Première lecture Nouveau Testament
1 Corinthiens 8, 1-7 . 8, 10-13
« En péchant contre vos frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre le Christ lui-même »
1 Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons, car nous sommes tous éclairés… — La science enfle, tandis que la charité édifie.
2 Si quelqu’un présume de sa science, il n’a encore rien connu comme on doit le connaître.
3 Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. —
4 Pour ce qui est donc de manger des viandes immolées aux idoles, nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’y a de Dieu, qu’un seul.
5 Car s’il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, — il y a de la sorte beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, —
6 pour nous néanmoins, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes.
7 Mais tous n’ont pas cette connaissance. Quelques-uns, conservant encore leur ancienne manière d’envisager l’idole, mangent de ces viandes comme ayant été immolées à une idole, et leur conscience, qui est faible, se trouve souillée.
10 Car si quelqu’un te voit, toi qui es un homme éclairé, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes immolées aux idoles ?
11 Et ainsi se perd le faible par ta science, ce frère pour lequel le Christ est mort !
12 En péchant de la sorte contre vos frères, et en violentant leur conscience encore faible, vous péchez contre le Christ.
13 C’est pourquoi, si un aliment est une occasion de chute pour mon frère, je me passerai éternellement de viande, afin de ne pas être pour lui une occasion de chute.
Comprendre ce passage
Deux réponses qui débloquent la lecture, puis des repères, puis ce qui intéresse les curieux.
Où l’on se trouve Pour situer le passage avant de lire
Cette page appartient à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, grande cité portuaire grecque où l'apôtre avait fondé une communauté vers l'an 50. Paul y répond, point par point, aux questions que les Corinthiens lui ont écrites : après le mariage et le célibat (chapitre 7), il aborde ici un cas concret de la vie quotidienne, celui des viandes ayant servi aux sacrifices païens.
Le raisonnement commence par un principe général sur la connaissance et l'amour, puis expose ce que les Corinthiens « instruits » affirment — les idoles ne sont rien —, et enfin retourne l'argument : ce qui est permis n'est pas toujours bon si un frère en est ébranlé. Le développement se poursuit au chapitre 9, où Paul se donne lui-même en exemple d'homme qui renonce à ses droits, et jusqu'au chapitre 10.
La lecture saute les versets 8 et 9, où Paul précise que la nourriture n'a en soi aucune valeur devant Dieu, mais qu'il faut prendre garde à ne pas faire trébucher les autres : le lien entre les deux parties retenues y est explicité.
Qui est là Les personnages, en deux lignes chacun
- Paul
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Ancien pharisien devenu, après une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, prédicateur de l'Évangile auprès des non-juifs. Il a fondé la communauté de Corinthe et lui écrit ensuite pour régler les difficultés qui s'y posent.
Il arbitre un conflit interne. Au dernier verset, il s'engage personnellement : il renoncerait entièrement à la viande plutôt que de faire tomber un frère.
- les « forts », ceux qui ont la connaissance
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Des chrétiens de Corinthe convaincus, à juste titre, que les divinités païennes n'existent pas et que la nourriture est donc religieusement neutre.
Paul leur donne raison sur le fond mais conteste leur usage de ce savoir : leur liberté affichée devient un piège pour d'autres.
- les « faibles »
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Des chrétiens venus du paganisme, dont la sensibilité religieuse reste marquée par leur passé : pour eux, manger cette viande garde une saveur de culte rendu aux idoles.
Ils sont les victimes involontaires de l'assurance des autres ; Paul les appelle des frères pour qui le Christ est mort, ce qui fixe leur prix.
- les Corinthiens
-
La communauté chrétienne de Corinthe, socialement très mêlée, traversée de rivalités et de questions pratiques inédites.
Destinataires de la lettre, ils avaient interrogé Paul par écrit ; ce chapitre est une réponse à leur question.
Mots à connaître
- viandes offertes aux idoles
Dans les villes grecques, les animaux sacrifiés dans les temples n'étaient que partiellement brûlés : le reste était consommé sur place lors de banquets, ou vendu sur le marché. Un habitant de Corinthe pouvait donc difficilement acheter de la viande sans qu'elle ait un lien avec un sacrifice païen.
- attablé dans le temple d'une idole
Les sanctuaires disposaient de salles de banquet où l'on célébrait mariages, anniversaires ou affaires. Y participer relevait autant de la vie sociale que du culte, ce qui rendait la question délicate pour un chrétien engagé dans la cité.
- idole
Le mot désigne la statue d'une divinité païenne et, par extension, cette divinité elle-même. Paul affirme qu'elle n'a aucune réalité — non que la question soit sans conséquence pour ceux qui l'ont longtemps vénérée.
- conscience faible
Chez Paul, la conscience est le jugement intérieur qui approuve ou condamne ce qu'on fait. Elle est dite « faible » quand elle est mal assurée : celui qui agit contre elle, même sur un point objectivement indifférent, se blesse intérieurement.
- frères
Terme courant entre chrétiens des premières générations pour se désigner les uns les autres, quelle que soit leur origine. Il souligne que la communauté n'est pas une association d'opinions mais une famille.
Ailleurs dans l’Écriture
- Rm 14, 13-21
Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, Paul traite un cas très proche : des croyants s'abstiennent de certains aliments, d'autres mangent de tout. Il y développe le même principe — ne pas détruire par sa nourriture celui pour qui le Christ est mort. La comparaison montre que ce n'est pas une réponse improvisée à un incident local, mais une règle de conduite constante chez lui.
- 1 Co 10, 23-31
Deux chapitres plus loin, Paul revient sur la même question et donne des consignes pratiques : on peut acheter et manger sans enquêter, sauf si quelqu'un signale l'origine sacrificielle de la viande. Il y formule la règle qui commande tout : ce qui est permis n'est pas nécessairement constructif.
- Dt 6, 4 Ancien Testament
La profession de foi d'Israël — le Seigneur est unique — est le socle sur lequel Paul appuie l'affirmation qu'une idole n'est rien. L'originalité de son propos est d'y inclure Jésus Christ comme unique Seigneur, sans rompre l'affirmation d'un seul Dieu.
Clés de lecture
- Connaissance et amour
Le passage s'ouvre sur une opposition qui commande tout le reste : un savoir juste peut gonfler celui qui le possède, alors que l'amour bâtit la communauté. Paul ne condamne pas la connaissance, il en conteste l'autosuffisance.
- Le renversement du connaître
Au deuxième verset, Paul déplace la question : ce qui compte n'est pas d'être savant devant Dieu, mais d'être connu de lui. La relation prend le pas sur la performance intellectuelle.
- Un seul Dieu, un seul Seigneur
Paul reprend la foi d'Israël en un Dieu unique et y associe Jésus Christ comme unique Seigneur. Cette formule très ramassée est l'une des affirmations les plus denses du Nouveau Testament sur le rapport du Christ au Père.
- L'argument décisif : le prix du frère
Paul ne tranche pas le débat par une règle alimentaire, mais en rappelant que le chrétien fragile est quelqu'un pour qui le Christ est mort. Le tort qui lui est fait atteint donc le Christ en personne — d'où l'engagement radical du dernier verset.
Ce que la tradition catholique y lit
Au sens littéral, Paul règle une question pratique de la vie d'une Église située : il reconnaît la liberté que donne la vraie connaissance de Dieu, et lui assigne aussitôt une limite, la charité envers les plus fragiles.
La tradition catholique y lit deux choses. D'abord une donnée fondamentale sur le Christ : rangé du côté du Dieu unique comme Seigneur par qui tout existe, il n'est pas une figure ajoutée au monothéisme mais son intérieur même. Ensuite un principe moral constant : la conscience d'autrui, même mal éclairée, doit être respectée, et l'usage d'une liberté légitime peut devenir une faute s'il fait tomber quelqu'un. Le terme employé pour cela est celui de scandale, au sens ancien de pierre sur laquelle l'autre trébuche.
Ce passage fonde aussi l'idée que le chrétien n'est jamais seul responsable de lui-même : ce que l'un se permet engage ce que l'autre devient.
Pour les curieux Rien d’indispensable
Quel genre de texte
Il s'agit d'un passage de lettre, c'est-à-dire d'un écrit de circonstance adressé à des destinataires précis sur un problème précis — non d'un traité de morale générale. Paul y procède par argumentation : il énonce un principe, cite les formules de ses interlocuteurs, en concède la justesse, puis en limite l'usage. Lire ce texte suppose donc de repérer ce qui est la thèse des Corinthiens et ce qui est la réponse de Paul.
Qui écrit, et pour qui
L'auteur est Paul de Tarse, et son autorité sur cette lettre n'est pas discutée. Il écrit depuis Éphèse, vraisemblablement vers 54-56, à la communauté qu'il avait fondée quelques années plus tôt à Corinthe.
Cette Église est jeune, majoritairement composée de convertis venus du paganisme, et elle vit dans une ville cosmopolite où les cultes et les temples sont partout. Paul répond à la fois à des rapports oraux qui lui sont parvenus et à une lettre que les Corinthiens lui ont adressée : le chapitre 8 relève de cette seconde série.
Lectures et références
- 1 Co 8, 8-9 — Versets enjambés par la lecture, où Paul dit que la nourriture est indifférente devant Dieu mais que la liberté ne doit pas devenir un obstacle.
- Catéchisme, § 2284 — Définition du scandale comme attitude qui conduit autrui à faire le mal.
- Catéchisme, § 1790 — Sur la conscience et le cas de la conscience erronée ou mal formée.
- Ac 18, 1-11 — Récit de la fondation de la communauté de Corinthe par Paul, arrière-plan de la lettre.
À retenir
Paul donne raison aux Corinthiens sur le fond — les idoles ne sont rien — mais leur montre qu'un savoir vrai devient une faute dès qu'il fait trébucher un frère.
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