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Les publicains

Les publicains sont les collecteurs d'impôts et de taxes de douane au service de Rome ou d'Hérode, méprisés à la fois comme collaborateurs de l'occupant et comme profiteurs. Les évangiles les citent constamment aux côtés des « pécheurs », et montrent Jésus mangeant à leur table.

À ne pas confondre

Publicain n'a rien à voir avec le mot anglais publican, qui désigne un tenancier de bar : le rapprochement est trompeur. Le publicain n'est pas le contraire du pharisien au sens de deux partis rivaux : le pharisien appartient à un courant religieux, le publicain exerce un métier ; les évangiles les opposent comme figures morales, pas comme écoles.

À distinguer aussi des collecteurs de la taxe du Temple, qui perçoivent une contribution religieuse juive et non un impôt romain. Enfin, Lévi et Matthieu sont selon toute vraisemblance le même homme, mais ils sont désignés par des noms différents selon les évangiles.

Qui c'est

Le mot vient du latin publicanus, celui qui traite les affaires publiques, c'est-à-dire la levée des impôts. Rome n'avait pas d'administration fiscale : elle affermait la collecte, la confiant par contrat à des entrepreneurs qui avançaient l'argent à l'État et se remboursaient ensuite sur les contribuables, en gardant la différence.

Les publicains des évangiles ne sont pas ces grands financiers romains, mais leurs sous-traitants locaux : des Juifs employés à percevoir les taxes de passage, les droits de douane sur les marchandises, les péages des routes et des ports. Lévi est assis à son bureau de taxes au bord du lac de Galilée, Zachée est présenté comme un « chef des publicains » à Jéricho, riche ville de frontière.

Deux raisons expliquent le mépris qui les entoure. D'abord l'argent : le système ne fixait aucune limite claire, et l'usage voulait qu'on perçoive au-delà du dû — Jean-Baptiste leur dira précisément « n'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé ». Ensuite la collaboration : lever l'impôt pour un pouvoir étranger, c'était travailler contre son propre peuple, et fréquenter des païens rendait de surcroît impur au regard de la Loi. Un publicain était donc tenu pour un voleur et un traître, exclu de la vie religieuse ordinaire.

Dans les évangiles

Les publicains apparaissent presque toujours en formule toute faite : « les publicains et les pécheurs », ou « les publicains et les prostituées ». C'est un signal de récit : quand ces mots surviennent, le texte désigne ceux que la société religieuse tient pour irrécupérables.

Jésus appelle l'un d'eux à le suivre, Lévi — que Matthieu nomme Matthieu — assis à son poste de perception, et va aussitôt manger chez lui avec d'autres collecteurs ; les pharisiens s'en scandalisent, et Jésus répond que ce sont les malades qui ont besoin du médecin. Le même reproche revient sous forme d'insulte : on le traite d'« ami des publicains et des pécheurs ».

À Jéricho, Zachée, chef des publicains et riche, monte dans un arbre pour voir Jésus, qui s'invite chez lui ; il promet de rendre le quadruple de ce qu'il a extorqué. Luc rapporte aussi une parabole où un publicain prie au Temple sans oser lever les yeux, et rentre chez lui justifié, à la différence du pharisien satisfait de lui.

Le mépris courant transparaît dans la bouche de Jésus lui-même : aimer ceux qui vous aiment, « les publicains n'en font-ils pas autant ? », et l'obstiné doit être traité « comme le païen et le publicain ». Ces expressions reprennent le jugement commun sans le valider : c'est précisément ce jugement que retournent les paroles sur les publicains qui précèdent les chefs religieux dans le Royaume.

Ce que la tradition en retient

La tradition chrétienne a fait des publicains la figure type du pécheur accueilli : Zachée et le publicain de la parabole sont devenus des images de la conversion et de l'humilité dans la prière. La liturgie et la prédication reprennent volontiers la formule « aie pitié du pécheur que je suis », empruntée à cette parabole.

Le publicain Lévi-Matthieu est traditionnellement identifié à l'apôtre Matthieu et tenu pour l'auteur du premier évangile ; cette attribution vient de la tradition ancienne, l'évangile lui-même ne signant pas son texte. Les récits populaires sur la suite de la vie de Zachée, en revanche, sont tardifs et sans appui dans les évangiles.

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