Première lecture Ancien Testament
Proverbes 21, 1-6 . 21, 10-13
Maximes diverses pour une vie droite
1 Le cœur du roi est un cours d’eau dans la main de Yahweh, il l’incline partout où il veut.
2 Toutes les voies de l’homme sont droites à ses yeux ; mais celui qui pèse les cœurs, c’est Yahweh.
3 Pratiquer la justice et l’équité, est aux yeux de Yahweh préférable aux sacrifices.
4 Des regards hautains et un cœur superbe : flambeau des méchants, ce n’est que péché.
5 Les projets de l’homme diligent ne vont qu’à l’abondance ; mais quiconque précipite ses démarches n’arrive qu’à la disette.
6 Des trésors acquis par une langue mensongère : vanité fugitive d’hommes qui courent à la mort.
10 L’âme du méchant désire le mal ; son ami ne trouve pas grâce à ses yeux.
11 Quand on châtie le méchant, le simple devient sage, et quand on instruit le sage, il devient plus sage.
12 Le juste considère la maison du méchant ; Dieu précipite les méchants dans le malheur.
13 Celui qui ferme l’oreille au cri du pauvre criera lui-même sans qu’on lui réponde.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Le livre des Proverbes rassemble des sentences brèves. Pas d'intrigue, pas de personnages qu'on suit. Le chapitre 21 fait partie de la grande collection placée sous le nom de Salomon (Pr 10-22), constituée de centaines de distiques indépendants : chaque verset se suffit à lui-même, et leur ordre relève moins d'un plan que d'associations de mots ou de thèmes.
Impossible, dans ces conditions, de parler de « ce qui précède » et de « ce qui suit » comme dans un récit. Autour de ces versets, il y a d'autres maximes du même style, sur la richesse, la parole, la justice. Le lectionnaire enjambe les versets 7 à 9, consacrés à la violence des méchants et, sur un ton presque comique, aux désagréments de la vie commune avec une femme querelleuse ; la sélection resserre donc la lecture sur le rapport entre Dieu, le pouvoir et le pauvre.
En semaine, la première lecture suit son propre parcours à travers les livres bibliques, sans se régler sur l'évangile du jour. Faut-il y chercher un lien voulu entre les deux ? Non.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Le maître de sagesse
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L'auteur anonyme de ces sentences, héritier d'une longue tradition de scribes et d'éducateurs. La tradition place l'ensemble sous le patronage du roi Salomon, figure du sage par excellence.
Il ne raconte rien et ne commande rien : il énonce des observations sur la vie, en s'appuyant sur l'expérience et sur la conviction que Dieu voit le fond des cœurs.
- Le Seigneur
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Le Dieu d'Israël, désigné dans l'hébreu par son nom propre. Dans les Proverbes, il n'intervient pas par des miracles mais comme celui qui fonde l'ordre du monde et en garantit la justice.
Il est le point fixe du passage. Il oriente jusqu'à la volonté du roi, il évalue les intentions que l'homme s'accorde trop facilement, il entend le cri des faibles.
- Le roi
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Le souverain d'Israël ou de Juda, sommet du pouvoir humain, dont les Proverbes parlent souvent parce que la sagesse s'enseignait notamment dans l'entourage de la cour.
Il figure ici l'autorité la plus haute qu'on puisse imaginer, précisément pour dire qu'elle reste elle-même sous une autorité supérieure.
- Le méchant et l'insolent
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Deux types humains du vocabulaire des Proverbes : celui qui choisit délibérément le mal, et le railleur, qui tourne en dérision tout enseignement et se croit au-dessus de la correction.
Ils servent de contre-modèles : leur réussite apparente, leur mépris et leur capacité à entraîner les autres sont montrés comme des impasses.
- Les faibles
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Les pauvres, les petits, ceux qui n'ont ni fortune ni appui et dont la seule ressource est de crier. L'Ancien Testament les place constamment sous la protection directe de Dieu.
Ils apparaissent au dernier verset retenu, comme la pierre de touche : la manière dont on entend leur appel décide de la manière dont on sera soi-même entendu.
Mots à connaître
- Le canal d'irrigation
Dans les pays de la Bible, l'agriculture dépend de rigoles creusées par l'homme, qui détournent l'eau d'un simple geste vers tel ou tel carré de terre. L'image suppose une maîtrise totale et sans effort. C'est ce qui est dit du pouvoir de Dieu sur la volonté du souverain.
- Peser les cœurs
Dans la Bible, le cœur ne désigne pas le siège des sentiments, mais celui de la pensée, du jugement et des décisions secrètes. La pesée, elle, évoque la balance du marchand, et rappelle aussi ces représentations égyptiennes du jugement où l'on pesait le cœur du défunt.
- Le sacrifice
Le culte d'Israël consistait surtout à offrir au Temple de Jérusalem des animaux ou des produits de la terre. Dire que la justice plaît à Dieu davantage que le sacrifice n'abolit pas ce culte : cela refuse qu'il tienne lieu de conduite droite.
- L'insolent, ou moqueur
Les Proverbes distinguent plusieurs types : le sage, le naïf encore éducable, le sot, et le railleur, qui se moque de tout enseignement. Le passage observe que ce dernier est incorrigible, mais que sa punition sert au moins de leçon aux autres.
Ailleurs dans l’Écriture
- Pr 16, 2
Ce verset, dans le même livre, dit presque mot pour mot ce qu'on lit ici de l'homme satisfait de sa propre conduite face à Dieu qui sonde l'intérieur. Les doublets sont fréquents dans les Proverbes, le recueil ayant rassemblé des variantes d'une même sentence. Le rapprochement montre qu'il s'agit d'une idée maîtresse du livre, non d'une remarque isolée.
- 1 S 15, 22 Ancien Testament
Le prophète Samuel déclare au roi Saül que l'obéissance vaut mieux que les sacrifices offerts. La sentence des Proverbes sur la justice préférée au sacrifice s'inscrit dans ce courant, largement représenté chez les prophètes. On ne supprime pas le culte ; on refuse qu'il serve de couverture à une conduite injuste.
- Os 6, 6 Ancien Testament
Le prophète Osée fait dire à Dieu qu'il veut la miséricorde et non les sacrifices. Jésus reprendra cette parole dans l'évangile selon saint Matthieu (Mt 9, 13 et 12, 7) pour justifier sa fréquentation des pécheurs. Le lecteur mesure là la continuité entre la sagesse d'Israël et la prédication de Jésus.
- Ex 22, 20-23 Ancien Testament
La loi de l'Exode avertit : si l'on opprime l'immigré, la veuve ou l'orphelin et qu'ils crient vers Dieu, il écoutera leur cri. La dernière sentence de la lecture applique le principe en le retournant contre celui qui reste sourd, et le reformule en maxime. La Loi le disait déjà.
Clés de lecture
- Dieu voit ce que l'homme ne voit pas de lui-même
Deux sentences se répondent au début : l'homme trouve toujours sa propre conduite droite, tandis qu'un autre regard évalue ce qu'il ne perçoit pas. La sagesse commence là, dans la défiance envers sa propre bonne conscience.
- Du roi au pauvre
Le passage retenu par la liturgie s'ouvre sur l'homme le plus puissant et se clôt sur ceux qui n'ont que leur cri. L'auteur du recueil n'a probablement pas voulu ce trajet, mais le découpage le fait apparaître : le même Dieu tient la volonté du roi et entend l'appel du faible.
- La réciprocité de la dernière sentence
Le verset final ne menace d'aucune punition extérieure. Il décrit un retour à l'identique, l'oreille fermée aujourd'hui devenant silence demain. Cette correspondance entre l'acte et son effet est caractéristique de la sagesse biblique.
- Le saut des versets 7 à 9
Le lectionnaire laisse de côté trois sentences situées au milieu du passage, sur la violence des méchants et sur les difficultés de la vie conjugale. Ces recueils juxtaposent des sujets très divers, du plus grave au plus quotidien, sans logique d'ensemble.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, ces maximes disent la conviction centrale de la sagesse d'Israël : la crainte de Dieu, c'est-à-dire le respect de son autorité sur toute vie, rend l'existence ordinaire intelligible et droite. Rien de spectaculaire n'y est révélé. Tout passe par l'observation patiente des comportements.
La tradition chrétienne y reconnaît une préparation à l'Évangile. La préférence donnée à la justice sur le sacrifice annonce la parole prophétique que Jésus reprendra à son compte, et l'attention au cri du pauvre rejoint sa manière de décrire le jugement dernier. L'Église lit encore la sagesse de ces livres comme une figure du Christ, que le Nouveau Testament présente comme la sagesse de Dieu en personne. Cette lecture spirituelle ne dissout pas le sens premier : elle suppose au contraire que ces sentences gardent toute leur valeur pour conduire concrètement sa vie.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Ce sont des sentences de sagesse, bâties presque toutes sur deux lignes qui se répondent : la seconde renverse la première par un « mais », ou la prolonge par une comparaison. Ce parallélisme est le ressort de la poésie hébraïque. De là vient l'effet de frappe.
On ne lit pas ces versets comme un exposé suivi ; on les prend un par un, en laissant à chacun le temps de faire son effet. Règles générales tirées de l'expérience, elles ne sont pas des lois sans exception : d'autres livres bibliques, Job par exemple, contesteront précisément l'idée que le juste prospère toujours.
Qui écrit, et pour qui
Les Proverbes n'ont pas d'auteur unique. C'est une anthologie, faite de plusieurs collections rassemblées au fil des siècles, dont la mise en forme finale se situe probablement après le retour d'exil, vers les Ve-IVe siècles avant Jésus-Christ.
Attribuer le livre à Salomon, roi réputé pour sa sagesse, relève du patronage honorifique courant dans l'Antiquité, pas de la signature ; les spécialistes discutent la part de matériaux réellement anciens, dont certains ont des parallèles dans la sagesse égyptienne.
Les premiers destinataires sont de jeunes hommes en formation, appelés à exercer des responsabilités. La portée s'est vite élargie à tout croyant qui cherche à conduire sa vie avec droiture.
Lectures et références
- Pr 1, 7 — Le verset programme du livre, qui présente la crainte du Seigneur comme le commencement de la connaissance.
- Mt 25, 31-46 — Le jugement décrit par Jésus fait dépendre le sort de chacun de l'attention réellement portée aux plus petits.
- 1 Co 1, 24 — Paul désigne le Christ comme la sagesse de Dieu, ce qui fonde la lecture chrétienne des livres de sagesse.
- Catéchisme, § 2443 — L'Église rappelle que l'amour des pauvres et l'écoute de leur appel font partie intégrante de la vie chrétienne.
À retenir
Une série de sentences indépendantes, tenues ensemble par une même conviction : Dieu juge l'intérieur que l'homme se cache à lui-même, et la justice envers le faible compte plus que le culte rendu.
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