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Fête

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament

Nombres 21, 4-9

« Celui qui regardait vers le serpent de bronze restait en vie ! »

4 Ils partirent de la montagne de Hor par le chemin de la mer Rouge, pour tourner le pays d’Edom. Le peuple perdit patience dans ce chemin,

5 et il parla contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Égypte, pour que nous mourions dans le désert ? Il n’y a pas de pain, il n’y a pas d’eau, et notre âme a pris en dégoût cette misérable nourriture. »

6 Alors Yahweh envoya contre le peuple les serpents brûlants ; ils mordirent le peuple, et il mourut beaucoup de gens en Israël.

7 Le peuple vint à Moïse et dit : « Nous avons péché, car nous avons parlé contre Yahweh et contre toi. Prie Yahweh, afin qu’il éloigne de nous ces serpents. » Moïse pria pour le peuple.

8 Et Yahweh dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant et place-le sur un poteau ; quiconque aura été mordu et le regardera, conservera la vie. »

9 Moïse fit un serpent d’airain et le plaça sur un poteau, et, si quelqu’un était mordu par un serpent, il regardait le serpent d’airain, et il vivait.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre des Nombres raconte les quarante années de marche d'Israël entre la sortie d'Égypte et l'entrée en terre promise. Ce passage se place vers la fin du parcours : le roi d'Édom vient de refuser le passage sur son territoire, Aaron, le frère de Moïse, vient de mourir, et le peuple doit faire un long détour par le sud pour contourner le pays interdit.

C'est ce détour, épuisant et apparemment absurde, qui déclenche la scène : découragement, reproches adressés à Dieu et à Moïse, puis l'épisode des serpents et du signe de bronze. Aussitôt après, le récit reprend la liste des étapes et les premières victoires militaires à l'est du Jourdain.

La liturgie commence au milieu du verset 4, en laissant de côté l'indication d'itinéraire, pour entrer directement dans la crise. Ce texte est retenu pour la fête de la Croix glorieuse (14 septembre), où il est associé à l'évangile de Jean qui s'y réfère explicitement.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
le peuple

Les descendants de Jacob, sortis d'Égypte sous la conduite de Moïse, qui marchent depuis des années dans le désert du Sinaï vers le pays promis à leurs ancêtres.

Il incarne ici la lassitude collective : il conteste la sortie d'Égypte, méprise la nourriture reçue, puis reconnaît sa faute et demande une intercession.

Moïse

L'homme par qui Dieu a fait sortir Israël d'Égypte, qui a reçu la Loi au Sinaï et conduit le peuple durant toute la traversée du désert.

Il est d'abord la cible des reproches, puis il prie pour ceux-là mêmes qui l'accusaient, et il fabrique le signe que Dieu lui ordonne de dresser.

le Seigneur

Le Dieu d'Israël, désigné dans le texte hébreu par son nom propre, celui qui a lié une alliance avec ce peuple et le conduit à travers le désert.

Il réagit à la révolte, puis, sur la prière de Moïse, il ne supprime pas les serpents mais donne un moyen de survivre à leur morsure.

Mots à connaître
le désert

Il s'agit des zones arides du Sinaï et de la région d'Édom, où l'eau et la nourriture ne se trouvent qu'aux points d'étape. Dans la Bible, le désert n'est pas seulement un décor : c'est le lieu d'épreuve où se vérifie la confiance, et un thème majeur de la mémoire d'Israël.

cette nourriture misérable

Le peuple vise la manne, cette nourriture que le récit de l'Exode présente comme donnée chaque matin par Dieu durant la traversée. Le mépris exprimé ici est donc grave : c'est le don quotidien lui-même qui est rejeté.

serpents brûlants

L'hébreu emploie le mot saraph, qui évoque la brûlure, sans doute à cause de l'effet du venin. Le même mot désigne ailleurs dans la Bible des êtres célestes de feu, les séraphins : la langue joue ici sur une créature à la fois réelle et redoutable.

le mât

Le terme hébreu désigne une perche ou un étendard planté bien en vue, comme un signal de ralliement visible de loin dans un campement. L'objet est donc conçu pour être vu par tous, ce qui est le cœur du récit.

le bronze

Alliage de cuivre et d'étain, métal courant pour les objets durables dans le Proche-Orient ancien. En hébreu, le mot pour bronze et le mot pour serpent se ressemblent fortement, effet sonore que la traduction française ne peut pas rendre.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« Yahweh »

La traduction affichée, publiée en 1923, transcrit le nom propre de Dieu en hébreu ; les bibles d'aujourd'hui, comme le texte entendu à la messe, le rendent par « le Seigneur ».

« serpents brûlants »

C'est la traduction littérale du mot hébreu, qui évoque la brûlure du venin ; certaines versions modernes disent « serpents à la morsure brûlante » ou « serpents venimeux ».

Ailleurs dans l’Écriture
Jn 3, 14-15

Dans son entretien nocturne avec Nicodème, Jésus rapproche le serpent dressé par Moïse et le Fils de l'homme qui doit être « élevé ». Le verbe grec employé signifie à la fois hisser en hauteur et glorifier : l'évangile de Jean joue de ce double sens pour désigner la croix. C'est ce rapprochement qui explique la présence de la page des Nombres à la fête de la Croix.

Nb 11, 4-6 Ancien Testament

Un épisode antérieur du même livre montre déjà le peuple se plaindre de la manne et regretter la nourriture d'Égypte. La scène de Nb 21 reprend donc un schéma récurrent du désert : plainte, sanction, intercession de Moïse, salut. Le lecteur voit ainsi que ce récit n'est pas isolé mais une variation sur un motif connu.

2 R 18, 4 Ancien Testament

Des siècles plus tard, le roi Ézéchias fait détruire un serpent de bronze devenu objet de culte à Jérusalem, que la tradition rattachait à Moïse. Ce détail montre que l'objet a réellement existé et qu'il a fini par être vénéré pour lui-même. La Bible souligne ainsi que le signe ne valait que par la parole de Dieu qui l'accompagnait.

Sg 16, 5-7 Ancien Testament

Le livre de la Sagesse, écrit en grec bien plus tard, relit l'épisode et précise que celui qui se tournait vers l'objet n'était pas sauvé par ce qu'il voyait, mais par Dieu lui-même. Cette relecture interne à la Bible écarte toute interprétation magique du récit.

Clés de lecture
Une plainte qui inverse l'histoire

Le peuple présente la sortie d'Égypte non comme une libération mais comme une condamnation à mort. Ce retournement du souvenir est le vrai objet du récit : il montre comment le découragement réécrit le passé à l'envers.

Le mal n'est pas supprimé, il est traversé

Le peuple demande que les serpents soient éloignés ; Dieu répond autrement, en donnant un signe à regarder. Les morsures continuent, mais elles ne tuent plus. Le récit déplace ainsi la question : il ne s'agit pas d'éviter l'épreuve mais de la traverser vivant.

Le regard comme acte de confiance

L'objet dressé ne guérit pas par lui-même : ce qui sauve, c'est de se tourner vers lui, c'est-à-dire de croire à la parole qui l'accompagne. La Bible elle-même prendra soin de le préciser, et l'objet sera plus tard détruit quand il deviendra une idole.

Le rôle de l'intercesseur

Moïse, insulté par le peuple, prie pourtant pour lui. Cette figure du médiateur qui se tient entre Dieu et une communauté fautive traverse tout le Pentateuque et prépare la manière dont le Nouveau Testament présentera le Christ.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le passage enseigne à Israël que sa survie au désert ne tient pas à ses ressources mais à la fidélité de Dieu, et que le remède au mal vient de celui-là même contre qui le peuple a récriminé.

La lecture chrétienne, autorisée par l'évangile de Jean lui-même, voit dans le signe dressé sur le mât une figure de la croix. L'analogie est précise et paradoxale : ce qui est levé ressemble à ce qui donne la mort, comme le crucifié porte le poids du péché ; et c'est en le regardant avec foi que l'on reçoit la vie. Il ne s'agit pas d'un rapprochement décoratif, mais du fondement de la fête de la Croix glorieuse, où ce texte est lu.

La tradition catholique souligne que le salut ne vient jamais de l'objet mais de Dieu, et que le signe visible sert la foi sans s'y substituer, distinction essentielle pour comprendre le culte rendu à la croix.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit de murmure et de salut, forme narrative typique des traditions du désert : une plainte du peuple, une réponse divine qui frappe, une intercession, un remède donné par Dieu.

Le texte n'est pas un reportage mais un récit d'enseignement : il est construit pour faire ressortir le lien entre la parole de Dieu, le signe visible et la vie sauve. Le lire comme une chronique ferait manquer sa logique interne.

Qui écrit, et pour qui

Le livre des Nombres fait partie des cinq premiers livres de la Bible, que la tradition juive et chrétienne rattache à Moïse. Les travaux historiques y reconnaissent plutôt un ensemble composé en plusieurs étapes, à partir de traditions anciennes, et mis en forme au cours des siècles qui suivent, notamment après l'exil à Babylone (VIᵉ siècle avant notre ère).

Le public visé est un Israël qui relit son passé pour comprendre son présent : la génération du désert sert de miroir à des lecteurs tentés eux aussi par le découragement et le reproche. Le détail de la composition reste débattu entre spécialistes.

Lectures et références
  • Jn 12, 32 — Jésus reprend l'image de l'élévation et l'applique à sa propre mort, prolongeant le rapprochement avec le signe de Moïse.
  • 1 Co 10, 9-11 — Paul rappelle l'épisode des serpents et déclare que ces événements ont été écrits pour instruire les lecteurs chrétiens.
  • Catéchisme, § 2130 — Le Catéchisme cite le serpent de bronze parmi les images voulues par Dieu qui orientaient symboliquement vers le salut.
  • Catéchisme, § 2577 — Le Catéchisme présente Moïse comme le type de l'intercesseur qui prie pour le peuple pécheur.

À retenir

Dieu ne retire pas l'épreuve mais donne un signe à regarder : ce que le peuple obtient n'est pas la disparition des serpents, c'est de survivre à leur morsure en se tournant vers ce que Dieu a fait dresser.

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Échanges

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Deuxième lecture Nouveau Testament

Philippiens 2, 6-11

« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté »

6 bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu ;

7 mais il s’est anéanti lui-même, en prenant la condition d’esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui ;

8 il s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix.

9 C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,

10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers,

11 et que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

La lettre aux Philippiens, adressée par Paul à la communauté chrétienne de Philippes, en Macédoine (nord de la Grèce actuelle), arrive au chapitre 2 après une exhortation à l'unité et au fait de préférer les autres à soi-même, avec cette invitation : avoir entre eux les dispositions qui sont celles du Christ Jésus.

Vient alors un poème sur le Christ, inséré là par Paul. Il ne démontre rien. Il donne à contempler un mouvement, celui d'un abaissement suivi d'une élévation. Juste après, Paul reprend la parole en son nom et en tire les conséquences pratiques pour la vie de la communauté.

Dans le lectionnaire, ce texte revient aux célébrations centrées sur la Passion et sur la seigneurie du Christ, où la liturgie veut l'accord entre les lectures.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le Christ Jésus

Jésus de Nazareth, que les chrétiens confessent comme le Fils de Dieu fait homme. « Christ » n'est pas un nom de famille mais un titre, qui traduit l'hébreu mashiah, « celui qui a reçu l'onction », l'envoyé de Dieu attendu par Israël.

Il est le sujet unique du poème : c'est lui qui descend librement jusqu'à la mort, et lui que Dieu élève au-dessus de tout.

Dieu (le Père)

Dans le vocabulaire de Paul, « Dieu » désigne habituellement le Père, source de tout, que les chrétiens distinguent du Fils sans les séparer.

Il n'agit qu'à partir du milieu du texte : le mouvement d'abaissement est celui du Christ, la réponse d'exaltation et le don du Nom viennent du Père.

Paul

Juif pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Il a fondé plusieurs communautés en Grèce et en Asie mineure et leur écrit des lettres, appelées aussi épîtres.

Il n'apparaît pas dans le poème, mais c'est lui qui le cite et l'encadre, pour appuyer une exhortation très concrète à l'humilité entre chrétiens de Philippes.

Les Philippiens

Petite communauté chrétienne d'une colonie romaine de Macédoine, à laquelle Paul est particulièrement attaché et qui l'a soutenu matériellement.

Destinataires du texte : traversés par des tensions internes, ils reçoivent ce poème comme le modèle de l'attitude à adopter les uns envers les autres.

Ailleurs dans l’Écriture
Is 45, 22-23 Ancien Testament

Le prophète y fait dire à Dieu lui-même que devant lui tout genou fléchira et toute langue le reconnaîtra : affirmation de l'unicité de Dieu face aux idoles. Le poème de Philippiens reprend ces mots et les rapporte au nom de Jésus. Le déplacement est considérable, puisque ce qui était réservé au Dieu d'Israël se trouve appliqué au Christ.

Is 52, 13 – 53, 12 Ancien Testament

Ces chants décrivent un « serviteur » humilié, défiguré, mis à mort pour la multitude, puis relevé et élevé par Dieu. Le vocabulaire du serviteur et l'enchaînement humiliation-exaltation du poème s'y enracinent. La lecture chrétienne y voit une des matrices de la manière dont les premiers croyants ont compris la mort de Jésus.

Col 1, 15-20

La lettre aux Colossiens contient un autre poème sur le Christ, image du Dieu invisible, par qui tout a été créé et en qui tout est réconcilié « par le sang de sa croix ». Le rapprochement montre que les premières communautés chantaient le Christ sous forme d'hymnes avant même que ces textes ne soient repris dans les lettres. Colossiens insiste sur la dimension cosmique. Philippiens, sur la descente.

Clés de lecture
Une courbe en deux temps

La première moitié décrit une descente volontaire, du rang le plus haut jusqu'au point le plus bas, la mort infligée à un condamné. La seconde, introduite par un « c'est pourquoi », décrit la remontée. Mais c'est l'œuvre de Dieu. Le Christ est sujet actif de son abaissement, et objet de son exaltation : ce renversement grammatical porte tout le sens.

Un exemple, non une spéculation

Ce poème n'est pas là pour définir l'identité du Christ dans l'abstrait, mais pour régler un problème de vie commune à Philippes. L'argument tient en une ligne : celui qui pouvait tout garder n'a rien retenu. La conséquence, que Paul tire juste après, concerne les relations concrètes entre chrétiens.

Le Nom donné

Le « Nom au-dessus de tout nom » n'est pas nommé, mais le dernier vers le livre : Kyrios, « Seigneur », titre que la Bible grecque employait pour désigner Dieu. La reconnaissance universelle qui s'ensuit ne diminue pas le Père. Elle tourne, dit le texte, à sa gloire.

La croix nommée

L'obéissance jusqu'à la mort aurait pu suffire ; le texte ajoute une précision qui aggrave encore l'abaissement, la croix. Certains y voient une intervention de Paul lui-même dans un poème reçu. Le point le plus bas de la courbe est ainsi désigné avec insistance.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul propose aux Philippiens un modèle de comportement : renoncer volontairement au rang et à la préséance, le Christ en étant la mesure inégalée.

La tradition catholique lit ici l'une des expressions les plus anciennes du mystère de l'Incarnation et de la Pâque. Le Fils, de condition divine, assume véritablement la condition humaine jusqu'à la mort, et sa résurrection est comprise comme l'exaltation dont parle la seconde partie. Le terme grec traduit par « s'anéantir », kenōsis, est devenu classique pour désigner cet abaissement.

Le dernier vers, qui confesse Jésus comme Seigneur, passe pour l'une des plus brèves professions de foi chrétiennes ; il montre que l'adoration adressée au Christ ne concurrence pas celle du Père mais la sert. La descente et l'élévation dessinent le chemin proposé à toute vie chrétienne, où l'abaissement n'est pas une fin mais un passage.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ni récit ni démonstration : un hymne, poème chanté ou proclamé dans l'assemblée. D'où la densité des formules, l'absence d'explications et cette structure en deux versants symétriques.

Un tel texte ne se décompose pas phrase par phrase comme un exposé doctrinal. Il faut d'abord en percevoir le mouvement d'ensemble, une descente puis une élévation, avant d'en peser les termes.

Qui écrit, et pour qui

La lettre est attribuée à Paul et son authenticité est peu discutée : le ton personnel, l'affection pour cette communauté, les détails concrets. Paul écrit en captivité. Reste à savoir où : Rome, Éphèse ou Césarée, ce qui fait varier la datation entre les années 50 et 60 environ.

Beaucoup de commentateurs pensent que le poème est antérieur à Paul. Son rythme, son vocabulaire inhabituel et sa construction suggèrent un chant déjà en usage dans les assemblées chrétiennes, que Paul se contenterait de citer. La question reste ouverte. Elle ne change rien au fait qu'il l'assume pleinement.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 461 — Le Catéchisme s'appuie sur ce poème pour expliquer ce que l'Église appelle l'Incarnation.
  • Catéchisme, § 449 — Éclaire l'attribution à Jésus du titre de Seigneur, réservé à Dieu dans l'Ancien Testament.
  • Mc 10, 45 — Jésus y définit lui-même sa mission comme un service allant jusqu'au don de sa vie, ce que le poème condense.
  • Jn 1, 14 — Autre formulation de l'entrée du Verbe de Dieu dans la condition humaine.
  • Ph 2, 1-5 — Les versets qui précèdent immédiatement, où Paul explique pourquoi il cite ce poème.

À retenir

Un hymne très ancien qui décrit le Christ en une seule courbe, d'un abaissement librement choisi jusqu'à la croix à une élévation reçue de Dieu, et que Paul cite pour régler une question de vie commune.

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Évangile

Jean 3, 13-17

« Il faut que le Fils de l’homme soit élevé »

13 Et nul n’est monté au ciel si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.

14 Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,

15 Afin que tout homme qui croit en lui [ne périsse pas, mais qu’il] ait la vie éternelle.

16 En effet, Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

17 Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

On est au tout début de l'évangile selon Jean, après les noces de Cana et le geste de Jésus chassant les marchands du Temple de Jérusalem. Nicodème, un notable juif, est venu trouver Jésus de nuit ; leur entretien a porté sur la nécessité de « naître d'en haut » pour voir le Royaume de Dieu, et Nicodème n'a pas compris.

Ces cinq versets forment la fin de l'entretien, ou plutôt le moment où la voix de Jésus se prolonge en une méditation dont on ne sait plus très bien où s'arrête le dialogue et où commence le commentaire de l'évangéliste : le grec ancien n'utilisait pas de guillemets, et les traducteurs placent la fin de la citation à des endroits différents.

Le passage est lu à la fête de la Croix glorieuse (14 septembre), où il est choisi pour la fête : l'image du serpent élevé dans le désert et celle du Fils de l'homme élevé y donnent la clé de ce que cette fête célèbre.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Dans l'évangile selon Jean, Jésus est présenté dès les premières lignes comme la Parole de Dieu venue habiter parmi les hommes. Il enseigne ici en dialoguant avec un interlocuteur unique, comme souvent chez Jean.

Il parle de lui-même à la troisième personne, sous le titre de « Fils de l'homme », et annonce de manière voilée sa mort sur la croix.

Nicodème

Un pharisien, c'est-à-dire un membre d'un courant juif très attaché à l'observance de la Loi, et notable du conseil des Juifs. Il reparaît deux fois chez Jean : pour défendre Jésus devant ses collègues, puis pour l'ensevelir.

Il n'intervient pas dans ces versets, mais c'est à lui que le discours s'adresse : il est l'auditeur silencieux d'une révélation qui le dépasse.

Moïse

Le libérateur d'Israël, celui qui a conduit le peuple hors d'Égypte à travers le désert et reçu la Loi. Il est la grande figure de référence pour tout interlocuteur juif de Jésus.

Il est évoqué à travers un épisode précis du désert, servant de terme de comparaison pour éclairer ce qui va arriver à Jésus.

Mots à connaître
Le serpent de bronze

Pendant la traversée du désert, le peuple révolté est mordu par des serpents ; Dieu ordonne à Moïse de fabriquer un serpent de métal et de le fixer au sommet d'une perche, et quiconque le regarde survit. L'objet a réellement existé dans le Temple de Jérusalem avant d'être détruit par le roi Ézéchias, parce qu'on avait fini par lui rendre un culte.

Le Fils de l'homme

Expression que Jésus emploie constamment pour se désigner. En hébreu, elle signifie d'abord simplement « l'être humain », mais le livre de Daniel l'applique à une figure mystérieuse venant des nuées recevoir de Dieu la royauté. Le titre joue donc sur les deux registres : l'humanité et l'origine céleste.

« Élevé »

Le verbe grec employé ici signifie à la fois « hisser en hauteur » et « exalter, glorifier ». Jean utilise cette ambivalence à dessein : la croix, instrument de supplice, est en même temps le lieu où Jésus est glorifié.

« Le monde »

Chez Jean, ce mot désigne l'humanité en tant qu'elle est éloignée de Dieu, souvent avec une nuance d'hostilité. Il est d'autant plus frappant que ce soit précisément ce monde-là qui est dit aimé de Dieu.

La vie éternelle

L'expression ne désigne pas seulement une survie après la mort, mais une qualité de vie qui commence dès maintenant : la communion avec Dieu. Chez Jean, elle est présentée comme déjà donnée à celui qui croit.

Ailleurs dans l’Écriture
Nb 21, 4-9 Ancien Testament

C'est l'épisode auquel le passage renvoie : mordu par des serpents dans le désert, le peuple est guéri en regardant un serpent de bronze que Moïse dresse sur une perche. Le récit insiste sur le regard porté vers l'objet élevé, non sur l'objet lui-même. La comparaison johannique déplace donc l'attention : ce qui sauve, ce n'est pas un talisman, c'est le fait de regarder vers celui qui est élevé.

Jn 12, 32

Plus loin dans le même évangile, Jésus reprend le verbe « élever » et l'évangéliste précise aussitôt qu'il désignait ainsi le genre de mort qui l'attendait. Ce rapprochement confirme que le double sens du mot — être hissé sur une croix, être exalté dans la gloire — est voulu par l'auteur.

Mc 8, 31 même épisode, autre évangile

Chez Marc, Matthieu et Luc, Jésus annonce sa Passion en termes narratifs : le Fils de l'homme doit souffrir, être rejeté, être tué, ressusciter. Jean ne procède pas ainsi : il condense l'annonce dans une image unique, celle de l'élévation, qui tient ensemble la croix et la glorification. La différence n'est pas une contradiction mais un choix de composition propre à chaque évangéliste.

Clés de lecture
Descendre et monter

Le passage s'ouvre sur un mouvement à double sens : nul ne monte vers Dieu par ses propres forces ; seul peut y remonter celui qui en est d'abord descendu. L'accès au ciel n'est donc pas décrit comme une ascension humaine mais comme le retour de celui qui est venu chercher les hommes.

L'initiative vient de Dieu

Trois verbes se succèdent, tous ayant Dieu pour sujet : il a aimé, il a donné, il a envoyé. Le mouvement du salut part de Dieu et non de la réponse humaine, même si la foi de l'homme est nommée comme la condition pour recevoir.

Sauver, non juger

Le dernier verset écarte explicitement l'idée d'une venue destinée à condamner. Le jugement n'est pas supprimé pour autant dans l'évangile de Jean : les versets qui suivent immédiatement précisent qu'il se joue dans l'accueil ou le refus de la lumière, l'homme se déterminant lui-même.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ces versets annoncent de façon voilée la mort de Jésus sur la croix et en donnent d'avance l'interprétation : ce n'est pas un échec, c'est le geste par lequel Dieu se donne au monde.

La tradition catholique y lit l'un des énoncés les plus condensés de ce qu'elle appelle l'économie du salut, c'est-à-dire le plan de Dieu déployé dans l'histoire : l'amour est premier, le don du Fils en est la manifestation, la foi en est l'accueil. Le rapprochement avec le serpent du désert est une lecture dite figurative : un événement ancien, réel en lui-même, est reconnu après coup comme l'esquisse de ce qui arrive en Jésus. Le regard qui sauvait les Hébreux mordus devient le regard de foi porté vers le crucifié.

C'est pourquoi la fête de la Croix glorieuse retient ce texte : elle ne célèbre pas la souffrance pour elle-même, mais la croix comme lieu où l'amour de Dieu est rendu visible.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours de révélation, forme caractéristique de l'évangile selon Jean : un dialogue s'amorce, l'interlocuteur décroche, et la parole de Jésus se déploie seule en une méditation.

On n'y cherchera donc pas un récit d'événements mais une explication du sens. Le texte procède par images (le serpent élevé) et par affirmations denses articulées par des « afin que » qui indiquent chaque fois le but poursuivi par Dieu.

Qui écrit, et pour qui

Le quatrième évangile est attribué par la tradition à Jean, l'un des Douze compagnons choisis par Jésus, identifié au « disciple que Jésus aimait ». Les spécialistes discutent aujourd'hui de l'identité exacte du rédacteur final et parlent volontiers d'une communauté ou d'une école johannique, sans que la question soit tranchée.

La rédaction est généralement située vers la fin du premier siècle, pour des chrétiens de langue grecque en contact étroit avec le judaïsme, dans un contexte de séparation douloureuse d'avec la synagogue. Cet évangile est nettement plus tardif et plus méditatif que ceux de Marc, Matthieu et Luc.

Lectures et références
  • Jn 3, 1-12 — Le début de l'entretien avec Nicodème, sans lequel le passage semble commencer en pleine phrase.
  • Dn 7, 13-14 — L'origine du titre « Fils de l'homme » comme figure céleste recevant la royauté.
  • 1 Jn 4, 9-10 — Une lettre du même milieu johannique reformule presque terme à terme l'affirmation sur l'amour de Dieu manifesté par l'envoi du Fils.
  • Catéchisme, § 219 — Le Catéchisme s'appuie sur ce passage pour parler de l'amour de Dieu envers l'humanité.
  • Catéchisme, § 457 — Sur la raison de la venue du Verbe : sauver l'homme.

À retenir

L'image du serpent élevé dans le désert donne par avance le sens de la croix : un supplice qui devient, pour qui le regarde avec foi, le lieu où l'amour de Dieu se manifeste et sauve.

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Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Augustin

(Du bapt. des enfants, 1, 31.) Après avoir relevé l’ignorance de ce pharisien qui s’élevait au-dessus des autres à cause de son titre de docteur, et blâmé l’incrédulité de ceux qui refusent de recevoir le témoignage de la vérité, Notre-Seigneur ajoute qu’il en est cependant qui croiront malgré l’incrédulité des autres, et à cette question : « Comment cela peut-il se faire ? » il répond : « Et personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel, » paroles dont voici le sens : L’effet de la génération spirituelle est de rendre les hommes célestes de terrestres qu’ils étaient, grâce qu’ils ne peuvent obtenir qu’en devenant mes membres, de manière que celui qui monte soit le même qui est descendu, c’est-à-dire que Notre-Seigneur regarde son corps ou son Eglise, comme lui-même.

S. Grég

(Moral,, 27, 11.) Comme nous sommes devenus une seule chose avec lui, il remonte seul avec nous dans le ciel d’où il est descendu seul en lui-même ; et ainsi celui qui reste toujours dans le ciel, ne cesse de monter tous les jours dans le ciel.

S. Augustin

(Du bapt. des enfants.) Bien que ce soit sur la terre qu’il soit devenu Fils de l’homme, il n’a point jugé indigne de sa divinité qui est descendue jusqu’à nous de porter le nom de Fils de l’homme, tout en restant dans le ciel, de même qu’il a honoré son humanité du nom de Fils de Dieu, car l’unité de personne qui existe entre les deux natures fait qu’il n’y a qu’un seul Christ et fils de Dieu qui s’est rendu visible sur la terre, de même que le Fils de l’homme demeurait dans les deux. La foi a des mystères plus incroyables, prépare à croire des vérités moins difficiles ; car si la nature divine si éloignée de nous a pu cependant s’unir à la nature humaine, de manière à ne former qu’une seule personne ; il est bien plus facile de croire que les hommes sanctifiés ne fassent qu’un avec le Fils de Dieu fait homme, et que tandis que tous montent au ciel par un effet de sa grâce, il monte lui seul au ciel d’où il est descendu.

S. Chrys

(hom. 27.) Ou bien encore, comme Nicodème l’avait abordé en lui disant : « Nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu, » Notre-Seigneur veut détruire l’idée qui faisait de lui un maître à la manière des nombreux prophètes qui avaient paru sur la terre, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Et personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel. »

27 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

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