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de la férie

23ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 5, 1-8

« Purifiez-vous des vieux ferments, car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ »

1 On n’entend parler que d’une impudicité commise parmi vous, et d’une impudicité telle qu’il ne s’en rencontre pas de semblable même chez les païens ; c’est au point que quelqu’un a la femme de son père.

2 Et vous êtes enflés d’orgueil ! Et vous n’avez pas été plutôt dans le deuil, afin que celui qui a commis un tel acte fût retranché du milieu de vous !

3 Pour moi, absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, celui qui a commis un tel attentat :

4 Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous tous réunis et moi en esprit au milieu de vous, avec la puissance de Notre-Seigneur Jésus,

5 qu’un tel homme soit livré à Satan pour la mort de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus. —

6 Vous avez tort de vous tant glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?

7 Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes ; car notre Pâque, le Christ, a été immolé.

8 Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La première lettre de Paul aux Corinthiens répond à des nouvelles inquiétantes venues de la communauté qu'il avait fondée à Corinth. Les quatre premiers chapitres traitaient des divisions : les chrétiens de la ville se réclamaient de tel ou tel prédicateur, et Paul leur opposait la « folie » de la croix ; il achevait en annonçant l'envoi de Timothée puis sa propre visite.

Avec le chapitre 5 s'ouvre une nouvelle série de sujets, cette fois des cas concrets de conduite : ici une union sexuelle scandaleuse tolérée dans la communauté, puis, aux chapitres suivants, les procès entre chrétiens, la prostitution, le mariage et le célibat. Notre passage est donc le premier acte de cette section disciplinaire.

En semaine, la première lecture avance dans un livre biblique de jour en jour, indépendamment de l'évangile : ce découpage suit simplement le fil de la lettre, sans lien voulu avec la lecture évangélique du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse devenu, après une expérience bouleversante du Christ ressuscité, l'annonciateur de l'Évangile dans le monde grec. Il a fondé la communauté de Corinthe vers 50-52 et lui écrit ensuite depuis Éphèse.

Il intervient en fondateur responsable : bien qu'éloigné, il rend une décision sur un cas grave et somme l'assemblée de l'appliquer.

« vous » — la communauté de Corinthe

Un groupe de chrétiens, majoritairement d'origine non juive, dans une grande cité portuaire cosmopolite. Paul leur reproche depuis le début de la lettre une assurance spirituelle démesurée.

Ce sont eux les véritables destinataires du reproche : ce n'est pas seulement la faute d'un homme qui est en cause, mais leur satisfaction d'eux-mêmes et leur inaction.

l'homme qui vit avec la femme de son père

Un membre de la communauté, jamais nommé. Il s'agit vraisemblablement de la seconde épouse de son père, donc de sa belle-mère, non de sa mère.

Son cas sert de point de départ : Paul demande son exclusion de l'assemblée, présentée non comme une vengeance mais comme une mesure ordonnée à son salut final.

Satan

Dans le vocabulaire biblique, le nom hébreu signifie « l'accusateur » ; il désigne la puissance adverse de Dieu.

Être « livré » à lui signifie ici être remis hors de l'espace protégé de la communauté croyante : l'expression décrit l'exclusion, non une malédiction magique.

Mots à connaître
la femme de son père

Formule juridique désignant l'épouse du père autre que la mère de l'homme concerné, c'est-à-dire sa belle-mère. Une telle union était prohibée par la loi juive et mal vue du droit romain, ce qui explique la sévérité du propos.

levain / vieux ferments

Le levain est la pâte fermentée qu'on ajoute pour faire lever le pain. Dans la Bible, il sert souvent d'image de ce qui se propage discrètement et transforme l'ensemble ; ici, il désigne l'ancienne manière de vivre, avant la rencontre du Christ.

pain sans fermentation (les azymes)

Pendant les sept jours de la fête juive de la Pâque, on ne mange que du pain non levé et l'on retire tout levain de la maison, en mémoire du départ précipité d'Égypte. Paul applique cette purification annuelle à l'état permanent de la communauté chrétienne.

agneau pascal immolé

À la Pâque juive, chaque famille sacrifiait un agneau dont le sang, lors de la sortie d'Égypte, avait marqué les portes pour épargner les Hébreux. Dire que le Christ est cet agneau, c'est lire sa mort comme le sacrifice qui libère définitivement.

le jour du Seigneur

Expression héritée des prophètes, qui désigne le jugement final de Dieu. Paul l'emploie pour dire que la mesure prise contre cet homme est ordonnée à ce terme-là, non à un règlement de comptes immédiat.

Ailleurs dans l’Écriture
Lv 18, 8 Ancien Testament

La loi d'Israël interdit expressément l'union avec la femme de son père. Paul, en parlant d'une conduite qu'on ne trouve « même pas » chez les non-Juifs, s'appuie sur cet interdit tout en notant que le droit romain lui-même réprouvait ce type d'union. Cela montre qu'il ne juge pas au nom d'une simple sensibilité personnelle.

Ex 12, 15 Ancien Testament

À la Pâque juive, on élimine de la maison tout levain et l'on mange sept jours du pain sans levain, en mémoire de la sortie d'Égypte faite dans la hâte. C'est ce rite domestique que Paul transpose : la communauté est la maison à nettoyer, et le grand nettoyage devient une exigence morale permanente.

Ga 5, 9

Paul emploie ailleurs le même proverbe sur le peu de levain qui soulève toute la pâte, mais dans une controverse différente, à propos de ceux qui imposaient la circoncision aux chrétiens de Galatie. Le même dicton lui sert donc à dire la contagion d'une petite déviation, quelle qu'elle soit.

2 Co 2, 5-11

Dans une lettre postérieure à la même communauté, Paul demande de pardonner à un homme qui avait été sanctionné, de peur qu'il ne soit accablé par une tristesse excessive. On ne sait pas s'il s'agit du même cas, mais le rapprochement éclaire la logique de Paul : la mesure disciplinaire visait la réintégration, non l'élimination.

Clés de lecture
L'orgueil est la vraie cible

Paul revient deux fois sur la fierté des Corinthiens. Ce qui le scandalise n'est pas seulement la faute d'un individu, mais qu'une communauté sûre de sa hauteur spirituelle n'en soit pas affectée. La question posée est celle du lien entre prétention religieuse et aveuglement moral.

Du cas individuel au corps entier

L'image du levain opère le passage décisif : ce qui touche un membre affecte toute la pâte. Paul raisonne en termes de corps collectif, et non de morale privée — d'où la responsabilité qu'il attribue à l'assemblée elle-même.

Une sanction tournée vers le salut

La mesure demandée est dure, mais sa finalité est explicitement le salut de l'intéressé au jugement final. L'exclusion est pensée comme un choc destiné à rendre possible un retour, ce que confirme la suite de la correspondance de Paul avec cette communauté.

Le renversement final

Le passage s'achève sur une invitation à faire la fête. La logique n'est pas d'abord celle de l'interdit : parce que la Pâque a déjà eu lieu en la mort du Christ, la vie chrétienne est comparée à une fête ininterrompue, dont il s'agit de ne pas gâter le pain.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle un cas précis et enseigne au passage que l'appartenance au Christ engage une manière de vivre : on ne peut pas revendiquer une liberté spirituelle et tolérer n'importe quoi. La tradition catholique y a vu l'un des plus anciens témoignages de la responsabilité disciplinaire d'une communauté chrétienne, à l'origine de ce que le droit de l'Église appellera plus tard l'excommunication — mesure toujours définie comme médicinale, c'est-à-dire visant la conversion et non l'exclusion définitive.

Dans la lecture spirituelle, ce texte est l'un des plus importants du Nouveau Testament pour comprendre la Pâque chrétienne : l'identification du Christ à l'agneau pascal relit la Passion à la lumière de la libération d'Égypte, la mort de Jésus devenant le sacrifice qui délivre. La liturgie de la nuit de Pâques et le vocabulaire du « mystère pascal » en découlent directement. Enfin, l'opposition entre les vieux ferments et le pain sans levain a nourri une lecture de la vie baptismale comme passage continuel de l'ancien à l'homme nouveau.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage de lettre, et plus précisément une décision disciplinaire motivée. Paul énonce d'abord le fait, puis le reproche, puis la mesure à prendre, et termine par la raison de fond qui donne à tout cela son sens.

La dernière partie change de registre : elle passe à l'image du levain et de la Pâque. Il faut donc lire ces lignes comme une comparaison développée, non comme une prescription rituelle : Paul ne demande pas de célébrer la Pâque juive, il dit ce qu'est devenue la vie chrétienne tout entière.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul, et l'attribution de cette lettre ne fait pas débat. Il écrit depuis Éphèse, vers 54-56, à la communauté chrétienne de Corinthe, ville grecque refondée par Rome, active, riche et brassant toutes les populations de la Méditerranée.

La lettre répond à la fois à des rapports oraux qui lui sont parvenus et à des questions que les Corinthiens lui ont adressées. Elle n'est donc pas un traité mais une correspondance concrète, dont nous n'entendons qu'un côté : les faits évoqués sont connus des destinataires et nous restent en partie obscurs.

Lectures et références
  • Dt 17, 7 — Paul conclut ce chapitre en reprenant la formule biblique qui ordonne d'ôter le mal du milieu du peuple, ce qui montre la source de son raisonnement.
  • Mt 18, 15-17 — L'évangile de Matthieu prévoit une démarche graduée pouvant aller jusqu'à la rupture avec un frère : même souci communautaire que chez Paul.
  • Jn 1, 29 — Jean-Baptiste désigne Jésus comme l'Agneau de Dieu, autre expression de la même lecture pascale de sa mort.
  • Catéchisme, § 608 — Le Catéchisme explique en quel sens Jésus est l'Agneau qui porte le péché, dans le prolongement de l'agneau de la Pâque.
  • Catéchisme, § 1340 — Sur le lien entre la Pâque juive et la Pâque du Christ, arrière-plan direct de la dernière partie du passage.

À retenir

Paul traite un scandale toléré à Corinthe non comme une affaire privée mais comme un levain qui contamine toute la communauté, et il fonde son exigence sur une affirmation centrale : le Christ est l'agneau pascal déjà sacrifié.

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Psaume

Psaumes 5, 2-3 . 5, 5-6 . 5, 6-7 . 5, 12

2 Prête l’oreille à mes paroles, Yahweh, entends mes soupirs ;

3 sois attentif à mes cris, ô mon Roi et mon Dieu ; car c’est à toi que j’adresse ma prière.

5 Car tu n’es pas un Dieu qui prenne plaisir au mal ; avec toi le méchant ne saurait habiter.

6 Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux ; tu hais tous les artisans d’iniquité.

7 Tu fais périr les menteurs ; Yahweh abhorre l’homme de sang et de fraude.

12 Alors se réjouiront tous ceux qui se confient en toi ; ils seront dans une perpétuelle allégresse, et tu les protégeras ; ils se livreront à de joyeux transports, ceux qui aiment ton nom.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Évangile

Luc 6, 6-11

« Ils observaient Jésus pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat »

6 Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la synagogue et il enseignait. Et il y avait là un homme dont la main droite était desséchée.

7 Or, les Scribes et les Pharisiens l’observaient, [pour voir] s’il faisait des guérisons le jour du sabbat, afin d’avoir un prétexte pour l’accuser.

8 Mais lui, pénétrant leurs pensées, dit à l’homme qui avait la main desséchée : « Lève-toi, et tiens-toi au milieu » ; et lui, s’étant levé, se tint debout.

9 Alors Jésus leur dit : « Je vous le demande, est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver la vie ou de l’ôter ? »

10 Puis, promenant son regard sur eux tous, il dit à cet homme : « Étends ta main. » Il l’étendit et sa main redevint saine.

11 Mais eux, remplis de démence, se consultaient sur ce qu’ils feraient à Jésus.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est aux débuts de la vie publique de Jésus en Galilée, dans une série de discussions qui l'opposent aux autorités religieuses : guérison d'un paralysé, appel de Lévi le collecteur d'impôts, question du jeûne, puis les disciples qui froissent des épis un jour de sabbat (Lc 6, 1-5). Jésus vient d'y déclarer que le Fils de l'homme est maître du sabbat ; la scène d'aujourd'hui met cette affirmation à l'épreuve des faits.

Luc situe l'épisode un autre jour de sabbat, dans une synagogue où Jésus enseigne. À la fin du récit, l'hostilité est déclarée et l'on cherche déjà comment se débarrasser de lui.

Immédiatement après, Jésus passe la nuit en prière sur la montagne et choisit les Douze (Lc 6, 12-16), avant le grand discours dans la plaine. Le récit passe donc de la rupture avec ses adversaires à la constitution de son propre groupe.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Nazareth, en Galilée, dont Luc raconte la mission ; il enseigne dans les synagogues et guérit des malades.

Il prend l'initiative : il devine l'intention de ceux qui l'épient, met le malade au centre, pose une question de principe et guérit publiquement.

L'homme à la main desséchée

Un infirme anonyme ; sa main est atrophiée, sans doute paralysée, ce qui l'empêche de travailler. Luc, seul, précise qu'il s'agit de la main droite.

Il ne demande rien et ne dit rien. Placé au milieu de l'assemblée, il devient le point de mire de la controverse, puis le bénéficiaire de la guérison.

Les scribes

Des spécialistes de la Loi de Moïse, chargés de la copier, de l'enseigner et de dire comment l'appliquer. Ce sont des lettrés, pas nécessairement des prêtres.

Ils surveillent Jésus, à l'affût d'un geste qui permettrait une accusation en règle.

Les pharisiens

Un courant religieux juif très attaché à l'observance exacte de la Loi jusque dans la vie quotidienne. Ils sont estimés du peuple et n'exercent aucune fonction sacerdotale.

Avec les scribes, ils forment le groupe qui épie. Leur silence devant la question posée est aussi éloquent que leur fureur finale.

Mots à connaître
Le sabbat

Septième jour de la semaine juive, du vendredi soir au samedi soir, consacré au repos et à la prière. Toute activité qualifiée de travail y est interdite ; la difficulté est précisément de définir ce qui compte comme travail. Une guérison non urgente pouvait être considérée comme telle.

La synagogue

Lieu de réunion des juifs d'un village ou d'un quartier, pour la lecture des Écritures, la prière et l'enseignement. Ce n'est pas un temple : on n'y offre pas de sacrifices. Un visiteur compétent pouvait y prendre la parole, ce que Jésus fait ici.

Une main desséchée

L'expression désigne un membre atrophié ou paralysé, devenu inutilisable. Pour un homme qui vit de son travail manuel, c'est une infirmité qui compromet toute autonomie. Luc précise qu'il s'agit de la main droite, la main principale.

Un motif pour l'accuser

Il ne s'agit pas d'un simple reproche, mais de constituer un dossier. Une violation publique et volontaire du sabbat constituait une transgression grave, susceptible d'être portée devant les autorités religieuses.

Ailleurs dans l’Écriture
Mc 3, 1-6 même épisode, autre évangile

Marc raconte le même épisode, mais dit explicitement l'émotion de Jésus : sa colère et sa tristesse devant l'endurcissement des cœurs. Il conclut par une alliance entre pharisiens et hérodiens (partisans du roi Hérode) pour faire périr Jésus. Luc, plus sobre, ne décrit pas les sentiments de Jésus et laisse le projet de ses adversaires à l'état de discussion : la décision de mise à mort viendra plus tard dans son récit.

Mt 12, 9-14 même épisode, autre évangile

Matthieu fait poser la question par les adversaires eux-mêmes et met dans la bouche de Jésus un argument concret : on va bien retirer du trou, un jour de sabbat, la brebis qui y est tombée. L'homme vaut plus qu'une brebis. Luc supprime cette comparaison et garde une question plus large, sur le bien et le mal.

Ex 20, 8-11 Ancien Testament

Le commandement du repos du septième jour, dans le Décalogue, fonde toute la discussion. Le sabbat y est présenté comme une participation au repos de Dieu après la création, et non comme une contrainte arbitraire. Le débat porte donc sur son sens, non sur sa validité.

Clés de lecture
Tout se passe au grand jour

Jésus aurait pu attendre le soir, ou guérir discrètement. Il fait exactement l'inverse : il place l'homme debout au milieu de l'assemblée avant même de parler. La guérison devient un acte public et assumé, qui oblige chacun à se situer.

Une question sans réponse

La question de Jésus déplace le débat : au lieu de demander si guérir est permis, elle demande si le sabbat est un jour où l'on peut faire le mal. Formulée ainsi, elle n'admet qu'une réponse, et les adversaires se taisent. Le silence de l'assemblée est le vrai centre du récit.

Le seul geste demandé

Jésus ne touche pas le malade et ne prononce aucune formule : il lui demande seulement d'étendre la main, c'est-à-dire de faire précisément ce dont il est incapable. La guérison passe par un acte de confiance, et rien dans ce geste ne peut être qualifié de travail.

De la surveillance à la fureur

Le récit s'ouvre sur une observation froide et se ferme sur une colère qui cherche des moyens. Chez Luc, cette hostilité ne cessera plus de croître jusqu'à Jérusalem. La guérison d'un homme devient le point de départ d'un projet de mort.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage montre Jésus interprétant le commandement du repos à partir de sa finalité : un jour donné par Dieu pour l'homme ne peut pas être invoqué contre le bien d'un homme. La tradition catholique y lit l'affirmation de l'autorité du Christ sur la Loi, non pour l'abolir mais pour en découvrir le sens véritable.

Dans une lecture spirituelle, le geste demandé — étendre une main morte — est reçu comme une image de la vie chrétienne : la guérison est donnée, mais elle passe par un acte que l'homme pose. Enfin, l'ordre de se tenir debout emploie chez Luc un vocabulaire proche de celui de la résurrection, et l'épisode s'inscrit dans le mouvement qui conduira Jésus à la Croix : la vie rendue à un infirme lui coûtera la sienne.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de controverse : un miracle y sert de support à une discussion sur la Loi. L'essentiel n'est donc pas la description de la guérison, expédiée en quelques mots, mais la question posée au milieu de l'assemblée.

Ce genre de récit se lit comme un procès en miniature : une surveillance, un défi, une question qui reste sans réponse, un verdict de fait. Le lecteur est invité à prendre position là où les adversaires se taisent.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile selon saint Luc est attribué par la tradition à un compagnon de l'apôtre Paul, souvent présenté comme médecin et venu du monde grec. Il écrit vraisemblablement entre 80 et 90, pour des communautés chrétiennes de culture grecque, plutôt éloignées du judaïsme de Palestine.

Cela explique son souci d'expliquer les usages juifs et son attention constante aux malades, aux pauvres et aux exclus. La date et le lieu exacts de rédaction restent débattus.

Lectures et références
  • Lc 6, 1-5 — La controverse sur les épis arrachés, qui précède immédiatement et pose le principe que le Fils de l'homme est maître du sabbat.
  • Lc 13, 10-17 — Une autre guérison de Jésus un jour de sabbat dans une synagogue, avec un argument comparable sur le bien à faire.
  • Catéchisme, § 2173 — Le Catéchisme y explique comment Jésus interprète le sabbat sans le supprimer, en citant ce type de controverse.
  • Catéchisme, § 582 — Sur l'autorité du Christ dans son interprétation de la Loi.

À retenir

En guérissant publiquement un jour de sabbat, Jésus ne conteste pas le repos commandé par Dieu mais son détournement : un jour donné pour la vie ne peut être invoqué pour laisser un homme dans son mal.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Ambr

Notre-Seigneur passe à des oeuvres différentes ; il venait pour sauver l’homme tout entier, il commence par le guérir partiellement, un membre après l’autre : « Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la synagogue pour y enseigner. »

Bède

Il choisit de préférence le jour du sabbat, pour enseigner et pour guérir, non seulement afin d’annoncer ainsi le sabbat spirituel, mais aussi parce que le peuple se trouvait réuni en plus grand nombre.

S. Cyrille

Il enseignait des vérités qui surpassaient l’intelligence, et il ouvrait à ceux qui l’entendaient la voix du salut, qu’il venait apporter au monde ; et ensuite il donnait pour appui à sa doctrine les oeuvres de sa toute-puissance : « Et il y avait là un homme dont la main droite était desséchée. »

Bède

Le Maître vient de justifier par un exemple des plus louables la conduite de ses disciples, accusés de violer le jour du sabbat ; ses ennemis l’observent maintenant lui-même pour le calomnier : « Or, les scribes et les pharisiens l’observaient pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat, » tout disposés à l’accuser de cruauté et d’impuissance, s’il ne le guérissait point, ou de violer le sabbat s’il le guérissait : « Afin dit l’Évangéliste, d’avoir sujet de l’accuser. »

11 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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