Aller au contenu
comprendrelamesse.fr

de la férie

23ème Semaine du Temps Ordinaire

Première visite ? Ce que vous lisez ici

Ces textes sont ceux lus aujourd'hui dans toutes les églises catholiques : une lecture de l'Ancien Testament, un psaume chanté en réponse, parfois une lettre d'apôtre le dimanche, puis l'Évangile.

Comprendre ces pages explique le reste : pourquoi plusieurs lectures, ce que veut dire « Temps Ordinaire », et comment lire l'analyse.

Première lecture Nouveau Testament

1 Corinthiens 8, 1-7 . 8, 10-13

« En péchant contre vos frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre le Christ lui-même »

1 Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons, car nous sommes tous éclairés… — La science enfle, tandis que la charité édifie.

2 Si quelqu’un présume de sa science, il n’a encore rien connu comme on doit le connaître.

3 Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. —

4 Pour ce qui est donc de manger des viandes immolées aux idoles, nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’y a de Dieu, qu’un seul.

5 Car s’il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, — il y a de la sorte beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, —

6 pour nous néanmoins, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes.

7 Mais tous n’ont pas cette connaissance. Quelques-uns, conservant encore leur ancienne manière d’envisager l’idole, mangent de ces viandes comme ayant été immolées à une idole, et leur conscience, qui est faible, se trouve souillée.

10 Car si quelqu’un te voit, toi qui es un homme éclairé, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes immolées aux idoles ?

11 Et ainsi se perd le faible par ta science, ce frère pour lequel le Christ est mort !

12 En péchant de la sorte contre vos frères, et en violentant leur conscience encore faible, vous péchez contre le Christ.

13 C’est pourquoi, si un aliment est une occasion de chute pour mon frère, je me passerai éternellement de viande, afin de ne pas être pour lui une occasion de chute.

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Cette page appartient à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, grande cité portuaire grecque où l'apôtre avait fondé une communauté vers l'an 50. Paul y répond, point par point, aux questions que les Corinthiens lui ont écrites : après le mariage et le célibat (chapitre 7), il aborde ici un cas concret de la vie quotidienne, celui des viandes ayant servi aux sacrifices païens.

Le raisonnement commence par un principe général sur la connaissance et l'amour, puis expose ce que les Corinthiens « instruits » affirment — les idoles ne sont rien —, et enfin retourne l'argument : ce qui est permis n'est pas toujours bon si un frère en est ébranlé. Le développement se poursuit au chapitre 9, où Paul se donne lui-même en exemple d'homme qui renonce à ses droits, et jusqu'au chapitre 10.

La lecture saute les versets 8 et 9, où Paul précise que la nourriture n'a en soi aucune valeur devant Dieu, mais qu'il faut prendre garde à ne pas faire trébucher les autres : le lien entre les deux parties retenues y est explicité.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Paul

Ancien pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Il a fondé la communauté de Corinthe et lui écrit ensuite pour régler les difficultés qui s'y posent.

Il arbitre un conflit interne. Au dernier verset, il s'engage personnellement : il renoncerait entièrement à la viande plutôt que de faire tomber un frère.

les « forts », ceux qui ont la connaissance

Des chrétiens de Corinthe convaincus, à juste titre, que les divinités païennes n'existent pas et que la nourriture est donc religieusement neutre.

Paul leur donne raison sur le fond mais conteste leur usage de ce savoir : leur liberté affichée devient un piège pour d'autres.

les « faibles »

Des chrétiens venus du paganisme, dont la sensibilité religieuse reste marquée par leur passé : pour eux, manger cette viande garde une saveur de culte rendu aux idoles.

Ils sont les victimes involontaires de l'assurance des autres ; Paul les appelle des frères pour qui le Christ est mort, ce qui fixe leur prix.

les Corinthiens

La communauté chrétienne de Corinthe, socialement très mêlée, traversée de rivalités et de questions pratiques inédites.

Destinataires de la lettre, ils avaient interrogé Paul par écrit ; ce chapitre est une réponse à leur question.

Mots à connaître
viandes offertes aux idoles

Dans les villes grecques, les animaux sacrifiés dans les temples n'étaient que partiellement brûlés : le reste était consommé sur place lors de banquets, ou vendu sur le marché. Un habitant de Corinthe pouvait donc difficilement acheter de la viande sans qu'elle ait un lien avec un sacrifice païen.

attablé dans le temple d'une idole

Les sanctuaires disposaient de salles de banquet où l'on célébrait mariages, anniversaires ou affaires. Y participer relevait autant de la vie sociale que du culte, ce qui rendait la question délicate pour un chrétien engagé dans la cité.

idole

Le mot désigne la statue d'une divinité païenne et, par extension, cette divinité elle-même. Paul affirme qu'elle n'a aucune réalité — non que la question soit sans conséquence pour ceux qui l'ont longtemps vénérée.

conscience faible

Chez Paul, la conscience est le jugement intérieur qui approuve ou condamne ce qu'on fait. Elle est dite « faible » quand elle est mal assurée : celui qui agit contre elle, même sur un point objectivement indifférent, se blesse intérieurement.

frères

Terme courant entre chrétiens des premières générations pour se désigner les uns les autres, quelle que soit leur origine. Il souligne que la communauté n'est pas une association d'opinions mais une famille.

Ailleurs dans l’Écriture
Rm 14, 13-21

Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, Paul traite un cas très proche : des croyants s'abstiennent de certains aliments, d'autres mangent de tout. Il y développe le même principe — ne pas détruire par sa nourriture celui pour qui le Christ est mort. La comparaison montre que ce n'est pas une réponse improvisée à un incident local, mais une règle de conduite constante chez lui.

1 Co 10, 23-31

Deux chapitres plus loin, Paul revient sur la même question et donne des consignes pratiques : on peut acheter et manger sans enquêter, sauf si quelqu'un signale l'origine sacrificielle de la viande. Il y formule la règle qui commande tout : ce qui est permis n'est pas nécessairement constructif.

Dt 6, 4 Ancien Testament

La profession de foi d'Israël — le Seigneur est unique — est le socle sur lequel Paul appuie l'affirmation qu'une idole n'est rien. L'originalité de son propos est d'y inclure Jésus Christ comme unique Seigneur, sans rompre l'affirmation d'un seul Dieu.

Clés de lecture
Connaissance et amour

Le passage s'ouvre sur une opposition qui commande tout le reste : un savoir juste peut gonfler celui qui le possède, alors que l'amour bâtit la communauté. Paul ne condamne pas la connaissance, il en conteste l'autosuffisance.

Le renversement du connaître

Au deuxième verset, Paul déplace la question : ce qui compte n'est pas d'être savant devant Dieu, mais d'être connu de lui. La relation prend le pas sur la performance intellectuelle.

Un seul Dieu, un seul Seigneur

Paul reprend la foi d'Israël en un Dieu unique et y associe Jésus Christ comme unique Seigneur. Cette formule très ramassée est l'une des affirmations les plus denses du Nouveau Testament sur le rapport du Christ au Père.

L'argument décisif : le prix du frère

Paul ne tranche pas le débat par une règle alimentaire, mais en rappelant que le chrétien fragile est quelqu'un pour qui le Christ est mort. Le tort qui lui est fait atteint donc le Christ en personne — d'où l'engagement radical du dernier verset.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Paul règle une question pratique de la vie d'une Église située : il reconnaît la liberté que donne la vraie connaissance de Dieu, et lui assigne aussitôt une limite, la charité envers les plus fragiles.

La tradition catholique y lit deux choses. D'abord une donnée fondamentale sur le Christ : rangé du côté du Dieu unique comme Seigneur par qui tout existe, il n'est pas une figure ajoutée au monothéisme mais son intérieur même. Ensuite un principe moral constant : la conscience d'autrui, même mal éclairée, doit être respectée, et l'usage d'une liberté légitime peut devenir une faute s'il fait tomber quelqu'un. Le terme employé pour cela est celui de scandale, au sens ancien de pierre sur laquelle l'autre trébuche.

Ce passage fonde aussi l'idée que le chrétien n'est jamais seul responsable de lui-même : ce que l'un se permet engage ce que l'autre devient.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un passage de lettre, c'est-à-dire d'un écrit de circonstance adressé à des destinataires précis sur un problème précis — non d'un traité de morale générale. Paul y procède par argumentation : il énonce un principe, cite les formules de ses interlocuteurs, en concède la justesse, puis en limite l'usage. Lire ce texte suppose donc de repérer ce qui est la thèse des Corinthiens et ce qui est la réponse de Paul.

Qui écrit, et pour qui

L'auteur est Paul de Tarse, et son autorité sur cette lettre n'est pas discutée. Il écrit depuis Éphèse, vraisemblablement vers 54-56, à la communauté qu'il avait fondée quelques années plus tôt à Corinthe.

Cette Église est jeune, majoritairement composée de convertis venus du paganisme, et elle vit dans une ville cosmopolite où les cultes et les temples sont partout. Paul répond à la fois à des rapports oraux qui lui sont parvenus et à une lettre que les Corinthiens lui ont adressée : le chapitre 8 relève de cette seconde série.

Lectures et références
  • 1 Co 8, 8-9 — Versets enjambés par la lecture, où Paul dit que la nourriture est indifférente devant Dieu mais que la liberté ne doit pas devenir un obstacle.
  • Catéchisme, § 2284 — Définition du scandale comme attitude qui conduit autrui à faire le mal.
  • Catéchisme, § 1790 — Sur la conscience et le cas de la conscience erronée ou mal formée.
  • Ac 18, 1-11 — Récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, arrière-plan de la lettre.

À retenir

Paul donne raison aux Corinthiens sur le fond — les idoles ne sont rien — mais leur montre qu'un savoir vrai devient une faute dès qu'il fait trébucher un frère.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Psaume

Psaumes 138, 1-3 . 138, 13-14 . 138, 23-24

1 Au maître de chant. Psaume de David. Yahweh, tu me sondes et tu me connais,

2 tu sais quand je suis assis ou levé, tu découvres ma pensée de loin.

3 Tu m’observes quand je suis en marche ou couché, et toutes mes voies te sont familières.

13 C’est toi qui as formé mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

14 Je te loue d’avoir fait de moi une créature si merveilleuse ; tes œuvres sont admirables, et mon âme se plaît à le reconnaître.

23 Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées.

24 Regarde si je suis sur une voie funeste, et conduis-moi dans la voie éternelle.

La numérotation des psaumes diffère entre la liturgie et les bibles imprimées : le découpage ci-dessus peut s'écarter d'un verset de la sélection liturgique.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.

Évangile

Luc 6, 27-38

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »

27 Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent.

28 Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous maltraitent.

29 Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui encore l’autre ; et si quelqu’un t’enlève ton manteau, ne l’empêche pas de prendre aussi ta tunique.

30 Donne à quiconque te demande, et si l’on te ravit ton bien, ne le réclame pas.

31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux.

32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.

33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi en font autant.

34 Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, afin qu’on leur rende l’équivalent.

35 Pour vous, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour ; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, qui est bon aux ingrats et aux méchants.

36 Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux.

37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez et il vous sera remis.

38 Donnez, et il vous sera donné : on versera dans votre sein une bonne mesure, pressée, secouée et débordante, car on se servira, pour vous rendre, de la même mesure avec laquelle vous aurez mesuré. »

Comprendre ce passage

Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.

Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire

Ce passage appartient au grand discours que Luc place au début du ministère de Jésus en Galilée, souvent appelé discours dans la plaine (Lc 6, 20-49) parce que Luc situe la scène en terrain plat, au bas d'une montagne, et non sur une hauteur comme le fait Matthieu.

Juste avant, Jésus a passé la nuit en prière puis choisi douze de ses disciples (6, 12-16), il a guéri les malades venus en foule, puis proclamé les béatitudes — heureux les pauvres, les affamés — suivies de quatre malédictions adressées aux riches et aux rassasiés (6, 20-26). Notre passage enchaîne directement : après avoir dit qui Dieu déclare heureux, Jésus dit comment vivre.

Ce qui suit immédiatement (6, 39-49) prolongera par de courtes images : l'aveugle qui guide un aveugle, la paille et la poutre, l'arbre et ses fruits, la maison bâtie sur le roc. En semaine, l'évangile est lu de façon continue jour après jour : ce découpage suit simplement l'avancée dans Luc.

Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
Jésus

Au début de sa vie publique en Galilée, il enseigne, guérit et vient de se constituer un groupe de douze compagnons choisis.

Il énonce ici, sous forme d'instruction adressée à ceux qui l'écoutent, la manière d'agir qui découle du comportement de Dieu lui-même.

ses disciples

Le mot désigne l'ensemble de ceux qui suivent Jésus et se mettent à son école — un cercle bien plus large que les douze qu'il vient de choisir.

Ils sont les destinataires directs du discours ; Jésus précise même qu'il parle à ceux qui l'écoutent, distinguant l'auditoire attentif de la foule.

les ennemis, ceux qui haïssent, maudissent, calomnient

Non pas des adversaires nommés, mais des figures typiques : l'agresseur, le voleur, le détracteur, tels qu'on les rencontre dans la vie ordinaire.

Ils servent de cas-limites : c'est en s'adressant à eux que l'amour dont parle Jésus se distingue d'une simple réciprocité.

le Père, le Très-Haut

Deux façons de désigner Dieu ; « Très-Haut » est un titre fréquent dans l'Ancien Testament, « Père » est le terme propre à la prière de Jésus.

Il est le modèle et la source : son comportement envers les ingrats fonde la conduite demandée, et la parenté avec lui en est la conséquence promise.

Mots à connaître
le manteau et la tunique

La tunique était le vêtement porté à même le corps, le manteau la pièce d'étoffe ample qu'on mettait par-dessus et qui servait aussi de couverture la nuit. La Loi interdisait de garder en gage le manteau d'un pauvre au-delà du coucher du soleil (Ex 22, 25-26) : céder jusqu'à la tunique va donc au-delà de tout ce que le droit pouvait exiger.

une mesure pleine, tassée, secouée

Sur les marchés, le grain se vendait au volume, dans un récipient étalonné. Le vendeur généreux le remplissait, le tassait et le secouait pour éliminer les vides, puis laissait déborder : l'image évoque une générosité qui dépasse la stricte équité.

le pan du vêtement

Le repli du manteau, ramené et retenu à la ceinture, formait une poche où l'on transportait grain, fruits ou monnaie. Recevoir dans ce repli est le geste concret de celui qui emporte une provision reçue en cadeau.

prêter sans espérer de retour

La Loi d'Israël interdisait de prêter à intérêt à un compatriote et prescrivait la remise des dettes (Dt 15, 1-11), mais le prêt restait un rapport où l'on comptait récupérer son bien. Renoncer même au capital sort du cadre de l'entraide calculée.

« les pécheurs »

Le mot désigne ici, de façon générale, ceux qui ne règlent pas leur vie sur Dieu : Jésus les prend comme point de comparaison le plus bas. À l'endroit correspondant, Matthieu nomme les collecteurs d'impôts et les païens ; Luc emploie un terme plus large, compréhensible pour ses lecteurs de culture grecque.

Ailleurs dans l’Écriture
Mt 5, 38-48 même épisode, autre évangile

Matthieu rapporte le même enseignement dans le Sermon sur la montagne, mais organisé en oppositions (« on vous a dit… moi je vous dis »), avec des références explicites à la Loi. Là où Luc conclut en invitant à imiter la miséricorde du Père, Matthieu conclut par la perfection du Père. Deux rédactions du même enseignement, chacune tirant l'accent de son côté : la compassion chez Luc, l'accomplissement de la Loi chez Matthieu.

Mt 7, 1-2 même épisode, autre évangile

L'avertissement sur le jugement et sur la mesure figure chez Matthieu à un autre endroit de son sermon, sans l'image du vêtement débordant. Luc regroupe ce matériau avec l'amour des ennemis, si bien que chez lui l'interdiction de juger apparaît comme une application concrète de la miséricorde.

Mt 7, 12 même épisode, autre évangile

La règle qui invite à traiter les autres comme on voudrait être traité clôt chez Matthieu tout le corps du sermon, présentée comme le résumé de la Loi et des Prophètes. Luc l'insère au cœur du développement sur l'amour des ennemis, comme critère pratique de ce qu'il vient de demander.

Lv 19, 2 Ancien Testament

Le Lévitique fondait déjà la conduite d'Israël sur une ressemblance avec Dieu : soyez saints, car Dieu est saint. La formule employée ici a la même structure, mais déplace l'attribut divin vers la miséricorde. Le même chapitre du Lévitique contient aussi le commandement d'aimer son prochain (Lv 19, 18), que Jésus élargit à l'ennemi.

Clés de lecture
Un enseignement en trois temps

Le passage commence par des exigences très concrètes (aimer, faire du bien, prier, céder), poursuit par trois questions qui démontent la logique de la réciprocité, puis énonce le principe : la miséricorde du Père. Les préceptes finaux sur le jugement et la mesure en tirent les conséquences pratiques.

Le fondement n'est pas moral mais théologique

Jésus ne demande pas cette conduite parce qu'elle serait plus efficace ou plus noble, mais parce qu'elle correspond à la manière d'agir de Dieu, décrit comme bon envers ceux qui ne le méritent pas. La ressemblance annoncée — être fils du Très-Haut — est présentée comme la conséquence, non la condition.

Le renversement de la mesure

Le passage se joue sur l'idée de retour : d'abord refusé comme motif d'agir (ne rien espérer), il réapparaît à la fin comme promesse débordante. Le déplacement est net : celui qui cesse de calculer reçoit hors de toute proportion, et la mesure qu'il emploie devient celle qui lui est appliquée.

Ne pas juger n'est pas ne rien discerner

L'interdiction porte sur la condamnation d'autrui, le verdict porté sur une personne. La suite immédiate du discours chez Luc, avec la paille et la poutre puis l'arbre et ses fruits, montre que le discernement lucide reste demandé — mais en commençant par soi.

Ce que la tradition catholique y lit

Au sens littéral, Jésus formule ici la règle de vie de ceux qui le suivent, en la fondant sur le comportement de Dieu envers les ingrats. La tradition catholique y voit l'un des sommets de l'enseignement moral de l'Évangile : l'amour des ennemis n'abolit pas le commandement d'aimer son prochain, il en révèle l'extension réelle, et le pardon demandé n'est pas une performance mais une participation à ce que Dieu fait le premier.

Dans une lecture spirituelle, ces paroles sont reçues comme le portrait de celui qui les prononce : la Passion, où le Christ ne rend pas coup pour coup et prie pour ses bourreaux (Lc 23, 34), donnera à ce discours son accomplissement en acte. C'est pourquoi la tradition ne lit pas ce texte comme un idéal inaccessible mais comme une vie rendue possible par la grâce. La promesse finale — la mesure débordante — ouvre enfin sur les fins dernières : ce qui est donné sans calcul est rendu par Dieu, au-delà de toute proportion.

Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte

Il s'agit d'un discours d'enseignement, composé de sentences brèves, d'exemples et de questions adressées à l'auditoire. Le style est fortement rythmé, avec des répétitions et des parallélismes qui aidaient à mémoriser : les formulations à l'impératif y ont valeur de règles de conduite, non de description.

Les images employées — la joue, le manteau, la mesure de grain — sont des cas typiques, choisis pour leur force, et non un code juridique à appliquer à la lettre en toute circonstance. Les lire comme des maximes destinées à déplacer la logique ordinaire de l'échange respecte mieux leur intention.

Qui écrit, et pour qui

La tradition attribue ce troisième évangile à Luc, compagnon de voyage de l'apôtre Paul, qui écrit aussi le livre des Actes des Apôtres comme suite de son récit. Il s'adresse à des communautés de culture grecque, sans doute hors de Palestine, et rédige probablement dans les décennies 70-90, à partir de traditions antérieures qu'il déclare lui-même avoir recueillies et mises en ordre.

Son identification précise et la date exacte restent discutées. On observe en tout cas chez lui une attention constante aux pauvres, aux exclus et à la miséricorde de Dieu, très visible dans la façon dont il rapporte ce discours.

Lectures et références
  • Lc 23, 34 — La prière de Jésus en croix pour ceux qui le crucifient montre l'enseignement de ce discours vécu par celui qui l'a donné.
  • Ex 22, 25-26 — La Loi protégeait le manteau du pauvre, ce qui mesure l'écart de l'exigence formulée ici.
  • Lv 19, 18 — Le commandement d'aimer son prochain, que Jésus élargit jusqu'à l'ennemi.
  • Catéchisme, § 2842 — Le Catéchisme explique que le pardon demandé au chrétien tire sa possibilité de la miséricorde de Dieu, comme ce passage le formule.
  • Catéchisme, § 1970 — La règle d'or et l'amour des ennemis y sont présentés comme le cœur de la loi nouvelle de l'Évangile.

À retenir

Jésus ne demande pas un amour héroïque pour lui-même, mais une conduite calquée sur celle de Dieu, qui donne sans calculer le mérite de celui qui reçoit.

Vous voulez aller plus loin ? Connectez-vous pour demander un développement de ce passage : un texte plus ample, produit en une à deux minutes, et conservé ensuite pour tous les lecteurs.

Ce que les Pères de l’Église en ont dit

Extraits de la Chaîne d’or, compilation des commentaires des Pères réunie par saint Thomas d’Aquin vers 1263. Contrairement au reste de cette page, ces textes ne sont pas produits par une intelligence artificielle : ils sont recopiés sans modification.

Bède

Après avoir prédit à ses disciples ce qu’ils pourraient avoir à souffrir de la part de leurs ennemis, il leur apprend maintenant la conduite qu’ils devront tenir à l’égard de ces mêmes ennemis : « Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez. »

S. Ambr

Ce n’est point sans raison qu’il a fait précéder d’actions toute célestes d’aussi sublimes enseignements. Il voulait enseigner aux peuples, fortifiés par ces miracles de la puissance divine, à s’avancer comme sur les pas de ces prodiges, au delà des limites étroites de la loi. D’ailleurs, de ces trois grandes vertus, la foi, l’espérance et la charité, c’est la charité qui est la première ( 1 Co 13, 13 ; Ct 1, 4), et c’est elle que le Sauveur nous recommande, lorsqu’il dit : « Aimez vos ennemis. »

S. Basile

(règles abrég., rép. à la quest. , 176.) C’est le propre des ennemis de nuire et de tendre des embûches ; tous ceux donc qui, de quelque manière que ce soit, cherchent à nuire quelqu’un, sont ses ennemis.

S. Cyrille

Il fallait pénétrer de ces divins enseignements les saints docteurs qui devaient prêcher la parole du salut par tout l’univers ; car s’ils s’étaient laissé aller à tirer vengeance de leurs persécuteurs, jamais ils ne les auraient appelés à la connaissance de la vérité.

36 autres commentaires sur ce passage. Traduction de l’abbé J.-M. Peronne, 1868. Texte mis en ligne par eschatologie.free.fr, avec son autorisation.

Échanges

Aucun échange sur ce passage pour l’instant.

Pour laisser un commentaire, il faut créer un compte.

C’est immédiat et sans mot de passe : vous donnez votre adresse, vous cliquez sur le lien reçu, et c’est fait. Le compte sert aussi à mettre des lectures en favori et à les retrouver.

Créer un compte

Lire le site, lui, ne demande rien.