par respect pour le nom de sa mère et pour l’amour qu’elle lui témoignait, il s’empresserait de laisser la multitude qui l’écoutait : « On vint donc lui dire : Votre mère et vos frères sont là dehors, » etc.

S. Chrys

(hom. 45 sur S. Matth.) Considérez quelle indiscrétion c’était que d’enlever le Sauveur à tout ce peuple qui l’entourait et qui, suspendu à ses lèvres, écoutait ses divins enseignements. Aussi, Notre-Seigneur leur en fait-il un reproche : « Il leur répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, » etc.

6 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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