Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 5, 1-8
« Purifiez-vous des vieux ferments, car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ »
1 On n’entend parler que d’une impudicité commise parmi vous, et d’une impudicité telle qu’il ne s’en rencontre pas de semblable même chez les païens ; c’est au point que quelqu’un a la femme de son père.
2 Et vous êtes enflés d’orgueil ! Et vous n’avez pas été plutôt dans le deuil, afin que celui qui a commis un tel acte fût retranché du milieu de vous !
3 Pour moi, absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, celui qui a commis un tel attentat :
4 Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous tous réunis et moi en esprit au milieu de vous, avec la puissance de Notre-Seigneur Jésus,
5 qu’un tel homme soit livré à Satan pour la mort de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus. —
6 Vous avez tort de vous tant glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?
7 Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes ; car notre Pâque, le Christ, a été immolé.
8 Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
La première lettre de Paul aux Corinthiens répond à des nouvelles inquiétantes venues de la communauté qu'il avait fondée à Corinth. Les quatre premiers chapitres traitaient des divisions : les chrétiens de la ville se réclamaient de tel ou tel prédicateur, et Paul leur opposait la « folie » de la croix ; il achevait en annonçant l'envoi de Timothée puis sa propre visite.
Avec le chapitre 5 s'ouvre une nouvelle série de sujets, cette fois des cas concrets de conduite : ici une union sexuelle scandaleuse tolérée dans la communauté, puis, aux chapitres suivants, les procès entre chrétiens, la prostitution, le mariage et le célibat. Notre passage est donc le premier acte de cette section disciplinaire.
En semaine, la première lecture avance dans un livre biblique de jour en jour, indépendamment de l'évangile : ce découpage suit simplement le fil de la lettre, sans lien voulu avec la lecture évangélique du jour.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
-
Juif de Tarse devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, l'annonciateur de l'Évangile dans le monde grec. Il a fondé la communauté de Corinthe vers 50-52 et lui écrit ensuite depuis Éphèse.
Il intervient en fondateur responsable : bien qu'éloigné, il rend une décision sur un cas grave et somme l'assemblée de l'appliquer.
- « vous » — la communauté de Corinthe
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Un groupe de chrétiens, majoritairement d'origine non juive, dans une grande cité portuaire cosmopolite. Paul leur reproche depuis le début de la lettre une assurance spirituelle démesurée.
Ce sont eux les véritables destinataires du reproche : ce n'est pas seulement la faute d'un homme qui est en cause, mais leur satisfaction d'eux-mêmes et leur inaction.
- l'homme qui vit avec la femme de son père
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Un membre de la communauté, jamais nommé. Il s'agit vraisemblablement de la seconde épouse de son père, donc de sa belle-mère, non de sa mère.
Son cas sert de point de départ : Paul demande son exclusion de l'assemblée, présentée non comme une vengeance mais comme une mesure ordonnée à son salut final.
- Satan
-
Dans le vocabulaire biblique, le nom hébreu signifie « l'accusateur » ; il désigne la puissance adverse de Dieu.
Être « livré » à lui signifie ici être remis hors de l'espace protégé de la communauté croyante : l'expression décrit l'exclusion, non une malédiction magique.
Mots à connaître
- la femme de son père
Formule juridique désignant l'épouse du père autre que la mère de l'homme concerné, c'est-à-dire sa belle-mère. Une telle union était prohibée par la loi juive et mal vue du droit romain, ce qui explique la sévérité du propos.
- levain / vieux ferments
Le levain est la pâte fermentée qu'on ajoute pour faire lever le pain. Dans la Bible, il sert souvent d'image de ce qui se propage discrètement et transforme l'ensemble ; ici, il désigne l'ancienne manière de vivre, avant la rencontre du Christ.
- pain sans fermentation (les azymes)
Pendant les sept jours de la fête juive de la Pâque, on ne mange que du pain non levé et l'on retire tout levain de la maison, en mémoire du départ précipité d'Égypte. Paul applique cette purification annuelle à l'état permanent de la communauté chrétienne.
- agneau pascal immolé
À la Pâque juive, chaque famille sacrifiait un agneau dont le sang, lors de la sortie d'Égypte, avait marqué les portes pour épargner les Hébreux. Dire que le Christ est cet agneau, c'est lire sa mort comme le sacrifice qui libère définitivement.
- le jour du Seigneur
Expression héritée des prophètes, qui désigne le jugement final de Dieu. Paul l'emploie pour dire que la mesure prise contre cet homme est ordonnée à ce terme-là, non à un règlement de comptes immédiat.
Ailleurs dans l’Écriture
- Lv 18, 8 Ancien Testament
La loi d'Israël interdit expressément l'union avec la femme de son père. Paul, en parlant d'une conduite qu'on ne trouve « même pas » chez les non-Juifs, s'appuie sur cet interdit tout en notant que le droit romain lui-même réprouvait ce type d'union. Cela montre qu'il ne juge pas au nom d'une simple sensibilité personnelle.
- Ex 12, 15 Ancien Testament
À la Pâque juive, on élimine de la maison tout levain et l'on mange sept jours du pain sans levain, en mémoire de la sortie d'Égypte faite dans la hâte. C'est ce rite domestique que Paul transpose : la communauté est la maison à nettoyer, et le grand nettoyage devient une exigence morale permanente.
- Ga 5, 9
Paul emploie ailleurs le même proverbe sur le peu de levain qui soulève toute la pâte, mais dans une controverse différente, à propos de ceux qui imposaient la circoncision aux chrétiens de Galatie. Le même dicton lui sert donc à dire la contagion d'une petite déviation, quelle qu'elle soit.
- 2 Co 2, 5-11
Dans une lettre postérieure à la même communauté, Paul demande de pardonner à un homme qui avait été sanctionné, de peur qu'il ne soit accablé par une tristesse excessive. On ne sait pas s'il s'agit du même cas, mais le rapprochement éclaire la logique de Paul : la mesure disciplinaire visait la réintégration, non l'élimination.
Clés de lecture
- L'orgueil est la vraie cible
Paul revient deux fois sur la fierté des Corinthiens. Ce qui le scandalise n'est pas seulement la faute d'un individu, mais qu'une communauté sûre de sa hauteur spirituelle n'en soit pas affectée. La question posée est celle du lien entre prétention religieuse et aveuglement moral.
- Du cas individuel au corps entier
L'image du levain opère le passage décisif : ce qui touche un membre affecte toute la pâte. Paul raisonne en termes de corps collectif, et non de morale privée — d'où la responsabilité qu'il attribue à l'assemblée elle-même.
- Une sanction tournée vers le salut
La mesure demandée est dure, mais sa finalité est explicitement le salut de l'intéressé au jugement final. L'exclusion est pensée comme un choc destiné à rendre possible un retour, ce que confirme la suite de la correspondance de Paul avec cette communauté.
- Le renversement final
Le passage s'achève sur une invitation à faire la fête. La logique n'est pas d'abord celle de l'interdit : parce que la Pâque a déjà eu lieu en la mort du Christ, la vie chrétienne est comparée à une fête ininterrompue, dont il s'agit de ne pas gâter le pain.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle un cas précis et enseigne au passage que l'appartenance au Christ engage une manière de vivre : on ne peut pas revendiquer une liberté spirituelle et tolérer n'importe quoi. La tradition catholique y a vu l'un des plus anciens témoignages de la responsabilité disciplinaire d'une communauté chrétienne, à l'origine de ce que le droit de l'Église appellera plus tard l'excommunication — mesure toujours définie comme médicinale, c'est-à-dire visant la conversion et non l'exclusion définitive.
Dans la lecture spirituelle, ce texte est l'un des plus importants du Nouveau Testament pour comprendre la Pâque chrétienne : l'identification du Christ à l'agneau pascal relit la Passion à la lumière de la libération d'Égypte, la mort de Jésus devenant le sacrifice qui délivre. La liturgie de la nuit de Pâques et le vocabulaire du « mystère pascal » en découlent directement. Enfin, l'opposition entre les vieux ferments et le pain sans levain a nourri une lecture de la vie baptismale comme passage continuel de l'ancien à l'homme nouveau.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
C'est un passage de lettre, et plus précisément une décision disciplinaire motivée. Paul énonce d'abord le fait, puis le reproche, puis la mesure à prendre, et termine par la raison de fond qui donne à tout cela son sens.
La dernière partie change de registre : elle passe à l'image du levain et de la Pâque. Il faut donc lire ces lignes comme une comparaison développée, non comme une prescription rituelle : Paul ne demande pas de célébrer la Pâque juive, il dit ce qu'est devenue la vie chrétienne tout entière.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul, et l'attribution de cette lettre ne fait pas débat. Il écrit depuis Éphèse, vers 54-56, à la communauté chrétienne de Corinthe, ville grecque refondée par Rome, active, riche et brassant toutes les populations de la Méditerranée.
La lettre répond à la fois à des rapports oraux qui lui sont parvenus et à des questions que les Corinthiens lui ont adressées. Elle n'est donc pas un traité mais une correspondance concrète, dont nous n'entendons qu'un côté : les faits évoqués sont connus des destinataires et nous restent en partie obscurs.
Lectures et références
- Dt 17, 7 — Paul conclut ce chapitre en reprenant la formule biblique qui ordonne d'ôter le mal du milieu du peuple, ce qui montre la source de son raisonnement.
- Mt 18, 15-17 — L'évangile de Matthieu prévoit une démarche graduée pouvant aller jusqu'à la rupture avec un frère : même souci communautaire que chez Paul.
- Jn 1, 29 — Jean-Baptiste désigne Jésus comme l'Agneau de Dieu, autre expression de la même lecture pascale de sa mort.
- Catéchisme, § 608 — Le Catéchisme explique en quel sens Jésus est l'Agneau qui porte le péché, dans le prolongement de l'agneau de la Pâque.
- Catéchisme, § 1340 — Sur le lien entre la Pâque juive et la Pâque du Christ, arrière-plan direct de la dernière partie du passage.
À retenir
Paul traite un scandale toléré à Corinthe non comme une affaire privée mais comme un levain qui contamine toute la communauté, et il fonde son exigence sur une affirmation centrale : le Christ est l'agneau pascal déjà sacrifié.
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