Aller au contenu
comprendrelamesse.fr

de la férie

23ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 9, 16-19 . 9, 22-27

« Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns »

16 Si j’annonce l’Évangile, ce n’est pas pour moi une gloire, c’est une obligation qui m’incombe, et malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !

17 Si je le faisais de mon propre gré, je mériterais une récompense ; mais je le fais par ordre, alors c’est une charge qui m’est confiée.

18 Quelle est donc ma récompense ? C’est que prêchant l’Évangile je l’offre gratuitement, sans user de mon droit de prédicateur de l’Évangile.

19 Car, quoique libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous, afin d’en gagner un plus grand nombre.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin de les sauver tous.

23 Je fais tout à cause de l’Évangile, afin d’y avoir part.

24 Ne le savez-vous pas ? Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul emporte le prix. Courez de même, afin de le remporter.

25 Quiconque veut lutter, s’abstient de tout : eux pour une couronne périssable ; nous, pour une impérissable.

26 Pour moi, je cours de même, non comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air.

27 Mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Nous sommes au milieu de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, dans un long développement (chapitres 8 à 10) qui traite d'une question très concrète, celle de la viande vendue au marché après avoir été offerte aux idoles : peut-on en manger ? Paul répond que le croyant est bien libre, mais que cette liberté doit céder dès qu'elle risque de troubler un frère à la conscience fragile.

Au chapitre 9, il se prend lui-même en exemple. Un prédicateur, vient-il de rappeler, a le droit d'être nourri par la communauté qu'il sert ; à Corinthe, il a délibérément renoncé à ce droit. D'où le point de départ de notre passage : puisqu'il ne reçoit rien, où est son mérite ?

Les versets 20 et 21 sont sautés, ceux où Paul détaille son adaptation aux juifs et aux non-juifs. La lecture enchaîne sur les faibles, puis sur la comparaison sportive qui clôt le chapitre. En semaine, le lectionnaire parcourt cette lettre en continu, quelques versets chaque jour.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Ancien pharisien devenu apôtre du Christ après une expérience bouleversante sur la route de Damas, il a fondé plusieurs communautés autour de la Méditerranée, dont celle de Corinthe, et leur écrit pour régler des difficultés concrètes.

Il parle ici à la première personne et fait de son propre comportement un argument : il expose pourquoi il refuse d'être entretenu par les Corinthiens et jusqu'où il pousse la souplesse pour rejoindre chacun.

« Frères »

Les destinataires : les chrétiens de Corinthe, grand port grec cosmopolite, communauté jeune, divisée en clans et traversée de disputes sur la morale et la liberté.

Ils sont ceux devant qui Paul doit justifier son autorité, contestée par certains, et à qui il propose implicitement son propre exemple d'entraînement et de renoncement.

les faibles

Dans cette lettre, ce ne sont pas les pauvres, mais les croyants dont la conscience reste fragile : ils redoutent qu'un aliment lié aux cultes païens les souille encore.

Ils servent de cas limite. Plutôt que d'imposer sa propre liberté, Paul accepte de se restreindre à leur niveau, pour ne pas les faire trébucher.

Mots à connaître
les droits du prédicateur

Dans les premières communautés, celui qui annonçait l'Évangile pouvait légitimement être nourri et logé par ceux qu'il servait, comme les philosophes itinérants de l'époque vivaient de leurs auditeurs. Paul rappelle qu'il possède ce droit et qu'il y renonce. Précisément pour que son annonce ne ressemble pas à un gagne-pain.

le stade

Les grandes compétitions grecques étaient une institution de premier plan, et Corinthe organisait les jeux isthmiques, parmi les plus célèbres après ceux d'Olympie. L'image parlait donc immédiatement aux destinataires, qui connaissaient l'entraînement des athlètes et la foule des gradins.

la couronne périssable

Le vainqueur des jeux ne recevait pas d'argent mais une couronne de feuillage, qui séchait en quelques jours tout en assurant une gloire durable à sa cité. Paul joue sur ce contraste : un honneur immense pour un objet qui se fane.

« se faire l'esclave »

L'esclavage était une réalité banale du monde romain, et l'esclave y était juridiquement la propriété d'un autre. Paul est libre, et il se dit esclave de tous : la formule est volontairement choquante, pour désigner une mise au service radicale et choisie.

Ailleurs dans l’Écriture
Ac 18, 1-4

Le livre des Actes des Apôtres raconte l'arrivée de Paul à Corinthe et précise qu'il y travaillait de ses mains, fabriquant des tentes avec Aquila et Priscille. Le détail éclaire concrètement le renoncement dont il parle ici : il gagnait sa vie plutôt que de vivre aux frais de la communauté. Le récit et la lettre se recoupent sans se répéter.

1 Th 2, 9

Dans une lettre adressée à une autre communauté grecque, Paul rappelle qu'il a travaillé nuit et jour pour n'être à la charge de personne. La même pratique revient en plusieurs endroits. Ce n'est donc pas une décision propre à Corinthe, mais une manière habituelle de faire, qu'il tient à rendre visible.

Jr 20, 9 Ancien Testament

Le prophète Jérémie décrit sa mission comme un feu enfermé en lui, impossible à retenir même quand il voudrait se taire. La contrainte intérieure que Paul évoque au début du passage se situe dans cette lignée prophétique : annoncer n'est pas une initiative personnelle dont on se glorifierait, mais une charge reçue.

Ph 3, 12-14

Paul y reprend l'image du coureur tendu vers le but et vers le prix. Le rapprochement montre que la métaphore sportive n'est pas un ornement isolé : elle revient chez lui pour décrire la vie chrétienne comme un effort orienté.

Clés de lecture
Une nécessité, pas un exploit

Le passage s'ouvre sur un renversement. Paul refuse de tirer gloire de son activité missionnaire, puisqu'elle lui a été imposée et non choisie. Sa seule marge de liberté, donc son seul « mérite », tient à la manière dont il l'exerce : gratuitement.

Le saut des versets 20 et 21

Entre les deux parties retenues, Paul énumère les milieux auxquels il s'adapte : les juifs, ceux qui vivent sous la Loi de Moïse, ceux qui l'ignorent. Sans ces lignes, la formule sur le fait de se faire tout à tous perd son ancrage concret. Ce n'est pas un caractère accommodant, c'est une stratégie missionnaire réfléchie.

De la souplesse à la discipline

La seconde moitié corrige d'avance un contresens. S'adapter à tous pourrait passer pour de la mollesse ; l'image de l'athlète montre au contraire que cette liberté suppose une maîtrise de soi exigeante. Le mot esclave, appliqué d'abord aux autres puis à son propre corps, fait la charnière du texte.

L'apôtre n'est pas à l'abri

La dernière phrase envisage que Paul lui-même soit écarté du prix après avoir prêché aux autres. Annoncer ne dispense de rien. Le prédicateur reste un coureur parmi les coureurs.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul défend sa pratique missionnaire devant une communauté qui la juge mal, et il en tire une règle de conduite : la liberté chrétienne ne vaut que mise au service des autres.

La tradition catholique y a lu très tôt une description du ministère apostolique lui-même, reçu comme une charge et non conquis comme un titre, ce qui vaut pour tout ministre ordonné. Refuser le profit devient la condition de crédibilité de l'annonce.

La seconde partie a nourri toute une réflexion sur l'ascèse, ce travail volontaire sur soi que le christianisme n'oppose pas au corps mais ordonne à un but. La couronne impérissable évoque la vie éternelle : l'effort chrétien vise un terme qui dépasse cette vie. Et l'aveu final de Paul écarte toute assurance présomptueuse.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

C'est un passage d'apologie, autrement dit de justification personnelle, inséré dans une lettre d'argumentation morale. Paul plaide sa cause en se donnant lui-même en exemple, procédé courant dans la rhétorique de son temps.

La seconde moitié bascule dans la comparaison sportive, image familière à des lecteurs grecs. Ces lignes se lisent comme un raisonnement suivi et non comme une confidence spirituelle : chaque phrase pousse un argument d'un cran.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse, et personne ne conteste qu'il ait écrit cette lettre. Il écrit probablement depuis Éphèse, vers les années 54-56, à la communauté qu'il avait fondée à Corinthe quelques années plus tôt.

Il répond à des nouvelles reçues et à des questions que les Corinthiens lui ont posées par écrit. Le climat est tendu. Une partie de la communauté met en doute son autorité d'apôtre, ce qui explique le ton défensif du chapitre 9.

Lectures et références
  • 2 Tm 4, 7-8 — Reprise de l'image de la course achevée et de la couronne, en fin de parcours cette fois.
  • Ga 5, 13 — Formule parallèle sur la liberté chrétienne qui s'accomplit dans le service mutuel.
  • 1 Co 8, 9-13 — Le passage immédiatement antérieur, qui explique qui sont les faibles et pourquoi Paul se restreint pour eux.
  • Catéchisme, § 2015 — Le Catéchisme y rappelle qu'il n'y a pas de progrès spirituel sans renoncement ni combat, ce que l'image de l'athlète illustre.

À retenir

Paul justifie son refus d'être payé pour prêcher. Sa mission lui est imposée ; la seule liberté qui lui reste, c'est de se faire le serviteur de tous, au prix d'une discipline d'athlète.

Aller plus loin

Il faut un certain culot pour écrire à une communauté qui vous conteste : « je n'ai aucun mérite », et pour en faire malgré tout un argument d'autorité. C'est exactement ce que fait Paul ici, et le raisonnement n'est compréhensible que si l'on sait ce que valait, dans une cité grecque du premier siècle, le fait d'accepter ou de refuser l'argent de ses auditeurs. Derrière les images du coureur et du boxeur se cache par ailleurs tout un vocabulaire technique — celui du stade, celui de l'intendance domestique — dont la traduction française ne laisse presque rien voir. Ce sont ces arrière-plans qui donnent au passage son tranchant.

Pourquoi refuser d'être payé pouvait passer pour un aveu de faiblesse

Dans le monde gréco-romain, un maître de sagesse qui parcourait les villes vivait de trois manières : il enseignait contre honoraires, il entrait au service d'une maison riche, ou il mendiait. Recevoir l'entretien d'un protecteur n'avait rien d'humiliant : cela signalait au contraire qu'on valait quelque chose, et cela nouait entre le bienfaiteur et son obligé un lien social reconnu, où l'un donnait le soutien matériel et l'autre l'honneur public. Refuser ce lien n'était pas neutre : c'était refuser une relation, et pouvait être ressenti comme un affront par les Corinthiens aisés qui auraient volontiers financé leur apôtre.

À cela s'ajoute le mépris grec pour le travail manuel. Un artisan qui peine de ses mains n'a pas le loisir qui fait le philosophe ; en fabriquant des tentes pour subsister, Paul se rangeait lui-même, aux yeux de certains, parmi les petits. D'où le soupçon que le chapitre 9 combat : s'il ne se fait pas entretenir, n'est-ce pas qu'il n'est pas vraiment apôtre, contrairement à d'autres prédicateurs qui, eux, acceptent ?

On comprend alors la stratégie du passage. Paul ne dit pas que le droit d'être nourri n'existe pas — il vient d'établir longuement qu'il existe, en s'appuyant même sur une parole de Jésus. Il dit qu'il y renonce, et il transforme ainsi un signe de faiblesse en la seule chose dont il puisse tirer quelque chose devant Dieu.

« Une mission confiée » : le mot grec dit un intendant, souvent un esclave

Le terme que le français rend par mission ou charge est oikonomia, l'administration d'une maison, et celui qui l'exerce est l'oikonomos, l'intendant. Dans une grande propriété romaine, cet intendant était fréquemment un esclave de confiance : il gérait les biens, les comptes, parfois les autres esclaves — avec une responsabilité considérable, mais sans rien posséder et sans salaire, puisqu'il ne faisait qu'exécuter ce à quoi son statut l'obligeait.

Tout le raisonnement du début du passage tient à cette image. Un homme libre qui entreprend quelque chose de son propre chef peut réclamer un misthos, un salaire ; un intendant qui accomplit sa tâche ne réclame rien, il est simplement en règle. Paul se range dans la seconde catégorie : l'annonce ne lui appartient pas, elle lui a été remise, et il n'y a pas lieu de s'en glorifier plus qu'un serviteur ne se glorifie d'avoir fait son travail.

Le mot d'esclave, qui revient un peu plus loin appliqué à sa relation aux autres puis à son propre corps, n'est donc pas une trouvaille d'orateur isolée : il court sous tout le développement. Et il éclaire le paradoxe sur lequel le texte s'ouvre — Paul cherche la marge de liberté qui subsiste à l'intérieur d'une contrainte, et il la trouve dans la gratuité.

Ce que cet autoportrait vient prouver aux Corinthiens

On pourrait croire que le chapitre 9 interrompt la discussion sur les viandes offertes aux idoles pour régler un compte personnel. C'est l'inverse : il en est le cœur argumentatif. Les Corinthiens « forts », ceux qui savent qu'une idole n'est rien et mangent donc sans scrupule, invoquent un droit. Paul leur oppose un homme qui possède un droit plus fondé encore — vivre de son travail d'apôtre — et qui n'en use pas.

La rhétorique antique appelait cela un exemple : on ne démontre pas seulement par des principes, on met sous les yeux un cas. L'argument n'est recevable que si Paul est allé plus loin que ce qu'il demande, et c'est pourquoi il insiste tant sur le prix payé. La conclusion de la section, quelques lignes après notre passage, invitera d'ailleurs explicitement les Corinthiens à l'imiter comme lui-même imite le Christ.

Cela change la portée de la formule sur le fait de se faire tout à tous. Elle n'énonce pas un tempérament conciliant, elle conclut une démonstration : la connaissance qu'on a raison ne justifie pas d'écraser celui qui a tort, et la liberté ne devient chrétienne qu'au moment où elle accepte de se limiter.

Le héraut qui pourrait être déclaré inapte

Corinthe présidait les jeux isthmiques, et le public visé savait ce qu'ils exigeaient : une période d'entraînement obligatoire avant la compétition, un serment prêté par les concurrents, un régime strict. Le verbe que le français rend par « traiter durement son corps » vient du pugilat : il signifie meurtrir, frapper au visage. Paul ne se décrit pas en train de mépriser sa chair, il se décrit en combattant qui encaisse — l'image est sportive, pas morbide.

Deux autres mots sont techniques. Celui qui désigne l'annonce faite aux autres est le verbe du héraut, l'officiel qui, dans le stade, proclamait les épreuves et criait le nom des vainqueurs sans jamais concourir lui-même. Et le terme final, adokimos, appartient au vocabulaire de l'examen : on l'employait pour un métal qui ne passe pas le contrôle, et dans les jeux pour l'athlète écarté par les juges.

La dernière phrase superpose donc les deux rôles. Paul tient le porte-voix, mais il ne se croit pas pour autant hors de la piste : celui qui proclame les règles reste soumis à l'examen, et le ministère ne met personne à l'abri de son propre jugement.

Une exigence corporelle qui n'est pas un mépris du corps

Il faut se garder d'un contresens fréquent : lire dans la fin du passage une hostilité au corps, comme si le salut consistait à s'en défaire. La pensée de Paul est hébraïque avant d'être grecque : le corps n'y est pas une enveloppe dont l'âme s'échapperait, il désigne l'homme tout entier en tant qu'il est présent au monde et aux autres. Ailleurs dans cette même lettre, il appelle ce corps un sanctuaire et fait de son usage un lieu où Dieu est honoré.

L'image de l'athlète dit exactement cela : un sportif ne hait pas son corps, il le forme. La discipline dont il est question est orientée vers un but qui la justifie, et ce but n'est pas la performance de l'ascète mais la fidélité de l'annonce.

C'est ce que la tradition chrétienne a retenu en parlant d'ascèse, terme emprunté au vocabulaire sportif grec, où askèsis désignait l'entraînement. Le renoncement n'a jamais eu de valeur en lui-même dans cette perspective ; il en reçoit une de ce à quoi il rend disponible.

Les questions que ça pose

Paul dit qu'il n'y a pas de quoi se vanter, mais il passe tout le chapitre à parler de lui : n'est-ce pas contradictoire ?

La tension est réelle et l'ironie du texte la souligne elle-même. Mais le point de gloire que Paul revendique est précisément celui qui ne lui rapporte rien : non pas d'avoir prêché — cela lui était imposé —, mais de l'avoir fait sans facture. C'est une manière de renverser les codes d'honneur de son auditoire, qui jugeait un orateur à son prestige et à ses honoraires. Reste que le ton défensif de ce chapitre trahit une situation tendue : Paul ne se présente pas en modèle détaché, il se bat pour la crédibilité de son ministère.

« Se faire tout à tous », n'est-ce pas simplement s'adapter à son public et dire à chacun ce qu'il veut entendre ?

L'objection mérite d'être prise au sérieux, car la formule est devenue proverbiale au sens d'opportunisme. Mais dans le contexte, Paul distingue la manière et le contenu : il modifie ses usages de vie, ses références, sa façon d'entrer en contact, non le message. Le même homme s'est publiquement opposé à Pierre à Antioche lorsqu'il a jugé qu'une accommodation compromettait la vérité de l'Évangile, et il a écrit aux Galates que personne, pas même un ange, ne pouvait annoncer un autre évangile. La souplesse a donc chez lui une frontière nette, même si le tracé exact en reste, dans la pratique, un objet de discernement.

Si un seul reçoit le prix dans la course, cela veut-il dire que très peu seront sauvés ?

Non : c'est une comparaison, et une comparaison ne fonctionne que sur le point pour lequel elle est faite. Ce que Paul retient du stade, c'est l'intensité de l'engagement de celui qui court pour gagner, pas l'arithmétique des vainqueurs. L'image se retourne d'ailleurs aussitôt, puisqu'il invite l'ensemble de ses lecteurs à courir de cette façon — ce qui serait absurde si un seul pouvait aboutir. Le christianisme n'a jamais lu ici une compétition entre croyants ; le seul adversaire que Paul se donne, dans la phrase suivante, c'est lui-même.

Paul envisage d'être lui-même écarté à la fin : un apôtre peut-il donc rater son salut ?

La phrase a beaucoup occupé la théologie, car elle exclut deux facilités opposées. Elle interdit la présomption — se croire acquis d'avance parce qu'on exerce une charge religieuse — sans pour autant verser dans l'angoisse, puisque Paul écrit par ailleurs sa confiance dans la fidélité de Dieu. La lecture catholique y voit l'affirmation que la grâce ne supprime pas la liberté : tant que la course dure, l'issue engage celui qui court. Sur la manière exacte d'articuler l'initiative de Dieu et la responsabilité humaine, les traditions chrétiennes divergent, et la discussion reste ouverte.

Pour finir

Ce passage tient sur une inversion : ce que la société de Corinthe lisait comme un déficit de statut, Paul le revendique comme la seule liberté qui lui reste dans une mission qu'il n'a pas choisie. La deuxième moitié empêche d'y voir une complaisance, en rappelant que se rendre disponible à tous coûte une discipline d'athlète. Et la dernière phrase interdit d'en faire un titre : le héraut n'a pas quitté la piste.

Pour aller chercher plus loin

  • Lc 10, 7 — La parole de Jésus sur l'ouvrier qui mérite son salaire, à laquelle Paul se réfère juste avant ce passage pour établir le droit qu'il refuse d'exercer.
  • 1 Co 4, 1-2 — Paul s'y définit déjà comme intendant des mystères de Dieu, dont on attend non la gloire mais la fidélité : la même image d'administration commandée.
  • 2 Co 11, 7-9 — Il y revient sur son refus d'être à la charge des Corinthiens et précise que d'autres Églises ont pourvu à ses besoins, ce qui nuance la portée de son renoncement.
  • 1 Co 6, 19-20 — Dans la même lettre, le corps est appelé sanctuaire de l'Esprit : preuve que la discipline corporelle évoquée ici ne procède d'aucun mépris du corps.
  • Catéchisme, § 875 — Le Catéchisme y énonce que nul ne peut se donner à soi-même le mandat d'annoncer l'Évangile, ce qui est exactement le point de départ du raisonnement de Paul.
  • Catéchisme, § 2015 — Sur le renoncement et le combat spirituel comme chemin ordinaire, dans la ligne de la comparaison athlétique.
Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Psaume

Psaumes 83, 3 . 83, 4 . 83, 5-6 . 83, 12

3 Mon âme s’épuise en soupirant après les parvis de Yahweh ; mon cœur et ma chair tressaillent vers le Dieu vivant.

4 Le passereau même trouve une demeure, et l’hirondelle un nid où elle repose ses petits : Tes autels, Yahweh des armées, mon roi et mon Dieu !

5 Heureux ceux qui habitent ta maison ! Ils peuvent te louer encore. — Séla.

6 Heureux les hommes qui ont en toi leur force ; ils ne pensent qu’aux saintes montées.

12 Car Yahweh Dieu est un soleil et un bouclier ; Yahweh donne la grâce et la gloire, il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l’innocence.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile

Luc 6, 39-42

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? »

39 Il leur fit encore cette comparaison : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans la fosse ?

40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais tout disciple, son instruction achevée, sera comme son maître.

41 Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ?

42 Ou comment peux-tu dire à ton frère : Mon frère, laisse-moi ôter cette paille de ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage appartient au grand discours que Luc place au début de la vie publique de Jésus, le sermon dans la plaine (Lc 6, 17-49) : selon lui, Jésus descend de la montagne et parle sur un terrain plat, au milieu d'une foule venue de toute la région.

Juste avant, Jésus a appelé à la miséricorde et demandé de ne pas juger (6, 36-38). Les quatre versets d'aujourd'hui prolongent cet appel en demandant à celui qui prétend corriger autrui de commencer par se regarder lui-même. Viendront ensuite l'arbre reconnaissable à ses fruits, puis la maison bâtie sur le roc, qui referment le discours.

On est en Galilée, au nord du pays, bien avant la montée vers Jérusalem. En semaine, la liturgie lit l'évangile de Luc en continu, jour après jour. Ce découpage suit le fil du texte, rien de plus.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Prédicateur itinérant de Galilée que les évangiles présentent comme le Messie envoyé de Dieu ; il enseigne ici au tout début de son activité publique.

Il parle en images, non pour condamner ses auditeurs mais pour désarmer chez eux la tentation de se poser en juge des autres.

les disciples

Le mot désigne largement ceux qui suivent Jésus et apprennent de lui : un cercle bien plus vaste que les douze apôtres que Jésus vient de choisir (Lc 6, 12-16).

Ils sont les destinataires directs de ces paroles. L'enseignement vise donc d'abord la vie interne du groupe de ceux qui croient, non les adversaires.

le « frère »

Dans le vocabulaire des premières communautés chrétiennes, le frère désigne un compagnon de foi, un membre du même groupe, pas seulement un frère de sang.

Il est celui que l'on est tenté de corriger. Le passage ne dit pas de renoncer à l'aider, mais de s'y prendre dans le bon ordre.

Mots à connaître
parabole

Le mot grec traduit ici recouvre plus largement que notre « parabole » : toute comparaison imagée, proverbe ou énigme. Pas nécessairement une petite histoire, donc, mais un enseignement qui passe par une image.

la paille et la poutre

La paille évoque une brindille minuscule, la poutre une pièce de charpente d'une maison. Le contraste est absurde à dessein. C'est un procédé d'exagération courant dans la prédication de l'époque, destiné à rendre la disproportion évidente.

hypocrite

Le mot grec hypokritès désignait d'abord l'acteur de théâtre, celui qui joue un rôle sous un masque. Il vise ici moins le menteur conscient que celui qui tient sincèrement un rôle de juge sans voir sa propre situation.

maître et disciple

Dans le judaïsme de ce temps, un maître formait un groupe d'élèves qui vivaient avec lui, apprenaient sa manière d'interpréter l'Écriture et finissaient par lui ressembler. Le proverbe repose sur cette évidence sociale : l'élève ne dépasse pas son maître, il en devient la copie.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 7, 3-5 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte la même image de la paille et de la poutre, à l'intérieur du sermon sur la montagne, immédiatement après l'avertissement sur le jugement. Le contenu est presque identique ; la différence tient au cadre. Luc la relie explicitement à la question du maître et du disciple, ce qui donne au propos une couleur de formation communautaire.

Mt 15, 14 même épisode, autre évangile

Chez Matthieu, l'image des aveugles conduisant des aveugles surgit dans un tout autre contexte : Jésus y vise les pharisiens, groupe religieux très attaché à l'observance de la Loi, dans une controverse sur les traditions. Le même proverbe sert donc à critiquer des adversaires chez l'un, à mettre en garde les disciples eux-mêmes chez l'autre. Cet écart montre comment chaque évangéliste réemploie librement les paroles reçues.

Mt 10, 24-25 même épisode, autre évangile

La maxime sur le disciple qui n'est pas au-dessus de son maître apparaît chez Matthieu dans le discours d'envoi en mission : elle y annonce que les disciples subiront le sort de Jésus. Chez Luc, la même formule dit que l'élève finit par ressembler à celui qui le forme. D'où l'enjeu du guide que l'on choisit.

Rm 2, 1

Paul, dans sa lettre aux chrétiens de Rome, développe la même logique : celui qui juge autrui se condamne lui-même, car il fait les mêmes choses. Le rapprochement montre que cet avertissement traversait déjà la prédication chrétienne du premier siècle, indépendamment des évangiles écrits.

Clés de lecture
Trois images qui n'en font qu'une

L'aveugle guide, le disciple formé, la poutre dans l'œil : tout tourne autour du regard. Celui qui prétend conduire ou corriger doit d'abord vérifier qu'il voit. L'unité du passage tient à ce fil, non à un raisonnement suivi.

Une correction n'est pas interdite, elle est différée

Le dernier verset ne supprime pas le geste d'ôter la paille : il en fixe la condition et l'ordre. L'avertissement porte sur la lucidité préalable, pas sur le fait d'aider un autre à voir clair.

Un enseignement adressé aux siens

Luc précise que Jésus parle à ses disciples. Ces paroles ne disqualifient pas des adversaires extérieurs ; elles règlent la manière dont ceux qui le suivent se regardent les uns les autres, et la responsabilité de ceux qui, à leur tour, enseigneront.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens premier, Jésus met en garde ceux qu'il forme contre une illusion très ordinaire : croire voir clair chez autrui ce qu'on ne voit pas chez soi. Le proverbe sur le maître et le disciple ajoute un enjeu de transmission. Une communauté ne vaut pas mieux que ceux qui la guident, et un guide aveugle entraîne les autres dans sa chute.

La tradition catholique a lu ce passage à deux niveaux. Sur le plan moral, il fonde la réserve chrétienne devant le jugement porté sur autrui : le Catéchisme parle de « jugement téméraire » pour désigner cette pente qui consiste à tenir pour acquis, sans preuve suffisante, le défaut moral d'un autre. Sur le plan spirituel, le seul maître dont le disciple puisse recevoir un regard juste est le Christ, dont l'attitude envers les pécheurs mesure toute correction fraternelle. La correction reste légitime dans l'Église. Mais elle suppose d'avoir commencé par soi.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Ce sont des paroles brèves de sagesse, de celles qu'on retenait par cœur : une question de bon sens, un proverbe sur le maître et l'élève, une comparaison volontairement exagérée. Le texte annonce lui-même qu'il s'agit d'images.

Comparer un fétu et une pièce de charpente, ce n'est pas se tromper d'échelle, c'est un procédé : l'exagération veut faire sourire pour faire réfléchir. Faut-il lire ces phrases comme des règles juridiques ? Ce serait un contresens. Elles cherchent à déplacer un regard.

Qui écrit, et pour qui

Une tradition ancienne attribue cet évangile à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, homme cultivé qui écrit un grec soigné. Il compose son récit vers les années 80-90, sans doute, pour des communautés chrétiennes largement issues du monde grec, à qui il faut expliquer les usages juifs.

Il dédie son livre à un certain Théophile. Il annonce d'emblée son intention : mettre en ordre les traditions reçues sur Jésus pour en montrer la solidité. La date et le lieu exacts de rédaction restent débattus.

Lectures et références
  • Catéchisme, § 2477 — Définit le jugement téméraire, la médisance et la calomnie, que ce passage vise directement.
  • Catéchisme, § 2478 — Invite à interpréter d'abord favorablement la pensée et l'agir du prochain, dans la ligne de cet enseignement.
  • Lc 6, 36-38 — Les versets qui précèdent immédiatement et donnent la clé du passage : miséricorde et refus de juger.
  • Jn 13, 16 — Autre emploi de la maxime sur le serviteur et le disciple, appliquée par Jésus au lavement des pieds.
  • Jc 4, 11-12 — La lettre de Jacques développe pour les premières communautés la même mise en garde contre celui qui se fait juge de son frère.

À retenir

Jésus ne défend pas d'aider un frère à voir clair ; il rappelle qu'on ne le peut qu'après avoir consenti à voir clair sur soi-même.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

S. Cyrille

Notre-Seigneur ajoute aux enseignements qui précèdent une parabole bien nécessaire : « Il leur faisait aussi cette comparaison. » En effet, ses disciples étaient appelés à devenir les docteurs du monde ; ils devaient donc connaître toutes les règles d’une vie sainte, et répandre les clartés d’une lumière toute divine, pour éviter d’être des aveugles servant de guide à d’autres aveugles. Il leur dit donc : « Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ? » S’il arrive à quelques-uns d’atteindre au même degré de vertu que ceux qui les enseignent, qu’ils se contentent de cette mesure, et marchent toujours sur les traces de leurs maîtres ; car, dit Notre-Seigneur : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître. » Aussi saint Paul dit aux Philippiens : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ. » (Ph 3.) Pourquoi donc voulez-vous juger les autres, alors que Jésus-Christ ne juge pas ? Car il n’est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. (Jn 3.)

Théophile

Ou encore, si vous jugez les autres, et que vous soyez coupable des mêmes fautes, ne ressemblez-vous pas à l’aveugle qui conduit un autre aveugle ? Comment le conduirez-vous au bien, alors que vous suivez la voie du mal ? Le disciple n’est point au-dessus du. maître. Si donc vous ne savez éviter le péché, vous qui vous décernez le titre de maître et de conducteur, que deviendra celui qui devient votre disciple et se place sous votre conduite ? Car tout disciple sera parfait, s’il est comme son maître.

Bède

Ou bien le sens de ces paroles dépend des enseignements qui précèdent, où Notre-Seigneur recommande de donner l’aumône et de pardonner les injures. Si vous vous laissez aveugler par la colère contre celui qui vous fait violence, et par l’avarice à l’égard de celui qui vous demande du secours, comment, dans cette disposition coupable de votre âme, pourrez-vous les guérir de leurs propres vices ? Voyez Jésus-Christ, notre Maître ; il était Dieu, il pouvait venger les injures qui lui étaient faites, et cependant il a préféré adoucir la fureur de ses ennemis en les supportant avec patience ; n’est-il donc pas nécessaire que ses disciples, qui ne sont que des hommes, suivent la même règle de perfection.

S. Augustin

(Quest. évang. , 2, 9.) Ou bien encore, Notre-Seigneur, par ces paroles : « Est-ce qu’un aveugle peut conduire un autre aveugle ? » veut leur ôter l’espoir de recevoir des lévites cette mesure dont il a dit : « Ils verseront dans votre sein, » etc. En effet, ils payaient les décimes à ceux que le Sauveur appelle des aveugles, parce qu’ils ne recevaient pas l’Évangile. Il veut donc que le peuple commence à attendre cette récompense des disciples du Seigneur, qu’il déclare être ses imitateurs en disant : « Le disciple n’est point au-dessus du maître. »

6 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.