Aller au contenu
comprendrelamesse.fr

Fête

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Ancien Testament Forme longue

Michée 5, 1-4

« Jusqu’au jour où enfantera...celle qui doit enfanter »

1 Et toi, Bethléem Ephrata, petite pour être entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit être dominateur en Israël, et ses origines dateront des temps anciens, des jours de l’éternité.

2 C’est pourquoi il les livrera, jusqu’au temps où celle qui doit enfanter aura enfanté ; et le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël.

3 Il se tiendra ferme, et il paîtra ses brebis, dans la force de Yahweh, dans la majesté du nom de Yahweh, son Dieu ; et on demeurera en sécurité, car maintenant il sera grand, jusqu’aux extrémités de la terre.

4 C’est lui qui sera la paix. Quand l’Assyrien viendra dans notre pays, et que son pied foulera nos palais, nous ferons lever contre lui sept pasteurs, et huit princes du peuple.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le livre de Michée alterne des oracles de menace et des promesses de salut. Les chapitres 4 et 5 forment un bloc d'espérance : après l'annonce de la ruine de Jérusalem, le prophète décrit la montagne du Seigneur attirant les nations, puis l'angoisse d'une ville assiégée dont le chef est humilié.

C'est immédiatement à ce moment de détresse que surgit notre passage : contre toute attente, le sauveur ne viendra pas de la capitale ni de son palais, mais d'un village obscur, Bethléem, le bourg d'origine du roi David. L'oracle s'arrête ici juste avant que le texte n'évoque la menace assyrienne, pour garder au premier plan la figure du chef pacifique.

Le lectionnaire retient ce texte pour les célébrations qui touchent à la naissance du Messie et à celle qui l'enfante ; dans une fête, les lectures sont choisies délibérément en fonction du mystère célébré.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Le Seigneur

Le Dieu d'Israël, qui parle par la bouche des prophètes. La formule d'ouverture signale que ce qui suit n'est pas une opinion du prophète mais une parole reçue.

Il est celui qui choisit le lieu, suscite le chef à venir et lui donne sa puissance ; toute l'initiative du salut lui revient.

Michée

Prophète du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, originaire de Moréshet, un village de la campagne de Juda. Contemporain d'Isaïe, il dénonce l'injustice des puissants et annonce le châtiment de Jérusalem.

Il transmet ici un oracle de salut : il ne parle pas en son nom mais rapporte une promesse adressée à un peuple menacé.

Celui qui doit gouverner Israël

Un roi à venir, non nommé, décrit par son lieu d'origine et par sa manière de régner. Il appartient à la lignée de David, dont Bethléem est le berceau.

Il est le cœur de l'oracle : berger plutôt que guerrier, il ne tire sa force que du Seigneur et sa domination s'étend jusqu'aux confins du monde.

Celle qui doit enfanter

Une figure féminine anonyme, désignée seulement par son enfantement à venir. Les prophètes emploient souvent l'image de la femme en travail pour dire le passage douloureux vers un temps nouveau.

Sa mise au monde marque la fin du temps de l'abandon : l'histoire bascule à l'heure de cette naissance.

Ceux de ses frères qui resteront

Ce que les prophètes appellent le « reste » : la fraction du peuple qui survit à la catastrophe et à l'exil.

Ils représentent la continuité d'Israël malgré le désastre, et leur retour signe la réunification du peuple dispersé.

Mots à connaître
Bethléem Éphrata

Petit bourg situé à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem. Éphrata est le nom du clan ou du territoire auquel il appartient, précision utile car un autre Bethléem existait en Galilée. C'est le village de la famille de David, ce qui fait de lui le lieu attendu d'un renouveau de la dynastie.

Les clans de Juda

Juda, le royaume du Sud, était organisé en groupes familiaux élargis, unités de recensement et de mobilisation militaire. Dire que Bethléem est le plus petit de ces groupes, c'est souligner qu'il ne pèse rien : le salut vient du côté le plus insignifiant.

Berger

Dans tout le Proche-Orient ancien, « berger » est un titre royal courant : le roi doit nourrir, protéger et rassembler son peuple. Employée ici, l'image oriente le pouvoir vers le service plutôt que vers la conquête.

Le nom du Seigneur

Dans la Bible, le nom n'est pas une étiquette mais la présence agissante de celui qui le porte. Régner « par le nom » du Seigneur, c'est n'avoir d'autorité que reçue, et non conquise.

Des origines aux jours d'autrefois

L'expression renvoie d'abord à l'ancienneté de la lignée de David, enracinée dans le lointain passé d'Israël. La tradition chrétienne y a ensuite entendu une profondeur plus grande encore, celle de l'éternité même de Dieu.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

Les points de suspension avant « celle qui doit enfanter »

Ils rendent une tournure hébraïque abrupte et énigmatique, où la femme n'est désignée que par l'acte qu'elle accomplit. Le texte original ne donne ni nom ni identité : la traduction choisit de laisser cette suspension audible.

La numérotation des versets

Selon les éditions de la Bible, l'oracle sur Bethléem porte le numéro 5, 1 ou 5, 2, car les traditions hébraïque et grecque ne coupent pas le chapitre au même endroit. Un lecteur qui cherche le passage dans une autre bible peut donc le trouver décalé d'un verset.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 2, 1-6

Quand Hérode demande où doit naître le Messie, les responsables religieux lui citent précisément cet oracle de Michée. Matthieu modifie légèrement la formulation, faisant de Bethléem non plus le plus petit mais un lieu qui n'est nullement le moindre : ce déplacement est un choix d'interprétation, la naissance du Christ ayant retourné l'humiliation en grandeur. C'est le lien le plus direct entre ce texte et le Nouveau Testament.

Jn 7, 40-42

La foule de Jérusalem discute de l'identité de Jésus en invoquant la même attente : le Messie doit descendre de David et venir de Bethléem. Jean joue de l'ironie, car ses lecteurs savent ce que la foule ignore. Le passage montre que l'oracle de Michée était couramment connu au temps de Jésus.

Is 7, 14 Ancien Testament

Isaïe, contemporain de Michée, annonce lui aussi un enfant à naître comme signe donné à un roi menacé. Les deux oracles associent le salut à une naissance plutôt qu'à une victoire militaire. La tradition chrétienne les a très tôt lus ensemble.

2 S 5, 1-2 Ancien Testament

Lors de son avènement, David reçoit du Seigneur la mission de faire paître Israël. Michée reprend exactement cette image pour le roi à venir : gouverner, dans ce vocabulaire, c'est conduire un troupeau et non écraser des sujets.

Clés de lecture
Le renversement du petit et du grand

L'oracle s'ouvre sur ce qu'il y a de plus minuscule et s'achève sur une grandeur qui atteint les extrémités de la terre. Ce mouvement, du plus obscur au plus vaste, est la charpente du texte. Il dit une manière de faire propre à Dieu, qui n'emprunte pas les voies du pouvoir établi.

Une naissance comme point de bascule

Entre l'annonce du chef et sa venue, le texte insère un temps d'abandon dont le terme n'est pas fixé par une bataille ni par un traité, mais par un enfantement. La femme reste sans nom : ce qui compte est que l'histoire tourne à cette heure-là.

La paix comme personne

Le passage ne dit pas seulement que ce roi apportera la paix : il l'identifie à elle. Cette manière de parler, courante dans la poésie hébraïque, fait de la paix — la shalom, plénitude de vie et non simple absence de guerre — l'être même du personnage attendu.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, ce texte console un peuple menacé en promettant un roi issu de la lignée de David, né dans le village le plus modeste, qui gouvernera à la manière d'un berger et rassemblera les survivants dispersés.

La tradition chrétienne y reconnaît une annonce de Jésus de Nazareth, né à Bethléem, appelé bon berger et proclamé notre paix. L'évangile de Matthieu opère lui-même ce rapprochement lorsqu'il fait citer Michée aux scribes interrogés par Hérode. La mention de celle qui doit enfanter a conduit très tôt à lire ce verset en lien avec Marie, sans que cette lecture spirituelle efface le sens premier, où la figure féminine désigne aussi Sion donnant le jour à un peuple nouveau.

Des origines venues des jours d'autrefois, la foi chrétienne entend l'éternité du Fils ; l'humilité du lieu, elle, prépare toute la logique de l'Incarnation : Dieu se fait connaître par ce qui est petit.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un oracle prophétique de salut, en vers, adressé directement à un lieu comme on s'adresserait à une personne. Le prophète ne prédit pas un fait daté à la manière d'un almanach : il annonce une intervention de Dieu en dessinant une figure, celle d'un roi idéal, à contre-courant de la situation présente.

Le langage est volontairement allusif — un enfantement, un berger, une paix sans frontières — ce qui a permis aux générations suivantes de le relire à chaque nouvelle attente.

Qui écrit, et pour qui

Le livre porte le nom de Michée de Moréshet, prophète actif en Juda dans la seconde moitié du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, à l'époque où l'empire assyrien écrase le royaume du Nord et menace Jérusalem.

Les premiers destinataires sont les habitants de Juda, en particulier les élites de Jérusalem dont Michée dénonce l'exploitation des paysans. Les spécialistes s'accordent à reconnaître un noyau ancien remontant au prophète, mais discutent la date des oracles d'espérance des chapitres 4 et 5 : plusieurs les rattachent à une relecture postérieure, faite pendant ou après l'exil à Babylone, quand la dynastie de David avait disparu et qu'il fallait rouvrir l'avenir.

Lectures et références
  • 1 S 16, 1-13 — Le choix de David à Bethléem, où le plus jeune des fils est préféré, fonde l'attente d'un salut venu du plus petit.
  • Ez 34, 23 — Ézéchiel promet lui aussi un unique berger issu de David pour un peuple maltraité par ses chefs.
  • Lc 2, 4-7 — Luc situe explicitement la naissance de Jésus à Bethléem, la ville de David.
  • Catéchisme, § 525 — Le Catéchisme souligne l'humilité des circonstances de la naissance de Jésus, qui prolonge la logique de cet oracle.
  • Catéchisme, § 64 — Il présente les prophètes comme formant l'espérance d'un « reste » de pauvres au sein duquel se lève la figure de Marie.

À retenir

Au moment où Jérusalem est assiégée, Michée annonce que le vrai roi surgira du village le plus insignifiant de Juda, à l'heure d'un enfantement, et qu'il régnera en berger désarmé.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Première lecture Nouveau Testament Forme brève

Romains 8, 28 . 8, 30

« Ceux que, d’avance, Dieu connaissait, il les a aussi destinés d’avance »

28 Nous savons d’ailleurs que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son [éternel] dessein.

30 Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés il les a glorifiés.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage est tiré de la Lettre aux Romains, la plus longue lettre de Paul, où il expose de façon suivie ce qu'il annonce : comment Dieu sauve l'humanité par le Christ. Nous sommes au chapitre 8, qui forme le sommet de cette démonstration.

Juste avant, Paul a parlé des souffrances du temps présent, de la création entière qui gémit comme une femme en travail, et de l'Esprit qui prie au fond du croyant quand celui-ci ne sait plus prier. Juste après vient le grand final du chapitre : rien, ni la mort, ni aucune puissance, ne peut séparer de l'amour de Dieu.

Les trois versets retenus ici sont la charnière entre ces deux mouvements : ils énoncent, en une phrase serrée, que ce qui arrive aux croyants s'inscrit dans un projet de Dieu antérieur à eux. La liturgie découpe ce court bloc parce qu'il se suffit à lui-même : il résume tout un itinéraire, de l'appel initial jusqu'à son achèvement.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Juif de Tarse, d'abord adversaire violent des premiers chrétiens, devenu après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité l'un des principaux missionnaires du christianisme naissant. Il écrit à des communautés par lettres, qui sont les plus anciens textes chrétiens conservés.

Il ne raconte rien ici : il expose. Il livre à ses lecteurs une conviction qu'il présente comme partagée par tous, pour les soutenir au milieu des épreuves dont il vient de parler.

« Frères »

Les chrétiens de Rome, communauté que Paul n'a pas fondée et qu'il n'a jamais visitée au moment où il écrit. Elle rassemble des croyants d'origine juive et d'origine païenne.

Ce mot d'adresse est ajouté par la liturgie au début de la lecture pour signaler qu'un destinataire est interpellé. Il désigne dans le texte ceux à qui Paul s'adresse, et il annonce le mot clé du passage : la fraternité autour du Fils.

Dieu

Dans la pensée de Paul, celui qui a fait alliance avec Israël et qui mène à son terme un projet de salut pour toute l'humanité.

Il est le sujet de tous les verbes du passage. C'est là le point décisif : l'homme n'y apparaît qu'au passif, comme celui à qui tout est fait et donné.

le Fils

Jésus-Christ, dont Paul affirme qu'il est mort, ressuscité et vivant auprès de Dieu.

Il est présenté comme le modèle sur lequel les croyants sont ajustés, et comme l'aîné d'une famille nombreuse : le salut n'est pas décrit comme un destin individuel mais comme l'entrée dans une fratrie.

Mots à connaître
« destinés d'avance » (prédestination)

Le verbe grec signifie littéralement « fixer d'avance une limite, un terme ». Paul n'affirme pas que certains seraient condamnés d'avance : il affirme que l'initiative du salut vient de Dieu et précède toute réponse humaine. La tradition catholique a toujours refusé d'en tirer l'idée d'un décret arbitraire qui supprimerait la liberté.

« appelés »

Dans le vocabulaire de Paul, l'appel n'est pas une invitation vague mais l'acte par lequel Dieu convoque quelqu'un et le met en route, comme il appelait les prophètes. Le mot grec qui signifie « assemblée convoquée », ekklêsia, a donné notre mot « Église ».

« rendus justes » (justification)

Image empruntée au tribunal : être déclaré juste, remis en règle avec Dieu. Paul répète tout au long de la lettre que cela ne s'obtient pas par la performance religieuse mais se reçoit gratuitement, par la foi au Christ.

« premier-né »

Dans le monde biblique, l'aîné a un statut particulier : il reçoit une part d'héritage double et représente la famille. Appliqué au Christ, le mot ne le range pas parmi les créatures mais dit sa primauté et le fait qu'il entraîne les autres à sa suite.

la « gloire »

Le mot traduit l'hébreu kabod, qui désigne le rayonnement de la présence de Dieu, sa « lourdeur » de majesté. Recevoir la gloire, c'est être associé à la vie même de Dieu ; c'est le dernier mot de la chaîne, celui qui décrit l'aboutissement.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« destinés d'avance » / « prédestinés »

Le même mot grec est rendu tantôt par une expression développée, tantôt par le terme technique « prédestinés » selon les traductions ; il s'agit du même verbe, qui signifie fixer d'avance un but.

« rendus justes » / « justifiés »

Les traductions anciennes emploient le verbe « justifier », emprunté au vocabulaire judiciaire ; les traductions récentes préfèrent une tournure explicite, mais le sens est identique : être remis en règle avec Dieu.

Ailleurs dans l’Écriture
Ep 1, 4-5

La Lettre aux Éphésiens reprend le même vocabulaire : choisis avant la création du monde, destinés d'avance à devenir fils adoptifs. L'accent y est mis sur la gratuité et sur l'antériorité absolue de la décision divine. Le rapprochement montre que l'on tient là une formule stable de la prédication paulinienne, et non une intuition isolée.

Col 1, 15-18

Le titre de premier-né y est développé : premier-né de toute créature, puis premier-né d'entre les morts. Cela éclaire son sens dans notre passage : il ne s'agit pas d'un rang chronologique mais d'une primauté, celle de qui ouvre le chemin à d'autres.

Gn 1, 26-27 Ancien Testament

Le premier chapitre de la Bible dit l'homme créé à l'image de Dieu. Paul déplace cette affirmation : l'image à laquelle l'homme est ajusté, c'est désormais le Fils. La création reçoit ainsi son point d'achèvement, ce qui explique pourquoi Paul parlait juste avant de la création entière en attente.

1 Jn 3, 2

La première lettre de Jean dit que les croyants sont dès maintenant enfants de Dieu, sans que soit encore manifesté ce qu'ils seront, et qu'ils seront semblables à lui. Même mouvement que chez Paul : une ressemblance déjà commencée et pourtant à venir.

Clés de lecture
Une chaîne de cinq verbes

Connaître d'avance, destiner d'avance, appeler, rendre juste, glorifier : chaque terme est repris par le suivant, comme des maillons. L'effet est celui d'un mouvement qu'on ne peut plus arrêter une fois commencé.

Tout est déjà au passé

Y compris le dernier verbe, celui de la gloire, qui désigne pourtant un accomplissement à venir. Paul emploie volontairement un temps accompli pour dire la certitude : ce qui n'est pas encore visible est déjà assuré du côté de Dieu. C'est un procédé de langage, pas une affirmation que tout serait terminé.

Le but n'est pas individuel

Le sommet du passage n'est pas le sort de chacun mais la constitution d'une multitude de frères autour d'un aîné. Le salut est décrit comme l'entrée dans une famille, ce qui interdit de lire ce texte comme un tri entre des individus.

Un texte de consolation, pas de spéculation

Paul vient d'évoquer les souffrances présentes et les gémissements de la création. Ces versets répondent à une inquiétude concrète : ce qui arrive n'échappe pas à Dieu. Détaché de ce contexte, le passage devient une énigme sur la prédestination ; replacé en lui, il est d'abord un appui.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul assure des croyants éprouvés que leur situation présente s'inscrit dans un projet de Dieu antérieur à eux et déjà orienté vers son terme. Le mot décisif est celui de l'image : ce à quoi l'homme est destiné, c'est à ressembler au Christ.

La tradition catholique y lit l'un des textes fondateurs de sa réflexion sur la grâce : Dieu commence toujours le premier, et la réponse humaine, réelle et libre, est elle-même portée par ce don. L'Église a écarté les lectures qui feraient de la prédestination un décret enfermant certains dans la perdition, en maintenant ensemble deux affirmations : la primauté absolue de l'initiative divine et la liberté véritable de l'homme.

Lu spirituellement, ce passage décrit l'itinéraire que la fête d'un saint donne à voir accompli : un appel, une vie ajustée au Christ, un achèvement dans la gloire. C'est pourquoi ces versets reviennent souvent dans la liturgie des fêtes.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce n'est ni un récit ni une parabole, mais un moment d'exposition doctrinale à l'intérieur d'une argumentation continue : Paul énonce ce qu'il tient pour acquis afin de consoler des croyants éprouvés.

La forme est celle d'une chaîne : chaque verbe reprend le mot qui terminait la proposition précédente, ce qui donne au passage sa progression et sa force d'enchaînement. Lire ce texte, c'est donc suivre une démonstration rythmée, non une scène à imaginer.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul, et la Lettre aux Romains est celle dont l'attribution est la moins discutée de tout le Nouveau Testament. Il l'écrit vraisemblablement vers les années 56-58, sans doute depuis Corinthe, en grec, par l'intermédiaire d'un secrétaire.

Particularité : il s'adresse à une Église qu'il ne connaît pas. Il se présente donc en exposant longuement son message, avant un voyage risqué à Jérusalem et un projet de mission vers l'Espagne en passant par Rome. Cela explique le caractère suivi et argumenté de la lettre, très différent du ton improvisé de certaines autres.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2012 — Ce paragraphe cite précisément ces versets pour fonder l'appel universel à la sainteté.
  • Catéchisme, § 600 — Il précise que la prédestination divine n'annule pas la liberté humaine mais l'inclut.
  • Rm 8, 31-39 — La suite immédiate du passage, qui tire la conclusion : rien ne peut séparer de l'amour du Christ.
  • Rm 8, 18-27 — Les versets qui précèdent, sur la souffrance présente et l'Esprit qui intercède, donnent au passage son ton de consolation.
  • 1 Tm 2, 4 — L'affirmation que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés interdit de lire la prédestination comme un tri arbitraire.

À retenir

En cinq verbes enchaînés dont Dieu est toujours le sujet, Paul décrit un projet qui précède le croyant et l'oriente vers un seul but : ressembler au Christ et former avec lui une fratrie.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Psaume

Psaumes 12, 6 . 12, 6

6 Moi, j’ai confiance en ta bonté ; mon cœur tressaillira à cause de ton salut, je chanterai Yahweh pour le bien qu’il m’a fait.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile Forme longue

Matthieu 1, 1-16 . 1, 18-23

« L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint »

1 Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham.

2 Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères ;

3 Juda, de Thamar, engendra Pharès et Zara ; Pharès engendra Esron ; Esron engendra Aram ;

4 Aram engendra Aminadab ; Aminadab engendra Naasson ; Naasson engendra Salmon ;

5 Salmon, de Rahab, engendra Booz ; Booz, de Ruth, engendra Obed ; Obed engendra Jessé ; Jessé engendra le roi David.

6 David engendra Salomon, de celle qui fut la femme d’Urie ;

7 Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abias ; Abias engendra Asa ;

8 Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Ozias ;

9 Ozias engendra Joathan ; Joathan engendra Achaz ; Achaz engendra Ezéchias ;

10 Ezéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amon ; Amon engendra Josias ;

11 Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone.

12 Et après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel ; Salathiel engendra Zorobabel ;

13 Zorobabel engendra Abiud ; Abiud engendra Éliacim ; Éliacim engendra Azor ;

14 Azor engendra Sadoc ; Sadoc engendra Achim ; Achim engendra Éliud ;

15 Éliud engendra Eléazar ; Eléazar engendra Mathan ; Mathan engendra Jacob ;

16 Et Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ.

18 Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit.

19 Joseph, son mari, qui était un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement.

20 Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint pas de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit.

21 Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés. »

22 Or tout cela arriva afin que fût accompli ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète :

23 « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils ; et on le nommera Emmanuel, » c’est à dire Dieu avec nous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage ouvre l'évangile selon saint Matthieu : ce sont les toutes premières lignes du Nouveau Testament tel que la Bible chrétienne l'ordonne. Rien ne précède ; ce qui suit immédiatement, ce sont la visite des mages, la fuite en Égypte et le massacre des enfants de Bethléem.

Le texte se lit en deux temps que le lectionnaire assemble. D'abord une généalogie, longue liste d'ancêtres qui va d'Abraham à Joseph et rattache Jésus à toute l'histoire d'Israël. Puis le récit de ce qui s'est passé entre Marie et Joseph avant la naissance : Matthieu ne raconte pas la nativité elle-même, mais explique comment cet enfant entre dans la lignée de David sans en être issu par le sang de Joseph.

La liturgie retient ces deux morceaux pour la fête de la Nativité de la Vierge Marie, le 8 septembre : on y lit la longue préparation humaine dont Marie est le dernier maillon avant la venue du Christ.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus, appelé Christ

Le personnage central des quatre évangiles ; « Christ » n'est pas un nom de famille mais un titre, qui traduit l'hébreu messie, « celui qui a reçu l'onction », c'est-à-dire le roi attendu par Israël.

Il n'agit ni ne parle : il est celui vers qui converge toute la liste, et celui dont l'ange annonce le nom et la mission.

Joseph

Charpentier de Nazareth, descendant de David, fiancé puis époux de Marie. Il ne prononce aucune parole dans les évangiles.

C'est le personnage actif du récit : il découvre la grossesse, cherche une issue discrète, reçoit un message en songe et accepte de donner à l'enfant son nom et sa lignée.

Marie

Jeune femme de Nazareth, mère de Jésus. Chez Matthieu elle est vue de l'extérieur, à travers le regard de Joseph ; c'est Luc qui rapporte l'annonce qui lui est faite directement.

Elle est celle en qui l'enfant est conçu par l'action de l'Esprit Saint, et le point où la longue chaîne des générations change de régime.

L'ange du Seigneur

Dans la Bible, un messager envoyé par Dieu ; le mot grec angelos signifie simplement « envoyé ». Il n'a pas de figure propre : il porte une parole.

Il intervient en songe pour lever le doute de Joseph, lui révéler l'origine de l'enfant et lui prescrire le nom à donner.

Abraham et David

Deux figures majeures de l'Ancien Testament : Abraham, l'ancêtre à qui Dieu promet une descendance et une bénédiction pour toutes les nations ; David, le grand roi d'Israël à qui Dieu promet une dynastie durable.

Ils encadrent la généalogie et donnent sa clé : Jésus est présenté comme l'héritier des deux promesses.

Thamar, Rahab, Ruth et la femme d'Ourias

Quatre femmes de l'Ancien Testament, toutes marquées par une situation irrégulière ou une origine étrangère : Rahab et Ruth ne sont pas israélites, Thamar et Bethsabée (la femme d'Ourias) apparaissent dans des récits scabreux.

Leur mention, très inhabituelle dans une généalogie juive, prépare discrètement le cas de Marie et signale que Dieu passe par des chemins imprévus.

Mots à connaître
Christ

Traduction grecque de l'hébreu mashiah, « oint », c'est-à-dire consacré par une onction d'huile comme l'étaient les rois. Le titre désigne le libérateur attendu, descendant de David. Employé si souvent avec le nom de Jésus qu'il a fini par fonctionner comme un second nom.

L'exil à Babylone

En 587 avant Jésus-Christ, Jérusalem est prise, le Temple détruit et une partie de la population déportée en Mésopotamie. La monarchie davidique s'effondre alors et ne sera jamais restaurée. La généalogie fait de cette catastrophe une charnière, ce qui souligne que la promesse faite à David semblait morte.

Accordée en mariage

Le mariage juif de l'époque se faisait en deux étapes : un engagement juridique, qui liait déjà les époux et pour lequel la femme était dite « épouse », puis, souvent un an plus tard, l'entrée de la femme dans la maison du mari. Entre les deux, la cohabitation n'avait pas lieu. C'est dans cet intervalle que se situe la scène, ce qui explique la gravité du problème posé à Joseph.

La renvoyer en secret

Rompre l'engagement exigeait un acte de répudiation. Une procédure publique aurait exposé Marie à l'accusation d'adultère et à ses conséquences ; Joseph choisit la forme la plus discrète, devant deux témoins seulement.

Le songe

Dans la Bible, le rêve est un mode reconnu de communication divine, particulièrement associé à un autre Joseph, le patriarche de la Genèse. Matthieu emploie ce procédé cinq fois dans ses deux premiers chapitres. Il ne s'agit pas d'une image psychologique mais d'un canal de révélation.

Jésus, Emmanuel

« Jésus » transcrit l'hébreu Yeshoua, qui signifie « le Seigneur sauve » ; c'était un prénom courant. « Emmanuel » signifie « Dieu avec nous ». Le texte donne lui-même ces traductions, car pour un lecteur de langue grecque elles n'étaient pas évidentes.

Ce qui surprend dans cette traduction

Le texte affiché est celui de Sainte Bible néo-Crampon Libre (2022). Ce n’est pas la traduction lue à la messe, qui appartient à l’AELF : les mots diffèrent, le sens est le même.

« engendra », répété des dizaines de fois

Cette répétition mécanique n'est pas une maladresse : elle rend une formule hébraïque fixe, propre au genre de la généalogie biblique, que les traductions conservent volontairement.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 3, 23-38 même épisode, autre évangile

Luc donne lui aussi une généalogie de Jésus, mais il la place au moment du baptême et non en ouverture, il la remonte à rebours et la fait aboutir non à Abraham mais à Adam et à Dieu. Les noms entre David et Joseph diffèrent largement des deux côtés. Ces écarts montrent que ces listes ne sont pas des registres d'état civil : chacun construit sa généalogie selon son projet, Matthieu pour inscrire Jésus dans l'histoire d'Israël, Luc pour l'inscrire dans l'humanité entière.

Lc 1, 26-38 même épisode, autre évangile

Luc raconte la même conception, mais du côté de Marie : l'ange Gabriel s'adresse à elle en plein jour, elle pose une question et donne son consentement. Chez Matthieu, tout passe par Joseph et par un songe. Les deux récits s'accordent sur l'essentiel — l'enfant vient de l'Esprit Saint — mais éclairent la scène depuis deux points de vue différents.

Is 7, 14 Ancien Testament

La parole du prophète Isaïe citée à la fin du passage a été prononcée sept siècles plus tôt, dans une crise politique du royaume de Juda. Le mot hébreu désigne une jeune femme ; la traduction grecque utilisée par les premiers chrétiens dit « la vierge ». Matthieu lit dans cet oracle ancien une annonce de ce qui vient de se produire, selon une manière juive habituelle de relire les Écritures à la lumière d'un événement nouveau.

2 S 7, 12-16 Ancien Testament

Dieu y promet à David que sa descendance régnera pour toujours. C'est cette promesse qui rend décisive la question de la filiation davidique de Jésus, et qui explique pourquoi l'ange s'adresse à Joseph en l'appelant fils de David.

Clés de lecture
Trois fois quatorze

Matthieu organise la liste en trois séries de quatorze générations : d'Abraham à David, de David à l'exil, de l'exil au Christ. Ce découpage artificiel omet volontairement des rois connus. En hébreu, les lettres du nom de David ont pour valeur numérique quatorze : la structure même de la liste répète donc silencieusement le nom du roi.

La rupture du verset 16

Toute la généalogie répète la même formule active, un homme engendrant le suivant. Au dernier maillon, la construction change : ce n'est plus Joseph qui engendre. La chaîne humaine s'interrompt au moment précis où Dieu intervient, et c'est le récit suivant qui explique cette rupture.

Comment Jésus est fils de David

Le problème que résout le passage est juridique autant que théologique : si Joseph n'est pas le père biologique, comment l'enfant hérite-t-il de David ? La réponse est dans le geste de nommer l'enfant, qui vaut reconnaissance de paternité légale. En acceptant, Joseph fait entrer Jésus dans sa lignée.

Un livre qui commence comme la Genèse

Les premiers mots grecs de l'évangile, littéralement « livre de la genèse », font écho au premier livre de la Bible. Matthieu suggère ainsi qu'avec le Christ commence quelque chose de l'ordre d'un nouveau commencement, sans rompre avec l'histoire qui précède.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, le texte affirme deux choses tenues ensemble : Jésus appartient pleinement à l'histoire d'Israël, avec ses rois, ses fautes et son exil, et il ne vient pourtant pas de cette histoire seule, puisque sa conception est l'œuvre de l'Esprit Saint. La foi catholique lit ici l'un des fondements du dogme de la conception virginale, et voit dans le titre d'Emmanuel une annonce de ce que la tradition appellera l'Incarnation : Dieu présent dans une existence humaine.

La lecture spirituelle a de longue date remarqué la présence des quatre femmes de la généalogie, étrangères ou associées à des histoires troubles : le salut passe par une lignée réelle, non purifiée d'avance. Dans le cadre de la fête de la Nativité de Marie, l'Église lit cette longue liste comme la préparation patiente dont Marie est le terme ; c'est pourquoi la tradition l'appelle « fille de Sion ». Joseph, enfin, est reçu comme la figure de l'homme juste qui obéit sans avoir tout compris.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Le passage combine deux formes très différentes. La première est une généalogie, genre courant dans la Bible et dans le monde ancien : elle ne vise pas l'exactitude biologique mais l'affirmation d'une identité et d'un héritage, quitte à sauter des générations pour obtenir un nombre significatif.

La seconde est un récit d'annonce de naissance, construit sur un modèle biblique repérable : une situation bloquée, l'apparition d'un messager, une parole qui lève l'obstacle, un nom donné d'avance. Le lire comme un reportage manquerait son objet : l'intention est de dire qui est cet enfant et d'où il vient.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition à Matthieu, collecteur d'impôts appelé par Jésus, mais l'auteur réel reste inconnu et les spécialistes discutent cette attribution. Le texte a probablement été rédigé en grec, entre 70 et 90 environ, dans un milieu où l'on connaissait très bien les Écritures juives — la Syrie ou la Galilée sont souvent proposées.

Il s'adresse à des chrétiens venus du judaïsme, qui ont besoin de comprendre en quoi Jésus accomplit ce que leurs Écritures annonçaient. D'où l'insistance constante, dans tout le livre, sur les prophéties réalisées.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 430 — Explique le sens du nom de Jésus, « Dieu sauve », que l'ange impose à Joseph.
  • Catéchisme, § 497 — Rassemble ce que la foi catholique lit dans les récits évangéliques de la conception virginale.
  • Gn 12, 1-3 — La promesse faite à Abraham, point de départ de la généalogie.
  • Rt 4, 18-22 — Une généalogie de l'Ancien Testament qui recoupe la première partie de la liste de Matthieu, de Pharès à David.
  • Mt 2, 13-15 — Autre songe de Joseph, immédiatement après ce passage, sur le même modèle littéraire.

À retenir

Matthieu ouvre son évangile en inscrivant Jésus dans la lignée d'Abraham et de David, puis interrompt cette chaîne humaine au dernier maillon pour dire que l'enfant vient de l'Esprit Saint et que Joseph, en le nommant, lui transmet légalement l'héritage royal.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Jérôme

Saint Matthieu nous est représenté sous la figure d’un homme (cf. Ez 1, 10), il commence donc son évangile en parlant de l’humanité du Sauveur : « Livre de la génération, » etc.

Raban

Cet exorde prouve suffisamment que l’Évangéliste a voulu nous raconter la génération de Jésus-Christ selon la chair.

S. Chrys

Saint Matthieu écrivait pour les Juifs, qui connaissaient la nature divine ; il était donc inutile de leur en parler ; ce qu’il importait de leur apprendre, c’était le mystère de l’incarnation. Saint Jean au contraire a écrit son évangile pour les Gentils, qui ignoraient que Dieu eut un Fils, il lui fallait donc tout d’abord leur enseigner que Dieu a un Fils, Dieu lui-même, et que ce Fils s’est incarné.

Raban

Quoique la généalogie du Sauveur occupe une très petite place dans le livre des Évangiles, saint Matthieu l’intitule : Livre de la génération , car c’est un usage chez les hébreux de prendre le titre de leurs livres dans les premiers faits qu’ils racontent, comme on le voit dans le livre de la Genèse.

223 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile Forme brève

Matthieu 1, 18-23

« L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint »

18 Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit.

19 Joseph, son mari, qui était un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement.

20 Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint pas de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit.

21 Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés. »

22 Or tout cela arriva afin que fût accompli ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète :

23 « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils ; et on le nommera Emmanuel, » c’est à dire Dieu avec nous.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Le premier évangile s'ouvre par une longue liste d'ancêtres (Mt 1, 1-17) qui va d'Abraham à David, puis de David jusqu'à Joseph, l'époux de Marie. Cette liste s'arrête net : elle ne dit pas que Joseph a engendré Jésus, mais que Marie, son épouse, en est la mère. Notre passage vient immédiatement après, pour expliquer cette rupture inattendue dans la chaîne des générations.

La scène se tient donc avant toute vie publique, avant même la naissance : entre les fiançailles et la vie commune de deux habitants de Nazareth. Juste après le verset 23, Joseph se réveille et fait ce que l'ange lui a dit ; suivront la visite des mages, la fuite en Égypte et le retour (chapitre 2).

Le découpage s'arrête sur la citation du prophète et le nom d'Emmanuel : c'est la clé que Matthieu veut donner d'emblée à son lecteur. Ce texte est retenu par la liturgie pour des fêtes qui touchent aux origines de Jésus et à sa mère.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Marie

Une jeune femme de Nazareth, en Galilée, promise en mariage à Joseph. Les évangiles la présentent comme la mère de Jésus.

Elle est ici entièrement passive dans le récit : Matthieu raconte la scène du point de vue de Joseph, et Marie n'y prononce aucune parole. Sa maternité est décrite comme l'œuvre de l'Esprit de Dieu.

Joseph

Un artisan de Nazareth, descendant du roi David, fiancé de Marie. Il n'apparaît dans les évangiles que dans les récits de l'enfance et ne prononce jamais une parole.

C'est le personnage central du passage : il découvre la grossesse, cherche une solution qui protège Marie, reçoit une révélation en songe. En donnant le nom à l'enfant, il l'inscrira juridiquement dans la lignée de David.

l'ange du Seigneur

Dans la Bible, un « ange » est un messager envoyé par Dieu ; l'expression « l'ange du Seigneur » désigne souvent, dans l'Ancien Testament, la présence même de Dieu qui parle à un homme.

Il intervient pour lever le malentendu et donner à Joseph la clé de ce qui arrive, ainsi que le nom à donner à l'enfant.

le prophète

Matthieu désigne ainsi Isaïe, prophète de Jérusalem au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, dont le livre est l'un des plus cités du Nouveau Testament.

Sa parole ancienne, citée en fin de passage, sert à Matthieu de grille de lecture : ce qui arrive n'est pas un accident, mais l'accomplissement d'une promesse.

Mots à connaître
« accordée en mariage »

Le mariage juif de l'époque comportait deux étapes séparées de plusieurs mois. La première créait déjà un lien juridique complet : les fiancés étaient légalement mari et femme, même s'ils n'habitaient pas encore ensemble. C'est pourquoi le texte peut appeler Joseph l'époux de Marie avant toute vie commune.

« la renvoyer en secret »

Rompre ce lien exigeait une procédure de répudiation, avec un acte écrit. Une dénonciation publique aurait exposé Marie au déshonneur, voire à des sanctions graves ; Joseph envisage la forme la plus discrète, en présence de deux témoins seulement.

« un homme juste »

Dans la Bible, être « juste » signifie vivre en conformité avec la volonté de Dieu exprimée dans la Loi. Le mot ne désigne pas ici la seule rigueur légale : le texte associe immédiatement cette justice au refus d'exposer Marie.

le songe

Le rêve est, dans la culture biblique, un canal reconnu de communication divine, pas une fantaisie de l'inconscient. Chez Matthieu, Joseph est guidé quatre fois par des songes, ce qui le rapproche du patriarche Joseph de la Genèse.

le nom de Jésus

« Jésus » est la forme grecque de l'hébreu Yéshoua, qui signifie « le Seigneur sauve ». Le texte joue explicitement sur cette étymologie : la mission de l'enfant est inscrite dans son nom, comme souvent dans la Bible.

Emmanuel

Mot hébreu formé de trois éléments : « avec nous, Dieu ». Ce n'est pas le nom que l'enfant portera dans la vie courante, mais un nom-programme qui dit ce que sa venue signifie.

Ailleurs dans l’Écriture
Lc 1, 26-38 même épisode, autre évangile

Luc raconte aussi une annonce angélique, mais tout est déplacé : l'ange s'adresse à Marie et non à Joseph, en plein jour et non en songe, et Marie répond. Chez Luc, c'est à elle qu'il est dit de nommer l'enfant Jésus ; chez Matthieu, c'est à Joseph. Les deux évangélistes s'accordent sur l'essentiel — la conception par l'Esprit Saint, le nom de Jésus — mais chacun choisit un point de vue différent, Luc celui de Marie, Matthieu celui de Joseph.

Is 7, 14 Ancien Testament

La phrase citée à la fin du passage vient d'un oracle adressé au roi Achaz, menacé par une coalition ennemie : un enfant à naître sera le signe que Dieu n'abandonne pas sa dynastie. Le texte hébreu emploie un mot qui signifie « jeune femme » ; la traduction grecque ancienne, que Matthieu utilise, dit « vierge ». Matthieu ne vide pas l'oracle de son sens premier, il y discerne une portée que l'événement révèle.

Mt 2, 13-15

Joseph reçoit d'autres avertissements en songe : fuir en Égypte, puis revenir. Matthieu construit ainsi un portrait cohérent d'un homme guidé par des révélations nocturnes et qui obéit sans un mot, à la manière du Joseph de la Genèse, l'homme des songes.

Mt 28, 20

Le tout dernier verset de l'évangile de Matthieu reprend, sans le mot, la promesse d'Emmanuel : le Ressuscité assure qu'il est avec les siens jusqu'à la fin du monde. Le nom donné au début et cette promesse finale encadrent tout le livre.

Clés de lecture
Un problème de généalogie

La liste des ancêtres qui précède aboutissait à Joseph, mais Jésus ne vient pas de lui. Le passage résout cette tension : l'ange appelle Joseph « fils de David » et lui demande de nommer l'enfant. Donner le nom, c'est reconnaître l'enfant comme sien ; par ce geste, Jésus entre légalement dans la descendance de David, comme l'attendaient les promesses messianiques.

Deux noms, deux facettes

Le passage donne à l'enfant deux appellations : celle de l'ange, qui dit ce qu'il fera — sauver son peuple —, et celle du prophète, qui dit ce qu'il est — Dieu présent auprès des siens. L'action et l'identité sont ainsi posées dès les premières lignes du livre.

La justice de Joseph

Le texte le déclare juste au moment précis où il cherche à protéger Marie plutôt qu'à appliquer la procédure la plus visible. La suite montre que cette justice culmine dans l'obéissance silencieuse à la parole reçue : Joseph n'a pas une seule réplique dans tout l'évangile.

« pour que soit accomplie »

Cette formule, caractéristique de Matthieu, ne signifie pas que les événements auraient été fabriqués pour coller aux textes anciens. Elle exprime la conviction de l'auteur qu'une même intention divine traverse l'histoire d'Israël et la venue de Jésus.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Matthieu affirme deux choses simultanées : l'enfant vient de l'Esprit de Dieu, et il est pleinement inséré dans une histoire humaine, une famille, une lignée royale. La tradition catholique y lit l'un des fondements scripturaires de la conception virginale de Jésus, professée dans le Credo, et la première désignation de Jésus comme sauveur.

La lecture spirituelle prolonge le nom d'Emmanuel : ce que le prophète annonçait comme un signe pour un roi menacé devient, aux yeux de la foi chrétienne, la présence définitive de Dieu parmi les hommes, présence que le dernier verset de l'évangile étend jusqu'à la fin des temps. Joseph, quant à lui, est reçu dans la tradition comme la figure de celui qui accueille un dessein qu'il n'a pas conçu ; l'Église lui reconnaît le titre de gardien du Rédempteur et le vénère comme protecteur de la famille chrétienne.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un récit d'annonce de naissance, genre bien attesté dans l'Ancien Testament : une naissance improbable, un messager de Dieu, un nom donné à l'avance, une mission annoncée. Ce n'est ni un reportage ni une chronique familiale : le récit est composé pour dire qui est l'enfant.

Matthieu y insère une citation d'accomplissement, formule qu'il emploie une dizaine de fois dans son évangile pour relier un événement de la vie de Jésus à une parole prophétique. Lire ce texte, c'est donc suivre une démonstration théologique autant qu'une scène.

Qui écrit, et pour qui

L'évangile est attribué par la tradition ancienne à Matthieu, l'un des douze compagnons choisis par Jésus, un ancien collecteur d'impôts ; les spécialistes discutent de cette attribution et pensent le plus souvent à un auteur de culture juive écrivant en grec.

La rédaction est généralement située autour des années 80, dans une communauté marquée par l'héritage juif, peut-être en Syrie. Cela explique l'insistance du texte sur les Écritures d'Israël : l'auteur écrit pour des lecteurs qui les connaissent et à qui il faut montrer que Jésus les accomplit.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 430 — Explique le sens du nom de Jésus et le lien entre ce nom et sa mission de sauver du péché.
  • Catéchisme, § 497 — Commente précisément l'annonce faite à Joseph et la conception par l'Esprit Saint.
  • Catéchisme, § 744 — Situe la venue du Christ comme accomplissement de l'attente d'Israël par l'action de l'Esprit.
  • Dt 24, 1 — Donne la règle ancienne de la répudiation, qui éclaire ce que Joseph envisage de faire.
  • Gn 37, 5-11 — Le patriarche Joseph, homme des songes, dont Matthieu semble rapprocher discrètement l'époux de Marie.

À retenir

En donnant à l'enfant conçu de l'Esprit le nom que l'ange lui indique, Joseph l'inscrit dans la lignée de David : Matthieu montre ainsi comment Jésus est à la fois don de Dieu et héritier des promesses faites à Israël.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Chrys

(sur S. Matth.) L’Évangéliste avait dit précédemment : « Jacob engendra Joseph, » dont l’épouse Marie mit au monde Jésus. Mais dans la crainte qu’on ne vînt à penser que la génération du Sauveur était semblable à celle de ses aïeux, il change la forme qu’il a suivie jusqu’à présent pour s’exprimer de la sorte : « Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi, » expressions qui reviennent à celles-ci : La génération des aïeux du Christ a eu lieu comme je l’ai dit, mais celle du Christ lui-même a été toute différente, et voici comment elle est arrivée : « Marie sa mère étant fiancée, » etc.

S. Chrys

(hom. 4 sur S. Matth.) Il annonce qu’il va décrire le mode de cette génération comme étant d’un ordre nouveau, dans la crainte que le nom d’époux de Marie donné à Joseph ne vous fasse croire que Jésus est né selon les lois ordinaires de la nature.

S. Rémi

On peut encore rapporter ces paroles à ce qui précède, en ce sens : « La génération du Christ a eu lieu comme je l’ai dit, c’est-à-dire : Abraham engendra Isaac, etc. »

S. Jérôme

Mais pourquoi Jésus est-il conçu d’une vierge fiancée, et non pas d’une vierge dans l’état ordinaire ? C’était d’abord pour que l’origine de Marie fût prouvée par la génération de Joseph ; en second lieu, pour ne pas l’exposer à être lapidée par les Juifs comme adultère ; troisièmement, afin qu’elle eût un soutien et un consolateur pendant la fuite en Égypte. Saint Ignace martyr donne une quatrième raison : ce fut, dit-il, afin que la naissance du Christ demeurât voilée pour le démon, qui le croyait ainsi né d’une femme mariée, et non pas d’une vierge.

84 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.