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24ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier)

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Ben Sira le Sage 27, 30 – 28, 7

« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis »

30 Le ressentiment et la colère, eux aussi, sont détestables, et le pécheur les possède.

1 Celui qui se venge trouvera la vengeance auprès du Seigneur, qui conservera soigneusement ses péchés.

2 Pardonne au prochain son injustice, et alors à ta prière tes péchés seront remis.

3 L’homme conserve de la colère contre un autre homme, et il demande à Dieu sa guérison !…

4 Il n’a pas pitié d’un homme, son semblable, et il supplie pour ses propres fautes !…

5 Lui, qui n’est que chair, garde rancune ; qui donc lui obtiendra le pardon de ses péchés ?

6 Souviens-toi de ta fin, et cesse de haïr ; de la corruption et de la mort, et observe les commandements.

7 Souviens-toi des commandements, et n’aie pas de rancune contre ton prochain ; de l’alliance du Très-Haut, et passe par-dessus l’offense.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Ben Sira le Sage n'est pas un récit : c'est un recueil d'enseignements d'un maître de sagesse de Jérusalem, qui aborde tour à tour l'amitié, l'argent, la parole, la santé, la crainte de Dieu. Ce passage se trouve au milieu d'une longue section consacrée aux relations humaines : juste avant, l'auteur dénonce la duplicité et la trahison ; juste après, il s'en prend aux querelles et à la langue qui divise.

Le découpage retenu par la liturgie franchit volontairement la coupure entre les chapitres 27 et 28, parce que la sentence sur la rancune et la colère ouvre en réalité le développement sur le pardon qui suit. On a donc ici une unité complète : constat sur la vengeance, appel au pardon, questions pressantes, et pour finir un triple appel à se souvenir.

Aux dimanches du Temps ordinaire, la première lecture est choisie en accord avec l'évangile du jour : ce texte prépare la parabole du serviteur impitoyable, où Jésus lie le pardon reçu de Dieu au pardon accordé au frère.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le sage

L'auteur du livre, un scribe de Jérusalem qui enseignait la Loi et la sagesse à de jeunes gens vers 190-175 avant Jésus-Christ.

Il parle ici à la deuxième personne, comme un maître à son élève : il ne raconte rien, il persuade, avertit et commande.

Mots à connaître
Le prochain

Dans la Bible hébraïque, le mot désigne d'abord le compatriote, le membre du même peuple, avec qui l'on partage la Loi et l'Alliance. Ben Sira reste dans ce cadre ; l'élargissement à tout homme, y compris l'ennemi, sera l'apport propre de l'enseignement de Jésus.

L'Alliance du Très-Haut

L'Alliance est le pacte par lequel Dieu s'est lié à Israël au Sinaï, en lui donnant sa Loi. Très-Haut (en hébreu Élyon) est l'un des titres divins les plus anciens de la Bible. Se souvenir de l'Alliance, c'est se rappeler que l'on n'est pas seul face à l'offenseur : les deux hommes appartiennent au même peuple sous le même engagement.

Penser à sa fin et à sa mort

Ben Sira n'attend pas de rétribution après la mort : l'espérance d'une résurrection n'est pas encore formulée dans son livre. La mort y est un horizon qui relativise tout, y compris les comptes que l'on tient contre autrui, plutôt qu'un jugement à venir.

Les commandements

Il s'agit des prescriptions de la Loi de Moïse, la Torah, que Ben Sira identifie explicitement ailleurs à la Sagesse elle-même. Chez lui, être sage et observer la Loi sont une seule et même chose.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

Le nom du livre

Le même livre est appelé selon les éditions Ben Sira le Sage, Siracide ou Ecclésiastique ; il ne faut pas le confondre avec l'Ecclésiaste, qui est un autre livre. La numérotation des versets varie aussi légèrement d'une bible à l'autre, la tradition grecque et la tradition latine ne coïncidant pas partout.

« un pauvre mortel »

Le grec dit littéralement « lui qui est chair » : dans le langage biblique, la chair désigne l'homme en tant qu'il est fragile et périssable. La traduction rend le sens plutôt que le mot.

« Parole du Seigneur »

Cette formule n'appartient pas au texte biblique : c'est l'acclamation prononcée par le lecteur à la fin de la lecture pendant la messe.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 18, 21-35

C'est l'évangile auquel ce texte est associé : Pierre demande combien de fois il faut pardonner, et Jésus répond par la parabole d'un serviteur à qui l'on remet une dette énorme et qui refuse ensuite d'annuler une dette minime. La logique est exactement celle de Ben Sira : refuser le pardon à son semblable rend incohérente la demande de pardon adressée à Dieu. Jésus la met en récit, là où le sage la formulait en maximes.

Lv 19, 17-18 Ancien Testament

Ce texte de la Loi de Moïse interdit la vengeance et la rancune envers les fils de son peuple, et s'achève sur le commandement d'aimer son prochain comme soi-même. Ben Sira ne le cite pas mot à mot mais en développe la substance : quand il invite à penser aux commandements, c'est de cette page qu'il est le plus proche.

Mt 6, 12. 14-15

Dans le Notre Père, la demande du pardon est assortie d'une condition, et Jésus la commente aussitôt : la mesure dont on use envers autrui est celle dont Dieu usera. L'intuition n'est donc pas nouvelle dans la bouche de Jésus ; elle circulait déjà dans la sagesse juive, dont ce passage est un témoin direct.

Clés de lecture
Une symétrie stricte

Tout le passage repose sur une correspondance entre deux plans : ce que l'on fait à son semblable et ce que l'on attend de Dieu. Les questions successives ne demandent pas d'information, elles rendent sensible l'incohérence de celui qui réclame en haut ce qu'il refuse en bas.

Trois appels à la mémoire

La fin du passage est bâtie sur un verbe répété : se souvenir. Souvenir de la mort, souvenir des commandements, souvenir de l'Alliance. Ce n'est pas une exhortation sentimentale : le sage suppose que la rancune se nourrit d'un oubli, et que retrouver la juste échelle des choses suffit à la désarmer.

Un renversement du rapport à la vengeance

Le texte ne nie pas que le tort subi appelle réparation ; il déplace la vengeance hors des mains de l'offensé pour la laisser à Dieu. Le point de bascule est là : renoncer à se venger n'est pas déclarer le mal indifférent, c'est refuser d'en être soi-même le juge.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte énonce une règle de sagesse : la miséricorde envers le prochain est la condition de crédibilité de la prière adressée à Dieu. Ben Sira ne prétend pas expliquer comment Dieu pardonne ; il constate qu'une main fermée ne peut pas recevoir.

La tradition chrétienne y lit une préparation directe de l'enseignement de Jésus. Le lien entre pardon reçu et pardon donné, ici formulé comme une exigence morale, devient dans l'Évangile la structure même de la prière chrétienne, inscrite au cœur du Notre Père, et trouve son fondement dans le pardon accordé par le Christ depuis la croix. La théologie catholique précise que le pardon de Dieu n'est pas le salaire du nôtre : c'est lui qui vient d'abord, et le refus obstiné de pardonner ferme le cœur à un don déjà offert. L'Ancien Testament garde ici sa densité propre — une leçon d'humanité vérifiable — et l'Évangile en découvre la portée dernière.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation de sagesse : une suite de sentences brèves construites sur des couples de vers qui se répondent, procédé caractéristique de la poésie hébraïque. Le raisonnement n'avance pas par démonstration mais par frappe répétée, questions rhétoriques et impératifs. On ne lit donc pas ce texte comme une doctrine sur les mécanismes du pardon divin, mais comme une parole destinée à ébranler celui qui rumine une offense.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur se nomme lui-même : Jésus, fils de Sira, un lettré de Jérusalem qui a écrit en hébreu vers 190-175 avant Jésus-Christ, à une époque où la culture grecque exerçait une forte pression sur la société juive. Son petit-fils, installé en Égypte, a traduit l'ouvrage en grec après 132 avant Jésus-Christ et l'a fait précéder d'une préface expliquant sa démarche : c'est cette version grecque qui a été transmise dans les bibles chrétiennes.

Les destinataires sont de jeunes hommes en formation, appelés à vivre honorablement selon la Loi d'Israël. Le livre fait partie des écrits dits deutérocanoniques : reçus comme Écriture par les catholiques et les orthodoxes, ils ne figurent ni dans la Bible hébraïque ni dans les bibles protestantes.

Lectures et références
  • Mc 11, 25 — Jésus lie explicitement le moment de la prière au fait de pardonner ce que l'on a contre quelqu'un.
  • Rm 12, 19 — Paul reprend la même logique : laisser la vengeance à Dieu plutôt que de se faire justice.
  • Col 3, 13 — Le pardon mutuel y est fondé non sur la sagesse humaine mais sur le pardon reçu du Seigneur.
  • Catéchisme, § 2840 — Le Catéchisme y explique que le refus de pardonner ferme le cœur à la miséricorde de Dieu.
  • Catéchisme, § 2843 — Passage consacré au pardon « du fond du cœur », en commentaire de la parabole du serviteur impitoyable.

À retenir

Deux siècles avant l'Évangile, un sage de Jérusalem formule déjà la loi que Jésus mettra en parabole : on ne peut pas demander pour soi un pardon que l'on refuse à son semblable.

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Échanges

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Psaume

Psaumes 102, 1-2 . 102, 3-4 . 102, 9-10 . 102, 11-12

1 De David. Mon âme, bénis Yahweh, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom !

2 Mon âme, bénis Yahweh, et n’oublie pas ses nombreux bienfaits.

3 C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies ;

4 C’est lui qui délivre ta vie de la fosse, qui te couronne de bonté et de miséricorde.

9 Ce n’est pas pour toujours qu’il réprimande, il ne garde pas à jamais sa colère.

10 Il ne nous traite pas selon nos péchés, et ne nous châtie pas selon nos iniquités.

11 Car autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa bonté est grande envers ceux qui le craignent.

12 Autant l’orient est loin de l’occident, autant il éloigne de nous nos transgressions.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

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Deuxième lecture Nouveau Testament

Romains 14, 7-9

« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur »

7 En effet, nul de nous ne vit pour soi-même, et nul ne meurt pour soi-même.

8 Car, soit que nous vivions, nous vivons pour le Seigneur ; soit que nous mourrions, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur.

9 Car le Christ est mort et a vécu afin d’être le Seigneur et des morts et des vivants.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes dans la dernière grande partie de la Lettre aux Romains, celle où Paul passe des développements sur la foi et le salut à des questions très concrètes de vie commune. Juste avant, il aborde un conflit qui divise les chrétiens de Rome : certains mangent de tout, d'autres s'abstiennent de viande ; certains tiennent certains jours pour sacrés, d'autres non. Paul demande à chacun de ne pas mépriser celui qui pense autrement.

Ces trois versets forment le cœur de son argument : il ne tranche pas le débat sur les aliments, il déplace la question en rappelant à qui les croyants appartiennent. Immédiatement après, il en tire la conséquence pratique : personne n'a à se poser en juge de son frère, puisque tous auront à répondre devant Dieu.

Le découpage liturgique isole donc l'ossature théologique du raisonnement, sans le cas particulier qui l'a suscité. Aux dimanches du temps ordinaire, cette deuxième lecture suit un parcours continu dans les lettres apostoliques, semaine après semaine, indépendamment de l'évangile du jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire des premiers chrétiens, devenu après une expérience bouleversante l'annonceur de l'Évangile aux non-Juifs. Il a fondé plusieurs communautés en Grèce et en Asie Mineure, auxquelles il écrit des lettres.

Il s'adresse ici à des chrétiens qu'il ne connaît pas personnellement et fonde son appel à la tolérance mutuelle non sur un compromis, mais sur l'appartenance commune au Christ.

« Frères »

L'adresse désigne les chrétiens de Rome, communauté mêlée de croyants venus du judaïsme et d'autres venus du paganisme, avec des habitudes religieuses très différentes.

Ils sont les destinataires de l'exhortation : Paul les inclut dans un « nous » qui englobe aussi bien celui qui mange de tout que celui qui s'abstient.

le Christ

Jésus de Nazareth, mort crucifié puis, selon la foi des premiers chrétiens, ressuscité. Paul le désigne ici par son titre, Christos, qui traduit l'hébreu « messie », c'est-à-dire « oint ».

Il est l'argument central du passage : son passage par la mort et la vie fonde sa souveraineté sur les morts comme sur les vivants.

Mots à connaître
« Seigneur »

Le mot grec est kyrios. Il désigne couramment un maître ou un propriétaire, mais dans les bibles grecques utilisées par les Juifs de langue grecque il traduisait aussi le nom divin. Appliqué à Jésus, il porte donc à la fois l'idée d'une autorité qui possède et celle d'une dignité divine.

« nous appartenons »

Le vocabulaire est celui de la propriété, familier dans un monde où l'esclavage était une institution ordinaire. Paul l'emploie sans le trouver dégradant : il en tire au contraire une libération, puisque appartenir au Christ dissout les prétentions des croyants les uns sur les autres.

les aliments et les jours

Le débat qui précède ces versets portait sur la consommation de viande — dont l'origine rituelle pouvait être suspecte — et sur l'observance de certains jours religieux. Ces pratiques distinguaient concrètement les groupes au sein de la communauté romaine.

« morts » et « vivants »

Le couple ne désigne pas deux catégories morales mais l'ensemble des humains, ceux qui sont déjà décédés et ceux qui vivent encore. Dire que le Christ est Seigneur des uns et des autres, c'est affirmer que sa souveraineté n'a aucune frontière.

Ailleurs dans l’Écriture
2 Co 5, 15

Dans cette lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul énonce la même idée sous une forme presque identique : la mort du Christ arrache les croyants au fait de vivre pour eux-mêmes. Le rapprochement montre qu'il ne s'agit pas d'un argument improvisé pour régler une querelle romaine, mais d'une conviction de fond chez Paul.

Rm 6, 8-11

Quelques chapitres plus haut dans la même lettre, Paul avait déjà relié la mort et la vie du Christ à la condition du baptisé. Ce passage-ci en tire la conséquence pour la vie quotidienne : ce qui a été dit du baptême devient une règle de comportement envers les autres croyants.

Ph 1, 20-21

Écrivant de prison aux chrétiens de Philippes, Paul applique à sa propre situation la même alternative vivre/mourir, et déclare que les deux issues lui sont bénéfiques. On y voit ce que produit concrètement l'affirmation de Romains 14 : une relativisation de la mort, non par mépris de la vie mais par appartenance au Christ.

1 Th 5, 10

Dans l'une de ses lettres les plus anciennes, Paul emploie déjà le couple « éveillés ou endormis » — les vivants et les morts — pour dire que le Christ est mort afin que tous vivent avec lui. La formule de Romains reprend ce schéma en le durcissant sous forme de parallélisme.

Clés de lecture
Une double négation avant toute affirmation

Paul commence par écarter une évidence : que l'existence de chacun soit sa propre affaire. Il ne dit pas d'abord ce qu'il faut faire, mais à qui l'on est. L'affirmation positive n'arrive qu'ensuite, comme une conséquence.

La symétrie vie/mort

Les deux termes reviennent quatre fois en trois versets, toujours appariés. Ce balancement produit l'effet visé : aucune des deux situations n'échappe à l'appartenance au Christ, donc aucune ne peut être invoquée pour se réserver à soi-même.

Le passage de l'exhortation au kérygme

Au dernier verset, l'argument change de registre : Paul cesse de parler des croyants pour parler du Christ. Le fondement de la règle de vie n'est pas un principe général de tolérance, mais un événement — la mort et la vie du Christ — dont découle sa seigneurie.

Ce que Paul ne fait pas

Il ne dit pas qui a raison dans la querelle alimentaire, et ne demande pas d'uniformiser les pratiques. Son intervention désarme le jugement mutuel sans supprimer la différence des convictions, ce qui est une manière très particulière de traiter un conflit.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle une tension communautaire en rappelant que le croyant n'est pas son propre maître : ce qu'il fait, mange ou omet relève de sa relation au Christ, non du contrôle des autres. La conclusion du passage énonce une affirmation centrale de la foi chrétienne : le Christ, par sa mort et sa résurrection, exerce une souveraineté qui s'étend aux vivants et aux morts.

La tradition catholique lit ces versets comme l'un des textes où s'exprime le sens chrétien de la mort : elle n'est pas la fin de l'appartenance au Christ, mais un moment qu'elle traverse. Ils sont donc lus volontiers dans la liturgie des défunts et dans la réflexion sur les fins dernières. Ils fondent aussi une attitude ecclésiale précise : la communion entre chrétiens ne repose pas sur l'uniformité des pratiques mais sur une appartenance commune qui interdit de se juger les uns les autres.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est une exhortation morale — un passage où l'auteur ne raconte pas mais oriente l'agir de ses lecteurs. Sa particularité est de fonder cette morale sur une affirmation de foi : Paul argumente en remontant à ce qui est arrivé au Christ.

La forme est très travaillée : phrases courtes, symétries entre vivre et mourir, reprise des mêmes mots. Ce rythme, proche d'une formule que l'on pourrait retenir par cœur, suggère que Paul reprend ou façonne une expression déjà familière aux communautés.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est de Paul, dictée vraisemblablement depuis Corinthe vers les années 56-58, alors qu'il prépare un voyage à Jérusalem puis à Rome. Elle est adressée à une communauté qu'il n'a pas fondée et qu'il n'a jamais visitée : c'est sa lettre la plus construite, comme une présentation d'ensemble de son Évangile avant de se présenter en personne.

Les chrétiens de Rome vivent dans la capitale de l'Empire, en petits groupes réunis dans des maisons, avec des traditions alimentaires et calendaires héritées du judaïsme pour certains, absentes chez d'autres. Le conflit dont traite le chapitre 14 est donc un problème réel de cohabitation, et non un cas d'école.

Lectures et références
  • Rm 14, 1-4 — Le cas concret — les aliments, le mépris réciproque — qui précède immédiatement et motive ces versets.
  • Rm 14, 10-12 — La conséquence que Paul tire aussitôt : personne n'a à juger son frère, puisque tous répondront devant Dieu.
  • Catéchisme, § 1010 — Le Catéchisme y expose le sens chrétien de la mort à partir de l'appartenance au Christ affirmée ici.
  • Catéchisme, § 668 — Sur la seigneurie du Christ ressuscité, qui s'étend à toute l'histoire et à tous les vivants comme aux morts.

À retenir

Paul désamorce une querelle interne non en tranchant le débat, mais en rappelant que vivants ou morts, les croyants appartiennent au Christ et non à eux-mêmes.

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Évangile

Matthieu 18, 21-35

« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois »

21 Alors Pierre s’approchant de lui : « Seigneur, dit-il, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? »

22 Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.

23 « C’est pourquoi le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.

24 Le règlement des comptes étant commencé, on lui amena un homme qui lui devait dix mille talents.

25 Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’on le vendît, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait pour acquitter sa dette.

26 Le serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait en disant : Aie patience envers moi, et je te paierai tout.

27 Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette.

28 Le serviteur, à peine sorti, rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Le saisissant à la gorge, il l’étouffait en disant : Paie ce que tu dois.

29 Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait en disant : Aie patience envers moi, et je te paierai tout.

30 Mais lui, sans vouloir l’entendre, s’en alla et le fit mettre en prison jusqu’à ce qu’il payât sa dette.

31 Ce que voyant, les autres serviteurs en furent tout contristés, et ils vinrent raconter à leur maître ce qui s’était passé.

32 Alors le maître l’appela et lui dit : Serviteur méchant, je t’avais remis toute ta dette, parce que tu m’en avais supplié.

33 Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ?

34 Et son maître irrité le livra aux exécuteurs, jusqu’à ce qu’il eût payé toute sa dette.

35 Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage clôt le quatrième grand discours de Jésus dans l'évangile selon Matthieu, souvent appelé le discours communautaire (chapitre 18) : Jésus y explique à ses disciples comment vivre ensemble — accueillir les petits, ne pas les scandaliser, aller chercher la brebis égarée, et reprendre en privé le frère qui a commis une faute avant d'en appeler à la communauté.

Juste avant, Jésus a donné une procédure de correction fraternelle en trois étapes. Pierre enchaîne aussitôt avec une question de mesure : combien de fois faut-il recommencer à pardonner ? La réponse de Jésus, puis la parabole qui la développe, forment la conclusion du discours ; le chapitre 19 ouvrira ensuite la montée vers la Judée et Jérusalem.

En semaine, l'évangile est lu de façon continue, chapitre après chapitre : ce découpage suit simplement le fil du livre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Pierre

Pêcheur de Galilée appelé aussi Simon, il fait partie des douze disciples les plus proches de Jésus et parle souvent au nom du groupe dans l'évangile selon Matthieu.

Il pose la question qui déclenche tout le passage, en proposant lui-même un chiffre généreux pour l'époque ; sa question sert de tremplin à l'enseignement.

Jésus

Le maître itinérant de Galilée dont l'évangile raconte la prédication ; il instruit ici son groupe de disciples réunis autour de lui.

Il refuse de fixer une limite chiffrée au pardon et raconte une parabole qui replace la question dans le rapport de chacun à Dieu.

le roi (le maître)

Personnage de la parabole : un souverain qui vérifie les comptes de ses administrateurs, comme le faisaient les grands royaumes de l'Orient ancien.

Il figure Dieu : il remet une dette hors de proportion, puis revient sur sa décision devant la dureté du bénéficiaire.

le serviteur endetté

Personnage de la parabole : non pas un domestique, mais un haut fonctionnaire chargé de sommes considérables au nom du roi.

Il reçoit une remise totale et refuse aussitôt un délai minime à un autre : le contraste entre les deux scènes est le ressort du récit.

les compagnons de service

Les autres serviteurs du même maître, témoins de la scène dans la parabole.

Leur tristesse et leur démarche auprès du roi introduisent le retournement final ; ils représentent la communauté qui voit et souffre de la dureté de l'un des siens.

Mots à connaître
dix mille talents

Le talent était la plus grosse unité de compte de l'Antiquité ; dix mille en était le plus grand nombre exprimable simplement en grec. La somme évoquée dépasse le budget annuel d'une province entière : elle est délibérément impossible, et signale d'emblée qu'aucun remboursement n'est envisageable.

cent pièces d'argent

Il s'agit de cent deniers, soit environ cent journées de travail d'un ouvrier agricole : une somme réelle, non négligeable, mais sans commune mesure avec la précédente. L'écart entre les deux dettes est de l'ordre de un à plusieurs centaines de milliers.

vendre l'homme, sa femme et ses enfants

La mise en esclavage pour dettes existait dans le monde antique, y compris sous forme de saisie de la famille du débiteur. La loi d'Israël la limitait fortement ; le détail sert ici à mesurer la gravité de la situation, non à approuver la pratique.

les bourreaux

Le mot désigne des geôliers chargés d'appliquer la torture pour faire avouer où sont cachés des biens ou faire payer la famille. C'est un trait réaliste des royaumes orientaux, employé pour marquer la gravité du retournement final.

le royaume des Cieux

Expression propre à l'évangile selon Matthieu, qui évite par respect de prononcer le nom de Dieu : elle équivaut au « règne de Dieu » des autres évangiles. Elle ne désigne pas d'abord un lieu après la mort, mais l'exercice actuel de la royauté de Dieu sur le monde.

« mon frère »

Dans le vocabulaire du chapitre 18, le mot ne renvoie pas à la parenté de sang mais à un membre de la même communauté croyante. La question de Pierre porte donc sur les conflits internes à un groupe qui doit continuer à vivre ensemble.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 17, 3-4 même épisode, autre évangile

Luc rapporte un enseignement voisin sur le pardon répété, avec un chiffre différent (sept fois par jour) et sans parabole. Chez Luc, l'accent porte sur le frère qui se repent ; chez Matthieu, la parabole déplace le regard vers la dette que chacun a d'abord reçue en pardon. Le rapprochement montre comment chaque évangéliste met en forme une même parole selon son projet.

Gn 4, 23-24 Ancien Testament

Dans le chant de Lamek, un descendant de Caïn se vante d'une vengeance démesurée, jusqu'à soixante-dix-sept fois. La formule de Jésus reprend le même type de chiffre pour l'inverser : là où la violence archaïque se multipliait sans mesure, c'est désormais le pardon qui n'a plus de compte.

Mt 6, 12

Dans le Notre Père, la demande de pardon est explicitement liée au pardon accordé aux autres, et Matthieu y revient immédiatement après la prière (Mt 6, 14-15). La parabole du chapitre 18 en est le développement narratif : elle raconte ce que cette demande engage.

Clés de lecture
Un chiffre qui refuse d'être un chiffre

Pierre propose sept, nombre de plénitude qui allait déjà bien au-delà des usages de son temps. La réponse de Jésus multiplie ce chiffre jusqu'à l'absurde, non pour fixer un nouveau quota mais pour faire sortir le pardon de toute comptabilité. L'expression est d'ailleurs traduite tantôt par soixante-dix-sept fois, tantôt par soixante-dix fois sept fois : l'ambiguïté du grec est réelle et ne change rien au sens.

Deux scènes rigoureusement parallèles

Les deux rencontres se déroulent avec les mêmes gestes et presque les mêmes mots : un débiteur à terre, une demande de délai identique. Seules changent l'ampleur de la dette et la réponse donnée. Ce parallélisme rend la faute du serviteur immédiatement visible sans que le récit ait besoin de la commenter.

L'ordre du pardon

La parabole ne demande pas de pardonner pour obtenir d'être pardonné : la remise de dette vient en premier, gratuitement. Le pardon accordé aux autres est présenté comme la conséquence normale de celui qu'on a reçu, et son refus revient à annuler ce que l'on avait accepté.

Le retournement final

Le maître revient sur sa décision, ce qui surprend dans une parabole sur la miséricorde. La phrase de conclusion en tire l'application : le passage ne décrit pas un Dieu changeant d'humeur, mais avertit qu'un pardon reçu et refusé aux autres se détruit lui-même.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus règle une question de vie communautaire : les offenses entre membres d'un même groupe ne se traitent pas par un décompte, parce que la mesure du pardon a été fixée ailleurs, dans ce que Dieu remet à chacun.

La tradition catholique lit la dette impossible comme l'image du péché, dont nul ne peut s'acquitter par ses propres moyens, et la remise gratuite comme l'annonce de ce que le Christ accomplit dans sa Passion. La liturgie et la prière chrétienne ont retenu ce lien : la demande de pardon du Notre Père est la seule à comporter une condition formulée par celui qui prie lui-même. La conclusion sévère du passage n'oppose pas un Dieu vengeur à un Dieu miséricordieux ; elle indique qu'un cœur fermé se rend incapable de recevoir ce qui lui est offert. Le sacrement de la réconciliation, dans la pratique catholique, s'appuie sur cette logique : accueillir un pardon dont on n'est pas la source engage à le laisser circuler.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage combine deux formes. D'abord un bref dialogue d'enseignement : une question d'un disciple, une réponse qui déplace la question.

Ensuite une parabole, c'est-à-dire un récit fictif à un seul point de mire. Les chiffres y sont volontairement invraisemblables et ne doivent pas être lus comme une information économique : leur démesure est l'argument. Une parabole ne se décompose pas élément par élément ; elle vise l'effet d'ensemble, ici le contraste entre deux scènes symétriques.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Matthieu, collecteur d'impôts appelé par Jésus. La recherche moderne discute cette attribution ; l'accord est plus large pour situer la rédaction dans les décennies 70-90, en milieu de langue grecque marqué par la culture juive, sans doute en Syrie.

Les destinataires sont des communautés chrétiennes issues du judaïsme, familières des Écritures d'Israël, et confrontées à des tensions internes : le chapitre 18 tout entier répond à des questions de vie commune concrètes, dont celle des offenses répétées entre membres.

Lectures et références
  • Mt 6, 14-15 — Le commentaire que Matthieu place juste après le Notre Père énonce en clair le principe que la parabole met en récit.
  • Mt 18, 15-20 — Les versets qui précèdent immédiatement décrivent la démarche de correction fraternelle à laquelle la question de Pierre fait suite.
  • Catéchisme, § 2843 — Le Catéchisme commente ce passage en montrant que le pardon chrétien ne relève pas d'un calcul mais d'une transformation intérieure.
  • Catéchisme, § 982 — Rappelle qu'aucune faute n'est trop grande pour être remise à qui la reconnaît.

À retenir

À la question « combien de fois ? », Jésus ne répond pas par un nombre plus grand mais par une parabole qui rend la question elle-même impossible : celui qui a reçu une remise sans commune mesure n'est plus en position de tenir des comptes.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(hom. 61.) Pierre croit avoir fait un acte héroïque ; mais que lui répond Jésus, le tendre ami des hommes ? « Jésus lui dit : Je ne vous dis pas jusqu’à sept fois, » etc.

S. Augustin

(serm. 16 sur les paroles du Seigneur.) J’ose le dire, quand même il aurait péché septante fois huit fois, pardonnez-lui ; eût-il péché cent fois, pardonnez-lui encore ; en un mot, toutes les fois qu’il pèche, ne cessez de lui pardonner. Car si Jésus-Christ, bien qu’il ait trouvé en nous des milliers de péchés, nous les a tous pardonnés, ne refusez donc pas de faire vous-mêmes miséricorde, ainsi que l’Apôtre vous le recommande en ces termes (Col 3) : « Vous pardonnant entre vous les sujets de plainte que vous pourriez avoir les uns contre les autres, comme Dieu vous a pardonné en Jésus-Christ (cf. 2 Co 5, 10). »

S. Chrys

(hom. 61.) En disant : « Jusqu’à septante fois sept fois, le Sauveur ne précise pas un nombre et ne circonscrit pas le pardon dans un chiffre quelconque, mais il veut dire qu’il ne faut mettre aucune restriction, aucune limite à ce pardon.

S. Augustin

(serm. 16 sur les paroles du Seigneur.) Cependant ce n’est point au hasard que le Sauveur choisit le nombre de septante fois sept fois ; car la loi a été donnée en dix commandements. Si la loi est représentée par le nombre dix, le péché l’est par le nombre onze, car il va au delà du nombre dix. Le nombre sept se prend ordinairement pour un tout complet, car le temps fait sa révolution en sept jours. Or, onze fois sept font soixante-dix-sept ; le Sauveur, en choisissant ce nombre soixante-dix-sept, a donc voulu que tous les péchés que nos frères pourraient commettre fussent pardonnés.

42 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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